Point d'information Palestine N° 242 du 07/09/2004
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Au sommaire
              
Témoignages
- Lait noir en Palestine par Issa Qaraqe'a (2 septembre 2004)
                   
Rendez-vous
- Rencontre autour de la Palestine avec Areej Hendaileh le dimanche 12 septembre 2004 à 16h00 à l'Equitable Café - 27, rue de la Loubière - Marseille 6ème
                   
Autour d'un livre
- Made in Palestine - Journal d'une française à Ramallah de Fanny Germain aux éditions Ramsay
CRITIQUE - "Un document vrai, parfois dur, poignant mais jamais partisan"
Une histoire d'amour et un itinéraire initiatique, avec en toile de fond la cruauté quotidienne des réalités politiques... par François Xavier
EXTRAIT - L'éclatement (pages 233-236)
                     
Réseau
1. "J'ai connu Georges à Jérusalem il y a 10 ans" - Un appel de Khaled Abu-Alaqis
2. Solidarité avec Georges Malbrunot et Christian Chesnot - Déclaration de la section palestinienne de l'Union internationale de la presse francophone (UPF)
3. Georges Malbrunot et Christian Chesnot doivent-être libérés sans délais - Communiqué de La Maison d'Orient
4. Libérez Georges Malbrunot et Christian Chesnot - Communiqué des Amitiés Franco-Irakiennes
5. Appel à la communauté des oulémas musulmans et au grand ayatollah Ali Sistani en faveur des deux journalistes français otages - Communiqué de Reporters sans frontières
6. L'Axe de la guerre des civilisations - Sommet historique pour sceller l'Alliance des guerriers de Dieu par le Réseau Votaire (17 octobre 2003)
7. Appel à la libération des deux journalistes français Georges Malbrunot et Christian Chesnot - Communiqué du Collectif Paix Comme Palestine - France
8. Assemblée Internationale des mouvements anti-guerre et anti-mondialisation à Beyrouth du 17 au 19 septembre 2004
9. Il en faut, du courage, pour déserter et, des années après, agresser un vétéran blessé ! par Michael Moore (26 août 2004)
                          
Revue de presse
1. Les Etats-Unis mettent en danger la vie des otages Dépêche de l'Agence France Presse du lundi 6 septembre 2004
2. El-Qaïda entre fantasme et réalité par Hichem Ben Yaïche on Vigirak le samedi 4 septembre 2004
3. Le Parlement libanais approuve l'extension du mandat du Président - Dépêche de l'agence Xinhuanet du samedi 4 septembre 2004
4. La boîte de Pandore libanaise par Richard Labévière on Radio France Internationale le jeudi 2 septembre 2004
5. Soutien à Marwan Barghouti et aux prisonniers palestiniens in L'Humanité du vendredi 3 septembre 2004
6. Les otages français en Irak - Décryptage par Thierry Meyssan in Voltaire du jeudi 2 septembre 2004
7. Otages français en Irak: deux Palestiniens se proposent comme monnaie d'échange - Dépêche de l'Agence France Presse du jeudi 2 septembre 2004, 15h22
8. Sharon "oublié" par ses gardes du corps - Dépêche de l'Agence France Presse du mercredi 1er septembre 2004
9. Israël empêche le directeur de l'Unrwa de quitter la bande de Gaza - Dépêche de l'Agence France Fresse du mercredi 1er septembre 2004
10. Joseph Ayache, membre du Betar, condamné à 4 mois de prison ferme pour agression raciste - Dépêche de la CAPJPO / Euro-Palestine du mercredi 1er septembre 2004, 3h18
11. Il n’y a pas de moindre mal par Rossana  Rossanda in Il Manifesto du vendredi 3 septembre 2004
12. Palestine - Entretien avec Nabil Shaath, ministre des Affaires étrangères : "Nous sommes prêts à former un gouvernement d'union nationale" propos recueillis par Mohamed Moustapha in Al-Ahram Hebdo du mercredi 1er septembre 2004
13. Deux journalistes de terrain indépendants devenus inséparables par Stéphane Foucart in Le Monde du mardi 31 août 2004
14. Juifs de France, des sionistes sans sionisme par Esther Benbassa in Le Monde du mardi 31 août 2004
15. Les Français unis pour demander la libération des journalistes [Leïla Shahid : Cette revendication est une "imposture"] par Valérie Gas on Radio France Internationale le lundi 30 août 2004
16. Le transit avec la Jordanie engorge le pont Sheikh Hussein [frontière israélo-jordanienne] par Yoav Stern in Ha'Aretz du lundi 30 août 2004
17. L'urgence de la prudence par Esther Benbassa in Libération du lundi 30 août 2004
18. A l’origine du "choc des civilisations" par Alain Gresh in Le Monde diplomatique du mois de septembre 2004
19. L’incendiaire d’une soupe populaire à Paris pourrait être un juif par Amiram Barkat et Daniel Ben Simon in Ha'Aretz du lundi 30 août 2004
20. Yasser Arafat appelle à la "libération immédiate" des journalistes français - Dépêche de l'Agence France Presse du dimanche 29 août 2004, 22h18
21. Israël dément avoir espionné les Américains, mais est embarrassé in Tageblatt du dimanche 29 août 2004
22. Palestine : cailloux contre F16 et 9mm par Cheikh Tidjane Ndiaye in Le Quotidien du jeudi 26 août 2004
23. Des groupes radicaux juifs collectent des fonds par Larry Cohler-Esses in The New York Daily News du mercredi 25 août 2004
24. Nasser et Chirac superstars par Ridha Kéfi in Jeune Afrique - L'Intelligent du dimanche 8 août 2004
25. L'Irak au bord de l'explosion par Robert Fisk in The Independent du mardi 3 août 2004
26. Retrouver la parole libre par Rudolf El-Kareh in Le Monde diplomatique du mois de juillet 2004
27. "De quelle armée parlent-ils ?" par Nehemia Strasler in Ha'Aretz du vendredi 30 juillet 2004
28. Mohammed Dahlan, l’homme qui rêve de conquérir Gaza par Christian Chesnot on Radio France Internationale le samedi 24 juillet 2004
29. Un commando très controversé obtient un contrat en Irak par Pratap Chatterjee on CorpWatch.org du mercredi 9 juin 2004
30. Les apologues d’Israël et les fausses déclarations attribuées à Martin Luther King Jr.  par Fadi Kiblawi et Will Youmans on The Electronic Intifada du lundi 19 janvier 2004
                            
     
[- Extrait du sommaire provisoire du prochain Point d'information Palestine (N°243) : Autour d'un livre : Arafat l'irréductible de Amnon Kapeliouk (Préface de Nelson Mandela) aux Editions Fayard suivi de Incontournable peuple palestinien par Rudolf El-Kareh in la Revue d’études palestiniennes N° 91 - Printemps 2004.Dans notre rubrique "Réseau" :  Déclaration de la "Quatorzième Conférence du Mouvement des Pays Non-Alignés" (Durban - Afrique du Sud du 17 au 19 août 2004) relative à la PalestineDans notre revue de presse : Ce général juif qui vainquit le Pakistan par Amnon Barzilai in Ha'Aretz du lundi 6 septembre 2004 > Le nouveau chaos du monde musulman - Entretien avec Gilles Kepel réalisé par Gilles Anquetil in Le Nouvel Observateur du jeudi 2 septembre 2004 > Le glissement constaté dans les préoccupations géopolitico-sécuritaires d’Israël constitue une menace pour ses relations avec la Turquie par Brian Maher on Power and Interest News Report du vendredi 3 septembre 2004 > Des cercles qui ne cessent de poursuivre les victimes par Aryeh Dayan in Ha’Aretz du vendredi 6 août 2004 > Censure planétaire par Gamal Ghitany in Autodafé N° 3/4 - Printemps 2003.]
                                           
Témoignage

                           
- Lait noir en Palestine par Issa Qaraqe'a (2 septembre 2004)
(Issa Qaraqe'a est poète, ancien prisonnier, et président de l’Organisation des prisonniers palestiniens. Ce texte transmis par Shirine, est paru sur le site http://www.survivreausida.net.)
Plus de quatre vingt prisonnières palestiniennes ploient sous le joug dans les prisons israéliennes après avoir, lors de la seconde Intifada, souffert plus que les hommes et avoir été opprimées en prison et dans les cellules d’isolement sous des formes sans précédent… des cartouches de gaz dans la bouche… ligotées, des fouilles à nu, du sang sur le visage, et des cris que personne n’entend…
Dans cette violence de l’affrontement entre les femmes et les bourreaux vivent deux petits enfants, Waël, un an, et Nour, cinq mois, nés à l’intérieur de la prison d’accouchements sous l’oppression et dans la souffrance, en un lieu où l’être humain ne peut respirer que l’odeur de l’humidité et où le regard ne rencontre que la mousse de la mort grimpant sur les murs.
Les deux enfants prenant le sein ont déclaré leur protestation contre ce lait noir mélangé aux gaz, aux coups et à la répression…un lait autre, au goût de souffrance assiégée.. qui ne tombe pas dans la bouche telle une rose…qui n’atteint pas la terre du corps qui veut croître…une douleur habite l’appel, qui cherche à vivre, des deux petits, alors qu’ils désignent du doigt le liquide amer... buvant les larmes de leurs mères et se liquéfiant comme s’ils voulaient revenir au néant…
Le printemps n’est pas arrivé à la prison des femmes cette année… Les anémones ne se sont pas ouvertes, la joie n’a pas étendu ses ailes sur les enfants... l’arbre des femmes est resté nu, les yeux secs, la tendresse des mères se brisant aux portes de fer closes, des lettres qui n’arrivent pas ; c’est la nuit qui est maître de la situation ainsi que le visage du geôlier ne voyant pas le temps se renouveler dans l’être humain.
Comment le geôlier a-t-il pu occulter la révérence et le charisme dont fait l’objet la femme dans le monde des légendes et de la mythologie ancienne ; la femme déesse, déesse de l’amour, du feu et de la guerre, déesse du déluge, de la faim et de la pluie… comme si ce geôlier n’avait pas de dieu et qu’il n’avait jamais traversé un champs où se répand le soleil de la féminité et qu’elle protège.
C’est la femme, mère du martyr, mère des prophètes et mère du christ, faisant tournoyer son nouveau-né de la main droite et de la gauche faisant tournoyer la fable de la force, de la puissance et de la stérilité du désert…c’est pourquoi ils ont fermé toutes les issues, ils ont asséché les puits et augmenté le nombre de barrages, de policières et de prisons pour capturer les femmes.
C’est un état qui a peur d’une femme palestinienne, portant ses grappes de raisin et ses pousses de laitue, qui défie l’encerclement et la pauvreté, avec dans les entrailles un enfant que les Israéliens appellent une bombe programmée ; ils forment des comités d’experts pour le combattre et combattre ses dangers démographiques face au ghetto et au racisme… un état qui ne dort pas la nuit s’il apprend qu’une femme a enfanté, même en prison, car il craint la vie et son écoulement.
Quatre vingt femmes, quinze mères et huit mineures, à la recherche du lait de l’arbre sacré et d’un nuage envoyant des gouttes de pluie : il n’y a que la question de la longue nuit, et les pleurs de la mer, dépassant les pleurs de Jazia (1), les hurlements de détresse de Al Khansa (2).
Les rapports en provenance des prisons s’intensifient et parvient la question des prisonnières : comment les gens acceptent-ils la violation de leurs valeurs et de leur honneur entre les mains de leurs ennemis ? Pourquoi ne vous préoccupez-vous pas de nous …les gardiens ont envahi la cellule, ils nous ont attachées... ils nous ont traînées par terre, ils nous ont aspergées de gaz, ils nous ont obligées à nous dénuder entièrement.. une humiliation, une décadence incroyable.
Alors que le Ministre de la Santé palestinienne nous informe que trente trois enfants sur le point de naître sont morts aux barrages israéliens après que les forces d’occupation aient interdit à leurs mères d’accéder aux hôpitaux…
Qui donc peut supporter cette scène alors que les secours sont proches ? qui donc va seller le cheval et mettre un terme aux grands mots et aux épais slogans ? qui va clore les portes des conférences et des chantiers de travail pour écouter les plaintes de l’être humain ? qui va verrouiller les portes du financement des recherches traitant de nos souffrances et des violations de l’occupation dans nos corps ? Qui mettra fin au commerce de la douleur et se suffira d’une lettre et d’un envoi à la petite Aïcha à la prison des femmes ?
La fête des mères est passée et pas une rose n’est arrivée à la mère prisonnière, pas un baiser, pas une visite… seule là-bas, dans un monde cruel gouverné par les bourreaux et les barbares… les cris de la mère prisonnière ébranlent toutes les consciences et les esprits… sa voie s’épanche comme si c’était le premier lait…
Nour et Waël sont les témoins de l’organisation du Grand Moyen-Orient et de la démocratie du massacre qui écrase le miel rouge dans le corps du nouveau-né… personne ne sourit, ici, pas un visage affectueux… une cellule, des soupirs, des brouillards et des filles.
Le Jour de l’Enfant est passé, plus de trois cent cinquante mineurs croupissent dans les prisons israéliennes, attendant le dénombrement du matin et la fouille provocatrice du soir ; ils n’attendent pas l’hymne de l’école… des enfants emprisonnés parce qu’ils ont franchi le mur et qu’ils ont jeté les pierres sur les loups des champs ; ils se sont répandus dans les airs à la recherche d’ailes et d’un bout de ciel…
Toutes les occasions sont passées, tapissées de morts et de barbelés. Mirvat Taha tente de presser l’orange de son corps pour que coule le lait. Elle tente d’attraper le chant du chanteur derrière les fenêtres lointaines pour remplir la bouteille du petit de volonté et de confiance en soi, pour tenter de faire parvenir les balbutiements de l’enfant aux plus hautes instances palestiniennes et internationales, peut-être que là-bas, ils sentiront l’odeur de la menthe dans la douleur du petit…
Comment grandira l’enfant ? Tous sont occupés par les enterrements et par les mesures à prendre contre le chaos, nouveau nom de l’Intifada… occupés par la réforme financière et par les compromis pour clore les dossiers de corruption…distraits de l’enfant qui creuse avec ses ongles le mur du corps, à la recherche d’une goutte de lait, d’une lettre qui lui promette l’arrivée d’un ange chargé de sucreries et de ballons…
Le ciel retire son bleu et couvre le petit une nuit de froid dans la prison des femmes…
Il lui couvre les yeux pour qu’il ne voit pas… pour qu’il n’entende pas…pour qu’il s’endorme dans la voix d’un oiseau venu lui rendre visite ce soir là…
- NOTES :
(1) Jazia : Femme arabe de la mythologie que ses parents ont enlevée de force à son mari.
(2) Al Khansa : Poétesse arabe (débuts Islam) dont la famille a été tuée au champ de bataille.
>> Pour voir en ligne le texte original en arabe de Lait noir en Palestinehttp://www.ppsmo.org/a-website/Articles/Articles/art48.htm
                                           
Rendez-vous
                           
- Rencontre autour de la Palestine avec Areej Hendaileh le dimanche 12 septembre 2004 à 16h00
à l'Equitable Café - 27, rue de la Loubière - Marseille 6ème

L'Equitable Café et l'association Ajial France organisent le dimanche 12 septembre 2004 à 16h00, une rencontre autour de la  Palestine autour de Areej Hendaileh. Areej Hendaileh a 25 ans, elle est coordinatrice sur le plan administratif à l'Université de Birzeït en Cisjordanie et volontaire à l'Union des Femmes Palestiniennes à Ramallah. Elle participe actuellement, à Marseille à un séminaire palestino-franco-allemand sur la gestion des conflits, autour des expériences éducatives, sociales et culturelles de chaque partenaire. Areej Hendaileh a participé également durant l'été 2003 au camp d'été inter-palestinien organisé par Ajial Liban.
Cette rencontre sera l'occasion de témoignages et échanges sur le quotidien en Palestine aujourd'hui, le Mur de l'Apartheid, les prisonniers palestiniens, réflexions autour des actions menées en France pour soutenir le peuple palestinien.
[Renseignements : 04 91 48 06 62 - Ajial France, Marie-Pierre Jodon : jodon.ajial@free.fr]
                                                                       
Autour d'un livre

                            
- Made in Palestine - Journal d'une française à Ramallah de Fanny Germain
aux éditions Ramsay
[299 pages - 21 euros - ISBN : 2841146871]
                       
- Une histoire d'amour et un itinéraire initiatique, avec en toile de fond la cruauté quotidienne des réalités politiques... par François Xavier
in Le Littéraire du mardi 22 juin 2004

(François Xavier est écrivain, Prix Théophile Gautier de l'Académie française en 1999 pour De l'Orient à l'amour aux éditions Editinter, il vient de publier Mahmoud Darwich dans l'exil de sa langue aux éditions Autres Temps. Le Littéraire est un e-magazine français : http://www.lelitteraire.com.)
Papillon candide et amoureuse des voyages, du haut de ses vingt-cinq ans, Fanny Germain s'est empressée de s'envoler vers l'Espagne une fois terminées ses études supérieures de droit international. Puis elle partit en Italie pour revenir en France, trouver un job, démissionner au bout d'un mois et repartir en Espagne. Un an après, elle décide de terminer son mémoire en Italie, à Padoue. Curieuse de toutes les différences culturelles, elle entretenait néanmoins une inclination très forte pour le judaïsme, et rêvait de s'appeler madame Cohen. Jusqu'au jour où, au centre d'études, elle fit la connaissance de deux nouveaux arrivants, un Palestinien israélien, Nasser, et une Israélienne de Tel-Aviv, Shifra. Lui est chrétien, arabe et israélien - trois appartenances antinomiques qui ébranlèrent les certitudes de Fanny et la plongèrent dans une folle curiosité. Les idées toutes faites qu'elle possédait sur Israël s'effacèrent les unes après les autres. Elle découvrit le péché originel d'Israël et son absurde relation à la religion qui rend impossible toute tentative de dialogue structuré, cohérent, logique, et humain car, quoique l'on dise, il faut, à la fin, toujours se référer au Livre, et donc induire d'une manière ou d'une autre que la Palestine est exclusivement juive. Ce qui est faux sur les plans ethnologique, historique et culturel, mais la religion a cette particularité qu'elle ne saurait avoir tort...
Diplôme en poche, la petite Fanny, dont le prénom et la naïveté sur les choses de ce monde me rappellent son homonyme célèbre qui, entre les lignes de Pagnol, émerveilla mon adolescence ; Fanny, donc, tout ingénue et délicieuse d'humanité, alla passer ses vacances chez ses nouveaux amis israéliens. Manque de chance, elle choisit d'aller en premier chez Nasser. Et elle dut subir les attaques verbales de plusieurs douanières et membres des services de sécurité à l'aéroport Ben-Gourion de Tel Aviv. Il ne faut jamais écrire un nom arabe sur le formulaire des douanes lorsque l'on se rend en Israël. Première leçon. D'autres suivront. Fanny Germain est recrutée pour un stage de formation dans une ONG palestinienne de Jérusalem. D'une durée de quelques semaines, elle restera finalement trois ans à Ramallah. Elle se formera au métier de journaliste, partagera le quotidien des habitants et rencontrera son grand amour, un Palestinien fils de notable, Ali.
Elle découvre ainsi une société tiraillée entre modernité et traditions, subit l'oppressant système de sécurité de l'Ètat hébreu, qui rend tout déplacement en Israël digne d'un parcours du combattant, apprend à ignorer les bombardements et les coupures d'électricité. Mais elle doit encore faire face aux harcèlements des gardes de la Muqata, le quartier général d'Arafat, comme à l'incompréhension que suscite leur couple, cette Occidentale et ce musulman. Malgré tout à Ramallah, la vie continue. Cafés et discothèques restent ouverts : on sort, on s'amuse, on danse.
Ce livre, qui se lit très facilement, est tiré du journal personnel que Fanny Germain tint pendant les atermoiements du processus de paix ayant mené à l'embrasement de septembre 2000 et aux affres de l'Intifada jusqu'en juillet 2001. Un document vrai, parfois dur, poignant mais jamais partisan, qui retrace une histoire d'amour et un itinéraire initiatique avec, en toile de fond, la cruauté quotidienne des réalités politiques. Indispensable pour comprendre dans quel contexte vivent ces deux peuples qui s'ignorent tout en se croisant tous les jours...
                               
- L'éclatement  (Extrait de Made in Palestine pages 233-236)
Le lendemain matin Danièle, une secrétaire du consulat, m'appela. Les services français s'organisaient. Danièle, qui habitait Ramallah depuis vingt-cinq ans avec son mari palestinien et ses deux enfants, transmettait les consignes de la chancellerie aux ressortissants français : on nous rapatriait sur Jérusalem.
- Le consulat ne peut pas nous obliger à quitter nos maisons, surtout nous, les locaux, mais le vice-consul fait savoir que si l'on veut se protéger, se mettre à l'abri, c'est maintenant ou jamais. Toutes les villes palestiniennes sont bouclées, on ne passe plus, les militaires israéliens nous encerclent. Le consulat propose de nous rapatrier sur Jérusalem en attendant la suite des événements. Après, si la situation dégénère, ils ne pourront plus rien faire et déclineront tout responsabilité à l'égard de ceux qui seront restés. Que décides-tu ?
- C'est quoi, ce délire ? Tu parles comme si on était en guerre.
- C'est vrai que ça sent pas bon. Tout peut arriver. La Syrie menace de s'en mêler, on parle d'un conflit général dans tout le Moyen-Orient.
- Tu y crois à ça ? Les Palestiniens sont sans défense maintenant, que peut-il encore se passer ?
- Ouh, là là ! C'est parti pour des mois, des années. Tu penses en plus que les événements d'hier vont calmer les Palestiniens ? Ça va péter de tous les côtés. Après les Apaches et les Cobras, ça ne m'étonnerait pas qu'ils nous envoient leurs F16. Tu sais, 1967 et 1973 ne sont pas si loin.
- Et toi ? Qu'est-ce que tu fais ?
- Moi, je reste. Chez moi, c'est ici, à Ramallah.
- C'est pareil pour moi.
- Alors t'as qu'à rester. Mais le consulat ne viendra pas te chercher si la guerre éclate. Parce que l'étape suivante, ce sera le rapatriement de tous les étrangers chez eux.
- Bordel ! Qu'est-ce que je dois faire ?
- Fanny, je dois encore appeler d'autre Français, tu dois me donner ta réponse. Le consulat a déjà envoyé une voiture de Jérusalem qui vient récupérer les Français à l'entrée de Ramallah.
- Danièle, je t'en supplie, aide-moi ! Je sais pas quoi faire !
- Je sais ce que c'est, ma pauvre, on s'est trouvés dans la même situation en 1987, avec deux enfants dans les bras. Je te donne quinze minutes. J'étais complètement sonnée, le monde s'écroulait autour de moi. Je demandai à Ali de décider pour moi, il refusa :
- C'est ta décision.
Tout se bousculait dans ma tête. Je ne voulais pas fuir, quitter ce que j'avais bâti en deux ans. Je ne m'imaginais pas laissant tout le monde derrière moi, j'aurais eu un sentiment de trahison. Et puis, avec les bombardements de la veille, j'avais l'impression d'être blindée, comme si plus rien ne pouvait plus m'atteindre. Et si jamais je partais, je ne savais pas si je pourrais revenir. Ali partageait mes craintes, il était persuadé que les Israéliens allaient réoccuper tous les Territoires, ce que personne à l'époque ne croyait. De l'autre côté, à des milliers de kilomètres, il y avait mes parents. Je n'avais pas le droit de leur imposer l'angoisse de savoir leur fille en plein milieu d'une guerre, au cas où la situation empirerait.
Ali m'aida quand même à me décider.
- Il faut que tes parents te sachent en lieu sûr, ça va les rassurer. Tu vas aller te ressourcer pour le week-end à Jérusalem, le temps que ça se calme. Comme ça, tu pourras aller au bureau lundi. Dans quelques jours, tu seras de retour à la maison, ne t'inquiète pas, mon amour. Et ne vas surtout pas t'imaginer que qui que se soit ici va te prendre pour une traître, au contraire, tu étais avec nous au pire moment. C'est déjà bien assez. Et j'ai besoin d'affronter la situation sans avoir à m'inquiéter pour toi. Je serai avec ma famille, je suivrai les informations et m'occuperai de tout le monde. Tu seras mieux là-bas.
C'est en pensant à mes parents que je m'entendis dire à Danièle, la gorge serrée : "OK, je pars." J'avais dix minutes pour faire mes bagages. En essayant de trier mes affaires, j'avais les tripes nouées et les larmes aux yeux. J'avais l'impression de préparer un aller simple, une fuite organisée. Je regardais les objets, les meubles que nous avions accumulés.Je ne pris que quelques vêtements, mais emportai toutes les photos et les films qui témoignaient de ces deux années, un ersatz en papier de l'homme que j'aimais. Ali, qui m'observait de la porte de la chambre, s'inquiéta :
- Tu emportes les photos et toutes les cassettes ? Tu fais comme si tu n'allais jamais revenir !
Il savait que la seule chose matérielle à laquelle j'étais attachée était mes photos. Nous éclatâmes en sanglots dans les bras l'un de l'autre, je lui promis de revenir le plus tôt possible. Il marmonna :
- C'est ce que disaient les Palestiniens quand ils ont dû fuir leurs maisons en 1948, en 1967 et en 1973. Ils sont partis comme toi avec une valise.
Je ne voulais plus partir. Quand Danièle arriva, il me poussa devant lui. Sa voix tremblait, il contenait difficilement ses larmes avec un rire forcé. Dieu, que je l'aimais !
- Attendez ! Je ne sais plus si je veux partir ! protestai-je.
Danièle trancha net.
- C'est trop tard maintenant, allez, viens !
Ali prit ma valise énergiquement et la déposa dans la voiture avant de m'enlacer rapidement et de me pousser sur le siège. Je pesais une tonne. Mille kilos de remords qui hurlaient "Reste !" La voiture démarra, je restai collée à la vitre, les yeux rivés sur mon amour qui agitait la main.
                                       
Réseau

                                           
1. "J'ai connu Georges à Jérusalem il y a 10 ans" - Un appel de Khaled Abu-Alaqis
Marseille, le lundi 30 août 2004 - Je vous envoie mon témoignage concernant mon ami Georges Malbrunot. J'ai connu Georges à Jérusalem il y a 10 ans. Il a été le témoin de ma vie palestinienne, d'autant plus qu'il m'a aidé à traverser beaucoup de dangers, notamment pour aller et revenir de mon travail à Jérusalem [] et passer les check points. Georges est un homme qui respecte la culture arabe et surtout l'islam, ce qui a toujours été clair dans ses paroles et dans son comportement avec moi et tous les palestiniens autour. Pendant le ramadan lorsque  le retour était difficile il me proposait avec coeur de me conduire chez moi et bien sûr comme un membre de la famille il a partagé les repas de ramadan avec nous. Il a apporté des médicaments à mon père, il m'a hébergé chez lui quand j'en avais besoin. Jamais georges n'a insulté l'islam ni la tradition arabe et musulmane, même parfois il demandait aux gens d'être fiers de leur culture et de leur religion car c'est leur identité. Pour cette raison je lance un appel à mes frères musulmans en Iraq pour qu'ils prennent mon message en compte: Georges est un homme respectueux et sympathique et a apporté tellement d'aide à vos  frères en Palestine pendant des périodes vraiment dangereuses. Sa nationalité française a apporté de l'aide à des frères et sours en Palestine.Mes frères en Irak, si pour vous Georges Malbrunot est simplement un journaliste occidental, pour moi et pour tous les Palestiniens qui le connaissent c'est un frère et un fidèle ami. C'est  pour cela qu'au nom de Dieu le Clément et le Miséricordieux et au nom de tous les martyrs, je vous demande de respecter la vie de Georges et souvenez-vous que l'islam ne rend pas un homme responsable de la faute de son frère ou cousin. Si vous parlez avec Georges vous verrez qu'il parle l'arabe, ce qui est un signe de respect envers notre langue et notre culture. Que Dieu vous protège en espérant prier ensemble dans la ville sainte de Jérusalem. Votre frère Khaled Abu-Alaqis
(Khaled Abu-Alaqis est un Palestinien de Al-Qud's (Jérusalem) qui réside actuellement en France.)
                       
2. Solidarité avec Georges Malbrunot et Christian Chesnot - Déclaration de la section palestinienne de l'Union internationale de la presse francophone (UPF)
Gaza, le lundi 30 août 2004 - Les journalistes palestiniens qui payent un prix très lourd dans l'exercice de leur métier, essentiellement à cause de la politique de l'occupation israélienne, se prononcent contre toute atteinte a la vie et au travail des journalistes.
A cet egard la section palestinienne de l'UPF, condamne fermement l'assassinat en  Irak     le 26  août du journaliste italien Ernzo Baldoni et présente ses condoléances à la famille de la victime et aux journalistes italiens.
De même la section palestinienne de l'UPF exprime sa très  vive inquiétude après la revendication de l'enlèvement de deux confrères français, Georges Malbrunot et Christian Chesnot par des hommes se réclamant de l'Armée islamique en Irak.
En tant que journalistes faisant partie d'un peuple, sous occupation et militant pour son indépendance, nous lançons un appel pressant aux responsables de l'Armée islamique en Irak de libérer les deux journalistes français qui par leur travail, contribuent a renforcer le soutien que de très nombreux français  à la lutte des peuples d'Irak et de Palestine pour le couvrement de leur souveraineté nationale.
Nous voudrions exprimer notre solidarité avec les deux journalistes français, amis de la Palestine, à leur famille, aux journalistes et au peuple français.
Union internationale de la presse francophone (UPF) - Section palestinienne - Email : hassanbalawi@hotmail.com
                       
3. Georges Malbrunot et Christian Chesnot doivent-être libérés sans délais - Communiqué de La Maison d'Orient
Marseille, le dimanche 29 août 2004 - Hier, lorsque j'ai envoyé le 241ème "Point d'information Palestine", j'ai vu le nom de Georges Malbrunot dans les destinataires. Je me suis rappelé notre premier contact, c'était le jeudi 13 juin 2002, il nous écrivait de Palestine pour nous informer de la parution de son livre "Des pierres aux fusils, les secrets de l'Intifada", aux éditions Flammarion. Voici un extrait de son e-mail envoyé de Jérusalem : "Une enquête auprès des acteurs de la deuxième révolte contre l'occupant israélien [..] Bonne chance pour le combat que vous menez et bravo pour votre lettre d'information. Amitiés. Georges Malbrunot".
Nous respectons et soutenons le droit légitime à la résistance du peuple irakien face à l'occupation militaire américaine. Nous avons traduit, présenté et diffusé de très nombreux articles et analyses concernant le martyr du peuple irakien depuis le début de l'invasion américano-britannique. Ce travail d'information et de solidarité avec l'Irak et son peuple, n'aurait jamais pu être réalisé sans l'engagement courageux et total de ces journalistes reporters de guerre. Sans le travail d'un Robert Fisk, d'un Georges Malbrunot ou d'un Christian Chesnot, l'opinion internationale n'aurait comme information sur ce qui se passe en Irak, que les communiqués de presse de l'armée d'occupation américaine et de ses collaborateurs locaux.
Au nom du juste combat contre l'occupation en Irak ou en Palestine, je demande aux responsables de "l’Armée islamique en Irak", de libérer sans délais, les journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot, qui par leur travail, contribuent à renforcer le soutien que de très nombreux français apportent à la lutte des peuples d'Irak et de Palestine pour le recouvrement de leur souveraineté nationale.
Pierre-Alexandre Orsoni - Président de "La Maison d'Orient" - Rédacteur en chef du "Point d'information Palestine" - E-mail : lmomarseille@wanadoo.fr
                   
4. Libérez Georges Malbrunot et Christian Chesnot - Communiqué des Amitiés Franco-Irakiennes
Rennes, le dimanche 29 août 2004  - Je lance un appel aux dirigeants de l’Armée islamique en Irak pour qu’ils libèrent Georges Malbrunot et Christian Chesnot en leur disant, notamment, qu’exiger l’annulation de la loi interdisant le voile islamique à l'école publique, n’a aucun lien avec le combat courageux mené par le peuple irakien pour recouvrer sa souveraineté.
En tant que Secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes, association qui a milité pour la levée de l’embargo, contre la première et la seconde guerre du Golfe, et qui milite pour la reconnaissance internationale de la résistance irakienne, je tiens à dire également aux dirigeants de l’Armée islamique en Irak que cet enlèvement et la demande formulée sont de nature à faire régresser le soutien que de très nombreux Français apportent à la lutte du peuple irakien et aux revendications légitimes des musulmans qui vivent en France.
Les dirigeants de l’Armée islamique en Irak doivent savoir que des personnalités de tous milieux et des associations réclament l’abrogation de la loi interdisant le voile islamique à l'école, parce qu’elles considèrent – comme moi – que cette loi porte atteinte aux libertés individuelles et au respect que l’on doit aux musulmans.
L’ultimatum lancé au gouvernement français ne doit pas être mis à exécution. L’Armée islamique en Irak doit reconsidérer son exigence avec sagesse et libérer les deux journalistes français le plus tôt possible.
Gilles Munier - Secrétaire général des "Amitiés Franco-Irakiennes" - Mobile : +33 (0) 619 744 599 - E-mail : gilmun@club-internet.fr
                   
5. Appel à la communauté des oulémas musulmans et au grand ayatollah Ali Sistani en faveur des deux journalistes français otages - Communiqué de Reporters sans frontières
Paris, le dimanche 29 août 2004 - Reporters sans frontières exprime sa très vive inquiétude après la revendication de l'enlèvement des deux reporters français George Malbrunot et Christian Chesnot par des hommes se réclamant de l'"Armée islamique en Irak". L'organisation est très préoccupée par l'imposition d'un ultimatum de 48 heures au gouvernement français, d'autant plus que ce groupe est responsable de l'exécution du journaliste Enzo Baldoni il y a quelques jours. Il est extrêmement choquant de voir des journalistes, civils protégés par les Conventions de Genève, utilisés dans un tel chantage. Reporters sans frontières réitère son appel aux plus hautes autorités religieuses irakiennes, notamment à la communauté des oulémas musulmans et au grand ayatollah Ali Sistani, pour que tout soit mis en œuvre en faveur de la libération des deux journalistes français. Le 28 août, la chaîne de télévision arabe Al Jazira a diffusé une bande vidéo montrant les deux reporters français qui expliquent être détenus par des hommes se réclamant de l'"Armée islamique en Irak". Ce groupe d'activistes irakiens a donné deux jours aux autorités françaises pour la levée de l'interdiction du port du foulard islamique. George Malbrunot et Christian Chesnot affirment être en bonne santé.
Christian Chesnot, pigiste de Radio France Internationale et de Radio France, et Georges Malbrunot, grand reporter au Figaro et à Ouest France, ont disparu le 20 août en Irak. Le journaliste italien Enzo Baldoni de l'hebdomadaire indépendant Diario della Settimana. a été exécuté récemment par l'Armée islamique en Irak. Ce groupe exigeait le retrait des troupes italiennes d'Irak.
Reporters sans frontières - Tél. : +33 (0) 144 838 484 - E-mail : rsf@rsf.org - Site : http://www.rsf.fr
                       
6. L'Axe de la guerre des civilisations - Sommet historique pour sceller l'Alliance des guerriers de Dieu par le Réseau Votaire (17 octobre 2003)
Le Sommet de Jérusalem, qui s'est tenu du 12 au 14 octobre 2003 à l'hôtel King David de Jérusalem, a scellé l'alliance entre trois groupes bellicistes : les anciens de la Guerre froide à Washington, les fondamentalistes évangélistes et la mafia russe en Israël. Autour de Richard Perle et de ministres du gouvernement Sharon, ils ont célébré la « théopolitique » qui conduira à l'avènement de la « Jérusalem Céleste » après l'anéantissement de l'Islam. Réunis ensemble pour la première fois, ils ont fondé un organisme permanent pour coordonner leur politique commune.
« Israël est l'alternative morale au totalitarisme oriental et au relativisme moral occidental. Israël est le "Ground Zero" de la bataille centrale de notre civilisation pour sa survie. Israël peut être sauvé, et le reste de l'Occident avec lui. Il est temps de nous unir à Jérusalem. » Ainsi est rédigé l'appel du Sommet de Jérusalem, qui vient de se conclure à l'hôtel King David de Jérusalem.
L'alliance de trois fanatismes
Cette manifestation, réunissant les principaux leaders de l'extrême droite israélienne et des extrêmes droites religieuse et militaire états-uniennes, a permis de fonder un think tank international des amis d'Israël. Il sera composé de personnalités intellectuelles et de leaders spirituels capables d'opposer un discours enraciné dans des valeurs morales supérieures à celui des gouvernements représentant les masses sans conscience.
Il ne s'agit, ni plus ni moins, que d'unir enfin trois groupes différents :
- Les « Guerriers froids » de Washington. Souvent formés au cabinet du sénateur démocrate Henry Scoop Jackson, ils ont appartenu au plus haut niveau à l'appareil d'État pendant la Guerre froide (CIA, état-major interarmes, Conseil national de sécurité). Ayant progressivement rejoint le Parti républicain et s'étant identifiés au lobby militaro-industriel, ils sont regroupés au sein du Center for Security Policy  (\voir notre enquête : http://www.reseauvoltaire.net/article8707.html).
- Les membres de « La Famille ». Un groupe de chrétiens fondamentalistes qui, pendant la Guerre froide, a fourni l'argumentaire idéologique contre le communisme athée, et dont les pasteurs Bill et Franklin Graham sont les porte-parole. Leur siège est situé dans la propriété des Cèdres à côté du Pentagone.
- Le parti israélien d'Union nationale, composé du Ichud Leumi et du Yisrael Beiteinu, qui milite pour l'annexion des territoires occupés et la création du Grand Israël. Ce parti est financé par des « hommes d'affaires » d'origine russe.
Voici plusieurs années que ces trois groupes ont préconisé des politiques convergentes. Ils ont souvent collaboré par paires, mais c'est la première fois qu'ils travaillent tous les trois ensemble et se dotent des moyens nécessaires à la conduite d'une stratégie commune.
Sous le haut patronage de la mafia russe
Techniquement le sommet a été organisé par Dmitry Radyshevsky au nom de la Fondation Michael Cherney. M. Cherney est l'une des figures les plus controversées du monde des affaires. Parti de rien, il fit fortune en Russie sous l'ère Eltsine, « achetant » pour pas grand-chose les principaux combinats producteurs d'aluminium et créant le TransWorld Group. Rapidement considéré, à tort ou à raison, comme le « parrain des parrains de la mafia russe », Michael Cherney déplaça une partie de ses activités vers la Bulgarie où il devint le principal investisseur. Il développa la compagnie de téléphones cellulaires Mobiltel et sponsorisa la principale équipe de football bulgare. Cependant, en août 2000, il fut accusé de complot contre la sécurité de l'État et interdit de séjour en Bulgarie. Il se réfugia alors en Israël, où il avait déjà transféré une partie de sa subite fortune. Après avoir été poursuivi en justice pour son rôle supposé à la tête de la mafia russe, il fut brusquement réhabilité et devint le principal fournisseur de l'industrie d'armement israélienne.
Le Sommet de Jérusalem a été ouvert samedi 11 octobre 2003 par un dîner de gala présidé par Avigdor Lieberman, le ministre des transports du gouvernement Sharon et président du Yisrael Beiteinu. Ancien directeur de cabinet de Netanyahu, Lieberman fut le principal défenseur de Michael Cherney et de son ami Mark Rich, PDG de Glencore. Selon lui, les deux hommes d'affaires d'origine russe étaient « persécutés » par le directeur de la police judiciaire, le général Moshe Mizrachi, qui les accusait à tort d'être des patrons du crime organisé.
Sauver la civilisation face à la « faillite morale de l'ONU » et aux pacifistes « démoniaques »
Voici donc venu le temps de la « théopolitique », c'est-à-dire d'une politique prétendument d'inspiration divine, fondée sur une lecture fondamentaliste des « Écritures ». Elle n'est plus l'œuvre d'un clergé, mais d'un groupe de « sages » autoproclamés, les « néo-conservateurs », dans la ligne de leur maître à penser, le philosophe Leo Strauss.
Dimanche matin, une série d'orateurs a décrit la crise morale du monde moderne et préconisé de le régénérer en se tournant vers Israël. Outre trois ministres en exercice (Ehud Olmert, Benjamin Netanyahu, Uzi Landau), on a pu entendre les dirigeants des grandes organisations sionistes (Congrès juif mondial, Organisation sioniste américaine) et des sectes états-uniennes (Ambassade chrétienne internationale de Jérusalem, Centre d'éthique et de politique d'Elliot Abrams). Ils se sont appliqués à dénoncer la « faillite morale de l'ONU » et « l'entretien du problème des réfugiés » par l'Agence des Nations unies pour l'aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA).
L'après-midi a donné lieu à des débats hauts en couleurs sur l'immoralité de l'anti-sionisme, la haine du sionisme chez les musulmans, et le rôle « démoniaque » des pacifistes. La journée de lundi a été consacrée à démontrer que la menace pesant sur Israël est le paradigme du danger islamiste pesant sur le « monde libre ». Au cours des débats organisés par le Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA), Yossef Bodansky (biographe de Ben Laden) et Daniel Pipes (le théoricien de l'islamophobie) ont apporté leur « expertise » en soutien aux analyses d'officiers supérieurs israéliens. Mardi, les congressistes ont étudié les moyens de placer les médias occidentaux « au service de la vérité ».
La nouvelle croisade : après l'URSS, l'Islam
C'est mercredi que se tenait le moment fort de ce sommet. On y a discuté de la paix. Frank J. Gaffney Jr., le coordinateur des faucons, avait fait le voyage de Washington pour dénoncer le péril islamique. Benny Elon, le ministre du Tourisme, est venu redire sa détermination à « effacer » Arafat. Advint alors le clou du spectacle avec standing ovation : la remise du Prix Henry Scoop Jackson à Richard Perle. Ce prix tient son nom de feu le sénateur démocrate Jackson (1912-1983), dont Perle fut l'assistant parlementaire. Il se rendit célèbre en cautionnant l'usage de la bombe atomique (dont le beau-père de Perle était le théoricien), en préconisant le premier le développement de la « guerre des étoiles », et en conditionnant les échanges agricoles avec l'URSS finissante au peuplement d'Israël par des juifs soviétiques.
Dans son allocution, M. Perle s'est longuement félicité de l'adoption par le gouvernement Sharon de la doctrine Bush de frappes préventives et de guerre contre les États qui soutiennent le terrorisme. Aussi a-t-il applaudi le raid israélien de la semaine dernière, présenté comme la destruction d'un camp terroriste en Syrie. Surtout, Richard Perle s'est employé à dénoncer l'Accord de Genève, conclu cette semaine entre l'OLP et un groupe de travaillistes réuni autour de Yossi Beilin avec le soutien de démocrates états-uniens et de travaillistes britanniques.
Il existe en effet une alternative à la théopolitique du Sommet de Jérusalem : la paix. [http://www.reseauvoltaire.net
]
                               
7. Appel à la libération des deux journalistes français Georges Malbrunot et Christian Chesnot - Communiqué du Collectif Paix Comme Palestine - France
1er septembre 2004 - Nous, Collectif Paix Comme Palestine, qui luttons contre l’impérialisme américain aux côtés de nos frères en Palestinie et en Irak, faisons un appel solennel à ceux qui détiennent en otage les deux journalistes français, leur demandant de les relacher dans les plus brefs délais.
La France a été à la tête de l’opposition à l’intervention américaine en Irak, et de ce fait ses ressortissants ne méritent pas d’être maltraités par nos frères irakiens qui luttent pour libérer leur pays de l’impérialisme américain, et auxquels nous apportons notre soutien indéfectible.
Nous leur demandons de ne pas tomber dans le piège de l’administration américaine de Bush et de ses pions du pseudo gouvernement de Bagdad, qui cherchent à entraîner la France à participer à leur sale guerre contre le peuple irakien qui refuse l’occupation et la trahison. Au lendemain de l'enlèvement des journalistes, profitant de cette occasion, le chef de ce gouvernement-marionette avait demandé à la France d’envoyer des soldats pour reprimer la Résistance irakienne à leurs côtés plutôt que de s'opposer à la "coalition".
Nous disons aux ravisseurs: Ne commettez pas un crime qui entachera votre cause, que nous considérons par ailleurs juste, celle de la libération de votre pays. Soyez à la hauteur de vos responsabilités en relachant vos otages, Georges Malbrunot et Christian Chesnot, qui sont venus chez vous en amis. Leur travail de journaliste sert plujtôt à dévoiler au monde entier la barbarie américaine et à faire connaître la juste lutte de votre peuple.
En échange vous garderez intacts l’amitié, le soutien et le respect du peuple français, comme ceux de la communauté arabomusulmane de France. Le peuple français vous a soutenu par le passé dans vos souffrances; son governement a dénoncé la guerre américaine contre votre pays et oeuvre aujourd'hui pour que l'armée US quitte le pauys et qu’un Etat souverain puisse voir le jour en Irak.
La communauté arabomusulmane de France, quant à elle, appréciera mieux votre soutien moral et fraternnel que vous lui manifestez si vous libérez vos otages, qui sont aussi leurs concitoyens.
De note côté, en tant qu’association oeuvrant pour la paix, nous vous assurons de notre soutien indéfectible, comme nous l’avons toujours fait dans les moments difficiles que votre peuple a traversés. Nous continuerons à dénoncer l’occupation de votre pays et à faire connaître la noble cause de votre peuple, comme nous le faisons pour la juste cause du peuple palestinien contre qui lutt contre l'apartheid israélien.
Chérif Boudelal - Président du Collectif "Paix Comme Palestine - France" - E-mail : cherif-b@wanadoo.fr
                           
8. Assemblée Internationale des mouvements anti-guerre et anti-mondialisation à Beyrouth du 17 au 19 septembre 2004
Suite au faux « transfert de souveraineté » du 30 juin, l’occupation militaire, économique et politique des Etats-Unis se poursuit  et avec elle, la déstabilisation délibérée de toute la région. Et au même moment, l’administration Bush a donné le feu vert au gouvernement de Sharon pour poursuivre sa politique d’assassinat des Palestiniens et la construction du mur d’apartheid afin d’isoler les Palestiniens et de les contrôler. Cela fait partie d’une stratégie américano-israélienne qui tend à « régler » la crise Palestinienne par la force militaire et l'asservissement total.
Et pourtant, la résistance continue. Irakiens et Palestiniens refusent de reculer face aux occupants et partout dans le monde, des millions de personnes sont sorties dans les rues appelant à la fin de l’occupation en Irak comme en Palestine et à la fin de toutes les guerres impérialistes.
Ensemble nous dénonçons les forces qui génèrent des conflits religieux, ethniques, raciaux et tribaux dans nos pays afin de servir leurs propres intérêts, augmentant ainsi la souffrance des peuples et attisant entre eux  la violence et la haine.
Proposition pour une réunion internationale
Le mouvement international contre la guerre a été des plus inspirants durant ces dernières décennies. Il a ébranlé les seigneurs de la guerre et bénéficie du soutien de l’opinion  publique mondiale. Aujourd’hui, ce mouvement se trouve face à une nouvelle situation et à de nouveaux défis. C’est la raison pour laquelle nous proposons la tenue d’une réunion internationale à Beyrouth des mouvements anti-guerre et anti-mondialisation ayant deux principaux objectifs :
- élargir et renforcer le mouvement par le débat et l’élaboration de perspectives, de stratégies et de campagnes communes pour les années à venir.
- renforcer les relations existantes et développer de nouveaux liens avec les forces anti-guerre et anti-mondialistes dans le monde arabe. C’est pour cela que nous tenons cette réunion au Liban.
Appel aux représentants des mouvements : Nous appelons tous les mouvements, réseaux et coalitions luttant pour la paix, la justice et la liberté à envoyer des représentants afin de participer aux débats de la réunion de Beyrouth et contribuer à la construction d’un mouvement international encore plus fort contre la guerre et contre la mondialisation.
- Signataires de l’appel :Anti-war Coalition, Afrique du Sud / ATTAC Japon / Campaign Genoa 2001 / Centro de Estudios Internacionales, Managua / CCIPPP - Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien / Coalition for Nuclear Disarmament and Peace (CNDP), Inde / Continental Campaign Against FTAA / Continental Campaign for Demilitarization of the Americas (CADA) / CUT - Central Unica dos Trabalhadores / Focus on the Global South / Gathering for Peace / Iraq Solidarity Campaign, Philippines / Jubilee South / Korean People's Action against FTA & WTO (KoPA) / La Maison d'Orient, Marseille-France / MST (mouvement des sans terres), Brésil / Palestine Solidarity Committee, Afrique du Sud / Palestinian Workers Union in Greece / Réseau des Mouvements sociaux / Stop the War Coalition, Grèce / Stop the War Coalition, Royaume-Uni.
[Pour signer l’appel, ou pour tout autre information concernant la réunion, envoyer un e-mail à Mary Lou Malig : marylou@focusweb.org. Si vous le souhaitez, nous pouvons vous faire parvenir une version de cet appel en anglais, en arabe ou en espagnol.]
                               
9. Il en faut, du courage, pour déserter et, des années après, agresser un vétéran blessé ! par Michael Moore (26 août 2004)
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

Cher Monsieur Bush,
Bien sûr, vous et moi, nous avons eu quelque différend, par le passé, et je reconnais que c’est moi qui ai déclenché tout ce bazar autour du « qui a fait quoi ? » durant la guerre au Vietnam, quand j’ai remis sur le tapis cette histoire de « déserteur », en janvier dernier. Mais je dois vous remettre le flambeau, après ce que vous avez révélé sur John Kerry et ses états de service au Vietnam. Kerry a tenté de se faire passer pour un héros de guerre. Mais, grâce à vous et à vos amis, désormais, nous savons la Vérité.
Avant tout, merci de nous faire observer, à nous tous, que Monsieur Kerry n’a jamais été atteint par une BALLE. Ce n’étaient que des ECLATS D’OBUS, qui lui sont entrés dans le lard ! Et ça, je ne le savais pas ! Bordel, pourquoi tout ce cirque autour d’un gros éclat de métal coupant comme des lames de rasoir, qui vous taillade la couenne et la bidoche ? C’est vraiment le genre de truc qui vous arrive tous les jours ! A mon avis, si vous voulez décrocher la décoration avec palmes, vous avez intérêt à être touché par une balle – et s’il y a votre nom, gravé dessus, c’est encore mieux !
Ensuite, merci de nous avoir envoyé Bob Dole pour nous faire savoir que Monsieur Kerry, bien que blessé à trois reprises, n’a en réalité « jamais versé son sang ». Lorsque vous aurez des face-à-face avec Kerry, tournez-vous vers lui et dites-lui : « Diantre, M. Kerry, la prochaine fois que vous voudrez une décoration avec palmes, vous avez intérêt à verser un peu de sang rouge américain ! Et je ne parle pas là de quelques éclaboussures comme celles qu’on a retrouvées sur les socquettes d’O.J. Simpson – ce que nous voulons voir, c’est un ou deux litrons de sang, pour chaque médaille. En fait, si vous aviez saigné avec profusion, un gros geyser de sang jaillissant de votre cou, ou quelque chose dans le genre, là : j’aurais vraiment apprécié! » Et puis, balancez-lui ça : « Sénateur Kerry, plus de 58 000 valeureux Américains ont sacrifié leur vie au Vietnam – mais VOUS, vous ne l’avez pas fait. Vous, vous vous êtes contenté d’être BLESSE ! Alors, qu’avez-vous à répondre à ça ? » Balancez-lui ça dans la tronche : vous verrez, il ne saura plus quoi dire.
Et puis merci, aussi, Monsieur Bush, d’avoir révélé que M. Kerry a fort bien pu, en réalité, SE  BLESSER  LUI-MEME, juste pour avoir ses merdailles. Bien sûr, c’est ce qu’il a fait ! Comment le Viet Cong aurait-il pu l’atteindre ? C’est sur une vedette RAPIDE qu’il était, ou bien sur un radeau ? Il allait bien trop vite, pour que le feu ennemi l’atteigne. Il a donc essayé de se faire sauter, à trois reprises, juste pour pouvoir rentrer chez lui et se porter candidat aux présidentielles, un jour. Aujourd’hui, ce qu’il combinait est évident : il faudrait avoir des peaux de saucisson sur les yeux pour ne pas le voir !
Heureusement que nous vous avons, M. Bush : sans vous, que ferions-nous ? On a beau vous critiquer, lorsqu’il s’agit de montrer du doigt les états de service militaire des autres, personne ne vous arrive à la cheville. En 2000, déjà, vous fîtes courir le bruit que votre concurrent John McCain était sans doute « cinglé », à cause de ses cinq années passées dans un camp de prisonniers de guerre. Ensuite, aux élections de 2002, votre équipe a comparé le Sénateur Max Cleland, trois fois amputé, à Oussama Ben Laden, et c’est pour ça qu’il a perdu les élections. Et aujourd’hui, vous avez le même impact sur le héros de guerre John Kerry. Depuis que vous (oupsss : s’cusez, je veux dire « Les Vétérans de la Vedette Rapide Combattants de la Vérité ! ») avez commencé votre campagne d’affichage, les sondages sont devenus mauvais pour Kerry (auprès des vétérans ancien combattants, il a perdu 18 points au cours de ces dernières semaines).
D’aucuns ont osé demander : « Qui êtes-vous, M. Bush, pour oser attaquer ces hommes courageux, vous qui n’avez jamais vu la guerre de près – puisqu’en réalité, vous avez tout fait pour ne pas y aller ? » Ce que vos contempteurs ne comprennent pas, c’est que, même si votre papa a fait en sorte que vous soyez incorporé à une unité qui n’a jamais été envoyée au Vietnam – et même si vous n’avez pas effectué votre période de réserviste depuis au moins un an – vous, au moins, vous avez toujours été EN  FAVEUR  de la guerre au Vietnam ! Alors que des lâches comme Clinton pensaient, quant à eux, qu’il valait mieux être logique et cohérent (il était contre la guerre – donc il a refusé d’y aller) que patriotard et faux jeton.
La raison pour laquelle je pense que vous en savez tellement long sur les blessures de guerre des autres, c’est que, durant votre service à la Garde Nationale du Texas, vous en avez subi de si nombreuses… Ainsi, vous fûtes blessé par une feuille de papier qui vous coupa cruellement, le 22 septembre 1972, alors que vous étiez cantonné dans l’Alabama, et que vous travailliez vaillamment à la campagne sénatoriale d’un ami de votre papa (alors que vous étiez censé rester à la base de la Garde texane). Une brochure électorale, surgie du néant, prit l’index de votre main droite en embuscade. Un peu de sang dégoutta sur votre sweater tout neuf.
Puis il y eut cet incident avec la Colle Dingo, quand vos vrais frères de sang vinrent vous voir, un week-end, à la caserne, et qu’ils vous collèrent les lèvres ensemble, profitant du fait que vous étiez « groggy ». Bien que cela ait été initialement considéré comme un « tir ami », il fut ultérieurement décidé que vous souffriez de troubles post-traumatiques sévères, résultant de cet assaut, et que votre état nécessitait une certaine surveillance médicale – laquelle vous fut, semble-t-il, prodiguée par les mêmes frères de sang.
Mais rien – rien – ne saurait se mesurer à votre héroïsme, ce 12 juillet 1969, jour où vous endurâtes une grave blessure à la tête quand des combattants ennemis, venant d’une autre unité de la Garde, vous firent tomber un baril de Coor sur la cafetière durant une mission de reconnaissance dans le pensionnat de filles voisin. Heureusement, le liquide frais et moelleux qui se répandit du baril fut exactement ce qu’il convenait pour vous ressusciter.
Que vous n’ayez jamais reçu de médaille pour l’un quelconque de ces hauts-faits, c’est une honte. Je comprends parfaitement votre colère contre le Sénateur Kerry, qui en a reçu trois. C’est vrai, quoi : Kerry a été nettement privilégié : il aurait pu se retrouver sans médaille, comme vous. Mais non : lui, il pense qu’il va gagner des points auprès du peuple américain en allant raconter partout qu’on lui tirait dessus, tous les jours, dans le Delta du Mékong ! Ah, ça alors ? Il n’a pas mieux à faire ? Merde, moi aussi, j’entends des coups de feu tous les soirs, sous mes fenêtres ! S’il pense qu’il va impressionner quelqu’un par le simple fait qu’il s’est fait porter volontaire, alors qu’il aurait pu passer les années Vietnam sur son yacht familial, il repassera ! Tout simplement, ça montre à quel point il peut être stupide ! Les Américains, les vrais, veulent un président qui sache comment tirer les ficelles pour  faire fonctionner le système, et s’en tirer en bossant le moins possible !
Alors, voilà : pour me rattraper, je vous ai concocté quelques pubs que vous pourrez utiliser à la télé. Les gens en auront vite marre de vos plaisanteries à base de vétérans de vedette rapide : vous avez besoin de matériel électoral de première fraîcheur, de slogans plus incisifs. Vous avez le choix :
Annonceur (voix off ) : « Tandis que les balles sifflaient partout autour de lui, au Vietnam, qu’est-ce que John Kerry était en train de fabriquer ? Il a dit qu’il était penché par-dessus le bastingage afin de « hisser un homme qui était tombé à l’eau ». Or – ça, tout le monde le sait – les êtres qui vivent dans l’eau d’une rivière, ce sont des poissons. Pas des gens. Ce John Kerry sait apparemment très bien comment raconter ces histoires de prises miraculeuses que les pêcheurs se racontent entre eux. Mais il y a une chose qu’il se gardera bien de vous dire : quand l’ennemi était en train de le canarder, lui, il se planquait. Et un président qui se planquerait au premier danger, vous en voudriez, vous ? Non, n’est-ce pas ? Alors : Votez Bush ! »
Annonceur (voix off) : « Le plus grand supporter de M. Kerry, le Sénateur Max Cleland, prétend avoir perdu deux jambes et un bras au Vietnam. Or, il lui reste un bras ! Comment se fait-ce ? Une seule explication : la couardise ! Lorsqu’il fut rappelé au service, il refusa de donner son dernier membre à la Nation. Est-ce là le genre d’égoïsme que vous voulez voir crécher à la Maison Blanche ? Nous nous refusons à le croire. Votez pour l’homme qui serait trop heureux de donner à l’Amérique son lobe frontal droit : Votez Bush ! »
J’espère que cela vous servira, M. Bush. Et rappelez-vous : lorsque le nombre des Américains tués en Irak franchira les mille, au cours de la convention du Parti républicain, veillez à poser la question de savoir si ceux qui sont morts sont véritablement « morts » - ou bien s’ils ne faisaient pas tout simplement les malins, histoire d’avoir leur binette sur CNN, quand ils rendent hommage aux héros tombés pour la Patrie, avant les infos de 20 heures ? Les seize qui sont mort, depuis le début de la semaine, travaillaient sans doute main dans la main avec l’équipe électorale de Kerry, juste histoire de gâcher votre petite fête à New York. Soyez conséquent, Monsieur, et remettez  TOUJOURS  en question la sincérité de quiconque risque sa vie pour ce pays. C’est le moindre de ce qu’on leur doit.
Bien à vous , Michael Moore - Email : mmflint@aol.com - Web site : www.michaelmoore.com
P.S. : George, je sais que vous avez dit que vous ne lisez pas les journaux. Mais USA Today m’a accrédité pour couvrir la convention républicaine : je dois écrire un éditorial deux fois par semaine (le mardi et le vendredi). Si vous ne voulez pas lire mes éditos, sachez que nous serons, vous et moi, dans le même immeuble : je pourrais peut-être passer vous voir et vous les lire ? N’hésitez pas : faites-moi signe ! Ce sera avec plaisir…
                               
Revue de presse

                             
1. Les Etats-Unis mettent en danger la vie des otages
Dépêche de l'Agence France Presse du lundi 6 septembre 2004

PARIS - Les forces américaines "ne facilitent pas les démarches" pour la libération des deux journalistes français retenus en otages en Irak, mais mettent leur vie "en danger", a estimé lundi à Paris l'association Amitiés Franco-Irakiennes. "Visiblement, les forces d'occupation américaine et leurs supplétifs irakiens n'apprécient ni l'immense élan de solidarité des pays arabes à l'égard de la France, ni que l'issue d'un enlèvement servant leurs intérêts, tourne en leur défaveur", ont estimé les Amitiés Franco-Irakiennes dans un communiqué. En procédant dans la nuit du 4 au 5 septembre à des "exécutions et à plusieurs centaines d'arrestations dans la zone de Latifuya-Mahmoudiya, au sud de Bagdad, où les deux journalistes ont été enlevés, et où ils pourraient être libérés, les Etats-Unis ont mis sciemment en danger la vie de Georges Malbrunot et de Christian Chesnot", a poursuivi l'association. "La France doit exiger du Pentagone la levée immédiate de tous les obstacles qui entravent un dénouement heureux des deux journalistes", a ajouté l'association dans son communiqué. Les Amitiés Franco-Irakiennes regroupent des personnalités françaises de diverses tendances politiques, hostiles dans les années 1990 à l'embargo contre l'Irak, puis à la guerre.
                           
2. El-Qaïda entre fantasme et réalité par Hichem Ben Yaïche
on Vigirak le samedi 4 septembre 2004
Dans quelques semaines les Etats-Unis d'Amérique vont commémorer les attentats du 11 septembre 2001. Choc émotionnel, traumatisme psychologique, deuil national transposé à l'échelle du monde…, les séquelles restent profondes, trois ans après le drame. Le président Bush et l'équipe de néoconservateurs qui l'entoure ont trouvé là, une occasion en or, pour mettre en œuvre leur stratégie de « guerre mondiale contre le terrorisme ». Un concept nouveau qui consiste à traquer et éradiquer, partout où ils se trouvent, les « ennemis de l'Amérique ».
Depuis lors, on a assisté, parallèlement à la mise en place de cette politique, au déclenchement de deux guerres -- celle d'Afghanistan, suivie de celle d'Irak --, avec le déploiement de moyens technologiques gigantesques jamais vus jusque-là. De cette démonstration de force, expression maximale de la puissance, les USA en avait besoin pour impressionner et « terroriser » leurs adversaires réels ou potentiels. Cela servait aussi d'exutoire à leurs frustrations de ne pas avoir su anticiper une agression sur leur propre territoire, dont on pensait qu'il était, pour longtemps, sanctuarisé.
Il ne s'agit pas de retracer cette histoire que j'ai eu, à plusieurs reprises, l'occasion d'aborder ici(1). Aujourd'hui, on dispose de suffisamment d'éléments pour analyser les conséquences de l'action des Etats-Unis en Afghanistan et en Irak. Des centaines de morts et des milliards de dollars dépensés, avec des résultats plus qu'aléatoires. L'ampleur du chaos irakien, particulièrement, montre que les stratèges étasuniens se sont lourdement trompés dans cette affaire. Personne n'est en mesure aujourd'hui de dire ce qu'il adviendra de l'Irak, pays complètement désarticulé, désorganisé et livré aux surenchères communautaires. Sans vouloir faire de procès d'intention au nouveau pouvoir, force est de constater que celui-ci s'achemine vers un régime autoritaire. Les maladresses commises dans sa gestion de la rébellion de Nadjaf, du leader religieux Moqtada al-Sadr, soulignent clairement son incapacité à garder son sang froid par rapport aux événements. Et le reste est à l'avenant !
Mais l'essentiel est ailleurs. Pour tout esprit normalement constitué, il y a un temps pour l'émotion et un temps pour la raison. Et il s'agit maintenant de mesurer à l'aune de la rationalité la multitude d'informations disponible sur notamment el-Qaida de Oussama Ben Laden. Certes, personne ne doute des intentions maléfiques et terroristes de ce mouvement et son degré de dangerosité ; mais quand on examine de près cette question, en mettant à l'endroit les pièces du puzzle, on découvre un certain nombre d'« anomalies ». Ces interrogations, je vais tenter de les décrypter en deux points.
Les USA ont-ils surestimé exagérément el-Qaïda ?
A force d'interrogatoires et de debriefings, en faisant notamment parler les détenus de Guantanamo Bay et d'ailleurs, les services de renseignements US connaissent parfaitement l'essentiel sur l'organisation de Oussama Ben Laden. Au-delà du premier cercle, qui n'est plus en mesure d'être opérationnel aujourd'hui, et au regard des profils des personnes arrêtées ou en fuite, on pourrait être légitiment tenté de dire : les autorités politiques US auraient-elles gonflé exagérément le pouvoir d'el-Qaïda ? Plusieurs arguments viennent renforcer cette interrogation. Loin de minimiser le pouvoir de nuisance de ce réseau, on peut douter sérieusement de l'épouvantail agité régulièrement par certains responsables étasuniens sur des « attaques imminentes » d'el-Qaïda. Privés de territoire, encerclés et traqués dans le Sud Waziristan, les dirigeants et leurs centaines de partisans sont dans une nasse et leurs jours sont comptés. Depuis la mi-juillet 2004, l'armée et la police pakistanaises ont arrêté une soixante de militants terroristes. Forces spéciales, technologies de pointe, écoutes extrêmement poussées et utilisation de satellites-espions, etc., les USA savent qu'ils sont en train de gagner la partie, en visant la « tête pensante » de ce mouvement.
Mais alors pourquoi l'administration de Bush continue-t-elle à exagérer la menace ? La presse US, qui retrouve sa tête et sa pugnacité d'antan, aborde régulièrement ce sujet, et dénonce cet alarmisme, qui semble « répondre » de plus en plus à des raisons électoralistes évidentes.
L'organisation el-Qaïda est-elle finie ?
Les agences de renseignement disposent d'une base de données uniques sur les mouvements terroristes, se réclamant du radicalisme islamique. Les 45 milliards de dollars de budget montrent qu'on ne lésine pas sur les moyens pour « entrer en intimité », pour mieux les vaincre, avec ces organisations. Les Européens ont eux-mêmes acquis un vrai savoir-faire sur ces questions. C'est une lutte qui s'installe dans le temps, durablement. Les autres pays du monde participent d'une manière ou d'une autre à cette « guerre de l'ombre », contre un ennemi invisible, en perpétuel mouvement, mais qui n'est pas - loin s'en faut - invincible. Bientôt el-Qaïda sera une coquille vide. C'est déjà en partie vrai. Il faut lire les travaux de l'universitaire Marc Sageman (Université de Pensylvanie), qui vient de publier Understanding Terror Networks (Comprendre les réseaux terroristes), pour se pénétrer de la nouvelle logique des terroristes (2). 382 profils ont été ainsi établis permettant de comprendre le nouveau spectre du terrorisme se revendiquant d'el-Qaïda. Une foule d'informations qui ont le mérite de passer par les mains expertes d'universitaires, et qu'on peut prendre en considération, sans prendre le risque de se faire manipuler.
Ce que l'on peut dire, c'est que, quelles que soient les ruses utilisées, les nouveaux desperados sont condamnés à vivre dans un espace vital qui se réduit de plus en plus en peau de chagrin. Toute ces transmutations ne doivent pas masquer les mobiles et les raisons de ce terrorisme. Jusqu'ici George Walker Bush et ses conseillers se sont contentés d'observer le « déferlement de haine », sans s'interroger pour autant sur ses vrais motifs. Il faudrait peut-être commencer par là… Comme on le voit les violences procédant du terrorisme sont loin d'être une mince affaire. Celles-ci se généralisent et touchent des innocents. Les Américains sont loin d'être la première cible. Mais le moment est peut-être venu de penser autrement la géopolitique. Les élections présidentielles US vont considérablement conditionner ce choix. Rendez-vous le 2 novembre prochain. [http://www.vigirak.com - benyaiche@hotmail.com]
- NOTES :
(1) Lire sur les relations Oussama Ben Laden et les Etats-Unis le livre "Les coulisses de la terreur", de Richard Labévière (éd. grasset). Des pages bien éclairantes sur ces deux anciens "partenaires".
(2) Lire son entretien accordé au journal « Libération » du mardi 17 août 2004. (
http://www.liberation.fr/page.php ?Article=231106)
                   
3. Le Parlement libanais approuve l'extension du mandat du Président 
Dépêche de l'agence Xinhuanet du samedi 4 septembre 2004

DAMAS - Le Parlement libanais a approuvé vendredi l'extension du mandat du Président pro-syrien Emile  Lahoud par amendement à la constitution du pays, a rapporté la  chaîne de télévision qatariote al-Jazira. 
Quatre-vingts seize députés ont dit "oui" à l'amendement  constitutionel permettant à Lahoud de conserver son poste pour  trois années supplémentaires, tandis que son mandat prenait en  principe fin le 24 novembre. 29 autres ont voté contre tandis que  trois se sont abstenus, d'après le reportage. 
Le résultat était assuré dans la mesure où l'extension du  mandat était soutenue par la Syrie, qui a envoyé 20 000 soldats au Liban et bénéficie d'une grande influence politique sur son voisin du sud.  
Les Etats-Unis, qui ont accusé la Syrie d'exercer une trop  importante influence sur l'extension du mandant du Président en  exercice, ont fait circuler un projet de résolution parmi les  autres membres du Conseil de sécurité de l'ONU mercredi, exigeant  le respect de la souveraineté du Liban et le retrait des forces  syriennes du Liban. 
Le ministre syrien des Affaires étrangères Farouk al-Shareh a  qualifié cette action d'injustifiée mercredi lors d'un appel  téléphonique à son homologue libanais Jean Obeid et au chef de la  Ligue arabe Amr Moussa pour discuter de ce problème. 
En dépit de fortes objections de la Syrie et du Liban, le  Conseil de sécurité des Nations Unies a voté jeudi en faveur de la résolution proposée par les Etats-Unis. 
Le Liban a rejeté cette résolution vendredi, et accusé les  Etats-Unis d'ingérance dans ses affaires internes.Le gouvernement  libanais a déclaré à plusieurs reprises que la présence de l'armée syrienne avait été un facteur de stabilité depuis la fin de la  guerre civile de 1975-90.
                       
4. La boîte de Pandore libanaise par Richard Labévière
on Radio France Internationale le jeudi 2 septembre 2004
Les Etats-Unis mettent la pression sur les quinze membres de l'exécutif des Nations unies pour lui faire adopter un projet de résolution condamnant les ingérences syriennes au Liban.
A l'initiative de Damas, le parlement libanais doit se réunir demain, pour adopter un amendement de la constitution qui doit permettre à l'actuel président de la République - Emile Lahoud - de prolonger son mandat de trois ans, mandat qui expire le 24 novembre prochain.
Coparrainé par la France, avec l'appui de l'Allemagne, de la Grande-Bretagne, de l'Espagne et de la Roumanie le projet de résolution a soulevé une vive opposition de l'Algérie, du Pakistan et des Philippines, accusant Washington d'intervenir dans les affaires intérieures libanaises et syriennes. La Chine et la Russie - membres permanent du Conseil - restent traditionnellement sur une position abstentionniste dès qu'il est question de la souveraineté des Etats-membres.
Ces réticences cumulées s'adressent principalement à Washington, accusé de manquer de cohérence en forçant le retrait syrien du Liban tout en autorisant Israël à poursuivre l'occupation et la colonisation des territoires palestiniens. Le président-candidat Georges Bush vient de donner son blanc-seing à la construction de 1 500 logements supplémentaires dans les colonies israéliennes de Cisjordanie.
Dans l'absolu, personne ne peut raisonnablement contester le droit parfaitement légitime des Libanais à recouvrer leur souverainté. Aussi est-il parfaitement légitime, également de tendre vers une pleine et entière application des accords de Taëf qui - en 1989 - ont amorcé la fin d'une guerre libanaise de quinze ans. Mais l'absolu n'est pas toujours pertinent et les principes toujours applicables. La guerre du Liban ne fut pas intérieure et civile, mais bien un conflit régional, provoquant plusieurs occupations israéliennes successives du pays du cèdre, des opérations syriennes voulues par nombre de Libanais et de multiples interventions des Nations unies toujours déployées dans la région.
Aujourd'hui encore quelque 300 000 Palestiniens vivent au Liban dans des camps de réfugiés et une restauration effective du pays reste organiquement liée à un règlement régional prévoyant non seulement le retour de ces réfugiés mais aussi le retrait israélien du plateau du Golan et des fermes de Chebah. En dissociant ces aspects constitutifs de la même question liant presque géologiquement les souverainetés libanaise, syrienne et palestinienne, les alliés du projet américain prennent la lourde responsabilité de ré-ouvrir la boîte de pandorre libanaise, de relancer la machine des communautarismes morbides et de compromettre dangereusement la convalescence du pays de cèdre.
En 1860, en 1958, en 1975, chaque fois que la communauté internationale a pressé le Liban pour tenter de l'extraire de son environnement régional, pour le forcer à choisir entre l'Occident et l'Orient, chaque fois les mêmes causes ont produit LE même effet: malheureusement pour les Libanais, la guerre.
                       
5. Soutien à Marwan Barghouti et aux prisonniers palestiniens
in L'Humanité du vendredi 3 septembre 2004

Alors que la spirale de la violence et la politique du gouvernement Sharon continuent à bloquer toute perspective de paix au Proche-Orient, des voix de paix trouveront à la Fête [La Fête de l'Humanité - les 10, 11 et 12 septembre 2004 au Parc départemental de La Courneuve - RER B Le Bourget - http://fete.humanite.fr] un lieu d’expression. " Quelle solidarité avec le peuple palestinien et les pacifistes israéliens ? ", c’est le thème du débat prévu le samedi 11 septembre 2004 à 17h45 avec Leïla Shahid et Ruchama Marton, présidente de l’association israélienne Physicians for Human Rights.
Il sera également question, le samedi soir, des 8 000 prisonniers politiques palestiniens actuellement détenus dans des prisons en Israël ou dans des camps militaires de Cisjordanie. Parmi eux, Marwan Barghouti, chef du Fatah en Cisjordanie, a été condamné en juin dernier à la réclusion criminelle à perpétuité par un tribunal de Tel-Aviv. Des centaines de prisonniers palestiniens ont entamé à la mi-août une grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détention et le mépris de leurs droits fondamentaux, qui se traduit notamment par l’interdiction des visites des familles. La libération de ces prisonniers constitue une condition essentielle pour toute avancée dans le sens de la paix. Une soirée leur sera consacrée le samedi à partir de 19 heures, inaugurant une grande campagne de solidarité pour leur libération. Les avocats français de Marwan Barghouti, ainsi que son épouse, Fadwa Barghouti, participeront à cette initiative de solidarité. La soirée se poursuivra en musique avec le groupe palestinien A’Arras.
                       
6. Les otages français en Irak - Décryptage par Thierry Meyssan
in Voltaire du jeudi 2 septembre 2004
(Thierry Meyssan est journaliste, écrivain, et président du Réseau Voltaire. Téléchargez gratuitement l'intégralité du numéro spécial de "Voltaire", l'excellent quotidien publié par le Réseau Voltaire, consacré aux otages français en Irak (au format Pdf - 671 Ko) : http://www.reseauvoltaire.net/quotidien/pdfs/Demo-Voltaire.pdf.)
Une analyse rigoureuse de l'affaire des otages français montre que la soi-disant « Armée islamique en Irak » n'est ni islamique, ni irakienne. Inconnue des organisations d'opposition, elle n'a établi de contacts revendiqués qu'avec le gouvernement d'Iyad Allaoui et sert les intérêts de la Coalition. C'est pourquoi les autorités françaises, loin d'entrer dans la logique voulue par les ravisseurs, ont déployé tous leurs réseaux diplomatiques pour transformer ce drame en mobilisation internationale contre le projet états-unien de guerre des civilisations.
Alors que la disparition des journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot et de leur chauffeur syrien Mohammed Al-Joundi, le 24 août 2004, dans la zone d'occupation états-unienne de l'Irak avait provoqué un silence consterné, le message de leurs ravisseurs, diffusé quatre jours plus tard, a soulevé une protestation internationale.
Il s'agit d'une cassette vidéo dans laquelle les deux journalistes français s'expriment successivement, sans qu'apparaissent les ravisseurs. Un communiqué joint précise que les deux hommes sont détenus par l'Armée islamique en Irak ; que celle-ci demande à la France d'abroger « la loi sur le voile » et lui donne 48 heures pour répondre. Il n'est plus question de Mohammed Al-Joundi.
Le chantage
Il importe avant tout d'analyser la forme de ce document.
La cassette est parvenue anonymement à Al-Jazira qui en avait déjà reçu d'autres portant la même signature. La chaîne peut ainsi confirmer que les différentes cassettes signées « Armée islamique en Irak » proviennent d'une source unique.
La réalisation diffère des vidéos habituelles des groupes clandestins du Proche-Orient. La réalisation est très soignée et le montage est précis : deux brefs plans fixes. Les ravisseurs n'apparaissent pas à l'image.
Le document est conçu avec une intervention en français et une en arabe pour une diffusion sur les chaînes francophones et arabes. Mais les télévisions françaises, hormis LCI qui a décidé de ne pas récidiver, ont refusé de le diffuser pour ne pas laisser les ravisseurs imposer leur problématique.
Une seconde cassette a été diffusée deux jours plus tard. Elle est réalisée de la même manière, mais cette fois, les deux journalistes s'expriment l'un et l'autre en anglais. Les ravisseurs, qui ont l'expérience de la non-reprise de la première vidéo par les chaînes françaises, s'adressent ici à un public anglophone.
Nous devons ensuite analyser le contenu de la vidéo.
Ainsi que nous le précise Hassan Gharib, auteur de l'ouvrage de référence sur les groupes politiques publics et clandestins en Irak, la dénomination « Armée islamique en Irak » ne renvoie à aucune organisation connue sur le terrain par les forces d'opposition. Elle n'en existe pas moins médiatiquement depuis qu'elle aurait fait plier le gouvernement philippin.
Dans un communiqué vidéo, diffusé le 10 juillet par Al-Jazira, Angelo de la Cruz, se déclarait otage de la dite « Armée islamique en Irak » et demandait à la présidente Gloria Arroyo de retirer ses troupes dans les 72 heures faute de quoi, il serait exécuté par ses ravisseurs. Les Philippines cèdèrent au chantage, le 12 juillet. Leurs troupes furent entièrement retirées au 20 juillet et l'otage fut relâché. De nombreux membres de la Coalition déplorèrent la faiblesse de Manille, tandis que « l'Armée islamique en Irak » apparaissait comme le seul groupe de résistance ayant vaincu un contingent étranger.
Mais, il s'agissait à l'évidence d'une mise en scène. La prétendue « Armée islamique en Irak », pour libérer son pays occupé par plus de 200 000 militaires et mercenaires étrangers, avait pris pour cible le contingent philippin composé de 80 hommes. Il avait exigé leur retrait avant le 20 juillet, alors que celui-ci était déjà amorcé et devait être fini le 20 août. Dans les faits, il a simplement obtenu qu'une trentaine de policiers philippins soient délocalisés sur le Koweït avec un mois d'avance. Les Philippines, qui sont une ancienne colonie états-unienne, n'ont notoirement aucune marge de manœuvre en matière de politique étrangère et leur armée est entièrement formée, encadrée et équipée par le Pentagone. La présidente Gloria Arroyo a été choisie par Bill Clinton dont elle avait été l'amie intime lors de leurs études universitaires. En d'autres termes, le retrait anticipé n'avait aucune signification sur le terrain et sa décision n'a pas pu être prise sans l'aval de Washington, quelles que soient les remontrances émises pour la galerie.
Plus surprenant encore : pendant les dix jours de crise, des négociations ont été conduites entre le gouvernement philippin et « l'Armée islamique en Irak » par l'entremise du gouvernement d'Iyad Allaoui. À ce jour, le gouvernement de Collaboration reste le seul canal ayant ouvertement revendiqué avoir établi un contact avec ces preneurs d'otages. La chose était alors parue si limpide, que l'ayatollah Ali Khamenei, dont chacun admet qu'il est fort bien informé de ce qui se passe en Irak, déclarait soupçonner « l'Armée islamique en Irak » d'être composée d'agents travaillant pour le compte des États-Unis et d'Israël [1].
La même signature a ressurgi avec l'enlèvement et la mort du journaliste italien Enzo Baldoni. Il s'agissait cette fois de contraindre Rome à retirer sous 48 heures ses 3000 hommes stationnés en Irak. Une exigence techniquement irréalisable. Cependant, selon la presse italienne, il semblerait que le M. Baldoni n'ait pas été exécuté, mais soit mort en détention. L'opération aurait donc échoué sans que l'on sache quel scénario était initialement prévu [2].
La revendication d'abrogation de « la loi sur le voile », réclamée par l'organisation en échange de la vie des otages français, est déconnectée de la réalité irakienne. Alors que le pays est occupé par des puissances étrangères, « l'Armée islamique en Irak » se préoccupe de modifier une loi dans un pays ami. Il serait donc surprenant que les commanditaires soient irakiens.
Les ravisseurs sont informés que la rentrée scolaire, qui marquera le début d'application de cette législation, aura lieu le 6 septembre et que les décisions doivent être prises avant le week-end. Mais ils ignorent, ou feignent d'ignorer, que seul le Parlement peut abroger une loi et que celui-ci est en vacances.
Le principe de l'enlèvement et du chantage ne relève pas de la foi, mais du brigandage. Il est condamné par toutes les autorités religieuses musulmanes, lesquelles ont largement répété leur message depuis que cette pratique s'est généralisée en Irak. Il serait donc surprenant que « l'Armée islamique en Irak » soit animée par la foi musulmane.
De ces premiers éléments, nous pouvons tirer les premières conclusions.
Comme l'avait déjà noté l'ayatollah Ali Khamenei, « l'Armée islamique en Irak » n'est manifestement pas composée de musulmans irakiens. Elle n'a pas de contact avec les autres mouvements d'opposition, publics ou clandestins, et ne discute officiellement qu'avec le gouvernement Allaoui qu'elle prétend pourtant combattre. Dans cette nouvelle affaire, elle ne cherche pas à libérer l'Irak, mais à s'immiscer dans la vie politique française.
Les réactions
Analysons maintenant la réaction des autorités françaises.
Dès la nouvelle connue, le Premier ministre réunit un comité ministériel de crise. Le ministre de l'Intérieur convoque le Comité français du culte musulman (CFCM). Le Premier ministre réunit un second comité ministériel de crise, puis prend contact avec les présidents des deux Assemblées. Le président de la République s'adresse à la nation. Le lendemain, le ministre des Affaires étrangères rencontre au Caire le secrétaire général de la Ligue arabe, puis son homologue égyptien et, à Alexandrie, le chef des services de renseignement égyptiens. Une délégation diplomatique et militaire française se rend à Bagdad. Le président de la République s'entretient avec son homologue russe et le chancelier allemand à Sotchi. Le ministre des Affaires étrangères se rend à Amman pour rencontrer le chef des services de renseignement jordanien. En moins de trois jours, les réseaux diplomatiques français sollicitent et obtiennent le soutien de la totalité des dignitaires religieux musulmans reconnus et de toutes les formations politiques et institutions arabes.
Cette réaction, comparée à celles qui suivirent les affaires d'otages au Liban et en Yougoslavie, peut paraître disproportionnée, d'autant que la revendication des ravisseurs est à la limite du grotesque. Elle ne se comprend, de même que les réactions des États arabes, que dans la mesure où chaque protagoniste est conscient d'enjeux cachés.
La lecture attentive de la déclaration du président de la République à la nation fait apparaître un soin méticuleux à ne pas qualifier les ravisseurs, laissant ainsi ouvert pour l'avenir la question de leur identification. Le chef de l'État annonce la mission qu'il a confiée à son ministre des Affaires étrangères. Surtout, il met en avant le principe de laïcité, non pas en référence à la polémique sur le voile, mais comme antidote au projet états-unien de guerre des civilisations [3].
Venons-en à la réaction des autorités de Collaboration irakiennes.
Le Premier ministre, Iyad Allaoui, qui ne cache pas avoir été employé par le MI6 britannique, la CIA états-unienne, mais aussi les services égyptiens et jordaniens, s'est confié à quelques journalistes occidentaux au cours d'une discussion à bâtons rompus. Le Monde en a donné une version reconstituée artificiellement sous la forme d'interview. Les propos rapportés ne sont pas confirmés dans les mêmes termes par les journalistes anglo-saxons ayant assisté à la discussion. Ils ne sont pas infirmés non plus, ni par eux, ni par M. Allaoui. Le Premier ministre, qui rappelons-le est la seule personnalité à avoir revendiqué un contact direct avec « l'Armée islamique en Irak » explique que le refus français de soutenir la Coalition ne protége pas Paris du terrorisme. Au contraire, selon lui, des attentats se produiront dans les États qui refusent de soutenir la Coalition, voire dans les villes états-uniennes qui ont pris position pour le retrait des troupes US [4].
Bref, M. Allaoui fréquente suffisamment « l'Armée islamique en Irak » pour savoir quelles seront ses prochaines cibles. Et il menace d'attentats les États et collectivités opposés à la Coalition, non seulement contre leurs intérêts en Irak, mais sur leurs territoires.
Passons à la réaction des autorités états-uniennes et israéliennes.
À Washington, le département d'État est muet. Le porte-parole de la Maison-Blanche répond à une question de journaliste en marge d'un meeting du candidat Bush pour affirmer que les terroristes veulent affaiblir la détermination de la communauté internationale. C'est tout pour les commentaires officiels. George Bush père déclare sur NBC qu'en voyant ce qui leur arrive les Français doivent maintenant se dire que le président Bush avait raison à propos des terroristes. Une analyse clairvoyante dans la droite ligne de celles qui furent développées par les dirigeants états-uniens après les attentats de Madrid, sans être partagées par les électeurs espagnols. Les networks US diffusent la seconde cassette, enregistrée en anglais à leur attention. Les deux otages y appellent les Français à manifester contre la loi sur le voile, dont on sait qu'elle avait été sévèrement condamnée par le département d'État. Les commentateurs expliquent que le gouvernement français récolte ce qu'il a semé à force d'être intolérant avec les musulmans et laxiste avec les terroristes.
Tel-Aviv, d'habitude si prolixe pour commenter tout ce qui se passe dans la région, se mure dans le silence.
De ce silence assourdissant, nous pouvons conclure que ni les États-Unis, ni Israël n'expriment la moindre compassion, même par simple courtoisie, pour les otages ou pour la France. Le clan Bush espère même que cette affaire servira de leçon aux Français.
Le renversement diplomatique
Enfin, observons la stratégie française.
Dès le début, Jacques Chirac a perçu que la crise dépassait largement la question de la vie de deux otages ou celle de la loi sur le voile et que son enjeu était la position diplomatique de la France face au projet états-unien de guerre des civilisations. Comme nous n'avons cessé de le répéter devant de nombreux gouvernements et médias du monde musulman depuis près de trois ans, la diplomatie française sur le long terme n'est pas dictée par des intérêts éphémères, mais par le contrat social républicain. Quelles que soient les vicissitudes de ses dirigeants, la France revient toujours à une conception laïque des relations internationales. Elle est intrinsèquement opposée au projet de guerre des civilisations car son existence même repose sur le principe inverse : vivre ensemble sans discriminations fondées sur les appartenances et convictions privées. Du point de vue français, la guerre des civilisations n'est pas une guerre entre l'Orient et l'Occident, mais une guerre civile. Non pas pour des motifs d'équilibres démographiques internes entre communautés, mais parce qu'il s'agit de la définition même du projet républicain.
Alors que cette opération de guerre psychologique était conçue pour provoquer une division des Français et les placer devant des contradictions diplomatiques, l'Élysée a retourné la situation et transformé ce drame en un concert unanime de soutiens dans le monde musulman. Et, au regard de tout ce que nous avons accompli au cours de ces trois dernières années dans les pays concernés et quelles que soient les incompréhensions dont nous avons fait l'objet en France, nous pouvons revendiquer avec fierté notre part de travail dans la réussite de cette mobilisation.
Aux États-Unis, la presse filtre les déclarations des dirigeants arabes, relayant les condamnations morales et religieuses des enlèvements et occultant les soutiens politiques à la diplomatie française.
En quelques jours, la France a vu reconnaître par tous les acteurs proche-orientaux, hormis les Collaborateurs irakiens et Israël, le bien-fondé de ses positions diplomatiques et son leadership face au bellicisme de la Coalition. Plus aucun dirigeant arabe ne doute de ce qui se cache derrière « l'Armée islamique en Irak » sans qu'il ait été besoin pour la France de l'expliciter publiquement.
- NOTES :
[1] Pour une analyse plus précise de cet épisode, voir notre article « Le vrai-faux retrait philippin », Voltaire, 2 septembre 2004.
[2] « La revendication de l'enlèvement d'Enzo Baldoni », AFP, 29 août 2004.
[3] « La guerre des civilisations » par Thierry Meyssan, Voltaire, 4 juin 2004.
[4] « Iyad Allaoui, premier ministre irakien : "La France ne sera pas épargnée. Il y aura des attentats à Paris, à Nice, à Cannes..." », Le Monde, 30 août 2004. (Tribunes traitée dans Tribunes libres internationales du 2 septembre)
                               
7. Otages français en Irak: deux Palestiniens se proposent comme monnaie d'échange
Dépêche de l'Agence France Presse du jeudi 2 septembre 2004, 15h22
Deux Palestiniens de Bethléem en Cisjordanie ont annoncé jeudi qu'ils se rendraient vendredi en Irak pour se proposer comme monnaie d'échange aux ravisseurs qui retiennent en otage deux journalistes français depuis le 20 août.
Diya Melhem, 38 ans, et Nabil Darawi, 33 ans, tous deux fonctionnaires du ministère palestinien du Tourisme, ont affirmé lors d'une conférence de presse qu'ils avaient pris cette initiative pour exprimer leur gratitude pour la politique française "amicale" envers les Palestiniens.
"Cinq millions de musulmans vivent en France en toute liberté. La France nous soutient dans tous les domaines et il faut que nous soyons à ses côtés dans cette crise", a affirmé M. Melhem, qui a vécu six ans en France où il a obtenu un diplôme universitaire en sciences humaines.
"Le gouvernement et le peuple français sont des amis du peuple palestinien", a-t-il ajouté lors de la conférence de presse organisée dans la tente qui sert de QG à Bethléem aux activités de soutien aux prisonniers palestiniens qui ont suspendu jeudi leur mouvement de grève de la faim.
Les deux Palestiniens entendent, une fois arrivés à Bagdad, entrer en contact avec le Comité des oulémas musulmans, l'organisation la plus représentative des sunnites irakiens, et des partis politiques irakiens pour qu'ils tentent de transmettre leur offre aux ravisseurs.
"Nous sommes prêts à nous sacrifier pour la France car elle a tant donné aux Palestiniens et aux Arabes en général et il ne faut pas oublier que la France avait refusé de participer à la guerre en Irak", a poursuivi M. Melhem.
M. Darawi, qui a passé un an dans les prisons israéliennes, dit s'identifier aux deux otages.
"Je sais ce que c'est que d'être en captivité, loin de la famille et de ceux qu'on aime et je vais tout faire pour que les deux journalistes français soient relâchés", a-t-il dit.
Christian Chesnot et Georges Malbrunot ont été enlevés avec leur chauffeur syrien le 20 août par l'"Armée islamique en Irak".
Ce groupe islamiste, qui a revendiqué le meurtre de l'otage italien Enzo Baldoni, exige que la France annule la loi interdisant le port de signes religieux ostensibles, comme le voile islamique, à l'école publique. Cette dernière entrait en application jeudi, jour de la rentrée scolaire en France.
                       
8. Sharon "oublié" par ses gardes du corps
Dépêche de l'Agence France Presse du mercredi 1er septembre 2004
JERUSALEM - La garde rapprochée du Premier ministre israélien Ariel Sharon a commis une grave erreur en l'"oubliant" mardi dans sa résidence à Jérusalem, a indiqué mercredi la radio de l'armée israélienne. Convaincus que le chef de gouvernement se trouvait parmi eux, ses gardes du corps ont quitté la résidence à bord d'un convoi automobile et se sont aperçus de son absence en arrivant au siège du Parlement, quelques kilomètres plus loin. M. Sharon avait en fait été purement et simplement "oublié", avec un seul vigile pour assurer sa protection. Le Shin Beth (service intérieur de sécurité) a ouvert une enquête pour vérifier les raisons de cette bévue.
                       
9. Israël empêche le directeur de l'Unrwa de quitter la bande de Gaza
Dépêche de l'Agence France Fresse du mercredi 1er septembre 2004

JERUSALEM - L'Agence de l'Onu pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) a exprimé son indignation après le refus d'Israël d'autoriser son directeur Peter Hansen de quitter la bande de Gaza mercredi par le passage d'Erez qui a été fermé la veille à la suite d'une tentative d'attentat. M. Hansen voulait franchir le point de passage d'Erez pour se rendre en Cisjordanie mais les autorités israéliennes au terminal l'en ont empêché, a affirmé l'Unrwa dans un communiqué. "C'est la première fois que la liberté de mouvement du directeur d'une agence de l'Onu est ainsi entravée par un Etat membre de l'Onu", affirme le communiqué. Le terminal d'Erez a été fermé tôt mardi après que les soldats israéliens y eurent intercepté un Palestinien transportant une charge explosive sous forme d'un caleçon qu'il portait, selon des sources militaires. L'Unrwa a fait valoir que l'activiste palestinien a été arrêté dans une partie du terminal réservée aux ouvriers palestiniens et que cela devrait être sans conséquence sur les mouvements du personnel de l'Onu, qui n'utilise pas la même voie. "Malgré le fait que les ouvriers palestiniens utilisent une voie de passage différente de celle réservée au personnel de l'Onu et aux diplomates et malgré le fait qu'aucun employé international n'a jamais été impliqué dans des affaires touchant à la sécurité, les autorités israéliennes ont refusé d'ouvrir Erez au personnel de l'Onu", déplore l'Unrwa.
                           
10. Joseph Ayache, membre du Betar, condamné à 4 mois de prison ferme pour agression raciste
Dépêche de la CAPJPO / Euro-Palestine du mercredi 1er septembre 2004, 3h18

Un membre du mouvement sioniste d’extrême-droite Bétar, Joseph Ayache, a été condamné mardi à 4 mois de prison ferme par la 24ème chambre correctionnelle du tribunal de Paris, pour agression à caractère raciste d’un militant d’origine palestinienne, a-t-on appris auprès de son avocat.
Les faits remontent au 7 octobre 2003, lorsqu’avec la bénédiction du ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, diverses organisations juives, du CRIF de Roger Cukierman à la "Ligue de Défense Juive" en passant par le Bétar, avaient été autorisées à assiéger la Délégation générale de Palestine à Paris.
On eut ce jour-là le spectacle honteux de quelques centaines d’excités, hurlant des slogans du type "Mort aux Arabes", ou "Pas d’Arabes, pas d’attentats", sous la protection de nombreux policiers.
Convaincu de son impunité, une bande conduite par Ayache se dirigea vers notre ami Zouhair A., venu sur les lieux montrer notre détermination commune à défendre Leïla Shahid, alors qu’il donnait une interview à la chaîne d’informations itélévision.
Sous l’oeil de la caméra, Zouhair fut violemment frappé d’un coup de casque, et projeté à terre.
Après le dépôt de plainte, la justice finit par ordonner le visionnage de la cassette d’itélévision que la chaîne, avec une grande lâcheté, s’était bien gardée de diffuser à l’antenne (on imagine les choux gras qu’auraient fait les médias avec une situation inverse !)
Des membres de la police judiciaire reconnaissent alors, au visionnage, le nommé Ayache, qui avait donné quelques instants avant l’attaque une interview à la même chaîne itélévision, où il proférait des injures racistes contre les Arabes. Ayache est en effet connu des services de police, pour une affaire antérieure de port d’arme.
Mais lorsque la police se présente à son domicile, début 2004, ses parents indiquent que leur fils "est parti en Israël, pour un bout de temps".
A l’audience de mardi, où il devait comparaître pour répondre de violences volontaires ayant entraîné une interdiction temporaire de travail inférieure à 8 jours, avec les deux circonstances aggravantes d’usage d’arme par destination (le casque) d’une part, et agression à raison de l’appartenance réelle ou supposée de la victime à un groupe racial ou ethnique donné d’autre part, Ayache n’était bien entendu pas présent.
Les faits étant limpides, l’audience a été relativement courte. Le parquet a requis 8 mois de prison ferme et, après délibéré dans la journée, le tribunal a finalement condamné Ayache à 4 mois de prison ferme. Il reste maintenant à savoir si la justice saura être conséquente, et lancera un avis de recherche à l’encontre de l’individu.
L’Agence France Presse, l’un des principaux canaux de l’information en France, qui dispose de correspondants permanents au Palais de Justice de Paris, n’a jamais écrit une ligne sur cette affaire qui remonte pourtant à près de deux ans, alors qu’elle a fait la scandaleuse promotion, dans un passé récent, d’une série de fausses agressions antisémites (à commencer par l’affaire du RER D).
A 19 heures mardi, l’AFP n’avait pas rendu compte du jugement. Nous avons fourni à l’AFP tous les détails pratiques lui permettant de faire son travail de manière indépendante (numéro de la chambre correctionnelle concernée, coordonnées de l’avocat de Zouhair, etc.). On verra bien si cette entreprise, financée par le contribuable, s’acquitte pour une fois de ses obligations. A suivre, aussi, la manière dont les médias répercuteront, ou occulteront l’affaire. Mais on ne demandera évidemment pas au CRIF, à la LICRA ou à SOS-Racisme de se démarquer de leur compère condamné. [www.paixjusteauproche-orient.asso.fr/]
                       
11. Il n’y a pas de moindre mal par Rossana  Rossanda
in Il Manifesto (quotidien italien) du vendredi 3 septembre 2004
[traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio]
Mais est-ce bien vrai qu’il s’agit de choisir entre un Irak normalisé par les Etats-Unis et un Irak libéré par les coupeurs de tête ? Entre une Tchétchénie normalisée par Poutine et une Tchétchénie dominée par les séquestreurs d’enfants ? Que pour la première fois réalisme et morale conseillent le premier terme du dilemme ?
Ce n’est pas vrai. L’Irak ne redeviendra pas normal tant que durera l’occupation américaine. C’est celle-ci qui l’a précipité de la dictature au chaos et, en imposant un gouvernement Quisling (1), suscite une résistance qui, n’ayant pas un forum minimal d’élaboration consensuelle, provoque aussi des franges fondamentalistes ou tout simplement criminelles. Mais ce ne sont pas elles qui ont l’Irak en main: il est ou sera dans les mains des hiérarchies chiites et sunnites, qui sont en mesure de faire renoncer même Al Sadr. Une république islamique, beau résultat de l’idiotie du Pentagone et de ses soutiens européens. Ni la Tchétchénie n’est dans les mains des séquestreurs d’enfants : si Poutine l’abandonnait  ce serait une république islamique dirigée par Mashkadov. Ramenons les choses à leur niveau réel qui est déjà assez consternant. Et il va de soi que nous sommes pour que les états négocient  pour la vie des citoyens qu’ils n’ont pas su protéger des franges extrémistes, mais surtout pour qu’ils retirent les armées d’occupation, qui ne représentent pas le moindre mal comme on entend jacasser, mais l’origine du désastre.
La vérité c’est qu’au Moyen-Orient un match est en train de se jouer entre deux droites extrêmes et avec des moyens et des catégories que nous pensions avoir dépassés. Quand les Nations Unies  interdisaient la guerre comme moyen pour résoudre tout consensus international, elles ne se limitaient pas à prêcher la modération, mais craignaient à juste titre que toute nouvelle guerre, à cause aussi de la présence de moyens de destruction toujours plus puissants, aurait suscité des explosions catastrophiques. Une fois rompu l’équilibre des armements qui faisait fonction de dissuasion, il revenait à la seule superpuissance restée en place de veiller sur ce principe pour garantir un ordre mondial dans lequel il fallait démêler politiquement des conflits d’intérêt et réparer des blessures, qu’elles pouvaient avoir peut-être subies elle aussi. Les USA de Bush  en ont conclu au contraire qu’ils étaient désormais les patrons du monde, et l’Europe des gauches les confirmaient dans cette persuasion en les appelant à intervenir en Yougoslavie dans le pire contentieux ethnique, qu’elle ne savait pas ou ne voulait peut-être pas résoudre avec des moyens politiques.
Depuis lors la scène mondiale n’a plus ni ordre ni principes. Les USA ont répondu à un attentat brutal, couvé par des chefs arabes qu’ils avaient eux-mêmes entraînés et utilisés, en envahissant deux pays: dont un qui n’y était pour rien mais dont l’entourage de Bush  convoitait le pétrole depuis longtemps. Ils ont menti et attaqué. Ignorants et racistes ils pensaient s’en sortir  facilement alors qu’ils ont mis à feu le Moyen-Orient, multiplié les foyers de terrorisme et suscité en Irak une réaction inverse, incontrôlable et avec des extrémistes incontrôlés.
En vingt ans le monde a fait marche arrière de trois siècles, nous sommes revenus aux guerres de religion : Bush agite l’étendard de la trinité, Sharon celui de Yahvé, les irakiens, les palestiniens, les tchétchènes celui d’Allah. Ce sont les religions du livre derrière lesquelles se cachent des intérêts solides et des identités fragiles. L’occident envahit, massacre, privatise guerres, soldats et armes de mort, capture et torture au nom du Christ. Au Moyen-Orient et en Tchétchénie des jeunes et des femmes désespérés se font exploser au nom d’Allah pourvu qu’ils entraînent l’ennemi dans la mort.
Depuis l’écroulement de l’URSS nous sommes dans un désordre mondial jamais imaginé. Lucio Colletti (2)  était déjà polémique à propos du communisme quand il se demandait à quelles monstruosités pourtant aurait donné lieu la chute d’une espérance de délivrance terrestre, comme l’avaient été les luttes socialistes et communistes. Si n’aurait pas émergé de nouveau la furieuse camelote nationaliste, ethnique, religieuse pour recouvrir  les affaires et les jeux de pouvoir dans la débâcle des pauvres et des perdants. Celui qui avait écrit dans la première moitié du vingtième siècle « Socialisme et barbaries » (3) avait raison. Et nous avions raison nous aussi, Manifesto, quand nous sommes nés sous deux points cardinaux : la critique au réal socialisme, qui n’était faite par personne à ce moment là, et le ferme maintien de cette boussole laïque et marxiste qui avait élevé le niveau du conflit et l’avait civilisé. C’était et nous sommes des minorités par trop lucides.
Certes il n’est pas facile d’être seuls, c’est plus confortable de chanter dans le chœur lénifiant des medias et des doutes des gens comme il faut. On y est accueilli avec enthousiasme. Mais affûter la raison plutôt que les épées reste notre métier. Le reste nous le laissons à Hungtinton, Fukuyama et, hélas, Calderoli (4) .
Les notes de bas de pages sont faites, arbitrairement et superficiellement, à l’occasion de la traduction.
- NOTES :
(1) Vidkun Quisling, homme politique norvégien, fondateur d’un parti d’inspiration nazie, obsédé par une invasion de l’URSS, avait rencontré Hitler en décembre 39 pour solliciter la « protection » de l’Allemagne contre le péril communiste et garantir que l’invasion se ferait sans résistance ni effusion de sang. Il a ensuite toujours été tenu à l’écart du pouvoir par l’occupant.
(2) Difficile de faire quelques lignes sur Lucio Colletti : « il a été un marxiste intelligent, chose rare dans la deuxième moitié du XXème siècle » (Mario Tronti, Il manifesto, ), devenu ensuite « un libéral passionnément critique du marxisme »(…). Il vaut mieux aller voir par vous-même.
(3) « Socialisme ou barbaries » groupe constitué autour de Cornelius Castoriadis, en 1948.
(4) Roberto Calderoli, actuel « ministre pour les réformes » du gouvernement Berlusconi demande une révision de la loi Bossi-Fini, qui a déjà restreint considérablement les droits des immigrés en Italie: motif habituel des liens entre immigration et terrorisme.
                                               
12. Palestine - Entretien avec Nabil Shaath, ministre des Affaires étrangères : "Nous sommes prêts à former un gouvernement d'union nationale" propos recueillis par Mohamed Moustapha
in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 1er septembre 2004

De notre correspondant à Gaza - Le ministre des Affaires étrangères, Nabil Shaath, évoque la grève de la faim des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes, le dialogue interpalestinien et l'intensification de la colonisation juive. 
— Al-Ahram Hebdo : Quelque 4 000 prisonniers sécuritaires palestiniens détenus par Israël observent depuis le 15 août une grève de la fin pour protester contre leurs conditions de détention. Qu'entendez-vous faire pour soutenir leur mouvement ? Allez-vous recourir à l'Assemblée générale de l'Onu ?
— Nabil Shaath : L'Assemblée générale de l'Onu ne se tiendra pas avant le 14 septembre. Et avant de recourir de manière exceptionnelle à l'assemblée, il faut qu'on se tourne d'abord vers le Conseil de sécurité. Le premier pas à entreprendre, c'est d'adresser un message au président du conseil, puis de demander la tenue d'une session à cet effet. Nous allons accorder une grande importance au dossier des prisonniers dans les discussions de l'assemblée lors de sa tenue. La plupart de ces prisonniers sont des civils, dont un millier emprisonnés sans procès et sans charges contre eux. Ils sont régis par la IV Convention de Genève sur la protection des civils sous occupation militaire.
Nous sommes armés de l'avis de la Cour internationale de justice à La Haye sur l'illégalité de l'occupation israélienne et de la construction du mur de séparation.
— Qu'en est-il du dialogue interpalestinien parrainé par l'Egypte ?
— Le Caire nous a informés qu'un progrès réel avait été réalisé dans le sens d'une entente nationale, à la suite de ses discussions avec le Hamas, notamment sur les questions stratégiques, à long terme, mais aussi tactiques, y compris la conclusion d'un cessez-le-feu. Nous avons senti ce progrès lors de nos rencontres avec le Hamas dans les territoires occupés.
— Quelle est votre position sur la proposition des factions de former une direction palestinienne unifiée dans les Territoires ?
— Nous sommes prêts à former un gouvernement d'union nationale, sans exclure aucune faction, et à ouvrir les portes devant les différents groupes dans tous les organismes relevant de l'Autorité palestinienne. Ceci ne concernera pas uniquement la bande de Gaza, mais aussi la Cisjordanie.
— Comment sera formé ce gouvernement d'union nationale ?
— Les élections générales sont le meilleur moyen. Mais au cas où on parvient à un accord avec les factions avant le retrait d'Israël de la bande de Gaza et avant la tenue de telles élections, il serait soumis au conseil législatif pour ratification.
— Comment expliquez-vous l'approbation américaine vis-à-vis de l'expansion des colonies juives en Cisjordanie ?
— Officiellement, l'Administration américaine a informé l'Autorité palestinienne qu'elle n'avait pas changé d'attitude vis-à-vis de la colonisation dans les territoires occupés. On a pris l'habitude d'entendre de tels discours, mais l'on se rend compte ensuite qu'il existe des ententes tacites entre les Etats-Unis et Israël, parfois même dans le dos du secrétaire d'Etat américain. Ces ententes sont toujours sujettes à différentes interprétations. Cette fois-ci par exemple, certains avancent que les Etats-Unis veulent soutenir le premier ministre Ariel Sharon face à l'aile dure du Likoud opposée au plan de retrait. Mais un tel soutien ne fera que compliquer les choses, car la colonisation est au cœur de la question palestinienne.
— Le conseiller juridique du gouvernement israélien a recommandé à Ariel Sharon d'étudier la possibilité d'appliquer la IV Convention de Genève sur les territoires palestiniens. Pensez-vous que Sharon pourrait approuver cette recommandation ?
— Israël a signé la IV Convention de Genève, mais ne s'y est jamais conformé. Il n'a même pas respecté l'avis de la Haute Cour israélienne qui a demandé de modifier le tracé du mur de séparation. Israël n'a fait aucune preuve de bonne volonté et n'a affiché aucune volonté de respecter la IV Convention de Genève.
— Pourquoi n'avez-vous pas soumis l'avis de la CIJ sur le mur de séparation au Conseil de sécurité ?
— Parce qu'on estime que le moment n'est pas propice à cause de la situation aux Etats-Unis, à l'approche des élections présidentielles. Nous ne voulons pas que la question du mur se heurte au veto américain au Conseil de sécurité. Nous déployons des efforts pour que les Etats-Unis s'abstiennent au moins de voter. C'est tout simplement une question de temps.
                           
13. Deux journalistes de terrain indépendants devenus inséparables par Stéphane Foucart
in Le Monde du mardi 31 août 2004

Spécialistes reconnus du Proche-Orient, ils ont plusieurs ouvrages à leur actif.
Passionnés par le Proche-Orient, Christian Chesnot et Georges Malbrunot vivent et travaillent dans la région depuis plusieurs années. Après leur rencontre à Amman, voilà trois ans, les deux journalistes ont noué des liens de forte amitié et travaillent souvent ensemble.
Spécialistes reconnus de la région, ils ont plusieurs ouvrages à leur actif, dont deux écrits à quatre mains et publiés récemment : Saddam Hussein, portrait total (éditions 1, 2003) et Les Années Saddam (éditions Fayard, 2003). Ce dernier ouvrage, témoignage de l'ancien interprète personnel du raïs irakien, a fourni aux deux journalistes d'importants contacts dans les institutions irakiennes déchues et notamment dans l'armée.
COOPÉRANT EN ÉGYPTE
Basé dans la capitale jordanienne depuis la fin de l'année 1999, Christian Chesnot a fait la connaissance du monde et de la société arabes à l'occasion de sa coopération du service national, effectuée en Egypte, à la fin des années 1980, au sein d'un quotidien francophone, Le Progrès égyptien. Resté dans la capitale égyptienne après la fin de son contrat de coopérant, il devient le correspondant de plusieurs publications françaises. Mais, composant avec une actualité relativement pauvre à cette époque, il vit alors dans des conditions matérielles difficiles et précaires. Jouant de malchance, il décide de rentrer en France peu de temps avant le déclenchement de la première guerre du Golfe et l'opportunité de voir le Proche-Orient, dans son ensemble, occuper à nouveau le devant de la scène médiatique.
Au cours de ce long séjour en Egypte, il apprend cependant l'arabe cairote et se prend de passion pour le Machrek. De retour en France, il exerce dans plusieurs magazines de télévision - à mille lieues de ses compétences et de son intérêt pour le Proche-Orient. Ces piges "alimentaires" lui laissent toutefois le temps de parfaire son apprentissage de la langue arabe et, surtout, d'achever un ouvrage commencé quelques années plus tôt, en Egypte, sur les enjeux de l'eau au Proche-Orient.
Puisant dans ses ressources personnelles, il effectue de nombreux voyages dans les territoires palestiniens et publie La Bataille de l'eau au Proche-Orient (éditions L'Harmattan, 1993). L'ouvrage, reconnu avec le temps comme une enquête de référence, lui apportera une certaine notoriété.
La rédaction en chef d'Hydroplus, un magazine spécialisé sur les enjeux stratégiques liés à l'eau, lui est notamment proposée. Il accepte le poste, mais ne renonce pas pour autant à travailler sur le monde arabe. Il publie ainsi, en collaboration avec la journaliste et traductrice palestinienne Joséphine Lama, Palestiniens 1948-1998. Génération fedayin : de la lutte armée à l'autonomie (éditions Autrement, 1998), un bel ouvrage qui retrace l'histoire de la lutte palestinienne au travers des trajectoires personnelles de ses figures emblématiques.
En 1999, Christian Chesnot renonce au confort de la rédaction en chef d'une revue pour s'installer à Amman. Il y travaille, comme journaliste indépendant, pour de nombreux titres de la presse francophone (Le Point, La Tribune de Genève, Le Monde diplomatique, Arabies, etc.) mais aussi pour Radio France Internationale (RFI), la Radio Suisse Romande et les différentes antennes de Radio France. Chaleureux, toujours enthousiaste, accueillant, Christian Chesnot offre volontiers l'hospitalité à ses confrères de passage à Amman et ne rechigne jamais à partager avec eux sa grande connaissance du pays.
ENTRE ORIENT ET OCCIDENT
C'est ainsi qu'il fait la connaissance, en 2001, de Georges Malbrunot, correspondant à Jérusalem, depuis 1994, pour RTL et plusieurs titres de la presse quotidienne régionale, dont Ouest-France et L'Est républicain. Après des débuts à l'Agence France Presse (AFP), Georges Malbrunot a voué lui aussi toute sa carrière au Proche-Orient. Auteur de L'Intifada, et après (éditions Flammarion, 2002) il part souvent en reportage pour le quotidien Le Figaro depuis 2000.
Les deux journalistes deviennent vite inséparables et mènent ensemble la plupart de leurs reportages. Ils sont notamment parmi les premiers journalistes occidentaux à entrer dans le Sud-Liban tout juste évacué par l'armée israélienne et ses supplétifs.
Passionnés par leur sujet, Christian Chesnot et Georges Malbrunot sont un trait d'union entre Orient et Occident : aimant absolument le premier, comprenant ses révoltes et ses luttes ; appartenant au second.
L'un de leurs derniers livres n'est pas dédié à leurs proches ou à leurs familles : les deux reporteurs ont voulu, avant tout, l'offrir au "peuple irakien".
                       
14. Juifs de France, des sionistes sans sionisme par Esther Benbassa
in Le Monde du mardi 31 août 2004

(Esther Benbassa est directrice d'études à l'Ecole pratique des hautes études (EPHE), titulaire de la chaire d'histoire du judaïsme moderne.)
Dès 1919, le leader sioniste Méir Dizengoff constatait l'existence de ce qu'il appelait des "sionistes sans sionisme". Il songeait alors aux juifs ottomans qui n'envisageaient pas pour leur avenir un départ en Palestine. Les plus aisés préféraient ne pas sacrifier leurs intérêts à l'idéal sioniste, ce qui ne manquait certes pas de l'agacer. 
Cette situation perdurera après la fondation de l'Etat d'Israël. Les émigrants seront recrutés plutôt parmi les masses pauvres. Et les émigrations en nombre se feront généralement sous l'effet de contraintes politiques ou économiques. Elles seront parfois provoquées et organisées, comme celle d'Irak, ou plus tard celle des Russes, préparée patiemment dès 1952.
Dans le sillage de la décolonisation, dès la fin des années 1950, les juifs du Maroc et de Tunisie à leur tour s'installent majoritairement en Israël, tandis que les juifs d'Algérie, citoyens français depuis 1870, choisissent l'Hexagone.
L'émigration d'Europe et des Etats-Unis sera toujours sporadique et numériquement insignifiante. Qu'il y ait eu des émigrations individuelles, par adhésion aux grands principes du sionisme, ne fait pas de doute, mais le grand nombre n'en restait pas moins peu concerné. De fait, les juifs sont encore à ce jour plus nombreux en diaspora qu'en Israël. En revanche, la non-émigration n'a pas empêché le développement d'un lien affectif fort avec un Etat dont la simple existence est devenue, avec le temps, un marqueur identitaire, donnant sens à l'être juif en une période de déclin de la pratique religieuse et d'effritement des traditions. En France aussi, ce nationalisme à longue distance n'a pas suscité d'émigration importante, avec 60 000 à 70 000 départs depuis 1948 et quelques pics dépassant rarement 2 000 par an.
En stigmatisant la France comme le pays d'un "antisémitisme déchaîné" et en appelant les juifs français à émigrer en Israël, Ariel Sharon a renoué avec l'un des fondements du sionisme originel, l'affirmation de la centralité d'Israël par rapport à la diaspora, quand bien même cette affirmation devait entrer en conflit avec les intérêts de cette dernière. Le lendemain, dans le même esprit, le porte-parole du gouvernement israélien déclarait que la place des juifs de France, mais aussi du monde entier, était en Israël.
En cette période de guerre et de crise économique en Israël, souligner le rôle primordial de ce pays, comme puissance tutélaire et lieu d'accueil, dans l'aide aux juifs français victimes de l'antisémitisme, visait sans doute à ranimer la flamme d'une idéologie sioniste affaiblie par des décennies de Realpolitik. Enfin, Israël assumait ce devoir de grand frère qu'il s'était assigné lui-même, quitte à prendre le risque de renforcer la peur des juifs de France face à la résurgence de l'antisémitisme, de réactiver implicitement le souvenir de ces années de la guerre, où ils avaient désespérément cherché un abri, et de les mettre en mauvaise posture dans un pays dont ils sont les citoyens.
Les clivages entre Israël et la diaspora ne datent pas d'hier. Face au juif nouveau en gestation dans le jeune Etat, puissant et victorieux, le juif de diaspora était décrit comme un être faible, courbé par une longue histoire de persécutions. En fait, la négation de la diaspora justifiait l'existence d'Israël. Avec le temps, cette négation s'est atténuée dans l'imaginaire israélien, qui cherche à renouer aujourd'hui avec ses origines diasporiques ou avec celles des ascendants, occultées par la rhétorique sioniste. Cette recherche fait désormais partie de la construction de l'identité de nombre d'Israéliens.
Par ailleurs, au rythme des guerres et des intifadas, en dépit de leur nationalisme, les Israéliens ont commencé à s'inquiéter sérieusement pour leur avenir. Dans le contexte de l'élargissement de l'Union européenne, ils sont des centaines de milliers à avoir acquis la nationalité de pays de l'Est, ces pays mêmes où leurs parents ou grands-parents avaient vécu les affres de l'antisémitisme.
Nombreux sont ceux qui vont jusqu'à y investir dans l'immobilier, de crainte de devoir un jour quitter Israël. Sans oublier ceux qui gagnent les Etats-Unis en quête de meilleures opportunités économiques. Tout cela quand, de leur côté, un millier de juifs français achètent des appartements en Israël, eux aussi au cas où leur condition se détériorerait ici.
Ainsi le sionisme a-t-il échoué à créer une identité homogène. Cela n'était peut-être qu'un rêve, celui de tous les nationalismes. Le nouveau juif ressemble à l'ancien, il vit là où il vit et rêve d'un ailleurs. Comme le juif de diaspora qui, lui aussi, reste ancré dans son pays, mais rêve, dans l'autre sens, d'Israël. Si ce dernier permet de tenir debout le fragile édifice de l'identité juive en diaspora, l'identité israélienne n'est pas moins fragile et demeure fascinée par l'expérience de l'exil.
Par ailleurs, et plus prosaïquement, nombre d'Israéliens craignent, en cette période de récession, l'arrivée de juifs occidentaux qualifiés. Ils redoutent de devoir cohabiter dans les mêmes quartiers avec les Falachas, ces juifs noirs pauvres venus d'Ethiopie. Ils continuent à se plaindre des immigrés russes. Ils importent de la main-d'œuvre étrangère non juive. Oui, les Israéliens se sont, en un sens, normalisés. Mais pas le sionisme, qui a bien du retard à rattraper sur les mentalités. La normalisation d'Israël passe aussi par sa démythification comme pays de tous les juifs, et des juifs seulement, et par la reconnaissance de l'expérience diasporique comme réalité autonome et positive, liée aux vicissitudes de l'histoire juive.
A la longue, faisant le deuil de cette immigration toujours possible, Israël serait porté à reconsidérer ses rapports avec les Palestiniens, partie intégrante de la région, bien plus en tout cas que des juifs d'Occident peu enclins à partir et à compromettre leur position dans leur pays. Ce deuil donnerait aussi une autre tournure à la relation des juifs de diaspora avec Israël, relation enfin dénuée de la culpabilité de n'avoir pas émigré, et, par conséquent, plus aisément critique lorsque nécessaire. Une critique susceptible de se révéler salutaire pour Israël lui-même.
Nombreux sont les juifs en France à se définir à la fois comme citoyens et comme sionistes. Ils sont en fait plus "israélophiles", émotionnellement attachés à Israël, que sionistes. Ils vivraient sans doute cette condition de manière moins exacerbée si Israël renonçait à mettre ses diasporas sous pression, à les considérer comme des entités mineures à son service, utilisables jusqu'à la déstabilisation. L'antisémitisme doit être combattu par les citoyens et habitants de la France dans leur ensemble, dans le cadre d'une lutte globale contre le racisme.
Il est temps que M. Sharon et ses pairs revoient leur copie sur ce point et sur quelques autres, s'ils veulent éviter l'irréparable : la rupture, à la longue, entre la diaspora et Israël, en raison d'une incompatibilité d'intérêts.
                           
15. Les Français unis pour demander la libération des journalistes [Leïla Shahid : Cette revendication est une "imposture"] par Valérie Gas
on Radio France Internationale le lundi 30 août 2004

Plusieurs milliers de personnes se sont réunies à Paris, le 30 août, pour réclamer la libération des deux journalistes français pris en otage en Irak, Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Après une journée de mobilisation intense organisée par le gouvernement et une succession d’appels lancés par des personnalités du monde arabe, la participation de nombreux musulmans français à ces rassemblements était destinée à montrer leur désaccord avec l’ultimatum des ravisseurs qui demandent l’abrogation de la loi française sur la laïcité. Ces derniers ont d’ailleurs annoncé, quelques heures après la fin des rassemblements, qu’ils repoussaient leur ultimatum de 24 heures.
«Libérez les otages, non au chantage». Ils étaient près de trois mille à scander ce slogan et à brandir des banderoles sur l’esplanade des droits de l’homme, au Trocadéro à Paris, en fin d’après-midi, lundi 30 août. Ce rassemblement populaire était organisé à l’appel des présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale, Christian Poncelet et Jean-Louis Debré. De nombreuses personnalités politiques y ont participé pour montrer leur solidarité avec le gouvernement français qui multiplie les initiatives en faveur de la libération de Christian Chesnot et Georges Malbrunot retenus par l’Armée islamique en Irak depuis dix jours.
Après avoir affirmé qu’il n’était pas question d’abroger la loi sur la laïcité, comme le demandent les ravisseurs des deux journalistes, le gouvernement a en effet activé l’ensemble de ses réseaux diplomatiques dans le monde arabe et ses contacts sur le terrain en Irak pour obtenir la libération des otages. Il a aussi lancé une offensive sur le front médiatique pour faire passer un message de tolérance et d’humanité mais aussi montrer le front uni de la nation française dans un telle épreuve.
De droite comme de gauche, les représentants des principaux partis politiques ont donc tenu à apporter leur soutien et à réaffirmer qu’ils étaient tous solidaires pour réclamer la libération de Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Aux côtés de membres du gouvernement comme le ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy ou celui de la Communication Renaud Donnedieu de Vabres, se trouvaient des socialistes comme François Hollande ou Laurent Fabius, le président d’honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC) Jean-Pierre Chevènement, la communiste Marie-George Buffet, l’UDF François Bayrou, et de nombreux autres encore. Le ministre de la Communication Renaud Donnedieu de Vabres a expliqué cette mobilisation exceptionnelle par l’enjeu d’une crise dans laquelle les vies de deux journalistes sont en jeu. «Nous sommes très mobilisés parce que nous sommes très inquiets», a-t-il expliqué. Tout en ajoutant : «Nous sommes résolus à utiliser tous les moyens pour obtenir la libération des otages».
Leïla Shahid, représentante de l’Autorité palestinienne en France : Cette revendication est une "imposture"
Dans la foule compacte réunie au Trocadéro figuraient aussi les représentants des communautés religieuses, au premier rang desquels les musulmans de France. C’est d’ailleurs à l’appel de toutes les organisations musulmanes du pays mais aussi des médias arabes présents à Paris qui ont tous manifesté leur solidarité avec les journalistes otages, à l’image de la chaîne satellitaire Al-Jazira, qu’un autre rassemblement s’est tenu un peu plus tôt devant la Maison de la Radio, siège de Radio France et de Radio France Internationale, deux antennes pour lesquelles travaille Christian Chesnot. Selon Leïla Shahid, représentante de l’Autorité palestinienne en France, qui a participé aux deux rassemblements parisiens pour exprimer sa «solidarité totale» avec les deux otages et sa condamnation du «rapt comme outil de propagande», cette mobilisation est «magnifique» car elle «unit les citoyens de France de tous les bords». Leïla Shahid a aussi fait part de son émotion face à la condamnation «unanime» dans le monde arabe, du «rapt» des deux journalistes dont elle a salué le travail. Une unanimité qui montre, selon elle, la «solidarité avec le peuple français» et rend hommage à la position de la France dans les conflits israélo-palestinien et irakien, mais aussi à celle de la presse française «qui dit la vérité». Car pour la représentante de l’Autorité palestinienne à Paris, la revendication de l’Armée islamique en Irak, qui a exigé pour libérer les otages le retrait de la loi sur les signes religieux ostensibles à l’école, est une «imposture».
«On ne vous demande rien sinon la libération des otages»
Cette opinion est partagée par l’ensemble des musulmans de France, quelle qu’ait été leur position lors du débat sur le projet de loi. Le président du Conseil des démocrates musulmans, Abderrahmane Dahmane, qui a pris la parole devant la Maison de la Radio, a abondé dans ce sens en affirmant que «les musulmans de France ne sont pas hors la loi». Ajoutant : «La question du voile relève de la France… Les ravisseurs se trompent de lieu et de musulmans». C’est pourquoi les représentants des organisations présents dans ces manifestations ont conclu en guise de message aux preneurs d’otages : «On ne vous demande rien sinon la libération des otages». Ils ont aussi ajouté : «Aucun musulman qui aime les valeurs de la République et de la religion n’acceptera qu’un journaliste se fasse lyncher».
Anonyme mais engagée, une femme française d’origine tunisienne qui habite dans l’Hexagone depuis près de 30 ans, est venue voilée assister à la manifestation. Musulmane pratiquante, elle se dit elle aussi «révoltée» face aux pratiques des preneurs d’otages et au chantage dont les deux journalistes français sont l’objet. Mais surtout, elle n’accepte pas la justification des ravisseurs et leur soi-disant solidarité avec les musulmanes de France : «Je n’ai besoin d’aucun soutien, surtout pas celui-là. La France nous a appris, à nous musulmanes, à lutter avec d’autres moyens que la violence, avec le dialogue». Si elle a choisi de porter le voile, elle affirme qu’elle ne voit aucun inconvénient à l’application de la loi sur la laïcité à l’école : «La démocratie, c’est ça. Je n’ai pas de critique concernant la loi sur le voile. Tout ça c’est un prétexte, on n’a demandé à personne de nous défendre».
Les ravisseurs ont réagi lundi soir en diffusant par le canal d’Al-Jazira une nouvelle vidéo dans laquelle Christian Chesnot et Georges Malbrunot appellent leurs compatriotes à descendre dans les rues pour manifester contre la loi sur la laïcité et réclamer son annulation. Ils expliquent aussi que leur «vie est en danger». Les ravisseurs ont, d’autre part, repoussé la fin de l’ultimatum fixé à la France de 24 heures.
                           
16. Le transit avec la Jordanie engorge le pont Sheikh Hussein [frontière israélo-jordanienne] par Yoav Stern
in Ha'Aretz (quotidien israélien) du lundi 30 août 2004
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

Le transit des marchandises à travers la frontière israélo-jordanienne, à la traversée du Jourdain (au pont Sheikh Hussein) crée des embouteillages. Cet été, les camions jordaniens arrivent en plus grand nombre que le poste frontière israélien ne peut en traiter, et des pics d’engorgement ont amené à faire s’en retourner jusqu’à des cinquante camions par jour, après une interminable file d’attente. Le fret est, de ce fait, retardé, au détriment des industriels tant jordaniens qu’israéliens.
La Chambre de commerce israélo-jordanienne, en association avec le Centre Peres pour la Paix (authentique !) a remis un rapport consacré à ce problème à différents ministres, la semaine dernière.
« En réalité, c’est une bonne nouvelle : ce que nous avons sous les yeux, c’est un modèle pour une coopération avec un pays arabe voisin. Le problème réside en ce que nous nous faisons du tort à nous-mêmes. Le franchissement de frontière s’effectue à la plus importante entrée en Israël vers l’est, et il faut que ce point frontière soit considéré à sa juste mesure », a déclaré hier le président de la Chambre de commerce, Yishay Sorek.
L’Autorité aéroportuaire israélienne a déclaré, hier également, que les zones de fret situées au terminal suffisent aux besoins actuels et sont en cours d’extension, et qu’elle est consciente d’un accroissement substantiel dans le trafic de marchandises. Elle a mis l’accent sur le fait que toute solution requiert la coopération du service des douanes, qui supervise les douaniers au poste frontière.
« Nous ouvrons les ponts donnant accès à Israël aux pays arabes, et c’est nous qui avons des problèmes », c’est plaint hier un homme d’affaires jordanien connu. Il a ajouté que « les gens recherchent, tant que faire se peut, d’autres possibilités, en raison des difficultés actuelles. »
                           
17. L'urgence de la prudence par Esther Benbassa
in Libération du lundi 30 août 2004
(Esther Benbassa est directrice d'études à l'Ecole pratique des hautes études (EPHE), titulaire de la chaire d'histoire du judaïsme moderne. Dernier ouvrage paru : la République face à ses minorités. Les juifs hier, les musulmans aujourd'hui, Mille et une nuits, 2004.)
Pour ne pas céder au sensationnalisme après des actes antisémites, il faut se doter d'une éthique de la réactivité.
Après les affaires Marie Leblanc et Phineas, la question se pose dans toute son acuité du type de réaction, médiatique et politique, qu'il convient d'avoir face à des actes apparemment inspirés par l'antisémitisme. Et ce au moment où ils se produisent et avant que l'enquête n'ait effectivement conclu à leur caractère antisémite. Cette question n'est que l'une des facettes d'une autre, plus générale, celle du rôle et de la responsabilité des médias, des politiques et des intellectuels dans une France sous tension.
De par leur fonction, les médias se doivent indéniablement d'être dans l'immédiateté. Ils ne peuvent s'octroyer du temps, quand l'information, sans frontières ni pause, traverse les continents. Et pourtant on exige d'eux une rigueur et une exactitude qui ne s'obtiennent que dans une certaine durée, même courte. Que faire si les médias, télévisuels notamment, se situent par essence au-delà de la durée ? S'il n'est pas possible de se délier complètement des contraintes de cette immédiateté, est-il au moins possible d'élaborer une éthique pour gérer ce qui semble ingérable ? Quelle éthique, pour quels médias ? Voilà tout le problème.
Soumis aux exigences d'une bonne communication, les politiques eux aussi se sentent tenus dans leurs réactions d'adopter ce registre de l'immédiateté, de peur de prendre du retard sur l'événement et d'être taxés, lorsqu'il s'agit d'actes antisémites, de frilosité ou de complaisance, ou même de voir peser sur eux le soupçon d'antisémitisme. Lionel Jospin, dans le passé, a payé cher une attitude qu'on a qualifiée d'attentiste. Alors tout le monde se précipite au premier indice d'antisémitisme, multiplie les déclarations solennelles et compatissantes, qui apaisent certes les esprits des victimes, sans toutefois faire vraiment avancer les choses, puisque les actes antisémites, eux, ne cessent pas pour autant.
Les politiques disposent pourtant de plus de temps, ne serait-ce que de celui de leur mandat, pour envisager des remèdes dont l'efficacité ne se révélera qu'à moyen ou long terme. Si la formation, la pédagogie de l'information, une plus grande attention aux inquiétudes de la population, toutes confessions et appartenances confondues, cohabitaient avec des projets porteurs pour un meilleur vivre-ensemble, avec des ripostes raisonnées non seulement face à l'antisémitisme mais aussi face au racisme, qui semblent tous deux s'être durablement installés en France, peut-être que commencerait alors le vrai travail.
La masse des informations qui arrivent aux rédactions entretient la boulimie. Images et textes submergent à son tour le public. La violence n'est pas seulement perçue dans l'image qui est donnée du monde, mais vécue dans une sorte d'intimité. Ainsi envahit-elle les foyers et les imaginaires au gré des événements. La violence n'est plus exceptionnelle. Celle qui oppose Israéliens et Palestiniens au Moyen-Orient s'est, elle aussi, installée dans cette intimité. A chacun de prendre parti pour l'un ou l'autre camp, d'en projeter la cause sur son histoire, son vécu, souvent sans discernement ni logique, faisant tour à tour des uns ou des autres des victimes dignes de compassion ou des bourreaux dignes de réprobation. La haine fait désormais rêver et se transforme même en revendication, celle d'un droit à la haine, parallèle à un autre, le droit à la victimisation, revendication de la souffrance comme passeport. Alors certains peuvent être tentés de mettre l'un et l'autre en scène, pour attirer l'attention de ces mêmes médias qui, d'une autre façon, les mettent en scène eux aussi.
Mais il y a des degrés dans l'échelle de «valeurs» qui s'applique à la haine. L'arabophobie recueillant moins d'échos dans les médias ­ comme dans la société en général, qui la trouve plus tolérable que la haine antisémite ­, Michaël Tronchon, alias Phineas, ne va pas se contenter de blesser un Arabe à coups de hache, il profanera un cimetière juif en empruntant ses symboles à l'antisémitisme de type nazi... et à la haine antiarabe. Dans son désoeuvrement, l'antisémitisme et le racisme étaient-ils devenus sa cause, une cause certes négative et de surcroît idéologiquement fort peu articulée ?
Phineas s'était érigé en bourreau. Marie Leblanc, elle, avait préféré endosser l'habit de la victime. Chacun dans son registre, chacun de son côté, mais dans un temps rapproché, tous deux se rejouaient les scènes qu'ils avaient vues à la télé ou qui font désormais partie de l'inconscient collectif. Eternel couple du bourreau et de la victime. Dans sa mythomanie, l'antisémitisme imaginaire de Marie Leblanc ressemblait à celui que Phineas orchestrait. Les deux cas sont les symptômes jumeaux de ce qui travaille en profondeur une société en mal d'identité et en panne d'imagination. Leur fantasme était celui de la Star Academy. Sans les paillettes.
Comment en effet sortir de l'anonymat, comment entrer dans ce saint des saints que sont les médias pour le commun des mortels ? Des médias, surtout télévisuels, qui occupent la plus grande partie du temps libre de bien des Français et sans lesquels le quotidien semble bien terne. Si l'anonyme ambitieux et un peu talentueux peut accéder à la célébrité par la télé-réalité, que reste-t-il aux autres ? Monnayer la haine. Preuve en est que Marie Leblanc est devenue célèbre, avec ses photos étalées un peu partout, ses interviews... C'est tout juste si on n'a pas versé une larme sur la petite Cosette en mal d'amour et si un ministre n'est pas venu la border. Phineas, le bourreau, a eu moins de chance que sa collègue, que ses atouts de victime, même imaginaire, rendaient plus à même de toucher les sensibilités.
Dans un tel contexte, plus d'un délinquant, plus d'une personnalité instable pourront être tentés de maquiller leur méfait en acte antisémite ou de se poser en victimes d'un tel acte. Ainsi auront-ils, hélas, le sentiment de faire quelque chose de «grand» ! Héroïsme dans la destruction, héroïsme de pacotille faute de grands idéaux, qui donne désormais le sentiment d'exister... Et tant pis si les messages sont brouillés, qu'est-ce que ça change ? Dans le cas de la profanation du cimetière par Phineas, ils l'étaient déjà. L'incendie du centre social juif de la rue Popincourt superpose lui aussi des slogans assez incompatibles : «La France aux Français», qui serait plutôt une devise antiarabe, coexistant avec «Vive l'islams» (sic), sans oublier les croix gammées. De quoi s'agit-il vraiment ? L'enquête nous le dira peut-être.
De tout cela, la faute à qui, si faute il y a ? Aux médias qui réagissent avec pathos ? Aux politiciens qui confondent dans un même discours l'affectif avec le politique ? A certains intellectuels qui ont attisé le feu au lieu de le contenir et ont brandi avec légèreté l'accusation d'antisémitisme, plus rarement celle de racisme ? A la quasi-absence des intellectuels arabo-musulmans susceptibles de contrer la dérive antisémite et de faire entendre raison aux esprits en ébullition ? La volonté de tous de stopper cette escalade est certes réelle et on ne peut que la partager. A nous, pourtant, à nous tous, de regarder les choses en face.
Le travail fait jusqu'ici sur l'antisémitisme a pris la forme d'une sorte de leçon adressée au monde pour empêcher la répétition de l'horreur. Que les juifs aient conservé et transmis le traumatisme du génocide à ceux qui les ont suivis est tout à fait compréhensible. Mais que sait-on des juifs à part leur extermination ? Qu'apprend-on d'autre sur eux ? Et aujourd'hui, à l'image de l'extermination se superpose celle de la puissance d'Israël dans la guerre qui l'oppose aux Palestiniens. On retient les deux images, toutes deux réductrices. Les juifs n'ont pas été que des victimes et ne sont pas que des bourreaux.
On n'a peut-être pas choisi la méthode adéquate pour la transmission de l'expérience tragique du génocide. Le devoir de mémoire a paralysé les principaux transmetteurs ; il a servi à garder debout le fragile édifice de l'identité juive, sans oublier l'instrumentalisation dont il a pu être l'objet. La panique parfois disproportionnée des juifs aujourd'hui face à l'antisémitisme puise en partie son intensité dans les excès de ce devoir de mémoire. Nombreux sont ceux, dans la société française, qui n'ont retenu que les signes «extérieurs» de l'antisémitisme qui a mené à l'annihilation, d'autres redécouvrent avec effroi ce que l'antisémitisme a pu être effectivement. Ce sont ceux-ci qui se lancent dans une sorte de course à l'exorcisation, comme si en parlant davantage et plus fort, on allait enfin expier. Expier ce qui fut, expier le mal absolu. En fait, en voulant éviter le pire, on le fabrique par un effet de banalisation et de perversion.
Par surcroît, les récentes manifestations de haine antijuive n'ont longtemps été évoquées que pour être imputées aux Arabo-musulmans, tant le conflit israélo-palestinien pesait sur ce qui se passait ici. Or, curieusement, nos profanateurs et simulateurs ne sont pas issus de ces milieux. Ils sont pour le moment européens, et leur comportement nous interroge plus fortement encore.
Serons-nous capables, médias, politiques, intellectuels, leaders communautaires, simples citoyens, de concevoir enfin et de nous imposer une éthique de la réaction qui ferait fi des pressions et des soupçons injustifiés ? Pour sortir de la confusion et de l'hystérie, en veillant, sans cesser d'être ferme sur les principes, à la sobriété des images et à la retenue des propos, en ne sacrifiant pas l'analyse sur l'autel de l'émotion. L'antisémitisme n'est pas chose sensationnelle mais sinistre. Ce n'est pas non plus une cause, mais à plus d'un titre le symptôme du profond malaise d'une société en crise. Donnons-nous les moyens d'en guérir ensemble.
                       
18. A l’origine du "choc des civilisations" par Alain Gresh
in Le Monde diplomatique du mois de septembre 2004
« La crise au Proche-Orient (...) ne surgit pas d’une querelle entre Etats, mais d’un choc des civilisations (1). » Dès 1964, un universitaire britannique, encore peu connu, lance la formule qui devait connaître une si grande fortune. Incontestablement, Bernard Lewis est un précurseur. Installé aux Etats-Unis en 1974, spécialiste de la Turquie, il est aussi un acteur politique et il ne s’en cache pas. Très proche de M. Paul Wolfowitz et des néoconservateurs de l’administration Bush, il est partisan de la politique israélienne comme de la guerre contre l’Irak. « Révélé » au grand public après le 11-Septembre, il a commis deux essais très orientés, sous des dehors « scientifiques » : Que s’est-il passé ? et L’Islam en crise (2), très applaudis. On en a même oublié de rappeler que l’auteur continue de nier le génocide arménien...
Passée inaperçue dans les années 1960, la formule est relancée par lui, vingt-cinq ans plus tard, dans un article, « The roots of muslim rage » (Les racines de la colère musulmane [3]). Il y décrit l’état d’esprit du monde musulman et conclut : « Ceci n’est rien de moins qu’un choc de civilisations, la réaction peut-être irrationnelle mais sûrement historique d’un ancien rival contre notre héritage judéo-chrétien, notre présent séculier et l’expansion mondiale des deux. » « Je pense, précise-t-il en 1995, que la plupart d’entre nous seront d’accord pour dire, et certains l’ont dit, que le choc des civilisations est un aspect important des relations internationales modernes, bien que peu d’entre nous iront jusqu’à dire, comme l’ont fait certains, que les civilisations ont des politiques étrangères et forment des alliances (4). »
La vision d’un « choc des civilisations », opposant d’abord deux entités clairement définies, « Islam » et « Occident » (ou « civilisation judéo-chrétienne ») est au cœur de la pensée de Bernard Lewis, une pensée essentialiste qui réduit les musulmans à une culture figée et éternelle. « Cette haine, insiste-t-il, va au-delà de l’hostilité à certains intérêts ou actions spécifiques ou même à des pays donnés, mais devient un rejet de la civilisation occidentale comme telle, non pas seulement pour ce qu’elle fait mais pour ce qu’elle est et les principes et les valeurs qu’elle pratique et qu’elle professe (5). » Les Iraniens ne se sont pas révoltés contre la dictature du chah imposée par un coup d’Etat fomenté par la CIA en 1953 ; les Palestiniens ne se battent pas contre une interminable occupation ; et si les Arabes haïssent les Etats-Unis, ce n’est pas à cause de l’appui de ces derniers à M. Ariel Sharon ou de leur occupation de l’Irak : en réalité, ce que rejettent les musulmans, ce sont la liberté et la démocratie. Comment comprendre le conflit du Kosovo ou de l’Ethiopie-Erythrée ? Par le refus des musulmans d’être gouvernés par des infidèles, explique Bernard Lewis.
C’est en 1993 que l’Américain Samuel Huntington reprend la formule du « choc des civilisations » dans un célèbre article de Foreign Affairs (6).
Rejeté verbalement en France, le concept s’installe pourtant peu à peu dans les consciences. Quand, en décembre 2003, à Tunis, le président Jacques Chirac parle d’« agression », à propos du foulard, la journaliste Elisabeth Schemla s’en réjouit : « Pour la première fois, Jacques Chirac reconnaît que la France n’est pas épargnée par le choc des civilisations (7). »
« Sans en exagérer l’importance, écrit Emmanuel Brenner dans un pamphlet intitulé France, prends garde de perdre ton âme..., il faut tenir compte d’enjeux culturels qui traduisent des affrontements entre des conceptions du monde différentes sinon antagonistes. (...) Cette dimension culturelle fait défaut à de nombreux observateurs qui omettent de prendre en compte cet arrière-fond historique qui nous parle à notre insu. Un arrière-fond dont la nature longtemps conflictuelle affleure dans les retours identitaires d’aujourd’hui. Il n’est que d’évoquer les croisades et l’affrontement entre les deux rives de la Méditerranée, il n’est que d’évoquer l’avancée de l’islam dans le sud-est de l’Europe jusqu’aux portes de Vienne au XVIIe siècle, il n’est que d’évoquer aussi le temps du Turc redouté et abhorré, puis le temps de la colonisation et son cortège de violences, celui de la décolonisation, enfin, qui fut souvent sanglante. Cette confrontation, ancienne et récurrente, a sédimenté dans les consciences des peuples(8). » Et c’est pour cela, conclut-il, que nombre de jeunes Beurs français sont « culturellement » antisémites... De Mahomet au siège de Vienne par les Ottomans, de la décolonisation à l’islamisme, de l’islamisme à Al-Qaida, du foulard à l’antisémitisme des Beurs, la boucle est bouclée, l’histoire se répète. Sus aux Sarrasins !
- NOTES :
(1) Bernard Lewis, The Middle East and the West, Indiana University Press, Bloomington, 1964, p. 135.
(2) Bernard Lewis, Que s’est-il passé ? L’Islam, l’Occident et la modernité, Gallimard, Paris, 2002, et L’Islam en crise, Gallimard,2003.
(3) Bernard Lewis, « The roots of muslim rage. Why so many muslims deeply resent the West, and why their bitterness will not easily be mollified », The Atlantic Monthly, Boston, septembre1990. Lire cet article sur le site Policy
(4) Bernard Lewis, « “I’m right, you’re wrong, go to hell.” Religions and the meeting of civilization », The Atlantic Monthly, mai 2003.
(5) Lewis, « The roots... », op. cit.
(6) Samuel Huntington, « The Clash of Civilizations », Foreign Affairs, vol. 72, n° 3, 1993.
(7) Pour la première fois..., 10 décembre 2003, Proche-Orient.info
(8) Emmanuel Brenner, France, prends garde de perdre ton âme..., Editions Mille et une nuits, 2004, p. 106.
                       
19. L’incendiaire d’une soupe populaire à Paris pourrait être un juif par Amiram Barkat et Daniel Ben Simon
in Ha'Aretz (quotidien israélien) du lundi 30 août 2004
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

Un juif cinquantenaire semble impliqué dans l’incendie volontaire d’un centre communautaire juif à Paris, il y a une dizaine de jours. La police française a confirmé cette information. L’homme, dont le prénom, Raphaël, a été révélé pour publication, a été arrêté, hier.
Selon des sources policières françaises, Raphaël fréquentait régulièrement la cantine du centre communautaire, et l’on pense qu’il aurait mis le feu au local au lendemain d’une dispute avec les responsables du centre social juif.
L’homme n’a pas reconnu les faits, mais l’enquête policière a permis de découvrir des indices accablants établissant un lien entre lui et le sinistre.
Les dirigeants de la communauté juive de France ont réagi avec colère et embarras, après les dernières révélations concernant cet incendie.
Si les soupçons de la police s’avèrent fondés, cette affaire sera la deuxième occurrence, en deux mois, où un incident présenté comme antisémite et couvert très largement par les médias se sera avéré motivé par des facteurs entièrement différents. Le premier incident impliquait une Parisienne qui prétendit avoir été agressée par six immigrés nord-africains dans un train, mais qui avoua plus tard avoir inventé cette histoire de toutes pièces.
Les sources gouvernementales françaises et les organisations juives n’ont pas encore commenté officiellement cette affaire : elles attendent, pour ce faire, que la police ait fait une déclaration publique.
Depuis l’éclatement de la nouvelle, toutefois, les juifs de France sont hors d’eux et sont accablés de honte. Certains ont appelé des stations de radio juives, hier, afin d’exprimer leur frustration. D’autres ont parlé d’un profond embarras, dans le contexte de l’impact négatif que pourraient avoir les derniers développements sur la lutte contre l’antisémitisme (en France).
Un auditeur a ainsi déclaré (sur une radio communautaire) qu’auparavant, il avait peur des musulmans mais que, désormais, il avait décidé de se méfier au premier chef des juifs. Un autre cria qu’il avait honte de se montrer dans l’immeuble où il réside, en faisant observer qu’après l’incendie du centre communautaire (de la rue Popincourt, ndt), ses voisins étaient venus chez lui afin de lui exprimer leur sympathie et leur dégoût devant cet incendie (qu’ils pensaient volontaire).
Lentement, mais sûrement, le sentiment d’être des victimes, jusqu’ici assez unanimement partagé par les juifs de France, est supplanté par le sentiment que la succession des déconvenues menace de masquer la sévérité du problème (de l’antisémitisme). En particulier, les juifs français redoutent que, désormais, toute agression contre des juifs sera immédiatement accompagnée d’un certain scepticisme, voir de suspicion.
Jusqu’ici, des éléments musulmans radicaux avaient été automatiquement suspectés, dans tout incident présumé antisémite. Désormais, les soupçons seront dirigés contre ceux qui étaient jusqu’ici considérés les principales victimes de l’antisémitisme, et le tollé populaire et officiel soulevé par toute agression contre des juifs est sans doute appelé à s’affaiblir.
A chaque fois qu’un incident antisémite était advenu, les dirigeants français avaient fait un effort concerté afin de rassurer la communauté juive et d’exprimer leur soutien à ses membres. A plusieurs reprises, sans lassitude, le président français Jacques Chirac avait dû réaffirmer les institutions républicaines et mobiliser l’opinion publique afin de redonner un sentiment de sécurité à la communauté juive, et presque tous les lieux où des incidents antisémites s’étaient produits avaient reçu la visite de dirigeants français, en marque de solidarité avec la communauté juive du pays.
Mais – comme si le sentiment de culpabilité ressenti par les Français au lendemain d’agressions contre des juifs ne suffisait encore pas – Israël a versé de l’huile sur le feu. Le Premier ministre Ariel Sharon et ses collègues du gouvernement n’ont jamais manqué une occasion de dépeindre la France sous le jour de l’endroit le plus dangereux où vivre, sur la Planète entière, pour les juifs. Sharon étant même allé jusqu’à exhorter les juifs français à immigrer en Israël, avant de tomber victimes de l’importante communauté musulmane de France…
Maintenant qu’il appert qu’un juif mentalement dérangé était à l’origine de l’incendie criminel, la communauté juive doit s’attendre à voir la sympathie des Français à leur égard quelque peu écornée.
« N’oubliez pas que nous avons affaire à une communauté qui vit sous tension, qui est préoccupée, voire même effrayée, en permanence », a expliqué un psychanalyste parisien, Henri Cohen Solal, à notre journal, poursuivant ainsi : « A cela, vous devez ajouter le fait que, dans la plupart des cas, les juifs sont confrontés à un antisémitisme « soft » - un antisémitisme invisible et opaque… Cette situation de marginalisation est très problématique, et elle incite parfois certains membres de la communauté à entreprendre des actions extrêmes, un peu comme pour crier « au loup ! ». Mais il doit être clair que le loup existe bel et bien, même si on ne le voit pas toujours… »
           
20. Yasser Arafat appelle à la "libération immédiate" des journalistes français
Dépêche de l'Agence France Presse du dimanche 29 août 2004, 22h18

Le président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat a appelé à la "libération immédiate" des deux journalistes français enlevés en Irak, a annoncé dimanche soir son bureau dans un communiqué. "Au nom du peuple palestinien et de la direction palestinienne, j'appelle instamment à la libération des journalistes français, que leur vie soit épargnée et qu'ils soient libérés aussi vite que possible", a déclaré M. Arafat dans un appel aux ravisseurs. "Ces journalistes aident la cause irakienne et la cause palestinienne", a poursuivi le dirigeant palestinien. "Nous voulons des garanties pour nos amis qui soutiennent notre combat", a-t-il dit. Les journalistes français Georges Malbrunot et Christian Chesnot ont été montrés dans un document vidéo diffusé samedi soir par la chaîne satellitaire arabe Al-Jazira annonçant être les otages de l'"Armée islamique en Irak", qui exige que "la France annule, dans un délai de 48 heures, la loi interdisant le voile" islamique à l'école publique. Le président français Jacques Chirac a annoncé dimanche soir que son ministre des Affaires étrangères Michel Barnier se rendait "immédiatement" au Moyen-Orient pour obtenir la libération des deux journalistes.
                   
21. Israël dément avoir espionné les Américains, mais est embarrassé
in Tageblatt (quotidien luxembourgeois) du dimanche 29 août 2004

Israël a démenti dimanche avoir espionné les Etats-Unis comme l'en accusent les médias américains, mais s'inquiète des retombées de cette affaire révélée à moins de trois mois des présidentielles américaines.
"Nous n'avons rien à voir avec ces allégations d'espionnage. Il s'agit d'une affaire intérieure aux Etats-Unis qui est d'ailleurs en train de se dégonfler", a affirmé à l'AFP un porte-parole du Premier ministre Ariel Sharon, sous condition d'anonymat.
"Israël n'a pas utilisé d'agent pour espionner les Etats-Unis, car ce pays est son meilleur allié", a-t-il assuré à propos des informations accusant l'Etat hébreu d'avoir enrôlé un espion, Larry Franklin, au Pentagone.
Ce dernier aurait transmis des informations confidentielles de la Maison Blanche sur l'Iran par l'intermédiaire de l'AIPAC (American-Israel Public Committee Action), le lobby pro-israélien à Washington, qui a qualifié ces allégations de "fausses et dénuées de fondement".
"Notre influence aux Etats-Unis relève du mythe (...) Mais il est clair que cette affaire va nuire aux Juifs américains", a estimé un ancien ambassadeur d'Israël à Washington, Itamar Rabinowitch.
Selon lui, l'affaire Franklin "est liée aux prochaines élections présidentielles américaines et à la polémique aux Etats-Unis sur la guerre en Irak".
M. Rabinowitch faisait allusion aux accusations lancées par certains hommes politiques américains selon lesquels les néo-conservateurs qui entourent le président George W. Bush ont déclenché la guerre en Irak pour servir les intérêts d'Israël tout en poussant désormais l'administration à intervenir en Iran.
Les dirigeants israéliens ont fait valoir que l'Etat juif coopère étroitement avec les Américains au niveau des renseignements et s'est engagé à ne plus espionner les Etats-Unis depuis le scandale Jonathan Pollard.
Ex-analyste de la marine américaine, ce juif américain a été condamné en 1987 à la prison à vie pour avoir fourni à Israël, de mai 1984 jusqu'à son arrestation en novembre 1985, des milliers de documents classés top secret.
Le député Ehud Yatom (Likoud, droite), membre de la sous-commission parlementaire supervisant les services de renseignements, a cependant estimé que l'AIPAC "a peut-être transmis de sa propre initiative un document ou un autre, mais cela n'a rien à voir avec nos services de renseignements".
Les journaux israéliens de leur côté s'inquiètent d'un "nouveau traumatisme", d'une "ère du soupçon" qui risque de secouer les relations israélo-américaines alors que M. Bush entame une étape cruciale de sa campagne électorale, avant la Conférence des Républicains à New-York.
Israël risque d'être taxé "d'ingratitude", en raison des liens intimes noués par M. Sharon et l'administration à Washington.
Le spécialiste des questions militaires du quotidien Haaretz, Zeev Schiff, note que l'ex-chef de la CIA, George Tenet, a mentionné plusieurs fois l'existence d'un espion israélien aux Etats-Unis et qu'un froid a marqué les relations avec son homologue israélien, le Mossad.
Par ricochet, souligne aussi la presse israélienne, les juifs américains risquent à nouveau d'être soupçonnés de "double allégeance" ou d'être mêlés à "une conspiration".
"Maintenant, chaque juif aux Etats-Unis devra prouver qu'il n'a pas de soeur et qu'elle ne travaille pas au Pentagone", affirme Ben Caspit, l'éditorialiste du quotidien Maariv.
Sur le terrain, un Palestinien armé a été tué par des tirs de soldats israéliens près de Karni, entre la bande de Gaza et Israël. Son décès porte à 4.250 le nombre de personnes tuées depuis le début de l'Intifada fin septembre 2000, dont 3.252 Palestiniens et 927 Israéliens.
                   
22. Palestine : cailloux contre F16 et 9mm par Cheikh Tidjane Ndiaye
in Le Quotidien (quotidien sénégalais) du jeudi 26 août 2004
Il est maintenant constant que la presse mondiale (sénégalaise y compris) s’autocensure pour tout ce qui concerne le conflit Israélo-palestinien et ce qui se passe réellement dans les territoires brutalement occupés par Israël et son armée méprisable.
De quoi la presse a-t-elle peur au point de ne jamais relater que les informations provenant de la partie israélienne trop souvent déformées ou à 99% fausses. Le seul risque est d’être taxé d’antisémite comme le sont tous ceux qui n’applaudissent pas face aux crimes commis sur la population palestinienne. Les médias doivent pousser leurs investigations plus loin et se rapprocher de la victime, car il est rare qu’un agresseur avoue son crime sans contrainte. Des parties totalement neutres au conflit sont sur les lieux et voient ce qui se passe réellement. Malgré les pressions et intimidations exercées sur ces parties, elles parviennent tout de même à produire des rapports ou des témoignages éloquents et montrant le génocide qui est en train d’être perpétré là-bas. Pour les Israéliens, les Palestiniens n’existent pas en tant que peuple, ce ne sont que des Arabes ayant vécu par erreur sur cette terre, qui leur revient à eux Israéliens. Donc, le but de l’Etat sioniste et raciste d’Israël est le démantèlement de toute société palestinienne, la destruction de toute possibilité de vie sur cette terre, pour forcer les Palestiniens à s’en aller, à laisser la terre « sans peuple ». Le rapport élaboré par l’Escwa à la demande de M. Kofi Annan, secrétaire général des Nations-Unies, suite de la résolution prise le 23 courant par le Conseil économique et social de l’Onu, enregistre plus de 511 maisons de Palestiniens détruites en 2003 en Cisjordanie, et plus de 858 à Gaza, plus de 28 000 maisons endommagées, des centaines de milliers d’arbres fruitiers déracinés, 806 puits et deux mille routes détruites en Cisjordanie durant la même année. Le rapport fait noter que les forces d’occupation ont étendu la colonisation dans les territoires arabes occupés, en construisant 17 colonies à Gaza, y implantant sept mille colons, 136 colonies en Cisjordanie, y implantant 236 000 colons, dont 180 000 à Al-Qods-est. Le rapport ajoute que les forces d’occupation barbares ont détruit dans les années 2000-2004, 1 479 établissements à Rafah, laissant 15 009 Palestiniens sans abris, et évoque les désastres causés par la construction du mur de séparation raciste : vol de 51% des sources d’eaux de la Cisjordanie et isolement de 20 000 Palestiniens dans des îles closes, portant à 169 000 les Palestiniens isolés dans des enclaves. « Le citoyen palestinien a droit à 70 litres d’eau/J pendant que le colon israélien peut disposer de 350 litres/J », ajoute le rapport qui trouve dans les mesures israéliennes iniques une tentative de contraindre les Palestiniens au départ (ou mourir sur place) pour vider la terre de ses habitants et les remplacer par de nouveaux colons animés par la haine. Plusieurs membres des agences des Nations-Unies et d’autres organisations neutres, ayant visité les territoires occupés courant 2004, ont pu constater sur place le traitement humiliant auquel les Palestiniens sont soumis, ajoutant qu’Israël applique les mêmes mesures dans le Golan où il avait construit 40 colonies, enfermant 15 700 colons, confisquant les terres des Golanais et leur imposant la loi et l’identité israéliennes. Un Israélien ne sera jamais condamné pour avoir tué des palestiniens. Un groupe de soldats, ayant massacré 6 enfants de très bas âge avec une bombe laissée exprès sur leur passage, a reçu tout au plus un blâme, et certainement récompensé derrière le rideau. La majorité des enfants morts pendant les différentes « intifada » le sont par des balles tirés dans le dos : le cailloux contre le 9mm le dos tourné. Israël a bien mûri son plan d’anéantissement du peuple palestinien. Le récent blocage de 3 000 personnes pendant 3 semaines à la frontière de leurs propres territoires, laissant les femmes enceintes faire des fausses couches, regardant des bébés mourir de faim, démontre cette stratégie. La fameuse « justice israélienne » donna même un mois à l’Armée israélienne pour expliquer le pourquoi de ce blocage. Quelle est cette justice qui reconnaît les crimes et assassinats d’êtres humains, la destruction de maisons familiales, la construction de colonies sur les terres souillées de sang palestinien, l’édification de mûr d’apartheid ? Quel « être humain » peut bloquer à un « checkpoint » une femme palestinienne enceinte (2 autres êtres humains donc), se rendant à l’hôpital, car en train d’accoucher, regarder l’enfant venir au monde devant son barrage et perdre la vie en même temps ? Quel autre « être humain » peut assassiner ce père de famille qui amène sa femme à l’hôpital accoucher parce que ce père de famille a voulu résister au soldat israélien qui le retenait sans raison à un barrage ? Faut-il rappeler ces avions ou hélicoptères de chasse qui tirent des missiles en pleine ville ou sur un homme en chaise roulante, larguant des bombes de plusieurs tonnes sur des quartiers surpeuplés. Ce terrorisme est même revendiqué par le Premier ministre israélien lui-même, qui s’en félicite le lendemain, voyant du même coup sa côte de popularité qui grimpe auprès d’un électorat qui semble avoir perdu toute conscience. Non, le combat des Palestiniens est perdu d’avance, face à un gouvernement capable d’orchestrer des attentats sur son propre peuple pour justifier ses attaques, face à des colons encore mieux armés que la police palestinienne, face à un souteneur américain qui approuve, aide, finance et guide parfois tous ces crimes. Le monde civilisé doit venir en aide aux Palestiniens, les médias civilisés dignes de ce nom (hors Cnn, Haaretz, etc.) doivent se rapprocher de la vérité. Des sites web tels que www.ism-france.org d’un groupe de pacifistes nous en disent plus sur l’ampleur des crimes sur les Palestiniens et sur ceux qui les soutiennent ou qui soutiennent la vérité.
                       
23. Des groupes radicaux juifs collectent des fonds par Larry Cohler-Esses
in The New York Daily News (quotidien étasunien) du mercredi 25 août 2004
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

Des extrémistes juifs dispensateurs de violence sont en train de ramasser des gros sous à New York, bien que leurs liens avec des organisations identifiées comme terroristes par les Etats-Unis aient été établis.
Au cours d’une fête de charité, non couverte par le Daily News, un groupe interdit cornaque les donateurs vers une adresse de Borough Park, à Brooklyn, et vers un numéro de téléphone en 718.
En Israël, Kahane Khaï [Kahane est vivant] et d’autres formations radicales figurant sur la liste américaine sont soumis à haute surveillance depuis que l’agence de renseignement Shin Beit a mis en garde contre le fait que des extrémistes ont le Premier ministre Ariel Sharon dans leur collimateur et qu’ils pourraient faire sauter la mosquée Al-Aqsa (sainte pour tous les musulmans, dans le monde entier), située sur le Mont du Temple, à Jérusalem.
Les porte-parole de certaines de ces organisations rejettent les allégations du Shin Bet mais avouent être furieux que Sharon soit en train de mettre en œuvre un plan visant à renoncer aux colonies juives en territoire palestinien occupé, tant dans la bande de Gaza qu’en Cisjordanie.
Parmi les juifs pro-colons collectant des milliers de dollars à New York se trouve un certain David Haivri, qui entretient depuis longtemps des liens avec le mouvement fondé par Meir Kahane, ce rabbin extrémiste né à Brooklyn, et mort à New York, en 1990, abattu par un islamiste égyptien.
La sœur d’Haivri, Talia, était mariée avec le fils de Kahane, le rabbin Binyamin Kahane. Tous deux furent abattus par des Palestiniens, en 2001.
Les plus de 100 000 dollars récoltés par Haivri au cours d’une récente tournée de conférences seront consacrés uniquement à des « projets éducatifs », insiste-t-il. « Il s’agit principalement d’éditer des lettres d’information, des livres et des affiches », explique-t-il. Il a également nié se faire l’apôtre de la violence.
 « Nous prônons la résistance physique, jusqu’à un certain point », a-t-il concédé. « Mais pas au-delà de la désobéissance civile… afin de faire obstacle au bradage de notre terre juive par le gouvernement israélien ».
Haivri, qu’Israël présente comme l’une des figures centrales du mouvement kananiste, a indiqué que sa tournée récente de quêtes était placée sous les auspices d’une nouvelle organisation appelée Revava, laquelle ne figure pas sur la liste américaine des organisations terroristes.
Mais Haivri est affilié depuis longtemps au groupe Kahane Khaï ainsi qu’à la Yéshiva de l’Idée Juive, deux organisations interdites.
Ces deux organisations, ainsi qu’une cinquantaine d’autres, sont des avatars de Kahane Khaï, fait savoir le département américain du Trésor.
Ces groupes sont impliqués dans les violences contre des Palestiniens, et ils ont été classés parmi les organisations terroristes en Israël même.
« Si vous êtes un juif américain, ou bien encore, pourquoi pas, un chrétien évangéliste, et que vous les financez, vous financez en réalité un groupe qui a toutes les chances de recourir un jour ou l’autre à la violence contre les services israéliens de sécurité », a averti Yossi Alpher, un ancien responsable du Mossad, le service israélien du renseignement extérieur.
Un autre groupe faisant appel à la charité publique était la Voix de la Judée, organisation (interdite) dont le site ouèbe et les messages électroniques exhortent les lecteurs à envoyer des chèques bancaires à Gedud Ha-Ivri, alias La Légion Juive – une autre organisation interdite – à une adresse sise à Borough Park, sur la 44ème Rue. Un numéro de téléphone figure, comportant l’indicatif 718, qui est (aux Etats-Unis) l’indicatif d’Israël.
Le département du Trésor liste la Légion Juive et de la Voix de la Judée parmi les avatars kahanistes, et elle interdit aux citoyens des Etats-Unis toute transaction avec ces organisations. Le site ouèbe de la Voix de la Judée invite des volontaires à aller en Israël pour y suivre un programme d’entraînement paramilitaire, dans des colonies de Cisjordanie.
Des photos montrent des participants, armés de mitraillettes, prenant la pose en compagnie de Mike Guzofsky, président de longue date de l’association Kahane Khaï. La plupart des pages du site ouèbe insistent particulièrement sur le programme mis sur pied par l’association, consistant à dresser des chiens renifleurs d’explosifs à participer à des patrouilles dans les colonies israéliennes en Cisjordanie.
 « Notre association n’est pas un groupe d’extrême droite. Elle a pour seul but d’aider les juifs », a déclaré Ezra Stein, directeur de Gedud. A notre question sur la collecte de fonds aux Etats-Unis, il nous a répondu : « Nous avons des amis, des gens qui sont allés à Brooklyn, et dans différentes régions des Etats-Unis, afin de nous aider. »
La porte-parole du département du Trésor, Molly Millerwise, a démenti les allégations de certaines associations musulmanes, prétendant que les Etats-Unis sont très coulants lorsqu’il s’agit de surveiller des groupes terroristes juifs. « Toute indication qu’il puisse y avoir un financement terroriste en cours est une chose que nous devons examiner de très près », a-t-elle insisté.
                           
24. Nasser et Chirac superstars par Ridha Kéfi
in Jeune Afrique - L'Intelligent du dimanche 8 août 2004

Le sondage réalisé en mai par Zogby International pour le compte de la chaire Anwar el-Sadate pour la paix et le développement de l'université du Maryland comprend un volet relatif aux leaders les plus admirés par les Arabes. Ses résultats méritent analyse.
À la question « qui est le dirigeant mondial, en dehors de votre pays d'origine, que vous admirez le plus ? », l'ancien président égyptien Gamel Abdel Nasser arrive en tête en Arabie saoudite (46 %) et aux Émirats (21 %), le président français Jacques Chirac au Liban (23 %) et au Maroc (16 %), et Saddam Hussein en Jordanie (21 %).
Autre résultat surprenant : Hassan Nasrallah, leader du Hezbollah, le mouvement chiite libanais, arrive en troisième position. Son score en Arabie saoudite, pays sunnite s'il en est, est relativement élevé (18 %). Il est aussi apprécié au Maroc (9 %) et en Jordanie (9 %).
Quant à Oussama Ben Laden, qui pointe à la cinquième position, sa cote de popularité oscille entre 3 % au Liban et 18 % aux Émirats. Le chef d'el-Qaïda n'est donc pas ce « héros arabe » que présentent certains médias occidentaux.
Le sondage traduit, par ailleurs, la faiblesse flagrante du leadership politique arabe. En voici les indices les plus criants : un leader non arabe arrive second (Chirac), deux autres sont mentionnés (Fidel Castro et Che Guevara) ; trois leaders disparus sont cités (Nasser, Hafez el-Assad et Cheikh Ahmed Yassine) ; la plupart des dirigeants en place enregistrent des scores très faibles. Ainsi du président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, qui recueille entre 0 % et 8 % d'opinions favorables, de Bachar el-Assad et de Hosni Moubarak (entre 0 % et 2 %). Quant au leader libyen Mouammar Kaddafi, il n'est cité que dans deux pays, où il n'est pas mieux loti (2 % et 3 %).
« Ce qui ressort de ce sondage, c'est que les personnes les plus admirées dans le monde arabe sont celles qui défient les États-Unis. C'est leur point commun », explique Hala Kotb, responsable de la division internationale chez Zogby International. Qui ajoute : « Les sondés qui admirent le plus Ben Laden ne le font pas nécessairement parce qu'ils rêvent d'installer une société islamiste, mais bel et bien parce que Ben Laden s'oppose aux États-Unis. »
                       
25. L'Irak au bord de l'explosion par Robert Fisk
in The Independent (quotidien britannique) du mardi 3 août 2004
[Traduction bénévole du rezo des Humains Associés : NN -
http://paxhumana.info/article.php3?id_article=459#nomstraducteurs]
(Robert Fisk travaille pour le quotidien basé à Londres, The Independent. De 1976 jusqu’à maintenant, ce reporter spécialiste du Moyen Orient, reconnu internationalement, sillonne la région, à la fois témoin et analyste privilégié des invasions israéliennes au Liban (1978 et 1982), de la révolution iranienne (1979), de la guerre Iran Irak (1980-1988), de l'invasion de l'URSS en Afghanistan (1980), de la guerre du Golfe (1991) de la guerre en Bosnie (1992-1996), du conflit algérien (depuis 1992), des deux intifadas palestiniennes (1987, 2000) et de l'invasion US en Irak l'an dernier. Depuis, il continue de décrire la situation en Irak sous occupation US.)
Blair ne voit-il donc pas que ce pays est sur le point d'exploser ? Et Bush non plus ?
Bagdad : la guerre est une supercherie. Je ne parle pas des armes de destruction massive qui n'existaient pas. Ni des liens entre Saddam Hussein et al-Qaida qui n'existaient pas. Ni de tous les autres mensonges qui nous ont fait partir en guerre. Je parle des nouveaux mensonges.
En effet, de même qu'avant la guerre nos gouvernements nous ont mis en garde contre des menaces qui n'existaient pas, de même ils nous cachent maintenant les menaces qui existent réellement. La plus grande partie de l'Irak a échappé au contrôle du gouvernement fantoche des États-Unis à Bagdad mais nous n'en sommes pas informés. Des centaines d'attaques sont lancées chaque mois contre les troupes US. Mais nous n'en sommes informés que si un Américain meurt. Le total des morts irakiens ce mois-ci est de 700 pour Bagdad seul, le pire mois depuis la fin de l'invasion. Mais nous n'en sommes pas informés.
La mise en scène de cette catastrophe en Irak fut très claire au "procès" de Saddam Hussein. Non seulement les militaires américains ont-ils censuré les cassettes de cet événement, non seulement ont-ils supprimé efficacement les parties sonores concernant les 11 autres accusés, mais encore les Américains ont-ils fait croire à Saddam Hussein - jusqu'à son arrivée au tribunal - qu'il était en route pour son exécution. Bien entendu, quand il est entré dans la salle il croyait que le juge était là pour le condamner à mort. Après tout, c'était ainsi que Saddam dirigeait ses propres tribunaux de sûreté. Pas étonnant qu'il ait eu l'air "désorienté" au début (selon la description originale de CNN), puisqu'il était, bien sûr, sensé avoir l'air comme ça. Nous avions tout fait pour. Ce qui explique pourquoi Saddam demanda au juge Juhi : "Etes-vous un avocat ? ... Est-ce que c'est un procès ?" Et immédiatement, réalisant qu'il s'agissait bien d'une première audience - et non des préliminaires à sa propre pendaison - il adopta une attitude belliqueuse.
Mais ne croyez pas qu'on va en apprendre beaucoup plus sur les apparitions futures de Saddam au tribunal. Salem Chalabi, le frère d'Ahmad (condamné pour fraude) et l'homme à qui les Américains ont confié le tribunal, a dit à la presse irakienne il y a deux semaines que tous les médias seraient exclus des prochaines audiences. Et je peux comprendre pourquoi. Parce que si Saddam fait son Milosevic, il voudra parler des liens réels de son régime sur les plans militaire et du renseignement - en premier lieu avec les États-Unis.
La vie en Irak ces dernières semaines est une expérience aussi bizarre que dangereuse. Je descends à Najaf en voiture. La Route 8 est l'une des pires d'Irak. On y assassine les Occidentaux. Elle est jonchée de véhicules de police et de camions américains calcinés. Tous les postes de police sur 112 kilomètres ont été abandonnés. Et pourtant, quelques heures plus tard, je suis assis dans ma chambre à Bagdad et je regarde Tony Blair, souriant, à la Chambre des Communes, comme s'il était le héros d'une joute oratoire scolaire. Autant pour le rapport Butler.
En fait, regarder n'importe quelle chaîne de télévision occidentale à Bagdad ces temps-ci, c'est comme se brancher sur la planète Mars. Blair ne se rend-il pas compte que l'Irak est sur le point d'imploser ? Bush ne s'en rend-il pas compte ? Le "gouvernement" nommé par les Américains ne contrôle que quelques secteurs de Bagdad - et même là ses ministres et ses fonctionnaires sautent avec leurs voitures et sont assassinés. Bakuba, Samarra, Kut, Mahmoudiya, Hilla, Falluja, Ramadi, toutes sont hors de l'autorité gouvernementale. Iyad Allawi, le "Premier Ministre", n'est guère plus que maire de Bagdad. "Certains journalistes", dit Blair, "voudraient presque qu'il y ait un désastre en Irak". Il n'y est pas du tout. Le désastre est là maintenant.
On se demande comment qui que ce soit pourrait organiser des élections en janvier prochain quand des kamikazes lancent leur voiture contre des centaines de recrues devant les postes de police ? Même la Conférence Nationale, qui doit nommer ceux qui organiseront les élections, a été annulée deux fois. Et si je regarde dans mes notes des cinq dernières semaines, je vois que pas un seul Irakien, pas un seul des soldats américains à qui j'ai parlé, pas un seul mercenaire - qu'il soit Américain, Anglais ou Sud-Africain - ne pense qu'il y aura des élections en janvier. Ils m'ont tous dit que l'Irak se détériorait un peu plus chaque jour. Et la plupart m'ont demandé pourquoi nous, les journalistes, ne le disions pas.
Mais à Bagdad, j'allume ma télévision et je regarde Bush dire à ses partisans républicains que la situation en Irak s'améliore, que les Irakiens soutiennent la "Coalition", qu'ils soutiennent leur nouveau gouvernement assemblé par les USA, que la guerre contre la terreur est en passe d'être gagnée, que les Américains sont plus en sûreté. Puis je vais sur un site Internet et je regarde deux hommes encagoulés décapiter un Américain à Riyad, couper avec un couteau la colonne vertébrale d'un Américain en Irak. Chaque jour, ici, les journaux citent une nouvelle société de construction qui se retire du pays. Et je vais rendre visite au personnel, amical et tragiquement triste, de la morgue de Bagdad, et là, chaque jour, se trouvent des dizaines de ces Irakiens que nous sommes soi-disant venus libérer, qui crient, pleurent et maudissent, en portant ceux qu'ils aiment sur leurs épaules, dans de pauvres cercueils.
Je lis et je relis la déclaration de Tony Blair. "Je demeure convaincu qu'il était juste de partir en guerre. Ce fut la décision la plus difficile de ma vie." Et j'ai du mal à comprendre. C'est peut-être une décision terrible que celle de partir en guerre. Même Chamberlain le pensait, mais il ne trouva pas ça difficile - parce qu'après l'invasion de la Pologne par les Nazis, c'était la chose à faire. Et, en conduisant dans les rues de Bagdad maintenant, en voyant les patrouilles américaines terrifiées, en entendant une énorme explosion de plus secouer mes portes et fenêtres à l'aube, je prends conscience de ce que tout cela signifie. Partir en guerre en Irak, envahir l'Irak l'année dernière, fut la décision la plus difficile que Blair ait eu à prendre parce qu'il pensait - à juste titre - que ça pourrait bien être une mauvaise décision. Je me souviendrai toujours de sa remarque aux troupes britanniques à Bassora : que le sacrifice des soldats britanniques n'était pas Hollywood mais "de la chair et du sang réels". Oui, c'est de la chair et du sang réels qui ont été répandus - mais pour des armes de destruction massive qui n'étaient pas du tout réelles.
"Force extrême autorisée" peut-on lire aux points de contrôle dans tout Bagdad. Autorisée par qui ? Personne ne doit rendre des comptes. Régulièrement, sur les grands axes hors de la ville, les soldats US hurlent contre les automobilistes et ouvrent le feu au moindre soupçon. "On a eu des SEALS de la marine à notre point de contrôle l'autre jour", me raconte un sergent de la 1ère Cavalerie. "Ils ont demandé si l'on avait des problèmes. J'ai dit oui, ils nous tirent dessus depuis la maison là-bas. L'un d'eux a dit : cette maison ? On a dit oui. Alors, avec trois SUVs et un tas d'armes en titanium ils s'en vont vers la maison. Et plus tard ils reviennent et disent : on s'en est occupé. Et on ne nous a plus tiré dessus."
Qu'est-ce que cela signifie ? Les Américains se vantent maintenant de leur siège de Najaf. Le lieutenant colonel Garry Bishop du 1er bataillon de la 37ème division blindée pense que ça a été une bataille "idéale" (même s'il n'a pas réussi à capturer Moqtada Al Sadr, dont "l'Armée du Mahdi" combattait les forces américaines). "Idéale", selon Bishop, parce que les Américains ont évité d'endommager les mausolées des Imams Ali et Hussein. Comment les Irakiens doivent-ils prendre ça ? Et si une armée musulmane occupait le Kent et bombardait Canterbury et ensuite se vantait de ne pas avoir endommagé la cathédrale de Canterbury ? Est-ce qu'on leur en serait reconnaissant ?
Vraiment, que doit-on penser d'une guerre qui est transformée en fiction par ceux qui l'ont déclenchée ? Au moment où les travailleurs étrangers, craignant pour leur vie, quittent l'Irak en grand nombre, le secrétaire d'Etat US, Colin Powell, déclare lors d'une conférence de presse que les prises d'otage ont un "effet" sur la reconstruction. Un effet ! Les explosions de pipelines sont maintenant aussi fréquentes que les coupures de courant. Dans certains quartiers de Bagdad maintenant ils n'ont que 4 heures d'électricité par jour ; les rues sont pleines de mercenaires étrangers, les fusils aux portières, criant des insultes aux Irakiens qui ne dégagent pas le passage devant eux. C'est là l'Irak plus sûr dont Monsieur Blair se vantait l'autre jour. Dans quel monde le gouvernement britannique vit-il ?
Prenez le procès de Saddam. La presse arabe toute entière - y compris les journaux de Bagdad - impriment le nom du juge. De fait, le juge a donné des interviews à propos de ses inculpations de meurtre contre Moqtada Al Sadr. Il a posé pour des photos dans les journaux. Mais quand j'ai mentionné son nom dans The Independant, j'ai été sérieusement censuré par le porte-parole du gouvernement britannique. Salem Chalabi m'a menacé de poursuites. Alors, si j'ai bien compris : nous envahissons l'Irak illégalement. Nous tuons jusqu'à 11 000 Irakiens. Et M.Chalabi, nommé par les Américains, dit que je suis coupable d' "incitation au meurtre". Ca veut tout dire.
                           
26. Retrouver la parole libre par Rudolf El-Kareh
in Le Monde diplomatique du mois de juillet 2004

Dans L’Orient en Occident (1), Jack Goody manifestait son irritation méthodologique à l’égard des « visions du monde binaires ou téléologiques », source de fourvoiements affectant l’intelligence de l’Orient comme de l’Occident. Dix ans plus tard, les hallucinations se sont emparées du champ politique et des propagandes. On assigne à l’Orient, confondu avec l’islam, le statut de bouc émissaire mondial. L’anthropologue Ernest Gellner – qui écrivait en 1983 : « Les musulmans sont une nuisance. En fait, ils l’ont toujours été » – a fait de nombreux émules.
Dans son nouveau livre, Goody (2) montre à quel point l’histoire européenne est pétrie de dynamiques de diffusion culturelle, qui établissent entre l’Orient et l’Occident une parenté profonde, établie par les annales de treize siècles de mouvements collectifs. Cette aventure tisse autant de liens qu’elle en défait, même si le ciment n’efface pas les conditions inégales de l’assemblage. Les interactions et les phénomènes d’acculturation ont en effet marqué la vie des sociétés et des hommes, de l’Europe aux confins de l’Indus. Et si l’exemple d’Al-Andalus est rituellement cité, les relations de l’Empire ottoman avec l’Europe constituent un axe souvent escamoté, tandis que les voies mongoles sont occultées. La circulation des techniques (roue à eau, papier, etc.) et des savoirs est captivante. Goody ne s’en tient d’ailleurs pas au passé, puisque les chapitres sur le terrorisme et sur le rejet de l’icône montrent qu’Orient et Occident communient bien plus qu’on ne le prétend d’ordinaire.
Pour comprendre ces « parentés », il faut donc changer de méthode. Aziz Al-Azmeh (3) s’y emploie dans un livre compact, qui veut faire cesser le discours réciproque de la « méconnaissance ». Il est temps, dit-il, d’étudier l’histoire ottomane autrement que par les archives vénitiennes, et de quitter les ornières vicieuses du culturalisme essentialiste qui font lire les archives de l’histoire de l’islam comme on lisait, au XIXe siècle, celles des jésuites, c’est-à-dire « comme une symptomatologie de l’esprit jésuite ». Il est temps d’en finir, comme le rappelait Maxime Rodinson, avec une surislamisation des musulmans, qui les dote d’une disposition surhumaine à la piété perpétuelle et réduit leur histoire à un mélodrame unidimensionnel construit sur des motifs religieux. L’on découvrira alors, nous dit le philosophe syrien, qu’entre « les utopies des communautarismes hindouistes en quête d’un Shangrila définitif », celles d’un prétendu « Etat islamique restauré » et des « ayatollahs juifs qui pensent avoir trouvé la génisse rouge génétiquement parfaite dans les territoires occupés », il y a bien plus qu’un air de famille avec le fantasme « du Reich de mille ans ». Le « revivalisme musulman » n’est donc pas génétiquement spécifique, et sa parenté avec les idéologies réactionnaires d’Occident est troublante.
Il faut donc, écrit Danièle Sallenave (4), éviter de nous forger un nouvel ennemi, « nous interroger sur nous-mêmes » et « refuser le scandale d’une existence rivée à ses origines, d’une pensée asservie à des dogmes ». Et en finir avec la règle des deux poids et deux mesures, rappeler que les vraies fractures proviennent des inégalités, de la pauvreté et des ségrégations. Qui peut nier que « l’héritage occidental est écrasant et qu’il est pour l’essentiel celui de notre domination » ? Dans la violence de l’« islam » se lit « le choc en retour de l’action que nous avons menée dans le monde depuis des siècles ». Ce constat n’appelle pas des repentances incantatoires, mais de grandes responsabilités : cessons de proposer « comme modèle la pornographie funèbre d’un monde dominé par l’argent et le sexe », des « sociétés dépolitisées », dénonçons la menace des identités collectives figées dans les communautarismes. Enseignons non l’histoire particulière de tel groupe ou de tel événement, mais l’histoire comme science humaine et sociale. Pour « retrouver la parole libre »...
- NOTES :
(1) Seuil, Paris, 1996.
(2) Jack Goody, L’Islam en Europe. Histoire, échanges, conflits, La Découverte, coll. « Textes à l’appui », Paris, 2004, 179 pages, 16 euros.
(3) Aziz Al-Azmeh, L’Obscurantisme postmoderne et la question musulmane, Sindbad/Actes Sud, Paris, 2004, 55 pages, 7 euros.
(4) Danièle Sallenave, Dieu.com, Gallimard, Paris, 2004, 324 pages, 16,50 euros.
                       
27. "De quelle armée parlent-ils ?" par Nehemia Strasler
in Ha'Aretz (quotidien israélien) du vendredi 30 juillet 2004
[traduit de l'anglais par Frédérique Spran]

Un document relatif à l¹éthique de la terreur est parvenu récemment au rédacteur en chef. Le document a été rédigé par le Professeur Asa Kasher et un groupe d¹officiers, de juristes et de conseillers.
Les auteurs ont produit un texte remarquable précisant que la force ne devrait pas être utilisée en réponse à la terreur sauf si elle est nécesaire pour protéger les citoyens du pays. Le document indique qu¹il relève de la responsabilité des soldats d¹assurer la protection des Palestiniens qui ne sont pas impliqués dans la terreur et, dans le cas de la nécessité d¹une intervention, d¹en avertir à l¹avance la population palestinienne de manière à ce qu¹elle ne soit pas touchée.
Le document établit que l¹armée ne doit pas exercer d¹actes de vengeance ou de punition ; elle doit seulement défendre les citoyens du pays. Ainsi, ni barrages ni couvre-feu ne devraient être imposés aux populations civiles en représailles et aucun arbre ne devrait être arraché, aucune maison démolie au prétexte de revanche. De plus, quand l¹armée décide de mener une opération militaire dans les territoires [palestiniens], l¹armée doit prendre en compte l¹impact négatif que produiront les meutres et la destruction sur l¹opition publique locale et internationale.
Lisez et pleurez. De quelle armée parlent-ils ? A quelle réalité réfèrent-ils ?  Il ne se passe pas une semaine sans que d¹innocents Palestiniens, hommes, femmes ou enfants, ne soient tués. Pas une semaine sans habitations démolies, sans arbres arrachés, sans humiliations et abus aux barrages de  contrôle. Mais le chef des armées reste silencieux, tout comme le Premier ministre.
La brutalité de l¹occupation ne date pas d¹hier, mais parfois elle franchit un degré supérieur. Les images perturbantes de la mi-mai du misérable camp de réfugiés de Rafah ont choqué quiconque dans le monde a une conscience. Il est apparu que l¹opération militaire israélienne avaient tué 52 personnes ­ dont des civils innocents et même deux adolescents dont le seul crime était de nourrir leurs pigeons sur le toit. Si le public [israélien] s¹est habitué aux meutres, il s¹habituera bien évidemment aux démolitions de maisons : de jeunes enfants quittant leurs habitation avec des sacs sur le dos, une vieille femme traumatisée par l¹explosion d¹une bombe fouillant les décombres des maisons dans l¹espoir de sauver quelque chose ­ une vieille veste, un calepin, une photo.
Le 12 juillet, Ibrahim Halfalla, un handicapé sur fauteuil roulant, père de sept enfants, a été écrasé à mort sous les décombres de sa maison. Cela s¹est produit quand les Forces de la défense israélienne ont démoli sa maison à Khan Yunis au milieu de la nuit. Les soldats n¹ont pas vérifié s¹il y avait quelqu¹un dans la maison et le bulldozer a enterré l¹homme vivant. La même semaine, des photos prises au checkpoint d¹Hawara, montraient un soldat menottant un Palestinien, le battant en face de sa femme et de ses deux enfants. Leur seul crime était de vouloir rentrer chez eux.
Une semaine plus tôt, le 6 juillet, le Docteur Khaled Salah, un enseignant à l¹Université A-Najah, a été tué chez lui par des snipers. Son fils de 16 ans, Mohammed, a aussi été tué et a agonisé durant des heures sur le sol de l¹appartement de ses parents avant de mourir. Lorsque la mère a hurlé aux soldats que son fils était encore vivant et qu¹ils devaient appeler une ambulance, ils lui ont ri au nez pendant que son fils mourrait sous ses yeux. Non seulement la famille nétait pas impliquée dans la terreur, mais encore, Khaled Salah était un membre du « Comité Palestine-Israël pour la Paix », de l¹Université. Et comme si cela ne suffisait pas, après ces meurtres, les soldats sont entrés dans la maison et ont détruit tout ce qui restait. Leurs mitrailleuses ont arrosé de balles les vêtements, le linge de maison, les livres, la télévision, l¹ordinateur, le réfrigérateur, et ils ont vandalisé l¹appartement.
Et ces soldats n¹étaient pas des soldats « à problèmes », mais l¹élite de l¹élite, les commandos navals, exerçant leur vengeance sur d¹innocents civils parce qu¹un de leurs officiers avait été tué durant l¹opération. De toute évidentce, ils n¹avaient pas eu le temps de lire les documents sur l¹éthique !
Le mois dernier, les Forces de la défense israélienne se sont déchaînées à Beit Hanun. Les soldats sont entrés de force dans des appartements résidentiels, les ont transformés en fortins et en ont expulsé les locataires. Jeudi dernier, un bulldozer a démoli, sans aucune raison, les locaux d¹une coopérative agricole utilisée par un millier de fermiers. Tout a été détruit, du matériel agricole aux chambres frigorifiques, laissant un millier de fermiers sans emploi.
De tels actes de destruction (absolument prohibés par le document), ne peuvent qu¹édifier davantage les murs de la haine et rendre le conflit insoluble, parce que chaque adolescent dont la maison a été démolie et dont les parents ont été humiliés voudront prendre leur revanche ­ et ensuite nous nous plaindrons que nous n¹avons aucun interlocuteur. Une armée et un état qui se comportent de manière si immorale, meurtrissant des civils, démolissant, exerçant des représailles collectives, ne dissuade pas l¹autre côté  mais le renforce, particulièrement ses extrémistes. Meutrir ainsi des innocents propage l¹idée qu¹il ne sert à rien d¹être modéré : d¹une manière ou d¹une autre ils seront victimes d¹un bulldozer ou d¹une balle.
De tels actes affaiblissent la position de l¹Etat d¹Israël dans le monde et menacent son existence. L¹Etat d¹Israël est tributaire de l¹opinion publique internationale et plus certainement encore de l¹opinion publique américaine. De tels actes érodent aussi la confiance du public israélien, accroît l¹émigration d¹Israël et affaiblit l¹armée ­ parce que sans justification morale, même l¹armée la mieux équipée du monde ne peut pas gagner.
                               
28. Mohammed Dahlan, l’homme qui rêve de conquérir Gaza par Christian Chesnot
on Radio France Internationale le samedi 24 juillet 2004

Dévoré d’ambition, on lui prête la volonté de devenir le « roi » de Gaza. Alors que le territoire sombre dans l’anarchie et les luttes inter-palestiniennes, Mohammed Dahlan, dit « Abou Fadi », prépare son avenir politique. « Nous avons échoué à faire la guerre, nous avons échoué à faire la paix, déclarait-il récemment au New York Times (…) Nous sommes à la croisée des chemins : soit c’est l’Etat palestinien indépendant, soit c’est la Somalie ! ». Lui se verrait bien dans la peau de l’homme providentiel.
De notre envoyé spécial à Gaza - A 43 ans, Mohammed Dahlan, réfugié de Khan Younès, fourbit ses armes depuis qu’il se situe en marge de l’Autorité palestinienne et prépare son retour sur la scène politique. Celui que les Palestiniens appellent «Abou Fadi» ne manque pas d’atouts pour la suite. Du temps où il était le chef redouté de la puissante Sécurité préventive à Gaza, il a conservé des contacts très étroits avec les Israéliens et les Américains. Il a même participé aux négociations avortées de Camp David en 2000. Brouillé avec Arafat, il n’a pas pour autant coupé les ponts avec le « vieux ». Américains et Israéliens comptent sur lui, en cas d’évacuation de la bande de Gaza d’ici la fin 2005.
«Depuis qu’il n‘est plus ministre, Mohammed Dahlan cultive dans l’ombre ses réseaux et étend son influence», analyse un diplomate. «Il n’a pas d’allié au sein de la vieille garde du Fatah, mis à part Abou Mazen. Même si la rue palestinienne n’a pas oublié son rôle dans les années 90 et sa répression acharnée des islamistes, il apparaît aujourd’hui comme une personnalité à laquelle elle pourrait se raccrocher», conclut cette même source.
Ne pas apparaître comme un homme trop lié aux Américains et aux Israéliens
Dans son fief du sud de la bande de Gaza, Mohammed Dahlan pratique ouvertement un clientélisme digne d’un politicien madré ratissant sa circonscription électorale. «Il est proche de la population. Si quelqu’un a besoin de la moindre aide personnelle, il y répond favorablement sans hésiter», explique un officiel de l’Autorité palestinienne. Cultivant son image de bienfaiteur social, il a le projet de construire un hôpital. Sa femme, elle, dirige une ONG qui reçoit des financements de l’Union européenne.
Mohammed Dahlan recrute surtout auprès des jeunes qui sortent de l’université avec leur diplôme en poche mais sans aucun avenir. «Il leur accorde un soutien financier, parfois un travail», affirme un membre des services de renseignement, qui ajoute que l’ex-patron de la Sécurité préventive cajole aussi les chefs de tribus et de clans. Il est présent à la plupart des rendez-vous sociaux.
Au fil des ans, l’homme s’est constitué un « trésor de guerre » pour financer ses ambitions politiques. «Encore maintenant, il fait beaucoup d’affaires avec les Israéliens», prétend un diplomate à Gaza. C’est aussi son point faible. « Les gens connaissent ses combines, et savent qu’il est aussi corrompu que la plupart des membres de l’Autorité palestinienne» , poursuit-il
Inconnu en Cisjordanie, il a de nombreux ennemis dans son camp
Mais Mohammed Dahlan n’en à cure. Avec aplomb, il endosse le rôle du «chevalier blanc». «Il parle un langage simple aux gens, note un officiel palestinien. Il stigmatise la corruption et l’absence de transparence dans la gestion de l’Autorité. Il joue aussi sur le clivage intérieur/extérieur. «Depuis 10 ans, répète-il, nous les gens de l’intérieur, nous avons fait de grands sacrifices humains, à quoi ont-t-ils servi ?»
Peut-il prétendre à un destin national ? Tout dépendra des circonstances et à sa capacité de ne pas apparaître comme un homme trop lié aux Américains et aux Israéliens. Il a aussi de nombreux ennemis, notamment la plupart des services de sécurité lui sont hostiles (Force 17, «moukhabarats», police, renseignements militaires, etc.). Surtout, il n’a aucun relais en Cisjordanie où il est inconnu. Mais d’aventure, si la situation sécuritaire continuait de se détériorer dans la bande de Gaza, Mohammed Dahlan deviendrait à coup sûr incontournable.
                   
29. Un commando très controversé obtient un contrat en Irak par Pratap Chatterjee
on CorpWatch.org (e-magazine étasunien) du mercredi 9 juin 2004
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

(Pratap Chatterjee est directeur de programme et rédacteur en chef de Corp Watch situé à Oakland en Californie : http://www.corpwatch.org.)
Les autorités d’occupation de l’Irak ont signé un contrat de 293 millions de $ – ce qui représente le plus gros contrat passé avec une milice privée, avec une entreprise dirigée par le Lieutenant Colonel Tim Spicer, ancien officier de la Scots Guard, un régiment d’élite de l’armée britannique, lequel Spicer a fait l’objet de poursuites pour trafic d’armes et préparation d’offensives militaires visant à « faciliter » des opérations de prospection et d’exploitation minière, gazière et pétrolière, un peu partout dans le monde. Le 25 mai dernier, le commandement du génie de l’armée a décerné à la firme de Spicer – Aegis Defense Services – le contrat (du siècle), en lui confiant la coordination de l’ensemble des mesures de sécurité entourant les projets de reconstruction en Irak.
« J’ai l’immense plaisir de confirmer que nous avons obtenu un contrat d’assistance au Bureau de Gestion des Projets [PMO – Project Management Office], en Irak, de la part du département américain à la Défense », a fait savoir Spicer, qui a créé sa société, Aegis, il y a tout juste un peu plus d’un an. Cette société est sise Place Picadilly à Londres, à deux pas du palais royal de Buckingham. « Ce contrat couvre la coordination de la logistique sécuritaire autour des sous-traitants de la reconstruction, ainsi que celle de la protection des personnels du Bureau de Gestion des Projets. »
Sous l’empire de la clause « cost-plus » du contrat [tous les dépassements de frais étant garantis, ndt], l’armée prendra en charge tous les débours de l’entreprise, ce à quoi s’ajoutera un pourcentage prédéterminé de tous ses frais. Les sceptiques disent qu’il s’agit-là d’une véritable invitation aux factures « gonflées ». La compagnie devra également fournir (aux personnels dirigeants des compagnies gérant les champs pétroliers et gaziers, ainsi que les réseaux d’eau et d’électricité de l’Irak) 75 équipes de protection rapprochée (chacune de ces équipes comptant huit hommes).
Le Major Gary Tallman, porte-parole de l’armée américaine, a expliqué que ce contrat visait à mettre en place une plate-forme d’ « intégration » (c’est-à-dire de coordination) des opérations visant à assurer protection et sécurité à chacun des contractants et sous-traitants des opérations de reconstruction : « Leur travail consistera à diffuser l’information, à fournir du conseil et à assurer la coordination dans l’ensemble des quatre grandes régions de l’Irak. »
Il y a aujourd’hui en Irak plusieurs dizaines d’entreprises, qui fournissent des services privés de sécurité tant au secteur militaire qu’au secteur civil, avec (au total) plus  de 20 000 employés. Parmi ces compagnies, on trouve notamment la firme sud africaine Erinys, laquelle emploie plus de 15 000 Irakiens chargés d’assurer la protection des pipelines ; Control Risks Group, une firme britannique, qui assure la sécurité aux firmes (israélo-américaines, ndt) Bechtel et Halliburton ; et Blackwater Consulting, domiciliée en Caroline du Nord, qui fournit tout ce que l’on veut, depuis des hélicoptères de surveillance jusqu’à des gardes du corps, jusqu’à récemment, pour Paul Bremer, l’ex-ambassadeur américain chargé de gérer l’occupation.
Depuis plusieurs mois, ces compagnies de sécurité font appel aux services de l’armée, en matière de coordination. En avril dernier, après l’assassinat de différents contractants d’entreprises de sécurité à Bagdad, Fallujah et Al-Kût, les entreprises ont mis sur pied un pool d’information ad hoc. A l’époque, Nick Edmunds, coordinateur en Irak du groupe Hart, qui assure la protection de médias et d’entreprises d’engineering, a indiqué au Washington Post : « Ce à quoi nous assistons, manifestement, c’est à une coopération croissante entre instances non officielles. Nous nous efforçons de nous informer, mutuellement, de ce que nous entendons dire au sujet de ce qui se trame et ne va pas tarder à se produire… »
Mais ce tout dernier contrat passé par l’armée en Irak est tout à fait différent. Aegis n’a pas d’expérience dans le domaine, et Spicer a des états de service plus que discutables dans sa précédente boîte, Sandline. Les spéculations
autour d’éventuelles raisons politiques qui auraient présidé à l’attribution de ce contrat vont donc bon train.
Wanted : Quelques cracks, pour des salaires alléchants
Des rumeurs de jobs lucratifs à affecter, chez Spicer, circulent depuis quelques mois. Fin mars, le lieutenant colonel britannique Alan Browne, chargé de trouver du boulot aux hommes du régiment des Royal Signals du Camp de Blandford, dans le Dorset (Grande-Bretagne), a affiché des petites annonces pour des emplois de techniciens radio qualifiés, chez Aegis, en Irak, pour un salaire annuel de 110 000 $, c’est-à-dire trois fois plus que la plupart des jobs proposés par le bureau de placement du régiment. Le contrat prévoit, de surcroît, un nombre de jours de congés particulièrement généreux : cent jours par an. « Nos hommes peuvent tout réparer : depuis un poste radio jusqu’à un téléphone cellulaire. Mais, ici, au Royaume-Uni, leur salaire atteint tout juste 25 000 £ (soit 46 000 $) », a indiqué Browne. « J’ai fait mon boulot : j’ai signalé les jobs à mes hommes… Maintenant, à eux de jouer ; à eux de les décrocher ! »
Toujours en mars dernier, des annonces d’emploi ont été affichées au mess des Adjudants Généraux de Worthy Down, à Winchester, concernant des employés chargés « de soutient administratif et en matière de secrétariat, pour un environnement de type état-major, auprès de centres opérationnels militaires (du niveau brigade ou division), avec la plupart des responsabilités de ces mêmes divisions ». Les salaires offerts aux candidats ayant des qualifications d’officier non-commissionné atteignaient les 129 000 $, et les salaires pour des officiers non-commissionnés débutants étaient de l’ordre de 110 000 $.
Tallman dit que sept firmes sont en lice pour le contrat de coordination. D’après d’autres de nos [CorpWatch] sources, trois des soumissionnaires sont Dyncorp, une firme de Virginie, chargée de former la police irakienne ; Military Professionals Resources Incorporated (MPRI), qui formait jusqu’à récemment l’armée irakienne, et une joint venture formée de Control Risks Group, Erinys et Olive Security : trois des principaux fournisseurs de protection rapprochée en Irak.
Des gens très introduits dans les milieux des affaires spéculent sur la possibilité qu’Aegis ait remporté l’affaire à cause d’une irritation croissante, en Grande-Bretagne, née du fait que les compagnies britanniques (ou domiciliées au Royaume-Uni) n’ont pas été récompensées par de grands contrats de reconstruction en Irak, en dépit du rôle leader joué par le gouvernement de Tony Blair dans la « coalition des bonnes volontés ». Le seul autre candidat britannique dans cet énorme appel d’offres, la joint venture Control Risks, s’est vue disqualifier au motif qu’une de ses firmes adhérentes faisait l’objet d’une enquête pour des raisons non révélées, à l’époque où les offres étaient examinées.
En raison des interférences politiques dans la décision, certains groupes soulèvent la question du processus de finalisation des contrats. « La raison de savoir pourquoi ils procéderaient à une opération de location de flics par l’intermédiaire d’une entreprise de transports de troupes militaires de Virginie est loin d’être claire. A moins que les gens, là-bas, soient plus expérimentés et soient plus à même de rédiger une proposition d’offre qui tienne mieux la route devant un jury de sélection que les internes de la Fondation Heritage, qui postulent à des contrats à Bagdad ! », ironise John Pike, porte-parole du groupe de surveillance de l’armée, Globalsecurity.org. Durant les douze premiers mois, tous les paiements, en Irak, furent évalués par un groupe de six (hommes et femmes), qui avaient tous moins de la trentaine, et avaient été recrutés sur la base de curriculum vitae envoyés au site internet de cette fondation très marquée à droite.
Tallman a volé au secours du système de l’armée : « Il est fondamentalement décentralisé, pour des raisons d’efficacité, et afin de s’assurer que le processus y est impartial », a-t-il affirmé, poursuivant : « L’Agence d’Audit des Contrats de la Défense continue à superviser. Mais, de ce fait, aucun bureau ne peut contrôler l’ensemble des contrats. Mais nous pouvons aussi publier des contrats très rapidement, en nous appuyant sur les gens les mieux placés pour ce faire. »
Un palmarès douteux
A l’instar de Peter Singer, auteur de l’ouvrage : « Les Samouraïs de l’Entreprise : La montée de l’industrie militaire privatisée » [Corporate Warriors : The Rise of the Privatized Military Industry] et associé à la Brookings Institution, une boîte à idées libérale de Washington, D.C., plusieurs analystes avouent que l’information les a surpris : « C’est comme recevoir un coup poing dans le ventre, venu du passé : j’ai eu l’impression d’être remonté à la fin des années 1990 avec une machine à remonter le temps », dit Singer. « Pour être honnête, toutefois, je doute que ceux qui ont accordé ce contrat avaient la moindre idée des histoires épicées de Spicer [ici, jeu de mot : le nom du personnage, Spicer, évoque « épicier », ndt]… »
Mais tout le monde ne partage pas ce jugement plutôt sévère sur l’action de Spicer. A la Sierra Leone, les efforts de Spicer ont été encensés par l’industrie militaire privée, qui les a qualifiés de « travail d’ange ». En 1988, Sandline fut soumissionnée pour vendre trente tonnes d’armes aux forces d’Ahmad Tejan Kabbah, ancien dirigeant de la Sierra Leone, en violation d’un embargo imposé par l’ONU sur les armes à destination de ce pays, mais, en revanche, en coopération ouverte avec Craig Murray, un jeune loup du Foreign Office [Affaires étrangères britanniques, ndt].
Doug Brooks, président d’International Peace Operations Association (IPOA), un syndic non-lucratif de conseil aux compagnies militaires privées, dont Sandline, indique que l’assistance apportée par cette compagnie à la Sierra Leoone a permis de sauver la vie à des milliers de civils : « Sandline a été remarquablement efficace », a-t-il dit. « Leur objectif – ré-instaurer le gouvernement démocratiquement élu, a été atteint. Tout en observant profil bas, ils ont joué un rôle décisif dans ce succès. »
Néanmoins, le projet de Sandline à la Sierra Leone a suscité l’ire et de multiples enquêtes d’instances gouvernementales en Grande-Bretagne, lorsque fut découvert que le contrat constituait une violation de l’embargo imposé par l’ONU aux fournitures d’armes aux deux parties au conflit. Spicer maintient qu’il n’avait pas conscience du caractère illégal du schéma, et que le gouvernement avait accepté, en dernier ressort, de fixer de nouveaux règlements sur le commerce des armes et la gestion des compagnies militaires privées en Grande-Bretagne.
L’action de Spicer en Papouasie – Nouvelle Guinée, autre fiasco retentissant en matière de relations publiques, ne fut pas non plus un succès militaire. La moitié orientale de l’île de Nouvelle Guinée, dans le Pacifique Sud, la Papouasie – Nouvelle Guinée (PNG), naguère colonie britannique et allemande, fut ensuite un protectorat australien, jusqu’en 1975. Cette année-là, tant la PNG que la lointaine île de Bougainville, à quelque 500 miles au nord-est de Port Moresby, la capitale néo-guinéenne, proclamèrent leur indépendance. Rapidement, la PNG s’empara du contrôle de l’île de Bougainville, où une compagnie australienne, la CRA (aujourd’hui filiale de Rio Tinto, la plus grande compagnie minière mondiale) avait entrepris d’exploiter le minerai de cuivre, depuis 1972.
En 1989, des propriétaires terriens locaux contraignirent la mine de cuivre de Bougainville à la fermeture, en raison de ses atteintes à l’environnement, et aussi afin d’exiger l’indépendance de l’île. En février 1997, le gouvernement néo-guinéen, qui tirait environ 44 % de ses rentrées fiscales de cette mine, paya 36 millions de $ à Sandline International. Mission : chasser les Bougainvilléens.
Dès le mois suivant, le Premier ministre de la PNG, Julius Chan, limogea le chef d’état major de l’armée, le brigadier général Jerry Singarok, au motif qu’il avait dénoncé le contrat passé avec Sandline en arguant que l’argent aurait été mieux employé à payer ses propres soldats, qui étaient scandaleusement sous-payés et mal équipés. Des échauffourées s’ensuivirent, des soldats fidèles au général Singarok ayant pris la tête de manifestations de protestation auxquelles participèrent au minimum deux mille civils. Les soldats arrêtèrent et déportèrent vers un lieu inconnu un certain nombre de contractuels de Sandline.
Trois semaines plus tard, vêtu de jeans fripés, Spicer fut traîné devant un tribunal de Papouasie – Nouvelle Guinée. Sa valise, bourrée de 400 000 $ en espèces, fut exhibée parmi les pièces à conviction de son contrat avec le gouvernement déchu. Aux audiences, Spicer révéla qu’un des volets du projet (portant le nom de code « Opération Huître ») consistait à mener une campagne psychologique contre les Bougainvilléens, au moyen notamment d’attaques par hélicoptères dans la grande tradition russe.
Les avocats de Spicer durent faire des heures sup, pour obtenir une réduction de peine, puis finalement la relaxe de leur client. Mais Chan fut contraint à démissionner.
La mise sur pied d’Aegis
En 2000, Spicer quitta les bureaux de Sandline, dans le quartier londonien de Chelsea, pour monter une autre boîte, Strategic Consulting International (SCI) à Knightsbridge, afin d’offrir du conseil aux gouvernements et aux compagnies maritimes, au sujet des menaces du terrorisme international. Il finit par changer la raison sociale de son entreprise, optant pour Trident Maritime, et déménagea, une fois de plus, son siège social, s’installant dans ses bureaux actuels, à Picadilly Circus.
Au début, ça ne marchait pas très fort. Spiecer demanda à Sara Pearson, sa publiciste, d’enregistrer SCI à son propre siège social, ce qui les mis tous les deux dans de beaux draps lorsque les médias eurent découvert que les détentions d’actions et les directions étaient mal enregistrées et qu’aucune comptabilité n’avait été tenue. « Ce fut un choc (pour moi), de découvrir que notre comptabilité n’était pas conforme », dira plus tard Pearson à Duncan Campbell, une journaliste d’investigation britannique.
Dans le même style, les projets originaux de l’entreprise avaient été tracés, pour Spicer, par un groupe d’étudiants à l’université du Maryland, qui furent nommés vice-présidents de la firme, en échange de leur acceptation que leur projet serait proposé comme candidature à un concours universitaire, qu’ils perdirent.
Après ces problèmes initiaux de management, Spicer réussit à se créer, lentement, une image plus respectable. Il remporta un contrat de la compagnie d’assurance Lloyds de Londres, aux termes duquel il devait procéder à l’audit du point de vue sécuritaire du système de défense de Ceylan, après que le groupe rebelle des Tigres Tamouls aient pratiquement détruit l’aéroport international, en juillet 2001. Après avoir donné au gouvernement ce certificat médical impeccable, Spicer commença à obtenir de plus en plus de contrats dans le fret maritime.
En 2002, il fut approché par Per Christiansen, un expert norvégien en navigation maritime, directeur à l’époque de Hudson Maritime, une compagnie datant de seize ans, spécialisée dans les réponses en urgence à des crises telle la marée noire causée par le pétrolier Exxon Valdez. Hudson, basée dans le New Jersey, venait tout juste de décrocher un contrat avec le Service de la Sécurité Nationale [Department of Homeland Security] : elle était chargée d’assurer la surveillance de tous les ports et aéroports du pays.
« Dans le milieu des assurances, à Londres, certains m’ont proposé Spicer », se souvient Christiansen.  « Je savais qu’il souffrait d’une sale réputation. Mais il est à la pointe de la connaissance en matière de sécurité. Aussi nous avons monté une joint venture avec lui. »
Spicer amena avec lui un vieil ami, qui avait fait la guerre des Malouines avec lui. Cet ami, Mark Bullough, avait passé les dix années écoulées en Inde, à Hong Kong, en Malaisie et à Singapore : il travaillait à Jardine Fleming, une banque d’investissement de Hong Kong.
« Je me souviens bien de Mark et moi, sabrant une bouteille de champ’ et la buvant sur la jetée, avant une brève empoignade avec un officier », a écrit Spicer dans son autobiographie, en rappelant que le lendemain, la Grande-Bretagne avait mis en déroute l’armée argentine. Cela se passait en 1982.
Après la guerre des Malouines [Falklands], Bullough avait quitté l’armée britannique, pour aller travailler dans la banque. Il dirigea un bureau de la Jardine Fleming à Bombay, durant cinq ans, le gouvernement venant d’ouvrir la bourse officielle des valeurs située sur la rue Dalal (c’est l’équivalent de Wall Street en Inde) aux banques étrangères. Même dans la finance, Bullough maintint sa réputation de type louche. Les traders de Bombay étaient stupéfaits de voir arriver le patron de cette banque internationale très distinguée arriver au bureau en vélomoteur.
Bullough a un introduit dans la boîte un autre chercheur très respecté dans les milieux financiers, Dominic Armstrong, qui avait travaillé avec lui à la banque Jardine. « Spicer a une énergie fantastique au boulot – il est redoutable », dit Armstrong. « Bien sûr, il a la réputation qu’il a, mais franchement, je trouve tout ça très irritant. Nous sommes une compagnie tout ce qu’il y a de plus commercial et diversifiée, aujourd’hui, qui travaille dans différents secteurs, depuis l’alimentation jusqu’à la sécurité maritime. »
La Trident Venture ayant été rendue apte au décollage, Spicer et Bullough créèrent Aegis, une officine plus secrète, domiciliée au même siège social, et disposant des mêmes numéros de téléphone, pour fournir des services d’intendance à des armées privées. Un quatrième larron, Jeffrey Day, qui avait financé l’opération, les rejoignit en tant que commissaire financier en chef.
Afin de renforcer la dimension sécuritaire de ses prestations, les quatre partenaires d’Aegis recrutèrent le major général Jeremy Phipps, un autre ancien du SAS, qui fut bien connu naguère pour avoir dirigé une tentative audacieuse de sauvetage d’otages retenus à l’ambassade d’Iran à Londres, en 1980. Il était ensuite tombé en disgrâce pour avoir échoué à lutter contre la corruption au sein du prestigieux Jockey Club de Londres, auquel appartiennent beaucoup de membres de la famille royale britannique, dont plusieurs employèrent Phipps.
Afin de couper court à toute publicité négative, ils introduisirent une consultante en relations publiques de haut niveau, Sara Pearson, qui avait aidé Spicer tant dans le scandale de la Papouasie – Nouvelle Guinée que dans celui de la Sierra Leone. Pearson disposait de son propre bureau de relations publiques, appelé SPA Way, qui travaille pour des magasins de luxe britanniques. Parmi sa clientèle, des cabinets dentaires et des coiffeurs stylistes.
Auparavant, Pearson avait employé un nègre afin de relooker l’image de Spicer pour le nouveau millénaire, après les deux désastres essuyés par Sandline. L’autobiographie de Spicer, publiée en 1999 sous le titre : Un soldat pas très catholique » [An Unorthodox Soldier], le présenta comme « la version moderne, et légitime, des nouveaux mercenaires ».
Aujourd’hui, Singer dit que le nouveau contrat soulève beaucoup de questions, notamment sur la nature des contrôles des états de service, de la sécurité des entreprises et des employés sous contrat qui sont actuellement en cours, au Pentagone. « Ce n’est pas seulement de bonne politique. C’est aussi une règle de base dans le business. Mais on n’est pas très sûr que ce soit toujours mis en application dans le cas des contrats en Irak », a-t-il conclu.
                           
30. Les apologues d’Israël et les fausses déclarations attribuées à Martin Luther King Jr.  par Fadi Kiblawi et Will Youmans
on The Electronic Intifada (site d'information étasunien) du lundi 19 janvier 2004
[traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier]
(Fadi Kiblawi est étudiant en droit à l’Université George Washington. Will Youmans est un des coauteurs de l’ouvrage The Politics of Anti-Semitism -AK Press, 2003.)

En logique formelle, l’Argumentum Ad Verecundiam consiste à défendre une position en excipant de l’autorité de qui l’a formulée. Il s’agit d’une faute de logique caractérisée. Citer une source faisant apparemment autorité ne constitue en rien une preuve conclusive, quand bien même l’autorité citée serait considérée experte dans le domaine considéré.
A des fins de clarté, je mentionnerai l’existence de trois niveaux différents de dégradation de cette maxime, dans ce papier. Tout d’abord, particulièrement fallacieuse est la preuve lorsque l’autorité citée ne fait montre d’aucune connaissance particulière dans le domaine considéré. Ensuite, quand l’autorité qui n’est pas experte dans le sujet concerné est, de plus, citée hors contexte, l’argumentation en est d’autant plus faible. Enfin, la violation la plus vile de ce principe de logique formelle est avérée, lorsqu’un défenseur de la thèse considérée recourt à des citations faussées, voire même à une citation entièrement inventée par cette même autorité, laquelle, rappelons-le, n’est investie d’aucune expertise particulière.
Voilà posé le cadre général permettant de comprendre de quelle manière différents apologistes d’Israël ont utilisé Martin Luther King  Jr. aux fins de leur propagande.
L’expertise du Dr King, en tant que militant non violent des droits civiques, ainsi que la profondeur de ses vues, sont sans équivalents, dans l’histoire des Etats-Unis. Toutefois, cela ne fait pas de lui un commentateur autorisé des questions du Moyen-Orient, ni des différents aspects idéologiques du sionisme. Aussi impressionnantes qu’apparaissent les références faites à ses opinions sur Israël, elles constituent un cas d’école d’Argumentum Ad Verecundiam.
Il est extrêmement difficile de trouver des citations directes et publiées du Dr. King, tant au sujet du Moyen-Orient que du sionisme. Une revue exhaustive de dizaines d’ouvrages, tant consacrés au militant des droits civiques qu’écrits par lui n’a rien donné.
Ce que nonobstant, les partisans d’Israël font souvent allusion à une lettre que le Dr. King aurait écrite. Cette lettre est reproduite in extenso sur beaucoup de sites ouèbes, et sur papier. En voici, à titre d’illustration, un extrait :
 « … mon ami, tu déclare que tu ne hais pas les juifs ; que tu es, simplement, « antisioniste »… Et je dis, moi : Que la vérité résonne depuis le sommet des montagnes, que son écho se répande dans les vallées de la verdoyante terre de Dieu : Quand on critique le sionisme, on vise en réalité les juifs… L’antisémitisme – la haine du peuple juif – a toujours été, et demeure, une tache sur l’âme de l’humanité. Sur cela, tout le monde est d’accord. Aussi, sache ceci : l’antisioniste est intrinsèquement antisémite, et il en sera toujours ainsi. »
L’écrivain antiraciste Tim Wise a vérifié cette citation, prétendument extraite d’une « Lettre à un ami antisioniste », prétendument publiée dans le numéro d’août 1967 de la Saturday Review [Revue du Samedi. Tiens, pourquoi : « samedi » ? Ndt] Dans un essai publié en janvier 2003, Tim Wise déclarait n’avoir trouvé aucune correspondance du Dr. King dans aucun des quatre numéros publiés au cours du mois d’août 1967 de ladite revue. Les auteurs de ce papier ont vérifié ce que Wise avait découvert. La lettre en question était aussi couramment citée comme ayant été publiée dans un livre du Dr. King intitulé : « This I Believe : Selections from the Writings of Dr. Martin Luther King Jr. » [Ce que je crois : sélection des œuvres écrites du Dr. Martin Luther King Jr.]. Aucun livre portant ce titre ne figure dans la bibliographie mise à la disposition du public par le King Center d’Atlanta. Il ne figure pas non plus dans les catalogues de plusieurs grandes bibliothèques américaines, tant publiques qu’universitaires.
Peu après, Camera, une organisation fanatiquement pro-israélienne, publiait un communiqué disant que cette lettre était « apparemment » un faux. Camera expliquait pourquoi elle avait acquis une telle notoriété. La « lettre » provenait d’un livre « très honorable », Shared Dreams [Rêves partagés], d’un certain rabbin Marc Shneier. Martin Luther King III l’avait préfacé, donnant ainsi l’impression d’une approbation de la famille King. Aussi, Michael Salbert, de l’Anti-Defamation League [maison mère, américaine, de la Licra, Ndt], utilisa les mêmes citations, le 31 juillet 2001, au cours de son audition par la Sous-commission des Relations internationales de la Chambre des Représentants des Etats-Unis, chargée des Opérations internationales et des Droits de l’Homme.
La fausse lettre fut ensuite citée par plusieurs auteurs, dans des publications prestigieuses, que l’on imaginerait disposer de vérificateurs des faits à même de consacrer le modeste temps nécessaire afin de vérifier les sources primaires de ce qu’elles écrivent et publient. Mort Zuckerman, éditeur en chef d’US News & World Report, a cité la lettre dans son éditorial du 17 septembre 2001. Warren Kinsela prit sa suite, dans un article pour la revue Maclean’s, le 20 janvier 2003. La revue Commentary, plus connue pour son zèle idéologique que pour sa totale absence de scrupules en matière de vérité factuelle, a publié un article de Natan Sharansky, dans lequel il citait le faux passage en bloc – près de dix mois après que Camera ait fait savoir qu’il s’agissait d’un faux…
Plus récemment, les Universitaires pour la Paix au Moyen-Orient [SPME : Scholars for Peace in the Middle East] ont mis en bonne place des extraits de La lettre sur leur site ouèbe. Contrairement à ce que semble indiquer son nom, le SPME est un groupe de propagande, qui s’est donné pour mission de vanter l’image d’Israël sur les campus des université – mission dont il prétend qu’elle fait avancer la paix au Moyen-Orient… Ironiquement, juste au-dessous de la fausse citation du Dr. King, figure sur ce site ouèbe une annonce de la formation d’une « task force » ayant pour mission de « faire respecter l’honnêteté académique, lorsque sont constatés des cas de fabrication et de falsification de données au cours des débats concernant le Moyen-Orient » !
Après que l’un des auteurs de ce papier ait informé le président du SPME du caractère fallacieux de la citation, celui-ci a répondu de manière très hostile, bien qu’il eût été extrêmement facile de vérifier que la citation était (effectivement) incorrecte. Après plusieurs échanges de courriers, il a décidé de la remplacer par une autre, apparemment tout aussi tirée par les cheveux :
 « Martin Luther King a traité de (cette) question, en 1968, au cours d’un discours à Harvard, déclarant notamment : « … Tu déclare, mon ami, que tu ne hais pas les juifs, que tu es simplement « antisioniste »… Quand on critique le sionisme, ce sont les juifs qui sont visés… Et l’antisionisme, qu’est-ce que c’est ? C’est le fait de dénier au peuple juif un droit fondamental que nous réclamons à juste titre pour le peuple d’Afrique, et que nous accordons libéralement à toutes les autres nations qui peuplent le Globe… Quand on critique le sionisme, on vise les juifs – ne t’y trompe pas ! »
Les références exactes de cette nouvelle citation ayant été exigées, il a refusé de les produire, ne fournissant aux visiteurs de son site que son affirmation qu’il s’agissait d’un passage d’un « discours » prononcé par le Dr. King à Harvard, en 1968. Toutefois, le discours de la nouvelle citation affichée sur son site par le SPME ressemble fortement à la première – pour la bonne et simple raison qu’elle provient, comme elle, de la même « Lettre à un ami antisioniste », totalement bidon.
La première citation de la fausse lettre était attribuable à l’erreur. Mais tirer diverses variantes de la même lettre fallacieuse, voilà qui est outrageusement malhonnête intellectuellement – tout comme l’était la fausse citation du « discours » prononcé par King à Harvard en 1968. Que cette citation ait été inventée, ou tirée d’une source non définie, il s’agit dans les deux cas d’un plagiat classique, soit intentionnel, soit résultant d’une grossière négligence.
La référence faite par le SPME à un « discours » prononcé en 1968 est reflète des extraits d’un compte-rendu publié dans deux sources : la première de ces source est un article publié en 1969 par la revue Encounter, et écrit par le sociologue de droite et fanatiquement pro-israélien Seymour Martin Lipset, et la seconde est une chronique de libre opinion du Congressiste John Lewis, qui connaissait personnellement le Dr. King, publiée en janvier 2002 dans le quotidien californien San Francisco Chronicle.
Dans son essai intitulé « The Socialism of Fools : The Left, the Jews & Israël » [Le Socialisme des imbéciles : la gauche, les juifs et Israël], Lipset évoque un « dîner » en l’honneur du Dr. King, auquel il a assisté. Un étudiant noir ayant « fait des remarques hostiles aux sionistes », le Dr. King « sortit de ses gonds et répliqua : « Quand on critique les sionistes, c’est les juifs qui sont visés. Vous tenez là des propos antisémites ! » ». La tribune du Congressiste Lewis cite la même réaction du Dr. King. Il est vrai que rien ne l’empêchait de s’inspirer de l’essai de Lipset…
Le Congressiste Lewis affirme que le Dr. King aurait fait ce commentaire « peu avant sa mort », au cours « d’une réception à Harvard ». Lipset affirme quant à lui que c’était « peu de temps avant qu’il (= King) soit assassiné », « à un dîner donné en son honneur à Cambridge. » Cette citation semble beaucoup plus crédible. Toutefois, le SPME présente sur son site des extraits de la fausse lettre, tout en se donnant l’air de citer cette déclaration (faite au cours d’un « discours » prononcé à Harvard par le Dr. King).
Toutefois, il y a quelques raisons de mettre en doute l’authenticité de cette déclaration. D’après la revue (universitaire) Harvard Crimson, « Le Révérend Martin Luther King est venu à Cambridge pour la dernière fois il y a tout juste un an (aujourd’hui) : c’était le 23 avril 1967 ». (Article intitulé « While You Were Away », du 4 août 1968 [(Que s’est-il passé) Depuis que vous n’êtes plus parmi nous ?] Si c’est exact, le Dr. King n’a pas pu se trouver à Cambridge en 1968 ! Lipset affirmait qu’il était venu dans le cadre « d’une kermesse de charité », ce qui semblerait indiquer une visite entourée d’un minimum de publicité. Par ailleurs, un inventaire exhaustif des publications, effectué par le Martin Luther King Jr. Papers Project [Projet des archives de Martin Luther King Jr], de l’Université Standford, fait état de plusieurs discours prononcés par le pasteur en 1968. Aucun d’entre eux n’a été préparé en vue d’une visite à Cambridge, ou Boston.
Même si ces points soulèvent quelque doute, faisons la supposition que la citation est exacte.
Ici, le contexte intervient, nécessairement. L’un des principaux arguments avancés par Lipset dans son article de 1969 consiste à dire que la coupure entre Noirs et juifs « résulte bien plus de la situation (intérieure) américaine que du conflit au Moyen-Orient ». Il identifie le poids prépondérant des juifs au sein du mouvement pour les droits civiques. Les nationalistes noirs américains voulaient prendre leurs distances vis-à-vis des Blancs au sein de ce mouvement, argue Lipset. Avec ses mots propres, il résumait ce que les nationalistes noirs (afro-américains) disaient : « Nous ne voulons pas des Blancs, mais nous ne voulons surtout pas des juifs, et nous exprimons notre antagonisme vis-à-vis des juifs sous l’apparence de notre opposition à Israël. »
Peu des articles citant l’essai de Lipset mentionnent ce contexte (pourtant) crucial. Un autre personnage, qui a exploré cette question, quoi que cavalièrement, a néanmoins trouvé le moyen d’inventer une autre citation peu imaginative du Dr. King. Il s’agit du Dr. Andrew Bostom, professeur de médecine à l’université Brown, auteur d’un article pour la revue Front Page (du 20 janvier 2003) qui avait été repris par le site ouèbe de l’ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Dans cet article, Bostom prétendait que Martin Luther King avait eu « le courage moral » d’affronter le discours anti-juif tant de la gauche afro-américaine que des associations musulmanes des Etats-Unis. Cela ne signifie en rien, bien entendu, que le Dr. Bostom soit une source fiable ! Absolument fondamental, dans cet article, est un passage de trois cent quarante-sept (347) mots, qu’il attribue au Dr. King. Il omet de citer une source de cette philippique incongrue. Une rapide recherche au moyen du moteur « Google » montre qu’elle avait été intégralement tirée d’un matériel original publié sur la page d’accueil du site ouèbe www.yahoodi.com [comportant un copyright daté 2002], ainsi que de généreuses rondelles de la fausse « Lettre à un ami antisioniste ». L’article du Dr. Bostom est sans doute l’écrit bidouillé le moins créatif et aussi sans doute le plus frauduleux, parmi ceux que nous avons mentionnés jusqu’ici.
Considérons, aux fins de la discussion, que le contexte décrit par Lipset et le Dr. Bostom est exact, dans ses grandes lignes : cela permettra de faire la lumière sur les citations crédibles du Dr. King. Si le mouvement qu’il incarnait d’une manière tellement éminente était confronté à une telle césure, sa réponse n’avait rien que de très naturel. Pour emprunter à l’analyse de Lipset, cette déclaration du Dr. King, elle aussi, « résulte bien plus de la situation (intérieure) américaine que du conflit au Moyen-Orient ». De toutes les façons, étant donné ses inquiétudes politiques locales, le Dr. King n’incarnait certes pas le genre d’autorité désintéressée qu’il était honnête de citer, sur ce sujet.
Notons, au passage, que la question de la recevabilité – réelle, ou non – des opinions exprimées par Lipset et le Dr. Bostom, à propos de ce contexte, sort du cadre fixé à ce papier. Même s’il est exact que les nationalistes noirs, tels ceux qui étaient à la tête du SNCC, étaient devenus de plus en plus critiques vis-à-vis d’Israël après (la guerre de) 1967, dire que cela avait pour but de se séparer des juifs américains et de les ostraciser, même si c’étaient là les effets prévisibles de cette prise de position, n’a absolument rien de convaincant. Un internationaliste ardent, par exemple, aurait sans doute plus veillé à établir un lien entre les luttes des différents peuples, de par le monde, que n’aurait été enclin à le faire un mouvement pour l’égalité entre citoyens de la cité américaine relativement consensuel, comme l’était celui qu’animait Martin Luther King.
Mais revenons à nos moutons : quand bien même les citations inventées reflétant l’opinion du Dr. King sur Israël auraient été véridiques, le fait de le citer n’en aurait pas moins continué à représenter un cas classique d’Argumentum ad Verecundiam. Où sont les preuves, comme quoi le Dr. King aurait étudié la région (du Moyen-Orient) ou son histoire moderne ? La rareté et la pauvreté des commentaires et des écrits consacrés à la région du Moyen-Orient par le Dr. King montrent bien qu’il ne s’agissait pas d’un domaine dans lequel il avait des compétences particulières, ni même d’un sujet qu’il eût considéré prioritaire, d’un bout à l’autre de sa carrière de militant des droits civiques.
Même les déclarations que le Congressiste Lewis lui attribue sont de piètre substance et relèvent de la rhétorique de haute volée. Ainsi, par exemple, le Dr. King a affirmé qu’Israël était « un merveilleux exemple de ce qui peut être fait, de la manière dont un désert peut être transformé en une oasis de fraternité et de démocratie. » Faire référence à Israël en termes de « merveilleux » et d’ « oasis », voilà qui dénote une totale méconnaissance, étant donné les réalités ; à savoir : l’occupation militaire et l’exil forcé qu’ont subis les Palestiniens dès la création de l’Etat d’Israël. En tous les cas, ces propos ne sonnent pas comme ceux d’une personne connaissant les deux sons de cloche sur cette histoire tragique…
Plus significativement, comme l’a fait observer Tim Wise, les déclaration alléguées du Dr. King sur le sionisme auraient été faites plus de trente ans avant l’occupation israélienne paralysante et étouffante de la Cisjordanie et de la bande de Gaza et la première Intifada de 1987, qui monopolisèrent l’attention mondiale. La narration palestinienne n’a été que très rarement transmise aux Etats-Unis, jusqu’à ce jour. Il y avait très peu d’Arabes, et donc de Palestiniens, aux Etats-Unis, et encore moins d’universitaires, de décideurs politiques, ou de militants arabes, travaillant aux côtés du Dr. King. Wise suggère également l’idée que l’application des principes du Dr. King ne peut en toute logique qu’aboutir à renforcer la sympathie vis-à-vis du côté palestinien, en raison de l’inégalité systématique dont il est victime.
Le fait que des thuriféraires d’Israël aient recouru, comme l’ont fait nos auteurs, à des citations fabriquées, ou tirées de leur contexte, d’une éminente figure morale de naguère, ne fait que souligner l’absurdité de l’opinion largement répandue selon laquelle toute opposition à un Etat juif établi sur un territoire usurpé serait « antisémite ». A l’évidence, il y a plusieurs manières, légitimes, de critiquer le sionisme. Une observation tout à fait raisonnable consiste à dire qu’après plus d’un demi siècle de conflit, le projet sioniste a échoué à apporter aux juifs d’Israël tant la paix que la sécurité – ce qui était pourtant sa « raison d’être » [en français dans le texte, ndt]. D’aucun argueront que cette situation résulte de l’ « intransigeance arabe » ; les Palestiniens (n’est-ce pas ?) devraient accepter leur dépossession… Toutefois, l’opposition palestinienne à ce (triste) sort est un fait irréfutable, tout comme est indéniable le fait que la sécurité était l’objectif clé du sionisme. Il s’agissait en l’occurrence nécessairement d’une erreur d’analyse de la part des sionistes, qui ont présumé que les Palestiniens allaient se fondre dans la population d’autres pays arabes, tandis que les générations successives de Palestiniens seraient de plus en plus inclines à oublier leur passé. Rejeter cet argument – qui évalue le sionisme en fonction de ses propres objectifs par lui-même fixés – ainsi que toute autre critique du sionisme, sous prétexte qu’ils seraient « antisémites », voilà qui est non seulement malhonnête, mais qui représente une forme de désertion bien peu courageuse d’un débat extrêmement sérieux.
Cela ne signifie pas que tous les opposants à Israël soient exempts d’antisémitisme. Bien entendu, la cause palestinienne, comme tous les mouvements, est exploitée par des gens qui ont d’autres préoccupations, à l’instar de David Duke et d’Oussama Ben Laden. Les déclarations en trompe-l’œil, ou d’une généralité ne mangeant pas de pain, dans quelque sens que ce soit, ne sauraient tromper l’opinion, en la matière.
La principale raison pour laquelle les critiques adressées au sionisme sont persistantes (que cela plaise, ou non, aux autorités israéliennes) tient au fait que l’histoire, telle qu’elle est écrite, et le territoire actuel (d’Israël), n’ont pas cessé d’être contestés par des millions de Palestiniens vivant dans l’exil à cause de la création d’Israël, ainsi que par les 3 millions et demi de Palestiniens qui vivent sous l’ordre militaire direct d’Israël, et les Palestiniens qui représentent vingt pour cent des citoyens israéliens et ont un statut de citoyens de deuxième catégorie. Eût Israël été fondé et se fût-il développé sur un territoire incontesté, alors il serait plus vraisemblable d’affirmer que les arguments invoqués contre son existence découleraient de la haine envers le peuple juif. Le fait, de la part des partisans d’Israël, d’écarter d’un revers de la main toute critique des méthodes et des conséquences de la fondation d’Israël au moyen de la diffamation d’ « antisémitisme » dénie totalement la légitimité de la narration palestinienne – c’est-à-dire des expériences vécues et des perspectives qui n’apparaissent à aucun moment dans l’ « oasis » fantasmée par le Dr. King.
Le Dr. Martin Luther King, bien qu’il nous ait quittés depuis déjà longtemps, reste un monument dans la continuation du mouvement pour les droits civiques aux Etats-Unis. Son legs doit être célébré, et aussi critiqué de manière constructive ; il ne doit en aucun cas être falsifié ou trituré au service d’agendas politiques actuels, qui n’ont aucun rapport avec lui. Le contexte des déclarations authentiques faites par le Dr. King au sujet du sionisme était unique, propre à un moment particulier de la vie politique intérieure, où il fallait rabibocher une coalition politique fragile, en passe de se déliter. En dehors de ce moment particulier, le Dr. King n’a jamais revendiqué la moindre expertise en matière de politique moyen-orientale, ni même fait de cette question un thème fréquent de ses discours et de ses écrits. Prétendre que toutes les critiques formulées à l’encontre du sionisme sont antisémites, en s’autorisant de la force des mots de Martin Luther King à ce sujet, est une argumentation qui ne tient pas. Cela, nous l’avons vu, pour de multiples raisons.
[Sur ce même thème, nous vous rappelons l'article que nous avons traduit et diffusé dans le Point d'information Palestine N° 238 du 10 juillet 2004 intitulé : "Une fraude de l’envergure d’un Roi : Israël, le sionisme et la falsification des propos de Martin Luther King" par Tim Wise paru dans Zmag le lundi 20 janvier 2003.]