Rassemblement de soutien aux prisonniers palestiniens en grève de la faim dans les prisons israéliennes
Ce soir, samedi 21 août 2004 à 18h00 sur le Vieux Port à Marseille
[M° Vieux-Port]
- Premiers signataires : Ajial, Ballon Rouge, Cimade, Femmes en Noir, Grandir à Gaza, La Maison d'Orient,  Missions Solidarité Palestine, Rassemblement Franco-Palestinien pour la Paix, Résister, Union Juive Française pour la Paix,  Vpaixmed.
 
                                     
                       
Point d'information Palestine N° 240 du 21/08/2004
Newsletter privée réalisée par La Maison d'Orient - BP 105 - 13192 Marseille Cedex 20 - FRANCE
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Rédacteur en chef : Pierre-Alexandre Orsoni
                                              
Nous pouvons, si vous le souhaitez, vous adresser le Point d'information Palestine en format pièce-joint RTF sur simple demande à : lmomarseille@wanadoo.fr
Si vous ne souhaitez plus recevoir nos Points d'information Palestine, ou nous indiquer de nouveaux destinataires, merci de nous adresser un e-mail à l'adresse suivante : lmomarseille@wanadoo.fr. Cette newsletter est envoyée directement à un réseau strictement privé de 9252 destinataires et n'est adossée à aucun site internet. Les propos publiés dans cette lettre d'information n'engagent que la responsabilité de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement le point de vue de La Maison d'Orient. Consultez régulièrement les sites francophones de référence :
http://www.reseauvoltaire.net - http://www.mom.fr/guides/palestine/palestine.html - http://www.paix-en-palestine.org - http://www.protection-palestine.org
                           
"Opération SOS Point d'information Palestine 2004" [poursuivie jusqu'au 30 septembre 2004] Aidez-nous à poursuivre la réalisation du Point d'information Palestine en nous faisant parvenir d'urgence, un don, en France, par mandat ou par chèque à l'ordre de : La Maison d'Orient - BP 105 - 13192 Marseille Cedex 20 FRANCE - Depuis l'étranger, par mandat ou par virement bancaire : Banque : 15889 - Guichet : 07985 - N° de compte : 00020075640 - Clé : 54 - IBAN : FR76 1588 9079 8500 0200 7564 054 - BIC : CMCIFR2A - Domiciliation : Crédit Mutuel La Phocéenne - 8, avenue de la Corse - 13007 Marseille FRANCE - Titulaire du compte : La Maison d'Orient - BP 105 - 13192 Marseille Cedex 20 FRANCE. (Nous vous adresserons sous trois mois un reçu fiscal à joindre à votre déclaration Impôts sur le revenu 2004.)
                       
PRECISION : "L'Appel Olga" publié dans le dernier Point d'information Palestine (N°239 - 13/08/2004) à été diffusé initialement par Aloufok, le site du Mouvement démocratique arabe : http://www.aloufok.net.
                       
Au sommaire
              
Dernières parutions
1. Les enfants illégitimes de la République de Ahmed Rouadjia aux éditions Maisonneuve & Larose
2. L'Etat voyou de William Blum aux éditions Parangon
                              
Réseau
1. APPEL - Pour la défense du pluralisme et de la liberté d'expression, Al Jazeera ne doit pas être interdite en Irak ni nulle part ailleurs dans le monde
2. A cours de juifs, Israël veut importer des Indiens par The American Muslims for Jerusalem (16 août 2004)
3. Israël et Territoire occupés : Des familles séparées par une politique discriminatoire par Françoise Guillitte - Amnesty International (15 juillet 2004)
4. "Et si vous le voulez, ce ne sera pas un rêve !" - Extrait de "Israël et le refus arabe" de Maxime Rodinson aux éditions du Seuil (1968 - pp 224/226)
                          
Revue de presse
1. Arafat reconnaît des erreurs et promet des changements par Mohamed Assadi - Dépêche de l'agence Reuters du jeudi 19 aout 2004, 7h19
2. Iran: Téhéran menace de défendre ses installations nucléaires  - Dépêche de l'Agence France Presse du jeudi 19 aout 2004, 10h27
3. Détenus palestiniens en danger par Camille Bauer in L'Humanité du mercredi 18 août 2004
4. Entretien avec Khalil Al-Tafakji : "L'obsession démographique trace la politique d'Israël vis-à-vis des questions du statut final" propos recueillis par Mohamad Moustapha in Al-Ahram Hebdo du mercredi 18 août 2004
5. La société israélienne Odigo affirme que deux de ses employés ont (bien) été avertis des attentats du 11 septembre 2001 (à New York) par Yuval Dror in Ha’Aretz du mardi 17 août 2004
6. Faut-il former des policiers irakiens ? par le Général (CR) Maurice Cannet in AFI-Flash N°35 du mardi 17 août 2004
7. Qui protègera la mosquée Al-’Aqçâ, ainsi que les autres lieux saints musulmans et chrétiens ? par Umar Hilmi al-Ghûl in Al-Quds Al-Arabi du lundi 16 août 2004
8. Grève de la faim des prisonniers palestiniens en Israël par Jean Villeneuve in Le Figaro du lundi 16 août 2004
9. Un mémorial dégradant par Alexandre Yakobson in Ha'Aretz du lundi 16 août 2004
10. Un journaliste palestinien de l'AFP empêché de se rendre à l'étranger - Dépêche de l'Agence France Presse du samedi 14 aout 2004, 13h07 
11. Le scandale McGreevey par Wayne Madsen on CounterPunch.org du samedi 14 août 2004
12. Trois journalistes de la BBC interpellés pendant quatre heures par l'armée israélienne - Dépêche de l'Agence France Presse du jeudi 12 aout 2004, 22h21
13. "Parlez hébreu, ou fermez-là !" par Etgar Keret in The Guardian du mercredi 11 août 2004
14. Une prison à ciel ouvert par Axel Gyldèn in L'Express du lundi 9 août 2004
15. "Avoue quelque chose ! Allez, avoue juste un petit quelque chose, bon sang !" par Gideon Levy in Ha’Aretz du vendredi 6 août 2004
16. La ruse de Sharon par Patrick Besson in Le Point du jeudi 29 juillet 2004
17. "Flinguez-les tous !" - Islamophobie et racisme se portent très bien en France, merci ! par Salil Sarkar in Al-Ahram Weekly du  jeudi 22 juillet 2004
18. Iyad Allaoui, marionnette au-dessus de tout soupçon par Gilles Munier on Oulala.net le mardi 20 juillet 2004
19. La problématique de la neutralité entre les Palestiniens et Israël par Kathleen Christison on CounterPunch.org du dimanche 18 juillet 2004
20. Une nouvelle association aide les juifs américains à faire leur "alyah" en Israël par Greg Myre in The New York Times du jeudi 15 juillet 2004
21. Nous ferons "tout" afin de rétablir nos liens avec la Nouvelle Zélande par Yossi Melman in Ha’Aretz du jeudi 15 juillet 2004
22. Une association au nom de Zokhrot se donne pour mission la réalisation du droit au retour et l’immortalisation du souvenir de la Nakbah par Yo’av Keren publié dans Yediot Aharonot le 11 juillet 2004 et repris in Al-Quds Al-Arabi du lundi 12 juillet 2004
23. Tout simplement, Israël n’a pas de légitimité. Sans les prétentions bibliques d’Israël, les chances de paix seraient réelles par Faisal Bodi in The Guardian du mercredi 3 janvier 2001
                                                                       
[- Extrait du sommaire provisoire du prochain Point d'information Palestine (N°241) : Dans notre rubrique "Réseau" : La déconstrution du développement, façon israélienne par Sam Bahour (14 août 2004) > Le Cauchemar devient réalité par Uri Avnery (12 juin 2004) - Dans notre "Revue de presse" : Jacques Derrida : "Je suis en guerre contre moi-même" propos recueillis par Jean Birnbaum in Le Monde du jeudi 19 août 2004 > Le petit fils de Ghandi vient rejoindre la campagne non armée par Amira Hass in Ha'Aretz du vendredi 13 août 2004 > Les chrétiens d’Orient hésitent à partir par Nicolas Senèze, avec Denise Ammoun (au Caire), Benjamin Barthe (à Ramallah), Jean-Philippe Hamon (à Bagdad) et Tristan Khayat (à Beyrouth)  in La Croix du lundi 9 août 2004 > Introduction aux élections présidentielles américaines par Immanuel Wallerstein in Commentary N°142 du dimanche 1er août 2004 > Le rêve olympique de Sanaa, la "gazelle" de Gaza par Patrick Saint-Paul in Le Figaro du lundi 5 juillet 2004 > Vanunu et la philosophie socratique par le Dr. Suhaïr Abu Aqsa Dawud in Al-Quds Al-Arabi du lundi 14 juin 2004 > La médiation égyptienne pave la voie aux bulldozers par le Colonel Yusuf Al-Sharqâwî in Al-Quds Al-Arabi du lundi 14 juin 2004 > Le protecteur de "Saint Mordechai" par Aviv Lavie in Ha'Aretz du jeudi 10 juin 2004 > Du "politicide" des Palestiniens... - Le grand dessein politico-militaire de M. Ariel Sharon par Baruch Kimmerling in Le Monde diplomatique du mois de juin 2004.]
                                         
Dernières parutions

                            
1. Les enfants illégitimes de la République de Ahmed Rouadjia
aux éditions Maisonneuve & Larose
[278 pages - 28 euros - ISBN : 2706818158]
Cet ouvrage porte sur un problème qui n'en fini pas d'être au centre du débat franco-français : les Beurs. En partant de leur irruption sur la scène politique française, à partir des années 80, en passant par la création de SOS-Racisme et France-Plus, jusqu'à la première guerre du Golfe, l'auteur tente à partir de matériaux quantitatifs et qualitatifs recueillis de donner à lire les représentations construites autour de l'altérité radicale que semble incarner le beur qualifié souvent de délinquant, parfois de "traître" ; figure que dessine plus ou moins explicitement les discours politiques, médiatiques et pseudo-scientifiques.
Comme le "voile islamique", l'objet "beur" est lesté, nous dit l'auteur, d'une charge passionnée et passionnelle. Le "beur" n'est pas seulement l'incarnation de la violence pure qui va de pair avec le refus obstiné de se plier aux normes du respect de l'ordre social, de la civilité et du civisme, chers à la société globale ; il est aussi le reflet vivant d'un renégat en puissance. Il a beau être français en vertu du droit du sol, il n'hésiterait pas à faire allégeance, lorsque ses intérêts ou ses caprices du moment le lui recommandaient, à une puissance étrangère.
En s'appuyant sur des enquêtes qualitatives, doublées d'une lecture attentive du contenu des médias, l'auteur en arrive à dégager les traits les plus pertinents de la représentation de l'Autre, tel qu'il est perçu à travers le prisme des préjugés et des a priori de la société dominante. Il montre que le beur n'est pas perçu seulement sous le rapport d'inadaptabilité présumée aux normes et aux valeurs communes, mais aussi sous le rapport d'une présence illégitime sur le sol national. La phrase : "ils sont de trop" renferme l'exact adverbe de quantité par lequel l'imaginaire collectif désigne cette présence aussi envahissante d'injustifiée.
Poussant l'analyse plus loin, l'auteur nous fait découvrir par une relecture rétrospective de la presse des deux décennies écoulées des connections non évidentes à première vue d'une part, les parrains du SOS-Racisme en la personne de certains intellectuels et "philosophes de la télévision" et les beurs, d'autre part. Ainsi en est-il de Bernard-Henri Lévy, de Marek Halter, de Alain Finkielkraut, de Pierre Berger, d'Elie Wiezel, etc..., qui n'avaient alors de cesse de courtiser en manifestant de feindre sympathies envers les "victimes du racisme" que seraient les beurs et dont ils se posaient alors en défenseurs désintéressés. Posture derrière laquelle se dissimulait la volonté d'utiliser les slogans anti-racistes comme d'un alibi... et afin que les "beurs" n'importent pas le conflit israélo-palestinien sur "le bord de la scène"...
Ahmed Rouadjia est docteur en histoire et professeur associé à l'Université de Constantine et à l'Ecole  Normale Supérieure de cette ville. Il est également directeur d'un programme franco-algérien de coopération inter universitaire.
                                               
2. L'Etat voyou de William Blum
aux éditions Parangon
[364 pages - 18 euros - ISBN : 2841900754]
"Si j'étais président, j'arrêterais en quelques jours les attaques terroristes contre les États-Unis. Définitivement. D'abord, je présenterais mes excuses à toutes les veuves, aux orphelins, aux personnes torturées, à celles tombées dans la misère, aux millions d'autres victimes de l'impérialisme américain. Ensuite, j'annoncerais aux quatre coins du monde que les interventions américaines dans le monde sont définitivement terminées, et j'informerais Israël qu'il n'est plus le 51e État des États-Unis mais dorénavant - chose curieuse à dire - un pays étranger. Et puis, je réduirais le budget militaire d'au moins 90 %, utilisant le surplus à payer des réparations aux victimes. Ce serait plus que suffisant. Le budget militaire d'une année, soit 330 milliards de dollars, équivaut à plus de 18 000 dollars de l'heure depuis la naissance de Jésus-Christ. Voilà ce que je ferais les trois premiers jours. Le quatrième jour, je serais assassiné."
William Blum, ancien fonctionnaire du département d'État américain, Blum nous rappelle que, s'il n'y a pas de justification au 11 septembre, il y a certainement des raisons. L'État voyou démontre comment, sous couvert de liberté, de démocratie et de droits de l'homme, les États-Unis commettent des actes criminels barbares, et agissent de la façon la plus belliqueuse qui soit.
                                                 
Réseau

                                           
1. APPEL - Pour la défense du pluralisme et de la liberté d'expression, Al Jazeera ne doit pas être interdite en Irak ni nulle part ailleurs dans le monde
C'est avec une grande émotion que nous avons appris la fermeture du bureau en Irak de la station de télévision "Al Jazeera" à la suite de la décision prise par les pouvoirs mis en place à Bagdad par les autorités d'occupation US et leurs alliés. La guerre en Irak a causé une énorme émotion dans le monde et a vu des millions de personnes descendre dans la rue pour essayer de l'empêcher. Malgré les tentatives faites par les représentants officiels des USA de cacher les exactions commises par les troupes d'occupation et le développement rapide et impétueux d'une résistance nationale irakienne, diversifiée et pluraliste, l'opinion mondiale a pu suivre les événements d'Irak grâce à quelques journalistes et à quelques médias pour qui le pluralisme et la liberté de l'information ne sont pas des vains mots. C'est en particulier le cas d' "Al Jazeera". Doit-on par ailleurs rappeler que les États-Unis, la Grande-Bretagne et les autres pays européens ayant participé à l'attaque, l'occupation et la mise en place d'une administration locale en Irak sont signataires du traité d'Helsinki garantissant le respect de la liberté d'_expression et le pluralisme ?
L'interdiction d' "Al Jazeera" en Irak, et la menace pesant sur d'autres médias arabes et iraniens de se voir eux-aussi interdire l'accès au territoire de ce pays soulève notre indignation. En tant que citoyens de différents pays et de différentes opinions, nous tenons à protester contre les mesures qui visent en Irak "Al Jazeera", dont les services télévisuels et électronique en arabe et en anglais nous permettent d'avoir une vision équilibrée de la situation régnant en Irak et dans les pays voisins. Nous sommes d'autant plus inquiets que cette mesure qui frappe la liberté d'information dans un pays où se joue aujourd'hui pour une large part le destin du siècle à venir, coïncide avec des campagnes visant à empêcher la couverture de la réception satellitaire d' "Al Jazeera" et d'autres médias dans différents pays signataires du traité d'Helsinki.  
Si toutes ces mesures se révélaient durables, de nombreux citoyens des pays concernés et du reste du monde pourraient en arriver à se demander si certains États occidentaux, en particulier les États-Unis et la Grande Bretagne, n'ont pas considérés le traité d'Helsinki comme un chiffon de papier n'ayant eu d'autre but que de servir d'argument de propagande contre l'Union soviétique et ses alliés aujourd'hui disparus et devenu dès lors "inutile". Si tel était le cas, la légitimité des pouvoirs et des institutions de ces pays serait grandement atteinte, avec toutes les conséquences dangereuses que cela comporte pour le maintien et le développement de la démocratie et de la souveraineté populaire.
Nous demandons donc instamment aux autorités contrôlant l'Irak et à leurs protecteurs de renoncer à prendre toute mesure de restriction visant la station de télévision "Al Jazeera" ainsi que, à l'avenir, tout autre média et nous demandons également qu'elles ne prennent aucune mesure de restriction ou d'interdiction d'accès public à leurs émissions.
- Premiers signataires :
Jaime Ballesteros
, Président de l'Organisation de solidarité avec les peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine (OSPAAAL), Espagne
Bruno Drweski, universitaire, France
Toufik Helali, journaliste, Shabakat Voltaire, Algérie
Thierry Meyssan, journaliste, Président du Réseau Voltaire, France
Gilles Munier, Secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes, France.
Pierre-Alexandre Orsoni, Président de la Maison d'Orient, rédacteur en chef du Point d'information Palestine, France
Jean-Pierre Page, syndicaliste international, France
Jean-Claude Ramos, Réseau Voltaire, France
[Envoyez vos signatures à : contact@shabakatvoltaire.net avec mention dans objet : "Pétition Al Jazeera"]
                               
2. A cours de juifs, Israël veut importer des Indiens par The American Muslims for Jerusalem (16 août 2004)
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
Washington - D’après diverses sources d’information, Israël pourrait « adopter » 6 000 Indiens qui revendiquent une ascendance juive parce qu’un de leurs chefs de tribu a un jour vu en songe que son peuple « retournerait » en Israël.
Le rabbin Eliahu Birnbaum, juge à la cour rabbinique et membre d’une délégation envoyée en Inde la semaine passée, afin d’investiguer sur les assertions de cette tribu, a déclaré : « Nous savons qu’il s’agit de descendants du peuple juif, et nous voulons que l’Etat d’Israël les aide à venir s’installer ici (en Israël) ».
Les dirigeants politiques et religieux d’Israël ne se lassent apparemment jamais d’exprimer l’idée raciste selon laquelle le taux de natalité assez élevé chez les autochtones palestiniens représenterait une menace pour le « caractère juif » de l’Etat d’Israël. Apparemment, la solution miracle imaginée par Israël consiste essentiellement à importer des populations, quitte à recourir à des imposteurs.
Le même rabbin Birnbaum était allé, en 2002, dans les Andes péruviennes afin de convertir quatre-vingt dix villageois péruviens au judaïsme. Le rabbin n’avait mis à leur conversion qu’une seule condition : qu’ils s’engagent tous à immigrer en Israël. A leur arrivée, les quatre-vingt dix villageois péruviens furent placés dans un autobus et convoyés vers la colonie (illégale) d’Alon Shvut, en Cisjordanie.
Entre 1948 et 1967, Israël a chassé un million deux cent mille Palestiniens de leurs foyers et de leurs villages. Ces réfugiés palestiniens ne sont pas autorisés à retourner chez eux, pour la simple et mauvaise raison qu’ils ne sont pas juifs. Pendant ce temps-là, des rabbins tel Birnbaum parcourent le monde entier, à la recherche de gens proclamant un rapport quelconque à on ne sait trop quelle « ethnie juive ». L’enjeu, c’est la nationalité israélienne automatique, dès leur arrivée en Israël, des terres fraîchement volées aux Palestiniens, une maison dans les colonies à moitié vides de Cisjordanie et le service militaire obligatoire dans une armée qui pérennise l’occupation militaire des territoires palestiniens.
La reconnaissance des allégations de cette tribu indienne, appelée les « Bnei Menashe », est suspendue à la décision du rabbinat en chef d’Israël.
Les Bnei Menashe étaient originellement des animistes. Ils furent convertis au christianisme par des missionnaires britanniques.
Toutefois, un chef tribal a eu un jour un rêve, dans lequel son peuple « retournait » en Israël. Après ce rêve de leur chef, les membres de la tribu adoptèrent les traditions juives.
Cela se passait… en 1953 (ère chrétienne) !
[American Muslims for Jerusalem - 280 G Street N.E. #200 - Washington, DC 20002 - Tel: (202) 548-4200 - Fax: (202) 548-4201 - Email: amj@amjerusalem.org - Site: www.amjerusalem.org]
                   
3. Israël et Territoire occupés : Des familles séparées par une politique discriminatoire par Françoise Guillitte - Amnesty International (15 juillet 2004)
Une loi israélienne, qui doit être réexaminée à la fin de ce mois, prive des milliers de Palestiniens de leur droit fondamental de vivre en famille. La Loi relative à la citoyenneté et à l’entrée en Israël empêche en effet les Israéliens mariés à des Palestiniens des Territoires occupés de vivre en Israël avec leur conjoint.
Dans son rapport "Des familles séparées par une politique discriminatoire", Amnesty International appelle Israël à abroger la loi sur le regroupement familial qui est discriminatoire à l’égard des Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza, ainsi que des Arabes israéliens et des résidents de Jérusalem avec lesquels ils sont mariés.
« Alors que nous sommes mariés depuis quatorze ans, mon mari et père de mes enfants n’a pas le droit de dormir dans notre maison, il n’a pas le droit d’embrasser ses filles avant qu’elles ne s’endorment, il n’a pas le droit d’être à côté d’elles si elles sont malades la nuit [...] Quelle est la logique qui contraint des familles à subir cet enfer tous les jours, année après année ? », Terry Bullata, trente-huit ans, directrice d’école à Jérusalem
Une loi israélienne, qui doit être réexaminée à la fin de ce mois, prive des milliers de Palestiniens de leur droit fondamental de vivre en famille.
La Loi relative à la citoyenneté et à l’entrée en Israël empêche les Israéliens mariés à des Palestiniens des Territoires occupés de vivre en Israël avec leur conjoint.
Dans un rapport publié ce 13 juillet sous le titre "Des familles séparées par une politique discriminatoire", Amnesty International appelle Israël à abroger la loi sur le regroupement familial qui est discriminatoire à l’égard des Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza ainsi que des Arabes israéliens et des résidents de Jérusalem avec lesquels ils sont mariés.
« La Loi relative à la citoyenneté et à l’entrée en Israël institutionnalise une discrimination raciale contraire au droit international humanitaire et relatif aux droits humains. Les conjoints de milliers d’Arabes israéliens et de résidents de Jérusalem privés du droit au regroupement familial n’ont d’autre possibilité que de vivre illégalement avec leur famille, dans la crainte permanente d’être expulsés, ou de quitter le pays avec toute leur famille », a déclaré l’organisation.
« Au ministère de l’Intérieur, on m’a dit de divorcer ou de m’installer en Cisjordanie. J’aime mon mari et il m’aime, nous ne voulons pas divorcer, et je ne veux pas que mes enfants vivent en Cisjordanie dans un climat de guerre et d’insécurité. », Salwa Abu Jaber, vingt-neuf ans, employée d’école maternelle à Umm al Ghanam dans le nord d’Israël
Les procédures de regroupement familial pour les Palestiniens des Territoires occupés mariés à des citoyens ou résidents de pays tiers sont également suspendues par l’armée israélienne depuis la fin de 2000.
Le gouvernement israélien justifie l’interdiction du regroupement familial en invoquant des raisons de « sécurité » et il fait valoir que la loi vise à réduire la menace potentielle d’attaques menées par des Palestiniens en Israël. Toutefois, des ministres et responsables israéliens présentent régulièrement les Arabes israéliens comme une « menace démographique » et une menace pour le caractère juif de l’État. Ceci laisse à penser que la loi s’inscrit dans le cadre d’une politique menée de longue date et visant à réduire le nombre de Palestiniens autorisés à vivre en Israël et à Jérusalem-Est.
Amnesty International appelle les autorités israéliennes à :
- abroger la Loi relative à la citoyenneté et à l’entrée en Israël ;
- reprendre l’examen des demandes de regroupement familial conformément au principe de non-discrimination ;
- traiter les milliers de demandes en attente et réexaminer celles qui ont été rejetées avant la suspension de la procédure ;
- fournir des informations détaillées aux personnes dont la demande a été rejetée afin qu’elles puissent contester la décision.
[Le rapport "Torn Apart : Families split by discriminatory policies" est actuellement disponible en anglais : http://web.amnesty.org/library/index/engmde150632004]
                                       
4. "Et si vous le voulez, ce ne sera pas un rêve !"
Extrait de "Israël et le refus arabe" de Maxime Rodinson aux éditions du Seuil (1968 - pp 224/226)

[…] Il me paraît certain que la supériorité économique, technique et militaire du monde occidental, tout particulièrement des Etats-Unis, engendre des tendances à préserver et à exploiter cette hégémonie par tous les moyens. On peut donc parler d’un système économique impérialiste d’exploitation fonctionnant surtout au bénéfice des Etats-Unis et d’un impérialisme politique américain qui en découle selon un processus complexe qui n’a rien d’automatique. Un impérialisme politique des pays socialistes développés est d’ailleurs possible lui aussi, mais réalisé seulement sur une petite échelle par suite de la conjoncture internationale. En tout cas il ne pourrait être que contrôlé par l’Etat alors que, dans l’Ouest, des puissances économiques insoucieuses d’autre chose que de leur propre profit immédiat contribuent beaucoup (pour le moins) à le déchaîner. Ceci admis, on ne peut adhérer à la représentation vulgaire et pseudo-marxiste de ces tendances.
L’ennemi impérialiste et capitaliste des aspirations des peuples vers la liberté et l’égalité est représenté comme une sorte de monstre à tête et cerveau uniques avec de multiples tentacules obéissant sans hésitation aux ordres qui en émanent. Ce cerveau est situé quelque part entre le Pentagone et Wall Street et aucun des tentacules n’a la moindre volonté propre. Israël serait l’un d’eux et serait chargé de mater la révolution prolétarienne et antiimpérialiste dans les pays arabes. Ce grossier schéma mythologique et pseudo-marxiste est évidemment faux.
Israël, avec toutes les entraves que représente sa dépendance, a sa volonté propre et ses buts propres. Il n’obéit pas automatiquement à toutes les injonctions des Etats-Unis non plus que de ce monstre indéfinissable que ce marxisme ultra-shématique appelle « l’impérialisme ». Il s’intéresse d’abord à sa survie que certains seulement de ses hommes politiques veulent assurer par l’expansion. La révolution dans les pays arabes ne l’inquiète pas en tant que telle si elle n’est pas de nature  à mettre en danger sa survie. Il ne se fait gendarme de la réaction que dans des circonstances données, s’il y trouve son propre intérêt. Par ailleurs, les nations n’ont pas d’essence perdurable et éternelle. Elles ont une existence en processus de modification constante. Des facteurs puissants, ai-je dit, poussent Israël vers le rôle qu’il a joué jusqu’ici. Mais d’autres facteurs peuvent pousser en sens contraire. Un autre Israël n’est pas inconcevable. Si la menace extérieure cessait de façon durable, le processus que l’on a vu à l’œuvre ci-dessus pendant les périodes de répit pourrait se poursuivre avec beaucoup plus de force. Les partis réactionnaires et expansionnistes perdraient beaucoup de leurs atouts. La lutte sociale interne pourrait se dérouler sur des bases plus saines. Les partis de gauche, n’étant plus soupçonnés d’affaiblir la forteresse assiégée, auraient plus de chances dans la lutte politique. Le déclin de l’antisémitisme en Europe et en Amérique aidant, l’immigration juive en Israël pourrait être ramenée à des proportions modestes. L’émigration juive à partir d’Israël reprendrait. Il y aurait ainsi par la force des choses une évolution vers la désionisation.
On aurait dès lors affaire à un Etat levantin comme un autre et non plus à une tête de pont de l’Occident, poussée par sa situation à recueillir l’hostilité générale du monde arabe, à rechercher l’appui impérialiste, à être tenté de façon permanente par l’agression préventive. Son idéologie tendrait à s’adapter peu à peu aux nouvelles conditions.
Les privilèges accordés aux juifs en tant que tels tendraient à disparaître. Les lois à relent raciste et clérical entreraient en désuétude et finiraient par être abolies. Une grande partie des réfugiés pourrait revenir et être autre chose qu’une cinquième colonne. On aboutirait à un Etat bi-national (avec garanties prévues pour chacune des ethnies le constituant) comme celui dont rêvaient les esprits les plus libres et les plus avancés dans la Palestine mandataire.
Un tel Etat serait accueilli sans difficultés par le Moyen-Orient et pourrait entrer en relations harmonieuses avec les pays arabes voisins auxquels il pourrait fournir quelque assistance technique. C’était là le rêve du roi Fayçal et aussi d’un certain nombre de juifs courageux du Yishouv palestinien. On est tenté de le préféré au rêve orgueilleux de Herz et de Ben Gourion. Et de crier aux hommes concernés, Israéliens et Arabes, comme le journaliste viennois, mais à meilleur escient : « Et si vous le voulez, ce ne sera pas un rêve ! »
Ces perspectives optimistes ont-elles beaucoup de chances de se réaliser, fût-ce à longue échéance ? Nous en sommes loin, hélas !
Pour le moment, Israël est Israël. On ne peut espérer le voir changer dans le sens qu’on a dit s’il n’est pas accepté par les Arabes. Les Arabes peuvent-ils l’accepter ?
                           
Revue de presse

                             
1. Arafat reconnaît des erreurs et promet des changements par Mohamed Assadi
Dépêche de l'agence Reuters du jeudi 19 aout 2004, 7h19

RAMALLAH, Cisjordanie - Yasser Arafat a reconnu mercredi avoir pu commettre des erreurs, pour la première fois depuis le début des troubles qui ont éclaté en juillet contre la corruption régnant au sein de l'Autorité palestinienne qu'il préside.
Il n'est pas coutumier de la part du leader historique de la révolution palestinienne d'admettre ses erreurs, aussi son mea culpa devant le Conseil législatif palestinien réuni à Ramallah peut-il être considéré comme à marquer d'une pierre blanche.
"Personne n'est à l'abri d'erreurs, ni moi ni les gens sous mon autorité. Même les prophètes commettent des erreurs", a-t-il reconnu dans sa première allocution adressée aux députés palestiniens depuis le début des troubles interpalestiniens.
Des Palestiniens armés réclamant une réforme des services de sécurité et le limogeage des responsables corrompus se sont livrés depuis le mois de juillet à des enlèvements, des incendies et des affrontements avec la police autonome, mais jamais Arafat lui-même n'a été mis en cause.
"Il y a eu de mauvaises actions, de la part de certaines institutions, et certains irresponsables ont abusé de leurs fonctions. Il nous faut corriger toutes ces erreurs et procéder à des réformes", a reconnu le vieux raïs palestinien, sans rentrer dans les détails.
Le ministre et négociateur Saëb Erekat, l'un des Palestiniens les plus connus à l'étranger, a exprimé l'espoir que les promesses du president Arafat seraient rapidement concrétisées: "C'est la chose la plus importante que le peuple palestinien souhaite. Il veut des réformes, de la transparence et que les gens rendent des comptes."
Mais une rencontre avec des députés réformateurs, mercredi soir - la dernière d'une série de réunions consenties par Arafat pour contenter l'aile réformiste du parlement palestinien - n'a rien donné.
"La situation en Palestine ne peut attendre plus longtemps", a déclaré Djamal al Chathi, l'un des députés présents.
Les troubles interpalestiniens traduisent partiellement un antagonisme entre la "vieille garde" qui entoure Arafat et la nouvelle génération de dirigeants palestiniens qui avancent leurs pions en prévision du retrait annoncé d'Israël de la bande Gaza avant la fin de 2005.
Mais Arafat a imputé ces turbulences à Israël, lui reprochant d'avoir neutralisé les services de sécurité afin de créer le chaos dans les territoires palestiniens. "C'est l'occupation qui est responsable principalement de cette situation", a-t-il martelé.
                                       
2. Iran: Téhéran menace de défendre ses installations nucléaires
Dépêche de l'Agence France Presse du jeudi 19 aout 2004, 10h27

DOHA - Le ministre iranien de la Défense, Ali Chamkhani, a laissé planer la menace d'une offensive pour empêcher une attaque contre les installations nucléaires de son pays, affirmant mercredi à la chaîne Al-Jazira que "les frappes préventives ne sont pas un monopole américain".
"Nous ne resterons pas les bras croisés en attendant que les autres fassent de nous ce qu'ils veulent. Certains dirigeants militaires en Iran sont convaincus que les frappes préventives dont parlent les Américains ne sont pas un monopole américain", a déclaré le ministre, interrogé sur la possibilité d'une frappe préventive israélienne ou américaine sur les équipements nucléaires iraniens.
"La présence militaire américaine (au Moyen-Orient) ne sera pas un élément de supériorité à nos dépens, au contraire, car leurs forces deviendraient otages auprès de nous", a ajouté M. Chamkhani, dont les propos en persan étaient traduits en arabe par un interprète.
Il faisait ainsi allusion à la présence de dizaines de milliers de soldats américains en Irak et en Afghanistan, deux pays voisins de l'Iran. "En tous cas, nous traiterons toute frappe contre nos installations nucléaires comme une frappe contre l'Iran tout entier, et nous y répondrons avec toute notre force", a-t-il affirmé. "Les Américains ne sont pas la seule force présente dans la région, car nous sommes aussi présents, de Khost à Kandahar en Afghanistan et nous sommes également capables d'être présents en Irak", a averti M. Chamkhani.
"Quant à Israël, nous n'avons aucun doute sur le fait qu'il s'agit d'une entité maléfique, ni qu'il est incapable de mener une opération militaire sans un feu vert américain et que l'on ne peut les séparer" l'un de l'autre, a encore dit M. Chamkhani.
Devant la suspicion persistante sur la nature purement civile du programme nucléaire iranien et la détermination affichée par Téhéran à mener à bien ce programme, les conjectures vont bon train sur une attaque préventive israélienne, sur le modèle de celle conduite le 7 juin 1981 par des chasseurs bombardiers sur les installations nucléaires irakiennes d'Osirak.
L'Agence internationale de l'énergie atomique, organisme de l'Onu qui enquête depuis plus d'un an en Iran sur les activités nucléaires de la République islamique, a pointé du doigt depuis 2003 les dissimulations et les insuffisances de la coopération iranienne. L'AIEA rouvre le dossier en septembre. L'amiral Chamkhani a pour sa part estimé que l'application des menaces contre les installations nucléaires iraniennes "signifierait que notre collaboration avec l'agence a conduit à doter l'agresseur d'informations sur nos installations nucléaires".
Dans des propos publiés mercredi à Téhéran, un commandant des Gardiens de la Révolution, fer de lance du régime islamique, avait prévenu que l'Iran frapperait le réacteur nucléaire israélien de Dimona si l'Etat hébreu s'avisait de lancer une attaque contre la centrale iranienne de Bouchehr (sud-est).
                           
3. Détenus palestiniens en danger par Camille Bauer
in L'Humanité du mercredi 18 août 2004
En grève de la faim depuis dimanche 1 500 détenus palestiniens protestent contre leurs conditions d’incarcérations.
La grève de la faim entamée dimanche par 1 500 prisonniers palestiniens pour protester contre leurs conditions d’incarcération pourrait s’étendre aujourd’hui alors que l’Autorité palestinienne a décrété une " journée de jeûne et de solidarité ". Les détenus réclament la suppression des vitres de séparation durant les visites, l’installation de téléphones publics dans les prisons, la fin des fouilles corporelles " humiliantes " et des punitions en cellules spéciales très étroites. Ils veulent surtout, que les autorités israéliennes délivrent des autorisations de visite à leurs familles, un droit qui, selon le Comité international de la Croix-Rouge, leur est souvent refusé.
Quatre mille des 7 500 Palestiniens détenus dans les prisons israéliennes le sont officiellement pour des raisons de sécurité. Certains au terme d’une procédure administrative, qui permet de les incarcérer sans qu’il soit nécessaire d’avoir des charges contre eux. Leurs conditions d’incarcération sont régulièrement dénoncées par les organisations de défense des droits de l’homme qui évoquent également les mauvais traitements et la pratique courante de la torture (1).
" En ce qui me concerne, ils peuvent faire la grève un jour, un mois, jusqu’à ce que mort s’ensuive, ce sera comme s’il ne s’était jamais rien passé ", a déclaré lundi, le ministre israélien de la Sécurité. Invoquant le danger que représenterait ces détenus, il a affirmé que le gouvernement n’était " pas prêt au moindre compromis avec eux ". L’administration pénitencier a immédiatement réagi en supprimant les visites et en interdisant journaux, cigarettes et appareils électriques. Le sel mit de côté pour éviter la déshydratation a également été confisqué. Selon la presse israélienne, l’administration compte aussi sur l’odeur des barbecues qu’elle a installés dans les cours des prisons pour affaiblir la détermination des grévistes. " Il ne s’agit pas d’une politique officielle ", s’est défendu le porte-parole de la pénitentiaire tout en reconnaissant que la méthode pouvait être utilisée " par des gardiens ".
La solidarité avec les grévistes s’organise. Lundi, 3 000 personnes ont manifesté à Gaza et remis à l’ONU une lettre demandant au secrétaire général de l’organisation de " faire pression " sur Israël pour mettre fin aux mauvais traitements dont sont victimes les prisonniers. À Ramallah, la population est venue apporter son soutien aux familles de détenus installés dans une tente. Une grève commerciale a été entamée à Hébron et selon le journal israélien Haaretz, une grève générale pourrait s’étendre à tous les territoires. Le même journal rapporte qu’une dizaine d’enfants ont déposé lundi une plainte devant la Haute court de justice pour être autorisés à avoir des contacts avec leurs parents durant les visites en prison. L’Autorité palestinienne a promis " d’en appeler à l’ONU pour que nos détenus soient considérés comme des prisonniers de guerre puisque nos territoires sont occupés ". La cause largement consensuelle des détenus palestiniens en Israël pourrait permettre à l’Autorité, qui vient de subir une fronde sans précédent dans ses rangs, de refaire son unité.
- (1) Fédération internationale des droits de l’homme : " Les prisonniers palestiniens en Israël : conditions inhumaines des détenus politiques ". (17 au 17 février 2 003), Betselem (Torture of Palestinian Minors at the Gush Etzion Police Station Case Study No. 12, July 2001).
                       
4. Entretien avec Khalil Al-Tafakji : "L'obsession démographique trace la politique d'Israël vis-à-vis des questions du statut final" propos recueillis par Mohamad Moustapha
in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 18 août 2004

Jérusalem, de notre correspondant - Eminent spécialiste de la politique de colonisation d'Israël, Khalil Al-Tafakji est le chef du département de cartographie à la « Maison de l'Orient » à Jérusalem-Est. Il explique les objectifs du dernier plan de colonisation israélienne à Jérusalem et ceux du retrait envisagé de la bande de Gaza. 
— Al-Ahram Hebdo : Quelle est la nature du nouveau plan israélien, annoncé le 5 août, de construire 600 nouveaux logements à Maalé Adoumim, la plus grande colonie de Cisjordanie (28 000 habitants) et de construire une nouvelle colonie, baptisée E1, reliant cette dernière à Jérusalem-Est ?
— Khalil Al-Tafakji : La construction de la colonie E1 a été annoncée en 1994, à l'époque de Yitzhaq Rabin. Elle a ensuite été approuvée en 1997 et actuellement son infrastructure est lancée. Elle s'étendra sur 1 500 hectares de terrain avec 4 000 logements et 3 hôtels. Sa construction empêchera toute expansion vers l'Est (la Cisjordanie) de la partie orientale, arabe, de Jérusalem, même si la ville devient la capitale de l'Etat palestinien. En d'autres termes, les villages palestiniens qui se trouveront à l'ouest de la colonie seront coincés entre la colonie E1 et celles établies à l'intérieur de Jérusalem élargie.
Quant au bloc de colonies de Maalé Adoumim, il est en cours d'élargissement conformément au plan de séparation d'avec les Palestiniens du premier ministre Ariel Sharon. L'objectif est d'annexer ce bloc qui se compose de 10 colonies et qui représente, avec deux autres blocs de colonies entourant le Grand Jérusalem, 10 % de la superficie de la Cisjordanie.
Le bloc de Maalé Adoumim — tel qu'il a été conçu — est censé séparer le nord de la Cisjordanie — Ramallah, Jénine et Naplouse — de son sud — Hébron, Bethléem et Beit Jala. Israël a relié Maalé Adoumim à Jérusalem-ouest par des tunnels construits en dessous de la montagne Al-Macharef. Actuellement, un tunnel est en cours de percement en Israël, sous le Mont des oliviers, pour servir cet objectif. Sans parler du mur raciste de séparation construit en Cisjordanie. L'objectif étant de regrouper toutes les concentrations démographiques arabes à Jérusalem derrière le mur et, par conséquent, s'assurer que les Palestiniens ne deviennent une majorité dans la Ville sainte.
— Quelles sont les colonies juives qui sont destinées à encercler Jérusalem-Est et la couper du reste de la Cisjordanie, pour couper court à toute tentative à l'avenir d'en faire la capitale d'un futur Etat palestinien ?
— Du côté Est, il y a le bloc de colonies de Maalé Adoumim. Un autre bloc de cinq colonies se trouve au nord-ouest et un troisième au sud-ouest. Toutes ces colonies font l'objet d'expansion afin d'imposer le fait accompli à Jérusalem. Depuis 1948 et jusqu'à la veille de la guerre de juin 1967, la superficie de Jérusalem était de 6,5 km2. A l'issue de l'occupation israélienne de Jérusalem en 1967, le 28 juin, Israël a élargi la superficie de Jérusalem-Est à 72 km2. Et depuis cette date, Israël a confisqué 24 km2 du territoire de Jérusalem-Est où il a bâti 15 colonies.
— Quel est l'impact du mur de séparation sur l'avenir de Jérusalem ?
— Le mur de séparation raciste que construit Israël à Jérusalem-Est a deux objectifs : le premier est d'ordre démographique et le second a trait à la mainmise d'Israël sur Jérusalem-Est. En 1973, la commission ministérielle israélienne pour les affaires de Jérusalem présidée par le premier ministre de l'époque, Golda Meir, a décidé que le nombre des habitants arabes de Jérusalem ne doit pas dépasser 22 % des habitants de Jérusalem-Est et ouest. Les dernières années, les Israéliens ont été surpris de constater que les habitants arabes de Jérusalem-Est ont atteint 250 000, donc environ 35 % de la totalité des habitants des deux secteurs de Jérusalem. Israël a considéré cette croissance démographique palestinienne comme une ligne rouge. Pour y faire face, il s'est trouvé devant deux options. La première consiste à élargir les frontières de Jérusalem et la seconde à expulser les habitants palestiniens en dehors de Jérusalem-Est. Israël a profité des événements du 11 septembre aux Etats-Unis, pour tenter de se débarrasser de 100 000 habitants palestiniens de Jérusalem-Est, en projetant de les expulser en dehors de la ligne de séparation qu'il construit actuellement. Mais Israël s'est rendu compte que ce mur assure une séparation entre les habitants palestiniens eux-mêmes à Jérusalem et non pas entre les Palestiniens et les colonies. Par conséquent, ce mur ne réalise pas l'objectif sécuritaire d'Israël, qui est de séparer les Palestiniens des Israéliens. Aujourd'hui, la politique israélienne tend à isoler les quartiers palestiniens en les sortant du mur et ce, afin de réduire la densité démographique arabe à Jérusalem-Est. Il existe actuellement des divergences au sein des milieux sécuritaires et politiques en Israël sur les moyens de se débarrasser des habitants palestiniens de Jérusalem.
— Qu'en est-il du plan israélien de mettre en place un « Grand Jérusalem » ?
— Il existe deux conceptions au sein d'Israël pour Jérusalem : la première y voit une « Jérusalem élargie », celle qui a été élargie depuis 1967 et dont la superficie est équivalente à 1,2 % de celle de la Cisjordanie, c'est-à-dire de Jérusalem-Est et ouest dont la superficie est de 326 km2. L'autre conception rêve d'une « Grande Jérusalem ». Pour la concrétiser sur le terrain, Israël planifie d'inclure les colonies se trouvant en dehors des limites de la municipalité de Jérusalem à l'intérieur de la ville. Le but étant de réaliser un objectif stratégique à long terme. Celui de situer géographiquement la Ville sainte au cœur de l'Etat hébreu.
— Où en est-il de la construction du mur de séparation en Cisjordanie ?
— La première étape de sa construction, d'une longueur de 116 km, est sur le point d'être achevée. Elle commence au village Zabouba, du nord-ouest de Jénine jusqu'à la région de Qalqilya. Ce mur garantit la domination d'Israël sur les nappes phréatiques, l'inclusion de 80 % des colons et 70 % des colonies derrière le mur, c'est-à-dire entre le mur et la ligne verte (celle de l'armistice de 1949, Ndlr) ainsi que la confiscation de terrains palestiniens. Il s'agit également de réaliser un objectif sécuritaire propre à l'aéroport de Lodd. La seconde étape est en cours d'exécution dans le sud de Bethléem.
— Existe-t-il une relation entre le tracé du mur et la crainte d'Israël du développement démographique palestinien ?
— C'est l'obsession démographique qui trace la politique d'Israël vis-à-vis des questions du statut final avec les Palestiniens. Les Israéliens croient que d'ici 2020, il y aura une majorité arabe entre le Jourdain et la Méditerranée et que le nombre des habitants arabes sera de 55 %, contre 45 % de juifs. C'est pour cette raison qu'Israël tente de se débarrasser des habitants arabes. Il prévoit ainsi de se débarrasser d'un million et demi de Palestiniens, habitants de la bande de Gaza, dans le cadre de son plan de retrait de ce territoire. Et ce, contre l'évacuation de 7 500 colons juifs résidant dans la bande de Gaza. En Cisjordanie, l'Etat hébreu prévoit de la transformer en cantons sous son contrôle et de maintenir sous sa domination les terrains non habités.
— Enfin, est-il possible d'établir, dans ces conditions, un Etat palestinien viable ?
— Il est possible d'instaurer un Etat palestinien si Israël en a la volonté politique nécessaire. Mais en réalité, Israël veut appliquer un plan visant à transformer la Cisjordanie en des cantons qui seront liés à la Jordanie. C'est le contenu du projet proposé par Ariel Sharon en 1983, qu'il a développé dans les années 90 et qu'il cherche à appliquer aujourd'hui. Un projet qui entrave la création d'un Etat palestinien avec des frontières et une identité géographique. Sharon répète toujours que l'Etat palestinien sera bâti sur la bande de Gaza et 42 % seulement de la superficie de la Cisjordanie, et qu'il sera encerclé par Israël de tous les côtés et soumis à son contrôle total.
                   
5. La société israélienne Odigo affirme que deux de ses employés ont (bien) été avertis des attentats du 11 septembre 2001 (à New York) par Yuval Dror
in Ha’Aretz (quotidien israélien) du mardi 17 août 2004
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

La société israélienne de messagerie électronique Odigo a fait savoir que deux de ses employés ont (bien, effectivement) reçu des messages, deux heures avant l’attentat contre les tours jumelles (Twin Towers) du World Trade Center de New York (le 11 septembre 2001), les avertissant que l’attaque allait avoir lieu. Odigo a ajouté qu’elle coopère, depuis lors, avec les services judiciaires israéliens et américains (notamment, le FBI – Federal Bureau of Investigation), afin de retrouver l’émetteur premier du message avertissant de l’attaque.
Micha Macover, PDG de la compagnie, a indiqué que les deux employés avaient reçu ces messages et avaient informé la direction de l’entreprise, immédiatement après l’attentat. La direction avait alors immédiatement pris contact avec les services israéliens de sécurité, lesquels avaient immédiatement mis le FBI au courant.
 « Je n’ai aucune idée de la raison pour laquelle ce message a été envoyé à nos deux employés, qui n’en connaissent pas du tout l’expéditeur. Il pourrait s’agir de quelqu’un qui plaisantait simplement, et dont la plaisanterie se serait avérée prémonitoire par un pur effet du hasard.  Je ne sais d’ailleurs pas si notre information a joué un rôle éventuel dans l’une quelconque des arrestations opérées par le FBI », a déclaré M. Macover.
Odigo, compagnie (israélienne) sise aux Etats-Unis, a son siège à New York et ses bureaux à Herzliya (Israël).
Les utilisateurs de la messagerie Odigo ne sont pas limités dans l’expédition de leurs messages à la seule liste de leurs « copains » [contacts], comme c’est le cas pour les clients d’ICQ, l’autre serveur bien connu de messagerie instantanée (elle aussi) israélienne.
Généralement, Odigo protège jalousement la confidentialité de ses utilisateurs dûment catalogués, a indiqué M. Macover, mais, dans le cas d’espèce, la compagnie a pris l’initiative de fournir aux services judiciaires l’adresse Internet initiale (de l’émetteur) du message, afin que le FBI puisse retrouver le fournisseur d’accès Internet utilisé par l’émetteur effectif du message original, et donc l’identité de cet expéditeur.
                                
6. Faut-il former des policiers irakiens ? par le Général (CR) Maurice Cannet
in AFI-Flash N°35 du mardi 17 août 2004

[AFI-Flash est une publication des Amitiés Franco-Irakiennes - Contact Gilles Munier : gilmun@club-internet.fr - Fax : 02 23 20 96 58 - Site : http://iraqtual.com]
L’analogie entre la France sous l’occupation et l’Irak d’aujourd’hui n’inspire pas les commentateurs politiques. Il y a pourtant des enseignements à en tirer.
En France, les mouvements de résistance sont nés à partir d’origines multiples. Venus de l’extrême- droite, de l’armée d’armistice, de défenseurs de la 3ème République, de patriotes sans attache politique, du parti communiste, de groupes anarchiques, tous ces mouvements apparemment inconciliables ont accepté la tutelle du M.U.R, les « Mouvements Unis de Résistance ». Les différents groupes ont subordonné leurs visées politiques au seul objectif du départ de l’armée d’occupation, et se sont prêté main-forte au cours des combats contre celle-ci.
Face à cette résistance unifiée, les autorités allemandes, à partir de 1943, décidèrent de mettre en place à Paris un gouvernement qui leur soit totalement soumis. Par leur contrôle des moyens de communication locaux, journaux et radios, et par la capacité qu’elles avaient de pouvoir offrir des salaires aux nombreux chômeurs de l’époque, elles parvinrent à constituer des organisations ou des partis combattant la résistance à leurs côtés, partis dirigés par des leaders plus ou moins charismatiques, tels Laval, Doriot, ou Darnand.
L’Irak se trouve aujourd’hui dans une situation comparable. Du côté de la Résistance, des groupes d’anciens militaires, les mouvements baassistes, nationalistes arabes, islamistes d’obédience sunnite ou d’obédience chiite, coordonnent leurs actions dans l’UNCIR, le « Conseil Unifié de la Résistance Irakienne ».
Face à cette résistance unie dans son combat pour la libération de leur pays, les Américains ont créé un « Gouvernement irakien », organisé autour de gens dont ils jugent l’engagement à leurs côtés total et irréversible. Ce gouvernement est capable, dans la pratique journalière, de contrôler les médias, et, surtout, de fournir des emplois salariés à des hommes focalisés sur la recherche d’un travail. Il semble avoir, pour l’instant, plus d’audience auprès de correspondants étrangers n’ayant pas le choix de leurs interlocuteurs, et auprès de cercles restreints de la capitale, que sur toute l’étendue du pays.
L’analogie entre les situations de la France de 43/44 et celle de l’Irak d’aujourd’hui ne masque pas les différences.
La résistance française bénéficiait de l’aide d’une coalition militaire puissante, définitivement hostile à l’Allemagne hitlérienne. Elle possédait un chef, de Gaulle, qui avait écarté ses rivaux potentiels.
La résistance irakienne, elle, n’a pour l’instant comme appui extérieur qu’une mouvance islamique informelle, aussi condamnable par les méthodes qu’elle utilise qu’inépuisable dans sa capacité à recruter des candidats aux attaques-suicides. Capacité entretenue sans relâche par le comportement des gouvernements américain et israélien. Si cette résistance ne bénéficie pas d’un leader unique, elle n’a en face d’elle, contrairement à la résistance française, que de pâles dirigeants, discrédités par leur passé, et recrutés par la CIA sur d’obscurs critères, tels Ahmed Chalabi ou Iyad Allaoui.
Cette suite de constats à propos de l’analogie et des différences entre les situations de la France et celle de l’Irak, à soixante ans de distance, n’aurait guère d’intérêt par elle-même si elle ne permettait pas de mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui en Irak, et si elle n’éclairait pas les choix à faire à ce sujet.
Nous mettions, au maquis, la priorité absolue sur la chasse aux indicateurs de l’Abwehr, aux miliciens, et aux militants de partis engagés avec les Allemands. Si nous ne faisions pas de cadeaux aux militaires allemands que nous capturions, car nos camarades pris par l’ennemi étaient pratiquement toujours fusillés, nous étions encore plus intraitables avec les Français engagés dans la collaboration. L’impitoyable répression de la période de la Libération, bien que trop souvent menée par des résistants de la dernière heure, n’a pu avoir lieu que parce que la totalité du peuple  français vomissait ceux qui s’étaient mis au service de l’ennemi. Soixante ans plus tard, la haine que nous éprouvions pour eux, sans distinction entre ceux qui collaboraient pour de l’argent et ceux qui se réclamaient d’un idéal, nous paraît être un sentiment de vengeance primitif. Mais il faut comprendre que cette volonté de vengeance était la conséquence inévitable d’années d’humiliation provoquées par l’insupportable occupation militaire de notre pays. Tous ceux qui aidaient cette occupation étaient des traîtres et méritaient la mort. L’état d’esprit des Irakiens ne peut être différent. La maladresse et l’arrogance du contrôle des populations par les militaires américains, l’ambiance de pillage économique du pays, son démembrement avec l’indépendance pratique des provinces kurdes, la dimension des pertes humaines qui affecte chaque famille, ont créé l’irréversible. Pour ceux qui espèrent une implantation démocratique sous direction américaine en Irak, il est inutile de se leurrer. Comme le peuple français en 1944, le peuple irakien est définitivement hostile aux forces d’occupation et ne pardonnera pas à ceux des siens qui s’en accommodent.
Cette connaissance pratique des réactions populaires face à une occupation militaire imposée par la force, connaissance que nous avons cruellement acquise, permet à notre pays de mieux comprendre ce qui se passe en Irak. Et donc de ne pas se fourvoyer dans des relations avec les éléments collaborationnistes, inéluctablement condamnés dès que le peuple pourra se prononcer.
C’est pourquoi nous devons refuser de nous laisser manipuler par la dernière manœuvre tentée par le Président Bush. Cette manœuvre vise à amener la France à former des policiers irakiens, ce qui la compromettrait définitivement vis à vis des résistants du pays.
Pour préserver l’avenir de nos relations avec le nouvel Irak, il nous revient, soit de refuser toute participation à la guerre contre la résistance, ce qui serait le cas si nous formions les policiers chargés de la combattre, soit d’assortir notre acceptation de l’exigence d’un aval préalable par un gouvernement irakien librement élu. Une telle condition ne répond pas à l’objectif des Américains qui cherchent au contraire, par tous les moyens, à nous faire entériner l’existence d’un gouvernement qui n’a aucune chance de survivre en cas d’élections libres.
Une fois de plus, une formule du Général de Gaulle, « n’insultons pas l’avenir », s’applique au choix que doivent faire nos dirigeants. (6 juillet 2004)
                           
7. Qui protègera la mosquée Al-’Aqçâ, ainsi que les autres lieux saints musulmans et chrétiens ? par Umar Hilmi al-Ghûl
in Al-Quds Al-Arabi (quotidien arabe publié à Londres) du lundi 16 août 2004
[traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]

(Umar Hilmi al-Ghûl est un écrivain palestinien.)
Le ministre israélien de l’intérieur et de la sécurité, Tsahi Ha-Negbi, a mis en garde contre le danger que la mosquée Al-’Aqçâ ne soit détruite par un attentat à l’explosif par des groupes juifs d’extrême droite. C’est ce qu’il a indiqué au cours d’une interview accordée à la troisième chaîne de télévision israélienne, au cours de l’émission « Rencontre avec la presse » : « Nous avons le sentiment que le niveau de menace pesant sur le Harâm al-Qudsiyy [ou Harâm al-Sharîf  = Esplanade des mosquées, à Jérusalem, ndt], en l’occurrence une opération terroriste perpétrée par des extrémistes, s’est accru au cours des derniers mois et encore plus des dernières semaines, comme jamais par le passé. L’objectif, le cas échéant, étant de modifier le cours de la politique (israélienne) actuelle. »
Le ministre israélien a ajouté : « Le danger existe que d’aucuns tentent d’utiliser le lieu le plus sensible et le plus sacré pour les musulmans afin d’opérer une opération hostile ou de porter atteinte au lieu (saint) lui-même - la cible potentiellement visée étant tant la mosquée que les fidèles eux-mêmes, dans l’espoir que cette agression déclenche une série d’événements et de réactions sur le plan mondial, créant une guerre totale susceptible de condamner le processus politique (allusion au plan de séparation). Nous avons des informations qui confirment nos craintes, à savoir qu’il existe véritablement des intentions susceptibles de passer à la phase opérationnelle. Il ne s’agit pas de simples idées en l’air. »
De même, le vice-ministre de la sécurité, Gidéon Ezra, a indiqué que « la menace dont la mosquée Al-’Aqçâ est l’objet est très élevée. Le colon Noam Federman, qui est un dirigeant de l’extrême droite israélienne, a confirmé les propos du ministre et du vice-ministre. Il a notamment déclaré au quotidien Yediot Aharonot (version électronique) : « La survenue d’un événement tel celui-ci ne sera pas faite pour nous surprendre, dans le contexte des efforts déployés par le gouvernement israélien pour mettre en pratique une politique consistant à chasser collectivement des colonies les juifs ». Il voulait sans doute parler du projet de retrait unilatéral de la bande de Gaza et du nord de la Cisjordanie proposé par le Premier ministre israélien Sharon.
Au cours d’une autre interview, le colon Federman a déclaré à la deuxième chaîne de la radio israélienne : « Les mosquées situées sur le « Mont du Temple » (il visait par là la mosquée Al-’Aqçâ) sont des mosquées qui ont été construites sur ce qui était initialement un site juif. Elles appartiennent aux Israéliens, et il faut les faire sauter. Le plus tôt sera le mieux. » Il a ajouté : « L’idée de réaliser une « opération » sur le Harâm al-Qudsiyy n’est pas nouvelle. Des projets analogues ont été déjoués par le passé, les membres d’une organisation terroriste juive ayant été arrêtés. »
Puis les déclarations israéliennes se sont succédées, mettant en garde contre les conséquences des menaces de l’extrême droite juive contre la mosquée Al-’Aqçâ, qui mettraient, si elles étaient exécutées, gravement en danger l’existence même de l’Etat d’Israël, a indiqué le maire de Mabsiret Tzion, et ancien chef du service de sûreté intérieure israélien, le Shabak, Karmi Jilon. Puis il y eu celle du député à la Knesset Yossi Sarid, du parti Yahad, lequel a insisté sur la nécessité d’interdire l’entrée du Harâm al-Qudsiyy al-Sharîf (= Esplanade des Mosquées) aux juifs. Dans le même esprit s’est exprimé l’ancien chef de la police israélienne, Shlomo Aharonishky. Par ailleurs, le quotidien Ha’Aretz a consacré un gros titre en Une, voici deux jours de cela, à la montée des périls pour la mosquée Al-’Aqçâ.
Toute personne informée des dangers qui menacent les lieux saints et les monuments arabo-islamiques dans les territoires palestiniens occupés en 1948, puis en 1967, sait que les instances concernées doivent impérativement prendre les mesures suivantes :
1) Quelques soient les arrière-pensées politiques de Ha-Negbi et de son adjoint, la nécessité impose à toutes les instances et institutions arabes et palestiniennes, tant chrétiennes que musulmanes, de mener une campagne mondiale, sur tous les plans et à tous les niveaux, et du haut des diverses tribunes mondiales, régionales et locales, afin d’attirer l’attention de l’opinion publique mondiale sur les dangers qui pèsent sur la noble et sainte mosquée Al-’Aqçâ, et pour inviter toutes les instances concernées à exercer les pressions matérielles et morales qu’elles peuvent exercer sur l’Etat hébreu afin de le contraindre à prendre les mesures de sécurité indispensables pour assurer la protection de la mosquée contre les agressions des sionistes extrémistes, sans que cela signifie que les forces de sécurité israéliennes auraient le droit (elles, ou d’autres juifs) de pénétrer dans l’enceinte du Harâm al-Qudsiyy al-Sharîf.
2) Il faut prêter attention au fait que le danger en train de rôder ne se limite pas aux formations juives extrémistes en Israël, et qu’il existe aussi des groupes chrétiens sionistes extrémistes, aux Etats-Unis, qui entretiennent des liens étroits avec les juifs  extrémistes, et qui ont planifié depuis des années, dans le plus grand détail, des projets visant à faire sauter le Harâm al-Qudsiyy al-Sharîf en 2005, et qu’elles poursuivent d’arrache-pied leurs préparatifs à cette fin. Cela exige de la direction de l’OLP et de l’Autorité nationale palestinienne, ainsi que de toutes les instances concernées, qu’elles s’adressent aux instances responsables aux Etats-Unis afin d’exiger d’elles qu’elles sévissent contre ces groupes opérant sur le territoire des Etats-Unis, dans le cadre de leur campagne visant, soi disant, « à éradiquer le terrorisme », si elles sont sérieuses dans leur intention proclamée de le vaincre.
3) L’administration palestinienne des waqf [bien religieux de main morte, ndt] et de la surveillance de la mosquée ainsi que toutes les instances palestiniennes opérant dans la ville de Jérusalem ou dans l’ensemble des territoires palestinien doivent se montrer plus attentifs et en alerte, s’opposer directement aux menées des groupes juifs extrémistes et prendre les mesures préventives nécessaires en la matière, grâce à une surveillance renforcée de tout déplacement israélien suspect à l’intérieur du saint Harâm al-Qudsiyy.
4) Faire porter aux Etats arabes, au premier et au second degré, la responsabilité politique, morale et religieuse de tout ce qui peut advenir à la mosquée Al-’Aqçâ, et en particulier, à ceux de ces Etats qui entretiennent des relations diplomatiques ou commerciales – déclarées ou occultées – avec l’Etat de l’occupation et de l’agression. Il conviendra également d’exiger d’eux qu’ils se départissent de leur politique d’évitement, de poudre aux yeux et de flou artistique, en ce domaine.
5) Que l’Etat israélien compte bien ses abattis, avant de permettre à des groupes juifs extrémistes de violer la sacralité de la mosquée Al-’Aqçâ, considérée comme l’un des principaux lieux saints chers au cœur des musulmans. Qu’Israël se garde bien de n’examiner la question qu’à la seule aune et avec les seuls critères du temps politique présent, car les réactions (à une éventuelle agression) sont susceptibles de ne pas correspondre aux attentes des observateurs. Il doit prendre en considération également l’avenir, s’il veut vivre un jour en « paix » dans la région, car ni les Arabes ni les musulmans ne permettront qu’un nouveau crime (la mosquée Al-’Aqçâ a déjà subi un important incendie, rappelons-le, le 21 août 1969) affecte la première des deux Qiblas et le second des deux Nobles Harâm [le premier Harâm (enceinte sacrée, pour les musulmans) étant celui de Makkah (La Mecque), ndt], car la région est en proie aux douleurs de l’enfantement. Et un nouveau crime pourrait constituer le détonateur de l’ensemble de la situation politique régnant dans la région, avec ce que cela comporterait comme conséquences pour l’ensemble de la situation mondiale.
6) L’Organisation du Congrès Islamique et la Commission de défense de Jérusalem ont elles aussi des responsabilités importantes, il leur échoit de prendre les mesures politiques et diplomatiques requises. Il ne convient pas de prendre les mises en garde israéliennes à la légère, mais, bien au contraire, il faut les prendre très au sérieux. La responsabilité islamique impose à tous les musulmans, dans toutes les régions du monde, ainsi qu’aux instances concernées par le devenir de Jérusalem, de mettre en action les champs politiques et diplomatiques, tout en apportant le soutien matériel nécessaire aux institutions hyérosolomitaines afin qu’elles soient à même de faire face à la campagne de destruction sauvage actuelle.
7) De même, le devoir national et humaniste impose aux institutions ecclésiales palestiniennes, arabes et internationales, en particulier au Vatican, de prendre rapidement des mesures afin de faire pression sur les Etats-Unis, l’Union européenne et la Fédération de Russie, ainsi que tous les Etats concernés, pour qu’ils exercent leurs pressions sur l’Etat de l’agression et de l’occupation afin qu’il mette un terme aux crimes des extrémistes sionistes.
8) La responsabilité principale incombe à l’ONU et à son secrétaire général, Kofi Annan, qui doit lancer l’invitation à prendre dans l’urgence les mesures nécessaires, conjointement aux instances et aux Etats concernés, pour qu’ils exercent des pressions sur le gouvernement d’extrême droite en Israël, pour qu’il fasse cesser le danger qui menace la mosquée Al-’Aqçâ. En interdisant l’entrée de juifs extrémistes, ou non extrémistes, ainsi que des touristes étrangers dans la mosquée, en cessant les fouilles menées actuellement avec entrain par l’Etat israélien au-dessous de la mosquée, et cela depuis pas mal de temps, et en s’éloignant de l’oratoire de Marwân.
La responsabilité incombant aux Palestiniens habitant dans différentes localités à l’intérieur d’Israël, dans les territoires relevant de l’Autorité nationale palestinienne et dans les communautés de la diaspora palestinienne, dans la protection et la sauvegarde des lieux saints chrétiens et musulmans est grande, très grande. Serons-nous à la hauteur de nos responsabilités, et saurons-nous protéger la mosquée Al-’Aqçâ, ainsi que l’ensemble des lieux saints musulmans et chrétiens contre la malfaisance, la sauvagerie, le vandalisme et l’arrogance des juifs extrémistes ?
                               
8. Grève de la faim des prisonniers palestiniens en Israël par Jean Villeneuve
in Le Figaro du lundi 16 août 2004

Un adolescent palestinien, grièvement blessé lors d'une incursion israélienne la semaine dernière à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, a succombé à ses blessures tôt hier matin. Sa mort porte à 4 229 le nombre de tués depuis le début de l'intifada en septembre 2000, dont 3 231 Palestiniens et 927 Israéliens, selon un décompte de l'AFP.
Jérusalem - Quelque 1 500 Palestiniens détenus par Israël ont entamé une grève de la faim hier pour protester contre leurs conditions de détention. La grève devrait s'étendre, dans les jours qui viennent, aux 4 000 prisonniers sécuritaires actuellement sous les verrous israéliens. Leurs familles rejoindront la grève à partir du 25 août, ont indiqué des responsables palestiniens représentant les détenus et leurs familles.
Les grévistes demandent, entre autres choses, la fin des fouilles corporelles, le droit de visite des familles, l'installation de téléphones publiques et le démantèlement des glaces de verre et des barrières qui les séparent de leurs rares visiteurs. Les autorités pénitentiaires israéliennes maintiennent que les téléphones ne sont pas destinés à garder le contact avec les familles mais à coordonner «des attentats terroristes» depuis les prisons. «La grève de la faim touche d'ores et déjà trois prisons israéliennes et nous tenons à souligner que les demandes de prisonniers sont purement humanitaires et non politiques,» a indiqué Issa Karaka, le président du Club des prisonniers, lors d'une conférence de presse à Ramallah.
Karaka et d'autres responsables ont dénoncé les propos tenus samedi par le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Tzahi Hanegbi, lorsqu'il déclaré : «Nous ne céderons rien, de mon point de vue, ils (les grévistes de la faim) pourront continuer leur mouvement jusqu'à ce que mort s'ensuive.» Mahmoud Ziadeh, qui représente les familles de détenus, a ainsi souligné le caractère «raciste et inhumain» des déclarations du ministre israélien tout en appelant aux mères israéliennes à faire preuve de compréhension. «Si vos fils et vos filles étaient sous les verrous, ne souhaiteriez-vous pas qu'ils bénéficient de conditions décentes de détention. Ne souhaiteriez-vous pas pouvoir leur rendre visite ?» a-t-il indiqué lors de la même conférence de presse.
Ziadeh a aussi affirmé que les Palestiniens arrêtés pendant l'intifada devraient être considérés comme des prisonniers de guerre et jouir des droits prévus par la Convention de Genève qui traite des droits des populations civiles en temps de conflits. Le premier ministre palestinien, Ahmed Qoreï, a, quant à lui, indiqué dans un communiqué de presse que le dossier des prisonniers était prioritaire. «La libération des prisonniers constitue une condition essentielle pour toute solution ou progrès dans le processus de paix», soulignait le communiqué. Qoreï a également appelé les autorités israéliennes à ne pas infliger des «punitions collectives» aux prisonniers détenus dans des prisons israéliennes. Les autorités pénitentiaires israéliennes ont d'ores et déjà confisqué les radios et les postes de télévision, annulé les visites et la vente de cigarettes en réaction à la grève.
«Les visites sont de toute façon exceptionnelles surtout pour les prisonniers sécuritaires. Les conditions de détentions sont effectivement très dures et honteuses,» a déclaré Dalia Kerstein qui dirige Hamoked, une ONG israélienne pour la défense des prisonniers. Hamoked entend déposer plusieurs plaintes auprès de la Cour suprême israélienne, a-t-elle aussi indiqué. «Je pense qu'il finira par y avoir un compromis, mais les déclarations d'Hanegbi sont très choquantes. Comment les Israéliens qui ont eux-mêmes lutté pour l'indépendance de leur pays ne peuvent-ils pas comprendre que les Palestiniens en font de même ?» a-t-elle aussi souligné.
A Ramallah, une tente ressemblant à celles sous lesquelles certains Palestiniens sont placés en détention, a été érigée au centre-ville. Plusieurs Palestiniens s'y sont rassemblés en solidarité avec les grévistes. L'un d'entre eux, emprisonné plusieurs fois dans les années 80, a déclaré être de tout coeur avec les détenus. «J'ai moi-même observé une grève de la faim et je sais qu'Israël fera tout pour la briser, par exemple en nourrissant les prisonniers de force,» a indiqué Houssam Slimane, 38 ans. Deux prisonniers palestiniens sont morts après avoir été forcés d'absorber du lait dans les années 1990. Les radios palestiniennes ont aussi diffusé des messages de solidarité avec les détenus tandis que des familles ont eu brièvement l'antenne pour exprimer leur soutien à leurs bien-aimés emprisonnés. Hommes, femmes et mineurs sont censés observer la grève pour une durée indéterminée. Certains ont décidé de continuer à fumer et de s'hydrater de temps à autre.
                           
9. Un mémorial dégradant par Alexandre Yakobson
in Ha'Aretz (quotidien israélien) du lundi 16 août 2004
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
(Alexandre Yakobson est maître de conférence en histoire à l’Université hébraïque de Jérusalem.)

Dans le quartier ultra-orthodoxe de Beit Yisrael, la municipalité de Jérusalem a fait ériger un monument à la mémoire des victimes d’un attentat perpétré le 2 août 2003 contre un bus de la ligne n° 2 : il s’agit d’un mémorial où sont inscrits les noms des victimes.
Le nom de l’une des personnes tuées dans l’attentat, Maria Antonia Reslas, originaire des Philippines, a été inscrit séparément des autres. On lui a donné le titre de « Mme », alors que les noms des juifs décédés des suites de l’attentat s’y voient donner du « vénéré » (kadosh].
Peu après la cérémonie d’inauguration, a indiqué le quotidien Haaretz [édition hébraïque, 9 août], « le nom de Mme Reslas portait déjà des traces de tentatives d’effacement ».
Ces dégradations infligées à la plaque commémorative représentent un acte de vandalisme. Mais la plaque en elle-même, qui déclare officiellement que l’un des noms est celui d’une victime de second ordre, parce qu’elle n’était pas juive, est encore bien plus honteuse et laide.
Ce fait ne doit rien au vandalisme de quelque extrémiste.
La main hésite, en écrivant cela, mais il faut que la vérité soit dite : la municipalité de Jérusalem a décidé de dégrader cette femme, tuée dans l’attentat, sans aucun égard pour les sentiments du public.
Je n’écris pas cela poussé par je ne sais quelle tendance à « bouffer de l’ultra-orthodoxe ».
Ce phénomène, dont les milieux ultra-orthodoxes se plaignent beaucoup, existe bel et bien, et il faut le condamner, comme toute manifestation d’hostilité envers une communauté entière.
Toutefois, l’histoire de cette plaque commémorative évoque un phénomène entièrement opposé : le maire de la ville de Jérusalem est un politicien ultra-orthodoxe, Uri Lupolianski, lequel a été élu grâce notamment aux voix d’un nombre non négligeable d’électeurs libéraux qui ont porté à son crédit son activité – digne d’estime – à Yad Sarah [une organisation qui apporte de l’assistance médicale aux nécessiteux].
Le terrible attentat suicide contre le bus de la ligne n° 2, dans lequel des familles entières ont péri, a suscité une profonde identification, dans l’opinion publique en général, avec les ultra-orthodoxes qui en furent (majoritairement) les victimes.
Beaucoup de gens ont évoqué avec admiration, voire même avec quelque jalousie, la très grande dignité avec laquelle les ultra-orthodoxes ont fait face au drame qui les frappait.
C’est pour ainsi dire précisément sur fond de cet attentat qu’on a constaté une volonté évidente, de la part de beaucoup de laïcs, non seulement de respecter les ultra-orthodoxes, mais aussi de reconnaître les aspects respectables de leur univers propre.
Est-ce vraiment la halakha – la loi religieuse juive – qui a nécessité que fût dégradée l’inscription du nom de cette femme, tuée elle aussi dans l’attentat ?
L’on sait que la halakha interdit que des juifs soient enterrés aux côtés de non-juifs.
Cette interdiction s’applique-t-elle, y compris, à un mémorial ?
Si le titre « kadosh » est réservé, selon la tradition (juive), exclusivement aux juifs, n’aurait-il pas été possible de la laisser de côté, pour une fois ? Et s’il est vraiment impossible, selon la halakha et la tradition telles que les ultra-orthodoxes les comprennent, de mentionner des juifs et des non-juifs ensemble, d’une manière digne, n’aurait-il pas été préférable de s’abstenir carrément de l’apposition de cette plaque ? Les plaques commémoratives seraient-elles des obligations religieuses ?
En vérité, il ne s’agit nullement, en la matière, d’exigences halachiques. Toutefois, il ne s’agit pas non plus d’une simple manifestation d’insensibilité, mais bien plutôt d’une perception profondément ancrée dans de larges cercles de la société ultra-orthodoxe – même si on ne doit en rien, bien entendu, l’attribuer à chaque ultra-orthodoxe pris individuellement. Cette perception refuse de reconnaître dans une personne non-juive un être d’égale valeur, et d’intégrer le fait qu’ici, en Israël, nous ne sommes pas une communauté juive se souciant de ses seuls membres, mais bien un Etat souverain, lequel est responsable de tout un chacun vivant sur son territoire.
Cette attitude envers les non-juifs n’a rien à voir avec le conflit judéo-arabe, ni avec les sentiments de peur et d’hostilité qu’il suscite ; la victime qui a été traité par le mépris, à Jérusalem, était bien elle-même une victime du terrorisme arabe.
Reste qu’il est clair que cette attitude primale envers les non-juifs n’est pas sans conséquences, dans le contexte judéo-arabe. Les sondages d’opinion montrent que l’hostilité à l’encontre des Arabes est plus forte chez les ultra-orthodoxes que dans les autres segments de l’opinion publique.
Une ultra-orthodoxie qui ne serait pas fondée sur ce genre de perceptions est-elle possible ?
Il faut l’espérer.
Il y a des ultra-orthodoxes, ailleurs qu’en Israël, qui diffèrent de cette approche à bien des égards.
En Israël, aussi, existent des exemples d’une approche différente : Yad Sarah, par exemple, se soucie avec dévouement des non-juifs qui ont besoin de son aide.
La question posée est celle de savoir si les milieux ultra-orthodoxes, en Israël, y compris leurs dirigeants et leurs porte-parole, sont prêts à se départir radicalement de la conception selon laquelle les non-juifs ne sont pas réellement des êtres humains. Si la réponse est non, cela n’augure rien de bon pour les initiatives visant à développer le dialogue et la compréhension entre les différentes composantes de la société civile israélienne.
                           
10. Un journaliste palestinien de l'AFP empêché de se rendre à l'étranger 
Dépêche de l'Agence France Presse du samedi 14 aout 2004, 13h07
 
JERUSALEM - Un journaliste palestinien de l'AFP (Agence France Presse) Adel Zaanoun, son épouse et son fils de 5 ans qui souhaitaient se rendre à l'étranger par le terminal de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, a été refoulé par les autorités israéliennes après une attente de 48 heures.
Adel Zaanoun, âgé de 33 ans, avait obtenu les autorisations nécessaires, notamment une dérogation lui permettant de franchir la frontière, alors que les Palestiniens de 16 à 35 ans n'ont pas le droit de le faire.
Mais arrivé du côté israélien du terminal, il a été retenu pendant plusieurs heures avant de devoir revenir du côté palestinien, où il a dû patienter.
"Finalement, après deux jours d'attente dans des conditions particulièrement éprouvantes, j'ai rebroussé chemin vers Gaza", a-t-il affirmé en précisant qu'il devait initialement se rendre en Suède pour participer à un séminaire de journalistes.
                               
11. Le scandale McGreevey par Wayne Madsen
on CounterPunch.org (e-magazine étasunien) du samedi 14 août 2004
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

(Wayne Madsen est l’auteur de l’ouvrage (à paraître) : Jaded Tasks : Big Oil, Black Ops, and Brass Plates. [Missions blasées : Gros pétrole, Editos biaisés et Plaques de cuivre (allusion aux cabinets d’avocats prestigieux, ayant « pignon sur rue », ndt)]. Il a travaillé à l’Agence de Sécurité Nationale sous l’administration Reagan. Il est natif de l’Etat du New Jersey.)
Et c’est reparti ! Une nouvelle bombe politique frappe le peuple américain ; encore une fois, il y a une forte présomption de lien avec le labyrinthe souterrain des activités d’espionnage d’Israël. La déclaration faite le 12 août par le gouverneur démocrate du New Jersey, Jim McGreevey, annonçant qu’il démissionnait en raison de son engagement dans une relation homosexuelle avec un citoyen israélien ne représente sans doute que la partie émergée de l’iceberg d’une énième tentative israélienne (à très haut niveau) de s’immiscer dans les secteurs les plus sensibles de la sécurité nationale américaine et de notre vie politique.
Cette annonce surprise est par ailleurs utilisée par certaines officines médiatiques néoconservatrices pour tenter de discréditer le parti démocrate et d’absoudre Israël de toute implication dans le scandale politique qui vient d’éclater dans le New Jersey. Les liens entre le gouvernement (entièrement infiltré par la mafia russe) du Premier ministre israélien Ariel Sharon et d’ex-agents du renseignement israéliens et est-européens parmi les plus interlopes sont bien connus -  tous les responsables des services judiciaires nationaux (américains, ndt) le disent ouvertement. Mais ce qui n’est pas encore tout à fait établi, c’est le fait qu’un certain nombre d’agents israéliens non encartés sont encore actifs aux Etats-Unis, et que ces agents n’ont pas particulièrement à cœur les intérêts nationaux américains. L’on sait que les malfrats israélo-russes et leurs alliés au sein du gouvernement Sharon ont adopté l’un des trucs d’espionnage les plus efficaces, et largement employés par l’ancien KGB et la Stasi est-allemande, à savoir : le recours à des prostitué(e)s ou à des « petits oiseaux des îles » afin de se « rapprocher » intimement des hauts responsables politiques occidentaux. C’est ce qu’on appela, à la grande époque, le « sexpionnage ».
Dans le cas d’Israël, pays qui a accueilli un certain nombre d’ex-agents du renseignement de l’ancien bloc de l’Est durant la guerre froide, et après, cela s’est manifesté par le recours à des prostitué(e)s, tant mâles que femelles. […] Jim McGreevey était une étoile montante dans le camp démocrate. Déjà maire de Woodbridge, une banlieue de New York, il avait décidé de postuler pour une responsabilité au niveau de son Etat. C’est au même moment qu’il apparut sur les écrans radars des services israéliens de renseignement. En 2000, tandis qu’il lorgnait sur l’assemblée de l’Etat du New Jersey, Monsieur le Maire se joignit à une nombreuse délégation de ses partisans juifs du New Jersey qui effectua une sorte de « pèlerinage géant » en Israël, où il rencontra Golan Cipel, lequel passait pour un responsable de l’information et une sorte de guide touristique du maire de Rishon Le-Zion, une ville de la banlieue de Tel Aviv, qui fut aussi la première colonie sioniste en Palestine.
Toutefois, ce Cipel avait été précédemment attaché de presse au consulat général d’Israël à New York. En 1999, Cipel, qui se présente aujourd’hui comme un modeste employé du gouvernement israélien, à contrat déterminé, à New York, et comme « poète », a prononcé une conférence, au nom du gouvernement israélien, au siège du Centre Simon Wiesenthal, sur la Madison Avenue, sur des sujets très pointus, dont les implications du décès (récent, à l’époque) du roi Hussein de Jordanie, les élections israéliennes à venir et le processus de paix engagé avec l’Autorité palestinienne. Cipel est, par ailleurs, un ancien officier de la marine israélienne, qu’il a quittée avec le grade de lieutenant. Que quelqu’un comme lui soit passé, de la situation enviable et influente de chargé de missions diplomatiques israéliennes à l’étranger parmi les plus importantes, au job de simple guide touristique à Jérusalem, voilà qui semble, vu superficiellement, extraordinaire.
Mais, dans le monde du renseignement et de l’espionnage, ce sont les nécessités politiques qui dictent ce genre de tournant en épingle à cheveux dans les carrières, et non pas le choix personnel. L’homosexualité, avouée de tout temps par McGreevey, faisait aussi de lui une cible potentielle pour une tentative de séduction à la James Bond, et Cipel, en sa qualité de diplômé (en 1998) du New York Institute of Technology et de chargé de relations avec la presse du consulat d’Israël à New York était très au courant du terrain politique et social du nord Jersey. De plus, il était très introduit dans les milieux républicains de droite.
En 1995, Cipel et le futur reporter au Washington Times Joshua Mitnick, publièrent une lettre d’information de l’ambassade israélienne intitulée « Israel Line » (le Washington Times, journal que possède le Révérend Sun Myung Moon, est l’organe – déficitaire – de l’opinion néoconservatrice).
McGreevey étant rentré de son périple en Israël, et donc revenu dans le New Jersey, Cipel se rendit lui aussi à Iselin, dans ce même Etat, où il fut recruté par un promoteur immobilier milliardaire de Florham Park et collecteur de fonds pour le parti Démocrate, Charles Kushner. Celui-ci avait donné environ 250 000 dollars pour la campagne électorale de McGreevey en vue de l’obtention du poste de gouverneur de l’Etat du New Jersey. Kushner recommanda Cipel, pour un visa lui autorisant de travailler temporairement.
Nommé gouverneur, McGreevey nomma Kushner au bureau des autorités portuaires de New York et du New Jersey, c’est-à-dire chez les véritables propriétaires du World Trade Center. Kushner a été mis en examen au niveau fédéral, récemment, pour corruption impliquant une escroquerie sur des ventes de terres et pour financement illicite de campagnes électorales. Immédiatement après que McGreevey eut annoncé sa candidature au poste de gouverneur, Cipel devint l’un de ses conseillers électoraux.
Durant l’année 2001, dans le cadre de ses activités d’agent de liaison de McGreevey avec le monde juif, Cipel se vit attribuer un nouveau visa de travail temporaire sur recommandation du Comité démocrate de l’Etat du New Jersey. Une fois McGreevey élu, Cipel fut nommé directeur de la sécurité intérieure de l’Etat du New Jersey, un job à 110 000 dollars l’an.
Le New Jersey se porta garant de Cipel pour un énième permis temporaire de travail, quatre mois seulement après qu’un certain nombres d’Israéliens aient été raflés et arrêtés par la police du New Jersey et les agents fédéraux pour avoir photographié et fêté bruyamment l’écroulement des Tours Jumelles [Twin Towers] du World Trade Center, un certain 11 septembre 2001.
Cipel, qui n’avait aucun état de service vérifiable en matière de sécurité, fut recruté par l’administration McGreevey, qui fit valoir on ne sait trop quelle expérience en matière de sécurité de l’impétrant, en raison de ses services dans l’armée israélienne. Un expert militaire israélien a déclaré au New Jersey Courier News (un journal de Bridgewater), que les états de service militaires de Cipel relevaient « tout au plus de la routine du bidasse moyen ».
De plus, Kathryn Flicker, adjointe au procureur général du New Jersey, a été nommée par McGreevey à la tête du service de contre-terrorisme, mais seulement après que Cipel eut été nommé, bizarrement, en qualité de responsable parallèle du contre-terrorisme. Après que des députés, tant républicains que démocrates, du New Jersey aient dénoncé l’absence de compétences de Cipel et que le gouvernement fédéral eut refusé de lui accorder un sauf conduit sécuritaire parce qu’il n’était pas citoyen américain, l’Israélien a abandonné sa prébende de tsar de la sécurité de l’Etat et il a repris son job antérieur de conseiller ès affaires juives et de conseiller spécial auprès de McGreevey, pour le même salaire annuel (soit 110 000 dollars). De manière inexplicable, Cipel conserva un effectif de trois assistants pour un emploi ne comportant aucune responsabilité réelle. […] Cipel ne tarda pas à démissionner du gouvernement de l’Etat du New Jersey, et pris un poste au Groupe MWW, une entreprise de relations publiques proche de McGreevey, en qualité de responsable de sa section israélienne, basée à New York.
Après un mois passé chez MWW, Cipel quitta cette entreprise pour rejoindre un groupe de lobbying de Trenton, State Street Partners. Après quelques mois, Cipel retourna travailler pour Kushner. Après la mise en examen fédérale de Kushner, des rumeurs autour des accointances de McGreevey avec le businessman véreux commencèrent à circuler dans la capitale d’Etat.
Après que le scandale McGreevey eut éclaté, le quotidien néoconservateur World Net Daily fit allusion à Cipel, dans un reportage publié le 13 août, en le présentant banalement comme « originaire du Moyen-Orient », sans aucunement faire référence à sa nationalité israélienne.
Yael Kohen, dans le quotidien néoconservateur New York Sun, se contenta pour sa part de qualifier Cipel de « poète israélien ».
Un éditorial, le même jour (13 août), toujours dans le Sun, fustigeant McGreevey, ne mentionnait pas une seule fois que Cipel est israélien. […]
Les néoconservateurs ont sans doute leurs bonnes raisons de vouloir mettre sous le boisseau les origines israéliennes de Cipel – McGreevey est peut-être bien tombé, effectivement, dans un piège visant à ruiner sa carrière politique et à influencer les élections présidentielles américaines à venir.
Lorsque des Etats étrangers sont pris sur le fait de tenter de s’immiscer dans la politique américaine, la tendance quasi unanime du peuple américain consiste à avoir une réaction de rejet pour ce genre d’immixtion. Qu’il suffise de se souvenir des cris et protestations suscités par des contributions financières alléguées de la Chine à des hommes politiques tant démocrates que républicains, sous l’administration Clinton…
Très tôt, dans la campagne électorale, le New Jersey fut considéré par Bush comme un Etat décisif. C’est au moment où John Kerry acquérait une avance à deux chiffres sur Bush dans l’Etat Jardin, que les rumeurs autour de McGreevey et de Kushner furent lancées. Aujourd’hui, le Gouverneur annonçant sa démission en raison d’un scandale homosexuel, on est amené à soupçonner instinctivement que le chargé en chef des sales tours de Bush, Karl Rove, est dans le coup. Rove est irrésistiblement par ce genres d’affaires sordides, comme une mouche est attirée par un tas de fumier de cheval.
Les Républicains du New Jersey ne sont pas contents, parce que McGreevey ne quittera ses fonctions qu’après le 15 novembre, ce qui signifie qu’une élection spéciale pour la désignation du nouveau gouverneur du New Jersey n’aura pas lieu le 2 novembre, en même temps que les élections présidentielles. Cela aurait sans doute été une tactique « rovienne » de faire des préférences sexuelles de McGreevey un sujet de campagne afin d’obtenir des votes républicains, lors du Grand Scrutin, dans une sorte de pari consistant à augmenter le nombre de votants fondamentalistes de droite pour Bush, et de draguer les voix des démocrates conservateurs anti-homosexuels de l’Etat, tout en espérant obtenir qu’un Républicain s’installe dans le fauteuil du gouverneur, à Trenton.
A peine McGreevey avait-il annoncé sa démission que les invités de droite, dans les talk-shows télévisés, exigeaient son départ immédiat afin de permettre à l’ancien maire républicain de Jersey City, Brent Schundler, de se porter candidat au poste de gouverneur, dès le 2 novembre. McGreevey avait aisément battu Schundler, en 2001, avec une avance de 15  % des voix. Schundler avait déjà rempli tous les formulaires afin de succéder à Schundler, en 2005. La situation, au New Jersey, évoque celle de la Californie, où Gray Davis a remporté sa réélection avec une avance de 6 % des voix sur le républicain conservateur Bill Simon, en 2002, pour finir par se voir battu au cours d’une élection intermédiaire moins d’un an après, par l’acteur et culturiste républicain Arnold Schwarzenegger. Les Républicains semblent ne pas être satisfait du processus électoral normal, qu’ils semblent s’acharner à contourner par tous les moyens imaginables.
Si McGreevey mérite d’être condamné pour avoir permis que sa relation avec un étranger homosexuel ait une influence sur ses décisions et offusque son jugement sur des questions importantes ayant trait à la sécurité de l’Etat du New Jersey en des temps lourds de menaces terroristes croissantes, on doit aussi lui savoir gré de ne pas succomber aux pressions qu’exercent sur lui les Républicains afin qu’il démissionne immédiatement, ce qui aurait pour effet de permettre à la machine à coups tordus de Karl Rove d’utiliser ce qui représente pour la famille McGreevey une authentique tragédie pour faire en sorte que les voix décisives du New Jersey soient inscrites dans l’autre colonne que celle où elles devraient atterrir logiquement en novembre prochain.
                           
12. Trois journalistes de la BBC interpellés pendant quatre heures par l'armée israélienne
Dépêche de l'Agence France Presse du jeudi 12 aout 2004, 22h21

JERUSALEM - Trois journaliste de la BBC et deux civils palestiniens ont été détenus sous la menace pendant quatre heures, jeudi, par des soldats israéliens à Naplouse dans le nord de la Cisjordanie, a annoncé un reponsable de cette chaîne télévisée. Selon Nick Springate, qui assure la direction du bureau de la BBC au Moyen-Orient, l'incident s'est produit lorsque les journalistes étaient en train de travailler sur l'histoire d'un médecin palestinien et de son malade âgé. "Trois journalistes de la BBC se sont rendus dans une maison à Naplouse pour une interview. Mais ils ont été interpellés et détenus sous la menace dans cette maison pendant quatre heures par sept membres des forces de la défense israélienne (IDF), alors qu'une opération militaire était en cours", a-t-il expliqué. Le médecin palestinien et son malade, une personne âgée de 85 ans, ont également été détenus dans la même maison, à partir de laquelle les soldats tiraient, a ajouté M. Springate qui a condamné le fait que des soldats ont mis en danger la vie de civils. "Il y a eu des tirs à partir de la maison où ils étaient, donc il y a possibilité de riposte qui aurait mis en danger la vie des cinq civils", a-t-il dit. Les soldats israéliens ont d'autre part confisqué les bandes du cameraman et et les téléphones des journalistes les laissant sans contact avec leur rédaction, selon M. M. Springate D'après lui, la BBC a reçu par la suite des excuses de l'armée qui a promis d'enquêter sur l'incident. Un haut responsable de l'armée a toutefois indiqué que leur détention était destinée à ne pas mettre en danger la sécurité de l'unité israélienne. "Ils ont été détenus car leur libération avant la fin de l'opération aurait mis en danger la vie de nos soldats", a-t-il dit.
                                   
13. "Parlez hébreu, ou fermez-là !" par Etgar Keret
in The Guardian (quotidien britannique) du mercredi 11 août 2004
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

(Etgar Keret est coauteur, avec Samir El-Youssef de : Gaza Blues : Different Stories [Le Blues de Gaza : Autres histoires], éditeur David Paul, 8.99 livres sterling.)
Le code officiel d’éthique d’Israël stipule que ses soldats ne peuvent recourir à la force que s’ils sont menacés. Mais l’auteur de cet article, Etgar Keret, a constaté qu’un autre code de conduite était à l’œuvre, au moins à un checkpoint, près de Naplouse…
Il y a quelques jours, le philosophe Assa Kasher, qui venait tout juste de mettre sa touche finale au Code d’Ethique des Forces Israéliennes de Défense, est venu me rendre une petite visite sur l’écran de télévision de la salle d’attente de mon dentiste. Il m’a expliqué, en résumé, comment ce code fonctionne. Le Code d’Ethique, si j’ai bien compris, dit qu’un soldat peut faire exercice de la force et, dans certaines conditions, qu’il peut y compris causer de la souffrance s’il le fait afin de protéger sa propre sécurité ou celle des citoyens israéliens. Une dame âgée, assise à côté de moi, et qui s’ennuyait encore plus ferme que moi (il fallait le faire…) a scruté l’écran, puis elle a dit que tout cela était bel et bon et que, sauf erreur de sa part, « « Tsahal » était la seule armée, au monde, à prendre la peine de « soumissionner » (ce sont ses termes) un code tel celui-là, et encore pas du premier venu : d’un professeur d’université, s’il vous plaît ! »
Si, quinze jours avant, je n’étais pas allé sur le checkpoint de Hawaréh, près de Naplouse, j’aurais été prompt à être d’accord avec cette dame. Après tout, j’ai été élevé comme ça : par courtoisie, je me dois d’être d’accord avec les dames d’un certain âge. Mais au cours de cette visite purement fortuite au checkpoint israélien, résultant plus de ma faiblesse de caractère et de l’insistance de ma petite amie que de toute autre chose, j’ai vu un code différent, un code concurrent, un code qui était sans doute un tout petit moins éthique, mais qui fonctionnait néanmoins comme un charme. Appelons-le : le Code Pratique d’Udi.
Cet Udi était le commandant du checkpoint de Hawaréh, ce jour-là, et son Code était extrêmement simple : « ceux qui sourient ne passent pas ! » Bien entendu, il n’édictait pas son oukase sous la forme d’un article d’un quelconque Code – il fonctionnait plutôt à l’intuition – mais plus d’une fois je l’ai entendu énoncer par Udi et ses potes, au checkpoint, tandis qu’ils échangeaient toutes sortes d’informations au sujet des gens qui souriaient, dans la queue. « Tu vois ce type, là-bas ? Celui qui porte une cravate ? », ai-je ainsi entendu dire un soldat à Udi, « Tu vises un peu comment il se fout de notre tronche ? T’inquiète ! Je m’en vais effacer ce sourire narquois de sa binette ! » Udi fit un signe approbateur de la tête, et le sourieur se retrouva effectivement aux arrêts pour plus d’une heure. Quand il tenta de leur montrer le permis qui aurait pu expliquer son sourire – après tout, il n’était qu’un homme tout à fait ordinaire, en route pour son propre mariage – il était déjà trop tard. Un heureux papa qui apportait le gâteau pour le troisième anniversaire de son fiston, avec la photo du bébé imprimée dessus, dans la pâte d’amandes, avait, lui aussi, violé le Code. On l’arrêta, par conséquent. Raison officielle : il n’était pas bien resté dans la file, comme tous les autres.
Lui ayant expliqué que les gens, dans la queue, avaient laissé l’heureux père passer devant parce que le gâteau à la crème allait souffrir du cagnard d’enfer, Udi me sourit, et de derrière le canon de son flingue, qu’il pointait dans la direction générale de ma poitrine, il expliqua qu’il n’en avait strictement rien à cirer. Sentence pas spécialement surprenante, étant donné qu’une heure avant, il avait été aussi dédaigneux avec sa cire, ignorant le désarroi d’un septuagénaire qu’on avait laissé sortir de l’hôpital après une opération cardiaque le jour même, et qui avait de la difficulté à rester debout sous le soleil, aussi longtemps…
Le Code Pratique d’Udi comporte encore bien d’autres clauses. Quand un étudiant palestinien tenta de lui expliquer, en anglais, quelque chose au sujet du permis qu’il tenait à la main, Udi fut très clair : « Ici, c’est Israël. Alors : soit tu causes hébreu, soit tu la fermes ! » L’étudiant reconnut immédiatement à quel Code il avait affaire, et, ne sachant pas l’hébreu, il choisit la seconde option. Il la ferma, donc. Cela ne l’empêcha nullement d’être arrêté. Quatre heures durant.
Le Code d’Udi, au fait, comporte quelques rubriques concernant les Palestiniens parlant hébreu, et en particulier ceux qui osent discuter. Je l’ai vu armer son flingue, et le pointer sur la tête d’un Palestinien qui parlait sans son autorisation, en disant : « Si tu la fermes pas, tu vas te prendre une bastos dans la cafetière ! ». Le Palestinien loquace la ferma, lui aussi. En effet : le Code, c’est le Code…
Le lendemain de l’interview du Professeur Kasher au cours du magazine télévisé, le présentateur de la même émission parla d’un soldat qui avait frappé un Palestinien dont il prétendit qu’il l’avait traité de voleur, après quoi il lui avait tiré dessus, le blessant grièvement, tandis qu’il cherchait à s’enfuir. Je ne connais pas le nom de ce soldat, mais je peux vous assurer qu’il ne s’agissait pas d’Udi. Parce qu’Udi, ce n’est pas un imbécile. Et comme quelques autres soldats, Udi sait comment mettre son Code perso en pratique sans que cela contrevienne au Code de « Tsahal ». Si vous êtes une personne honnête et sensée, « Tsahal » ne vous force pas à torturer les gens sans nécessité. Mais si vous êtes un trouduc et que vous avez une bonne appréhension du fonctionnement du système, vous pouvez torturer jusqu’à plus soif sans dépasser les niveaux acceptés d’incarcération, d’insulte, ou de menace avec un fusil armé (le tout, de surcroît, sans qu’on parle de vous aux infos).
Lorsque j’ai raconté tout ce que cet Udi avait fait ce jour-là à son commandant – justement ce fameux commandant que les Palestiniens appellent « le bon commandant », essentiellement à cause de ses lunettes au cadre fin et à son ton de psychothérapeute – il opina du chef avec gravité, puis et il me dit que les soldats avaient été soumis à une pression épouvantable, les deux jours précédents. « Mais dès que je me suis pointé là-bas – me dit l’officier, qui visiblement s’efforçait de voir le bon côté des choses – « tout s’est remis à fonctionner comme une horloge, non ? Presque la moitié des gens qu’ils avaient arrêtés sont passés… »
Je ne retournerai sans doute pas au checkpoint de Hawaréh. Mais si, un jour, le Professeur Assa Kasher est fatigué de rester assis à son bureau et de blablater sur le Code d’Ethique de l’ « armée la plus morale qui soit au monde », je lui recommande vivement de prendre une journée de congé et d’aller visiter un endroit où Emmanuel Kant n’a certainement jamais mis les pieds… [traduit de l’hébreu en anglais par Sondra Silverston]
                               
14. Une prison à ciel ouvert par Axel Gyldèn
in L'Express du lundi 9 août 2004
Depuis le début de la seconde Intifada, les conditions de vie se sont considérablement dégradées sur le territoire palestinien. Raids aériens, incursions des chars et des bulldozers, humiliations… sont le quotidien d'une population qui tente de survivre, en dépit d'une économie asphyxiée
Gaza de notre envoyé spécial - Quand les pêcheurs de Gaza partent en mer, ils espèrent toujours secrètement y trouver l'un de ces coins à poissons qui vous feraient croire aux pêches miraculeuses. Mais chaque soir, de retour au port, c'est la même déception. Quand ils regardent au fond de leurs filets, le constat est identique: le poisson est rare et la chère est maigre. Il y a une raison à cela: depuis le déclenchement de la seconde Intifada, voilà bientôt quatre ans, la zone de pêche autorisée par Israël n'a cessé de s'amenuiser. D'abord étendue par les accords d'Oslo jusqu'à 20 milles nautiques des côtes (environ 37 kilomètres), elle a ensuite été limitée à 12 milles, puis à 6, puis à 3. Il est même arrivé que les pêcheurs se voient interdire toute sortie en mer. Ce fut le cas pendant trois mois fin 2002, à la suite de l'attaque d'un garde-côte israélien. Actuellement, le périmètre de pêche se résume, grosso modo, à un quadrilatère de 15 kilomètres sur 8. Les ressources, à force d'être sollicitées, sont en nette diminution. En désespoir de cause, certains vont jusqu'à jeter leurs filets à seulement 30 mètres des plages... «Les bancs de poissons dignes de ce nom se trouvent un peu plus au sud, vers l'Egypte, c'est-à-dire au large de la colonie juive de Goush Katif (laquelle occupe un tiers du littoral de Gaza), explique Mohamed Najar en pointant le doigt vers l'horizon. Mais s'aventurer là-bas est risqué: la marine israélienne patrouille dans nos eaux territoriales.» Avant l'Intifada, ce pêcheur, propriétaire de deux embarcations à coque jaune, gagnait 3 000 shekels (500 euros) par jour. Aujourd'hui, avec 50 shekels (10 euros), il s'estime satisfait. Il est conscient d'être mieux loti que la majorité de ses compatriotes: chaque escapade sur les flots bleus représente pour lui une bouffée de liberté.
Car la bande de Gaza est une prison à ciel ouvert. Cernés par un mur de béton ou par des barbelés, gardés par des soldats postés dans des miradors ou dans des chars prêts au combat, survolés par des hélicoptères Apache, des drones et des chasseurs F 16, 1,4 million d'habitants du territoire voient chaque jour leur liberté de mouvement se restreindre. Au nord, le poste-frontière d'Erez, où, chaque matin, transitaient naguère 11 000 ouvriers palestiniens en direction de Tel-Aviv et de ses environs, est pratiquement fermé. Quelques centaines seulement de travailleurs triés sur le volet franchissent encore ce poste de douane, après de longues heures d'attente et de fouille au corps. Les cancéreux nécessitant un traitement chimiothérapique peuvent également obtenir, par dérogation, un droit de passage qui reste toutefois toujours soumis, en dernier ressort, au bon plaisir des militaires en faction. Enfin, toutes les liaisons avec l'autre partie de la Palestine, c'est-à-dire la Cisjordanie, ont elles aussi été suspendues.
A l'extrême sud de la bande de Gaza, à la frontière égyptienne, un autre point de passage permet, en théorie, de gagner les pays arabes et le reste du monde. Mais, là aussi, le transit est soumis à des règles strictes. Seuls les Palestiniens âgés de plus de 35 ans possèdent le droit de quitter le territoire. En théorie. Car, pour décourager les allées et venues et par mesure de sécurité, ce poste-frontière est régulièrement fermé sans explication. Pendant trois semaines, du 17 juillet au 6 août, les Israéliens ont interdit le passage. Hommes, femmes et enfants ont été condamnés à attendre du côté égyptien dans des conditions sanitaires précaires. En outre, des milliers de «Palestiniens de l'étranger», étudiants en Jordanie ou salariés des pays du Golfe, venus rendre visite à leurs proches pendant l'été, ont dû rebrousser chemin. En fait, les habitants de Gaza, vaste bidonville poussiéreux aux immeubles de parpaings gris, vivent à huis clos, repliés sur eux-mêmes, comme dans un ghetto.
«Les habitants de Gaza vivent à huis clos, repliés sur eux-mêmes, comme dans un ghetto»
A l'intérieur du territoire, dont la superficie est nettement inférieure à celle d'Andorre ou du Territoire de Belfort mais où la densité de population est l'une des plus élevées du monde, les conditions de déplacement et de circulation sont également très difficiles: un checkpoint israélien divise la bande de Gaza en deux. Coupant le nord du sud, il fonctionne à la manière d'un pont-levis. Systématiquement relevé pendant la nuit, il bloque aussi plusieurs heures par jour l'unique axe de circulation nord-sud. Et ce de façon imprévisible, une, deux, quatre ou dix heures durant. Les files d'attente interminables mettent les nerfs à rude épreuve. «Vous allez à Rafah? Vous aurez plus vite fait de vous rendre au Japon!» lance Assad, un commerçant.
Il exagère à peine. La traversée de la bande de Gaza, longue de 40 kilomètres seulement (et large de 10) peut se transformer en véritable odyssée. Des étudiants ou des malades se retrouvent ainsi dans l'impossibilité d'atteindre l'université ou l'hôpital. Et des familles de Rafah ou de Khan Younes (villes du sud) désireuses d'aller à la plage (située au nord) renoncent souvent à leur projet, par peur de trouver le «pont-levis» abaissé sur le chemin du retour. «Le rythme de la vie dépend du bon vouloir de soldats israéliens sans visage, cachés dans des miradors, résume Anis Gandil, responsable de l'ONG Enfants réfugiés du monde. Nous ne sommes maîtres ni de nos mouvements ni de nos emplois du temps. Le checkpoint sera-t-il ouvert? Pourrai-je le repasser en sens inverse avant la nuit? Voilà les grandes questions que nous sommes contraints de nous poser! Résultat, il est impossible de programmer la journée du lendemain. Et encore moins de se projeter dans le futur.»
Officiellement, l'objectif est sécuritaire et vise à prévenir les risques, bien réels, d'attentats. Mais, en réalité, il s'agit aussi de mettre la population sous pression en compliquant le quotidien de tout un chacun. «Ce procédé de punition collective est sadique, car il touche des gens ordinaires, des civils, qui n'ont rien à voir avec des militants armés ou de quelconques terroristes, qu'Israël est censé combattre», déplore Mahmoud Rahma, l'un des directeurs du Centre Al-Mezan pour les droits de l'homme, une ONG locale. Ainsi, depuis le début de l'Intifada de 2000, une cinquantaine de femmes ont dû accoucher à des checkpoints. «Un jour, un soldat israélien a commenté l'accouchement en direct et en hébreu du haut de son mirador, à l'aide d'un mégaphone, en ces termes: «La salope va accoucher. La salope accouche. La salope ne bougera pas d'ici!» rapporte Mahmoud Rahma, qui déplore ces dérives. Lesquelles n'ont, à l'évidence, aucun rapport avec des mesures de sécurité.»
Si l'impossibilité d'aller et venir a pour corollaires la frustration, l'ennui et la colère, un autre sentiment est familier aux Gaziotes: la peur. Dans ce territoire en état de guerre larvée, la mort peut surgir au coin de la rue lorsqu'un missile tiré par un hélicoptère éclate en plein carrefour sur la voiture d'un militant recherché par les Israéliens. Et si le centre-ville de «Gaza-City» présente une apparence (relativement) normale grâce à l'animation des rues commerçantes, l'atmosphère des quartiers situés à proximité de la frontière israélienne ou des colonies juives - elles occupent 12,5% du territoire et abritent 7 500 colons - rappelle plutôt celle de Bagdad. Toutes les nuits, et parfois pendant la journée, des tirs sont échangés de part et d'autre de la ligne de démarcation. «Ce matin à 9 heures...», répond mollement une femme de la ville de Khan Younes devant sa maison criblée de balles quand on lui demande: «A quand remontent les derniers coups de feu par ici?»
Lorsque Tsahal, l'armée israélienne, mène une incursion à l'aide de blindés et prend position au cœur des rues, alors, la peur augmente d'un cran. Ce fut le cas pendant trente-neuf jours, du 29 juin au 5 août, à Beit Hanoun (nord de la bande de Gaza) où, en représailles à des tirs de mortiers palestiniens qui avaient fait deux morts israéliens dont un bébé, des bulldozers ont rasé maisons et orangeraies, tandis que les tanks prenaient position au coin des rues. Ce fut le cas aussi, voilà trois mois, en mai, lors de la terrible opération «Arc-en-ciel et nuages», menée à Rafah. Bulldozers géants, chars d'assaut et missiles air-sol ont aplati des quartiers entiers selon la technique inaugurée il y a deux ans à Jénine (Cisjordanie), qui consiste à broyer immeubles et maisons. Cette fois, l'objectif officiel était de prouver l'existence d'un tunnel clandestin reliant Gaza à l'Egypte et utilisé pour le trafic d'armes. Objectif atteint. Mais, après une semaine d'offensives, le bilan s'élevait à 44 morts palestiniens, dont 18 mineurs, y compris 3 bébés. En outre, 400 maisons abritant plus de 4 000 personnes avaient été partiellement ou entièrement détruites. «Les militaires israéliens usent d'une force excessive et totalement disproportionnée. Sous le prétexte fallacieux de mener non pas une «guerre» mais une simple «opération de sécurité», ils s'affranchissent des conventions internationales. Celles-ci obligent pourtant les armées à faire la distinction entre populations civiles et cibles légitimes», dénonce Mahmoud Rahma.
«Un conducteur de buldozer s'écria : "si elle reste, je l'écrase; si elle fuit, je la tue"»
A Rafah, la demeure familiale de l'architecte Manal Awad compte au nombre des bâtiments réduits à l'état de poussière. Directrice du Centre de santé mentale pour femmes, cette militante des droits de la femme y vivait avec ses quatre sœurs, son unique frère, leur mère et une tante de 80 ans. «Ce fut une semaine de brutalité bestiale. Lorsque les gens du quartier ont supplié le conducteur de bulldozer d'épargner notre voisine, une dame âgée, celui-ci a répondu à l'aide d'un mégaphone: «Si elle reste, je l'écrase; si elle fuit, je la tue.» Un voisin l'a finalement portée sur son dos et sauvée. Pour la première fois de ma vie, j'ai vu ma mère pleurer», raconte Manal Awad, sous le regard de sa tante octogénaire, laquelle confie, pour sa part, qu'elle ne garde en mémoire «aucun bon souvenir» au soir de sa longue existence...
Les enfants de Gaza, qui sont à l'aube de la leur, n'en ont, semble-t-il, guère davantage. Selon une étude, 34% d'entre eux souffrent de «stress post-traumatique sérieux», 50% sont «modérément» stressés et 14% «peu stressés». Seuls 2 enfants sur 100 ne présentent aucun symptôme de stress. Une autre recherche scientifique confirme l'étendue des dégâts. Des psychologues ont montré à des écoliers l'image d'une jeune fille, Fatma, en indiquant que celle-ci avait des problèmes personnels. A la demande «Proposez une solution pour aider Fatma à résoudre ses difficultés», 66% des enfants lui suggèrent de s'investir dans ses études scolaires tandis que 25% - 1 sur 4! - lui conseillent de devenir une martyre en commettant un attentat-suicide, seule manière, selon eux, d'améliorer son sort. «Les Israéliens se trompent lorsqu'ils s'imaginent que les parents enseignent la haine à leurs enfants, explique Husam El-Nounou, l'un des directeurs du Programme de santé mentale, une institution réputée. Pour une raison simple: ces enfants n'ont nul besoin d'être guidés sur cette voie par des adultes. Il leur suffit de sortir dans la rue pour constater l'ampleur et la violence des destructions, d'observer les hélicoptères menaçants dans le ciel, d'entendre des détonations ou encore le vrombissement effrayant des chasseurs F 16. Jour après jour, l'occupation israélienne transforme Gaza en une usine à martyrs, en une fabrique de candidats aux attentats-suicides.»
Autre conséquence de la situation sociale tendue: la montée de la violence domestique. «Elle préexistait mais elle s'est nettement aggravée depuis le début de la seconde Intifada», souligne Manal Awad. Alors que 75% des Gaziotes vivent au-dessous du seuil de pauvreté avec moins de 2 dollars par jour (cette proportion s'élevait «seulement» à 25% voilà quatre ans), les hommes, désœuvrés, frustrés, sans espoir de trouver un emploi, peinent à préserver leur statut de chef de famille.
Certains ont tout perdu, comme Hassan Hachour, 52 ans, ruiné par la destruction de sa maison, entièrement rasée lors d'une incursion israélienne dans la ville de Gaza, en mai dernier. Désormais, il vit sous une tente en toile de jute. «Mes enfants me voyaient comme un modèle. J'avais fait fortune au Qatar. J'étais riche. Aujourd'hui, je suis incapable de leur offrir un toit. Je n'ai même pas de quoi leur acheter un cornet de glace. Que peuvent-ils penser d'un tel père?»
A l'image de cet homme d'affaires brisé, c'est toute l'économie gaziote qui est à genoux. En témoigne le taux de chômage, passé de 15% à 50% en l'espace de quatre ans. Au bord de l'asphyxie, Gaza vit sous respiration artificielle. Les institutions internationales et la fonction publique, pourtant réduite à la portion congrue, sont les principaux pourvoyeurs d'emplois. Pour ses importations, le territoire dépend entièrement des autorités israéliennes. Ces dernières administrent le port terrestre de Karni, «Rungis de Gaza» situé sur la frontière, de part et d'autre d'un impressionnant mur de sécurité où manutentionnaires israéliens et palestiniens s'activent sans jamais se voir. «Ici, nous ne décidons de rien et sommes à la merci des militaires israéliens qui, de l'autre côté du mur, décident seuls de l'ordre d'arrivée des conteneurs et du rythme des flux», déplore le directeur, Walid Abou Shaqa. En raison de la lenteur des procédures de contrôle, les marchandises arrivent souvent avariées, comme ces glaces fondues ou ces œufs pourris. «La chaîne du froid n'est pas respectée. En dix jours, j'ai dû détruire deux conteneurs de viande restés trop longtemps au soleil.»
Régulièrement, le point de passage de Karni est purement et simplement fermé. Il en a été ainsi pendant quarante-cinq jours au cours de l'année écoulée. Or toute fermeture, même brève, se ressent immédiatement chez les consommateurs. Ces derniers ont, depuis le début de l'Intifada, régulièrement souffert de pénuries de lait, de petits pots pour bébé ou encore de cigarettes. «Désormais, il suffit que la rumeur d'une fermeture de Karni parvienne jusqu'en ville pour qu'aussitôt le prix du paquet grimpe en flèche», explique Rajah Abou Dagga, un fumeur invétéré qui se souvient avoir négocié un paquet de blondes à 12 dollars! «Et croyez-moi, en ces temps de stress, les cigarettes sont un produit de première nécessité!»
C'est certain: hormis la nicotine, les moyens de se détendre ne sont pas légion à Gaza. Ravagé par les flammes pendant la première Intifada, le cinéma Nasser n'a jamais été reconstruit. Le club hippique? Toujours en activité, il est le domaine réservé des enfants de la nomenklatura liés à l'Autorité palestinienne. Reste la plage, où, à la fin de la semaine, des milliers de Gaziotes vont se changer les idées. Pour un instant, le littoral palestinien ressemble à n'importe quel rivage méditerranéen, les planches à voile en moins. Des enfants jouent et crient. Le conflit israélo-palestinien paraît un peu oublié. Mais un bruit de moteur obsédant vous ramène à la réalité. C'est celui de deux hélicoptères d'attaque qui, très haut, tournoient dans le ciel bleu.
Post-scriptum - Le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé, mardi 3 août, la prolongation pour une année de son programme d'aide d'urgence destiné à Gaza et à la Cisjordanie en raison de la dégradation de la situation économique dans les territoires palestiniens.
                                           
15. "Avoue quelque chose ! Allez, avoue juste un petit quelque chose, bon sang !" par Gideon Levy
in Ha’Aretz (quotidien israélien) du vendredi 6 août 2004
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
Au total, Abed al-Ahmar a passé onze années en prison, sans jugement, ce qui fait de lui le recordman de la détention administrative en Israël. Rendu il y a peu à la liberté, il nous parle de téléphones portables clandestins, de boulettes de viande surgelées et autres merveilles de la vie carcérale.
Quds se met à pleurer, au moment où sa mère le passe aux bras de son père. A notre connaissance, Quds est le seul bébé palestinien à porter le nom de la ville de Jérusalem (en arabe). Il a un an et demi et, la semaine passée, son père l’a tenu dans ses bras pour la première fois. Non. En réalité, c’était la seconde fois… En effet, alors qu’il n’avait que quelques mois, l’officier de la sécurité de la prison avait permis à son père de le tenir dans ces bras pour quelques minutes, contrairement au règlement. Mais ce n’est qu’à la fin de la semaine dernière que le père et l’enfant purent se toucher sans aucune entrave, et, donc, bien sûr, Quds se mit à pleurer quand son étranger de père le prit dans ses bras. « Il doit me prend pour un téléphone portable », expliqua le père.
Quds est né quelques mois après l’arrestation de son père – oups : après la ré-arrestation de son père. Abed al-Ahmar, du camp de réfugiés de Dheïshéh, en bordure de Bethléem, a effectué la plus longue période de détention administrative(il s’agit d’une incarcération sans aucun procès), dans l’absolu. Il a passé, au total, onze années de ses trente-sept années d’existence dans diverses prisons israéliennes, sans qu’il y ait procès et, donc, sans avoir été accusé ni jugé coupable de quoi que ce soit. Amnesty International l’a déclaré « prisonnier de conscience ». Très difficile de comprendre pourquoi Israël vient le chercher chez lui, de temps à autre ?… A la fin de la semaine passée, il a été relâché pour la énième fois, après vingt mois d’affilée supplémentaires d’incarcération. A l’attendre, chez lui, se trouvaient Allegra Pacheco, une Israélienne juive d’origine américaine, son avocate dévouée devenue sa femme ; ses vieux parents et le petit Quds… Ah oui : il y avait aussi quelque trois mille autres personnes qui ont dansé jusque tard dans la nuit du vendredi sur une piste de danse improvisée installée dans la cour de leur maison en pierres de taille, à Bethléem, en bordure du camp de réfugiés de Dheïshéh.
Tard, un soir de novembre 2002 – quatre mois qu’ils étaient mariés – Allegra fut tirée de son sommeil par des bruits de bottes de soldats israéliens. Son mari continuait à dormir. Il était convaincu qu’en aucun cas il ne se ferait à nouveau arrêter à nouveau si rapidement, après seulement quelques mois de liberté. Après avoir vérifié la carte d’identité d’Ahmar, un soldat dit : « Le colis que nous recherchons n’est pas ici. » Mais ils reconsidérèrent la question, à la suite de l’intervention d’un certain « Yunes », chef du service de sécurité Shin Bet à Dheïshéh et à Doha. Au cours d’un bref interrogatoire au commissariat d’Etzion, on lui a posé des questions au sujet du Hamas.
Par le passé, on l’avait en permanence accusé d’appartenance au Front Populaire, mais cette fois-ci, allez savoir pourquoi, c’était : le Hamas…
On était en plein mois sacré de Ramadan, mais Ahmar prit une cigarette et demanda du feu à son tourmenteur. « Tu peux nier autant que tu veux, on sait tout », dit le tourmenteur à l’hérétique qui fumait pendant Ramadan et était accusé de recruter des activistes pour le compte du Hamas.
Ce fut le premier, et quasiment l’unique interrogatoire qu’il eut à subir durant les vingt mois suivants, à l’exception d’une autre conversation, très brève, avec « Nimrod », à travers la grille, au centre de détention d’Ofer. Ahmar dit que « Nimrod » lui a suggéré d’avouer. « Admets que tu appartiens à une organisation. Avoue quelque chose. Avoue un petit quelque chose, je sais pas quoi, moi : on t’en accusera, et tout ce cauchemar prendra fin. Tu sais qu’on peut créer de l’information, à ton sujet ? Nous avons des collaborateurs : ils sont prêts à déclarer n’importe quoi. » Sa détention fut prolongée de huit jours, puis encore de quatre, et il était persuadé qu’il allait bientôt pouvoir rentrer chez lui. Puis le verdict tomba : six mois de détention administrative !
« J’eus la sensation qu’ils étaient devenus fous et qu’ils allaient briser nos vies », se souvient-il. « Je pensais qu’il y avait eu une erreur, quelque part, et que le juge d’appel me libèrerait immédiatement. Puis le juge confirma les six mois de détention, et j’ai pensé faire à nouveau appel, pensant que la prochaine session serait peut-être la bonne, et que le juge annulerait peut-être la décision. Mais l’appel fut une fois encore rejeté. Je pensais en moi-même : six mois vont passer, les choses vont se calmer. Et puis je me suis pris encore six mois. Et encore six mois. Et encore six mois… Six fois six mois… Jusqu’à ce que finalement le juge indique qu’il fallait laisser tomber deux mois, parce qu’il n’y avait « pas d’élément nouveau »… Ils m’ont suspecté et ils m’ont suspecté, onze années durant, mais ils n’ont rien trouvé contre moi.
Après sa détention à Etzion, il a été transféré au centre Ofer, qui est situé sur l’Autoroute 443 vers Jérusalem. Il a été chargé d’assurer l’interprétariat pour le médecin de cette prison.
Depuis des années, Ahmar était un militant des droits de l’homme et animateur social, et il maîtrisait bien l’hébreu. Au lendemain des incursions de l’armée israélienne, principalement à Jénine, beaucoup de Palestiniens blessés étaient incarcérés au centre Ofer, et le personnel médical était débordé. Ahmar a un excellent souvenir de deux médecins, Valéry et Nikolaï : « Ils avaient une attitude humaine envers les gens, et ils veillaient à ce qu’ils soient soignés. Ils n’étaient pas racistes pour deux sous. Parfois, dans la prison de Dahariya, nous avons été battus à coups de bâton par des médecins et des infirmiers. Un médecin a badigeonné entièrement le corps de mon frère en blanc, après quoi il l’a obligé à rester debout en plein soleil, si bien qu’on a dû l’hospitaliser. C’était en 1992. Il y a des toubibs et des infirmiers qui disent : « Prends un cachet d’aspirine ! », et c’est tout. Mais Valéry et Nikolaï, c’était autre chose : eux, ils soignaient les gens. »
A la prison, il y avait aussi des gardes humains, comme celui qui est allé chez la cousine de sa femme, à Tel Aviv, et qui a fait entrer illégalement à la prison les premières photos qu’il ait jamais vues de Quds, âgé alors de seulement quelques semaines, pour que le papa puisse voir à quoi ressemblait son fils. Tiens, voilà l’album des photos passées en contrebande – on le parcourt page après page, comme n’importe quelque album de photos de bébés : Quds dans la baignoire, Quds en train de brailler… Tiens, une petite différence, toutefois : sur cet album, là, au lieu du titre habituel, il y a marqué : « Photos introduites clandestinement dans la prison »…
Nous étions vingt-deux prisonniers et détenus « administratifs », sous une tente en plastique qui devenait une serre horticole, en été. « Tu pousses comme un concombre, ou un plant de tomate », plaisantaient entre eux les prisonniers. Trois douches et trois WC pour quatre-vingt personnes. Les conditions, à Ofer, ont été améliorées, tout récemment, après une lutte tenace menée par les représentants des quelque neuf cents prisonniers incarcérés là-bas. Mais le problème numéro un reste celui des visites.
Durant les vingt derniers mois d’incarcération d’Ahmar, sa mère, une dame âgée que les visites dans les prisons semblent suffire à rassasier, n’a reçu qu’une seule autorisation de rendre visite à son fils. Les responsables de la prison ont décrété qu’ils n’étaient pas certains qu’elle était bien sa mère. « J’avais dix-neuf mois devant moi pour leur prouver que c’est ma mère. Je n’y suis toujours pas arrivé. Ils disaient : « Ce n’est pas ta mère ! » Il y a plus de cent détenus qui doivent prouver que leur mère est leur mère et que leur père est leur père. Imaginez : vous êtes en prison, et voilà que quelqu’un vient vous dire : « Prouve que Monsieur est bien ton père ! ». Vous diriez quoi, vous ? »
Réglementairement, les visites sont espacées d’au moins deux mois. Après des heures d’attentes sous le cagnard ou sous la pluie, Quds finissait par arriver, avec sa mère : généralement, ils s’endormait sur son bras. Une fois, un des officiers demanda à Ahmar : « Tu penses à ton fils ? Tu veux le voir ? ». Quelques jours après, il organisa une visite de la famille tout près de l’enceinte de sécurité, et non pas en passant par le portail, selon le règlement : Ahmar put alors toucher son enfant, pour la première fois.
Mais l’officier leur demanda d’abréger les effusions. Il faisait très chaud, et « cette rencontre fut bien trop brève pour une rencontre familiale », dit l’épouse d’Ahmar. Les parents d’Ahmar sont venus le voir une fois, son épouse et son fils deux ou trois fois, et ses jeunes neveux une fois. Voilà qui explique le règne du téléphone mobile, en prison.
Ahmar dit que le régime des visites, draconien, est seul responsable de la coupure entre les prisonniers et leur famille.
« Dans la prison, il y a un nombre incroyable de téléphones mobiles. Nous sommes à l’affût de toutes les « forfaits incroyables » proposés par les compagnies. Et maintenant, il existe même un « family deal », offert par Cellcom [un des trois principaux opérateurs de téléphonie cellulaire en Israël]. Tu ne peux appeler qu’un seul numéro, toujours le même, et tu paies 35 shekels par mois. Tous ceux qui parlent l’hébreu appellent la compagnie et s’abonnent. Si la réception est mauvaise [en raison des brouillages opérés par les autorités carcérales afin d’empêcher l’utilisation des mobiles], on peut composer un code afin de l’améliorer. Ce code change, mais il est immédiatement répercuté dans l’ensemble de la prison. Quiconque découvre l’info passe la consigne, tout de suite. Il y a des choses que l’on sait d’expérience, et d’autres que connaissent des gens qui ont travaillé dans la téléphonie : des techniciens incarcérés eux aussi, parmi nous. Parfois ils appellent un agent de Cellcom à Naplouse ou à Hébron, et ils lui demandent le tuyau dont on a besoin. Mais, le plus souvent, c’est la « débrouille ». On met le portable dans de la mousse polystyrène, ou bien on le place dans un arbre, histoire de voir si la réception est meilleure. On fait des antennes avec du fil électrique, on tente de déplacer le mobile, de l’incliner, lentement, jusqu’à ce qu’on ait trouvé la meilleure orientation…
« Alors ils installent de nouveaux appareils de brouillage électronique, et nous, nous trouvons de nouvelles parades… Dans chaque tente, certains prisonniers sont désignés pour tester toute la superficie, centimètre carré par centimètre carré (je devrais dire : tout le volume, centimètre cube par centimètre cube…), du tapis de sol jusqu’au toit, jusqu’à ce que la communication passe. Nous changeons de position, nous-mêmes, et nous cherchons, jusqu’à ce que nous finissions par trouver. En haut, ça va : on reçoit… Mais comment placer (et maintenir) votre oreille à trois mètres de hauteur ? C’est là où le haut-parleur qu’ont certains téléphones est vachement pratique ! Alors on s’arrange pour accrocher un mobile avec haut-parleur à trois mètres du sol… Il y a des types spécialisés dans ce genre d’installation. Si vous avez un problème avec votre portable, vous l’envoyez à Mohammed, au bloc 4 : il vous le répare, et il vous le renvoie. Vous n’avez plus qu’à lui faire passer quelques cigarettes pour le service rendu.
« Quand ils ont ouvert le nouveau centre de détention, la prison de Gilboa, près de la prison de Shatta, ils ont installé du plastique, sur le sol, pour que les prisonniers ne puissent plus creuser pour planquer leur mobi. Les prisonniers là-bas nous ont écrit pour nous demander conseil sur ce qu’ils pourraient faire. La plupart sont des prisonniers récents. Nous leur avons suggéré de faire rentrer clandestinement de la peinture et de peindre le plastique, pour qu’on ne puisse pas remarquer une déchirure éventuelle… Ils sont en train d’examiner sérieusement la question, ces jours-ci.
« Une fois, j’ai commandé des pizzas pour l’officier de sécurité, à la prison de Megiddo. Je lisais le Yedioth Ahronoth (un quotidien israélien en hébreu), et c’est alors que j’ai vu une publicité pour un marchand de pizzas d’Afula. C’est à côté de Megiddo. Alors j’ai eu l’idée de commander des pizzas pour l’officier de sécurité… J’ai appelé le pizzaiolo et j’ai commandé cinquante pizzas, pour faire bonne mesure. L’officier de sécurité est venu me trouver tout de suite, parce que tout le monde sait que je parle hébreu. Il a dit : « On va te confisquer ton portable ». Il était vraiment hors de lui, et très menaçant. Mais il n’a pas trouvé mon portable.
« Autour de notre aile, il y a une barrière. Faut pas croire : nous avons nos vigies, à nous... S’ils voient beaucoup de gardiens et un radiogoniomètre, nous savons qu’ils cherchent quelque chose. Nous enveloppons nos portables dans un chiffon, ou bien nous le dissimulons à l’intérieur d’une éponge, et nous le jetons dans l’enceinte de l’aile voisine. Quand tout danger est écarté, les copains d’à côté nous relancent nos mobis. Ils [les autorités] le savent. Mais ils ont déclaré forfait. Ce qu’ils recherchent, en ce moment, ce sont des tunnels. J’ai dit à un flic [= un gardien] un peu lourdingue qu’il y avait un tunnel sous le bloc 9. Il y est allé : il a même amené avec lui d’autres gardiens. Et ils ont cherché ! Une fois, il y avait un tunnel de dix-huit mètres de long, à Ofer, et quatre copains se sont échappés. Avant de faire la belle, ils ont dit aux autres que tous ceux qui voulaient se barrer devait en profiter. Mais la plupart des détenus avaient des condamnations de courte durée, alors ils ont préféré rester… Le tunnel avait été creusé à la petite cuillère. C’est une question de volonté : il a fallu des mois. Parfois, certains profitent du brouillard, et ils découpent les barbelés à la cisaille…
« Vous savez, un détenu, c’est quelqu’un qui est là, assis, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Alors, que fait-il, le détenu ? Je vais vous le dire : il réfléchit ! C’est un autre monde, différent de tout ce que vous connaissez. Cet univers particulier a ses règles et ses normes propres. A cet égard, arrêter quelqu’un comme moi, qui ai beaucoup d’expérience, c’est très mauvais pour eux. C’est une expérience qui se transmet de génération à génération et de prison à prison. Dans trois prisons différentes – Ketziot, Ofer et Megiddo – j’étais le recordman de la durée de détention. A trente-sept ans, à la fois le plus jeune et le plus vieux…
« La nourriture est infecte. Si vous êtes encabanés pour vingt ans, vous boufferez des schnitzel pendant vingt ans. C’est un truc qui ressemble un peu à de la sciure. Parfois ils vous en amènent qui sont encore à moitié congelés. Aujourd’hui, il y a une cuisine. Après avoir mangé toujours la même chose pendant un certain temps, vous avez l’impression que vous mangez du papier. Vous perdez le sens du goût. Désormais, nous avons l’autorisation de faire venir de la nourriture de l’extérieur, c’est ce qui nous a sauvés.
« Vous devez vous lever à six heures du mat’, pour l’appel. Les prisonniers reconnus coupables ont tout le temps de lire. Et puis vous allez à des réunions politiques. Dans chaque aile de la prison, il y a un responsable chargé de l’éducation. Des vétérans font des conférences aux nouveaux venus sur la politique, l’Intifada. Et puis il y a les types du Hamas et du Jihad islamique, qui assistent à des conférences de théologie. Les détenus administratifs n’y assistent pas, parce que quiconque, dans leur cas, assisterait à des cours ou à des réunions politiques verrait sa détention prolongée. Il y a des collaborateurs, qui caftent les autres. Il y a des gars trop naïfs, qui disent au téléphone qu’ils ont parlé à Untel ou Untel… Nous sommes sur écoute, et nous savons quand les autorités de la prison nous espionnent : le son change imperceptiblement. Alors, on raccroche, ou bien alors on échange nos mobiles avec un pote…
« Chaque prisonnier a en moyenne une trentaine de numéros différents. On fait même des transferts entre la prison d’Ofer et celle de Ketziot. Le numéro que j’ai utilisé pour vous appeler est maintenant celui d’un prisonnier à Nafha. Essayez, pour vérifier…
« Cellcom est la compagnie leader, dans les prisons : ils ont beaucoup de forfaits intéressants.
« Pourquoi les prisonniers font-ils preuve d’une telle ingéniosité ? C’est parce que nous avons été très longtemps privés de visites de nos familles. Des années durant, je n’ai jamais eu l’idée de me procurer un mobile. Mais après avoir tenté, en vain, durant plus de vingt mois, de prouver que ma mère était bien ma mère… Là, vous pensez au téléphone mobile, croyez-moi… Il y a des prisonniers qui n’ont pas vu leur famille durant trois ans. Et puis ils ont pensé à une solution, et ils l’ont trouvée. Les prisonniers sont inventifs. Quelqu’un qui n’a pas vu sa famille depuis trois ans fera n’importe quoi. Il est prêt à marcher main dans la main avec le Diable en personne. Maintenant, ils ont des téléphones mobiles avec transmission d’image. Quelqu’un dont la mère est mourante pourra la voir pour la dernière fois. Si nous pouvons introduire l’internet à la prison, nous le ferons, croyez-moi. S’ils n’ont absolument aucune considération pour nos sentiments et qu’ils se contentent de nous opprimer, qu’on ne s’attende pas à ce que nous ne trouvions pas une solution…
« La mère d’Amin est décédée. Amin est un prisonnier originaire du camp (de réfugiés NdA) d’Al-Am’ari. Sa mère était une réfugiée de Lod. Je ne l’ai jamais vue qu’à travers les grilles, à la prison de Jenaid et à celle d’Ashkelon. Elle nous disait toujours de ne pas nous en faire, qu’un jour nous retournerions à Lod. Elle est tombée malade, et elle était mourante. Amin a été informé, grâce au téléphone mobile, que sa mère se mourait. J’ai écrit au commandant des unités de l’armée israélienne stationnées dans l’Ayosh [cet acronyme désigne la région de Judée-Samarie], pour lui demander qu’Amin soit autorisé à aller voir sa mère. Il n’avait plus que quarante jours à tirer, avant le terme de sa condamnation. Mais Amin n’a été libéré qu’après que sa mère soit morte et enterrée. Si nous avions eu un mobile qui transmette les photos, Amin aurait pu au moins voir sa mère. D’autres prisons ont déjà des mobiles avec images, mais à Ofer, il n’y en a pas encore. Le problème, c’est la grosseur des téléphones. Parfois, ils sont trop gros, et cela rend le passage en contrebande plus difficile. Quelqu’un a entendu dire qu’à Abu Dhabi [un pays du Golfe] on peut acheter un mobi qui est tellement petit qu’il ressemble à un stylo… Tout le monde était aux anges. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point ils étaient heureux d’entendre cette bonne nouvelle !
« Mais le plus dur, c’est le « pourquoi » vous êtes là… Même si vous étiez prisonniers dans une belle villa, ce serait la même chose. Vous pourriez avoir des barreaux en or massif : à quoi bon ? Vous ne vivez pas. Vous êtes contraint en tout. Vous ne pouvez pas faire ce que vous voulez. Vous ne pouvez même pas manger ce que vous voulez. Il y a en permanence quelque chose qui contrôle votre vie, et tout ça, absolument pour rien… J’ai toujours l’impression que c’était la dernière fois, mais eux, ils ne disent jamais « pouce ». Ils poussent les gens à l’intérieur du cercle. Quds a déjà vu – à son âge ! – des grenades incapacitantes.
Quand il est venu me voir, ils (les gardiens) ont dit : « Voilà une graine de terroriste ! » Ils catégorisent les gens dès la plus tendre enfance.
Sigmund Freud lui-même n’était pas capable de dire ce que des bébés de son âge allaient devenir plus tard. Piaget non plus.
Mais, eux, les gardiens de prison israéliens, apparemment : ils le savent !… »
                                   
16. La ruse de Sharon par Patrick Besson
in Le Point du jeudi 29 juillet 2004
Cette absence d'humour dans la vie publique française. Les petites phrases des hommes politiques n'ont jamais été drôles, elles sont devenues tristes. Pourquoi nos députés sont-ils si amusants à table et si ennuyeux à l'écran ? Tous les ministres semblent avoir devant la caméra une règle unique de conduite : ne faire rire personne. Déclarations ronflantes, développements pompeux, rapprochements lourdauds, comparaisons pesantes, conclusions soporifiques. Le pathos : monarque absolu des communiqués officiels. Jamais une once d'esprit, un filet d'ironie. Ça doit être un truc des conseillers en communication. Ils ont fait faire des enquêtes et découvert qu'on ne vote pas pour qui nous fait rire, mais pour qui nous fait bâiller. Et tous ceux qui, comme moi, ne votent pas du tout ? On était quand même, aux dernières élections, 30 %. On en a marre de bâiller. On voudrait rire. Peut-être que ça nous encouragerait à voter de nouveau ?
Et si la petite phrase du général Sharon, dite le 18 juillet devant un parterre d'associations juives américaines, était une manifestation d'humour ? Juif, bien sûr. Pour ça qu'aucun homme politique, en France, ne l'a comprise. Cette intervention a même, selon un grand quotidien du soir bientôt installé dans le 13e arrondissement de Paris, « soulevé l'indignation ». Cette indignation qui passe son temps à être soulevée comme une jupe. Sharon s'est même fait engueuler par la Licra. Le Premier ministre israélien ! Comme quoi personne n'est à l'abri. Selon Patrick Gaubert, le président de ladite Licra, cité par Le Monde daté du mardi 20 juillet 2004, Ariel « aurait mieux fait de se taire ». Comme Jean-Marie Le Pen quand il a dit : « Durafour crématoire » ? Gaubert ajoute solennellement : « Ses propos n'amèneront pas le calme, la paix et la sérénité dont nous avons tous besoin. » Pourquoi « tous » ? Je n'ai besoin ni de calme, ni de paix, ni de sérénité, et j'emmerde quiconque prétendrait le contraire !
Le général Sharon sait, évidemment, qu'il n'y a pas, en France, un « antisémitisme déchaîné ». Il a un bon service de renseignement : le Mossad. Il n'ignore pas non plus que l'antisémitisme est un sujet qui touche particulièrement Jacques Chirac, antiraciste notoire ayant toujours refusé pour cette raison le moindre accord électoral avec le Front national, et c'est ce qu'il a voulu : toucher particulièrement Jacques Chirac. D'abord, pour le punir de ne pas avoir soutenu Bush dans la guerre en Irak. Ensuite, pour le punir d'avoir envoyé Barnier chez Arafat. Il aime bien punir, Sharon. Qui n'aime pas ça ? Et les punitions sont meilleures, pour le bourreau, quand elles sont injustes et drôles. Elles n'en font que plus mal. Le puni souffre à tort et sa souffrance fait rire tout le monde. Il est donc puni trois fois pour le prix d'une. On appellera ça désormais la ruse de Sharon. Le Premier ministre israélien a, dans un deuxième temps, voulu donner un coup de fouet, c'est le cas de le dire, à l'émigration des juifs français en Israël, ce qu'on appelle l'alya. Encore une manifestation d'humour : se réfugier en Israël pour fuir l'antisémitisme, alors que l'Etat hébreu est le seul pays sur la terre où, chaque année, des centaines de juifs sont assassinés parce qu'ils sont juifs ! J'admets que certains jeunes musulmans français ont un comportement déplorable, qui doit être impérativement changé, envers notre communauté juive, mais rien qu'on puisse sérieusement comparer au cauchemar que le Hamas, le Djihad islamique et les autres organisations militaires palestiniennes font vivre aux juifs français installés en Israël.
                       
17. "Flinguez-les tous !" - Islamophobie et racisme se portent très bien en France, merci ! par Salil Sarkar
in Al-Ahram Weekly (hebdomadaire égyptien) du  jeudi 22 juillet 2004
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

Le ministre français des Affaires sociales Jean-Louis Borloo n’y va pas par quatre chemins. Il a indiqué que le chômage chez les jeunes du pays est passé de 15 à 22 % au cours des quinze années écoulées. Et, dans ce que le ministre appelle les « 700 zones sensibles » – des banlieues où vivent des immigrés et leurs enfants – le chômage a connu une augmentation en flèche, passant de 25 à 55 % chez les moins de vingt-cinq ans.
Concomitamment, les agressions racistes, a ajouté le ministre, sont passées de 180 pour l’année 1999 à 800 annuellement aujourd’hui.
Des Africains et des Arabes font fréquemment l’objet de répression, parfois violente, de la police, mais leur triste sort passe quasi inaperçu des médias. En revanche, ils sont systématiquement montrés du doigt et tenus responsables d’agressions antisémites, réelles ou imaginaires.
Ministres, hommes politiques, intellectuels : tous vocifèrent leurs condamnations à l’unisson lorsqu’une personne ou un bien juif sont pris pour cible. Le 9 juillet dernier, une jeune femme, non-juive, a déposé plainte à la police pour agression à son encontre. Elle prétendait s’être fait agresser et voler par un groupe de six Africains et Arabes, un matin, dans un train de banlieue, près de Paris. Ses agresseurs lui auraient dessiné des croix gammées sur le ventre.
Au lendemain de cet incident, un maelstrom d’insultes et d’agressions verbales s’abattit sur les immigrés : « Nazis de banlieue ! » hurla la Licra (Ligue Contre le Racisme et l’Antisémitisme), une organisation pro-israélienne. Sans vérifier le moins du monde les faits, le président français Jacques Chirac exprima son horreur face à cette exaction « antisémite », recommandant une extrême sévérité dans la sanction.
« Treize minutes durant », a écrit le quotidien parisien Le Monde, « Marie fut juive, aux yeux de six mauvais garçons d’origine africaine. » « La communauté juive vit dans la peur… les agressions antisémites continuent à augmenter », fit écho Ségolène Royal, gros bonnet (présidentiable) du Parti socialiste.
Deux jours, seulement, après l’agression alléguée, l’enquête policière a révélé que la plainte ressortissait à la pure affabulation. Aucune excuse ne fut adressée à la communauté immigrée en France, à l’exception de deux éditoriaux, de deux journaux. De fait, susciter l’hystérie anti-immigrés et pro-israélienne est en passe de devenir un passe-temps national, chez les élites du pays.
Ce qu’il y a d’étonnant, c’est qu’en dépit des battements de tam-tam racistes, le Français moyen garde généralement son sang-froid, faisant preuve d’une maturité et d’une tolérance désormais rares chez les décideurs politiques et les médias. Ainsi, de l’ancien ministre de l’Economie Dominique Strauss-Kahn, autre prétendant socialiste aux plus hautes responsabilité de l’Etat. Pour lui, les révélations inventées de toute pièce par la « victime » afin de stigmatiser les Arabes et les Africains n’enlèvent rien au fait que les juifs, en France, feraient l’objet d’au moins vingt agressions par semaine, selon son décompte fantaisiste personnel.
Il est vrai que la violence à connotation raciste est en augmentation, mais les chiffrages fiables sont difficilement accessibles. La Commission nationale (française) consultative sur les droits de l’homme indique qu’il y a eu plus d’agressions racistes et anti-juives au cours du premier semestre 2004 que durant l’ensemble de l’année 2003.
Au cours de la première moitié de cette année, indique-t-elle, 207 agressions racistes, dont 94 agressions antisémites  ont été relevées, à comparer aux 128 agressions (dont 47 de nature antisémite) durant toute l’année 2003. Les chiffres fournis par le ministère français de l’Intérieur ne corroborent pas ces données. Pour lui, ce sont 95 agressions racistes et 135 agressions antisémites qui ont été commises au cours du premier semestre 2004, à comparer aux 92 et 127, respectivement, enregistrées sur l’ensemble de l’année 2003.
Le problème étant que certaines des plaintes pour violence anti-juive, ou anti-immigrés, se sont révélées fausses. En mars 2003, une étudiante juive s’est plainte d’avoir été agressée par des hommes masquées qui l’auraient traitée de « sale juive », et qui lui auraient scarifié une étoile de David dans le bras. C’était faux.
En décembre 2002, un Tunisien âgé de trente ans a été accusé d’avoir molesté des contrôleurs des transports, à Marseille. Mais il fut relâché après que la caméra interne de surveillance, à l’intérieur du bus, ait montré que c’était lui qui s’était fait tabasser par les agents de la société phocéenne de transport urbain.
Plus récemment, à Paris, il a été révélé qu’un rabbin prétendant avoir été agressé et poignardé par un homme qui aurait crié qu’Allah était le plus grand (‘Allâhu ‘Akbar !) s’était, en réalité, auto-mutilé. L’an dernier, une école talmudique, au nord de Paris, a été entièrement détruite par un incendie, provoquant des accusations stridentes d’ «antisémitisme » venant de moult commentateurs et hommes politiques. Mais aucune preuve de la nature criminelle de l’incendie n’a jamais été fournie. Dans un autre cas, la police a démasqué le président de la Fédération Sioniste de France, lequel s’envoyait à lui-même des insultes anti-juives afin d’apporter la « preuve » qu’il était « victime » de harcèlement « antisémite ».
En France, par les temps qui courent, les statistiques abondent, en matière de violence raciste et antisémite. Mais la qualité n’est pas à la hauteur de la quantité. En revanche, les données manquent en matière des violences, des tortures et des détentions arbitraires dont la police se rend coupable. Le journal français le mieux informé, l’hebdomadaire satirique Le Canard Enchaîné, cite la très officielle Commission Ethique des services de Sécurité, instance de surveillance des violences policières illégales.
Cette commission relève que les incidences de répression policière illicites ont triplé entre 2001 et 2003. Son président, le doyen Pierre Truche, a fait part de sa stupéfaction devant la prédominance marquée des Africains et autres étrangers parmi les victimes de ces « bavures » policières.
Commentaire du Canard Enchaîné : « Encore une preuve, si besoin en était, de la terrible répression déchaînée contre le pauvre ancien ministre français de la police, Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui ministre des Finances, celui-ci défie ouvertement le doyen de son parti, le président Jacques Chirac, en ambitionnant le job suprême en France. »
Sarkozy, en sa qualité de ministre des Finances, s’est rendu l’an dernier à Washington (District of Columbia), afin d’y assister aux réunions de la Banque Mondiale. Malgré son emploi du temps chargé, il a trouvé le temps de déjeuner avec des organisations fanatiquement pro-israéliennes, dont il a reçu plusieurs récompenses honorifiques, après quoi, rentré en France, il a accusé le précédent gouvernement socialiste de n’avoir pas assez énergiquement combattu l’antisémitisme.
Près de sept millions de personnes, en France, sont des citoyens français et des résidents permanents en France, qui ont immigré d’anciennes colonies de ce pays. Quant à la communauté juive, en France, elle compte environ 400 000 personnes, dont beaucoup sont favorables à la création d’un Etat palestinien et luttent pour la paix et la justice au Moyen-Orient.
Toutefois, une minorité d’entre eux, évoluant autour du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF), véhémentement pro-Likoud, mènent campagne, depuis quelques années, en France, afin de resserrer les rangs derrière le gouvernement israélien.
Le président de l’association France-Israël, l’amiral (à la retraite) Michel Darmon, dit que « depuis une dizaine d’années, la communauté juive de France se trompe de combat ». L’ennemi n’est pas l’extrême-droite, explique-t-il, « mais la politique étrangère française », qu’il qualifie, avec ses amis, de fondamentalement et erronément anti-israélienne. L’écrivain philosophe Pierre-André Taguieff a écrit un livre intitulé La Nouvelle judéophobie, dans lequel il met les militants anti-mondialisation capitaliste, de gauche, les antisionistes et les islamistes dans le même sac. Pour lui, tous ces gens sont des « antisémites ».
Vous rappelez-vous l’assassinat d’un garçonnet de douze ans, Mohammed Durra, par les soldats israéliens ? Cela s’est produit au début de la seconde Intifada, à l’automne 2002. La couverture de l’assassinat du petit garçon avait été assurée par Antenne 2, une chaîne française de télévision dont le correspondant en Israël était Charles Enderlin.
Croulant sous une avalanche de messages haineux venus de sionistes du monde entier, Enderlin a indiqué que « certaines personnes ont cherché ouvertement à me faire virer ». En France, l’éminent spécialiste de géostratégie français Pascal Boniface a dû démissionner du parti socialiste après qu’il eut recommandé à ce parti une approche plus pacifiste du conflit israélo-palestinien.
Dans certaines parties de la classe dirigeante française, en dépit de la position courageuse du gouvernement français sur la question irakienne, la paix en Palestine reste un gros mot. Voici quelques années de cela, l’écrivain français Michel Houellebecq faisait dire à son principal personnage, dans son roman Plate-forme : « Chaque fois que j’entends qu’un terroriste palestinien, un gamin palestinien ou une femme enceinte palestinienne ont été descendus dans la bande de Gaza, j’en frémis d’enthousiasme ». La vengeance (contre l’Islam) est un sentiment qui existe bel et bien (et qui est noble), a-t-il expliqué, peu après, dans les médias.
                           
18. Iyad Allaoui, marionnette au-dessus de tout soupçon par Gilles Munier
on Oulala.net le mardi 20 juillet 2004

Au Vietnam, les Américains ont eu Nguyen Cao Ky, Nguyen Van Thieu, Duong Van Minh ( dit «  le gros Minh » ) qu’il ne fallait pas confondre avec Tran Van Minh ( dit le petit Minh )... En Irak, après la ronde des «  Premiers ministres  » du «  Gouvernement transitoire  », voici venue celle du «  Gouvernement intérimaire  » et le temps - forcement compté - de la marionnette Iyad Allaoui.
L’homme a le profil de l’emploi : celui d’un gangster américain. La presse d’outre atlantique lui trouve une ressemblance frappante avec Tony Soprano, "Capo" de la Mafia régnant sur le district du New Jersey, héros d’une série télévisée à succès jouée par James Gandolfini, un acteur de série B. Un ancien de la CIA au Proche-Orient - Reuel Marc Gerecht - dresse de lui un portrait approchant dans le New Yorker : « Deux faits marquants, au sujet d’Allaoui », dit-il, « Premièrement : il aime à se considérer comme un idéologue et, deuxièmement : sa principale qualité, c’est d’être un malfrat ! ».
Sponsor saoudien
Quand on l’accuse d’être « un soldat américain » comme l’a fait le Cheikh Ayad Awad, Imam de la mosquée sunnite Al Nour à Bagdad, il esquive : « Comme dirigeant d’une organisation politique », dit-il, « j’étais en contact avec une quinzaine de services secrets à travers le monde...  ». Certes ! Mais sous le contrôle très strict des agences américaine et britannique de renseignement - CIA et MI6 - à qui il devait rendre compte de tous ces faits et gestes. Elles n’auraient pas toléré - et ne tolèreraient toujours pas - d’écart de sa part.
Officiellement, Iyad Allaoui a créé l’Iraqi National Accord (INA, ou Al Wifaq) en décembre 1990 avec Salih Omar Ali Al-Tikriti, ancien ambassadeur d’Irak à l’ONU (1970-1082). Mais en fait, l’idée de constituer un mouvement d’opposition réservé aux défecteurs baassistes, civils militaires ou aux membres des services de sécurité irakiens, revient au Prince saoudien Turki Ibn Fayçal. L’intendance étant assurée à Ryad, le groupe s’est étoffé de parents et d’amis comme Nouri Al-Badran, beau-frère d’Allaoui et «  ministre  » de l’intérieur jusqu’en avril 2004 jusqu’à ce que Paul Bremer le « vire » sous prétexte de préserver l’équilibre entre chiites et sunnites au sein du « gouvernement provisoire » ; Ibrahim Janabi (ancien officier des moukhabarat à Londres), Adnan Nuri, un général de la Garde républicaine, et le Docteur Tahsin Mu’ala connu pour avoir soigné Saddam Hussein touché à la jambe lors de l’attentat manqué contre le général Kassem. Du beau monde, mais pas de quoi impressionner les Américains... ni Saddam Hussein.
Ce n’est pas non plus les appels à la révolte lancés par la station de radio « Voice of Free Iraq » créée dans la foulée - également avec de l’argent saoudien - qui risquaient de troubler l’ordre public à Bagdad. Les Irakiens ne prirent jamais ses émissions au sérieux. Ceux qui recherchaient une autre version des événements, préféraient écouter la BBC ou radio Monte Carlo en arabe.
Terrorisme aveugle
A partir de 1992, la CIA se mit à recruter sans discernement de nouveaux agents dans l’opposition irakienne. Elle posa comme condition de son aide à l’INA, l’exclusion de Salih Omar Ali Al-Tikriti de la direction de l’organisation. Elle l’accusait d’avoir participé à des pendaisons publiques, mais il semble qu’elle lui reprochait surtout d’avoir garder le contact ténu avec Saddam Hussein. Iyad Allaoui accepta aussitôt. Il supportait de moins en moins son associé qui lui demandait des comptes sur la répartition des fonds saoudiens.
C’est l’époque où de nombreux opposants irakiens prenaient la CIA pour une « vache à lait » et créaient leur parti politique ! La plupart ne représentait qu’eux-mêmes et n’avait aucune représentativité en Irak. L’INA fut donc mise à l’épreuve du terrain. Pour prouver sa crédibilité et supplanter ses concurrents, Allaoui accepta de commettre des attentats à Bagdad. En 1994, Abou Amneh Al-Khadami, un de ses militants installé au Kurdistan, réussit à introduire des explosifs dans la capitale irakienne. Plusieurs attentats aveugles secouèrent la ville. Une bombe ravagea un cinéma faisant plusieurs victimes parmi les spectateurs, d’autres visèrent des sièges de journaux. Un bus scolaire explosa sur le chemin de l’école : plusieurs enfants furent tués ou mutilés. On soupçonne également le poseur de bombes de l’INA d’avoir fait sauter le siège de l’Iraqi National Congres (INC) à Salaheddine, dans la partie du Kurdistan contrôlée à l’époque par Jalal Talabani.
Opération DBACHILLES
En 1995, la CIA avait deux fers au feu pour renverser Saddam Hussein. Alors que la guerre entre factions kurdes faisait rage au Kurdistan, elle soutenait sans trop y croire un complot fomenté par un général irakien soutenu par Ahmed Chalabi, président de l’Iraqi National Congres (CNI), et Jalal Talabani, chef de l’UPK. Ces opposants, inspirés par le succès de l’armée du nord afghane, s’apprêtaient à marcher sur Tikrit et Bagdad. Robert Baer, qui suivait pour l’Agence la mise en œuvre du projet, en a raconté l’épilogue pitoyable dans son livre « La chute de la CIA ». Dans la nuit du 4 au 5 mars, Massoud Barzani empêcha le général de passer la frontière kurde. Se sentant menacé par Talabani, il avait appelé Saddam Hussein à l’aide. L’armée irakienne prit Erbil tenue par son rival, et lui remit la ville. Les responsables du CNI qui se trouvaient dans la région furent décimés. En Irak, les conjurés furent arrêtés et fusillés.
Le manque d’enthousiasme de la CIA pour le scénario conçu par Ahmed Chalabi ne s’explique pas seulement par la méfiance que manifeste l’Agence à l’encontre du chef de l’INC. En fait, à la même époque la CIA était engagée dans une opération quasi identique baptisée DBACHILLES. Il s’agissait d’un coup d’Etat de type traditionnel monté par un général turcoman, retraité des Forces spéciales irakiennes, du nom de Mohammed Abdullah Shawani. Selon ce dernier, des officiers étaient prêts à renverser Saddam Hussein pourvu qu’on les soutienne. Iyad Allaoui participait au complot avec les réseaux dont il disait disposer dans l’armée irakienne.
Ahmed Chalabi tenta de faire annuler l’opération, assurant que les dés étaient pipés. Saddam, disait-il, était au courant de ce qui se tramait contre lui, car l’INA était infiltré par la sécurité irakienne. On peut se demander ce qui motivait le plus Chalabi : empêcher une nouvelle déroute de l’opposition ou rogner les ailes de son ennemi - et également parent - Allaoui ! Il alla voir George Tenet, alors n°2 de la CIA, pour l’informer du danger, sans résultat. Il avertit son ami Robert Perle, le faucon néo-conservateur, mais il était trop tard : DBACHILLES était lancée.
En juin 1996, les craintes de Chalabi s’avérèrent justifiées : la sécurité irakienne arrêta les comploteurs qui furent exécutés ou emprisonnés. La CIA a dépensé - à pure perte - 100 millions de $ pour le financement des deux complots et y a perdu beaucoup de son prestige .
Mensonges en service commandé
On reproche à juste titre à Ahmed Chalabi d’avoir aidé George W. Bush et Tony Blair à déclencher la seconde guerre du Golfe en montant en épingle les témoignages d’opposants jurant que l’Irak possédait des armes de destruction massive, ou était sur le point de fabriquer une bombe atomique. Iyad Allaoui en a fait autant, mais on en parle moins. Il faut tout de même remarquer qu’au moment où George W. Bush rend la CIA et ses agents responsables de ses mensonges éhontés, il porte au pouvoir à Bagdad un de ceux qui en est à l’origine !
Allaoui n’est pas seulement l’inventeur des « 45 minutes » nécessaires à Saddam Hussein pour tirer des missiles sur Israël et Chypre où sont stationnées des troupes britanniques, il est aussi impliqué dans l’accusation portée contre le Président irakien d’entretenir des relations avec Al-Qaïda. C’est lui qui a assuré que Mohamed Atta - chef présumé du commando contre le World Trade Center- aurait été entraîné par Abou Nidal à Bagdad durant l’été 2001 quelques semaines avant l’attentat du 11 septembre. C’est encore lui qui a affirmé que les Irakiens avaient tenté d’acheter de l’uranium au Niger. Rien ne tenait debout, mais ceux qui mettaient en doute la parole des opposants irakiens n’étaient pas écoutés, étaient insultés ou menacés de mort. Le New York Times a beau jeu aujourd’hui de s’excuser devant ses lecteurs, il n’est pas dit qu’il ne recommencera pas si les Etats-Unis ou Israël attaquent demain la Syrie ou l’Iran.
« Premier ministre », tueur en chef
Les journalistes occidentaux, toujours prêts à dénoncer la brutalité de Saddam Hussein, devraient s’intéresser un peu plus au passé de terroriste du nouveau « Premier ministre » et à ses activités criminelles actuelles. Certains l’ont fait avec plus ou moins de succès, tant les pistes sont brouillées. Qu’apprend-on ?
Que les témoignages sur ses crimes de jeunesse ne manquent pas. Dans ses mémoires, Talib Shabib - ancien baassiste qui fit partie du triumvira qui prépara le coup d’Etat contre le général Abdul Karim Kassem - écrit qu’Iyad Allaoui débuta sa carrière politique en 1963 ... en tant qu’assassin ! Haifa Al-Azzawi, gynécologue californienne d’origine irakienne, se souvient dans le quotidien londonien Al Arab (12/2/04) avoir rencontré Iyad Allaoui entre 1962 et 1970 à l’Ecole de médecine de Bagdad. C’était, dit-elle, un « gros dur... qui avait un pistolet à la ceinture et qui le brandissait fréquemment, terrorisant les étudiants de la fac de médecine ». Il menaçait les étudiantes pour les entraîner chez lui.
Selon le docteur Azzawi, Iyad Allaoui ne dispose que d’un faux doctorat en médecine, fabriqué par les services secrets, afin de le nommer en 1971 à l’OMS à Londres. Vincent Cannistraro, ancien officier de la CIA, a dit à Seymour Hersh : « Si vous me demandez si Allaoui a du sang sur les mains, depuis les jours qu’il a passés à Londres, je vous répondrai : « oui, il en a ». En Grande Bretagne, il supervisa des opérations de renseignement jusqu’en 1975. Selon un diplomate rencontré par Hersh et « offusqué par l’indifférence affichée des Etats-Unis pour le lourd passé personnel d’Allaoui ... il recherchait et assassinait les dissidents irakiens un peu partout en Europe ».
Concernant son exclusion du parti Baas, et les attentats dont il fut victime, les avis divergent. A-t-il, comme on le dit, été mis sur la liste des gens à abattre parce qu’il avait été recruté par le MI6 ? Lui a-t-on donné l’ordre de jouer les dissidents pour mieux infiltrer l’opposition irakienne ? S’est-il pris au jeu et a-t-il été retourné ? Considéré comme traître, un tueur a pénétré de nuit à son domicile et lui a asséné trois coups de hache qui auraient pu être mortels. A-t-il vraiment été soigné pendant un an au Pays de Galles sous un faux nom ? Selon le Centre Stratfor, il était lié à Ali Salih Al-Saadi, dirigeant baassiste d’extrême gauche réfugié en Syrie, qui complotait pour reprendre la direction du parti Baas irakien.
Crime de sang froid
En tout cas, Iyad Allaoui a beau être « Premier ministre », son naturel reprend le dessus... Selon Paul McGeough du Sidney Morning Herald (17/ 7/04), il aurait abattu de sang froid six prisonniers accusés de terrorisme lors d’une visite dans le Centre de sécurité d’Al-Amariyah à Bagdad. L’événement se serait déroulé la semaine précédent le soi disant « transfert de souveraineté ».
Les présumés terroristes auraient été alignés dos au mur dans la cour près des cellules, menottés et les yeux bandés. Allaoui leur aurait alors froidement logé une balle dans la tête, en présence de Falah Al-Naqib, « ministre » de l’Intérieur et devant une dizaine de policiers irakiens médusés et quatre Américains des Forces spéciales assurant sa protection. Après les meurtres, le « Premier ministre » a harangué les témoins, leur disant que c’était ainsi qu’il fallait traîter les « terroristes ».
« Rumeur ! » dit John Negroponte, l’ambassadeur américain et véritable chef du pays. Le journaliste australien a enquêté et il ne semble pas que cela en soit une. On comprend mieux pourquoi Iyad Allaoui est détesté par la majorité des Irakiens, et pourquoi la résistance considère son élimination comme une mesure de salubrité publique.
- Concernant Iyad Allaoui, lire notamment : “Iraq’s new Premier : ex-CIA aides say Iraq leader helped Agency in 90’s attacks” par Joel Brinkley (New York Times- 8/6/04) - “The CIA and the coup that wasn’t” par David Ignatius (Washington Post - 16/5/03) - “A big man to watch in Baghdad”, par David Ignatius (Washington Post- 1/2/04) - “Plan B”, par Seymour M. Hersh (New Yorker- 28/6/04), “Iyad Allaoui, le protégé de la CIA”, par Patrice Claude (Le Monde - 29/6/04), “Allawi shot inmates in cold blood, say witnesses”, par Paul McGeough (Sidney Morning Herald - 17/7/04)), “Iraq’s Allawi : a US friend in the highest place” ( Stratfor - 4/6/04) . Lire également : “ Out of the ashes :the resurrection of Saddam Hussein”, de Patrick et Andrew Cockburn.
                                       
19. La problématique de la neutralité entre les Palestiniens et Israël par Kathleen Christison
on CounterPunch.org (e-magazine étasunien) du dimanche 18 juillet 2004
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
(Kathleen Christison, ancienne analyste politique à la Central Intelligence Agency (CIA), est journaliste indépendante depuis sa démission de la CIA en 1979. Elle est spécialisée dans le conflit palestino-israélien. Son livre, Les perceptions de la Palestine et leur influence sur la politique moyen-orientale américaine [Perceptions of Palestine : Their Influence on U.S. Middle East Policy] a été publié en 2001. En 2002, elle a publié un deuxième ouvrage : La Blessure de la dépossession : Raconter l’histoire de la Palestine [The Wound of Dispossession : Telling the Palestinian Story]. On peut la contacter à l’adresse e-mail ci-après : christison@counterpunch.org.)
Une amie m’a dit, récemment, qu’elle en était venue à penser que le niveau des violences israéliennes à l’encontre des Palestiniens était aujourd’hui si élevé qu’une approche équilibrée entre les deux parties au conflit – cette voie médiane prônée par de si nombreux groupes pacifistes – était désormais devenue totalement intenable. Une autre amie, Israélienne d’origine américaine, de retour aux Etats-Unis après plusieurs mois passés en Israël, a été témoin d’un tel niveau de violence de la part d’Israël, non seulement à l’encontre les Palestiniens mais aussi, envers de rares manifestants israéliens, qu’elle s’est juré de s’y opposer.
Elle avait tranché : elle ne pouvait plus « sauver sa peau » en se contentant de regarder. « Je ne me souciais plus du tout de ma sécurité personnelle ». Elle mettait sa vie en danger, au nom de la justice pour les Palestiniens.
Ces deux amies ont pris conscience de l’imbécillité (qu’elles dénoncent catégoriquement) de l’attitude consistant à adopter une position neutre entre deux camps opposés par le conflit le plus déséquilibré qui se puisse imaginer. Dans tout conflit caractérisé par un déséquilibre flagrant dans la puissance des protagonistes, la neutralité est probablement une gageure. Il s’agit, en tous les cas, d’une position immorale. S’ingénier à emprunter une voie médiane entre un camp totalement impuissant et un autre camp disposant, lui, d’un pouvoir absolu : voilà qui est effectivement de nature à lever toutes les inhibitions dans le camp dominant. C’est néanmoins la posture d’organisations pacifistes américaines qui se mettent en avant et se campent en avocats d’on ne sait quelle réconciliation palestino-israélienne. Elles ne prennent pas parti, entre les Palestiniens et Israël : elles se contentent de promouvoir des plans de paix tels l’Accord (non officiel) de Genève. Bien entendu, elles ne font rien, fût-ce verbalement, contre l’occupation israélienne. Résultat : ces mouvements donnent à Israël le temps et la possibilité de dévaster le territoire (palestinien), d’entreprendre son épuration ethnique et de détruire toute perspective d’une indépendance palestinienne. Leur refus d’adopter une position claire contre la politique oppressive d’Israël revient, de leur part, à affirmer des sentences qui risquent fort de faire jurisprudence : « les politiques répressives sont acceptables », et – plus grave – « la justice (pour les Palestiniens) est moins importante que le pouvoir (pour Israël) ».
Mais soyons sérieux : quand, dans l’Histoire, les gens honnêtes ont-ils vu dans l’équilibrisme et la neutralité une réponse appropriée face à des conflits moraux ou nationaux opposant un camp surpuissant à un camp impuissant ?
Examinons l’analogie suivante : des militants bien intentionnés, dans l’Amérique de la fin des années 1850, espèrent mettre fin à l’esclavage, sans recourir à la guerre.
Ils proposent que les deux camps s’efforcent de se réconcilier, que les esclaves s’assoient à la table des pourparlers avec les propriétaires d’esclaves, et qu’ensemble ils s’efforcent de vider leur querelle, par la négociation. Ces militants pensent que l’esclavage institutionnalisé est oppressif, qu’il représente une violation des droits de l’homme et qu’il doit prendre fin. Mais ils reconnaissent aussi les droits de propriété des esclavagistes sur leurs esclaves, ainsi que les droits des propriétaires d’esclaves sur la vie et le gagne-pain de ceux-ci – bref : le droit des propriétaires esclavagistes à l’existence et à ne pas être massacrés au cours d’une insurrection généralisée des esclaves. Ils proposent une voie médiane entre les deux camps, affirmant que, les uns comme les autres, ils sont responsables du conflit qui les met aux prises (les esclaves ont fait montre d’une propension à la rébellion, ce qui a conduit les esclavagistes à resserrer leur emprise oppressive…). Mais cela revient à penser que tant les esclaves que leurs « propriétaires » ont des droits égaux à une existence libre, paisible et sûre. Cela revient à renvoyer les deux camps dos-à-dos.
Vous trouvez ça absurde ? Imaginez maintenant un scénario similaire impliquant une tentative d’assurer une médiation, dans une atmosphère équilibrée et dépourvue de toute culpabilisation, entre des prêtres catholiques (déviants) et les enfants qu’ils ont agressés sexuellement. L’absurdité de la neutralité est tout aussi évidente, dans ce type de situation.
Ce qu’il y a d’absurde, dans ces deux scénarios (et ce qui les apparie), c’est l’idée de suivre une voie médiane ou prétendument neutre entre deux parties aux prises dans un conflit caractérisé par un total déséquilibre de pouvoirs. Est-il sérieux d’imaginer que des esclaves, absolument démunis de tout pouvoir (excepté celui de se rebeller, à l’occasion) pourraient rechercher une quelconque forme de solution équitable entre eux-mêmes et leurs seigneurs et maîtres ? Quelqu’un peut-il sérieusement suggérer que des enfants abusés sexuellement, totalement impuissants (susceptibles, tout au plus, de se débattre et de crier) peuvent négocier avec leurs violeurs ?
Pensons maintenant à certains des conflits coloniaux du vingtième siècle : peut-on imaginer un scénario où des pacifistes ou des commentateurs et des faiseurs d’opinion auraient pensé que ces conflits pouvaient être solutionnés simplement en faisant la part des choses et en recherchant une improbable voie médiane entre les deux camps opposés ? Au Vietnam, en Algérie, en Afrique du Sud, dans d’autres conflits coloniaux en Afrique et en Asie – conflits qui, de par leur nature même impliquaient une puissance écrasante imposant sa domination absolue sur une population civile virtuellement impuissante – aucun médiateur, aucun commentateur, aucun mouvement militant n’a jamais proposé avec un minimum de crédibilité que le conflit soit résolu en agissant, à partir d’une position neutre, afin de tenter de « réconcilier » les protagonistes.
C’est pourtant là, pour l’essentiel, ce que pratiquement tout le monde – depuis le discours public, en général, tenu par les politiciens américains opportunistes des deux partis majoritaires, jusqu’aux principaux mouvements pacifistes, en passant par les commentateurs des médias bien pensants – propose afin de solutionner le conflit palestino-israélien. L’idée de jouer l’arbitre, d’être « neutre », rassure la plupart des gens, car elle est – en apparence (seulement) – équitable. Elle est optimiste, elle est positive, elle permet de tenir à l’écart toute négativité et toute attitude cassante. Mais une position équilibrée, dans une situation déséquilibrée, représente inévitablement un déni de justice. Dans le cas de la Palestine – Israël, c’est une posture immorale que de chercher à rester neutre entre des Palestiniens impuissants (qui n’ont que la possibilité d’assassiner, à l’occasion, des Israéliens innocents, mais aucun pouvoir leur permettant de conduire voire même de préserver leur propre existence) et un Israël surpuissant et omnipotent, disposant de moyens militaires illimités, contrôlant l’ensemble du territoire. Dans ce cas d’espèce, rester neutre, cela revient à refuser de choisir entre les esclaves et leurs propriétaires, ou encore entre des enfants violés et des prêtres qui auraient abusé d’eux.
(Comme plaisir d’amour), plaisir de neutralité ne dure qu’un moment
Michael Lerner, rédacteur en chef de la revue Tikkun et créateur d’un réseau d’organisations de base, dans l’ensemble des Etats-Unis, que l’on désigne collectivement du nom de « Communauté Tikkun », est sans doute le plus en vue des avocats du pacifisme neutraliste, bien que d’autres organisations adoptent une approche similaire. Lerner a énoncé une position, qu’il qualifie de « voie médiane progressiste », consistant à rechercher une réconciliation palestino-israélienne basée sur une adhésion scrupuleuse à la notion voulant que les deux peuples seraient responsables du conflit, que l’un comme l’autre auraient eu des comportements immoraux et inhumains, et que le seul espoir de paix résiderait dans l’abstention de toute condamnation de l’un ou l’autre camp et dans la mise au point de plans de paix qui apportassent « le bien-être aux uns comme aux autres ». Le président national de la Communauté Tikkun a récemment écrit dans un courrier des lecteurs que l’objectif de Tikkun est de reconnaître que les deux peuples ont des besoins légitimes, que l’un comme l’autre « sont responsables de la création du conflit », et que l’un et l’autre doivent faire preuve de responsabilité dans la recherche d’une solution aux questions pendantes qui les opposent.
Superficiellement, cette belle neutralité clinquante a positivement l’air éclairée. Qui pourrait critiquer un programme affirmant que « la meilleure chance des deux peuples d’obtenir une sécurité durable réside dans un nouvel esprit de générosité, une réconciliation sincère et un authentique engagement à la non-violence » ? Et, de fait, le soutien appuyé de Tikkun à l’accord de Genève (une initiative de paix non officielle mise au point par d’anciens ministres palestiniens et israéliens et lancée avec une considérable fanfare de tambours et trompettes en décembre dernier), représente un effort louable de concrétiser l’appel à la réconciliation. L’accord de Genève comporte beaucoup d’injustice à l’encontre du peuple palestinien, en particulier en matière de droit au retour des réfugiés. Mais ce projet, tel qu’il est conçu, donne au moins un point de départ acceptable pour négocier les détails d’un accord de paix définitif – s’il existait le moindre espoir qu’il soit pris en compte tant par le gouvernement israélien que par le gouvernement américain. Malheureusement, cet espoir est totalement illusoire. Il faut ramener ces gens à la réalité. Il n’est pas vrai, historiquement, que les deux camps endossent une égale responsabilité dans l’apparition du conflit : de plus, dans la situation désespérément déséquilibrée à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés, les deux camps, c’est très clair, ne peuvent endosser une égale responsabilité dans sa solution. Le refus des neutralistes (et des partisans de « Genève », ndt) de l’admettre traduit leur incapacité volontaire à prendre en compte la situation réelle, sur le terrain.
La neutralité et la « générosité » envers l’un et l’autre camp : voilà qui semble bel et bon. Mais c’est totalement irréaliste.
Vous imaginez-vous un seul instant en train d’exhorter Ariel Sharon, ou n’importe quel dirigeant israélien – voire même, de fait, la majorité des Israéliens, aujourd’hui – à faire preuve d’esprit de générosité et de réconciliation cordiale ? Vous imaginez-vous en train d’exhorter Bush à œuvrer au bien-être des Palestiniens, autant qu’à celui des Israéliens ? En tant que guides spirituels dans la vie, la générosité et la réconciliation à cœur ouvert, c’est très bien. Mais, comme programme d’action politique, cela n’a aucun sens. Se contenter de formuler des banalités aimables, tandis qu’Israël poursuit sans encombre le chamboulement total du paysage palestinien, la destruction des aspirations nationales palestiniennes et l’épuration ethnique du peuple palestinien : voilà qui revient à tourner en dérision tout « esprit de générosité ».
L’optimisme obessionnel et l’adhésion à la « voie du milieu » peuvent conduire à une forme de pensée perverse. Ainsi, Lerner dénonce tous ceux qui ont osé critiquer l’accord de Genève ainsi que quiconque dénonce les violations par Israël des droits de l’homme « sans dénoncer d’autres violations bien pires commises en la matière par d’autres pays ». Il les qualifie de « gauchistes » ou encore, lorsqu’il se lâche (cela lui arrive parfois) – comme lorsqu’il a attaqué un journaliste, militant de vieille date, dans la Bay Area, des faubourgs de San Francisco – d’ « idiots antisémites ». Lerner accuse les « gauchistes » de diviser le mouvement pacifiste et, par conséquent, de saper sa capacité à contraindre Bush à exercer des pressions sur Sharon afin qu’il adopte l’accord de Genève – chose qu’il affirme, sans sourciller, être une possibilité réelle… Lerner est tellement furax de l’échec de l’accord de Genève qu’il affirme qu’il ne serait pas autrement surpris s’il découvrait un jour que « certains des plus acharnés, parmi les ultra-gauchistes, aujourd’hui, qui ont réussi à paralyser les forces progressistes en raison de leur hostilité unilatérale envers Israël… s’avéraient les agents volontaires et stipendiés de la droite israélienne ou américaine » !
Lerner a également une fichue tendance – étonnante pour quelqu’un qui, comme lui, tient à rester scotché « au juste milieu » - à parler des Palestiniens en disant « les Autres ». Bien qu’il utilise ce terme dans un contexte amical – comme dans « avoir du respect pour l’Autre », par exemple – cette terminologie est en réalité révélatrice quant à la véritable nature de sa neutralité. Aussi conciliant veuille-t-il paraître, au plus profond de lui-même Lerner se considère à l’évidence lui-même, ainsi qu’Israël, comme situés de « ce côté-ci » de cette piste médiane imaginaire entre « eux » et « nous ». Il en résulte que son intérêt premier est manifestement Israël. Cela ne doit pas être particulièrement sexy, pour la majorité des Palestiniens qui recherchent une authentique réconciliation, d’être de la sorte tenus à l’écart à bout de bras. C’est aussi particulièrement désagréable pour des Américains non juifs et non Palestiniens, qui ne sentent tenus à aucune loyauté envers Israël, d’entendre un autre Américain parler de la sorte d’Israël en le plaçant manifestement du côté du « nous », alors que les Palestiniens sont caractérisés comme aliènes d’une manière on ne peut plus transparente.
L’immoralité du neutralisme réside en ce que cette voie moyenne a contribué à maintenir un silence mortel autour de la destruction d’existences et de biens palestiniens qui se poursuit jour après jour dans les territoires occupés. Parce qu’ils refusent de voir les réalités du terrain, les neutralistes ne peuvent même pas imaginer l’étendue de l’oppression à laquelle les Palestiniens sont confrontés du fait d’Israël. Ils ne peuvent pas imaginer le déni de justice grotesque que représente l’adoption d’une position médiane entre l’oppresseur et l’opprimé. Les checkpoints, les blocs de ciment en travers des routes, les balles des tireurs d’élite, les bombardements aériens, les assassinats « ciblés », les colonies, les routes de contournement réservées aux seuls Israéliens, les confiscations de terres, la dévastation au bulldozer des oliveraies, les démolitions de maisons et de quartiers résidentiels entiers, l’épouvantable labyrinthe de murs et de barrières qui emprisonne désormais des communautés villageoises palestiniennes entières, interdisant tout déplacement, les paysans séparés de leurs terres, les enfants séparés de leur école, les malades interdits d’hospitalisation, les frères empêchés de voir leurs frères : tous ces aspects disparates du système oppressif israélien et la magnitude de leur résultante ont échappé aux lunettes roses de ceux qui se contentent de suivre la voie médiane. Leur silence et leur aveuglement mettent de l’huile dans les rouages de l’oppression. Ils ne sont en aucun cas compensés par d’occasionnels attentats suicides.
Leur silence ouvre la voie à une violence israélienne accrue, rendant plus aisée à Israël la tâche consistant à avaler encore plus de territoires palestiniens pendant que le monde regarde ailleurs. Assurément, les neutralistes ne sont pas à eux seuls responsables de la perpétuation de l’oppression israélienne ; eux-mêmes mènent un vaillant combat au sommet des collines contre le sentiment pro-israélien consensuel et tapageur de la droite rapprochée et de la droite extrême, dans les associations juives, chez les chrétiens intégristes, dans les médias, et chez les hommes politiques des deux principaux partis américains. Mais le mouvement de la paix représente une voix minoritaire non négligeable, qui pourrait tenir une place plus importante dans le discours public, si seulement il daignait dénoncer l’oppression. Son obstination à se contenter d’être exclusivement une voix de gentillesse et de lumière, à ne formuler que très exceptionnellement une critique, à toujours mettre l’accent sur le positif, obère très sévèrement son propre impact et permet à Israël de faire ce qu’il veut, tandis que le reste du monde se tait.
L’ « équilibre », version de droite
Le débat public, en général, et beaucoup de monde dans la communauté pro-israélienne tapageuse, en particulier, prennent conscience de l’intérêt qu’il y a, du point de vue des relations publiques, à apparaître équilibré et ouvert aux Palestiniens. Le lobby pro-israélien de droite « The Israel Project », emmené par les consultants du parti Républicain Frank Luntz et Jennifer Lazlo Mizrahi, a organisé récemment des séminaires afin de former ses militants à faire passer plus efficacement le message israélien, en mettant l’accent sur l’importance qu’il y a à être optimiste et à ne pas démoniser les Palestiniens. Il est bien difficile de distinguer ce genre de fausse (et délibérément trompeuse) apparence d’ « équilibre » de celui qui est prôné par les centristes du mouvement pacifiste. En terme de situation sur le terrain, la différence est nulle. Quant à ses résultats dans le réel, le neutralisme est l’endossement, au minimum implicite et bien souvent explicite, de l’ensemble de la politique israélienne ; il aboutit à une occultation virtuellement totale de la manière dont cette politique affecte la vie quotidienne des Palestiniens et leur avenir national. Ce sont les pacifistes neutralistes qui ont rendu cela possible.
C’est dans l’atmosphère ainsi créée que George Bush continue à déblatérer ses inepties au sujet de deux Etats vivant en paix côte à côte, pendant qu’Israël s’empare des terres sur lesquelles l’Etat palestinien devrait en principe être instauré – terres qu’il s’emploie à nettoyer ethniquement. C’est le silence induit par la position médiane du mouvement pacifiste qui rend possible cette mascarade. La communauté internationale persiste, comme l’a montré la décision récente du Quartet (représentant l’ONU, l’Union européenne, la Russie et les Etats-Unis) d’endosser le projet de « désengagement » unilatéral de Gaza présenté par Sharon – initiative qualifiée par le militant israélien Uri Avnery de « scandaleuse » et qui apporte la confirmation, par la communauté internationale, que les Palestiniens n’ont pas voix au chapitre dans la détermination de leur propre sort. L’aval du Quartet a été accordé avec une précipitation indécente, juste après qu’Israël eut remisé au hangar ses tanks après une campagne de dévastation de Rafah et de la bande de Gaza, durant plusieurs semaines, campagne au cours de laquelle il a détruit des quartiers d’habitation entiers, laissant sans toit des milliers de Palestiniens, et tiré des missiles sur des foules de manifestants pacifiques, créant l’horreur.
Non seulement les centristes ont rendu tout cela possible, mais l’une des organisations centristes, Brit Tzedek, a avalisé le plan de Sharon pour Gaza, certes avec quelque pessimisme, mais en le saluant comme une indication certaine que Sharon a bien l’intention de partir de Gaza – peu importe qu’un retrait soit dans le meilleur des cas plus que douteux, peu importe que, même si Israël se retire, 1,3 million de Gazaouis resteront dans ce que d’aucuns ont qualifié de poulailler de concentration, claquemurés et enclos, sous gardiennage israélien, toujours à la merci d’Israël, sans liberté de se déplacer, ni de se gérer eux-mêmes, voire même d’exprimer le moindre désaccord quant au sort qui leur est imposé. Brit Tzedek fait semblant de croire que c’est l’accord de Genève qui aurait forcé Sharon à proposer son plan et que ce projet représenterait « un tournant majeur, Sharon se détournant de l’extrême droite et se tournant, du même coup et par conséquent, vers la gauche modérée ». (On l’aura compris : la « gauche modérée » de Brit Tzedek n’est autre chose que le « centre progressiste » de Tikkun. Comme quoi, tout est relatif !). Croire que Sharon a agi pour toutes sortes de motifs, mais en aucun cas par pur opportunisme politique, afin de marquer des points politiquement et d’apparaître aux yeux des gogos comme un homme de paix en préconisant le retrait de l’armée et des colons d’une lichette de territoire auquelle il n’a jamais tellement particulièrement tenu, de surcroît, : voilà qui incarne incontestablement le triomphe de l’espoir sur le réalisme !
Longue est la liste des victimes faciles et volontaires de ces tromperies. En juin dernier, 407 membres du Congrès et 95 Sénateurs américains ont adopté des résolutions louangeant le projet sharonien de désengagement et appuyant l’aval donné unilatéralement par Bush à l’intention israélienne d’annexer les territoires occupés et de dénier aux réfugiés palestiniens tout droit au retour. La présidente du groupe minoritaire (opposition démocrate) au Parlement, Nancy Pelosi, a tenté d’excuser la résolution honteusement partisane adoptée par la Chambre en faisant observer qu’elle-même et plusieurs autres Sénateurs étaient concernés par le sort des Palestiniens, mais satisfaits que la résolution exhorte les deux parties à négocier et reconnaisse la nécessité absolue de la création d’un Etat palestinien. En tout et pour tout, sept Représentants, seulement, ont voté contre cette résolution odieuse.
Les médias, eux aussi, ont été largement trompés – ou se sont trompés eux-mêmes – allant jusqu’à penser que le projet de Sharon veut dire quelquechose. Le généralement plus futé Christian Science Monitor est tombé dans le panneau de l’optimisme mal placé, dans un récent éditorial saluant dans le projet de Sharon sur Gaza quelque chose qui « booste d’ores et déjà les perspectives de la paix au Moyen-Orient ». A généralement motiver cet optimisme incongru, pas seulement dans le Monitor, mais ailleurs dans les médias et parmi les incorrigibles optimistes centristes, des sondages, qui montrent une large majorité d’Israéliens favorables au retrait de Gaza et même au démantèlement de plusieurs colonies en Cisjordanie, d’autres sondages qui montrent que les juifs américains sont majoritairement favorables à l’accord de Genève et la conviction largement répandue – fausse, mais tenace chez bien des pacifistes béats, que non seulement la gauche israélienne, mais également la droite, reconnaissent qu’Israël perdra son caractère d’Etat juif s’il ne renonce pas rapidement au contrôle de certains territoires palestiniens.
En réalité, la droite n’hésiterait nullement à se débarrasser des Palestiniens en recourant à quelque moyen que ce soit, si nécessaire. Par conséquent, elle n’est nullement inquiète de sa capacité à pérenniser le caractère juif de l’Etat d’Israël. Quant aux sondages, ils ont mis en évidence des attitudes relativement ouvertes, durant quelques années, mais aucune de ces bonnes pensées n’a incité les personnes interrogées, ni leurs gouvernements, tant en Israël qu’aux Etats-Unis, à procéder à des changements sur le terrain. Aussi, tandis que le mouvement pacifiste se contente de ne rien faire, se berçant de la certitude confortable que la majorité des gens, partout, « veut la paix », Israël continue-t-il à avaler de plus en plus de territoires, et à tuer de plus en plus de Palestiniens, sans être dérangé par qui que ce soit.
L’optimisme béat prévalant aujourd’hui provient généralement du fait qu’il n’y a plus eu d’attentat suicide en Israël depuis plus de trois mois. Plutôt que de voir en cela un motif d’espoir, le correspondant du quotidien Ha’aretz, Danny Rubinstein, bien plus réaliste que les neutralistes du mouvement pacifiste, a fait observer récemment que, loin d’inciter les Israéliens à s’intéresser à la paix, ce répit probablement temporaire dans leur peur de tous les instants les a au contraire amenés à faire preuve de complaisance satisfaite vis-à-vis d’eux-mêmes et à ignorer encore plus qu’avant le sort des Palestiniens. « L’opinion israélienne est désormais totalement sourde à la souffrance palestinienne », écrit-il, parce qu’une équation très simple a été inscrite dans la mentalité israélienne : tant qu’ « en face », les Palestiniens souffriront, nous, les Israéliens, nous serons tranquilles : les bombes kamikazes ne sauteront plus, ni nous avec. Il n’est pas jusqu’aux centristes du mouvement pacifique qui n’aient tendance à penser la même chose, et un cercle vicieux né du silence induit par leur entêtement à l’équilibre et à la neutralité joue ainsi son rôle, en facilitant la souffrance palestinienne.
Et c’est ainsi que dernièrement, à Rafah, Israël a détruit la quasi totalité de la ville, tandis que le monde entier, avide de neutralité, regardait et se taisait.
Ce que « neutralité » veut dire, à Rafah
La grande satisfaction qu’il y a à être positif et à se tenir sur le chemin du milieu, c’est que cela vous donne le sentiment apaisant qu’enfin quelque chose est fait. Vous pouvez alors éviter de faire face à la conscience accablante que non seulement rien de positif ne se produit, mais même que les choses ne font qu’empirer, jour après jour. La neutralité vous permet d’oublier des histoires comme celle-ci, relatée au correspondant du Ha’aretz, Gidéon Lévy, au lendemain de la destruction de Rafah, en mai dernier. Manal Awad est une jeune architecte qui habitait à Rafah mais se trouvait dans la ville de Gaza, où elle travaillait, le jour où les tanks israéliens ont détruit la maison de sa famille. « Je n’oublierai jamais ce jour-là », a-t-elle dit à Gidéon Lévy. « Ma sœur m’a appelé au téléphone et elle m’a dit qu’il y avait un tank, tout près de chez nous… Mais, même dans nos pires cauchemars, nous n’avions imaginé que notre maison serait détruite un jour… C’était la première fois, de ma vie, que j’entendais ma mère hurler de la sorte… En 1948, notre famille s’est enfuie de notre village, près de Ramléh, et elle s’est réfugiée dans une grotte. En 1972, Sharon a démoli notre maison, dans le camp de réfugiés de Shabura : à l’époque, j’étais bébé. Et aujourd’hui : notre troisième maison… Ma mère est une forte femme, mais maitenant, elle est brisée. Pour elle, c’est la fin. Elle a toujours rêvé de la première maison d’où ils avaient été chassés, mais elle était attachée à la maison, dans le camp de réfugiés. Maintenant, tout cela n’a plus aucun sens. Elle a le sentiment d’avoir vécu pour rien… J’ai perdu tous mes souvenirs, dans ces ruines. Une maison, c’est loin de n’être que des murs…
… Le photos de nos parents et amis chéris, de nos joies et de nos peines – toutes : détruites… Il ne reste absolument plus rien. La maison est détruite. Notre vie est détruite… C’était une simple maison de réfugiés, mais pour moi, elle était si belle, vue de l’intérieur… »
La réaction, d’une côte à l’autre des Etats-Unis, face à la brutalité horrifiante d’Israël à Gaza, tout au long des mois de mai et de juin, a mis en évidence un effort concerté, presque obsessionnel, des partisans d’Israël, de tous poils, appartenant à toutes les mouvances politiques, dont la majorité des centristes (= Démocrates + Républicains, ndt) pour excuser, couvrir, détourner l’attention – en fait, pour encourager l’ignorance de ce qui se passait, en réalité. Mais l’ignorance ne saurait constituer une excuse, il en va exactement de même qu’avec les Allemands. Leurs dénégations, leurs protestations qu’ils ne savaient rien au sujet du massacre des juifs durant l’Holocauste ne constituaient en rien une excuse. Promouvoir des plans de paix par-dessous la jambe, dans le vide fait de destructions et de dévastation laissé derrière lui par Israël, sans dénoncer les agissements d’Israël ni la complicité des Etats-Unis, ne saurait suffire. Cela aurait équivalu à promouvoir un plan de paix au beau milieu des tueries au Rwanda, sans rien entreprendre afin d’arrêter le massacre.
Néanmoins, la dévastation à Gaza semble avoir laissé la plupart des Américains sans voix. L’éditorialiste du New York Times Thomas Friedman a couvert la totalité de la campagne de dévastation israélienne sans mentionner ne serait-ce qu’une seule fois la tuerie, les tirs d’hélicoptères et de tanks contre des manifestants pacifiques, les tirs des snipers tuant des enfants en train de ramasser le linge de leur mère ou d’acheter des confiseries, les démolitions massives de maisons à Rafah, comme celle décrite plus haut ; les milliers de civils se retrouvant sans abri ; les files de réfugiés fuyant devant les bulldozers en emportant meubles et couvertures sur des charrettes asinotractées ; la destruction massive de biens de particuliers, de serres agricoles et même d’un zoo ; les vies ruinées.
Du Friedman pur sucre. Il ne s’est jamais fendu, non plus, de prendre le moins du monde en compte le siège meurtrier imposé par Israël à la ville de Jénine, il y a de cela deux ans. Contrairement à Jénine, cette fois-ci, il y a eu des images. Littéralement, des centaines d’images, disponibles dans le monde entier, sur Internet, voire même, occasionnellement, sur les unes des journaux consensuels, dont le propre journal de Friedman : des photos d’enfants perdant leur sang, d’enfants tués, de cadavres d’adultes à la morgue, de femmes éplorées recherchant quelque maigre souvenir dans les décombres de leurs maisons. Mais Friedman est au-dessus de tout ça. Friedman ne se déclarerait sans doute pas lui-même partisan de la voie médiane de Michael Lerner, mais il est fondamentalement un centriste, et il se croit un critique équitable d’Israël, tout particulièrement de sa politique de colonisation. Mais qu’Israël commette un crime de guerre caractérisé, quelque chose qui soit de nature à véritablement marquer sa conscience, et voilà que Friedman n’a plus rien à dire, comme si rien ne s’était jamais passé…
Sans doute convient-il de ne pas casser trop de sucre sur le dos de Friedman. En effet, à côté de lui, très peu nombreux sont les hommes publics à avoir été outragés par la dévastation à Gaza, voire même à l’avoir remarquée. Au plus fort de la dévastation, George Bush fit son apparition devant le lobby pro-israélien aux Etats-Unis, l’Aipac, et, devant une ovation debout, il reconnut à Israël le « droit à se défendre » ; tandis que les destructions atteignaient un niveau gênant, fusse pour l’actuelle Maison-Blanche, tout ce que l’administration se montra capable de faire, ce fut de prononcer à mi-voix quelques mots de reproche, et de s’abstenir sur une résolution fondamentale du Conseil de Sécurité de l’ONU, signe d’une légère brouille avec Israël, mais rien qui s’assimilât, ni de près, ni de loin, à une condamnation. (Voici deux ans, après qu’Israël eut passé au bulldozer une vaste proportion de Jénine, Bush estima que ces exactions faisaient d’Ariel Sharon un « homme de paix »). John Kerry n’a pas jugé de son intérêt politique de dire quoi que ce fût à propos de l’incursion israélienne à Gaza. Aucun membre du Congrès, non plus, ne pipa mot. Aucun membre du Congrès n’en parla jamais. Rares aussi furent les groupes pacifistes à ressentir une quelconque indignation dans leurs cœurs apirant à la paix. Tikkun ne poussa pas les hauts-cris ; ni Brit Tzedek ; ni le mouvement Unis, pour la Paix et la Justice.
Tout le monde se retrouve ensuqué par des années de perceptions contradictoires accumulées. L’idée, par exemple, qu’Israël ne fait après tout que « se défendre », comme il est supposé avoir dû le faire année après année contre des Arabes supposés imbibés de haine, mais cette fois contre un réseau de tunnels à travers lesquels des « terroristes » palestiniens faisaient passer clandestinement des « armes », cette idée aide bien à dominer ce qu’il y a de déplaisant à devoir regarder les images d’un peuple innocent face à l’agression militaire. Le fait qu’une famille de colons israéliens, dont quatre enfants, ait été assassinée par des attaquants palestiniens et que des « terroristes » (que l’on aurait appelés résistants ou guérilléros dans n’importe quel autre contexte) aient tué treize soldats israéliens en route afin d’aller envahir Rafah, voilà qui semble de nature à dispenser la plupart des Américains de toute obligation de respecter un minimum de proportionnalité, de se demander si abattre des enfants palestiniens et laisser des milliers de civils qui n’en peuvent mais sans toit représente vraiment une riposte appropriée. Les réalités, à savoir que ce ne sont pas plus de deux ou trois tunnels qui ont été découverts au cours de cette dévastation, ou que l’immense majorité des Palestiniens tués ou sinistrés sont des civils innocents, que les Palestiniens qui avaient abattu les membres de la famille de colons et les soldats israéliens avaient été eux-mêmes tués depuis bien longtemps, et que les armes qui d’aventure seraient passées en contrebande par ces tunnels s’avèrent être des pétoires inopérantes : tout cela est passé inaperçu.
Le fait qu’Israël ait baptisé son orgie de destructions « Opération Arc-en-ciel » contribue aussi à faire diversion, en passant une couche de vernis chatoyant et festif sur une atrocité. Mais le fait que cette manœuvre constitue une duperie grossièrement hypocrite - l’équivalent aurait consisté, pour les nazis, à baptiser leur assaut contre le ghetto de Varsovie, par exemple, « Opération Rayon de Soleil » – voilà ce dont tout le monde se moque. L’idée ô combien naïve (mais néanmoins entretenue avec zèle) qu’Ariel Sharon mènerait le bon combat afin de retirer les soldats et les colons israéliens de la bande de Gaza, en devant affronter des ministres de droite récalcitrants, ajoute au soulagement de ceux qui veulent désespérément croire qu’Israël est capable du meilleur et trouver des excuses à ses agissements. Mais il y a aussi un autre adjuvant psychologique : la perception, dont nous nous sommes tous imbibés depuis notre tendre enfance, qu’Israël est fondamentalement « bon » – tout entier fait d’innocence, et toujours du côté de la victime – et que l’on ne doit jamais juger sévèrement ce qu’il fait parce qu’il est par essence incapable de faire quoi que ce soit de mal. Toutes ces perceptions ont contribué à créer une attitude mentale, vis-à-vis d’Israël, dans l’ensemble de la société américaine, qui génère une sorte de rétractation du genou sous le marteau de caoutchouc du médecin, une quasi-horreur électrique, face à toute critique radicale d’Israël. La prime réaction des journalistes, hommes politiques, amis d’Israël, groupes pacifistes neutralistes, et de la plupart des Israéliens eux-mêmes – bref, de tous ceux qui ne veulent pas admettre la réalité des atrocités perpétrées par Israël – consiste à se détourner des réalités dérangeantes, à fermer les yeux et à se boucher les oreilles.
Beaucoup d’Israéliens ne sont pas aussi malhonnêtes. Les correspondants du quotidien Ha’aretz Amira Hass et Gidéon Lévy sont allés à Gaza, et ils ont vu et décrit de manière saisissante ce qui s’y passe. Jeff Halper, anthropologue israélien et militant dont l’association reconstruit les maisons palestiniennes détruites par l’armée israélienne, fut un des premiers à avertir le monde de l’ampleur des méfaits perpétrés par Israël dans la bande de Gaza.
Le militant pacifiste Uri Avnery qualifie les dévastations israéliennes de « viol ». Il les dit animées par un « esprit mauvais » venu de l’extérieur et soufflant en Israël, et auquel on donne libre cours afin de complaire à des « émotions primitives ». La militante de gauche, de vieille date, Shulamit Aloni, a elle aussi dénoncé la « manière arrogante et primesautière dont nous tuons et assassinons collectivement des Palestiniens… avant de prétendre que les victimes, c’est nous… » Comparant de manière directe les Israéliens aux Allemands des années 1940, elle les accuse de se vautrer majoritairement dans une « hystérie patriotique » qui les incite à rester cois, et à ne rien vouloir savoir de ce qui se passe, à refuser de lire les reportages envoyés par les Amira Hass et autre Gidéon Lévy depuis les territoires occupés.
Mais il est extrêmement rare que l’on entende ce genre de discours venant de la part d’Américains, et encore plus rarement de la part de militants pacifistes neutralistes. De fait, ces militants sont devenus experts ès minage de ce genre de témoignage provenant d’Israéliens vivant les événements sur le théâtre des opérations : Gidéon Lévy vit avec une Palestinienne, fait-on remarquer d’un air entendu (cela se veut, à l’évidence, une révélation capitale, susceptible de nuire à son objectivité ; avoir une petite amie juive ne saurait, à l’évidence, en aucun cas, constituer un quelconque empêchement en matière d’objectivité) ; on critique Amira Hass parce qu’elle serait obsédée et pas très équilibrée (en dépit du crédit qu’on lui fait en tant que fille de rescapés de l’Holocauste et malgré – ou peut-être grâce à – sa connaissance effective, acquise non pas par des lectures, mais en étant le témoin direct de ce que les Palestiniens subissent sous l’occupation israélienne) ; Jeff Halper est considéré trop critique vis-à-vis des Israéliens et trop favorable aux Palestiniens (encore le Manque d’Equilibre, vous dis-je : péché rédhibitoire !) ; Uri Avnery aurait, dit-on, un passé obscur (bien que personne ne semble posséder de détails croustillants), ou bien alors, il se fait vieux, tout simplement. Quant à Shulamit Aloni, ce serait une has-been (une longue expérience de la vie politque israélienne, cela n’a donc aucune valeur ?…). De toute manière, ces Israéliens sont – tous – ce que d’aucuns qualifieraient de « gauchistes ».
La véritable objection que l’on oppose sans le dire à ces Israéliens, c’est qu’ils disent une vérité qui dérange ; ils savent ce qui se passe réellement, ils savent qu’Israël est en train de perpétrer des atrocités et ils n’ont pas peur de dire que l’Etat juif conduit des politiques immorales et perpètre des agissements immoraux. On ne saurait les contredire sur les faits. Aussi les associations pacifistes doivent inventer des prétextes pour ne pas les écouter et pour ne pas élever la voix. La supposée obligation d’équilibre et de neutralité n’est qu’un cache-sexe. Des Israéliens comme eux sont les porte-voix les plus dangereux, pour les militants «pacifistes », car ils s’adressent à la conscience et ils sapent les fondements centristes (neutralistes) mêmes sur lesquels ces groupes pacifistes sont échafaudés.
Sait-on jamais : peut-être un petit écart vers la gauche, en-dehors de la voie médiane, de la part des associations pacifistes américaines, aurait amené Bush à contraindre Sharon de siffler ses chiens échappés à Rafah ? Peut-être que non... Mais, à l’évidence, cela en aurait voulu la peine. La possibilité que beaucoup de vies de Palestiniens innocents auraient pu être sauvées, si le « centre progressiste » (à la mode Tikkun, ndt) avait bien voulu prendre position, n’est de toute évidence pas aussi fantasmatique que la notion développée par Lerner, selon qui Bush aurait été galvanisé et obligé de faire pression sur Sharon, eût la gauche progressiste (américaine) fait preuve d’un tout petit peu moins de gauchisme…
Du neutralisme comme « panacée »
Un militant pacifiste centriste (neutraliste) a fait récemment observer qu’il est absolument essentiel de rester, envers et contre tout, positif. Après qu’on l’eut mis au courant d’exactions israéliennes particulièrement odieuses, il a déclaré avoir dû s’asseoir un instant pour reprendre son souffle, parce que cette nouvelle information constituait un défi pour son centrisme. Il fut inquiet, un instant, car il se voyait finir par défendre les Palestiniens, s’il ne prenait pas immédiatement un temps de réflexion pour restaurer son attitude positive à tout crin.
Ahurissant, non ? Une attitude positive, c’est très bien. Mais si cette attitude nous rend aveugle à tout ce qui pourrait s’avérer négatif, c’est tout à fait déplorable. Ignorer le négatif, cela n’aurait pas permis de mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud. Etre positif en permanence, cela n’aurait pas permis d’expulser les colonialistes français de l’Algérie. Ce n’est ni la douceur exquise ni un sourire lumineux qui nous ont fait déguerpir du Vietnam. Le centrisme et le refus de toute critique (politique) ne vont certainement pas faire décaniller George Bush. L’injustice a rarement – voire jamais – cessé parce qu’on aurait refusé de la remarquer, et de la dénoncer. L’absorption et la judaïsation par Israël des territoires occupés sont en train de vider jour après jour de son sens une solution à deux Etats et, la possibilité d’une solution équitable s’éloignant à grands pas, l’idée consistant à approcher le conflit en l’abordant par son barycentre devient de jour en jour plus absurde. Il est grand temps de mettre l’accent sur ce qui ne va pas. Ce qui ne va pas, c’est quoi ? C’est le côté négatif ! Alors : cessons de positiver connement !
Ceux qui sont sur le terrain savent mieux que les activistes neutralistes ce qui se passe, ils connaissent la réalité. Confrontez l’atttude de ces pacifistes centristes avec celle d’un jeune pasteur luthérien palestinien, à Bethléem, qui parle d’espoir d’une manière totalement différente. Traitant des profondes difficultés qu’il y a à exercer un ministère religieux qui ait un quelconque sens au sein d’une communauté soumise à occupation militaire étrangère, le révérend Mitri Raheb écrit, dans Bethléem Assiégée, qu’avec le discours de paix sur la Terre qui la caractérise, la période de Noël est devenue désormais particulièrement difficile à vivre, pour lui. L’emphase est généralement mise, à l’approche de Noël, sur ce qu’il appelle une « paix au rabais », qui n’est en réalité qu’un « vœu pieux [auquel on ne s’engage] que parce qu’on n’est pas prêt à faire plus ». Pour les Palestiniens, « négociation de paix » s’avère bien souvent n’être qu’une simple formule pour gérer le conflit plutôt que le résoudre – c’est une situation où « le monde continue à parler paix, pendant qu’Israël fait tourner les bétonneuses pour construire le mur ». Au début du processus de paix, explique le pasteur Raheb, les Palestiniens avaient un espoir réel, mais ces dernières années, l’espoir s’est évaporé. « Notre vision de paix est devenue irréaliste ; la justice était impossible, la coexistence n’était qu’un mythe… Une vision d’espoir ne saurait être faite que de mots, de déclarations, ou de résolutions. En réalité, les gens ont renoncé à l’espoir parce qu’il y avait un hiatus évident entre ce qu’ils voyaient et ce qu’ils entendaient. Ils entendaient les faux prophètes répéter « Paix, paix ! ». Mais, dans la réalité, sur le terrain, il n’y avait pas de paix… Attendre, rester passifs, entretenir un optimisme béat pour l’avenir – ça, c’est le faux espoir. »
L’ignorance – volontaire – du monde pour la destruction arbitraire, par Israël, des biens, des vies et des gagne-pain à Rafah, et en général pour l’oppression obscène qu’incarne l’occupation militaire, est stupéfiante. Néanmoins, bien que des minorités d’Israéliens et de juifs américains courageux élèvent la voix pour s’y opposer, la plupart de ceux qui se disent centristes, aux Etats-Unis, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du mouvement pacifiste, n’osent toujours pas affronter les gouvernements israéliens d’une manière qui ait un minimum d’impact. Les centristes sont restés attachés trop longtemps à une réticence mal inspirée à déroger à ce que le Palestinien Mitri Raheb appelle amèrement « le faux espoir de l’ « équilibre », de la passivité et de l’optimisme forcé ». Par leur pusillanimité, les centristes renforcent dans une très grande mesure ceux qui, tant aux Etats-Unis qu’en Israël, ont pour objectif de débarrasser la Palestine des Palestiniens.
                                       
20. Une nouvelle association aide les juifs américains à faire leur "alyah" en Israël par Greg Myre
in The New York Times (quotidien américain) du jeudi 15 juillet 2004
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

L’immigration en Israël ayant fortement chuté, ces dernières années, un vol charter a débarqué près de 400 nouveaux arrivants, en provenance des Etats-Unis et du Canada, mercredi dernier, dans le cadre d’un programme à grande échelle, visant à attirer des juifs des classes moyennes vivant en Amérique du Nord.
Au cours d’une cérémonie-sauna qui a rempli un grand hangar à l’aéroport international Ben Gourion, le premier ministre Ariel Sharon et deux de ses ministres ont accueilli les immigrants, peu après qu’ils soient descendus d’un jumbo jet affrété par El-Al et parti de l’aéroport Kennedy de New York.
« Il nous faut importer des centaines de milliers de juifs d’Amérique en Israël », a dit M. Sharon. « Nous avons besoin d’eux, ici. C’est important pour vous ! C’est important pour nous ! »
Les immigrants faisaient partie des 1 500 originaires des Etats-Unis et du Canada, dont près d’un tiers de l’Etat de New York, attendus cet été sous l’égide d’une association de droit privé, Nefeh B’Nefesh, dont la raison sociale peut se traduire par « D’une âme à l’autre ».
Les juifs nord-américains, lesquels appartiennent dans leurs pays respectifs à la classe moyenne aisée, ont toujours immigré en très petit nombre en Israël : annuellement, tout au long du quart de siècle écoulé, le nombre de ceux qui ont effectué leur « alyah » a toujours fluctué entre 3 000 et 5 000. Jamais au-delà. C’est ce qu’indiquent les chiffres officiels du gouvernement israélien.
Mais l’association Nefesh B’Nefesh se donne pour mission d’augmenter substantiellement ces chiffres. Pour son coup d’essai, durant l’été 2002, elle a réussi à amener en Israël tout juste un peu plus de 500 immigrants. L’an dernier, ce sont plus de 1 000 immigrants qui sont venus en Israël, malgré la poursuite des violences au Moyen-Orient et en dépit de la situation économique israélienne, qui commençait tout juste à sortir d’une période de récession.
Le Dr. Jonathan Paley, un orthodontiste de Cedarhust (New York, sur Long Island), a ainsi atterri avec son épouse Sarah et leurs cinq enfants, âgés de 11 ans à 4 mois.
Le Dr. Palay, 33 ans, va faire diligence pour installer sa petite famille à Jérusalem, après quoi il fera la navette, chaque mois, avec New York, où il continuera à travailler (quinze jours par mois) dans son cabinet de dentiste, jusqu’à ce qu’il ait pu s’établir à son compte en Israël.
« Bien sûr, ça n’est pas facile ; mais c’est quelque chose de très important… Pour nous tous », dit le Dr. Paley. « Je suis venu en Israël pour la première fois à l’âge de onze ans, et depuis lors, j’ai toujours rêvé d’y revenir. »
Les immigrants disent que la violence qui règne au Moyen-Orient n’a jamais représenté pour eux une dissuasion. Pour certains, elle les a mêmes encouragés à faire montre de solidarité avec Israël au moment où il était confronté à des problèmes. La plupart des jeunes hommes, parmi les nouveaux immigrants, devront faire leur service militaire.
« Le moment venu, je m’attends à faire mon service militaire : je le ferai avec joie », dit Jason Silberman, 25 ans, qui vivait dans le quartier du Queens, et travaillait dans un cabinet juridique sis à Manhattan.
Même si les nouveaux arrivants faisaient pour l’essentiel état de raisons personnelles, pour expliquer leur venue en Israël, la question de l’immigration est également liée à une sorte de compétition démographique entre les Israéliens et les Palestiniens.
Dans l’ensemble constitué des territoires d’Israël, de la Cisjordanie et la bande de Gaza, les juifs sont un tout petit peu plus nombreux (5,4 millions) que les Arabes (4,9 millions), d’après les chiffres – concordants – du gouvernement israélien et de l’Autorité Nationale Palestinienne. Mais le taux des naissances, chez les Arabes, est nettement plus élevé, et, si la tendance actuelle se poursuit, les Arabes dépasseront en nombre les juifs au cours des dix ou vingt années à venir, selon les estimations des démographes.
La population juive d’Israël a augmenté grâce à une vague d’immigration, qui a débuté précisément en 1990, année marquant le début de l’effondrement de l’Union soviétique. En 1989, Israël n’avait reçu que 24 000 immigrants. En 1990, il en enregistra le chiffre record de 200 000, dont l’immense majorité provenaient d’URSS.
Ces dernières années, l’immigration s’est tarie, parce que beaucoup de juifs vivant dans des pays en grave crise économique, comme les anciennes républiques d’Union soviétique et l’Ethiopie, les ont déjà quittés. L’a dernier, l’immigration globale est tombée au-dessous des 25 000 nouveaux arrivants, contre-performance dont le précédant remonte à plus de quinze ans.
La moisson d’immigrants d’Amérique du Nord, cette année, provient de 33 Etats américains et de 4 provinces du Canada, et 98 % des familles d’immigrants comportent au moins une personne titulaire d’un diplôme universitaire pré ou post-doctoral.
« Nous promettons d’amener ici encore beaucoup plus d’avions, à l’avenir », a dit le rabbin Yehoshua Fass, l’un des dirigeants de l’association Nefesh B’Nefesh.
Beaucoup d’entre eux vivront à Jérusalem, ou à Beit Shemesh, située à une trentaine de kilomètres, à l’ouest. Quelques-uns iront s’installer dans des colonies juives en Cisjordanie – pratique qui a le don de titiller un nerf à vif du côté des Palestiniens…
Ces dernières années, de nouveaux immigrants venus d’Inde, du Pérou et d’ailleurs, ont été installés dans des colonies de Cisjordanie dès leur arrivée. Mardi prochain, cinquante familles françaises arriveront en Israël et iront s’installer directement en Cisjordanie, où elles recevront leur formation linguistique en hébreu, a indiqué le quotidien Yediot Aharonot.
Le projet de règlement pacifique au Moyen-Orient connu sous l’intitulé de « feuille de route » appelle Israël à suspendre « toute activité de colonisation ». Israël interprète cette injonction comme suit : « le développement des colonies existantes est permis »…
Les Palestiniens en appellent au démantèlement de toutes les colonies construites en Cisjordanie et dans la bande de Gaza sur des terres conquises par Israël au cours de la guerre de juin 1967. Les Palestiniens veulent recouvrer ces territoires, pour y établir leur futur Etat.
                           
21. Nous ferons "tout" afin de rétablir nos liens avec la Nouvelle Zélande par Yossi Melman
in Ha’Aretz (quotidien israélien) du jeudi 15 juillet 2004
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

Le Premier ministre de Nouvelle Zélande, Helen Clark, a imposé des sanctions diplomatiques à Israël mardi dernier, peu après qu’un tribunal néo-zélandais eut condamné deux Israéliens pour tentative d’obtenir illégalement un passeport de ce pays.
Mme Clark a déclaré mardi dernier qu’il « y avait de très fortes raisons de penser » que ces deux Israéliens (Uriel Zosha Kelman (31 ans) et Elisha Cara (50 ans)) « travaillaient pour les services de renseignement israéliens ». Les accusés avaient jusqu’ici nié appartenir au Mossad, comme l’indiquaient des informations diffusées dans les médias.
Mme Clark a annoncé que la Nouvelle Zélande suspendait les visites de haut niveau en – et en provenance d’ – Israël, et qu’un visa serait exigé de tout Israélien venant en Nouvelle Zélande effectuer une visite officielle. Elle a précisé que l’approbation de la nomination du nouvel ambassadeur d’Israël en Nouvelle Zélande était ajournée.
Par ailleurs, elle a fait savoir que la Nouvelle Zélande ne désirait pas la visite du président israélien Moshe Katsav, qui doit effectuer un déplacement déjà programmé en Australie, et que l’incident des deux passeports a « sérieusement tendu » les relations entre la Nouvelle Zélande et Israël.
« La Nouvelle Zélande condamne sans réserve les agissements de ces agences du gouvernement israélien », a dit Mme Clark, dans une déclaration. Elle a indiqué qu’une demande d’explications et des exigences d’excuses avaient été adressées à Israël il y a trois mois, mais qu’Israël n’avait répondu ni à l’une ni aux autres.
« Les deux agents israéliens ont tenté de porter atteinte à l’intégrité du système des passeports néo-zélandais. Ils auraient pu créer des difficultés considérables à tous les Néo-Zélandais amenés à présenter leur passeport, à l’avenir, lors de leurs déplacements outre-mer », a-t-elle indiqué.
« Israël a une longue tradition de relations excellentes avec la Nouvelle Zélande, et nous ferons tout ce qui est possible – avec le gouvernement néo-zélandais – pour restaurer (nos) relations », a déclaré M. Shalom à la radio israélienne. « Bien entendu, nous regrettons la réaction du gouvernement néo-zélandais. Mais nous pensons qu’il acceptera de reconsidérer sa décision. »
Des Israéliens condamnés à six mois de prison ferme
La Haute Cour d’Auckland a condamné Kelman et Cara, mardi dernier, à six mois de prison et à une amende de 50 000 dollars néo-zélandais chacun, quinze jours après qu’ils aient plaidé coupable d’avoir cherché à se procurer par des moyens illégaux un passeport néo-zélandais et d’appartenance à un groupe criminel organisé.
Le procureur de l’Etat avait initialement demandé une condamnation de neuf mois d’emprisonnement, qu’il a ramenés à six mois après que les accusés eurent proposé de dédommager la famille d’un homme handicapé dont ils avaient l’intention de falsifier le passeport. Le tribunal a décidé qu’il serait plus judicieux que cette compensation  oit allouée à l’Association Cerebral Palsy.
Les attendus du jugement ne condamnent pas les deux hommes en raison de leur appartenance aux services israéliens du renseignement, mais les médias néo-zélandais ont cité des sources gouvernementales, lesquelles affirmaient qu’ils appartenaient à une cellule du Mossad qui avait pour mission d’obtenir des passeports néo-zélandais afin de les utiliser au cours d’opérations secrètes.
Après leur condamnation, les accusés n’ont fait aucun commentaire
Après le verdict, l’avocat de Cara, Stuard Greeve, a dit au tribunal que son client n’appartenait pas au Mossad et qu’il avait reçu plusieurs menaces au lendemain des informations diffusées par les médias, établissant un lien entre lui et le service de renseignement israélien.
Avec les deux accusés israéliens, un résident de Shoham, Ze’ev William Barkan, qui avait réussi à s’enfuir de Nouvelle-Zélande, a également été mentionné dans le jugement et l’enquête préliminaire. Un quatrième homme, dont le nom n’a pas été révélé, a également été interrogé.
Cara et Kilman, celui-ci habitant à Jérusalem) ont été arrêtés à Auckland, environ quatre mois après leur prise en filature, qui a duré un mois, par la police néo-zélandaise et les services de sécurité néo-zélandais, en coopération avec les autorités australiennes.
Toutefois, ils étaient parvenus à un marché étonnant avec le procureur général de Nouvelle-Zélande, voici une quinzaine de jours : ils avaient reconnu leur culpabilité, en échange de l’abandon de deux autres charges retenues à leur encontre.
Jusqu’à  il y a quinze jours, Kelman et Cara résidaient dans un hôtel d’Auckland, et ils n’étaient pas tenus de se présenter à la police quotidiennement. Ayant été confondus, les deux Israéliens ont été mis aux arrêts.
                                       
22. Une association au nom de Zokhrot se donne pour mission la réalisation du droit au retour et l’immortalisation du souvenir de la Nakbah par Yo’av Keren
publié dans Yediot Aharonot (quotidien israélien) le 11 juillet 2004 et repris in Al-Quds Al-Arabi (quotidien arabe publié à Londres) du lundi 12 juillet 2004
[traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
Parmi les militants de cette association, un officier réserviste : il pense que la création de l’Etat d’Israël est un crime de guerre.
Après la volée de fusées Qassâm qui ont été tirées, samedi dernier, contre l’ouest du Néguev, le Hamas a publié un communiqué spécial : « Grâce à Dieu, nos combattants ont réussi à tirer trois fusées contre la colonie de Sdérot. Les roquettes sont tombées à l’intérieur de la colonie, causant plusieurs blessés chez les sionistes », disait le texte.
Le fait que Sdérot ait été définie comme une « colonie » ne surprendra personne : on sait, en effet, que les organisations terroristes ne font pas de distinguo entre les localités juives dans les territoires et les localités à l’intérieur de la ligne verte. Ce qui est plus étonnant – et aussi plus inquiétant – c’est essentiellement le fait qu’il y ait des juifs pour considérer, eux aussi, qu’une ville telle Sdérot est une colonie !
Voici, par exemple, cette association, dénommée Zokhrot. Elle s’est assignée pour mission de rendre effectif le droit au retour des réfugiés, dorénavant, et de célébrer la mémoire de la Nakbah. Sur le site internet de cette association, on peut voir une carte montrant tous les villages et les hameaux arabes qui ont été vidés de leurs habitants durant la guerre de 1948. En cliquant sur le nom de la localité, on voit apparaître plusieurs informations la concernant : le nombre des habitants avant la guerre, la manière dont elle a été abandonnée, l’unité militaire (israélienne) qui a occupé les lieux, ainsi – Mesdames et Messieurs, votre attention ! – « les colonies sionistes établies sur les territoires habités avant 1948 » et « les colonies sionistes établies sur les terrains à bâtir des territoires (revenant aux Palestiniens), après 1948 ». Tel quel, et en hébreu impeccable.
Si, par exemple, vous cliquez sur le point indiquant la localité de « Kumya », vous constatez qu’à sa place se trouve aujourd’hui la colonie de Aïn Hârôd. C’est sur les ruines du village de Zarnûqah qu’a été édifiée la colonie de Réhovot, et ce sont les villas de la colonie d’Herzliya / Betouh qui occupent aujourd’hui l’emplacement du village de Sayyidnâ Ali. Vous trouverez même sur cette carte la colonie connue sous le nom de Kîkâr Ha-Médinah (Place de l’Etat), à Tel Aviv, qui était jadis Soumayyel.
Le président de l’association Zokhrot est Eytan Bronstein, dont le seul intitulé du nom montre à quel point il est palestinien !
C’est Andy Azaqyan qui a mis au point la carte parlante, et parmi les membres de l’association, on trouve l’officier de réserve Yoval Tamari. Il est le fil du colonel Nehamya Tamari, et il est signataire de la pétition des refuzniks. L’association n’est pas seulement active sur la Toile, elle a également des activités de terrain : journées d’études avec la participation d’universitaires de grand renom ; excursion parmi les ruines des villages alentour ; projet d’installer des panneaux indicateurs dans ces endroits.
On trouve un reflet des positions adoptées par l’association dans un article publié voici environ trois mois par M. Tamari. Il a écrit, notamment : « En ce jour de commémoration de l’indépendance, j’ai l’impression que je ne pourrai jamais me résoudre à faire la fête. » Cette année, je me contenterai de réfléchir et de faire œuvre de mémoire. Réfléchir au prix payé pour l’indépendance, et faire œuvre de mémoire pour se remémorer ceux qui ont payé ce prix exorbitant. Donc, lors de la prochaine fête nationale, je me joindrai, avec d’autres gardiens de mémoire de l’association Zokhrot, à la manifestation pour le retour des déracinés de l’intérieur d’Israël, comme ceux du village d’Indûr. »
On aurait tendance à le considérer, lui et ses compagnons, comme ultra-minoritaires, et leur mouvement comme marginal et éphémère. Mais, en Europe, on accueille à bras ouvert les Israéliens dans leur genre et on leur donne une importance outrepassant de très loin leur importance véritable. Le jour où la Cour Internationale de Justice sera réunie, à La Haye, afin d’étudier les revendications des réfugiés en matière de droit au retour chez eux, à Réhovot, Tel Aviv et Ashdod – ce qui ne saurait tarder – ne soyons pas étonnés si nous voyons les militants de l’association « Zokhrot » et leurs émules sur l’estrade des témoins de l’instruction.
Existe-t-il, en effet, chose plus convaincante qu’un officier réserviste pour qui la création de l’Etat d’Israël est un crime de guerre ?
                                       
23. Tout simplement, Israël n’a pas de légitimité. Sans les prétentions bibliques d’Israël, les chances de paix seraient réelles par Faisal Bodi
in The Guardian (quotidien britannique) du mercredi 3 janvier 2001
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

(Faisal Bodi est journaliste, musulman. Il est actuellement [2004] le rédacteur en chef du site Internet en langue anglaise de la chaîne de télévision Al-Jazira : http://english.aljazeera.net.)
Voici quelques années, j’ai suggéré, dans la revue de mon syndicat étudiant, qu’Israël ne devrait pas exister. Je disais aussi que la sympathie soulevée par l’Holocauste représentait une couverture un peu trop facile pour les atrocités israéliennes. Du jour au lendemain, j’étais devenu l’ennemi public numéro 1. J’étais un fondamentaliste musulman, un antisémite, quelqu’un qui portait atteinte à la mémoire du plus abominable méfait commis dans l’histoire. Mes dénonciateurs me poursuivaient, me photographiaient et téléphonaient même à ma famille pour les avertir de se tenir prêts à recevoir un appel de la grande faucheuse.
Grâce au Ciel, ma notoriété dans les cercles juifs s’est affadie, depuis lors, à un point tel que, récemment, j’ai prononcé une conférence œcuménique sous le patronage du Leo Beck College, bien que mes idées n’aient pas changé d’un iota. Israël n’a pas le droit d’exister. Je sais parfaitement que c’est là une chose fort impolie à dire, et un propos que, dans le contexte de marasme actuel où s’est enlisé le processus de paix, d’aucuns vont trouver irresponsables. Mais c’est un fait que je considère central, depuis toujours, dans toute proposition d’une paix authentique.
Assurément, l’existence d’Israël ne pose aucun problème moral. Israël est censé être la réalisation d’une affirmation biblique. Sa raison d’être a été précisée, dans une formule demeurée célèbre, par feue le Premier ministre israélien Golda Meir. « Ce pays existe en accomplissement d’une promesse faite par Dieu En Personne. Remettre en question sa légitimité serait, par conséquent, totalement absurde ».
Cette promesse biblique est la seule justification invoquée par Israël afin d’affirmer sa légitimité. Mais quoi que Dieu ait voulu dire lorsqu’il promit à Abraham qu’il « avait donné cette terre, depuis le fleuve d’Egypte, jusqu’au grand fleuve, l’Euphrate », il est loisible de douter qu’il voulait que cette promesse soit utilisée comme une excuse pour s’emparer par la force et la ruse d’une terre dûment habitée par un autre peuple qui la possédait légitimement.
Repousser ce fait du revers de la main, aussi inconfortable soit-il, ne fait de bien à personne. Mais c’est ce qui a entraîné l’échec du processus d’Oslo. En signant l’accord, l’OLP a fait l’erreur cardinale de faire le pari qu’il est possible d’enterrer la hache de guerre en réécrivant l’histoire. L’OLP a admis, par pétition de principe, qu’Israël avait le droit d’exister. Le problème, c’est que cette pétition de principe avait pour corollaire l’admission de la légitimité du processus ayant abouti à l’existence d’Israël. Comme l’ont démontré les derniers développements, le peuple palestinien n’est pas prêt à suivre ses dirigeants dans leur crise d’amnésie intellectuelle.
L’autre source de légitimité revendiquée par Israël – la reconnaissance internationale – n’est pas moins fallacieuse. Les deux pactes qui scellèrent le sort de la Palestine furent, tous deux, à l’initiative de la Grande-Bretagne. Tout d’abord, nous, les Britanniques, avons signé les accords Sykes-Picot avec la France, afin de nous partager les dépouilles de l’Empire ottoman au Levant. Un an plus tard, en 1917, la Déclaration Balfour promettait un foyer national au peuple juif. En droit international, cette déclaration était nulle et non advenue, dès lors que la Palestine n’appartenait pas à la Grande-Bretagne. En vertu de la charte de la Ligue des Nations, la Palestine ressortissait à la souveraineté turque.
Lorsque, en 1947, l’ONU a adopté une résolution sur le partage de la Palestine, les juifs représentaient 32 % de la population, et possédaient 5 % des terres. En 1949, dans une très large mesure en résultat des exactions d’organisations paramilitaires telles Haganah, l’Irgoun et le gang Stern, Israël contrôlait 80 % du territoire de la Palestine, et 770 000 non-juifs avaient été chassé de leur pays.
C’est précisément cette histoire très bien documentée des iniquités entourant sa propre genèse qu’Israël doit reconnaître si l’on veut que la paix ait la moindre chance. Après des années de guerre, la paix découle du pardon, et non de l’oubli ; les peuples n’oublient jamais, mais ils ont une extraordinaire capacité à pardonner. Prenez l’exemple de l’Afrique du sud, qui a montré au monde qu’une vérité cathartique doit absolument être reconnue, avant qu’une réconciliation soit possible.
Bien loin de représenter une force de libération et de sécurité, après des siècles de souffrances, l’idée qu’Israël aurait en quelque sorte un droit à l’existence de nature religieuse n’a fait qu’emprisonner les juifs dans un cycle ininterrompu et infini de conflits. La « promesse » génère une arrogance qui institutionnalise l’infériorité d’autres peuples et initie à leur encontre des atrocités qui se répètent avec une régularité alarmante. Elle autorise des soldats à ignorer leur conscience et à bombarder des écoliers désarmés. Elle permet l’adoption d’une législation visant à empêcher toute acquisition de terres par des non-juifs.
Plus grave encore : la promesse obère la capacité d’Israël à rechercher des modes de coexistences fondés sur l’égalité et le respect des droits de l’homme. Un Etat fondé sur une prétention à la légitimité aussi exclusiviste que celle d’Israël ne saurait concevoir d’autre « solution » que la séparation. Mais la séparation, c’est tout autre chose qu’une paix durable ; la séparation ne fait qu’éloigner l’un de l’autre des camps irrémissiblement en guerre entre eux. Elle ne permet absolument pas la cicatrisation des plaies anciennes. Elle redresse encore moins les torts historiques infligés.
Mais ôtez le droit biblique, et immédiatement une coexistence mutuelle, voire même une solution à un seul Etat, ne semble plus aussi lointaines. Le nom que prendra cette coexistence importe moins que le fait que des gens ont pardonné et qu’un certain minimum de justice a été rétabli. Les juifs continueront à vivre en Terre sainte – selon la Promesse – aux côtés des autres habitants légitimes de la Palestine. Et en tant qu’égaux avec eux.
Cette forme d’examen de conscience est absolument nécessaire. En retour, Israël peut être assuré que les Palestiniens sauront faire montre d’un pardon magnanime. L’alternative, c’est la guerre éternelle.