"Je n'accepte pas cette idée de deux parties qui ont raison. La justice ne lutte pas contre la justice. Il n'y a qu'une justice."
Mahmoud Darwish
           
                       
Point d'information Palestine N° 237 du 28/05/2004
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Nous pouvons, si vous le souhaitez, vous adresser le Point d'information Palestine en format pièce-joint RTF sur simple demande à : lmomarseille@wanadoo.fr
Si vous ne souhaitez plus recevoir nos Points d'information Palestine, ou nous indiquer de nouveaux destinataires, merci de nous adresser un e-mail à l'adresse suivante : lmomarseille@wanadoo.fr. Ce point d'information est envoyé directement à un réseau strictement privé de 8934 destinataires et n'est adossé à aucun site internet.
Les propos publiés dans cette lettre d'information n'engagent que la responsabilité de leurs auteurs.
Consultez régulièrement les sites francophones de référence :
http://www.solidarite-palestine.org - http://www.paix-en-palestine.org - http://www.protection-palestine.org
                   
Erratum : Dans le Point d'information Palestine N° 236, nous avons attribué par erreur la traduction de l'anglais de la dépêche de l'agence WAFA intitulée :"Des balles israéliennes font exploser les rêves d'une petite fille" à Silvia Cattori, alors qu'elle a été réalisée par Carole Sandrel. Nous nous en excusons auprès de cette dernière. Nous profitons de cette occasion pour vous recommander encore une fois le site d'ISM-France : http://www.ism-france.org.
                               
Au sommaire
              
Témoignages
1. Zeitoun par Marianne Blume (14 mai 2004)
2. Voyage en prison par Toine Van Teeffelen (20 janvier 2004) [traduit de l'anglais par Ibtissem Almi]
                   
Rendez-vous
1. THEATRE - "Gilgamesh, le tyran qui ne voulait pas mourir" - Une création théâtrale de la compagnie palestinienne Inad-Théâtre de Bethléem et de la Compagnie Sîn les 1er, 4 et 5 juin 2004 au Théâtre de la Méditerranée à Toulon
2. EXPOSITION - Dessins d'enfants palestiniens des camps de réfugiés de la Bande de Gaza du 2 juin au 31 août 2004 à l'Espace - Accueil aux étrangers de Marseille
3. RENCONTRE - Conférence autour de Thierry Meyssan - "La guerre des civilisations comme stratégie politique" le samedi 5 juin 2004 à 16 heures à la Faculté Saint-Charles de Marseille
                   
Dernières parutions
1. Les démons de la Nakbah de Ilan Pappé aux éditions La Fabrique
2. Le sionisme en Palestine / Israël - Fruit amer du judaïsme de André Gaillard aux Éditions Bénévent
3. Le Cartel Bush ou l'itinéraire d'un fils privilégié - Comment fabrique-t-on un président des États-Unis ? par James Hatfield aux Éditions Timéli (Genève)
4. Démocratie et révolution de Georges Labica aux éditions Le Temps des Cerises
                     
Réseau
1. Le complexe de Néron par Albert Memmi Extraits du "Portrait du colonisé précédé de Portrait du colonisateur" de Albert Memmi (1957)
2. Présentation d'une liste "Euro-Palestine" pour les Elections européennes du 13 juin 2004 en Ile-de-France
3. L’amour de Jean Genet pour la Palestine : Une métaphysique d'action par Gérard Jugant (25 mai 2004)
                          
Revue de presse
1. Grand Moyen-Orient, vaste chaos par Rudolf El-Kareh in la Revue d’études palestiniennes N° 91 (Printemps 2004)
2. Les Français ne sont pas antisémites : ils ont juste peur des Arabes par Dalia Shehori in Ha'Aretz (quotidien israélien) du dimanche 23 mai 2004 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
3. Initiation d’Israël à la démocratie par Dr. Khaled M. Batarfi in Al-Madina (quotidien publié à Riyahd en Arabie Saoudite) le dimanche 23 mai 2004 [traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
4. Le zoo du camp de Rafah dévasté Dépêche de l'agence Associated Press du vendredi 21 mai 2004, 16h50
5. Leïla Shahid et Béatrice Dalle à la présentation de "La porte du soleil" Dépêche de l'Agence France Presse du mercredi 19 mai 2004, 13h18
6. La démission d’Arafat et les massacres de Rafah par Abd Al Bari Atwan (Editorial) in Al-Quds Al-Arabi (quotidien arabe publié à Londres) du mercredi 19 mai 2004 [traduit de l'arabe par Taïeb Moalla]
7. Une "Nakba" de 56 ans par Valérie Féron in L'Humanité du mardi 18 mai 2004
8. La diaspora (volontaire) d’Israël par Camilla Lai Ortolan in Il Manifesto (quotidien italien) du dimanche 16 mai 2004 [traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio]
9. "Bien-être du soldat israélien" : Manifestation de protestation à Marseille Dépêche de l'Agence France Presse du dimanche 16 mai 2004, 18h23
10. L'armée israélienne va détruire des centaines de maisons palestiniennes à Rafah Dépêche de l'Agence France Presse du vendredi 14 mai 2004, 11h17
11. La justice déboute deux associations qui accusaient Edgar Morin d'antisémitisme in Le Monde du vendredi 14 mai 2004
12. Pour une autre politique du Crif - Le président élu dimanche devra s'attacher à dissocier la lutte contre l'antisémitisme du soutien inconditionnel à Israël par Esther Benbassa in Libération du jeudi 13 mai 2004
13. Les critiques de Daniel Barenboim envers Israël irritent fortement Katsav et Livnat par Gideon Alon in Ha’Aretz (quotidien israélien) du lundi 10 mai 2005[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
14. Les écrits de Jean par le Dr. Jacques Coulardeau - Olliergues (Gironde) [courrier des lecteurs] in L'Humanité du samedi 8 mai 2004
15. "Les photos sont choquantes, mais nos rapports sont pires", accuse la Croix-Rouge par Afsané Bassir Pour in Le Monde du samedi 6 mai 2004
16. La cinquième colonne d'Israël par Samar Al-Gamal in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mardi 4 mai 2004
17. Chronologie de la trahison par Aliaa Al-Korachi in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mardi 4 mai 2004
18. Entretien avec Ahmed Al-Tibi : "Nous luttons contre la marginalisation et la discrimination" propos recueillis par Randa Achmawi in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mardi 4 mai 2004
                               
[- Extrait du sommaire du prochain Point d'information Palestine (N°238) : Présentation des livres : Made in Palestine - Journal d'une française à Ramallah de Fanny Germain aux éditions Ramsay, La France et l'origine de la tragédie palestinienne 1914-1922 de Philippe Prévost édition du Centre d'Etudes Contemporaines, Les Cahiers de Confluences : "La Méditerranée des Juifs" sous la direction de Paul Balta, Catherine Dana et Régine Dhoquois-Cohen aux éditions de L'Harmattan. Dans notre revue de presse : Les géniteurs d'Al-Qaeda - L'égoïsme et l'iniquité de ses politiques exposent l'Occident à la violence terroriste par François Burgat in Libération du mercredi 12 mai 2004 * La colonisation occidentale du monde par Mustapha Kharmoudi in Le Journal (hebdomadaire marocain) du samedi 8 mai 2004 * Universités en péril par Sara Roy in The London Review of Books (bimensuel britannique) du jeudi 1er avril 2004 * Le mur des plaintes et des espoirs par Théo Klein in Etudes du mois de janvier 2004]
                           
Témoignages

                           
1. Zeitoun par Marianne Blume (14 mai 2004)
[Marianne Blume est une ressortissante belge, citoyenne de Gaza en Palestine.]
Ils sont arrivés la nuit comme des voleurs. Ils arrivent toujours la nuit- c’est terrible la nuit quand elle s’emplit de rumeurs. Et la nuit s’est mise à tourner au rythme des hélicoptères. Elle ne s’ouvrait que déchirée par les éclairs des tirs et l’écho éclaté des explosions. Ils sont arrivés la nuit. Et on les attendait. Qui laisserait entrer un étranger s’il a le visage de la guerre, s’il se cache dans des boîtes blindées et si, en guise de main, il tend un fusil ?
La nuit tournait au rythme des hélicoptères et les rues s’emplissaient du grondement têtu et menaçant des chars et des blindés. Les résistants étaient prêts en dépit de leur faiblesse et du déséquilibre des armes. Et ils ont résisté.
A l’aube, c’est le jour qui s’est mis à tourner et la nouvelle est tombée : un blindé de transport avait sauté sur une mine et six soldats étaient morts. Le jour s’est mis à respirer un peu plus librement : les résistants avaient remporté une victoire et chacun s’en sentait un peu victorieux. Chacun avait comme retrouvé sa dignité et si l’on savait que la revanche serait terrible, on refusait d’y penser.
Et le jour a commencé à tourner fou. Différents groupes ont revendiqué la possession de parties des corps éparpillés des soldats. A la victoire, s’est superposée l’amertume. On marchait la tête moins haute. Le jour respirait à petits coups dans l’attente du pire. Les troupes israéliennes sont restées à Zeitoun à la recherche des corps. Elles ne se sont retirées qu’après avoir récupérés par voie diplomatique les restes des leurs. C’était de nouveau la nuit.
Il y avait à Zeitoun de bucoliques nappes vertes à la tranquillité villageoise. Il y avait des orangers et des oliviers. Tout a disparu avalé par les bulldozers.
Il y avait à Zeitoun un tronçon de la route principale qui menait du Nord au Sud. La route n’a plus de visage ; elle n’a pas même l’apparence d’une route de campagne. Macadam, berne centrale, trottoirs, poteaux électriques, tout a été malaxé et rejeté contre les murs comme du vomi.  La rue n’est plus qu’un amas de terres, de boue et d’eau jaillie des canalisations éventrées et des égouts défoncés.
Il y avait des magasins et des petits ateliers à Zeitoun. Plus aucun magasin n’a de porte, plus aucun atelier n’a l’air entier. Comme si un ouragan aveugle était passé par là.
Il y avait des voitures et des camions à Zeitoun. Deux camions sont couchés dans le fossé contre leur gré tandis que des voitures chiffonnées ou écrasées par des chars grimacent le long du chemin.
Il y avait un petit marché à Zeitoun. Il a disparu, avec ses pastèques et ses légumes, noyé sous un amas de sable amoncelé par les bulldozers. C’est à peine si deux ou trois tranches rouges pointent le nez pour marquer la place des étales.
Il y avait des maisons à Zeitoun. Certaines sont totalement détruites, tous les étages empilés au sol au milieu des gravats, comme des gâteaux ratés. D’autres ont perdu leurs fenêtres, toutes brisées par les tirs et les explosions. D’autres sont criblées de balles. D’autres sont jonchées des débris de mobilier réduit en miettes par des soldats consciencieux. D’autres encore sont maculées de la farine, du sucre et de l’huile répandus et mélangés par de mauvais gamins en uniforme. D’autres enfin pleurent leurs habitants et s’ouvrent pour la file des hommes venus présenter leurs condoléances.
Il y avait la vie à Zeitoun. Quatorze personnes sont mortes, tuées, abattues par l’armée d’occupation. Certaines étaient armées et d’autres pas. Il y avait la vie à Zeitoun. Aujourd’hui il y a des hommes assis devant leur maison, le regard hébété et le cœur en colère qui fixent étrangement les ruines et ce qui ressemble à un tremblement de terre. Les enfants jouent dans les flaques et rêvent sans doute d’être des héros. Des badauds se promènent. Un père montre à sa fillette les arbres déracinés et la terre meurtrie. La municipalité tente de réparer l’infrastructure.
Zeitoun, Naplouse, Rafah, Jénine, Khan Younis, Tulkarem,  Nuseirat, Al-Khalil, Al-Bourej, Janous, Beit Lahya, Bethléem, Beit Hanoun etc. toujours le même scénario, avec les mêmes acteurs et les mêmes spectateurs, plus ou moins critiques. Il est temps de changer, les spectateurs paient, qu’ils forcent le metteur en scène à monter une nouvelle pièce.
[Rafah - Mercredi 19 mai 2004 - Chers amis - L'heure est très grave. Une manifestation de civils qui se dirigeait vers Tell Al Sultan pour protester contre ce qu'y fait l'armée israélienne a été la cible de missiles et de tirs de chars. Au moins, dix personnes ont été tuées et plus de 50 blessées. Même le Jerusalem Post en anglais parle de manifestation de civil. L'armée va enquêter. Les journalistes sur place disent que les escaliers du seul hôpital de Rafah dégoulinent de sang. Avraham Burg parle de bain de sang en parlant de l'opération "Arc-en-ciel dans les nuages". L'heure est très grave et on voit ici se répéter ce qui s'est passé à Jénine si pas pire. Prenez vos plumes, décrochez vos téléphone, lancez des e-mails aux politiques, aux journalistes, aux associations : il faut agir tout de suite et arrêter l'hypocrise de nos dirigeants. L'heure n'est pas à la diplomatie, la société civile doit montrer ce dont elle est capable. Qu'on arrête de nous prendre pour des gentils idéalistes! Des gens meurent, des gens meurent et il en est parmi eux que vous pourriez connaître. Merci de m'avoir lue, je ne peux même pas dire que je suis inquiète ou angoissée; je ne sais plus ce que je ressens. A vrai dire, j'ai envie de pleurer, surtout quand j'entends la voix de mes étudiants pris au piège. J'ai envie de frapper quand j'entends des jeunes de 10-20 ans dirent que je ne dois pas m'en faire, que la vie et la mort pour les Palestiniens, c'est la même chose. Ils ont 20 ans. Marianne Blume]
                                              
2. Voyage en prison par Toine Van Teeffelen (20 janvier 2004)
[traduit de l'anglais par Ibtissem Almi]
[Toine Van Teeffelen est un ressortissant hollandais marié à une palestinienne. Il est le coordinateur local des "Civils Unis pour la Paix", une initiative hollandaise qui envoie des observateurs civils en Cisjordanie et dans la bande de Gaza (pour plus d'informations : http://www.unitedcivilians.com). Ce texte est paru sur le site "Electronic Intifada" (http://electronicintifada.net/v2/article2362.shtml) et repris dans la Revue "Albatroz" N° 35 / Avril 2004 (Cf. Point d'information Palestine N°235).]
En arrivant à Tel-Aviv, de retour de vacances passées avec Mary et les enfants, un corpulent garde de sécurité au sourire amical me conduit à travers le complexe aéroportuaire Ben Gourion pour m´interroger. Dans une pièce lointaine, petite et peu décorée, l´homme me montre son insigne du ministère de la Défense et me demande comment je me sens.
Une deuxième personne, apparemment un témoin, m´apporte de l´eau dans un gobelet en plastique et garde le silence, la tête baissée. D´un air plutôt détaché, l´autre commence à enchaîner question sur question dans un anglais simple et direct.
« Comment avez-vous rencontré votre femme ? »
« Aimez-vous la société arabe ? »
« Quels enseignants musulmans connaissez-vous à Bethlehem ? »
L´homme prend des notes très espacées et dessine des flèches entre mon travail et les bailleurs de fonds. D´une voix légère, il mentionne qu´il ne croit pas au genre d´activités pacifiques que je mène.
« Comment vous placez-vous sur l´échiquier politique - à droite, au centre, à gauche, à l´extrême gauche ? »
« Ecoutez bien s´il vous plaît, c´est une question importante : Avez-vous des contacts avec le Mouvement de Solidarité Internationale ou avec des factions politiques palestiniennes ? »
Il me dit presque en s´excusant qu´il n´est pas commun que des étrangers vivent à Bethlehem en ce moment.
« C´est pour cela que je vous pose toutes ces questions. » Puis la rencontre prend fin abruptement.
« Tout est en règle, vous pouvez partir. »
Un voyage long et ennuyeux est également terminé. Après une escale impromptue à Vienne due à un brouillard épais, on m´a gardé pendant plus d´une heure dans une pièce isolée de l´aéroport de Budapest, où je devais prendre un avion de la compagnie El Al, tandis que trois personnes fouillaient méticuleusement mes bagages dans une pièce attenante.
Ils ont cru que ma brosse à cheveux contenait un mécanisme électronique et un garde de sécurité a paniqué et a prévenu ses collègues en hurlant. Ils n´étaient pas d´accord sur ce qu´ils devaient en faire.
Une fois à Bethlehem, j´ai attendu dix jours le retour de Mary, des enfants et de ma belle-famille qui avaient passé des vacances prolongées en Hollande, à Paris et en Bretagne où ils avaient goûté à la liberté dans les forêts et à la plage.
« Retour à la vie anormale, » a l´habitude de dire Mary en entrant en Palestine. Au Pont d´Allenby, ils ont eu l´immense chance de trouver un taxi dans lequel rester tout du long jusqu´à Bethlehem. Il pleuvait des cordes. Le chauffeur du taxi était nerveux et craignait que des soldats contrôlent le véhicule, car il n´avait pas le droit de transporter des passagers sans les permis appropriés et il voulait déposer ma famille quelque part avant 'Azzariyyeh (la Béthanie biblique).
Cependant, Mary a insisté et l´homme a bien senti qu´il ne pouvait laisser les enfants et ma vieille belle-mère dehors sous la pluie battante. « Combien de passeports étrangers avez-vous ? » a-t-il demandé. Mary a répondu la vérité, « deux » (pour les enfants). Probablement à cause de la pluie, les soldats ne contrôlaient pas toutes les voitures et ainsi ma famille a pu faire le voyage jusqu´à Bethlehem en traversant Jérusalem plutôt qu´en passant par la route sinueuse et escarpée de Wadi Nar qui longe l´est de la ville et sur laquelle se situe un poste de contrôle réputé difficile.
Les coûts dont s´est acquittée ma famille pour le voyage de Bethlehem à Amman et le trajet du retour égalent presque un voyage en avion, soit 200 dollars par personne comprenant les coûts des taxis spéciaux, les taxes à la frontière, l´autorisation d´entrée délivrée par la Jordanie et un hôtel à Amman.
Ce n´est pas pour les pauvres.
A présent, sur le chemin du Pont d´Allenby les Palestiniens passent parfois la nuit dans un hôtel             d´ 'Azzariyyeh ou de Jéricho. La route est pleine d´obstacles, le dernier en date étant le Mur. Le Mur haut de huit mètres construit la semaine dernière à 'Azzariyyeh a suscité la remarque suivante des habitants : « même Jésus [qui a ressuscité Lazare en Béthanie/'Azzariyyeh] n´aurait pas pu pénétrer dans la ville à travers ce mur. »
Les obstacles rencontrés au cours des voyages ne concernent pas seulement les Palestiniens. Depuis le 4 janvier, les visiteurs étrangers (ou les Palestiniens voyageant avec un passeport étranger et un visa) sont obligés d´avoir une autorisation spéciale pour entrer dans les territoires palestiniens. Selon la déclaration publique, ils risquent même d´être déportés si on les contrôle sans permis, à Bethlehem par exemple.
Mais qu´en est-il des touristes qui visitent l´Eglise de la Nativité ? Ont-ils eux aussi besoin de se munir d´un permis ? J´ai téléphoné au Bureau de la Représentation hollandaise à Ramallah qui m´a répondu que le Bureau avait été informé de cette nouvelle règle mais que les modalités de son application n´étaient pas encore clairement définies. Même le lieu d´inscription pour l´obtention du permis n´était pas encore clairement établi.
Le détenteur d´un passeport étranger à l´Université de Bethlehem a pensé que cette mesure était un ballon d´essai israélien afin de tester les réactions de la communauté internationale. Si ces dernières étaient faibles, Israël procèderait à l´application de la mesure au moins dans certaines zones de la Cisjordanie. D´une manière générale, la mesure semble faire partie d´une politique logique menée ces dernières années pour écarter les activistes internationaux, les observateurs et même les touristes et les pèlerins afin qu´ils ne puissent voir et rapporter ce qui se passe dans les territoires palestiniens et pour créer un sentiment d´isolation dans la population.
Les étrangers sont supposés partager l´habitude qu´ont les Israéliens d´éviter ces zones, comme si elles étaient contaminées. Combien de fois des Israéliens m´ont-ils dit de bien faire attention et de prendre garde à moi en allant à Bethlehem tandis que moi je me sens toujours plus en sécurité à Bethlehem qu´à Jérusalem ? Récemment un ami m´a dit que les « murs se referment sur nous ». Comme c´est vrai.
Au travail, les professeurs d´un atelier me disent tous que Bethlehem va être cernée par le Mur. Au sud est, le projet de construction d´une résidence destinée aux étudiants de troisième cycle de l´Université de Bethlehem est menacé par le Mur près de Khilit al-Jooz. L´affaire a été amenée devant la Haute Cour israélienne, comme celle concernant le tracé du Mur prévu pour encercler la tombe de Rachel.
Un autre professeur mentionne que le côté ouest de Bethlehem, les beaux champs de Cremisan et le monastère salésien seront coupés de Beit Jala. Au nord, la clôture métallique sépare déjà Bethlehem des oliveraies désormais annexées à Har Homa/Abu Ghneim. Au sud, on s´attend à ce que le Mur soit construit près des colonies de Gush Etzion. L´histoire est connue à présent : les instituts seront séparés de leurs clients, les familles seront divisées, les paysans seront coupés de leurs champs et les enfants des écoles.  
Physiquement, avec ce Mur qui s´impose partout à la vue de tous, le sentiment d´isolation sera accablant. Economiquement, cette barrière imposée aux échanges commerciaux scellera le sort des communautés palestiniennes de Cisjordanie. Selon l´Institut de Recherche Appliquée de Bethlehem, plus de 70% de la population de la ville est déjà au chômage, soit 10% de plus que l´année dernière.
De plus, les organisations d´aide internationales décideront peut-être de quitter massivement les territoires occupés afin de ne pas subventionner l´occupant qui est après tout responsable du bien-être de la population sous son contrôle. Les Palestiniens risquent alors de devenir un groupe dont on parle beaucoup mais que l´on oublie humainement. A l´Institut de Bethlehem nous recevons des centaines de prières de Noël et de souhaits, collectés dans l´espoir d´infléchir une telle tendance par le mouvement pour la paix, Pax Christi, dans différents pays du monde. C´est une consolation, même si elle reste symbolique.
De retour à l´école, Jara lit un passage sur la pêche à Gaza dans son manuel scolaire d´études sociales. On lui recommande d´aller avec son professeur à Gaza pour y rendre visite aux pêcheurs, comme s´il était possible pour des étudiants de Cisjordanie d´aller avec leur classe à Gaza. Et peu importe que les pêcheurs à Gaza soient à peine en mesure de quitter le port, suspectés par la marine israélienne de faire passer des armes en contrebande.
Tamer, quant à lui, est encore enthousiasmé par ses voyages en avion. A présent il prend ses parents et les visiteurs par la main pour leur montrer fièrement l´avion (tayyaara) en plastique qu´il a accroché au mur de sa chambre. Heureusement, Jara et Tamer ne sont pas encore vraiment conscients qu´ils grandissent dans une prison.
                                           
Rendez-vous
                           
1. THEATRE - "Gilgamesh, le tyran qui ne voulait pas mourir" - Une création théâtrale de la compagnie palestinienne Inad-Théâtre de Bethléem et de la Compagnie Sîn les 1er, 4 et 5 juin 2004
au Théâtre de la Méditerranée à Toulon
[Espace Comedia - Théâtre de la Méditerranée - 10, rue des Orves - 83000 Toulon - Renseignements : 04 94 36 19 16 - E-mail:
themed@wanadoo.fr]
Le mardi 1er et le samedi 5 juin à 20h45, et le vendredi 4 juin à 19h00
A cette occasion le peintre Vonick Y. Laubreton, qui a manifesté son soutien au peuple palestinien maintes fois, présentera quelques unes de ses toiles consacrée à "L'épopée de Gilgamesh". Vous pouvez visiter son site à l'adresse : http://perso.wanadoo.fr/laubreton.
L'Espace Comedia - Théâtre de la Méditerranée de Toulon, présente une création de l'Inad-Théatre (Bethleem) et de la Cie SÎN (Nice) en résidence à l'Espace Comédia.
Mise en scène : Entilien Urbach - Scénographie : Raphaël Maulny Musicien : Thomas Garcia - Avec Mohamed Awad, Khalid Massou, Aurélie Péglion, Emilie Pirdas, Ruba Subhi, Ludovic follet et Nicola Zraina.
"Il revient fatigué mais debout. Il a parcouru le monde au-delà des terres connues. Son souffle est plus rapide, son dos s'est courbé. Il n'a plus la fougue du taureau. Mais, dans son voyage, il connut tous les secrets. II a vu derrière les voiles de l'ignorance. Écoute son histoire. Vois comme il est beau et puissant le chien qui viola nos soeurs ! Tu entres dans la région d'entre les deux fleuves, terres de vignes, de blé et d'orge, terres d'oliviers et d'arbres fruitiers. Entends le récit de celui qui pour deux tiers est dieu et du reste n'est qu'un homme."
L'association Sin (Nice) et l'lnad Théâtre (Bethléem) regroupent pour cette création des artistes français et palestiniens. Le texte est écrit à partir de recherches faites autour de « L'épopée de Gilgamesh », la mythologie mésopotamienne et l'Ancien Testament. Plusieurs stratagèmes permettront une lecture totale de la pièce aux spectateurs français comme arabe. La musique riche de la rencontre entre les deux cultures sera jouée sur scène, le musicien étant un personnage à part entière.
Les questions abordées par l'Epopée viennent alimenter l'intérêt d'une création à laquelle participent des artistes de cultures différentes. C'est un défi d'évoquer ensemble la question de la femme, du pouvoir, de l'amitié, du sacré, de la guerre...
La création de ce spectacle s'inscrit dans la continuité des Journées Théâtrales de Rencontres. En janvier 2003, la compagnie Act'Libre de Nice, le Théâtre de Grasse et le Théâtre de la Méditerranée lançaient cette initiative en réunissant dans le Sud-Est des artistes français et du Proche Orient autour des notions de "Création et Résistance".
Les représentations seront suivies d'un buffet.
(Partenaires de cette création : le Conseil Régional PACA, la DRAC PACA, le Consulat Général de France à Jérusalem, le Ministère de la Culture de l'Autorité Palestinienne, le Site des Casernes d'Angely et le Théâtre de la Méditerranée.)
                                
2. EXPOSITION - Dessins d'enfants palestiniens des camps de réfugiés de la Bande de Gaza du 2 juin au 31 août 2004
à l'Espace - Accueil aux étrangers de Marseille

[Espace - Accueil aux étranger - 22, rue Mathieu Stilatti - 13003 Marseille - Tél. 04 95 04 30 98/99 - Email : courtechel@club-internet.fr / gradiragaza@yahoo.fr]
Les associations La Courte Echelle et Grandir à Gaza présentent "Dessins d'enfants des camps de réfugiés de la Bande de Gaza", une exposition conçue et réalisée par Muriel Modr, artiste plasticienne. Vernissage le mercredi 2 juin 2004 à 18h30.
                       
3. RENCONTRE - Conférence autour de Thierry Meyssan - "La guerre des civilisations comme stratégie politique" le samedi 5 juin 2004 à 16 heures
à la Faculté Saint-Charles de Marseille
[Faculté Saint-Charles - Amphithéâtre Fabry - 3, Place Victor Hugo (M° Gare St-Charles) Marseille 3ème]
- L'Equitable Café - Abondance organise une conférence-débat autour de Thierry Meyssan pour la première fois à Marseille.
Pour imposer un empire, les néo-conservateurs ont entrepris d'affaiblir les résistances en divisant le monde en civilisations antagonistes. Ils ont créé un nouvel adversaire, l'islamisme, qu'ils ont substitué à l'ancien ennemi, le communisme, à la faveur du choc du 11 septembre. Intégrant dans leur doctrine des éléments de la pensée coloniale, ils ont fabriqué une image repoussante de la civilisation islamique, violente et inadaptée à l'époque contemporaine. À l'inverse, s'appuyant sur de grands médias, ils se sont forgés une image de soldats de la démocratie.
Cette construction idéologique, qui justifie à terme un affrontement entre civilisations et l'anéantissement de la culture musulmane, se concrétise d'ores et déjà par la guerre au terrorisme et la mise à sac de l'Irak. Elle passe par la destruction du rêve français, jamais réalisé mais toujours mobilisateur, d'une société laïque où les citoyens seraient égaux quelles que soient leurs références culturelles et leurs convictions religieuses.
Qui sont les néo-conservateurs ? Que signifient guerre au terrorisme et guerre des civilisations ? Après le 11 septembre, la guerre civile afghane et l'occupation de l'Irak, jusqu'où iront les États-Unis dans leur ambition de domination impériale ? Telles seront les questions auxquelles répondra Thierry Meyssan.
- Après des études de Sciences politiques, Thierry Meyssan a animé une association internationale de défense des libertés individuelles, puis il s’est orienté vers le journalisme d’investigation. Son parcours l’a entre autre conduit à devenir expert pour les Droits de l’Homme auprès de la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe (C.S.C.E.). Il préside le Réseau Voltaire et édite le quotidien "Voltaire", une lettre d’intelligence politique [http://www.reseauvoltaire.net]. Après la publication de ses deux livres L'Effroyable imposture et Le Pentagate, Thierry Meyssan est devenu un des intellectuel français le plus connu au monde et néanmoins le plus controversé dans son propre pays. Nombre de chroniqueurs et éditorialistes français le dénigrent régulièrement, tandis qu'il est reçu avec tous les honneurs par plusieurs gouvernements sur trois continents. Un clivage semble s'être constitué autour de la planète sur ce qu'il représente : une partie s'y oppose par principe, l'autre l'écoute avec intérêt. Il y a ceux qui utilisent les analyses de Samuel Hungtington sur la « guerre des civilisations » comme grille de lecture du monde de l'après 11 septembre, et les autres pour qui Thierry Meyssan représente l'alternative laïque au conflit des civilisations développé par l'administration Bush.
Thierry Meyssan a pubié de plusieurs ouvrages, Charles Millon, le porte-glaive (Golias, 1999), L'Énigme Pasqua (Golias, 2000), Terrorisme en soutane (L'Esprit frappeur, 2000) et L'effroyable imposture [256 pages - 18,00 euros - ISBN : 2-912362-44-X] paru en mars 2002 aux éditions Carnot et Le Pentagate [208 pages - 12,00 euros - ISBN : 2-912362-77-6] paru en juin 2002 également aux éditions Carnot.
[Participation aux frais : 2 euros - Informations : Tél. 04.91.48.06.62 - Email : samiroodoo@yahoo.fr]
                                                                       
Dernières parutions

                            
1. Les démons de la Nakbah de Ilan Pappé 
aux éditions La Fabrique
[128 pages - 13 euros - ISBN : 2913372368]
(Traduit de l'anglais par Marc-Ariel Friedeman.) Vers la fin des années 1980, Ilan Pappé et Benny Morris introduisent le terme de " nouveaux historiens " dans le discours universitaire israélien. Il ne s'agit pas d'un mouvement ni même d'un groupe, mais de chercheurs isolés qui en viennent à raconter autrement l'histoire de l'État d'Israël, et notamment de ses origines - la guerre de 1948 et la nakbah ou catastrophe, l'expulsion systématique des Palestiniens, jusque là complètement absente du discours académique.
Avec la deuxième Intifada, le vent frais du pluralisme dans la sphère universitaire s'arrête net. Parmi les " nouveaux historiens ", certains - comme Benny Morris - retournent explicitement au consensus antérieur, d'autres abandonnent le sujet. Le livre raconte la saga d'un historien qui tient bon le cap et continue ses recherches et son enseignement, en collaboration avec les chercheurs palestiniens, sur les origines de l'État d'Israël. Il relate les événements survenus à l'université de Haïfa pendant les trois dernières années : entraves de tous ordres, intimidation, menaces d'exclusion que seules les protestations venues du monde entier ont empêché d'aboutir. À travers son histoire personnelle, Ilan Pappé décrit la prise en mains du pouvoir sioniste sur la production du savoir en Israël et sa violence à l'encontre des voix intellectuelles discordantes.
Ilan Pappé, après des études à Oxford conclues par un doctorat en histoire, enseigne depuis 1984 l'histoire du Moyen-Orient à l'université de Haïfa, où il est senior lecturer. Il a fondé en 1992 l'Institut de recherche sur la paix, à Givat Haviva (Israël), dont il a été le directeur scientifique jusqu'en 2000. Depuis 2002, il préside l'Institut Emil Touma pour les études palestiniennes et israéliennes, à Haïfa. Il est entre autres l'auteur de The Making of the Arab-Israeli Conflict, 1947-1948 (Londres et New York, 1992), traduit en français à La Fabrique (La Guerre de 1948 en Palestine, 2000) ; The Israel/Palestine Question (Londres et New York 1999) ; The Modern History of Palestine : One Country, Two People (Cambridge UK, 2003).
[La Fabrique éditions - 64, rue Rébéval - 75019 Paris - Tél & Fax : 33 (0) 140 150 263 - Email : lafabrique@lafabrique.fr - Site : http://www.lafabrique.fr]
                                          
2. Le sionisme en Palestine / Israël - Fruit amer du judaïsme de André Gaillard
aux Éditions Bénévent
[270 pages - 20 euros - ISBN : 2848713267]

Fondé à la fin du XIXe siècle par l’écrivain et journaliste hongrois Theodor Herzl après la vague d’hostilités antijuives qui avait notamment déferlé en Russie, en Pologne puis en France avec l’affaire Dreyfus,  le mouvement sioniste s’est donné pour objectif d’établir un territoire réservé aux Juifs dans la perspective de leur assurer, compte tenu des persécutions dont ils étaient souvent victimes, une sécurité définitive.
Depuis 1922, date à laquelle la Société des Nations confia à la Grande-Bretagne un Mandat sur la Palestine à l’issue de la première guerre mondiale, depuis 1947 surtout, date à laquelle l'ONU voulut y créer deux États, l'un "juif", l'autre "arabe", cette région est le théâtre d'un état de guerre permanent. Quatre guerres meurtrières se sont déclenchées et ont entraîné le déplacement de centaines de milliers de personnes, tandis que se sont perpétrés chaque jour crimes et exactions multiples.
Or un tel conflit avec son intensité dramatiquement croissante avait été prédit par une partie notable et éminente de la communauté juive qui, dès le début du XXe siècle, dénonçait avec force, comme source de désastres futurs, l'émergence en son sein de l'idéologie sioniste.
Le présent texte se propose, d’une part d’analyser les sources judaïques du sionisme généralement méconnues, d’autre part de réunir les éléments essentiels d'ordre historique qu'il convient d'avoir à l'esprit pour approcher les causes de l’affrontement. Il veut traduire aussi les réactions de l'auteur devant le drame quotidien qui se joue là-bas, drame dont les Nations occidentales n'ont pas encore pris la juste mesure.
André Gaillard est né en 1922. Déporté politique pendant l’Occupation allemande, il s’oriente ensuite vers la médecine. Professeur de Faculté, Médecin honoraire des hôpitaux, il a publié de nombreux articles médicaux et un ouvrage sur "Les mythes du Christianisme".
AVANT-PROPOS
Le XXe siècle qui vient de s’achever a été riche d’enseignement sur les vertus, mais aussi sur les capacités de nuisance, de la race humaine. S’il a vu dans de nombreux pays l’avènement de la démocratie et la promotion des droits civiques, il n’en a pas moins légué aux générations futures les séquelles de tragédies qui s’inscriront longtemps dans les livres d’histoire. Il serait vain de tenter de les énumérer. Deux d’entre elles, par leur ampleur même, s’imposent à la mémoire collective. Souvenons nous qu’un grand peuple européen, pourtant éminent dans de nombreux domaines, s'est laissé séduire par l'idéologie nazie avec les conséquences monstrueuses que l’on connaît. Souvenons nous aussi qu’ailleurs, notamment en France, une partie non négligeable de l'élite intellectuelle a adhéré pendant plusieurs décennies à l'idéologie communiste responsable de dizaines de millions de morts
Comme en témoignent ces erreurs que nombre de gens instruits et sincères ont partagées, le juste interprétation des événements, lorsqu’ils se déroulent sur de nombreuses années et nous sont rapportés quotidiennement, est toujours difficile. De plus, contrairement à une opinion courante mais fausse, l'Histoire est la science des choses qui ne se répètent pas. La prochaine guerre ne sera pas semblable à la précédente, les grandes idéologies du passé ne reviendront pas sous la même forme, les hommes sont confrontés à des situations toujours nouvelles dont la nocivité n'émerge souvent dans les consciences que devant des malheurs caractérisés.
Notre époque n'échappe pas à cette règle... Aujourd’hui, on peut affirmer qu’une idéologie dénoncée pendant longtemps par une partie notable et éminente de la communauté juive d’où elle a émergé portait en elle tous les germes d'une future tragédie. L'idéologie sioniste, à la fois doctrine théorique et base d’un système politique redoutable, est largement méconnue. Basée sur le mythe de la Terre promise à un Peuple élu par Yahvé, le dieu de la mythologie hébraïque, elle s'est développée depuis la fin du XIXe siècle et a obtenu en 1947 des Nations Unies un État : Israël. Génératrice d’un état de guerre permanent et d’une colonisation impitoyable à laquelle répond un terrorisme dont l'horreur tend à voiler dans les esprits les vraies origines, cette idéologie, si elle n'est combattue vigoureusement, ne peut pas ne pas aboutir à un désastre à la fois pour le peuple juif qui l'a nourrie en son sein et pour bien d’autres populations. Car, comme le furent en leur temps au nom de la Vérité, les Croisades, l’Inquisition ou les guerres de religions pour le christianisme, comme l'est le fondamentalisme musulman pour l'Islam depuis quelques dizaines d'années, le sionisme - au nom d’une donnée qui n’est plus la Vérité mais la « Race » - est un fruit amer du judaïsme…
Face à la situation chaotique qui a malencontreusement découlé de la décision des Nations Unies, face à un affrontement dont nul ne voit l’issue et dont la fin peut s’avérer dramatique, que peut-on faire et espérer ? Mon but, en tout cas, est de porter un regard sur l'idéologie sioniste au vu de ses manifestations sur le terrain, mais aussi de ses sources judaïques généralement ignorées par les auteurs et commentateurs et sans lesquelles tout discours est profondément déficient. Ceci sans méconnaître ce que le judaïsme a apporté à la civilisation,  sans méconnaître non plus que la création de l'État d'Israël, pour avoir été historiquement une erreur, a aussi, en succédant à un génocide caractérisé, obéi à des motifs humanitaires.
De par sa perspective précise et limitée, un tel texte peut apparaître à certains comme systématiquement favorable à ceux, Arabes notamment, qui luttent contre l'entreprise en question. Cette interprétation n'est pas juste. Apporter spontanément sa sympathie à un peuple opprimé n'est nullement approbation de ses actions, négation de ses faiblesses, méconnaissance des pesanteurs inhérentes à l'Islam qui l'inspire. Il s’agit simplement de comprendre une idéologie qui, par delà ses hérauts, conduit une machine redoutable.
Compte tenu de la tactique d'intimidation, voire du terrorisme intellectuel qui sévit volontiers dans notre pays avec le fréquent amalgame antisionisme-antisémitisme, je sais que mes propos - soulignés par des gardiens vigilants, prompts à manier cette injure à la mode - me feront soupçonner de racisme antijuif. Chaque critique de la politique israélienne ou toute opinion non défavorable aux Palestiniens ne sont-elles pas accusées de traduire de l’antisémitisme chez les journalistes, écrivains ou hommes politiques qui se permettent une telle liberté ? Dans l'esprit de certains, le simple emploi du mot « juif » n'est-il pas déjà suspect par lui-même lorsqu'il fait abstraction de l'histoire concentrationnaire récente, voire s'il est seulement prononcé par un non-Juif ? Et, n'y a-t-il pas pour les  accusateurs des « Juifs antisémites » ou des « Juifs atteints de la haine de soi » comme l'indiquent victimes de groupes de pression, E. Benbassa, J. C. Attias (1) et M. Rodinson (2) ? D'aucuns vont m'accuser aussi d'antijudaïsme au prétexte que je dénonce des éléments pervers présents dans cette culture. Mais le judaïsme serait-il donc la seule entreprise humaine à ne pas véhiculer de tels éléments ? Depuis un certain nombre d'années, les chrétiens en viennent à reconnaître et à regretter profondément certains écrits et pratiques criminogènes du christianisme (3). Les Juifs ne seraient-ils pas capables de faire de même avec le judaïsme, la Bible et le Talmud ?
Les pages qui suivent se proposent de réunir les données essentielles d’ordre historique qu’il convient d’avoir à l’esprit. Elles cherchent aussi à analyser les éléments constitutifs de l’idéologie sioniste et à mettre à jour les véritables causes du drame quotidien qui se joue en Palestine. Elles se veulent enfin un réquisitoire face au crime d’indifférence des hommes politiques (4).
Parmi toutes les causes qui méritent d’être soutenues et sur lesquelles les Occidentaux directement responsables peuvent parfaitement agir, la dénonciation de l’idéologie sioniste m'apparaît en effet comme une des premières. Grâce à l'apport des historiens et journalistes courageux, juifs en majorité honnis dans leur communauté, grâce aussi au recul du temps qui permet une perspective valable, cette tâche est aujourd’hui facilitée.
- NOTES :
1. Les Juifs ont-ils un avenir ?  p. 243.
2. Peuple juif ou problème juif ? p. 6-12 et 292-293 entre autres.
3. Le théologien catholique, Y.Burdelot, dans Devenir humain, Ed. du Cerf, p. 170, écrit ainsi : « Il y a dans nos esprits une représentation de « Dieu » qui est à la source des plus grands maux dont souffre et a souffert l’humanité. Et il existe un comportement humain qui, tentant de s’attribuer à soi-même la puissance dont nos rêves affublent ce « Dieu-là », pense ne se réaliser, et donc donner sens à sa vie, qu’en dominant et écrasant les autres. »
4. Dresser un réquisitoire quel qu’il soit - comme, par exemple, dans ce texte, celui du sionisme - est toujours une entreprise qui peut a priori être qualifiée de partisane par l’accumulation de données allant dans un seul sens. Quel est l’individu, le mouvement, la philosophie qui n’ait apparemment que des côtés négatifs ? C’est la loi du genre donnant à tout réquisitoire un aspect injuste. Mais un réquisitoire c’est aussi et d’abord un plaidoyer en faveur d’une cause supérieure de justice. Ici, c’est la cause de tous ceux, Juifs et non-Juifs, victimes à un moment donné de l’Histoire de certains éléments du judaïsme.
                                               
3. Le Cartel Bush ou l'itinéraire d'un fils privilégié - Comment fabrique-t-on un président des États-Unis ? par James Hatfield
aux Éditions Timéli (Genève)
[444 pages - 24 euros - ISBN : 2940342016]
Préfaces de Jean Ziegler et Thierry Meyssan
Il y a les biographies de George W. Bush écrites par les communicants de la Maison-Blanche ou les journalistes « amis ». Et il y a Le Cartel Bush, la biographie non autorisée. Celle qui explore en détail l'entourage du président des États-Unis, ses affaires, ses retournements de veste, le financement de ses campagnes électorales, son addiction à la cocaïne… L'auteur, James Hatfield, fut menacé par deux proches conseillers du président devant témoins et retrouvé peu après, mort, dans un motel. La police assure qu'il s'est suicidé. Sa famille prétend qu'il a été assassiné. Ce document exceptionnel a été traduit en français. Le Réseau Voltaire en assure la diffusion exclusive en France.
- La biographie non autorisée de George W. Bush
En septembre 1999, c'est-à-dire en pleine campagne électorale aux États-Unis, St Martin Press publiait une biographie détaillée du candidat George W. Bush. L'auteur, qui avait réalisé un travail de fourmi, n'ignorait rien de la famille Bush et de junior. Il avait bénéficié dans son enquête de l'aide de Karl Rove (actuel secrétaire général de la Maison-Blanche) qui croyait aider à la rédaction d'une biographie de complaisance. L'ouvrage intitulé Fortunate Son, G. W. Bush and the Making of an American President, fit immédiatement la « une » des journaux, fut choisi comme best-seller par le New York Times et souleva une intense polémique.
Il s'agit d'un document exhaustif sur l'homme, sa famille et son entourage, ses affaires et sa carrière politique, ses retournements de veste et le financement de ses campagnes électorales. Bien qu'il soit écrit sur un ton mesuré et s'attache à comprendre la personnalité de George W. Bush, il présente une vision terrifiante de la vie publique états-unienne. Pourtant de cet imposant travail, on ne retint qu'un passage secondaire, mais sensible : le candidat Bush avait été arrêté pour détention de cocaïne, en 1972. Or, selon les lois locales, ce délit aurait dû lui valoir une privation de droits civiques, il n'aurait donc pas dû avoir le droit de se présenter au gouvernorat du Texas et à la présidence des États-Unis.
Ce sont en réalité bien d'autres détails qui provoquèrent la colère des Bush. Notamment, un passage relatif à la société Arbusto (devenue ultérieurement Harken Energy) dont George W. fut le directeur. On y apprenait que, par l'entremise d'un homme de paille, cette société était la propriété d'un certain Salem Ben Laden, frère aîné d'Oussama. Mais à l'époque, la presse ne comprit pas l'importance de cette information.
Quoi qu'il en soit, la famille Bush se déchaîna contre le livre et son auteur. Elle révéla les erreurs de jeunesse de ce dernier, qui lui valurent de faire de la prison, et s'employa à le discréditer. Simultanément, elle exerça de fortes pressions sur l'éditeur jusqu'à obtenir le retrait et la destruction des presque 100 000 exemplaires disponibles.
James Hatfield, récupéra ses droits sur le livre et le fit rééditer par un éditeur marginal, Soft Skull Press, alors que George W. venait de s'installer à la Maison-Blanche. Karl Rove (secrétaire général de la Maison-Blanche) et Clay Johnson III (alors assistant personnel du président) intentèrent un procès en diffamation et obtinrent le retrait conservatoire du livre. En définitive, il fut autorisé à la vente, sans coupes, mais après le retrait de la préface originale.
Ayant échoué dans leurs démarches, Rove et Johnson menacèrent devant témoin Hatfield de le liquider, lui et toute sa famille, s'il persistait à diffuser son ouvrage. Il fut retrouvé peu après, mort, dans un motel. La police assure qu'il s'est suicidé, tandis que sa famille prétend qu'il a été assassiné.
Ce document exceptionnel a été traduit en français et publié en Suisse par les Éditions Timéli, dirigées par Sandro Cruz, administrateur du Réseau Voltaire et directeur du site RedVoltaire.net. Jean Ziegler et Thierry Meyssan l'ont préfacé. Seth Tobocman, le caricaturiste de Village Voice, l'a illustré. Sander Hicks, Robert-James Parsons, David Cogswell et Federico Fasano Mertens l'ont enrichi d'introductions et de post-scriptum. Présenté le 10 octobre au Club de la presse de Genève, sous le titre Le Cartel Bush ou l'itinéraire d'un fils privilégié, il n'a été diffusé en librairie qu'en Suisse. Le Réseau Voltaire en assure la diffusion exclusive en France.
[- Commander le livre "Le Cartel Bush" en ligne sur le site : http://www.reseauvoltaire.net/commande-cartel.html]
                                         
4. Démocratie et révolution de Georges Labica
aux éditions Le Temps des Cerises
[200 pages - 15 euros - ISBN : 284109460X]

Georges Labica offre, comme il le dit lui-même, à tous ceux qui refusent le "nouvel ordre mondial actuel" et luttent pour le changer radicalement, ce bilan d'une oeuvre, à la fois théorique et militante, longuement mûrie. Qu'il s'agisse des mots, des concepts ou des choses, étroitement imbriqués, la pensée critique, dont Marx demeure la référence obligée, ne saurait rien laisser en l'état de ce qui constitue notre présent. La leçon en est limpide. Démocratie et révolution apparaissent plus que jamais comme indissociables. La démocratie pour la révolution, la révolution pour la démocratie : il n'est pas d'autre programme dans la lutte des classes antilibérale et anti-impérialiste, où la violence dominante, parvenue à des formes extrêmes, appelle la violence révolutionnaire des dominés, comme sa seule réplique adéquate. La Palestine n'est bien entendu pas absente dans cette équation.
Georges Labica est philosophe. Il a longtemps enseigné à Nanterre Paris X. Il est notamment co-auteur du Dictionnaire critique du marxisme, récemment réédité par les PUF. Il est aussi le président du Comité de Vigilance pour une Paix Réelle au Proche-Orient (CVPR-PO).
                       
Réseau

                                          
1. Le complexe de Néron par Albert Memmi
Extraits du "Portrait du colonisé précédé de Portrait du colonisateur" de Albert Memmi
(1957)
[168 pages - 13,80 euros - ISBN : 2070705501 (Réédition 1985)]
- Extrait de la préface de Jean-Paul Sartre au "Portrait du colonisé" (1957) :
Une impitoyable réciprocité rive le colonisateur au colonisé, son produit et son destin. Memmi l'a fortement marquée; nous découvrons avec lui que le système colonial est une forme en mouvement, née vers le milieu du siècle dernier et qui produira d'elle-même sa propre destruction: voilà longtemps déjà qu'elle coûte aux métropoles plus qu'elle ne leur rapporte, la France est écrasée sous le poids de l'Algérie, et nous savons à présent que nous abandonnerons la guerre, sans victoire ni défaite, quand nous serons trop pauvres pour la payer. Mais avant tout, c'est la rigidité mécanique de l'appareil qui est en train de le détraquer: les anciennes structures sociales sont pulvérisées, les indigènes "atomisés" mais la société coloniale ne peut intégrer les intégrer sans se détruire ; il faudra donc qu'ils retrouvent leur unité contre elle. Ces exclus revendiqueront leur exclusion sous le nom de personnalité nationale : c'est le colonialisme qui crée le patriotisme des colonisés. Maintenus par un système oppressif au niveau de la bête, on ne leur donne aucun droit, pas même celui de vivre, et leur condition empire chaque jour : quand un peuple n'a d'autre ressource que de choisir son genre de mort, quand il n'a reçu de ses oppresseurs qu'un seul cadeau, le désespoir, qu'est-ce qui lui reste à perdre ? C'est son malheur qui deviendra son courage ; cet éternel refus que la colonisation lui oppose, il en fera le refus absolu de la colonisation. Le secret du prolétariat, a dit Marx un jour, c'est qu'il porte en lui  la destruction de la société bourgeoise. Il faut savoir gré à Memmi de nous avoir rappelé que le colonisé a lui aussi son secret, et que nous assistons à l'atroce agonie du colonialisme.
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- Sous titre : Le complexe de Néron (pages 75 à 78) :

Comme tout colonisateur doit composer avec sa situation objective, et les rapports humains qui en découlent. Pour avoir choisi de confirmer le fait colonial, le colonialiste n'en a pas pour cela, en effet, supprimé les difficultés objectives. La situation coloniale impose à tout colonisateur des données économiques, politiques et affectives, contre lesquelles il peut s'insurger, sans réussir jamais à les quitter, car elles forment l'essence même du fait colonial. Et bientôt le colonialiste découvre sa propre ambiguïté. S'acceptant comme colonisateur, le colonialiste accepte en même temps, même s'il a décidé de passer outre, ce que ce rôle implique de blâme, aux yeux des autres et aux siens propres. Cette décision ne lui rapporte nullement une bienheureuse et définitive tranquillité d'âme. Au contraire, l'effort qu'il fera pour surmonter cette ambiguïté nous donnera une des clefs de sa compréhension. Et les relations humaines en colonie auraient peut-être été meilleures, moins accablantes pour le colonisé, si le colonialiste avait été convaincu de sa légitimité. En somme, le problème posé au colonisateur qui se refuse est le même que pour celui qui s'accepte. Seules leurs solutions diffèrent : celle du colonisateur qui s'accepte le transforme immanquablement en colonialiste. De cette assomption de soi-même et de sa situation, vont découler en effet plusieurs traits que l'on peut grouper en un ensemble cohérent. Cette constellation, nous proposons de l'appeler : le rôle de l'usurpateur (ou encore le complexe de Néron).
S'accepter comme colonisateur, ce serait essentiellement, avons- nous dit, s'accepter comme privilégié non légitime, c'est-à-dire comme usurpateur. L'usurpateur, certes, revendique sa place, et, au besoin, la défendra par tous les moyens. Mais, il l'admet, il revendique une place usurpée. C'est dire qu'au moment même où il triomphe, il admet que triomphe de lui une image qu'il condamne. Sa victoire de fait ne le comblera donc jamais : il lui reste à l'inscrire dans les lois et dans la morale. Il lui faudrait pour cela en convaincre les autres, sinon lui-même. Il a besoin, en somme, pour en jouir complètement, de se laver de sa victoire, et des conditions dans lesquelles elle fut obtenue. D'où son acharnement, étonnant chez un vainqueur, sur d'apparentes futilités : il s'efforce de falsifier l'histoire, il fait récrire les textes, il éteindrait des mémoires.
N'importe quoi, pour arriver à transformer son usurpation en légitimité. Comment ? Comment l'usurpation peut-elle essayer de passer pour légitimité ? Deux démarches semblent possibles : démontrer les mérites de l'usurpateur, si éminents qu'ils appellent une telle récompense ; ou insister sur les démérites de l'usurpé, si profonds qu'ils ne peuvent que susciter une telle disgrâce. Et ces deux efforts sont en fait inséparables. Son inquiétude, sa soif de justification exigent de l'usurpateur, à la fois, qu'il se porte lui-même aux nues, et qu'il enfonce l'usurpé plus bas que terre. En outre, cette complémentarité n'épuise pas la relation complexe de ces deux mouvements. Il faut ajouter que plus l'usurpé est écrasé, plus l'usurpateur triomphe dans l'usurpation ; et, par suite, se confirme dans sa culpabilité et sa propre condamnation : donc plus le jeu du mécanisme s'accentue, sans cesse entraîné, aggravé par son propre rythme. A la limite, l'usurpateur tendrait à faire disparaître l'usurpé, dont la seule existence le pose en usurpateur, dont l'oppression de plus en plus lourde le rend lui-même de plus en plus oppresseur. Néron, figure exemplaire de l'usurpateur, est ainsi amené à persécuter rageusement Britannicus, à le poursuivre. Mais plus il lui fera de mal, plus il coïncidera avec ce rôle atroce qu'il s'est choisi. Et plus il s'enfoncera dans l'injustice, plus il haïra Britannicus et cherchera à atteindre davantage sa victime, qui le transforme en bourreau. Non content de lui avoir volé son trône, il essayera de lui ravir le seul bien qui lui reste, l'amour de Junie. Ce n'est ni jalousie pure ni perversité, mais cette fatalité intérieure de l'usurpation, qui l'entraîne irrésistiblement vers cette suprême tentation : la suppression morale et physique de l'usurpé...
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- La désuhmanisation (page 105) :

Ce qu'est véritablement le colonisé importe peu au colonisateur. Loin de vouloir saisir le colonisé dans sa réalité, il est préoccupé de lui faire subir cette indispensable transformation. Et le mécanisme de ce repétrissage du colonisé est lui-même éclairant. Il consiste d'abord en une série de négations.
Le colonisé n'est pas ceci, n'est pas cela. Jamais il n'est considéré positivement ; ou s'il l'est, la qualité concédée relève d'un manque psychologique ou éthique. Ainsi pour l'hospitalité arabe, qui peut difficilement passer pour un trait négatif. Si l'on y prend garde on découvre que la louange est le fait de touristes, d'Européens de passage, et non de colonisateurs, c'est-à-dire d'Européens installés en colonie. Aussitôt en place, l'Européen ne profite plus de cette hospitalité, arrête les échanges, contribue aux barrières. Rapidement, il change de palette pour peindre le colonisé, qui devient jaloux, retiré sur soi, exclusif, fanatique. Que devient la fameuse hospitalité ? Puisqu'il ne peut la nier, le colonisateur en fait alors ressortir les ombres, et les conséquences désastreuses.
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- (page 106) :

Ainsi s'effritent, l'une après l'autre, toutes les qualités qui font du colonisé un homme. Et l'humanité du colonisé, refusée par le colonisateur, lui devient en effet opaque. Il est vain, prétend-il, de chercher à prévoir les conduites du colonisé (« Ils sont imprévisibles ! » ... « Avec eux, on ne sait jamais ! »). Une étrange et inquiétante impulsivité lui semble commander le colonisé. Il faut que le colonisé soit bien étrange, en vérité, pour qu'il demeure si mystérieux après tant d'années de cohabitation... ou il faut penser que le colonisateur a de fortes raisons de tenir à cette illisibilité.
- (page 107) :
Enfin le colonisateur dénie au colonisé le droit le plus précieux reconnu à la majorité des hommes : la liberté. Les conditions de vie faites au colonisé par la colonisation n'en tiennent aucun compte, ne la supposent même pas. Le colonisé ne dispose d'aucune issue pour quitter son état de malheur : ni d'une issue juridique (la naturalisation) ni d'une issue mystique (la conversion religieuse) : le colonisé n'est pas libre de se choisir colonisé ou non colonisé. Que peut-il lui rester, au terme de cette effort obstiné de dénaturation ? Il n'est sûrement plus qu'un alter ego du colonisateur. C'est à peine encore un être humain.
Il tend rapidement vers l'objet. A la limite, ambition suprême du colonisateur, il devrait ne plus exister qu'en fonction des besoins du colonisateur, c'est-à-dire s'être transformé en colonisé pur. On voit l'extraordinaire efficacité de cette opération. Quel devoir sérieux a-t-on envers un animal ou une chose, à quoi ressemble de plus en plus le colonisé ? On comprend alors que le colonisateur puisse se permettre des attitudes, des jugements tellement scandaleux. Un colonisé conduisant une voiture est un spectacle auquel le colonisateur refuse de s'habituer ; il lui dénie toute normalité, comme pour une pantomime simiesque. Un accident, même grave, qui atteint le colonisé, fait presque rire. Une mitraillade dans une foule colonisée lui fait hausser les épaules. D'ailleurs, une mère indigène pleurant la mort de son fils, une femme indigène pleurant son mari, ne lui rappellent que vaguement la douleur d'une mère ou d'une épouse. Ces cris désordonnés, ces gestes insolites, suffiraient à refroidir sa compassion, si elle venait à naître. Dernièrement, un auteur nous racontait avec drôlerie comment, à l'instar du gibier, on rabattait vers de grandes cages les indigènes révoltés. Que l'on ait imaginé puis osé construire ces cages, et, peut-être plus encore, que l'on ait laissé les reporters photographier les prises, prouve bien que, dans l'esprit de ses organisateurs, le spectacle n'avait plus rien d'humain.
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Il est remarquable que le racisme fasse partie de tous les colonialismes, sous toutes les latitudes. Ce n'est pas une coïncidence : le racisme résume et symbolise la relation fondamentale qui unit colonialiste et colonisé.
Il ne s'agit guère d'un racisme doctrinal. Ce serait d'ailleurs difficile ; le colonialiste n'aime pas la théorie et les théoriciens. Celui qui se sait en mauvaise posture idéologique ou éthique se targue en général d'être un homme d'action, qui puise ses leçons dans l'expérience. Le colonialiste a trop de mal à construire son système de compensation pour ne pas se méfier de la discussion. Son racisme est vécu, quotidien ; mais il n'y perd pas pour autant. A côté du racisme colonial, celui des doctrinaires européens apparaît comme transparent, gelé en idées, à première vue presque sans passion.
Ensemble de conduites, de réflexes appris, exercés depuis la toute première enfance, fixé, valorisé par l'éducation, le racisme colonial est si spontanément incorporé aux gestes, aux paroles, même les plus banales, qu'il semble constituer une des structures les plus solides de la personnalité colonialiste. La fréquence de son intervention, son intensité dans les relations coloniales serait stupéfiante, cependant, si l'on ne savait à quel point il aide à vivre le colonialiste, et permet son insertion sociale. Un effort constant du colonialiste consiste à expliquer, justifier et maintenir, par le verbe comme par la conduite, la place et le sort du colonisé, son partenaire dans le drame colonial. C'est-à-dire, en définitive, à expliquer, justifier et maintenir le système colonial, et donc sa propre place. Or l'analyse de l'attitude raciste révèle trois éléments importants :
1. Découvrir et mettre en évidence les différences entre colonisateur et colonisé.
2. Valoriser ces différences, au profit du colonisateur et au détriment du colonisé.
3. Porter ces différences à l'absolu, en affirmant qu'elles sont définitives, et en agissant pour qu'elles le deviennent.
La première démarche n'est pas la plus révélatrice de l'attitude mentale du colonialiste. Etre à l'affût du trait différentiel entre deux populations n'est pas une caractéristique raciste en soi. Mais elle occupe sa place et prend un sens particulier dans un contexte raciste. Loin de recherche ce qui pourrait atténuer son dépaysement, le rapprocher du colonisé, et contribuer à la fondation d'une cité commune, le colonialiste appuie au contraire sur tout ce qui l'en sépare. Et dans ces différences, toujours infamantes pour le colonisé, glorieuses pour lui, il trouve justification de son refus. Mais voici peut-être le plus important : une fois isolé le trait de moeurs, fait historique ou géographique, qui caractérise le colonisé et l'oppose au colonisateur, il faut empêcher que le fossé ne puisse être comblé. Le colonialiste sortira le fait de l'histoire, du temps, et donc d'une évolution possible. Le fait sociologique est baptisé biologique ou mieux métaphysique. Il est déclaré appartenir à l'essence du colonisé. Du coup, la relation entre le colonisé et le colonisateur, fondée sur la manière d'être, essentielle, des deux protagonistes, devient une catégorie définitive. Elle est ce qu'elle est parce qu'ils sont ce qu'ils sont, et ni l'un ni l'autre ne changeront jamais.
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En bref, l'homme de gauche ne retrouve dans la lutte du colonisé, qu'il soutient a priori, ni les moyens traditionnels ni les buts derniers de cette gauche dont il fait partie. Et bien entendu, cette inquiétude, ce dépaysement sont singulièrement aggravés chez le colonisateur de gauche, c'est-à-dire l'homme de gauche qui vit en colonie et fait ménage quotidien avec ce nationalisme.
Prenons un exemple parmi les moyens utilisés dans cette lutte : le terrorisme. On sait que la tradition de gauche condamne le terrorisme et l'assassinat politique. Lorsque les colonisés en vinrent à les employer, l'embarras du colonisateur de gauche fut très grave. Il s'efforce de les détacher de l'action volontaire du colonisé, d'en faire un épiphénomène de sa lutte : ce sont, assure-t-il, des explosions spontanées de masses trop longtemps opprimées, ou mieux des agissements d'éléments instables, douteux, difficilement contrôlables par la tête du mouvement.
Bien rares furent ceux, même en Europe, qui aperçurent et admirent, osèrent dire que l'écrasement du colonisé était tel, telle était la disproportion des forces, qu'il en était venu, moralement à tort ou à raison, à utiliser volontairement ces moyens.
Le colonisateur de gauche avait beau faire des efforts, certains actes lui parurent incompréhensibles, scandaleux et politiquement absurdes ; par exemple la mort d'enfants ou d'étrangers à la lutte, ou même de colonisés qui, sans s'opposer au fond, désapprouvaient tel détail de l'entreprise. Au début, il fut tellement troublé qu'il ne trouvait pas mieux que de nier de tels actes ; ils ne pouvaient trouver aucune place, en effet, dans sa perspective du problème. Que ce soit la cruauté de l'oppression qui explique l'aveuglement de la réaction lui parut à peine un argument : il ne peut approuver chez le colonisé ce qu'il combat dans la colonisation, ce pourquoi précisément il condamne  la colonisation.
Puis, après avoir soupçonné à chaque fois la nouvelle d'être fausse, il dit, en désespoir de cause, que de tels agissements sont des erreurs, c'est-à-dire qu'ils ne devraient pas faire partie de l'essence du mouvement. Les chefs certainement les désapprouvent, affirme-t-il courageusement. Un journaliste qui a toujours soutenu la cause des colonisés, las d'attendre des condamnations qui ne venaient pas, finit un jour par mettre publiquement en demeure certains chefs de prendre position contre les attentats. Bien entendu, il ne reçut aucune réponse ; il n'eut pas la naïveté supplémentaire d'insister.
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La servitude du colonisé ayant paru scandaleuse au colonisateur, il lui fallait l'expliquer, sous peine d'en conclure au scandale et à l'insécurité de sa propre existence. Grâce à une double reconstruction du colonisé et de lui-même, il va du même coup se justifier et se rassurer.
Porteur des valeurs de la civilisation et de l'histoire, il accomplit une mission : il a l'immense mérite d'éclairer les ténèbres infamantes du colonisé. Que ce rôle lui rapporte avantages et respect n'est que justice : la colonisation est légitime, dans tous ses sens et conséquences.
Par ailleurs, la servitude étant inscrite dans la nature du colonisé, et la domination dans la sienne, il n'y aura pas de dénouement. Aux délices de la vertu récompensée, il ajoute la nécessité des lois naturelles. La colonisation est éternelle, il peut envisager son avenir sans inquiétude aucune.
Après quoi, tout deviendrait possible et prendrait un sens nouveau. Le colonialiste pourrait se permettre de vivre presque détendu, bienveillant et même bienfaiteur. Le colonisé ne pourrait que lui être reconnaissant de rabattre de ce qui lui revient. C'est ici que s'inscrit l'étonnante attitude mentale dite paternaliste. Le paternaliste est celui qui se veut généreux par-delà, et une fois admis, le racisme et l'inégalité. C'est, si l'on veut, un racisme charitable - qui n'est pas le moins habile ni le moins rentable. Car le paternalisme le plus ouvert se cabre dès que le colonisé réclame, ses droits syndicaux par exemple.
S'il relève la paye, si sa femme soigne le colonisé, il s'agit de dons et jamais de devoirs. S'il se reconnaissait des devoirs, il lui faudrait admettre que le colonisé a des droits. Or il est entendu, par tout ce qui précède, que le colonisé n'a pas de droits.
Ayant instauré ce nouvel ordre moral où par définition il est maître et innocent, le colonialiste se serait enfin donné l'absolution. Faut-il encore que cet ordre ne soit pas remis en question par les autres, et surtout par le colonisé.
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- La révolte... (pages 143 et 144) :

Que reste-t-il alors à faire au colonisé ? Ne pouvant quitter sa condition dans l'accord et la communion avec le colonisateur, il essaiera de se libérer contre lui : il va se révolter. Loin de s'étonner des révoltes colonisées, on peut être surpris, au contraire, qu'elles ne soient pas plus fréquentes et plus violentes. En vérité, le colonisateur y veille : stérilisation continue des élites, destruction périodique de celles qui arrivent malgré tout à surgir, par corruption ou oppression policière ; avortement par provocation de tout mouvement populaire et son écrasement brutal et rapide. Nous avons noté aussi l'hésitation du colonisé lui-même, l'insuffisance et l'ambiguïté d'une agressivité de vaincu qui, malgré soi, admire son vainqueur, l'espoir longtemps tenace que la toute-puissance du colonisateur accoucherait d'une toute bonté. Mais la révolte est la seule issue à la situation coloniale, qui ne soit pas un trompe-l'oeil, et le colonisé le découvre tôt ou tard. Sa condition est absolue et réclame une solution absolue, une rupture et non un compromis. Il a été arraché de son passé et stoppé dans son avenir, ses traditions agonisent et il perd l'espoir d'acquérir une nouvelle culture, il n'a ni langue, ni drapeau, ni technique, ni existence nationale ni internationale, ni droits, ni devoirs : il ne possède rien, n'est plus rien et n'espère plus rien. De plus, la solution est tous les jours plus urgente, tous les jours nécessairement plus radicale. Le mécanisme de néantisation du colonisé, mis en marche par le colonisateur, ne peut que s'aggraver
tous les jours. Plus l'oppression augmente, plus le colonisateur a besoin de justification, plus il doit avilir le colonisé, plus il se sent coupable, plus il doit se justifier, etc. Comment en sortir sinon par la rupture, l'éclatement, tous les jours plus explosif, de ce cercle infernal ? La situation coloniale, par sa propre fatalité intérieure, appelle la révolte. Car la condition coloniale ne peut être aménagée ; tel un carcan, elle ne peut qu'être brisée.
                                     
2. Présentation d'une liste "Euro-Palestine" pour les Elections européennes du 13 juin 2004 en Ile-de-France
[Présentation complète sur le site : www.europalestine.com]
La paix en Europe passe par la justice au Proche-Orient
Profession de foi - A l'heure où le gouvernement israélien tourne le dos à la paix, bafoue le droit international et les droits les plus fondamentaux de tout un peuple qu'il ne cesse de décimer, d'emprisonner et de spolier en toute impunité, avec la bénédiction de George Bush,
A l'heure où les Etats-Unis et les gouvernements européens qui les soutiennent, poursuivent leur occupation illégale et leurs actions de guerre criminelles en Irak, malgré l'avis de leur opinion publique, jouant délibérément la carte du pire, y compris si cela se traduit, comme on vient de le voir en Espagne, par le développement d'attentats terroristes au sein même de l'Union européenne,
Nous, citoyens de toutes origines, avons décidé de nous présenter à l'élection au Parlement européen du 13 juin 2004 pour faire entendre une autre voix : celle de la justice et du respect du droit international, celle du refus des divisions "ethniques" dignes du Moyen-Age, du racisme et de l'antisémitisme.
"L'axe du mal", ce n'est pas telle ou telle civilisation ou religion, c'est le choix de la guerre totale fait par les gouvernements israélien et américain, actuellement dirigés par MM. Bush et Sharon ; c'est leur mépris des peuples, leurs bombardements de civils pour imposer leurs intérêts économiques sous couvert de "démocratie", leur soutien à des régimes dictatoriaux et corrompus, mais "dociles".
Les Européens ne sont pas dupes - 59 % d'entre eux ont récemment répondu à un sondage de l'Union Européenne que la politique israélienne constituait, à leurs yeux, un danger pour la paix dans le monde. Mais quelles conclusions en ont tirées les dirigeants européens ? Quelles mesures ont-ils prises pour empêcher ce bain de sang et cette escalade de la violence ? L'Europe constitue la première puissance économique mondiale. Que l'on ne vienne pas nous dire qu'elle est impuissante, tout en réclamant nos suffrages le 13 juin.
Nous disons clairement qu'il ne peut y avoir d'avenir pour les peuples de l'Union européenne, ni de coexistence pacifique entre les citoyens de toutes origines et cultures qui la composent, sans respect du droit et sans justice dans le monde, à commencer par le Proche-Orient. Car si nous acceptons la loi du plus fort dans cette région, nous la subirons également chez nous.
Nous constatons que le conflit israélo-palestinien a déjà fait un mal considérable également dans nos pays européens, avec l'inquiétante stigmatisation en cours, au nom de discours prétendument "sécuritaire" ou "anti-terroriste", des couches les plus vulnérables de nos sociétés, à commencer par des millions de citoyens issus de l'émigration d'origine arabe et africaine.
Cette spirale dangereuse, assortie d'un constant chantage à l'antisémitisme contre ceux qui réclament une paix juste au Proche-Orient, conduit aux pires replis communautaires et nourrit les intégrismes de tous bords. Elle peut et doit être stoppée.
Il faut pour cela que l'Europe assume ses responsabilités et fasse respecter les engagements qu'elle a signés lors des Conventions de Genève ou des résolutions de l'ONU. Il faut aussi que le parlement européen dispose d'un véritable pouvoir et que ses votes soient suivis d'effets, ce qui n'est pas le cas à l'heure actuelle. Ainsi, quand les députés européens ont voté à la majorité, le 10 avril 2002, la suspension de l'accord d'association économique entre l'Europe et Israël, en constatant qu'Israël ne respectait pas l'article 2 de cet accord qui concerne les droits de l'homme, les gouvernements n'ont pas appliqué cette décision.
- Nous exigeons :
- Le retrait de l'armée israélienne des territoires palestiniens occupés illégalement en juin 1967
- Des sanctions contre Israël, à commencer par le refus d'intégrer ce pays dans des initiatives européennes (commerciales, culturelles, sportives) tant qu'Israël violera les droits les plus élémentaires du peuple palestinien, édifiera un mur de l'apartheid annexant une partie des terres palestiniennes en Cisjordanie et tant qu'il jettera en prison les « refuzniks », ces Israéliens qui ont le courage de refuser de servir dans une armée d'occupation
- L'envoi à l'initiative de l'Europe d'une force de protection de la population palestinienne
- Une intervention déterminée des gouvernements européens pour trouver un juste règlement au conflit israélo-palestinien et pour faire respecter les Conventions de Genève et les résolutions de l'ONU
- Un refus de la part de nos gouvernements européens de participer aux sales guerre de l'administration américaine, y compris sous prétexte de "libération", "pacification", "transition" ou sous la couverture de L'ONU

Pour faire entendre la voix de millions de citoyens qui aspirent à un monde de justice et de fraternité entre les peuples, et qui en ont assez d'être trompés et manipulés, le 13 juin 2004, votez pour la liste "Euro-Palestine".
- Les candidats :
- Christophe Oberlin [tête de liste]
- Dieudonné - Nadia Ben Dhifallah - Olivia Zemor - Youssef Haji - Acacia Condes - Pr. Roger Salamon - Pr. Sylvie Deplus - Fath Allah Meziane - Edouard de Villiers - Lilya Ben Mahdi - Jean-Claude Ponsin - Fatiha Kaoues - Mireille Cherchevsky - Guy Guioubly - Brigitte Filiot - Abdel Benabdallah - Narriman Kattineh - Danielle Touati - Badia Benjelloun - Gilles Vincon - Hassan Aoummis - Claire Strauss - Abderrahman Sabiri - Laurence Sebban - Pierre Panet
- Comité de soutien de la liste Euro-Palestine : Djamel Debbouzze, Siné, Princess Erika, Djamel Bouras, Reza, Alain Soral, Marwan Barghouti, Yoni Ben-Artzi, Theodosios Hanna, Tanya Reinhart, Mohammed Abu Ghali...
[Euro-Palestine - 23, rue du Départ - 75014 Paris - Tél. 01 43 57 00 00]
                               
3. L’amour de Jean Genet pour la Palestine : Une métaphysique d'action par Gérard Jugant (25 mai 2004)
Dynamiteur de la morale judéo-chrétienne de l’Occident, Jean Genet raconte dans des pages magnifiques (1) une messe de Pentecôte à l’abbaye de Montserrat, en Catalogne. "Francisco Franco régnait". L’ Or des piliers, le Rouge des ornements, la"Vierge noire brandissant son voyou noir", c’est dans ce décor que "des voix d’enfants, voix de cristal très fragile, un peu verte, chantèrent une messe de Palestrina, durant laquelle je ne pus me déprendre de ce nom dont les six premières lettres commençaient le nom de Palestine".
Genet, qui est parfaitement athée, ne transmets pas l’habituel baiser de paix, il rompt la chaîne de fraternité. Pour lui seul, il se produisit une sorte de prodige : les portes de l’église s’ouvrent comme d’elles-mêmes. La procession se déploie dans la campagne. Les "rocs rouges et phalloïdes" que bénit l’Abbé, que n’osèrent escalader les premiers Sarrasins d’Espagne vers 730, sont peut-être "couronnés d’Arabes".
La suite logique de cette révélation est d’être avec les Palestiniens :
"Autant, plutôt par jeu que conviction, j’avais répondu à l’invitation de passer quelques jours avec les Palestiniens, j’y resterai près de deux ans, et chaque nuit allongé, presque mort, attendant que la gélule de Nembutal m’endormit, je gardais les yeux ouverts, l’esprit clair, pas étonné, pas effrayé, mais certainement amusé d’être ici où, d’un côté comme de l’autre du fleuve, des hommes et des femmes étaient aux aguets, depuis longtemps, alors pourquoi pas moi ?" (2).
Le sens du mot Palestine et de son combat de libération, c’est dans Fatah qu’il le saisit :
"F.T.H., trois consonnes, forment selon cet ordre, une racine trilitère signifiant fissure, fente, ouverture, et même ouverture proche d’une victoire, mais victoire voulue par Dieu. Fatah, c’est encore la serrure, appelant le mot de clef, qui se dit en arabe meftah où se retrouvent les trois lettres fondamentales, précédées de me. Cette racine trilitère commande encore Fatiha (celle qui ouvre), c’est la première sourate, celle qui ouvre le Coran. Elle commence par Bismillah... Tout le monde a déjà compris que Fatah, ou plutôt F.T.H. sont les trois initiales des mots Falestine Tharir (libération) Haka (mouvement). Mais afin de donner F.T.H. cet ordre est inversé.
De grands gosses ont dû s’amuser.
Je reprends FA (pour Falestine = Palestine)
TH (pour Tharir = Libération)
HA (pour Haka = Mouvement) qui, s’ils étaient à l’endroit donneraient : Hathfa. Ce mot, s’il en est un ne veut rien dire.
...Derrière ces trois mots nés de cette racine qui donne Fatah, se trouveraient donc aux aguets les trois idées de combat (de victoire), de violence sexuelle (la clé ou meftah dans la serrure), et de bataille gagnée grâce à Dieu... On retrouve le mot Fatah trois fois encore dans le Coran" (3).
Pour Genet, ce qui se joue en Palestine est une lutte métaphysique "entre les valeurs judaïques et les révoltes vivantes"(4).
La thèse de l "antisémitisme halluciné" de Genet ne tient pas. Ce qu’en dit Sartre ne tient qu’à moitié :
"Genet est antisémite. Ou plutôt, il joue à l’être. On imagine bien qu’il lui est difficile de soutenir la plupart des thèses de l’antisémitisme. Refuser les droits politiques aux Juifs, Mais il se moque de la politique. Les exclure des professions libérales, leur interdire tout commerce ? Cela reviendrait à dire qu’il se refuse à les voler, puisque les commerçants sont ses victimes. Curieux antisémite qui se définirait par sa répugnance à voler les Israélites. Veut-il donc les tuer par grandes masses ? Mais les massacres n’intéressent pas Genet ; les meurtres dont il rêve sont individuels. Alors ? Poussé dans ses derniers retranchements, il déclare qu’il ne pourrait pas coucher avec un Juif. Israël peut dormir tranquille. Dans cette répugnance, je vois seulement ceci ; victime des pogromes et de persécutions séculaires, l’Israélite fait figure de martyr. Sa douceur, son humanisme, son endurance et son intelligence aiguë commandent notre respect mais ne sauraient lui conférer de prestige aux yeux de Genet. Puisque celui-ci veut que ses amants soient ses bourreaux, il ne saurait se faire sodomiser par une victime. Ce qui répugne à Genet chez l’Israélite, c’est qu’il retrouve en lui sa propre situation"(5).
L’ambivalente fascination qu’éprouve Sartre pour la "grandeur" de Genet n’est aucunement réciproque :
"Quand à Sartre, il y a longtemps que j’ai compris que sa pensée est une pseudo-pensée. A mon sens, ce qu’on a nommé une pensée sartrienne n’existe guère. Ses prises de position ne sont que des jugements hâtifs d’intellectuel trop frileux pour affronter autre chose que ses seuls fantômes. Dans la phrase de Simone de Beauvoir, c’est plutôt la trivialité du style qui m’épouvante".
A vrai dire, le livre de Sartre, "Saint Genet, comédien et martyr", est aujourd’hui pratiquement illisible. Difficile d’aller au-delà d’une trentaine de pages. En effet, comme le fait remarquer très justement Juan Goytisolo (6), il est absurde de vouloir rationaliser l’oeuvre d’un poète comme le fait Sartre, en cherchant à la réduire à une série de conclusions tracées à l’avance et en l’associant à la philosophie allemande de Hegel ou Heidegger. C’est "une entreprise aussi vaine que de vouloir attraper l’eau de la mer dans les mailles d’un filet", selon l’image de Goytisolo.
La contestation radicale par Genet de la Terre Promise, du Peuple élu qui sont les fondements du sionisme, est raisonnée.
Il rappelle, par exemple, que le choix du Congrès de Bâle a failli se porter sur l’Ouganda ou l’Argentine, ce qui rend douteuses les "raisons divines". Et d’ajouter :
"Plutôt que d’aimer ce pays les juifs devraient le haïr. Il a donné naissance à ceux qui furent leurs pires ennemis et d’abord à Saint Paul. Qui se souviendrait sans lui et sans Jésus de Jérusalem, de Nazareth et du charpentier, de Beethléem, de Tibériade, tout l’Evangile ne parle que de ces lieux.
-Ce même pays les Anglais protestants le connaissaient par l’Ancien Testament.
-Vous avez vu des animaux empaillés ? Dans l’Ancien Testament la géographie est empaillée. On sait l’Histoire, les histoires juives mais rarement la nature joue un rôle. Sauf dans les déportations : on évoque Ninive, Ur, l’Egypte, le Sinaï, qui n’ont jamais autant de vie que le lac de Tibériade, et même le Golgotha"(7).
Genet balance sur cette question :
"Qui habita la Palestine, qui l’occupa, humainement après la destruction du Temple et la décision de Titus qui condamna les juifs à l’errance ? Etait-ce un résidu de peuples cananéens ? Des juifs restés là, convertis au christianisme, et vers 650 à l’islam ?
Une Palestinienne lui apporte cette réponse :
"Les vrais juifs, c’était nous. Nous qui sommes restés après l’an 70 ensuite convertis à l’islam. Et les persécutions que nous subissons nous sont imposées par des cousins apatrides".
Guerre fratricide pour permettre à l’impérialisme d’avoir une forte base avancée au Proche-Orient.
Ceux qui massacrent ne sont pas que les Israéliens, mais aussi les complices qu’ils se trouvent, comme les chrétiens phalangistes de Pierre et Bachir Gemayel à Sabra et Chatila. Pierre Gemayel fut reçu à Berlin par Hitler et organisa sa milice sur le modèle de la S.A.
Genet raconte : "Dans la Revue d’Etudes palestiniennes j’ai voulu montrer ce qui restait de Chatila et de Sabra après que les phalangistes y passèrent trois nuits. Une femme y fut crucifiée par eux alors qu’elle vivait encore. Je vis son corps, les bras écartés, couvert de mouches partout mais surtout aux dix bouts des deux mains : c’est que dix caillots de sang coagulé les noircissaient ; on lui avait coupé les phalanges, d’où peut-être leur nom ? me demandai-je. Sur le moment et sur place, à Chatila, le 19 septembre 1982, il me sembla que cet acte était le résultat d’un jeu. Couper les doigts avec un sécateur-je pense au jardinier émondant un if-ces phalangistes farceurs n’étaient que de gais jardiniers faisant d’un parc anglais un parc à la française. Cette première impression évaporée dès que j’eus un peu de repos je vécus mentalement une autre scène. On ne taille pas les branches ni les doigts sans raisons. Quand elles entendirent les coups de fusil, fenêtres fermées mais carreaux cassés, qu’elles virent l’embrasement du camp par les fusées éclairantes, les femmes se sentirent dans la souricière. Les coffrets contenant les bagues furent renversés sur la table. Comme on se gante prestement, pour une fête qui n’attend pas, chaque femme enfila les bagues aux dix doigts-pouces compris-des deux mains et peut-être jusqu’à cinq ou six bagues par doigt. Ainsi couvertes d’or, essayèrent-elles de s’enfuir ? L’une d’elles, croyant acheter la compassion d’un soldat ivre, retira de l’index une pauvre bague et son saphir toc. Déjà ivre mais plus ivre par la vue des parures, afin d’aller plus vite le phalangiste avec son couteau (ou sécateur trouvé près de la maison) tailla les doigts jusqu’à la première phalange puis il mit phalanges et phalangettes dans les poches de son pantalon" (8).
Mais le plus atroce de tout, aujourd’hui comme hier ce sont les enfants :
"Quand je pense ou quand je prononce devant moi le nom de Palestinien, l’image qui s’impose le plus fortement c’est celle des enfants de 4 ou 5 ans déshydratés" (Jean Genet dans le camp de réfugiés de Baqa en Jordanie).
C’est encore pire aujourd’hui : enfants et même bébés abattus froidement par les snipers ou réduits en miettes par les missiles des chars, des avions, des hélicoptères.
Pour les uns, comme ce ministre israélien de la Justice, c’est l’image d’une mère qui surgit. Il pense à sa grand- mère disparue dans les camps nazis en voyant cette vieille femme palestinienne penchée sur les ruines de sa maison détruite à Rafah.
Dans ce qui reste d’humanité, les réactions isolées ne suffisent pas. J’ai fait un rêve : les prisonniers du Mur, les gardiens et leurs détenus, l’ouvrait, le franchissait, le détruisait, et se retrouvaient enfin. Les soldats avaient posé leurs armes. Le général Sharon était parti en exil en Floride. Mais une révolte vivante était en cours aux Etats-Unis même, dans un pays déboussolé par des années de guerres extérieures dévastatrices. L’Europe elle, avait rompu toutes relations avec l’Etat d’Israël.
Jean Genet, lui, ni saint ni martyr, repose en paix dans un cimetière de Tanger.
- NOTES :
(1) (2) (3) (4) (7) (8) Jean Genet, Un captif amoureux, Gallimard, 1986.
(5) Jean-Paul Sartre, Saint Genet comédien et martyr, Gallimard, 1988.
(6) Juan Goytisolo, article Jean Genet et les Palestiniens, Le Nouvel Observateur N° 2017 du 3 juillet 2003.
                           
Revue de presse

                                                             
1. Grand Moyen-Orient, vaste chaos par Rudolf El-Kareh
in la Revue d’études palestiniennes N° 91 (Printemps 2004)

Il faut revenir sur ce nouveau « remodelage » impérial que l’équipe dirigée par Georges Bush prétend promouvoir, avant les échéances électorales américaines, sous l’appellation générique de « Grand Moyen-Orient ». Washington s’est mis en tête, sous l’influence d’idéologues forcenés, d’imposer – inutile de se demander ici de quel droit, tant l’arrogance de l’imperium fait fi de toute mesure -  l’uniformisation forcée d’un ensemble dont le principal « dénominateur commun » présumé est de s'accorder, en apparence, aux fractures supposées de l’histoire du monde, imaginées sous la forme de chimères idéologiques par Samuel Huntington dans ses spéculations sur le prétendu « choc des civilisations ».
Ces politiques américaines dont les effets prennent corps en Mésopotamie depuis l’occupation de l’Irak tendent, sous des formes diverses, à instituer le communautarisme et le « tribalisme modernisé » - reconstruits à l’aune des délires idéologiques culturalistes et essentialistes mêlés de bricolages empiriques - comme principes fondamentaux de l’organisation politique des sociétés,  de l’Atlantique aux confins de la Chine. Leur histoire et leur nature réelles niées, ces sociétés - au futur prévisible réduit à un état de fragmentation permanente, et dont le seul lien organique deviendrait celui de leur soumission à l’imperium - sont arbitrairement confondues en un même amalgame, par l’affirmation simpliste de leur appartenance à « l’aire musulmane ».
Ce « Grand Moyen Orient » ainsi assimilé au « monde islamique » est aujourd’hui jugé par décret impérial en « situation d’échec » -  mais selon quelle unité de mesure, mis à part les oukases de Bernard Lewis, et sauf à considérer que la chute de l’URSS, et l’émergence de l’empire américain qui donne aussi des ailes à ses affidés, peut réhabiliter le principe barbare de l’Empire romain « Malheur aux vaincus » ?
Il constituerait une « région dis fonctionnelle » ( pour les intérêts de l’Empire, bien évidemment ! ), et aurait « besoin d’une thérapie de choc » …dont la potion amère toujours en cours d’administration en Irak, serait le prototype. Cette fuite en avant fondée sur le « principe Noriega [1]» (« nos acolytes d’hier retournés et diabolisés peuvent à bon dos faire oublier nos propres responsabilités et nos propres turpitudes » ) omet de rappeler, bien évidemment la responsabilité américaine dans les pétrifications politiques qui ont paralysé la région, responsabilités relayées par des « élites locales » très tôt américanisées. 
L’entreprise d’ingénierie géopolitique qu’entendent mener les mécaniciens de Washington sous le titre générique de « Grand Moyen-Orient » est inspirée, il faut le rappeler, des thèses imaginées dès 1940 par l’orientaliste Bernard Lewis [2], inventeur d’un « arc de crise » ( allant à l’époque de la Turquie à l’Afghanistan, et dont l’objectif était la déstabilisation de l’Union Soviétique ), et des travaux d’Oded Yinon, un conseiller du gouvernement de Menahem Begin révélés par un document intitulé « Une stratégie pour Israël dans les années 80 », initialement publié dans le numéro 14 ( février 1982 ) de Kivunim, la revue du département de propagande de l’Organisation sioniste Mondiale [3].
Devenu l’un des plus ardents adeptes de Lewis, l’actuel président américain prétend que les Etats-Unis « ne peuvent plus » maintenir le « statu quo » dans la région. A l’instar de leurs prédécesseurs penchés à la fin du 19ème siècle sur l’Empire ottoman - cet « homme malade » que les « médecins », c’est à dire les puissances européennes associées au sein de l’Administration de la Dette Ottomane s’acharnaient, non à soigner, mais à  tuer – les bons docteurs du 21ème siècle à Washington ont diagnostiqué dans les pays atteints par la « pathologie », de fortes poussées d’autoritarisme, et d’absence de liberté. Comme si les « thérapies » et les « remèdes » imposés avec la complicité des « élites locales », depuis la découverte du pétrole, étaient étrangers aux maux dont souffrent les sociétés et les peuples concernés, longtemps contraints de se plier à la férule de « salauds, mais de salauds à nous », comme se plaisait à le dire dans les années soixante-dix, un éminent responsable dans la capitale américaine.    
Les dirigeants américains veulent faire avaliser, par le G8 [4],  le nouvel avatar de leur projet de mainmise sur ce qu’ils considèrent être la « région centrale » du monde, en l’habillant des défroques de la démocratie dans sa version d’exportation musclée étasunienne - idée dont l’essence et le sens sont aujourd’hui profondément dénaturés, sous l’effet des voies de fait infligées par les manipulations, l’instrumentation des crises, et les guerres polymorphes de l’empire américain. Le dispositif militaire du Pentagone concernant cette région est révélateur de l’importance stratégique donnée à ce dessein : c’est du commandement central ( Central command, dit Centcom ) qu’elle relève, et le ministère américain de la Défense envisage d’en transférer l’état-major de Tampa, en Floride, vers…l’Irak, c’est dire !
Passons, pour l’instant,  sur cette fraction d’Amérique, aujourd’hui dominante, qui veut présenter le nouvel empire comme le « vaisseau mère » ultime de l’humanité. Qui veut envelopper celle-ci, de gré ou de force, de son hégémonie, bien évidemment « bienveillante ». Qui veut la punir si elle se rebiffe et renâcle à se plier à la règle des deux poids et deux mesures et au principe de soumission à l’intérêt dit « national américain » quand bien même celui-ci - à supposer qu’il fut réellement l’expression de l’intérêt du peuple des Etats-Unis, ce qui reste à démontrer lorsque l’on sait le poids des lobbies sectaires et égoïstes dans ce pays  – menacerait l’existence humaine elle-même, par son refus de se plier à des règles de sécurité multilatérales, comme dans le cas de l’effet de serre, pour ne citer que ce seul exemple. Qui veut se présenter en modèle idéal d’organisation sociale, en postulant le principe que la paille dans l’oeil du voisin est bien plus inquiétante que la poutre dans le sien propre . Passons aussi, pour l’instant sur les mécanismes de production industrielle du mensonge, dont  les guerres anglo-saxonnes de Mésopotamie et leurs corollaires ont été à la fois le terrain d’application et le révélateur. Passons également, sur les convergences, qui commencent à poindre sur le fond - au delà des formes brutale ( hard ) ou douceâtre ( soft ) qui peut caractériser les pratiques respectives  des « néoconservateurs » ou des « néolibéraux » de Washington - et qui confirment l’ancrage progressif  Etats-Unis, par delà les jeux politiques et politiciens, dans une fonctionnalité impériale structurelle.
Que signifie donc ce « Grand Moyen-Orient » ?
Constatons d’abord que l’appellation en elle-même est la version remaniée d’un tropisme anglo-saxon historique. Tout part du centre hégémonique et y revient. Proche-Orient, Moyen-Orient et Extrême-Orient sont des dénominations impériales forgées par l’histoire des relations des empires européens puis de l’empire américain avec cette partie du monde. Ces appellations sont évolutives mais tendent toujours à escamoter la reconnaissance des appellations autochtones historiques, pour y substituer des dénominations à caractère ethnocentriste. Les tribulations des « représentations » ( dans tous les sens du terme) de la Méditerranée, depuis la fin du système des blocs en 1990, en sont un exemple. Tiraillée dans tous les sens, la Mer Blanche médiane ( « Al-Bahr al abiad al moutawasset » des Arabes ) perd ses points cardinaux. Ballottée entre les nostalgies « littéraires » à prétention politique, les manoeuvres à très courte vue visant à la subdiviser en deux sous portions - la « Méditerranée orientale » et la « Méditerranée occidentale » - au gré des contraintes de politique locale (effets des immigrations) et / ou étrangères ( la question de Palestine par exemple ) et la volonté d’en faire le pendant de l’Alena et du Rio Grande par une Europe prise de court par le basculement du monde conséquent à l’effondrement de l’URSS, elle est livrée à une guerre des dénominations qui exprime en réalité les jeux de force en cours, mais dont les principaux intéressés, ses riverains, sont les derniers sollicités, lorsqu’ils ne participent pas eux-mêmes, par inconscience, paresse intellectuelle ou intérêt égoïste à très courte vue, aux fragmentations en cours .
Cette valse des appellations n’est pas la première dans l’histoire régionale. Souvenons-nous que dans le maëlstrom que fut la fin de l’Empire Ottoman – progressivement replié par contraction sur l’espace turc, à partir du traité de San Stefano, puis du congrès de Berlin de 1878, et parallèlement au renouveau intellectuel du  monde arabe moderne au dix-neuvième siècle avec le mouvement dit de la Nahda, l’expansion coloniale européenne vit l’actuel Maghreb être affublé des appellations successives d’Afrique Blanche, puis d’Afrique du Nord.
La notion de « Grand Moyen Orient » ouvre à l’empire américain plusieurs perspectives. Le flou qui l’entoure ajouté au pragmatisme opportuniste qui double les idéologies qui essaiment à Washington peut donner au projet des variantes multiples mais convergentes. Il permet, en tout état de cause, par une logique inaugurée, dans la période contemporaine, sous Nasser, de nier l’existence d’une personnalité historique ( d’ailleurs en perpétuel devenir ) propre au « monde arabe » - monde distinct, faut-il le rappeler, de ses propres représentations, notamment la notion de oumma, même s’il peut les recouper.
De cette négation de la personnalité historique et culturelle arabe ( distincte, à son tour, de ses composantes religieuses ) en découle une autre, autrement plus importante, celle d’un rejet de sa cohérence et de son unité politique, même à minima, dans le cadre actuel de la Ligue Arabe. Cette négation de l’existence politique arabe en construction ( au même titre, dans son principe, que l’utopie européenne ) est au coeur du projet de « Grand Moyen-Orient ». Washington a d’ailleurs fortement encouragé, notamment au cours de la dernière décennie, plusieurs micro monarchies, notamment pétrolières, à exacerber les tensions centrifuges afin d’affaiblir le potentiel minimal de cohérence politique arabe. Il y a matière à lire, ainsi, sous un tel angle, la fin de non recevoir américaine ( et israélienne ) opposée à l’initiative de paix globale lancée par le prince héritier d’Arabie Saoudite, le prince Abdallah lors du sommet arabe de Beyrouth : c’est la possibilité, l’éventualité même d’une position arabe unifiée minimale qui se trouvait rejetée, car, par sa logique d’association, elle allait déjà à l’encontre des logiques de dislocation de la stratégie américaine pour une région considérée par Washington comme vitale pour son hégémonie planétaire. C’est d’ailleurs à partir de ce moment que les projets de démembrement de l’Arabie Saoudite proprement dite furent révélés au grand jour par les idéologues et les stratèges du Pentagone.
Cette négation de l’existence politique autonome du monde arabe permet de le noyer dans un ensemble flexible et idéologiquement élastique sous l’appellation de « monde islamique ». Il peut permettre aussi de faire de la question de Palestine une simple affaire marginale alors qu’elle constitue le noeud gordien du monde arabe et de la région depuis son émergence, en tant que question historique, avec la promesse Balfour – Condoleezza Rice n’a-t-elle pas affirmé avec aplomb sur CNN et la Fox que la Palestine « était une fiction mythique » ? Et d’officialiser, à contrario, dans le nouveau dispositif stratégique, la place centrale occupée par l’appareil d’Etat israélien et ses outils militaires, largement subventionnés par le budget américain et dotés, ce faisant, d’une autonomie structurelle vis à vis de la société israélienne elle-même.
Cette négation autorisera alors des tentatives visant à imposer de prétendues solutions au détriment de la justice et du droit, et notamment des principes du droit international – qu’il faut bien évidemment dissocier de certaines pratiques onusiennes, et notamment de ces fameux « tribunaux pénaux » qualifiés abusivement « d’internationaux » qui, de l’Afrique aux Balkans jettent, hélas, un fort discrédit sur certains appareils de l’Organisation internationale. Elle donnera la primauté aux rapports de force brutaux, et fera triompher la méthode du fait accompli comme principe premier des relations internationales. Elle provoquera des tensions renouvelées avec la Russie et la Chine, et déstabilisera les liens structurels que l’Europe tente maladroitement d’édifier avec ses riverains du Sud méditerranéen depuis la Conférence de Barcelone. Mais, surtout, elle accentuera les traumatismes des sociétés concernées, et notamment des sociétés arabes. Soumises depuis la fin de l’Empire Ottoman à des chocs successifs, mal servies par des élites promptes au mimétisme au détriment de la réflexion autonome, ces sociétés qui se cherchent depuis un siècle dans une dynamique nationalitaire centripète et qui s’épuisent dans le contexte conflictuel de la question de Palestine, risquent de nouveau d’être les cobayes d’un nouveau dessein impérial. La leçon irakienne peut servir d’exemple : au bout d’une série de justifications mensongères sur les motifs de l’aventure militaire, Washington a repris en argumentaire le leitmotiv de la question « démocratique » relayé par les perroquets locaux. On sait ce qu’il en est désormais de la « démocratie américaine » au pays de l’Entre-deux- Fleuves ( dénomination historique ), pays au bord de l’explosion et du chaos, et dont le salut ne peut venir, s’il n’est déjà trop tard, que du patriotisme et du degré de conscience des irakiens eux-mêmes.
Le même argumentaire « démocratique » est resservi maintenant et sans vergogne, de l’Atlantique à l’Indus. Façonnée sur le même modèle, la mise en application des objectifs américains aura pour conséquence d’aggraver le blocage des sociétés, et la paralysie de leurs ressorts de créativité interne. Leurs élites seront incapables ou empêchées de développer une réflexion autonome sur les besoins réels de leurs pays dans leur interaction et leur complémentarité, dans la durée, avec leur voisinage. Elles seront contraintes de relayer le discours pré mâché de la Banque Mondiale et du FMI, chargés de déblayer le terrain au déploiement de l’imperium. Le nouveau « Grand Moyen-Orient sera en réalité un nouvel espace de pillage économique, favorisé par les actuelles structures rentières et la marginalisation des secteurs productifs, notamment dans l’agriculture.
Les espaces sociaux ( tant urbains que ruraux ) et « nationaux » ( mais le terme aura-t-il encore un sens ? ) seront soumis à la distinction impériale entre zones dites « utiles » ( utiles à l’imperium bien sûr, notamment les zones de production pétrolières ) et les zones « inutiles » ( le prototype ayant été déjà expérimenté à l’échelle du « découpage » virtuel de l’Algérie dans les représentations américaines de ce pays ), et jalonnés de garnisons militaires directement installées sur le territoire ou relayées localement, sous le couvert de « la lutte contre le terrorisme » par un système complexe alliant l’entraînement des troupes, l’accès et les facilités accordés aux différents appareils militaires ou même policiers américains, et l’installation pure et simple de bases américaines, comme à Djibouti et bientôt en Mauritanie.
Simultanément le « remodelage » pourra se jouer des souverainetés et des frontières actuellement reconnues, comme l’a laissé entendre en février dernier, dans une stupéfiante déclaration, un membre influent du Conseil irakien de transition - nullement démenti par le proconsul Paul Bremer – lorsqu’il a affirmé que l’Irak américanisé se réservait la possibilité de « récupérer » à l’avenir, les provinces dont il avait été historiquement amputé, et plus particulièrement la…Jordanie et le Koweït !
Parallèlement à ce maillage par le moyen des systèmes de coercition, un autre filet idéologique se met en place, par le biais des tentatives d’imposer sur les ondes et les flux d’images, des émetteurs relayant l’idéologie de l’imperium à coup d’injection massive de millions de dollars, généreusement dispensés par le Congrès des Etats-Unis, comme c’est le cas pour la chaîne de télévision américaine dite, par humour noir sans doute, « Al-Hurra » ( la Libre ) qui, depuis le 14 février 2004 arrose le Moyen-Orient. Ces actions de propagande aggraveront les repliements et les crispations sectaires, et loin de favoriser le débat de fond et le développement culturel des sociétés concernées, elles imposeront à celles-ci les conditions d’un conflit civil perpétuel.
C’est cette perspective chaotique qui s’offre désormais au monde arabe si nul sursaut n’intervient. Les Etats et les sociétés arabes ont-ils réellement pris la mesure du cataclysme constitué par l’occupation de la Mésopotamie et l’avancée dangereuse de la machine américaine à fabriquer du gâchis sous couvert d’imposer « l’ordre américain » ? Le spectacle qui s’offre aux yeux n’incite pas à l’optimisme, à l’heure où les dirigeants ne tremblent que pour les régimes, où nul sursaut intellectuel ne point à l’horizon, où les peuples se préparent, hélas,  à courber un peu plus l’échine sous le poids des vicissitudes et de l’immoralité de l’Histoire. (Rudolf El-Kareh - Février 2004)
- NOTES :
1. Du nom de ce dictateur panaméen qui plus de quinze années durant fur le relais fidèle de la politique américaine très brutale en Amérique Centrale et qui pourrit aujourd’hui dans une prison américaine pour “trafic de drogue”…
2. Cf. R. El-Kareh, Laisse-moi le tuer, in Revue d'études palestiniennes, Hiver 2004.
3. Cf. Revue d'études palestiniennes No 5, automne 1982, pp.74-83.
4. Quelle légitimité peut avoir une telle caution donnée par cet assemblage des grands Etats industriels autoproclamés maîtres-administrateurs de la planète ?
                               
2. Les Français ne sont pas antisémites : ils ont juste peur des Arabes par Dalia Shehori
in Ha'Aretz (quotidien israélien) du dimanche 23 mai 2004
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

« Le gouvernement Chirac combat certes l’antisémitisme, mais il pense que les Palestiniens sont les seules victimes, au Moyen-Orient », a déclaré le Professeur Jean-Robert Pitte, président de l’Université de Paris-Sorbonne, en déplacement en Israël.
Le Professeur Jean-Robert Pitte, cinquante-quatre ans, président de l’Université Paris-Sorbonne, ne pense pas que la société française soit antisémite. Il attribue la flambée récente d’incidents antisémites en France : à une minorité catholique d’extrême droite, composée essentiellement de membres du Front National (de Jean-Marie Le Pen) ; au mouvement néo-nazi, totalement groupusculaire ; au mouvement trotskiste, à l’extrême gauche, et à une minuscule minorité d’extrémistes musulmans – par opposition à la majorité de l’importante population musulmane résidant en France.
Pitte est favorable au mur de séparation et au plan de désengagement de Sharon, et il est persuadé qu’ « Arafat est cuit », sa longue carrière étant désormais derrière lui. Mais il pense qu’une solution réelle au conflit entre Israël et les Palestiniens est entre les seules mains de Dieu. L’intervention divine a seulement besoin d’une pichenette, dit-il, et le reste suivra.
Pitte, qui se définit lui-même comme un « anarchiste de droite » (« anarchiste », parce qu’il n’a jamais pris la carte d’un quelconque parti), est un professeur de géographie spécialisé dans la production alimentaire dans le monde. Il est président de la Société Nationale des Géographes Français et de la Fédération Européenne des Sociétés de Géographie. Il était en Israël pour y recevoir le doctorat honoris causa de l’Université de Tel Aviv, pour ses travaux scientifiques, et aussi pour son amitié envers Israël, qui trouva sa manifestation dans la décision de décerner un doctorat honoris causa de l’Université Paris-Sorbonne au président israélien Moshe Katsav.
Lorsque Paris VI, l’une des universités les plus importantes de Paris, a décidé, en novembre 2003, de recommander la suspension par l’Union européenne de la participation de scientifiques israéliens à des projets de recherche placés sous les auspices de programmes Euro-israéliens de coopération – autrement dit, un boycott des chercheurs israéliens – Pitte fut au nombre des intellectuels français de renom qui protestèrent publiquement contre cette décision. Le boycott a finalement sauté, après avoir été sévèrement condamné par les principaux médias français et par les hauts représentants du monde politique et universitaire. La décision de demander ce boycott a stupéfié Pitte. « Cette décision était très spécifique à Paris VI (l’université), c’était lié à la personnalité de son président : un provocateur. Une telle décision était impensable dans toute autre université française », a-t-il déclaré à Ha’aretz.
Piette a suggéré, en personne, qu’un diplôme honorifique soit décerné à Katsav, lors d’une séance du conseil d’administration de la Sorbonne, en novembre 2003, après avoir reçu des demandes émanant de responsables israéliens et français, afin d’honorer la visite d’Etat de Katsav en France, laquelle était déjà fixée. La décision fut adoptée à l’unanimité, « mais c’est sans doute parce que c’était moi qui avait lancé l’idée. Il est possible que certains de mes collègues (pas la majorité, mais enfin….) pensassent que ce n’était pas une aussi bonne idée que cela. Mais ils sont restés cois. Ils ont voté « oui » » Pitte (nous) a révélé qu’avant que la décision fût soumise au vote, il a reçu des menaces téléphoniques.
Tripes déficientes
A entendre Pitte, les Etats-Unis sont aujourd’hui le médiateur le plus indiqué pour régler le conflit du Moyen-Orient. « Les gouvernements français, de gauche comme de droite, sont beaucoup trop pro-arabes », dit-il. « Ils pensent que les seules personnes persécutées au Moyen-Orient sont les Palestiniens, et ils rejettent l’idée qu’il puisse y avoir des conséquences fâcheuses du côté israélien, aussi ». Le gouvernement Chirac œuvre sans relâche à éliminer l’antisémitisme, « mais il n’agit pas assez afin d’informer l’opinion publique (française) sur la situation au Moyen-Orient », a-t-il ajouté. Les médias, eux aussi, sont de parti pris, fait observer Pitte. Il y a beaucoup de juifs, qui travaillent dans les médias français, mais cela ne fait rien à l’affaire. « Si quelqu’un apparaît à la télé qui défende la position d’Israël, ou celle des Etats-Unis, ce quelqu’un est immédiatement grillé, ostracisé ».
Pitte conteste l’idée que le gouvernement français serait pro-arabe, le problème, pour lui, c’est « qu’il n’a pas le courage de parler franchement avec tout le monde. Il a peur de ce que les Arabes vont dire, il a peur de se mettre les régimes arabes à dos. Je ne pense pas que les intérêts pétroliers et économiques soient les seuls facteurs. Les relations franco-arabes remontent très loin dans le passé. »
Pitte a soutenu la guerre américaine en Irak, et considère que la position française fut une erreur. « Je ne pense pas que la France ait fait le bon choix », a-t-il dit, ajoutant qu’il se trouve dans une position d’isolement remarquable, sur cette question, parmi ses collègues, comme c’était déjà le cas, à l’époque où il était étudiant, et où il soutenait l’intervention américaine au Vietnam. Certes, les préparatifs de la guerre en Irak ont été déficients, pense-t-il, mais la décision des Américains de partir en guerre était courageuse : il fallait renverser ce régime totalitaire.
Pitte observe qu’il n’est pas très au courant du conflit israélo-palestinien, mais qu’il pense qu’Israël et les Palestiniens sont prédestinés à se parler et à trouver une solution pacifique. « En tant que géographe, je suis convaincu de l’utilité des frontières », dit-il. « Le mot « frontière » a mauvaise presse. Mais, en réalité, une frontière peut être bonne, comme elle peut être mauvaise : cela dépend de la situation. Lorsque deux populations ne veulent pas se parler, ou ne peuvent pas se parler en raison de leur contentieux, il est bon de mettre entre elles une frontière, et aussi une armée, pour défendre cette frontière. » Pitte est favorable au mur de séparation, bien qu’il ait une mauvaise connotation, pour les Européens, parce qu’il leur rappelle le mur de Berlin. « Pendant un demi-siècle, nous avons haï le Mur de Berlin cordialement, mais le Mur de Berlin n’était pas comparable à la barrière qui est proposée ici. Le Mur de Berlin avait été construit afin d’empêcher les populations de fuir de l’Est vers l’Ouest. La barrière de Sharon, elle, a pour finalité de défendre la population israélienne : c’est une situation qui n’a rien à voir. »
Le plan de désengagement de Sharon est lui aussi « une excellente décision, et j’espère que Sharon sera assez fort pour la mettre en pratique », a dit Pitte. « Israël doit abandonner les colonies et Gaza. Mais je sais que c’est une décision très difficile à imposer. »
A son avis, « Arafat a terminé sa carrière depuis longtemps. Il est fini. Cela fait trop longtemps qu’il est au pouvoir. Il n’a pas de pouvoir réel. Arafat est certes un symbole. Mais pas un bon symbole. »
Alors, comment pouvons-nous aller de l’avant ?
« Je n’en sais rien. Dans ce genre de cas, je m’en remets à l’intervention divine », a concédé Pitte. Il est convaincu que la disparition de l’Union soviétique sans bain de sang a été rendue possible par la conjonction fortuite, au pouvoir, de leaders tels Gorbatchev, Reagan, Kohl et Thatcher, à l’époque, grâce à une intervention divine dans la marche de l’Histoire. « Ce genre de choses est tellement rare, dans l’histoire humaine », dit-il, ajoutant que la prochaine fois, cela se produira au Moyen-Orient. Il croit fermement que la politique peut être basée sur une croyance en l’intervention divine, « parce que, si vous croyez à l’intervention divine, vous croyez aussi en l’humanité, puisque l’humanité a été créée à l’image de Dieu. L’humanité doit faire un petit pas en avant, et l’intervention divine fera le reste. »
La France n’est pas une province musulmane
Parlant du plan de désengagement de Sharon, Pitte fait allusion aux colons « dont certains sont des fondamentalistes religieux, et il est très difficile de dialoguer avec ces gens-là. » Il veut initier les Israéliens à la doctrine de séparation de l’église et de l’Etat, qui est opérante en France depuis 1905 et dont certaines personnes craignent qu’elle ne soit menacée par la pression de l’immigration musulmane. Pitte ne pense pas que les musulmans représentent une menace pour le mode de vie laïc de la France. Il affirme que très minoritaires sont les musulmans, dans les banlieues de quelques villes, qui ont des exigences extrémistes. La plupart des musulmans (en France) ne sont pas extrémistes. Mais un certain nombre de problèmes se font jour, parce qu’ils vivent repliés sur eux-mêmes dans des communautés fermées : ils ne s’intègrent pas à la société française et ils ne regardent que la chaîne de télévision Al-Jazîrah.
Il critique la société française, qui envisage de donner aux immigrants musulmans la citoyenneté et leur accorde déjà la sécurité sociale, tout en leur restant étrangère. Il affirme qu’à ces époques de migrations majeures que furent les années 1970, 1980 et 1990, les frontières auraient dû être fermées et la citoyenneté n’aurait dû être accordée aux immigrés qu’en échange de leur promesse qu’ils respecteraient les lois françaises. « On a distribué les certificats de citoyenneté comme des petits pains », observe-t-il.
Néanmoins, Pitte rejette la prédiction faite par la journaliste italienne Oriana Fallaci, selon qui « l’Europe est en train de ressembler de plus en plus à une province islamique ; pire : à une colonie islamique. » Il a fait observer que beaucoup d’immigrés sont venus en France seuls, laissant leurs familles nombreuses au pays, et que les familles immigrées les plus anciennement en France sont les plus laïques. Pitte a ensuite noté que parmi les (hommes) musulmans de trente à quarante ans, qu’ils soient nouveaux immigrés ou immigrés de la deuxième génération, existe une tendance très « occidentale » à ne pas se marier jeune, et à avoir une progéniture peu nombreuse.
                              
3. Initiation d’Israël à la démocratie par Dr. Khaled M. Batarfi
in Al-Madina (quotidien publié à Riyahd en Arabie Saoudite) le dimanche 23 mai 2004
[traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]

A chaque fois que je discute avec des Américains et des juifs, reviennent les sempiternelles questions : « Que pensez-vous d’Israël ? Pensez-vous qu’Israël a le droit d’exister ? Préconisez-vous le retour des quatre millions de Palestiniens qui ont été chassés de chez eux durant les cinquante années écoulées ? Etes-vous en faveur de la solution à deux Etats ? »
La dernière fois, c’était avec un rabbin. Nous participions tous deux, la semaine passée, à une conférence internationale, à Athènes, pour l’encouragement du dialogue entre religions et civilisations du monde entier. Je lui ai dit que j’avais aimé son discours, dans lequel il avait expliqué que si nous ne pouvons pas aimer nos voisins, nous devons au moins faire comme si nous les aimions.
Il était donc inévitable qu’il me posât les questions « habituelles », et je lui répondis, comme d’habitude : « Oui, oui et non… »
Oui à l’existence d’Israël. Cela ne me plaît pas, bien sûr, mais dans des circonstances normales, je vais traiter mes voisins comme si je les aimais, exactement comme vous l’avez prêché, ce matin. Comment est-ce que je définis ces « circonstances normales » ?
En bref : un règlement juste et global de nos différends, conforme au droit international, et à nos accords mutuels.
Et oui : je suis pour le retour des réfugiés arabes chez eux. Si douze millions de juifs peuvent revendiquer leur droit de retourner sur une terre qu’ils ont quittée depuis quatre mille ans, a fortiori quatre millions de Palestiniens sont fondés à revendiquer le même droit à réintégrer des maisons et des fermes qui existent encore, et qu’ils ont dû quitter au cours des cinquante dernières années.
Mais : non. Non, je ne suis pas favorable à une solution à deux Etats. Le pays est trop petit et trop intégré pour être scindé entre deux entités. Je suis favorable à un pays unifié, démocratique et laïc.
Cet Etat ne serait ni juif, ni musulman, ni chrétien. Ce serait un pays multiconfessionnel, où tous auraient des droits égaux et des devoirs égaux. Exactement comme aux Etats-Unis.
Et puis tiens, tant qu’à faire : je choisirais la constitution américaine, pour ce nouvel Etat, car aux Etats-Unis, la démocratie est de règle, il y a la liberté pour tous, la loi s’impose à tous, et la laïcité est un principe sacré.
Mon nouvel ami n’a pas beaucoup aimé mes réponses. Il a dit qu’Israël doit rester un Etat juif, où les juifs soient les seuls citoyens à jouir de tous les avantages et de tous les droits. Les autres, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, ne doivent pas avoir des droits égaux, et ils doivent être soumis à des règlements particuliers.
Aucun réfugié ne doit être admis à revenir parce que cela changerait de manière fatale la démographie de l’Etat et cela mettrait un terme au rêve juif.
Nous sommes tombés d’accord sur notre désaccord, mais nous avons décidé de garder le contact. Peut-être un jour nos positions se rapprocheront-elles, sur ces sujets ? En attendant, j’aimerais pouvoir soumettre mes idées à referendum.
Imaginez ! Imaginez, seulement ! Plus de négociations « de paix » interminables ; plus de marchandage ; plus de murs, plus de combats. Il suffirait, pour cela, qu’Israël adopte la Constitution américaine. Nous vivrions, tous, parfaitement heureux. Alors : c’est oui ? 
                                                                   
4. Le zoo du camp de Rafah dévasté
Dépêche de l'agence Associated Press du vendredi 21 mai 2004, 16h50
RAFAH, Bande de Gaza - Des cadavres d'animaux gisaient vendredi dans le zoo du camp de réfugiés de Rafah, dans le sud de la Bande de Gaza. Selon son propriétaire, les soldats israéliens, appuyés par des bulldozers, ont démoli cages et enclos lors de l'incursion menée par Tsahal.
Pour Mohammed Jumaa, le zoo a été pris pour cible délibérément. "Le zoo était clairement indiqué avec des pancartes et des banderoles", a-t-il expliqué. "Des animaux ont été abattus et des cages détruites. C'était intentionnel".
La majorité des animaux sont morts ou se sont enfuis, expliquait le propriétaire et directeur du zoo. Selon M. Jumaa, un tigre, quelque 55 perroquets africains et américains, différents serpents et plusieurs singes et ratons-laveurs n'avaient toujours pas été retrouvés. En revanche, le kangourou du zoo, qui avait pris la fuite, a été repéré par des habitants et capturé.
"Il n'y a pas de mots pour décrire la souffrance que je ressens en ce moment", assurait le propriétaire du zoo. "Tout cela fait partie de la destruction programmée par l'armée de Rafah, ses bâtiments, ses habitants et même ses animaux".
L'armée israélienne a fait savoir qu'elle était en train de vérifier l'information.
Des images tournées par l'agence Associated Press Television News (APTN) montrent le corps mutilé d'une chèvre, attaqué par les mouches, à côté d'un enchevêtrement de métal, tout ce qui restait de son enclos. Les cadavres d'une autruche décapitée et d'un paon pouvaient également être vus.
Les habitants sont venus vendredi mesurer l'étendue des dégâts subis par le zoo, l'un des rares lieux de distraction du camp de réfugiés. Un jeune garçon penché, les mains sur les oreilles pour couvrir le fracas des mitrailleuses, se frayait un chemin parmi les cadavres d'oiseaux partiellement ensevelis sous le sable. Un poney, plusieurs chiens et quelques dizaines de perroquets faisaient partie des rescapés.
Selon l'armée israélienne, l'offensive menée durant quatre jours dans le camp de réfugiés de Rafah près de la frontière égyptienne était destinée à arrêter des activistes palestiniens et trouver des tunnels servant au passage d'armes de contrebande. Au moins 39 Palestiniens ont été tués lors de cette opération.
Vendredi, les troupes israéliennes se sont retirées de deux quartiers qu'elles occupaient, laissant derrière elles des maisons en ruines, des routes défoncées et des carcasses de voitures.
                           
5. Leïla Shahid et Béatrice Dalle à la présentation de "La porte du soleil" 
Dépêche de l'Agence France Presse du mercredi 19 mai 2004, 13h18

CANNES (Alpe Maritimes) - La déléguée générale de Palestine en France Leïla Shahid et l'actrice Béatrice Dalle ont assisté mardi soir à la présentation à Cannes de "La porte du soleil" (Bab el Chams) de l'Egyptien Yousry Nasrallah, un film épique sur l'histoire tragique du peuple palestinien.
"C'est un film qui donne des images de fiction à une histoire qui n'en a pas", a expliqué Thierry Frémaux, directeur artistique du Festival de Cannes, en présentant cette grande saga historique et romanesque adaptée du roman de l'écrivain libanais Elias Khoury, coproduite par ARTE et Humbert Balsan (Ognon Pictures).
"La porte du soleil", le film le plus long du festival avec ses 4H38, présenté hors compétition avec un entracte de dix minutes, retrace l'histoire palestinienne à partir de 1943 à travers l'histoire d'un couple : Nahila (Rim Turki), jeune femme féministe à l'esprit indépendant, et Younes (Orwa Nyrabia) qui, dès l'adolescence, a choisi de se battre.
Le film commence en 1994 dans le camp de Chatila, au Liban, alors que Younes est dans le coma. A son chevet, le jeune Dr. Khalil le berce de l'histoire de leur peuple faite de bruits et de douleurs, espérant le ramener à la conscience.
Du camp de réfugiés, "La porte du soleil" remonte dans le temps, jusque dans les années 40, pour raconter le mariage, à 12 ans, de Nahila avec Younes, 16 ans et déjà combattant. Le film raconte l'abandon des Palestiniens par les armées arabes, la destruction du village de Nahila en Galilée, les bombardements, les exécutions et la fuite vers les camps du Liban...
Né le 26 juillet 1952, Yousry Nasrallah a réalisé "Mercedes", "A propos des garçons, des filles et du voile" et "La ville". Il fut l'assistant et l'élève de Youssef Chahine, le patriarche du cinéma égyptien, qui présente vendredi "Alexandrie... New York", en clôture de la section Un Certain Regard.
Chahine y évoque "le rêve américain" de ses années de jeunesse, "qui est devenu aujourd'hui le cauchemar américain". Le réalisateur âgé de 77 ans, primé à Cannes, dont il est un habitué, pour "Le destin", complète avec ce long métrage son quatuor d'Alexandrie, une auto-biographie dont il avait déjà tourné les trois premiers volets.
                           
6. La démission d’Arafat et les massacres de Rafah par Abd Al Bari Atwan (Editorial)
in Al-Quds Al-Arabi (quotidien arabe publié à Londres) du mercredi 19 mai 2004
[traduit de l'arabe par Taïeb Moalla]
Ce n’est pas un hasard si les appels à la démission du président palestinien, Yasser Arafat, se multiplient. Ces appels - qui incluent également la demande pour que ce dernier délègue ses prérogatives à un Premier ministre dont les attributs politiques et psychologiques concordent avec les critères israélo-américains – interviennent au moment même où des chars et des avions israéliens commettent de nouveaux massacres dans la ville de Rafah et dans les autres villes et villages de la bande de Gaza et de la Cisjordanie.
Il n’est pas non plus surprenant que se succèdent les opérations de nettoyage ethnique au milieu d’un silence arabe voulu. C’est comme s’il y avait un plan préétabli entre les Etats-Unis et Israël d’un côté et la plupart des leaders arabes de l’autre. Ce plan prévoit la liquidation des poches de résistance palestiniennes à Gaza, dont le Cheikh Ahmed Yassine et le docteur Abdelaziz Rantissi ainsi que des dizaines de combattants sur le terrain.
Shaoul Mofaz, le ministre israélien de la Défense, a dit que l’opération militaire de l’armée israélienne à Rafah pourrait se poursuivre pendant des jours, voire des mois. Ceci veut dire que l’opération se déplacera à Khan Younès, Jabalia, Deir El Balah et après à Jénine, Hébron et Naplouse pour tuer le maximum de résistants. Ceci en attendant l’arrivée d’un nouveau Premier ministre palestinien pour reprendre l’Autorité et ses appareils de sécurité et pour appliquer à la lettre les ordres israéliens : protéger les colons, améliorer le visage de l’occupation et fournir la sécurité ainsi qu’une main d’œuvre bon marché à l’état hébreu.
Nous avons demandé, plus d’une fois dans cette même tribune, le démantèlement de l’Autorité palestinienne (AP) et la démission du président palestinien, Yasser Arafat. Mais pas pour transmettre le leadership à une personnalité palestinienne qui renonce au consensus national en laissant tomber le droit au retour, en sacrifiant Al Quds (Jérusalem) et en légalisant la colonisation. Nous avons demandé le démantèlement de l’AP pour mettre à nu l’occupation israélienne et intensifier la résistance. Car l’existence et la continuation d’une Autorité donnent la fausse impression d’une entité palestinienne et d’un pouvoir autonome et permet à Israël de se soustraire à ses obligations matérielles, politiques, juridiques et morales en tant que puissance occupante.
Nous avons demandé un leadership palestinien alternatif car nous le voulons plus jeune et plus capable d’intensifier la résistance et de regrouper le peuple palestinien face aux complots de liquidation tissés par l’administration américaine avec la complicité de la plupart des gouvernements arabes.
C’est la différence qui existe entre nous et ceux qui veulent la fin de l’AP actuelle pour mettre à sa place une autorité équivalente au conseil de gouvernement provisoire irakien ou au gouvernement Karzaï, en Afghanistan. Du coup, nous nous trouvons dans la même tranchée que l’Autorité actuelle et déclarons la soutenir malgré les nombreuses réserves que nous avons exprimé à son propos. Pas par amour pour l’AP, mais pas haine et peur des alternatives.
Si le président palestinien est un obstacle à l’arrivée d’un leadership alternatif voulu et préparé par les Etats-Unis et Israël, nous saluons cet obstacle et tout obstacle qui lui ressemble. Nous y tenons et demandons à tout le peuple palestinien de faire de même.
Unifier les forces de sécurité palestiniennes doit se faire dans un seul but : protéger le peuple palestinien et faire face aux massacres israéliens qui le visent. Et non pas pour opprimer la résistance et faire passer les plans de Sharon en vue de créer un état palestinien maigre, démembré, sans souveraineté, sans orgueil et sans volonté.
Les Etats-Unis se trouvent dans une dangereuse impasse en Irak. Et Israël connaît une impasse plus grande en Palestine. C’est pour cela que les intermédiaires arabes rivalisent pour les en sortir. Et ce aux dépens du peuple arabe palestinien et de son héroïque résistance. Le silence arabe devant les massacres actuels qui se déroulent Irak et en Palestine est d’autant plus profond qu’il accouche d’initiatives et de conciliabules inspirés par les Etats-Unis et Israël.
Comment expliquer le silence du président Hosni Moubarak, le leader du plus grand pays arabe, devant ce qui se passe à Rafah qui se trouve à la frontière de son pays ? Comment le président égyptien accepte-t-il le changement du tracé des frontières, le creusement d’un canal entre lui et la bande de Gaza, l’entrée des chars israéliens dans son territoire pour poursuivre les résistants, pour tuer et détruire des centaines de maisons de simples citoyens qui, il y a peu de temps, dépendaient de l’administration égyptienne, portaient ses papiers, étudiaient dans ses écoles et servaient dans son armée ? Quel président arabe accepte toute ces humiliations sans crier sa douleur et son sentiment de déshonneur ? De quel peau est-il fait et quel sang coule dans ses veines ? Est-ce que ses cellules portent réellement l’héritage de 7 000 ans d’histoire, comme il aime à répéter ?
Où est l’héroïque armée égyptienne qui a vécu quatre guerres contre l’ennemi usurpateur et a perdu des dizaines de milliers de ses meilleurs soldats et officiers pour défendre l’honneur de l’Egypte, son leadership et son histoire ? Comment est ce que cette héroïque armée peut-elle accepter le déshonneur et l’humiliation et cette importante disproportion entre son armement et celui de son ennemi stratégique ?
Nous ne croyons pas que l’héroïque armée égyptienne accepte ce qui se passe à Rafah de l’autre côté de sa frontière. Et nous ne pouvons pas imaginer que son commandement national accepte de voir, en spectateurs, les enfants et les femmes innocents se faire égorger par les missiles israéliens.
Le peuple palestinien se bat et fait face aux chars israéliens à son corps défendant. Il n’hésite pas un instant à fournir les martyrs. Mais ce qui lui fait le plus mal, c’est cette complicité officielle arabe avec ses bourreaux. Une complicité qui prend différent visages dont : les médiations louches pour rapatrier les restes des soldats, pour annoncer une trêve et pour retourner à la table des négociations.
Sharon ne veut pas se retirer de Gaza ou démanteler une quelconque colonie en Cisjordanie. Celui qui veut se retirer n’utilise pas ce degré de destruction et de meurtres atroces d’innocents. Celui qui veut se retirer ne demande pas le vote des colons de son parti.
Sharon a réussi son plan en obtenant des garanties américaines de légaliser la colonisation et d’annuler le droit au retour et en consacrant le caractère juif de l’Etat d’Israël. Aujourd’hui, un nettoyage ethnique est appliqué à Rafah et Gaza. Demain, en Galilée et dans le triangle.
Finalement, nous demandons aux leaders arabes qui s’apprêtent à participer à leur sommet honteux de ne pas discuter des questions de la Palestine et de l’Irak. Vous êtes complices des complots contre des deux pays. Nous vous demandons tout simplement de ne pas continuer votre feuilleton hypocrite et ennuyant. Laissez les habitants de ces pays s’occuper de leurs affaires loin de vous et de vos complots. Avez-vous constaté à quel point nos demandes sont devenues simples et limitées ?
                               
7. Une "Nakba" de 56 ans par Valérie Féron
in L'Humanité du mardi 18 mai 2004
Les Palestiniens, notamment ceux que l’on appelle les "Arabes israéliens", célébraient l’anniversaire de l’expulsion de leur peuple.
Nazareth, correspondance particulière - L’armée israélienne menait hier matin " une opération de grande envergure " pour totalement isoler Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, avec des chars, des bulldozers et des hélicoptères qui ont ouvert le feu.
Selon la deuxième chaîne (privée) de télévision israélienne, l’armée aurait préparé un projet de creusement d’une énorme " tranchée de sécurité ".
La multiplication des offensives et des destructions de maisons par l’armée israélienne à Rafah, autorisées dimanche par la Cour suprême, ainsi que dans la bande de Gaza, donnent le sentiment aux Palestiniens d’une " Nakba continuelle " depuis 1948.
L’ensemble des Palestiniens ont commémoré ce week-end la catastrophe qu’a représenté à cette époque l’expulsion des deux tiers de leur peuple (plus de 750 000 personnes) par les forces sionistes dans les mois qui ont précédé et suivi la proclamation de l’État par Ben Gourion. Quelque 150 000 d’entre eux deviendront citoyens d’Israël. Cinquante-six ans plus tard, ces Palestiniens citoyens d’Israël, qui représentent un cinquième de la population, partagent ce sentiment.
Cinquante-six ans après la Nakba, ceux que l’on appelle officiellement les " Arabes israéliens ", représentent 20 % de la population : " Nous n’avons pas choisi notre statut ", rappelle Mohammed Zeidan, de l’Association arabe pour les droits de l’homme (HRA), basée à Nazareth, la plus grande ville arabe israélienne. " Nous sommes devenus une minorité parce que la majorité de notre peuple a été expulsé. Vous ne pouvez comparer notre situation à celle par exemple de la communauté arabo-musulmane en France. Ici, nous sommes "les indigènes", nous étions ici avant l’établissement de l’État, c’est la majorité qui est venue s’installer chez nous ". Ce sentiment est largement présent dans les céurs des Palestiniens d’Israël conscients du passé : " Cette histoire est vivante, insiste Mohammed Zeidan. Ces faits ne sont pas très vieux. Nous avons tous dans nos familles des parents réfugiés et des pères, des oncles pour nous en faire le récit. "
Cette communauté continue de faire face à de nombreuses discriminations, continuellement dénoncées sans être en général prises en considération. Alors que le taux de chômage réel est évalué à 20 % dans le secteur arabe, les autorités veulent fermer des bureaux de recherche d’emploi dans plusieurs petites villes de Galilée autour de Nazareth. Les associations des droits de l’homme démontrent comment, dans tous les domaines, " il y a deux systèmes de légalité : l’un pour la majorité juive, l’autre pour les Arabes ". Ils restent perçus comme " une cinquième colonne " potentielle, comme l’a mis en lumière la commission Or dans son rapport sur les " événements " d’octobre 2000, au début de l’Intifada, qui a fait 13 morts parmi cette communauté lors de manifestations en soutien à leurs parents des territoires occupés. Évoquant " la violence excessive " utilisée par les forces de l’ordre, elle a souligné que " la police doit réaliser que le secteur arabe palestinien d’Israël n’est pas un ennemi et ne doit pas être traité ainsi ". Malgré ces recommandations, les violences policières contre ces citoyens se poursuivent.
Autant de faits qui alimentent le débat sur l’État " juif et démocratique ", une question qui est au céur de la bataille politique mené par les députés arabes à la Knesset : " C’est impossible d’avoir un État de droit ici, estime Mohammed Zeidan. Même quand vous êtes juif vous êtes confronté à des injustices selon votre pays d’origine : Éthiopie, Russie, ou pays arabes, par exemple. Le raisonnement est le suivant : c’est un État juif mais nous allons essayer d’être démocratique ! Entre l’apartheid et un État pour tous les citoyens, ils devront choisir un jour ou l’autre, car être juif et démocratique ne marchera pas. Tout comme je ne crois pas qu’un État islamique puisse être totalement démocratique. " Face à ces défis, cette communauté semble s’affirmer de plus en plus depuis la période d’Oslo, vue comme déclencheur d’une prise de conscience des " illusions " d’égalité : " Nous avons réalisé que personne ne nous aiderait, étant considérés comme une question interne à Israël, explique le responsable de HRA. C’est donc à nous de faire valoir nous-mêmes nos droits et de faire connaître notre situation à l’extérieur. " Reste qu’avec la nouvelle Intifada, le statut des Palestiniens d’Israël a subi de nouveaux coups, certains officiels remettant clairement en question leur droit à la nationalité israélienne, d’autres proposant de faire passer certaines des localités arabes proches de la Cisjordanie sous souveraineté palestinienne dans le cadre d’un échange de terre et d’un traité de paix : " La Nakba se poursuit, martèle Mohammad Zeidan. Et l’opportunité de transférer à nouveau aussi bien les Palestiniens des territoires que nous-mêmes est plus que jamais à l’ordre du jour. Les débats sont ouverts sur ce sujet dans les médias israéliens. Les officiels, des membres du gouvernement en parlent sans se cacher. Il y a quelque chose dans l’essence même de cet État qui est dangereux : celui-ci étant défini comme l’État du peuple juif, tout ce qui est entrepris contre les Arabes est quasiment ressenti comme normal dans les consciences. Nous, Palestiniens citoyens d’Israël, avons donc le devoir urgent d’expliquer aux juifs israéliens et au reste du monde quelle est la réalité de cet État. "
                                   
8. La diaspora (volontaire) d’Israël par Camilla Lai Ortolan
in Il Manifesto (quotidien italien) du dimanche 16 mai 2004
[traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio]

La dernière diaspora du peuple juif part de la terre promise. Et l’exode cette fois est volontaire. Selon le Cbs, le Bureau central des statistiques de Tel Aviv, en 2001 – dernière année des données analysées pour le moment- on a enregistré le plus fort nombre d’israéliens émigrés à l’étranger depuis 1961. Sagit Uzan, du département de la population au Cbs, affirme que « le nombre des citoyens israéliens qui demandent des visas pour l’étranger est en augmentation constante ». « On ne peut pas savoir avec précision combien de gens quittent le pays », déclare Moshe Lissak, enseignant de sociologie à l’Université juive de Jérusalem, « parce que les statistiques du gouvernement se basent sur le fait que les gens soient ou non rentrés en Israël pendant la dernière année. Autrement dit, si on ne revient pas dans le pays pendant 12 mois, on est classé dans la catégorie émigrés ». Ce qui ne correspond pas nécessairement à la vérité. « Il y en a qui ne peuvent pas revenir, par exemple des étudiants sans ressources ; et ceux, au contraire, qui viennent souvent en visite pendant l’année mais qui ne vivent plus dans le pays », explique Lissak. Et il ajoute : «  La seule chose qui est sûre c’est que de plus en plus d’israéliens quittent cette terre ».
Partent ceux qui sont arrivés dans le pays récemment. Partent aussi les gens de la classe moyenne, la plus touchée par la crise économique et par l’effondrement du secteur technologique. « Mais même les gens de la deuxième et troisième génération d’israéliens sont en train de partir », dit Lissak. Les fils des kibboutzim aussi. Des gens de toute origine sociale et, je crois, politique.
Croissance exponentielle
Pendant ces trois dernières années, correspondant au début de l’Intifada al Aqsa, le 20 septembre 2000, le nombre des israéliens ayant fait une demande de visas pour les Etats-Unis a doublé. A l’ambassade Us de Tel-Aviv on confirme la croissance exponentielle des visas pour les Usa : 1752 accordés en 2000, 1875 en 2001, 1900 en 2002 et 1600 pour le premier semestre 2003. Les visas sont accordés pour regroupements familiaux ou pour des raisons de travail. « La crise économique de ces dernières années, surtout dans le secteur technologique a sûrement beaucoup compté », déclare une source anonyme de l’ambassade. « Mais on entend dire de plus en plus que les gens en ont marre, qu’ils veulent autre chose pour leur vie quotidienne et pour l’avenir. »
« Les israéliens sont en train de chercher des issues dans le cas où les choses empireraient », affirme Michael Shalev, autre sociologue de l’université juive. Et il ajoute, presque pour lui-même : «… comme si ça pouvait être pire ». Pourquoi ? « C’est une conjonction de facteurs : crise politique, économique, le problème de la sécurité », explique Shalev. « C’est difficile, voire impossible de séparer la situation économique du problème politique et de savoir ce qui pèse le plus dans la décision de quitter le pays ».
« Chacun a son histoire », dit Lissak. « Celui qui part pour des raisons économiques : Silicone Valley en Californie est le paradis de la génération des trente ans, experts en haute technologie. Ils disent que le marché israélien est trop petit et instable, à cause de la guerre et de l’insécurité. Mais même dans les couches les plus basses on part à la recherche d’un travail. Et d’autres encore disent qu’ils ne supportent plus la bureaucratie, le manque de sécurité, les guerres perpétuelles. Les jeunes réservistes en ont marre de l’armée ».
Que l’économie israélienne soit en crise, ça n’est pas une nouvelle : en deux ans l’inflation est passée de 0 à 7 %, et le chômage à 10 % place Israël en quatrième dernière place sur une liste de 27 pays occidentaux. Mais le signal d’alarme le plus grave de la crise économique avait été lancé par le quotidien Yedioth Aharonot, à l’automne dernier, la veille de Rosh Hashanah : 72 % des citoyens israéliens ne croient pas que les jeunes aient un avenir en Israël.
Et les journaux en hébreu publient de plus en plus souvent des annonces d’associations légales qui aident à transférer des capitaux à l’étranger, à vendre des propriétés, à demander des permis de séjour. Ou aident des jeunes qui n’ont pas de bourse d’études à trouver du travail aux Etats-Unis, payés 5 dollars de l’heure. C’est peu mais c’est déjà un premier espoir de pouvoir rester. Sur www.oznik.com il y a un vade-mecum en hébreu, pour ceux qui partent à New York: ce qu’il faut faire avant de partir et une fois arrivé.
La nouveauté absolue par rapport aux périodes de crise précédentes, c’est que cette fois parmi ceux qui partent il y a aussi les petits-fils des pionniers qui, en 48, sont arrivés de partout pour fonder l’état hébreu. « J’ai grandi avec mes grands-parents qui me disaient: plus personne ne nous chassera, pas d’ici », se souvient Joshua, 39 ans. Cette génération qui même dans les moments les plus durs n’a pas lâché. Même en 66, quand la crise économique a pris des allures alarmantes ou quand, en 67, le chômage avait atteint 12 %. Juste quelques mois avant la guerre, dernière goutte qui a fait déborder le vase. « A l’époque on entendait qu’il y avait des départs en masse », raconte Michael, qui vit en Israël depuis trente ans. « On disait qu’à l’aéroport Ben Gourion, il y avait une pancarte: que le dernier éteigne la lumière ».
En hébreu yordim veut dire « ceux qui descendent » ; et, en opposition à oolim, « ceux qui montent » -sur la colline de Jérusalem, acquérant la citoyenneté israélienne-  connote un sens de trahison. On appelait Yordim ceux qui partaient, dans les années 60. A l’époque de Rabin, on les appelait plus simplement couards. Dans les années 70, les perdants.
« Maintenant par contre, même les plus anciens font preuve d’ouverture et il y a seulement de l’envie, vis-à-vis de ceux qui arrivent à partir », dit Zac, émigré depuis trois ans et demi aux Etats-Unis. En somme, désormais les grands-parents exhortent les enfants à faire leur vie à l’étranger. Du fait aussi que pour ces  640 000 israéliens de plus de 65 ans, la vie est de jour en jour plus difficile. Dans un récent rapport de l’Institut Brookdale, remis en février à Moshe Katsav, président israélien, on lit que 20 % des personnes âgées doivent choisir chaque jour entre faire leurs courses ou aller à la pharmacie. De nombreuses personnes interrogées ont admis qu’«Israël aujourd’hui est très différent de l’état qu’on rêvait de créer ».
Mais ceux qui partent sont surtout ceux qui sont arrivés récemment dans le pays. « Dans chaque vague migratoire, 6 % environ de ceux qui arrivent repartent dans les premières années », affirme Lissak. Le professeur Yinon Cohen, du département d’études du travail de l’université de Tel –Aviv, explique qu’il « est plus difficile de s’acclimater pour ceux qui peut-être ne parlent pas la langue ou ne connaissent pas bien le pays. Et surtout, c’est plus simple de repartir si on a un endroit où retourner. Tout le monde ne peut pas le faire : les israéliens ne peuvent pas rentrer au Yémen ou en Iran. »
Mais ces trois dernières années la moyenne des départs s’est élevée et de façon non négligeable. Les Etats-Unis, avec 22,5 %, ne sont  même pas au premier rang dans la classification des pays les plus demandés. C’est le Canada qui est en tête: selon des statistiques du ministère de l’Intérieur israélien, 26 % des canadiens arrivés depuis 1989 a désormais quitté définitivement le pays. Puis l’Afrique du Sud (19,8 %), la Grande-Bretagne (19,3 %) et la France (16 %). Mais il y a de longues files même devant les consulats de pays qui n’ont jamais exercé un grand attrait sur les israéliens (Pologne, Hongrie, Roumanie); peut-être à cause de leur entrée dans l’Ue. Mais pas seulement : « un phénomène tout à fait nouveau est le retour en ex-Union soviétique », dit encore Lissak.
Ceux qui ne sont pas encore partis se mettent à l’abri. « Il y a de plus en plus de gens qui demandent un « passeport de sécurité », dit Cohen en se référant à la loi sur la double citoyenneté. « C’est un phénomène en expansion : les israéliens découvrent d’autres nationalités », confirme Shalev. « Le phénomène est nouveau parce qu’il va à l’encontre de l’idéologie dominante, fondée sur l’axiome : nous sommes seuls et nous n’avons pas d’autre endroit où aller ». Faux : la course au deuxième passeport a commencé et elle est en pleine ascension.
Ceux qui ont une double nationalité se déplacent sans nécessité de visa.  Et sans laisser de traces, de sorte que pour les consulats des pays de destination il est impossible de quantifier les israéliens récemment arrivés. Celui qui bénéficie par exemple de la double citoyenneté étasunienne, « peut partir et rentrer aux USA et en Israël, en utilisant les deux passeports», nous explique un porte-parole de l’ambassade Usa à Tel Aviv qui estime  que 100 à 140 mille israélo américains repartent outre océan chaque année » ;
Voie d’émergence
Même les juifs italo-israéliens sont en train de chercher des voies de sortie. « Le bureau de l’état civil  est en expansion constante », affirme-t-on à l’ambassade italienne de Tel Aviv. « En 2002, on a eu une augmentation de 20 % des inscriptions : de plus en plus de gens se préoccupent de vérifier s’ils n’ont pas perdu la citoyenneté italienne, ou la font obtenir à leur conjoint et à leurs enfants ».
Et pendant qu’augmente le nombre de ceux qui quittent le pays, décroît celui de ceux qui arrivent dans ce qui a toujours été terre d’immigration par excellence. Au Bureau gouvernemental  des statistiques on n’a pas encore évalué les données pour 2003.Mais au consulat italien de Jérusalem, une source nous indique que «  pour la première fois dans l’histoire d’Israël le nombre des émigrés est inférieur à celui des émigrés ».
« L’essence du sionisme » avait dit David Ben Gourion en 1944, « est de peupler Israël avec une multitude de juifs ». « Aucune personne raisonnable ne vivrait ici : nous sommes toujours en guerre, la sécurité n’existe pas », déclare Cohen. Et il ajoute : « et pourtant d’un point de vue démographique, entre 1948 et 2000, le modèle sioniste s’était révélé vainqueur: en 50 ans, nous sommes passés de 500 mille à plus de 5 millions ». Maintenant pourtant les choses changent.
Reviendront-ils, les yordim contemporains ? Au département de sociologie à Jérusalem, on enseigne qu’il faut 7 ans pour le savoir, parce qu’après cette période les possibilités de revenir en Israël s’amenuisent. Cela dépendra certainement de la disparition de ces facteurs qui motivent ceux qui partent ou qui voudraient partir.
                               
9. "Bien-être du soldat israélien" : Manifestation de protestation à Marseille
Dépêche de l'Agence France Presse du dimanche 16 mai 2004, 18h23
Quelque 200 personnes selon la police, 300 selon les organisateurs, se sont rassemblées dimanche dans le calme devant le Palais des Congrès à Marseille pour protester contre la tenue dans la soirée d'un gala au profit de l'"Association pour le bien-être du soldat israélien" (ABSI).
Un collectif d'une quinzaine d'associations, syndicats et organisations politiques dont la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), Sud, la CFDT, la Cimade, le MRAP ou la Ligue des droits de l'Homme, avait appelé à cette manifestation, après avoir demandé en vain l'annulation de ce gala annuel qu'ils perçoivent comme un soutien à l'armée israélienne. Pour la députée européenne de la LCR Roseline Vachetta, présente parmi les manifestants, "ce gala est une provocation".
"Qu'on soutienne l'armée israélienne qui vient de raser cent maisons (à Rafah, ndlr) est un véritable scandale. Ce gala va à l'encontre de tout ce que je combats depuis le début de mon mandat (de députée européenne)", a déclaré à l'AFP Mme Vachetta.
Selon l'Agence des Nations unies pour l'aide aux réfugiés palestiniens, plus de 1.000 Palestiniens se sont retrouvés à la rue dans le sud de la bande de Gaza, dans la région de Rafah, après la démolition par Tsahal de leur 88 habitations ces derniers jours.
"Tsahal est une armée d'occupation. Il faut la faire reculer et non la soutenir. On encourage Israël à continuer ses exactions, c'est indigne", a ajouté Mme Vachetta.
Les manifestants arboraient des drapeaux palestiniens et des pancartes sur lesquelles étaient inscrits "Non au gala de l'armée d'Israël, Justice pour les Palestiniens", ou encore "Soldats colons hors de la Palestine, Non à l'apartheid".
La manifestation s'est déroulée dans le calme, en présence d'une dizaine de policiers.
Interrogé mercredi par l'AFP, le conseiller régional et conseiller général socialiste Jocelyn Zeitoun, organisateur du gala de l'ABSI à Marseille, avait souligné qu'il s'agissait d'un "gala de bienfaisance" au profit d'hôpitaux israéliens ou de veuves, orphelins et familles dans le besoin. "En aucun cas, les fonds collectés ne servent à acheter des armes ou à réaliser des opérations militaires", avait-il affirmé.
                           
10. L'armée israélienne va détruire des centaines de maisons palestiniennes à Rafah
Dépêche de l'Agence France Presse du vendredi 14 mai 2004, 11h17
JERUSALEM - L'armée israélienne a reçu le feu vert pour détruire des centaines de maisons à Rafah dans le sud de la bande de Gaza près de la frontière égyptienne à la suite de la mort mercredi de cinq soldats dans ce secteur, a annoncé la radio publique israélienne.
L'Autorité palestinienne a qualifié de "catastrophe majeure" ce projet et appelé la communauté internationale à intervenir pour empêcher sa mise en oeuvre.
"Détruire ces maisons sera une catastrophe majeure pour notre peuple. C'est extrêmement grave", a déclaré à l'AFP le ministre palestinien chargé des négociations Saëb Erakat.
"Cela montre qu'Israël a l'intention de rester dans la bande de Gaza et non pas de s'en retirer. Ils veulent y semer la destruction comme ils l'ont fait dans le quartier de Zeitoun (à Gaza) où l'armée israélienne a tout détruit", a-t-il ajouté.
Sur le terrain, un activiste palestinien a été tué dans la nuit de jeudi à vendredi dans la bande de Gaza en tentant de commettre un attentat contre une colonie juive, a-t-on appris de sources médicale palestinienne et militaire israélienne.
Mahmoud Joumaa, 22 ans, des Comités de la résistance populaire, a été tué en tentant, avec un autre activiste, de poser une charge explosive près de la colonie de Rafah Yam, dans le sud de la bande de Gaza, selon le groupe armé et des sources militaire israéliennes.
Ce nouveau décès porte à 4.016 le nombre de tués depuis le début de l'Intifada fin septembre 2000, dont 3.030 Palestiniens et 916 Israéliens.
L'armée israélienne a reçu l'autorisation du Premier ministre Ariel Sharon "d'élargir" le corridor surnommé "Philadelphie" qui s'étend le long de la frontière avec l'Egypte et de détruire à l'avenir des "centaines de maisons" situées le long de ce corridor, a ajouté la radio publique.
"Dans un premier temps des bâtiments abandonnés seront détruits. Puis d'autres maisons habitées seront détruites. Israël se chargera de trouver des logements pour les Palestiniens qui seront évacués", a poursuivi la radio sans donner d'autres détails.
Un responsable à la présidence du conseil a confirmé à l'AFP que l'armée allait "élargir" le secteur contrôlé le long de la frontière égyptienne et que des "maisons de Palestiniens vont être détruites" lorsque les opérations de recherches des restes des soldats tués prés de Rafah, qui ont repris vendredi, seront achevées.
"C'est une mesure de légitime défense, il s'agit de mieux assurer la protection nos soldats qui ne doivent pas se faire tirer comme des lapins et d'empêcher également la contrebande d'armes, de mortiers, de roquettes par des tunnels entre l'Egypte et la bande de Gaza", a ajouté ce responsable, qui a requis l'anonymat.
Il n'a pas précisé combien de maisons allaient être détruites, se bornant à assurer qu'Israël trouverait des "solutions alternatives" pour les Palestiniens qui se retrouveront sans abri.
Selon les responsables israéliens, les maisons situées près du corridor "Philadelphie" sont utilisées par des tireurs palestiniens embusqués ou pour des attaques à la roquette contre des soldats israéliens.
Mercredi après-midi, à Rafah, à l'extrémité sud de la bande de Gaza, un autre transport de troupes blindé a été touché par une roquette antichar qui a déclenché une énorme explosion, tuant un officier et quatre soldats. Le véhicule transportait des explosifs.
Le député d'opposition de gauche, Yossi Sarid, a dénoncé le projet de "détruire la moitié de Rafah". "C'est un crime de guerre, et le soutien américain pour ce genre d'opération ne nous aidera pas vis-à-vis de la communauté internationale", a ajouté M. Sarid à la radio militaire.
Le chef de l'opposition travailliste Shimon Peres a appelé vendredi à la radio à un retrait de toute la bande de Gaza, y compris du corridor Philadelphie, "comme le prévoyait le plan initial du Premier ministre".
M. Peres faisait allusion à la première version du plan de retrait de la bande de Gaza d'Ariel Sharon qui a été rejeté par les membres du Likoud, son parti au début du mois lors d'un vote.
En octobre 2003, l'armée israélienne avait détruit ou rendu inhabitables 114 maisons, laissant 1.240 personnes sans abris dans le camp de réfugiés de Rafah, selon l'Agence de l'Onu pour les réfugiés de Palestine (Unrwa). Cette opération avait été lancée en vue de détruire des tunnels de contrebande.
                               
11. La justice déboute deux associations qui accusaient Edgar Morin d'antisémitisme
in Le Monde du vendredi 14 mai 2004

Le sociologue avait publié une tribune dans "Le Monde" sur le conflit palestinien, qui ne dépasse pas, pour le tribunal, le cadre d'une "polémique".
Le tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine) a débouté, mercredi 12 mai, les associations Avocats sans frontières et France-Israël, qui avaient engagé des poursuites pour "diffamation à caractère racial" et "apologie des actes de terrorisme" contre le sociologue Edgar Morin, le député européen Sami Naïr et l'écrivaine Danièle Sallenave, cosignataires d'une tribune publiée le 4 juin 2002 dans Le Monde et consacrée au conflit israélo-palestinien. Une centaine d'intellectuels avaient dénoncé "l'accusation doublement scandaleuse" dont était victime Edgar Morin (Le Monde du 30 mars).
Le tribunal a condamné les associations à payer 2 000 euros à Danièle Sallenave, la même somme à Edgar Morin, ainsi que 2 000 euros conjointement à Sami Naïr et Jean-Marie Colombani, directeur de la publication du Monde.
Les propos poursuivis"ne peuvent être appréciés isolément de la réflexion globale à laquelle procèdent les auteurs", relève d'abord la première chambre du tribunal. Or, dans l'article, "les auteurs prennent position sur le conflit israélo-palestinien qui constitue l'un des débats les plus sensibles au sein de la communauté internationale".
Ils dénoncent ensuite "une radicalisation des positions répressives d'Israël dans un conflit compromettant, d'après eux, ses chances de survie et entendent tracer les perspectives d'une solution de paix globale en mobilisant l'idée française de citoyenneté comme pouvoir de fraternisation entre musulmans et juifs, ainsi que celle d'un accord comportant une garantie internationale".
"DIALECTIQUE DU DOMINANT"
"Réagissant à la politique militaire du gouvernement israélien qu'ils qualifient de suicidaire, et considérant que dans la "dialectique du dominant sur le colonisé" Israël est dans une impasse, les trois auteurs s'interrogent sur le lien entre les fondements historiques de cet Etat et la politique du gouvernement actuel d'Israël".
En termes, certes, "particulièrement incisifs et virulents", l'article "critique précisément la politique conduite par Ariel Sharon à l'égard du peuple palestinien à partir de la vision unilatérale que donne, selon les auteurs, "la conscience d'avoir été victime"", estime le tribunal.
Les auteurs, qui exceptent "une admirable minorité", visent "la politique d'Israël, sans stigmatiser pour autant la communauté juive dans son ensemble". Au total, les deux passages poursuivis "s'insèrent dans un texte porteur d'un message politique, estime le tribunal, livrant les analyses et réactions propres des auteurs devant une situation qui suscite légitimement de vifs débats" et "ne peuvent être tenus pour diffamatoires".
"Les propos poursuivis ne peuvent, conclut le tribunal, être perçus autrement que comme une polémique portant sur la politique menée par le gouvernement actuel d'Israël contre les Palestiniens et n'imputent aucun fait précis attentatoire à l'honneur et à la considération de la communauté juive dans sa globalité à raison de son appartenance à une nation ou à une religion".
                                       
12. Pour une autre politique du Crif - Le président élu dimanche devra s'attacher à dissocier la lutte contre l'antisémitisme du soutien inconditionnel à Israël par Esther Benbassa
in Libération du jeudi 13 mai 2004
(Esther Benbassa est directrice d'études à l'Ecole pratique des hautes études, titulaire de la chaire d'histoire du judaïsme moderne.)
Le 16 mai sera élu le nouveau président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Certes, cette institution ne représente qu'un tiers des juifs de France, mais sa voix est perçue comme si elle venait de tous les juifs de ce pays. C'est dans ce paradoxe que devrait se situer sa politique, puisque la responsabilité des deux autres tiers lui revient, que le Crif le veuille ou non. La majorité juive non représentée est porteuse d'une multitude de points de vue aussi bien sur sa propre judéité et sur la politique française que sur la question israélo-palestinienne et tout simplement sur Israël.
Si les consistoires, transformés en associations cultuelles depuis la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905, ont en charge les questions proprement religieuses et cultuelles, le Crif quant à lui, créé en 1944 en clandestinité sous le nom de Conseil représentatif des israélites de France, et qui adoptera son nouveau label après la guerre, assume la représentation proprement politique des juifs. En acquiesçant à ce partage, les représentants religieux admettaient qu'on puisse être juif autrement que selon des critères religieux. Avec le temps, le Crif s'érigera en porte-parole de ces juifs à l'identité plurielle, qui se revendiquent juifs sans être toujours pratiquants ni croyants.
Dans les années d'après guerre, le Crif sera traversé par les tensions inhérentes au groupe juif de l'époque, surtout aux milieux immigrés est-européens où sionistes et communistes s'opposent frontalement. Dans les années 1950, Israël suscite déjà le débat à l'intérieur de l'organisation lors de la rédaction de ses nouveaux statuts. Tout en réaffirmant la «sympathie du Crif à l'égard d'Israël», ces statuts se garderont d'indiquer qu'il s'agit d'une «sympathie agissante». A la faveur de l'accalmie, le Crif jouera un rôle important dans la reconstruction d'une judaïcité lourdement éprouvée par la guerre.
Il est indiscutable que le Crif n'est pas une institution monolithique, déjà parce qu'il regroupe un grand nombre d'organismes et associations. Mais l'aggravation du conflit israélo-palestinien durant ces dernières années a créé une sorte d'union sacrée et permis à son président sortant, Roger Cukierman, d'avoir les coudées plus franches. A la veille de l'élection du 16 mai, il est opportun de faire le bilan du mandat de ce dernier, quand bien même on n'aurait soi-même aucune accointance avec cette institution, et ne serait-ce que parce qu'elle est perçue, à tort ou à raison, comme l'émanation du groupe juif dans son ensemble.
Il est vrai qu'en ces temps de projection du conflit du Proche-Orient sur la scène nationale, marqués par la résurgence de l'antisémitisme et par la peur qu'elle a suscitée chez les populations juives, la tâche du Crif n'était pas facile. Le premier reproche qui vient à l'esprit concerne le manque de sens politique de son dirigeant qui, au lieu de resserrer le lien des juifs avec la France dans ces moments-là, n'a fait que diviser, en renforçant les barrières que la montée de l'antisémitisme édifiait entre les différentes composantes de la nation, et en mettant la communauté juive en porte-à-faux avec certaines des formations politiques du pays.
Ce n'est pas au président du Crif qu'il revenait de flirter avec la droite. Un flirt qui avait commencé quelques mois avant l'élection présidentielle, dans le contexte de la campagne sécuritaire menée par ses tenants. Confondant dangereusement le soutien inconditionnel à Israël avec la lutte contre l'antisémitisme, Roger Cukierman s'était-il donc imaginé qu'avec l'arrivée de la droite au pouvoir la politique d'Ariel Sharon bénéficierait d'un plus grand soutien dans le pays ? Possible. Mais ne fallait-il pas être un piètre politique pour croire que le nouveau gouvernement imprimerait un tel virage à sa politique étrangère vis-à-vis du monde arabe ?
Le président du Crif n'avait pas davantage à distribuer bons et mauvais points et à accuser régulièrement la gauche de n'avoir pas été assez réactive face aux premiers signes de «judéophobie». Ni à tolérer le compagnonnage douteux de personnalités au passé politique peu recommandable simplement parce qu'elles apportent leur caution à la politique israélienne. Au lendemain du 21 avril, dans une déclaration au journal israélien Haaretz, Roger Cukierman est allé jusqu'à interpréter la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle comme «un message aux musulmans leur indiquant de se tenir tranquilles». C'était rompre là avec la majorité de citoyens qui allaient descendre dans les rues pour défendre la démocratie. Qu'un juif pût avoir la mémoire aussi courte, un juif qui plus est défenseur infatigable du «devoir de mémoire», avait de quoi dérouter. Autre gaffe politique de taille, et du même ordre, la dénonciation, lors d'un dîner du Crif, de l'alliance «brun-vert-rouge».
Roger Cukierman et ses amis ont préféré focaliser leur attention sur les actes antijuifs attribués à certains groupes issus de l'immigration arabo-musulmane. Ces actes existent, ils sont nombreux et condamnables. Reste que les dernières profanations de tombes en Alsace et du mémorial juif de Verdun, oeuvre de néo-nazis, prouvent qu'il y a toujours bel et bien en France un antisémitisme d'extrême droite occulté pour de mauvaises raisons. La vigilance est évidemment de rigueur, mais elle ne doit pas être sélective. Il ne fait pas de doute que l'antisémitisme classique ou traditionnel fleurit lui aussi sur le terreau du conflit israélo-palestinien, mais il a une longue histoire et la fin éventuelle du conflit ne suffira pas à l'éradiquer. Et ce sont par ailleurs les mêmes groupes qui profanent aussi des cimetières musulmans.
Une fois de plus, le président du Crif a manqué l'occasion de ne pas séparer la lutte contre l'antisémitisme de celle contre toute forme de racisme, qu'il soit antiarabe, antimusulman ou antinoir, et de ne pas en faire une affaire «juive» mais celle de tous les démocrates de ce pays. Personne, aucun parti politique, aucune institution, fût-elle juive, n'a le droit de récupérer la lutte contre l'antisémitisme au risque de la banaliser. Cette lutte doit être constante. Gagner une bataille n'est pas gagner la guerre. Pour preuve, quelques jours après la déclaration de Nicolas Sarkozy se targuant de ses acquis dans ce domaine, on assistait à des profanations de tombes.
Au-delà de l'amateurisme politique du président sortant du Crif, une des graves erreurs commises est d'avoir attisé la peur des juifs français en fondant l'essentiel de sa communication et de son action sur la dénonciation de l'antisémitisme. Le résultat en est le repli. Cette politique unilatérale a été relayée par des intellectuels organiques dont les livres et les propos trop alarmistes ont fait croire au pire, sans que les instances responsables limitent les dégâts à temps. Pensait-on augmenter le nombre des partants en Israël ? Et en montant en épingle l'antisémitisme «arabe», s'agissait-il de faire croire aux juifs de France qu'ils partageaient déjà ici le sort de leurs frères israéliens face aux Palestiniens là-bas ? Autre amalgame, auquel s'est ajouté le harcèlement quasi systématique, pour antisémitisme, de personnalités qui dans la majorité des cas n'avaient péché que par une critique parfois vive de la politique israélienne. Ainsi allait prospérer à l'étranger l'image d'une France antisémite. Une façon de brouiller la complexité de la réalité.
En France, il y a des antisémites comme il y a des racistes et des xénophobes, mais on ne peut pas réduire toute la France à cela. La dénonciation devient contre-productive à partir d'un certain stade et si on ne propose pas parallèlement des solutions constructives pour rapprocher, former, éduquer les parties en conflit. Bref, le Crif devra assumer devant l'histoire ses erreurs politiques si l'antisémitisme entre dans les moeurs, que la peur déborde, et qu'entre les juifs et les différentes composantes de la société française la défiance se renforce et le fossé se creuse. Il est urgent d'arrêter cette politique qui fourvoie le groupe juif dans son ensemble. Cette urgence vaut aussi bien pour Roger Cukierman, si son mandat est renouvelé, que pour son adversaire, Serge Hajdenberg, s'il est élu.
- Dernier ouvrage paru : la République face à ses minorités. Les juifs hier, les musulmans aujourd'hui, Mille et Une Nuits, 2004.
               
13. Les critiques de Daniel Barenboim envers Israël irritent fortement Katsav et Livnat par Gideon Alon
in Ha’Aretz (quotidien israélien) du lundi 10 mai 2005
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

Le chef d’orchestre Daniel Barenboim s’est attiré des réponses offusquées, dimanche soir, du président israélien Moshe Katsav, ainsi que de la ministre de l’Education Limor Livnat, après ses critiques impitoyables de la politique israélienne envers les Palestiniens.
Barenboim s’exprimait devant la Knesset, où lui a été décerné le prix de la Fondation Wolf. Il a déclaré notamment : « Avec de la douleur au cœur, je pose la question, aujourd’hui, de savoir si une situation de conquête et de contrôle est compatible avec la Déclaration d’Indépendance d’Israël ? »
Barenboim a continué à s’interroger publiquement : « Y a-t-il une logique dans l’indépendance d’un peuple, si c’est au prix des droits fondamentaux d’un autre peuple ? Le peuple juif, dont l’histoire est pleine de souffrances et de persécution, peut-il se permettre de rester indifférent quant aux droits et à la souffrance d’un peuple voisin ? (…)
(…) L’Etat d’Israël peut-il se permettre de se bercer d’un rêve totalement irréaliste – l’ambition de trouver une résolution idéologique au conflit – au lieu de chercher à obtenir une solution pragmatique et humaine, fondée sur la justice sociale ? »
Les observations de Barenboim ont eu le don de mettre Livnat hors d’elle. Elle a vivement rejeté les critiques de l’Etat formulées par l’artiste : « Israël a été fondé, d’abord et avant toute chose, afin d’être le foyer national du peuple juif. Israël respecte les minorités qui vivent en son sein », a-t-elle asséné.
Katsav a lui aussi exprimé des réserves au sujet des observations du chef d’orchestre.
« Barenboim mérite d’être critiqué, non seulement pour ces remarques désobligeantes à la Knesset, mais aussi pour avoir refusé de présenter ses excuses aux survivants de l’Holocauste, qui ont été gravement offensé lorsqu’il est allé jusqu’à diriger des œuvres de Richard Wagner », a-t-il déclaré, poursuivant en ces termes :
 « Nous devons veiller à ne pas perdre nos sentiments de compassion ( ? ! ?), notre sens de la responsabilité humaine… Dans l’Etat juif, où vivent des rescapés de l’Holocauste, les sentiments de ces victimes doivent être respectés, et la liberté d’expression ne saurait servir de prétexte pour heurter leurs sentiments. »
Le porte-parole de la Knesset, Reuven Rivlin, a boycotté la cérémonie de remise de la distinction, affirmant que Barenboim a « souillé la mémoire des victimes de l’Holocauste en dirigeant, comme il l’a fait, une œuvre de Richard Wagner. »
                               
14. Les écrits de Jean par le Dr. Jacques Coulardeau - Olliergues (Gironde) [courrier des lecteurs]
in L'Humanité du samedi 8 mai 2004

(...) Le film de Mel Gibson, entièrement fondé sur l’Évangile selon saint Jean, n’est jamais, du moins dans ce que j’ai lu, référé à cet évangile. On efface saint Jean au nom de la nécessaire lutte contre l’antisémitisme. Cela devient plus grave encore quand l’Humanité hebdo des 3 et 4 avril, dans la couverture qui est faite de l’Origine du christianisme, ignore totalement Jean et ses deux textes fondamentaux que sont son Évangile et son Apocalypse (...).
Sans vouloir juger ni de la qualité cinématographique ni de l’horreur de la torture et du supplice imposé, il est clair dans le film que les grands prêtres ne sont pas unis sur la décision et qu’ils sont les manipulateurs de bout en bout de l’événement. Je vois hélas deux phénomènes négatifs : le fait que la lutte contre l’antisémitisme devrait signifier de ne plus parler de certains événements, comme si on devait ne plus parler de Hitler (comme Costa-Gavras dans Amen) sous prétexte que cela pourrait apparaître anti-allemand ; le fait que nous effaçons du corpus religieux chrétien le personnage de Jean et ses écrits qui pourraient prêter, dans le cadre d’une mauvaise interprétation, à l’accusation d’antisémitisme. On passe là d’un antisémitisme grossier, fondé sur la discrimination, voire l’extermination, à un antisémitisme bien plus grave car il implique que tous les juifs sont identiques et doivent être protégés, excluant par là même la compréhension que la communauté juive et la société israélienne sont traversées de débats et de contradictions et que dénoncer la politique de génocide d’Ariel Sharon devient alors une forme d’antisémitisme. Cela est grave, anti-historique (...).
                           
15. "Les photos sont choquantes, mais nos rapports sont pires", accuse la Croix-Rouge par Afsané Bassir Pour
in Le Monde du samedi 6 mai 2004

Genève de notre correspondante - Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) sait depuis longtemps qu'il se passe "des choses pires que sur les photos" dans la grande prison d'Abou Ghraib, à l'ouest de Bagdad. "Nous n'avons pas besoin de photos pour savoir ce qui s'y passe et c'est inacceptable", dit la porte-parole du CICR, Antonella Notari. Selon elle, le CICR avait déjà fait, "dans un premier temps", plusieurs rapports et des recommandations aux autorités américaines et britanniques sur place et, "dans un deuxième temps", à leurs supérieurs à Washington et à Londres.
"Les photos sont certes choquantes, mais nos rapports sont pires", dit Mme Notari qui refuse toutefois de préciser le contenu des rapports, conformément à la pratique habituelle du CICR. C'est le prix à payer, selon elle, pour des visites "impromptues et régulières" toutes les cinq à six semaines à la prison d'Abou Ghraib depuis que les prisonniers irakiens s'y trouvent, en octobre 2003.
"Nous le savions et nous avions dit aux Américains que ce qui se passe à Abou Ghraib est répréhensible". Mme Notari nie catégoriquement les déclarations de la générale Janis Karpinski, commandante depuis juin des unités en charge des prisons en Irak, selon lesquelles les "hommes du renseignement militaire" auraient empêché que les détenus du bloc 1A, où ont été pratiquées les tortures, soient présentés aux délégués du CICR. "Nous ne sommes pas des naïfs, rétorque Antonella Notari, nos délégués sont extrêmement expérimentés et ils parlent à beaucoup de gens à l'intérieur de la prison, nous finissons toujours par savoir la vérité, dans toutes les prisons du monde, et la vérité à Abou Ghraib est choquante."
"MESSAGE PRÉVENTIF"
Le CICR demande que les exactions commises à l'encontre de prisonniers irakiens soient punies par la justice. "Quand il y a des informations sur la torture, des sanctions doivent être prises très vite, c'est extrêmement important, cela responsabilise les personnes qui ont la charge des prisonniers et envoie un message préventif très clair aux autres."
Selon ses délégués, si le CICR est resté "très discret" sur les abus, c'est parce que ses rapports "ont été pris extrêmement au sérieux" par les Américains. Les relations entre les Etats-Unis et le CICR sont plus compliquées sur la base navale de Guantanamo. Le refus "persistant" des Etats-Unis de respecter les conventions de Genève sur les prisonniers de guerre avait même conduit, pour la première fois, le CICR à dénoncer publiquement "l'illégalité" des détentions arbitraires des 600 prisonniers qui s'y trouvent.
Depuis la chute du régime baasiste en avril 2003, le CICR a enregistré plus de 11 000 prisonniers irakiens en Irak, dont un certain nombre ont été libérés depuis. Selon l'organisation, dans la prison d'Abou Ghraib se trouvent deux catégories de prisonniers, des anciens combattants de l'armée de Saddam Hussein, qui ont le statut de prisonniers de guerre, et des civils internés "pour différentes raisons" mais à qui s'appliquent également des conventions de Genève dont le CICR est depuis 1949 le gardien. Le CICR se concentre sur "les prisonniers les plus exposés à savoir ceux qui sont détenus pour raisons de sécurité". Le fait que la coalition ait utilisé la prison d'Abou Ghraib a "beaucoup choqué le peuple irakien", dit Antonella Notari, "car cette prison était connue pour les atrocités que le régime de Saddam Hussein y commettait".
LES ONG AUSSI...
L'ONU aussi se mobilise timidement. Mardi 4 mai, le Haut- Commissariat pour les droits de l'homme a nommé "un expert indépendant" pour enquêter sur les violations commises par les belligérants en Irak. Le juge islandais Jakob Moller est chargé de conduire "un exercice d'évaluation". Son mandat et ses moyens restent à définir. Une des voix les plus fortes sur les abus en Irak pourrait être celle de Theo van Boven. Personnalité respectée des défenseurs des droits de l'homme, ce magistrat hollandais est rapporteur spécial de l'ONU sur la torture. Dans un communiqué, mardi, il a demandé "une enquête, des poursuites et des sanctions" ainsi qu'une réparation aux victimes de ces violations.
Les organisations non gouvernementales aussi multiplient les dénonciations. La Fédération internationale des droits de l'homme a déjà interpellé le gouvernement suisse, en tant que dépositaire des conventions de Genève, lui demandant de réunir une conférence internationale pour, selon son secrétaire général, Antoine Bernard, "trouver des solutions aux violations du droit international humanitaire commises en Irak". Human Rights Watch a demandé que l'enquête soit étendue à "des autorités supérieures" afin de savoir "si elles ont ordonné ou tolérer ces abus, qui sont peut-être des crimes de guerre".
[Ce que dit la 3e convention de Genève : L'article 13 de la 3e convention de Genève du 12 août 1949 stipule que "les prisonniers de guerre doivent être traités en tout temps avec humanité" et qu'ils ne peuvent pas être soumis à des traitements dangereux, humiliants ou dégradants. Ils doivent être protégés "contre tout acte de violence ou d'intimidation, contre les insultes et la curiosité publique". L'article 14 précise que "les prisonniers de guerre ont droit en toutes circonstances au respect de leur personne et de leur honneur". L'article 17 souligne que les prisonniers qui refusent de répondre aux questions "ne pourront être ni menacés, ni insultés, ni exposés à des désagréments ou désavantages de quelque nature que ce soit", et a fortiori à "aucune torture physique ou morale ni aucune contrainte" pour leur arracher des renseignements. Cette 3e convention définit précisément les prisonniers de guerre. Il s'agit :
- des membres des forces armées d'une partie au conflit, de même que des membres des milices et des corps de volontaires faisant partie de ces forces armées ;
- des membres des autres milices et des autres corps de volontaires, appartenant à une partie au conflit et agissant en dehors ou à l'intérieur de leur propre territoire, même si ce territoire est occupé, et remplissant les conditions suivantes : avoir à leur tête une personne responsable, avoir un signe distinctif et reconnaissable à distance, porter ouvertement des armes, se conformer aux lois et coutumes de la guerre ;
- de la population d'un territoire qui, à l'approche de l'ennemi, prend spontanément les armes pour combattre les troupes d'invasion sans avoir eu le temps de se constituer en armée régulière.]

[Amnesty parle de torture "régulière" - Dans un entretien accordé à l'agence Global Viewpoint, Irene Kahn, secrétaire générale d'Amnesty International, accuse l'armée américaine présente en Irak d'avoir eu recours "régulièrement à des méthodes telles que la privation de sommeil, l'humiliation et le genre de mauvais traitements montrés dans les photos" de détenus de la prison d'Abou Ghraib rendues publiques par CBS. Pour cette organisation de défense des droits de l'homme, cela constitue des actes de "torture" telle qu'elle est définie par le droit international. "A l'évidence, ce n'étaient pas des incidents isolées", ajoute-t-elle. La porte-parole indique qu'"entre avril et juillet"2003, de nombreux anciens prisonniers d'Abou Ghraib et du Camp Cropper, fermé depuis, avaient témoigné avoir subi ces traitements auprès d'Amnesty International. "J'ai écris à Paul Bremer, l'administrateur américain en Irak, en juillet pour attirer son attention sur ces accusations de torture", explique Mme Kahn. "On nous a dit que l'armée avait vérifié, et que ce n'était rien."]
                                       
16. La cinquième colonne d'Israël par Samar Al-Gamal
in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mardi 4 mai 2004
La série d'assassinats des chefs des mouvements palestiniens, dont les déplacements étaient censés être confidentiels, relance le débat sur les agents à la solde de l'Etat hébreu. 
Agents ou collaborateurs palestiniens qui travaillent pour le compte d'Israël. Qui sont-ils ? Combien sont-ils ? Pourquoi le font-ils ? Depuis l’assassinat des deux chefs du mouvement palestinien Hamas, Cheikh Yassine et Abdel-Aziz Al-Rantissi, le dossier est passé sur le devant de la scène, d'autant plus que la sécurité palestinienne a découvert un réseau de Palestiniens collaborant avec Israël juste après le meurtre du cheikh Yassine, chef spirituel du Hamas, et que les brigades d'Al-Qassam, branche armée du mouvement Hamas, ont affirmé que les collaborateurs étaient équipés de matériel de transmission sophistiqué. Aujourd'hui, les ONG parlent d'environ plus de deux cents Palestiniens accusés de collaboration et qui sont emprisonnés dans les différents centres de détention de la bande de Gaza. Depuis l'établissement de l'Autorité palestinienne en 1994, plusieurs Palestiniens ont été exécutés à Gaza pour collaboration. Mais de nombreux autres, simplement soupçonnés d'être des collaborateurs, ont été victimes de vendettas.
Analystes et responsables palestiniens ne sont pas en mesure d'avancer un chiffre exact. Mais selon le politologue palestinien Kayed Al-Ghoul, « même s'il est difficile de parler de chiffre précis, je crois qu'il est en baisse grâce à la présence de l'Autorité palestinienne qui se fait voir dans les rues ». La question la plus importante qui se pose n'est pas celle de savoir quel est le nombre de ces collabos, mais comment Israël, qui dispose des moyens d'espionnage les plus sophistiqués, dont la mise sur écoute des communications, et la surveillance des déplacements des responsables palestiniens, a recours à ce genre d'agents. Le chef des gardes-frontières israéliens, le commandant David Tzur, reconnaît : « Nous excellons dans le recours aux moyens humains pour la collecte des informations. Nous investissons beaucoup d’efforts pour disposer d’agents, et Israël a réussi à obtenir des résultats étonnants dans ce domaine ». Il semble que les tentatives d'infiltration des mouvements palestiniens deviennent de plus en plus difficiles pour Israël comme le dit Moussa Abou-Marzouq, vice-président du bureau politique du Hamas (lire Entretien). Il relève que suite à l'échec de ce genre de noyautage, les Israéliens se contentent du seul agent de reconnaissance.
Une tâche qui s'avère plutôt simple sous une occupation qui contrôle toutes les sorties, voire tous les moyens de subsistance, des Palestiniens. Ainsi, selon Al-Ghoul, « Israël profite du besoin des Palestiniens de travailler sur son territoire et au moment où ils retirent la dite carte magnétique (permettant de franchir les frontières israéliennes et de travailler, NDLR), l'Etat hébreu marchande avec eux ou avec ceux qui veulent suivre des études ou un traitement médical à l'étranger ». Une situation vouée donc à persister tant que le statu quo demeure et tant que l'économie palestinienne est tributaire d'Israël. Djibril Rajoub, ex-chef de la sécurité palestinienne, est d'accord pour dire que, sous l'occupation, recruter des agents n'est pas une question difficile, mais voit les choses de manière différente. Il estime que c'est un phénomène qui existe partout et contre lequel l'Autorité palestinienne tente de combattre, avec les moyens dont elle dispose. « C'est l'OLP qui assume la responsabilité de poursuivre, arrêter ces agents et les présenter en jugement », dit-il. Mais il n'hésite pas à jeter la balle dans le camp des mouvements palestiniens. Il affirme que ces derniers sont responsables de leur propre protection. « Lorsqu'ils sont en courant de telles choses, ils ne nous avertissent pas de crainte de voir leur image déformée devant nous. Nous les appelons à coopérer avec nous, qu'ils nous présentent des listes et qu'ils discutent avec nous et nous sommes capables de prendre les mesures nécessaires ». En revanche, les différents mouvements de résistance accusent l'Autorité palestinienne d'avoir négligé le dossier des agents. « C'est ce manque de fermeté qui a permis au phénomène de s'amplifier », accuse le responsable du Hamas, en comparant le traitement du dossier lors des deux Intifadas.
Des innocents accusés
Cependant, lors de la première Intifada, plusieurs erreurs ont été commises et des innocents ont été tués, accusés de collaboration. « Un retour à la situation qui prévalait lors de cette période aurait pour conséquence de mettre le désordre partout dans la société palestinienne », indique Al-Ghoul. Au cours de la première Intifada, entre 1987 et 1993, plus de 800 collaborateurs présumés ont été capturés par les Palestiniens, et d'autres, accusés d'avoir collaboré avec Israël et d'avoir aidé l'Etat hébreu à assassiner des militants palestiniens, ont été tués de manière extrajudiciaire par des groupes armés ou des individus palestiniens. Même depuis le début de l'actuelle Intifada, en 29 septembre 2000, certaines ONG affirment que le même phénomène s'est reproduit, mais dans une moindre mesure.
Même Amnesty International a encore condamné l'iniquité des procès qui se tiennent devant la Cour de sûreté de l'Etat et non devant un tribunal civil. Mais le ministre palestinien de la Justice, Abou-Meddeine, avait répliqué : « Nous sommes en guerre et cela devait servir d’avertissement » à ceux qui seraient tentés de collaborer avec Israël. Ces procédures judiciaires se déroulent devant des juges militaires, et les jugements rendus par la Cour sont sans appel. Les sentences doivent simplement être ratifiées par le président Yasser Arafat. Cependant, celui-ci n'a toujours pas ratifié certaines condamnations à mort. Peut-être que l'OLP a été obligée de traiter le dossier avec réticence parce qu'elle est ligotée par un nombre de mesures et d'accords avec Israël, en plus du fait que la communauté internationale, et surtout l'Union européenne, voient d'un mauvais œil les exécutions comme moyen de résoudre ce problème.
C'est peut-être une exception dans la société palestinienne, mais le phénomène existe et il doit être traité de manière plus sérieuse dans le but de combattre les facteurs qui poussent les agents à collaborer avec l'ennemi. Le politologue palestinien affirme qu'il faut agir sur deux volets. Le juridique, c'est-à-dire que toute sanction doit se dérouler conformément à la loi (inspirée de la loi égyptienne qui prévalait à Gaza jusqu'en 1967), avec preuves à l'appui ou aveux. L'autre volet — qu'il trouve plus important encore — est celui de la sensibilisation, et de la conscientisation en profitant des expériences des autres peuples qui ont résisté à l'occupation, pour éviter que l'affaire ne se transforme en une question de sang entre Palestiniens. C'est pourquoi le Hamas a déclaré qu'il est en discussion avec le Fatah, le mouvement de Yasser Arafat, et avec les autres factions pour rouvrir le dossier. Tous semblent conscients du sérieux de l'affaire et disent cependant qu'il ne faudrait pas l'exagérer et porter atteinte à la lutte palestinienne et au patriotisme. L'exagération sert uniquement l'intérêt d'Israël. En perdant ses agents, l'Etat hébreu joue sur le côté psychique et porte atteinte au moral des Palestiniens. Il en recrute ensuite d'autres, en laissant supposer qu'il dispose d'un très grand nombre de collabos. Qu'ils soient nombreux ou pas, efficaces ou non, l'affaire des agents ne se terminera qu'avec la fin de l'occupation.
                                   
17. Chronologie de la trahison par Aliaa Al-Korachi
in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mardi 4 mai 2004

12 février 2001 - Deux Palestiniens âgés de vingt-huit et dix-huit ans ont été condamnés à mort par la Cour de sûreté de Bethléem. Ils étaient accusés d’avoir fourni aux services de sécurité israéliens des photos de Hussein Abayat, chef du Fatah pour le Sud de la Cisjordanie, tué par un missile tiré depuis un hélicoptère alors qu’il circulait dans la ville de Beit Sahour. Deux passantes avaient également été tuées.
15 février 2001 - Deux Palestiniens condamnés à mort pour collaboration avec Israël ont été fusillés. Majdi Makaoui, vingt-huit ans, fusillé dans l’enceinte du commissariat de Gaza devant 500 policiers et responsables du Fatah, avait reconnu avoir communiqué aux Israéliens des renseignements ayant servi à l’assassinat de quatre membres du mouvement. Allan Béni Odeh, vingt-quatre ans, exécuté sur la place publique à Naplouse, était accusé d’avoir fourni à Israël des renseignements sur son cousin, un artificier du mouvement islamiste Hamas assassiné par les services israéliens. Il a été fusillé devant une foule de plusieurs milliers de personnes qui criaient : « A mort les collaborateurs ».
1er août 2001 - A Beit Sahour, un Palestinien de 57 ans, Jamal Chahine, a été tué par un groupe de Palestiniens parce qu'ils le considéraient comme un collaborateur d'Israël. Un jour plus tard, le tribunal de la sécurité palestinienne a condamné à mort trois Palestiniens reconnus coupables d'avoir coopéré avec l'Etat hébreu pour assassiner Thabet Thabet, militant et chef du Fatah dans la ville de Tulkarem, le 31 décembre dernier. L'audience a duré dix minutes et le verdict a été salué par des rafales de balles tirées devant le tribunal. Un autre Palestinien a également été condamné à 15 ans de prison tandis qu'un cinquième, privé selon le tribunal de ses facultés mentales, a été libéré. Les cinq accusés avaient tous clamé leur innocence.
8 août 2001 - Détention d’Assad Issa, collaborateur qui se déguisait en imam pour extorquer des aveux aux prisonniers palestiniens pour le compte des services israéliens. Agé de 29 ans, Assaad Issa affirme avoir rejoint en 1991 la « cage aux oiseaux », appellation désignant « une pièce où les collaborateurs d'Israël sont jetés en appât pour arracher des informations aux activistes palestiniens ayant résisté aux interrogatoires israéliens ».
14 mars 2002 - Des miliciens palestiniens abattent deux collaborateurs présumés d'Israël. Les deux informateurs présumés, accusés d'avoir fourni des informations qui ont permis aux forces israéliennes de tuer deux dirigeants d'organisations militantes palestiniennes, ont été sortis d'une base des renseignements palestiniens où ils étaient détenus. Des hommes armés ont emmené les deux hommes à l'endroit même où l'un des dirigeants d'une milice de Bethléem, Hussein Abayat, a été tué dans une attaque ciblée israélienne au missile en novembre 2000. Les deux suspects sont alors exécutés.
24 août 2002 - Les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, groupe armé lié au Fatah, le mouvement du président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat, revendiquent l'enlèvement et la mort d'Ikhlas Yassine, qui aurait, selon le groupe, avoué avoir aidé les services de renseignements israéliens à assassiner des dirigeants des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa au début du mois d'août.
30 août 2002 - Responsables de la plupart des assassinats de collaborateurs présumés ces derniers mois, les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa assassinent deux femmes, de 19 et 35 ans, qu'elles accusaient d'avoir collaboré avec l'Etat hébreu.
11 septembre 2002 - Deux Palestiniens soupçonnés de collaborer avec Israël sont assassinés dans le nord de la Cisjordanie par des hommes masqués. Les deux collaborateurs présumés, âgés respectivement de 36 et de 65 ans, ont été tués, l'un dans le village de Ramine, à mi-chemin entre Tulkarem et Naplouse, et l'autre dans le village de Jayous, à l'est de Kalkiliya. Selon les témoins, ces assassinats ont été perpétrés par des membres des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa. Le Palestinien, âgé de 36 ans et dont l'identité n'a pas été révélée, avait été emprisonné pendant un mois par l'Autorité palestinienne pour des « raisons de sécurité ». Il était connu pour ses liens avec Israël, toujours selon ces témoins.
17 octobre 2002 - Walid Hamdiya est condamné puis exécuté à mort par la Cour de sûreté de l'Etat siégeant à Gaza. Deux jours plus tard, la même peine a été prononcée contre Amin Khalafallah. Les deux hommes ont été déclarés coupables de « trahison, communication avec l'ennemi (les services de renseignements israéliens) et affaiblissement du moral du peuple palestinien ». Ancien militant du Hamas (Mouvement de la résistance islamique), Walid Hamdiya a été arrêté en 1995 en tant que « collaborateur » présumé. D'après les informations recueillies, il a avoué avoir aidé les autorités israéliennes à retrouver et à tuer cinq membres du Hamas entre 1987 et 1995. Il aurait notamment contribué à l'assassinat du commandant militaire de ce mouvement dans la bande de Gaza en 1993. Des membres des services de sécurité palestiniens ont déclaré que Walid Hamdiya était le « collaborateur » palestinien le plus haut placé découvert à ce jour. Amin Khalafallah avait été arrêté en 1998 et également accusé de « collaboration » avec Israël. D'après les informations recueillies, il a fourni à l'Etat hébreu des renseignements qui ont débouché en septembre 2002 sur une attaque au cours de laquelle Muhammad Deif, un responsable de la branche militaire du Hamas, a été blessé. D'autres informations fournies précédemment par Amin Khalafallah avaient apparemment eu pour conséquence l'élimination en 1996 de Yéhia Ayyach, membre de premier plan du Hamas.
7 août 2003 - Trois hommes armés tuent dans le centre de Ramallah, en Cisjordanie, un Palestinien nommé Samir Charour, qu’ils accusaient de collaborer avec Israël. Selon des sources des services de renseignements palestiniens, l'homme était un des 334 prisonniers relâchés ce moi-ci par l'Etat hébreu.
26 avril 2004 - Les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa déclarent avoir exécuté un Palestinien pour collaboration avec Israël, à Beit Rima, au nord-ouest de Ramallah. Ce collaborateur, Mohamad Athem, 30 ans, a avoué collaborer avec Israël depuis 1997, et avoir aidé ainsi à l’arrestation de nombreux activistes recherchés par l’armée israélienne.
29 avril 2004 - Les services de renseignements palestiniens ont détenu deux hommes soupçonnés d'être des agents d’Israël. Mahmoud Abou-Kanis, 52 ans, a avoué qu'il coopérait avec les services israéliens depuis 1978, et c'est son fils qui a été chargé de surveiller le déplacement de Rantissi.
                                   
18. Entretien avec Ahmed Al-Tibi : "Nous luttons contre la marginalisation et la discrimination" propos recueillis par Randa Achmawi
in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mardi 4 mai 2004
Membre arabe de la Knesset israélienne et ancien conseiller du président Yasser Arafat, Ahmed Al-Tibi, présent au Caire pour assister à une rencontre sur les Palestiniens de 1948, parle de la discrimination subie par cette minorité arabe en Israël et de ses rapports avec les Palestiniens des territoires occupés en 1967.
— Al-Ahram Hebdo : Comment évaluez-vous la réunion au Caire des Palestiniens de 1948, organisée par la Ligue arabe, en coopération avec le département des sciences politiques de l’Université du Caire ?
— Ahmed Al-Tibi : Cette rencontre est sans précédent du point de vue qualitatif. Car, pour la première fois, on a été capables de réunir tous les courants politiques représentant ce qu’on appelle les Palestiniens de 1948 autour d’une même table. Cette rencontre avait comme objectif une meilleure approche et compréhension des questions et problèmes liés aux Arabes de 1948. Pour notre part, nous aimerions qu’aussi bien au Caire que dans tout le monde arabe, on ait une meilleure connaissance de la réalité des Palestiniens de 1948. Ces derniers ont une nature bien particulière parce qu'ils sont arabes palestiniens et, en même temps, citoyens israéliens. Pour cette raison, nous sommes en permanence victimes d’une politique de discrimination, menée par tout gouvernement israélien. C’est pour cette raison que la rencontre du Caire est un pas qui mérite d’être vivement salué.
— Qu’espèrent les Palestiniens de 1948 de leurs confrères arabes ?
— En réalité, il faut bien le dire, pendant des dizaines d’années il y a eu, chez certains Arabes, une déformation de l’image des Palestiniens de 1948. Ce comportement s’est atténué et a presque disparu au cours des dernières années, grâce à nos efforts personnels, l’amélioration des moyens de communication, l’Internet, les chaînes satellites, etc. A travers ces différents moyens, les Arabes ont pu connaître la réalité de notre situation. Nous avons commencé à être vus et reconnus comme une partie vivante de la nation arabe et du peuple palestinien, mais qui résiste et s’accroche à sa terre au fil des ans. On réalise maintenant que nous avons nos propres soucis et que nous souffrons d’une discrimination raciale très évidente, à l’intérieur d’Israël, pratiquée par les gouvernements en place.
Nous représentons une faction de cette société israélienne qui propose un modèle alternatif au sionisme. Nous voulons affirmer notre présence et défendre nos droits contre vents et marées. Et ce malgré toutes les politiques discriminatoires à notre encontre. Nous voulons également être en permanence en contact et liés aux autres peuples arabes, malgré toutes les oppositions officielles israéliennes et en dépit de la campagne menée contre nous par la droite israélienne lorsque nous avons accepté de participer à la rencontre du Caire.
— Quels types de rapports ont les Palestiniens de 1948 avec l’Autorité palestinienne, d'une part, et les Palestiniens vivant dans les territoires occupés, d'autre part ?
— Nous sommes en rapport constant avec l’Autorité palestinienne. Dans le passé et jusqu’en 1999, j’ai été moi-même conseiller du président Yasser Arafat. Puis, j’ai présenté ma démission et posé ma candidature pour la Knesset. Donc, je suis en contact permanent avec lui. Nous sommes également en rapport avec l'ensemble des Palestiniens dans les territoires à travers les campagnes d’aides et de secours aux nécessiteux. Bref, depuis 1967, et malgré l’occupation, qui est la pire des choses infligées aux Palestiniens, nous avons des contacts avec nos confrères dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Nous avons eu même des cas de mariage entre Palestiniens de l’intérieur et de l’extérieur de la ligne verte (séparant Israël des territoires palestiniens occupés en 1967). Donc, on parle d’un même peuple, qui partage les mêmes traditions et patrimoine culturel.
— Comment les Palestiniens de 1948 voient les garanties accordées par le président George W. Bush au plan de séparation d'avec les Palestiniens présenté par le premier ministre israélien Ariel Sharon, qui vient de subir un cinglant revers après le rejet de ce plan par son parti, le Likoud ?
— Ces garanties représentent une profonde atteinte à toutes les constantes du processus de règlement israélo-palestinien. D'autant plus qu'elles ont été accordées par le président du pays censé être le parrain du processus de paix. Les questions des réfugiés, des colonies, etc. devraient être tranchées dans la phase finale des négociations de paix. Mais avec ces déclarations, le président Bush tente d’imposer unilatéralement un statut final aux Palestiniens, sans même qu'aucune négociation n'ait lieu. Sharon a proposé son plan de retrait unilatéral de la bande de Gaza, sans avoir coordonné le moins du monde avec l’Autorité palestinienne. Bush a également agi de manière unilatérale en faisant ses dernières déclarations sur cette question. Reste alors aux Palestiniens de les imiter en répondant aussi par une mesure unilatérale : la proclamation d’un Etat palestinien indépendant à l’intérieur des frontières de 1967. Cette annonce n’arrêtera probablement pas l’occupation, mais permettra aux Palestiniens de reprendre l’initiative. Il faut signaler ici l’absence totale de la partie arabe, qui reste silencieuse sans jouer le moindre rôle, face à un Sharon qui, bénéficiant du soutien américain, fait ce qu’il veut, quand il veut et où il veut.
— Les Palestiniens de 1948 sont les premiers touchés par le double refus israélo-américain du droit au retour des réfugiés de 1948 aux terres qu'ils ont été forcés de quitter. Qu'en pensez-vous ?
— Le droit au retour des réfugiés de 1948 ne peut pas être supprimé par une simple annonce de la part d’un président, le président du pays le plus puissant du monde soit-il. Cette annonce ne peut effacer ou détruire la légitimité et les lois internationales qui reconnaissent ce droit. C’est pour cette raison que le droit au retour reste valide et le restera tant que la question des réfugiés existera. Cette question ne sera résolue que par des négociations de paix conduites selon les principes de l’initiative de paix arabe, présentée lors du sommet de Beyrouth en mars 2002. Il y a là un texte clair. Nous soutenons ses principes, notamment lorsqu'elle souligne la nécessité d’un règlement ayant pour base la résolution 194 des Nations-Unies.
— Les députés arabes à la Knesset sont-ils victimes de discrimination ou de tentatives de marginalisation politique ?
— Il y a sûrement une tentative de marginaliser la minorité arabe au sein de la Knesset et une tentative de lui enlever sa légitimité politique. Moi personnellement, j’ai été victime de cette campagne, lors des dernières élections, lorsque le Likoud a tenté de me retirer de la liste des candidats et de m'interdire de participer aux élections, sous prétexte que je suis un Palestinien, que je suis allé au camp de Jénine, en Cisjordanie, pendant le massacre commis par Israël et que je suis contre l’occupation israélienne, etc. Personnellement, j’ai répondu à ses accusations, en reconnaissant avec fierté tous ces faits. Ils m’ont alors retiré de la liste des candidats à la Knesset avec l’aide du gouvernement, mais j’ai fait appel devant la Haute Cour de justice, qui a affirmé que toutes ces accusations étaient de nature politique et m'a permis de prendre part aux élections.
Il existe également des tentatives de marginalisation culturelle. Car Israël nous empêche d’enseigner nos programmes scolaires dans nos écoles arabes. Il essaye de détruire notre identité et toutes les dimensions patriotiques et nationalistes des Palestiniens de 1948. C’est pour cette raison que notre existence est en elle-même une perpétuelle lutte contre la marginalisation et la discrimination, voire une lutte pour la survie sur tous les plans.
— On impute à Ariel Sharon la volonté de procéder, dans le cadre d'un règlement politique, à un échange de territoires visant à garder le caractère juif d'Israël : les blocs de colonies juives en Cisjordanie contre les localités à forte densité arabe à l'intérieur d'Israël. Qu'en dites-vous ?
— Nous refusons absoluce genre de comparaison. Politiquement et moralement parlant, on ne peut pas nous comparer, nous les habitants originels de la Palestine avec des colons qui se sont emparés d’une terre qui ne leur appartient pas et y ont construit des colonies totalement illégales. Ce n’est pas nous qui avons envahi Israël, c’est plutôt le contraire. Pour cette raison, on ne peut même pas accepter la comparaison entre nous et les colons.