RAPPEL - Rassemblement pacifique de protestation contre l'organisation au Palais des congrès de Marseille, d'une soirée de soutien à l'armée israélienne, ce dimanche 17 mars 2002 à 18h30 au Métro Périer à Marseille à l'appel du Collectif Palestine et de l'Union juive française pour la paix [Renseignements : 04 91 08 90 17]
                                       
                                  
Point d'information Palestine > N°194 du 16/03/2002

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Au sommaire
                   
Témoignages
Cette rubrique regroupe des textes envoyés par des citoyens de Palestine ou des observateurs. Ils sont libres de droits.
1. Un jour vos enfants ou vos petits enfants seront seuls devant un soldat par David Torres, citoyen de Gaza en Palestine
2. "Caake sohkon !" par Claude Abou-Samra, citoyenne de Ramallah en Palestine
3. Souvenez-vous ! par Marianne Blume, coopérante belge dans la bande de Gaza en Palestine
4. L'arbre à questions par David Torres, citoyen de Gaza en Palestine
                                
Rendez-vous & télévision
Retrouvez l'agenda complet des conférences, manifestations, spectacles, expositions... sur http://www.solidarite-palestine.org/evnt.html
1. Le magazine Mediterraneo présente "Le chemin de Ta'ayush" un reportage de Mathieu Proust et Lucien Thélu ce samedi 16 mars 2002 à 12h50 sur France 3 Méditerranée
2. Quinzaine pour la Palestine à Saint-Etienne du 20 mars au 5 avril 2002
            
Réseau
Cette rubrique regroupe des contributions non publiées dans la presse, ainsi que des communiqués d'ONG.
Le Croissant Rouge Palestinien : Le désespoir des ambulanciers de l'espoir par ASTRE (reportages et enquêtes) pour l'ASSP
                                   
Revue de presse
1. Gala pour le bien être du soldat israélien - Œuvre sociale, scandale, provocation ou inconscience ? par Angélique Schaller in La Marseillaise du vendredi 15 mars 2002
2. Marseille : le soutien à Tsahal crée la polémique par Marc Leras
in L'Humanité du vendredi 15 mars 2002
3. Tsahal dans le piège de la ville par Jean-Louis Dufour in Libération du jeudi 14 mars 2002
4. Le dernier reportage de Raffaele Ciriello : "Ils nous tirent dessus pour nous tenir à l'écart" in La Repubblica (quotidien italien) du jeudi 14 mars 2002 [traduit de l'italien par Marcel Charbonnier]
5. Israël salue une nouvelle loi sanctionnant les députés qui se rendraient "en pays ennemi" in Al-Hayat (quotidien arabe publié à Londres) du jeudi 14 mars 2002 [traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
6. Dans un geste de défi, les blessés passent leurs armes aux valides au moment de tomber par Joel Greenberg in The New York Times (quotidien amériain) du mercredi 13 mars 2002 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
7. Nabil Chaath : "La résistance palestinienne a porté ses fruits" propos recueillis par Randa Achmawi in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 13 mars 2002
8. Guerre imposée... guérilla lancée par Samar Al-Gamal et Ahmed Loutfi in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 13 mars 2002
9. Yasser Arafat : "Notre détermination est renforcée" in Le Figaro du mercredi 13 mars 2002
10. UNRWA : Les raids israéliens ont endommagé 1.620 maisons de réfugiés par Amira Hass in Ha'Aretz (quotidien israélien) du mardi 12 mars 2002 [traduit de l'anglais par Mimi Tal]
11. Une organisation des droits de l'Homme demande à l'armée israélienne d'arrêter ses attaques contre des ambulances par Amos Harel et Haim Shadmi in Ha'Aretz (quotidien israélien) du mardi 12 mars 2002 [traduit de l'anglais par Mimi Tal]
12. Quel rôle pour l'Europe ? par Marwan Bishara in Le Figaro du mardi 12 mars 2002
13. Médecins Sans Frontières condamne les "attaques israéliennes contre des équipes médicales" Dépêche de l'Agence France Presse du dimanche 10 mars 2002, 10h09
14. Israël frappe fort à Gaza et bombarde les bureaux d'Arafat par Serge Schmemann in The New York Times (quotidien américain) du jeudi 7 mars 2002 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
15. Etat de choc et colère après l'irruption de la violence dans une cour d'école arabe par Joel Greenberg in The New York Times (quotidien américain) du mercredi 6 mars 2002 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
16. Le président syrien apporte son soutien au plan de paix saoudien, tandis que le Moyen-Orient entre en ébullition par Serge Schemann in The New York Times (quotidien américain) du mercredi 6 mars 2002 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
17. Les dernières attaques, laissant les Israéliens interdits, torpillent les espoirs de paix par James Bennet in The New York Times (quotidien américain) du lundi 4 mars 2002 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
18. Le FBI cerne un terroriste au charbon : le suspect numéro 1 est un sioniste patenté par Hector Carreon in La Voz de Aztlan (quotidien américain) du mardi 26 février 2002 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
                                                           
Témoignages

                                        
1. Un jour vos enfants ou vos petits enfants seront seuls devant un soldat par David Torres, citoyen de Gaza en Palestine
Hier j'ai appris à jouer au Trixx. Je n'ai jamais été un grand joueur de cartes, sans doute à cause de ces interminables parties de Rami sur les plages de mon enfance. Pour moi le Trixx c'était un jeu extrêmement compliqué, aux règles incompréhensibles, un truc d'initiés ou de fous qui de toute façon ne m'empêchait pas de vivre. Seulement hier soir j'étais invité chez mon ami Aala et j'ai appris à jouer au Trixx. Il m'a expliqué patiemment les règles, 10 minutes plus tard je passais au stade de l'observation, puis enfin j'ai fait mon premier tour de jeu. J'avais compris ! J'avais compris et apprécié en plus, même si j'ai perdu ! J'étais en plein dans le jeu quand Ashraf m'appelle pour me dire que les chars (israéliens bien sur) approchaient par la route de la plage. OK, normal, ce n'est pas la première fois, ils vont faire leur petit tour, tuer un, deux ou trois jeunes parmi ceux qui surveillent cette zone aux portes de Gaza, histoire de compléter le tableau de chasse des nouveaux venus, puis ils vont rentrer, salut, à la prochaine. On reprend la partie sous la lumière vacillante de l'ampoule qui n'éclaire que par intermittences (le courant est faible ce soir, on garde sous la main une lampe à gaz.). 15 minutes plus tard Youssef, qui habite en face des colonies du Nord, me dit qu'il a vu des chars, plein de chars traverser son quartier en direction de Jabalya. La partie est finie, tout le monde rentre, je retrouve Mahmoud qui revient de l'hôpital Shiffa. Arrivés là-bas, c'est la catastrophe. Une cohue invraisemblable, des morts, des blesses, une foule de jeunes dans les entrées. Les forces israéliennes d'occupation viennent de rentrer dans Jabalya ! Jabalya, berceau de la première Intifada, dont les enfants ont grandi dans la misère d'un des plus grands camps de réfugiés, entre les coups, les gaz et les insultes, avec cette peur qui vous tord le ventre avant de s'endormir, quand en France on apprend simplement à lire et à écrire. Aujourd'hui, adultes, ils errent, avec leurs petits frères, hagards, par centaines, par milliers, dans les rues de Gaza. Ils ont fui, en pleine nuit, les chars, les hélicoptères qui tirent dans le silence sur la population qui panique, ils ont vu les images complaisamment étalées dans les journaux de centaines d'hommes et de jeunes adolescents parqués comme des animaux en attendant leur transfert en Israël, ils ont fui les humiliations dégradantes, les coups et la torture.
Les enfants de Jabalya sont morts, il y a longtemps, mais aujourd'hui 17 fils de Jabalya vont enfin pouvoir se reposer. Ils sont sur un lit froid et dur, à l'hôpital, demain une chaude couverture de sable sur leurs yeux. Pour eux c'est terminé. Enfin. Ils ne trembleront plus pour leurs femmes, leurs enfants, leurs frères et sœurs, leurs parents. Ils ne verront pas ce qui va arriver, d'autres massacres, d'autres hommes battus à mort, d'autres femmes mortes en couches aux barrages israéliens, d'autres enfants déchiquetés par un missile dans la cour de l'école. Eux n'entendront pas les hurlements, les plaintes, les gémissements de leurs voisins de cellule, hommes, femmes ou enfants, après la séance chez les confesseurs des prisons d'Israël. Ils n'assisteront pas au spectacle de l'incroyable veulerie d'une Europe peuplée de morts ! De morts qui regardent à la télé, les yeux hébétés, entre la salade et le café, s'étaler la viande et le sang des Palestiniens ; de morts qui serrent la main d'un homme, responsable direct de la mort violente de milliers de personnes depuis plus de 50 ans, raciste haineux et fanatique dont la carrière militaro-politique ferait mourir de honte le général Aucaresse, mais dont la liberté de parole, et d'action, laisse Le Pen rêveur au point de lui faire admirer le sionisme ! Des morts qui ont oublie jusqu'à leur propre histoire, des morts qui dorment à côté de cercueils ou ils ont enfermé les VALEURS de leurs grands-parents. Des morts qui laissent célébrer le triomphe de la haine au cœur des plus grandes villes de France. Des morts qui ne veulent pas voir que tout cela, c'est comme ce stupide jeu de cartes : terriblement SIMPLE ! Occupant / occupé, viol systématique de ses engagements/obligation d'honnêteté, manquement graves, a l'esprit et a la lettre du droit international/appels désespérés a l'application du droit, purification ethnique, massacres, déportations, torture / réfugiés et résistance, chasseurs F16, chars d'assauts, armement nucléaire / kalachnilofs et mortiers artisanaux, volonté de puissance aveugle et destructrice / soif de paix, soldat / enfant.
Un jour vos enfants ou vos petits enfants seront seuls devant un soldat.
                           
2. "Caake sohkon !" par Claude Abou-Samra, citoyenne de Ramallah en Palestine
Ramallah, le mercredi 13 mars - Les chars israéliens sont entrés en trois points de Ramallah et El-Bireh dans la nuit de lundi à mardi et occupent les 3/4 des deux villes. Vers minuit les "tortues lentes" que Bayane tentait de défier vendredi nous ont réveillés et se sont répandues dans les rues paisibles de la ville. Rien ne pouvait arrêter leur progression vers les points où ces engins de mort voulaient livrer la première bataille : les camps de réfugiés. Comme à Naplouse, à Jenin, à Tulkarem, à Bethléem, l'ennemi qu'ils se sont fixés ce sont les réfugiés. Ceux qu'ils ont chassé de Palestine en 1948 et qui ont le courage de les défier dans les camps de réfugiés où ils vivent depuis plus de cinquante ans. Des combattants palestiniens, avec des armes légères, ont retardé leur entrée dans le camp d'al Amari. Avec arrogance, les blindés donnaient l'ordre aux habitants de sortir des maisons, les hommes (de 14 à 60 ans) devant se rendre dans une école (des Nations Unies), les combattants devant déposer leurs armes... Mardi à midi "le dernier ultimatum" était toujours ignoré de la population. Entre temps, quelques francs-tireurs surarmés avaient osé descendre des chars pour investir des maisons, se servant de la population civile comme bouclier, alors que les combattants palestiniens se déplaçaient sous le feu sans aucune protection. Les chars encerclent les hôpitaux où les ambulances ne peuvent accèder.  Les destructions et les combats n'ont pas cessé pendant la nuit et se poursuivent aujourd'hui. Une grande partie de la ville n'a plus d'électricité, les camps de réfugiés n'ont plus ni eau ni électricité. Je profite qu'il y  en a encore chez nous pour vous envoyer ce mail avec mes impressions. Révolte, bien sûr, devant ce combat inégal. Inégal au niveau des moyens, mais inégal au niveau du droit. Impuissance. Admiration, devant le courage de ce peuple. Ce premier matin de guerre, les enfants ne sont pas allés à l'école. Les oiseaux s'envolent dans tous les sens à chaque grosse détonation et en oublient de chanter. Même le soleil ne s'est pas levé et le brouillard a envahi la ville où on entend aucun autre bruit que celui des armes. Tout à coup on entend crier "caake sohkon" ...("caake, genre de pain au sésame, chaud) ... On croit rêver ! C'est la première voix humaine qui monte de la rue déserte : le vendeur de caakes tente d'élever sa voix au-dessus des rafales d'armes qui crépitent tout près, pour vendre ses "caakes" alignés sur sa charrette au coin de la rue... Ce premier son "humain" qui nous vient de dehors après cette nuit d'angoisse,. nous le recevons comme le signe que "la vie continue", si le four est fermé ce matin, il n'y a pas de pain,  je vous apporte du caake !
Au fil des heures, ces signes se sont multipliés et nous reprenons goût à faire quelque chose. Pas grand chose à vrai dire, on ne peut rien faire,  écrire quand même,  répondre aux nombreux appels des amis qui s'inquiètent, prendre des nouvelles de ceux qui sont dans des quartiers plus exposés, essayer de comprendre ce qui se passe, qui est mort, qui est blessé, le camp va-t-il tenir, jusqu'où vont-ils aller ... Les hôpitaux, les mosquées, les écoles, sont encerclées par des chars ... Les hommes sont arrêtés, les yeux bandés, numérotés, emmenés, les habitations perquisitionnées et détruites, les routes et les conduites d'eau défoncées, les ambulances ne peuvent accéder à l'hôpital, les journalistes ne sont pas épargnés (déjà un journaliste tué et deux autres blessés aujourd'hui...)
Ah ! Mais il faut que j'arrête, j'oubliais,  je ne devrais pas dire tout cela car on m'a toujours dit "qu'Israël était la seule démocratie de la région"...
                              
3. Souvenez-vous ! par Marianne Blume, coopérante belge dans la bande de Gaza en Palestine
A Tulkarem, l'armée israélienne a ordonné à tous les hommes de 14 à 40 ans de sortir des maisons et de se rassembler. Les soldats les ont fait défiler un à un, leur ont méticuleusement ligoté les mains et leur ont bandé les yeux. Tout était prêt. Ils étaient 800, marchant comme des aveugles vers une destination inconnue. Les soldats avaient l'air humain : pas un ne criait ou ne frappait; chacun faisait son "travail" consciencieusement.
Et le même scénario s'est produit à Deheishe, à Qalqilya ou à Wadi Saka. Ce qui s'est passé après ?
Nous le devons aux témoignages d'amis et aux journaux. Les prisonniers ont été emmenés dans une usine que l'armée avait entourée de fils barbelés. Et là, sur le bras de chaque homme, les soldats ont imprimé avec une encre difficilement effaçable un numéro personnel.
Des hommes de 16 à 40 ans rassemblés et emmenés simplement pour appartenance à un groupe désigné, des numéros sur les avant-bras, des photos et des films pris par l'armée ou les soldats.
Ma mère, ma grand-mère, mon grand-père sont allés dans les camps de concentration allemands pour faits de résistance. Que penseraient ils s'ils étaient encore de ce monde ? Que pensez vous, vous dont les discours résonnent de mots comme humanisme, démocratie, droits de l'homme ou lutte contre le terrorisme ?
Accusez moi de ce que vous voulez, je m'en fous : je ne veux pas être coupable de m'être tue quand il était encore temps de parler. Les actes barbares sont barbares d'où qu'ils viennent.
                           
4. L'arbre à questions par David Torres, citoyen de Gaza en Palestine
Dimanche 3 mars 2002 - Je continue à me rendre dans les écoles. Je vais même me rendre à Ramallah pour faire passer des examens dans un collège de filles. Et puis, je vais revoir mes amis, surtout Azzam dont les deux frères sont hospitalisés depuis 3 jours. Ils ont été blessés à Balata, le camp de réfugiés où habite leur famille depuis plus de 50 ans maintenant. L'un d'entre eux est dans un état grave, mais heureusement sa famille est près de lui puisqu'ils ont dû tous évacuer le camp, pris d'assaut par les forces d'occupation israéliennes. Il y a une semaine, ici, dans la bande de Gaza, un copain qui a fini l'an passé ses études de sport s'est pris une balle dans la jambe en sortant de chez lui. Il a eu de la chance, il aura un plâtre quelques semaines, puis avec de la rééducation (s'il peut y aller, si sa famille peut lui payer les soins, si la route est ouverte, s'il ne meurt pas, si le médecin ne meurt pas.) il pourra remarcher. Enfin, je continue à travailler, même si le directorat a été obligé de changer de locaux. Ils ont choisi une école dans la vieille ville pour réinstaller le plus de bureaux possible. Bien sûr, la directrice, les profs et les élèves de ce collège doivent maintenant partager les locaux d'une des écoles ou je travaille, nous le matin jusqu'à 11 heures, eux viennent ensuite. Enfin pour l'instant tout le monde se croise, il faut amener le matériel, tables, chaises, livres, trouver un coin pour les affaires de la directrice de l'après-midi, et on s'énerve, et on pleure, ça se dispute. Evidemment si les Israéliens, voulant se débarrasser de tous les terroristes que l'Autorité Palestinienne a, sur les ordres de l'occupant, emprisonnés, n'avaient pas bombardé la prison centrale au chasseur F16 mais aux hélicoptères Apache, il n'y aurait pas eu des milliers d'impacts sur le directorat, les plafonds ne seraient pas tombés, les murs seraient restés en place. Enfin, depuis ce jour je ne me rends plus au Directorat, mais je continue d'aller dans les écoles. Aujourd'hui j'étais dans une école primaire, el Qahira. Je parlais avec la directrice et une nouvelle prof, Manal, un gamin entre pour présenter son travail. Il est en classe de 4eme (CM 1) et vient de terminer un arbre à questions. Il porte son arbre comme d'autres traversent des pays entiers avec une flamme, arrive au bureau et nous explique qu'il n'arrive pas a accrocher la pancarte sur le tronc de l'arbre. Qu'a cela ne tienne, Manal va arranger ca. Il vient vers elle, tient fermement la branche décorée de fleurs de tissus et de feuilles de papier pendant que Manal, avec un fil de laine, attache la pancarte. Elle peine un peu, le fil est court, lui continue à tenir la branche, avec cet air sérieux des enfants de son âge qui jouent dans les traces laissées par les chars mais qui mord ses lèvres (il vient de perdre une dent ) et fonce ses sourcils en tenant un simple bout de bois poussiéreux. Ses yeux noirs, brillants, se concentrent sur ce fil qui tourne et retourne, prend le papier, le bois, reviens sur lui-même. C'est fini ! Relevant la tête, il s'en va planter son arbre dans un pot de sable, dans la cour.
                                                  
Rendez-vous & télévision

                                        
1. Le magazine Mediterraneo présente "Le chemin de Ta'ayush" un reportage de Mathieu Proust et Lucien Thélu
ce samedi 16 mars 2002 à 12h50 sur France 3 Méditerranée

[Rediffusions sur TV5 et sur la chaîne câblée Régions.]
Samedi seize février 2002, ils sont environ quinze mille à défiler dans Tel Aviv. Pour exiger du premier ministre israélien, Ariel Sharon, la fin d'une politique exclusivement répressive contre les Palestiniens, et la fin de l'occupation et de la colonisation de leur territoire. Quinze mille manifestants pour six millions d'Israéliens, c'est peu. Mais pour de nombreux commentateurs, c'est énorme. Car ce qu'on appelle en Israël " le camp de la paix " avait fondu comme neige au soleil depuis le déclenchement de l'intifada d'Al Aqsa, le deuxième soulèvement palestinien, en septembre 2000. En réalité, s'il est exact que des mouvements naguère assez populaires comme " la paix maintenant " se sont essouflés, d'autres organisations pacifistes sont nées en Israël. Des organisations moins formelles, sans lien avec partis ou syndicats, et dont les membres privilégient les actions concrètes, sur le terrain, pour venir en aide aux Palestiniens. En janvier 2002, une équipe de Mediterraneo a suivi l'une de ces actions.
                               
2. Quinzaine pour la Palestine à Saint-Etienne
du 20 mars au 5 avril 2002
Les habitants de la Loire se mobilisent pour la paix et la justice en Palestine. Du 20 mars au 5 avril plusieurs manifestations de solidarité auront lieu dans la département à l'initiative de diverses associations, syndicats, partis politiques.
- Le collectif organisateur comprend : L'Association France Palestine Solidarité qui coordone l'Association Culturelle de Saint-Etienne, Action-Espoir, l'Action Catholique ouvrière, A Gauche Autrement, les Alternatifs, l'Assemblée Européenne des Citoyens, Amnesty International, plusieurs Amicales Laïques de Saint-Etienne, le CCFD, la CGT, Débat social, les Ecologistes Indépendants, Espérance, Loire ATTAC, le Mouvement de la paix, Ouverture, La Pastorale des Migrants, le Parti cComuniste Fançais, le Parti socialiste, Pax Christi, Sud-Education, Terre des Hommes , les Verts, les Femmes en noir (Firminy), des personnes à titre individuel.
Programme de la Quinzaine
- Mercredi 20 mars à 18h30, à l'amicale laïque de la Chaléassière, rue Jean François Rivollier, conférence débat, avec Jaqueline Garcia qui a  participé à une délégation de la CGT en Palestine fin janvier, au cours de laquelle elle a rencontré les syndicats palestiniens et Yasser Arafat. Organisateur : la CGT
- Samedi 23 mars à 14h, à la  de Beaulieu, projection du film " Voyage en Palestine " sur les missions civiles, suivie d'un débat avec le metteur en scène Samir Abdallah. Dans l'après-midi, exposition de dessins d'enfants palestiniens de l'enclave de Bethléem. Organisateur : l'AFPS
- Lundi 25 mars à 18h, à la MRASH site Tréfilerie de l'Université, vernissage de l'exposition de photos " Entre le bleu du ciel et le sable de la mémoire ", musique palestinienne et dégustation de pâtisserie. Organisateur : Association Espérance
- Mardi 26 mars à 20h, à l'Université de Saint-Etienne (site Tréfilerie Amphi E01), conférence débat, avec Ilan Halevi, journaliste et écrivain israëlien, représentant de l'OLP auprès de l'Internationale Socialiste, auteur entre autre de "Sous Israël la Palestine". (sous réserve) Organisateur : l'AFPS
- Jeudi 28 mars à 20h30, au foyer de jeunes travailleurs du Pax, 27 rue Elysée Reclus, débat avec Martine Roure, députée européenne sur l'action de l'Europe au Proche Orient. Organisateur : le Parti Socialiste
- Vendredi 29 mars à 20h, à l'Espace Pibarot, 11 rue de l'Apprentissage, quartier de Beaubrun, ciné témoignage autour du film " Voyages en Palestine " avec Mr Faynel, qui revient d'une mission civile en Palestine. Présentation du réseau EduFIP (Education France Palestine Solidarité). Organisateur : SUD Education
- Samedi 30 mars, à l'occasion de la journée de la Terre, moment fort de solidarité avec une marche qui débutera à 14h30 de la place Carnot.
- Dimanche 31 mars de 15h à 18h, à l'ensemble forum de Montreynaud, 1 rue J. Verdi, expo, projection de cassettes, débats. Organisateurs : l'ACSE, Ouverture, Action Espoir.
- Mercredi 3 avril à 18h, au France, rue de la Valse, soirée ciné-débat, autour de la projection du film " Citizen Bishara " de Simone Bitton (Entrée 5 Euros) Organisateur : le Collectif d'organisation de la Quinzaine
- Jeudi 4 avril à 20h, à la bourse du Travail de Firminy, conférence débat, dans le cadre de la campagne contre la torture, avec Françoise Sironi du centre Primo Lévi de Paris et la présence de Souha Béchara, jeune résistante libanaise emprisonnée pendant 10 ans et torturée par l'armée israëlienne. Organisateur : Amnesty International de Firminy
- Vendredi 5 avril :
·  à 18h30 café citoyen autour d'un documentaire : " Palestine génération Intifada ", avec Alima Boumedienne député européenne. (lieu à préciser) Organisateur : Les Verts
· à 20h, à la Maison de Quartier de Solaure, soirée témoignage de trois militante de l'ACO  ( Action Catholique Ouvrière) de Grenoble qui rentrent d'une mission civile de protection en Palestine avec un montage diapo. Organisateur : l'ACO
- Exposition itinérante dans plusieurs associations du département, de dessins et de peintures d'enfants palestiniens de l'enclave de Béthléem.
- Du 25 mars au 5 avril, plusieurs manifestations de solidarité se dérouleront à l'Université de Saint-Etienne et seront clôturées par un référudum pour l'envoi en Palestine d'une force internationale de protection et d'interposition. Organisateur : le collectif Mosaïk
- Diffusion de tracts d'information et de sensibilisationsur la voie publique par l'AEC.
- Grand débat à Saint-Etienne avec Leïla Shahid, déléguée générale de la Palestine en France , à l'invitation du Parti Communiste Français (date à confirmer).
- L'appel lancé par plusieurs centaines de médecins, scientifiques, artistes, professionnels de la culture, avocats, juristes, magistrats et élus politiques "Pour une paix juste et immédiate au Proche Orient", sera relayé dans le département. Le texte est disponible sur le site : http://www.paixjusteauproche-orient.com
- Campagne de pétition du Mouvement de la Paix, pour l'envoi d'une force internationale de paix, sous l'égide de l'ONU, garantissant la protection des populations civiles et pour la création d'un état palestinien indépendant.
- Un rassemblement des " Femmes en noir " se tient depuis le 29 décembre sur les marches de l'église Saint-Firmin à Firminy, tous les samedi de 15h à 16h. Pour dénoncer l'occupation des territoires palestiniens par Israël.
- Samedi 30 mars, à l'occasion de la journée de la terre, Grande marche "Pour la paix au Proche Orient et la justice pour la Palestine", départ 14h30 de la place Carnot.
L'Association France Palestine Solidarité (AFPS), rassemble des personnes attachées au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et à la défense de la personne, qui veulent développer la solidarité avec le peuple palestinien. Elle agit pour une paix réelle et durable fondée sur l'application du droit international, en lien avec le peuple palestinien et ses représentants légitimes. L'AFPS adhère aux regroupements d'associations qui partagent ces objectifs à l'echelle nationale (la plate forme des ONG françaises pour la Palestine), européenne (ECCP)  et internationale. Elle est présente dans le département de la Loire.
[Contacts : Bénédicte Charbonnier - 4 A rue, Edouard Herriot - 42100 St-Etienne ou Maher Dandachi Tél : 06 82 77 83 34]
                 
Réseau

                                               
Le Croissant Rouge Palestinien : Le désespoir des ambulanciers de l'espoir par ASTRE (reportages et enquêtes) pour l' ASSP
[ASSP - Aide Sanitaire Suisse aux Palestiniens (ASSP) - 15, rue des Saboise - 1205 Genève - Suisse - Tél. +41 (0)22 / 329.82.13 - E-mail : jvittori@cortex.ch - Site Internet : www.assp.ch]
On ne tire pas sur une ambulance, sauf si elle est palestinienne. Le Proche-Orient sera-t-il le prochain film sur les silences impardonnables de notre civilisation ? Tous les ingrédients d'un film catastrophe de mauvais goût en font, en tout cas, partie.
Le travail des équipes du Croissant rouge palestinien (CRP), ressemble à l'illustration du mythe de Sisyphe. C'est l'histoire d'hommes et de femmes ayant mis leur vie au service des autres, pour porter secours, soutenir, sauver des vies. Et qui, chaque matin, recommence inlassablement, le même parcours, devant le même roc, écrasant tous leurs espoirs.
Lundi 4 mars, alors que son ambulance évacuait une fillette blessée du camp de réfugiés,  Le docteur Khalil Souliman, 58 ans, Directeur du centre d'urgence médicale à Jénin - Nord de la Cisjordanie- a été tué, alors que quatre ambulanciers ont également été touchés et souffrent de diverses brûlures et blessures.
Le CRP (PRCS) a, dans des termes posés, condamné " l'attaque la plus lâche commise sur son personnel ambulancier et ses véhicules ". Stoïque. Mais le pire est-il vraiment atteint ? Depuis des mois, inlassablement, le PRCS témoigne, dénonce la situation de véritables crimes contre l'humanité auxquels  il assiste. Trop souvent démuni. Cette attaque, survenue en plein jour, est-elle la plus lâche ? On ne sait même plus. Tant la situation que subissent les Palestiniens est teintée d'horreurs incroyables. A tel point que même les agences de presse, se sont senties obligées de recouper des dizaines de témoignages pour annoncer, que oui, délibérément, on peut, à l'aube de notre IIIè millénaire, et au défi de toutes les chartes internationales, tirer sur une ambulance. Voir les quelques lignes de la dépêche de l'AFP : " Toujours à Jénine, mais dans le camp de réfugiés, un médecin, Khalil Souliman, 58 ans, responsable du Croissant-Rouge palestinien a été tué par des militaires israéliens qui ont ouvert le feu contre une ambulance, selon des sources concordantes. " Il est vrai que ce type d'acte, dénoncé depuis des mois par le Croissant Rouge, est tellement choquant qu'on a peine à le croire. Dans un communiqué qui a suivi, le CICR et la Fédération internationale, se sont dits " extrêmement préoccupés par le manque de respect dont souffrent les services médicaux d'urgence dans le cadre de cette violence. "
Tous les jours, sur le terrain, le  CRP se livre donc à un véritable marathon de l'espoir face au désespoir, se bat pour que ses ambulances, coincées dans des check point, ne deviennent pas des mouroirs. Il y a quelques mois, c'est dans un état de choc incroyable, que des ambulanciers ont relaté comment ils avaient tentés de sauver un soldat israëlien, pour voir, assassiner sous leurs yeux, les trois blessés, Palestiniens, qu'ils étaient venus chercher.  Sans relâche, au prix d'une volonté dont on ne sait d'où ils puisent la force morale et psychique, ils tentent de rester fidèles à une seule passion : porter secours à une population privée de travail, de ressources. Soutenir des familles qui sont condamnées à des couvre-feux de 24 heures sur 24, quand elles ne sont pas, comme des centaines de personnes, jetées à la rue après la démolition de leur maison.
C'est ainsi qu'ils doivent quémander chaque passage, attendre parfois des heures le droit de passer d'un point à un autre, pour chercher un blessé. Puis avec le blessé en train de mourir, attendre, supplier, constater le décès, toujours dans un check point, et retourner ramener le corps. Souvent. Mais aussi, simplement, avec un patient " de la vie de tous les jours ".  Enfin, il y a tellement de raisons qui font que même un peuple qui n'est pas sous occupation ait besoin d'ambulances. Surtout lorsqu'elle peut encore moins, par ses propres moyens, se rendre d'un point à un autre.
Depuis des mois, des années, le Croissant rouge palestinien lance des appels au secours.
La situation, les cas, les faits dénoncés ressemblent tellement à l'innommable, que l'on reste hébétés : 165 attaques sur des ambulances, dont des dizaines démolies, 129 blessés parmi ses propres rangs. Et même, oui, ses morts. Jour après jour, comme le fameux fils disparu dans " Missing ", les médecins notent. Décomptes qui arrivent et se colorent de rouge : 313 accès refusés à leurs ambulanciers. Autant de victimes que l'on ne pourra comptabiliser. A ce jour, on déplore la mort de 1082 Palestiniens, et 18'085 blessés, dont un quart risque fortement d'être handicapé à vie.
Et des nerfs rudement éprouvés. Devant la précarité des vies qu'ils tentent de réparer. Sans oublier les enfants. Peut-être le pire, pour le corps soignant, ces enfants qui forment 47% de leurs patients. " Les Israéliens mènent contre les civils palestiniens une campagne d'intimidation. L'armée israélienne a riposté à l'intifada par des tirs à balles et par la destruction au bulldozer d'habitations et d'oliveraies; ils ont également barré les voies d'accès aux maisons et aux villages et multiplié les points de contrôle. Les effets sur la santé des Palestiniens sont doubles : d'un part, les conséquences économiques et logistiques de ces actions ont rendu l'accès aux soins de santé plus difficile, et, d'autre part, la violence engendre des problèmes liés au stress qui se traduisent par des symptômes divers allant de cauchemars chez les enfants à des chocs post-traumatiques " (Source : MSF, le Croissant Rouge le dit aussi, mais c'est juste pour " recouper " les sources du cauchemar.)
Les conditions d'hygiène, sont épineuses à ce stade de pauvreté, et les difficultés de la vie, les brimades, comme l'absence de courant, et même de l'eau, qu'Israël s'approprie pour ses colonies, font partie des nerfs de la guerre de la politique israëlienne. Enfin, les risques, simplement à sortir de chez soi, pour autant que ce soit autorisé, entraîne une précarisation de la santé générale sur place. Les gens consultent de plus en plus tard. Et les cas sont de plus en plus lourds.  Inlassablement, le PRCS se rend donc à eux, soulageant du mieux qu'elle peut ses déchirures avant qu'elles ne deviennent plus grand gouffre à désespoir.
Ambulanciers de l'espoir, assistance à peuple en danger, qui, dignement, tentent de ne pas désespérer, eux aussi. Même après toutes ces haltes imposées, ses tirs indécents. Au déni de toute règle internationale, toute humanité.
" Le mardi 5 mars, la direction du PRCS se rendait aux funérailles de son collègue, Khalil Souliman, décédé le jour précédent, dans l'exercice de son travail humanitaire. Le PRCS s'est vu refuser le droit de passage par l'armée israélienne, après 2 heures d'attente à un point de contrôle israélien au nord de Ramallah. Le groupe, composé du Président, M. Younis Al-Khatib, accompagné de délégués du CICR et la FICR, voyageait à bord des véhicules de la CICR. 3 des 5 ambulanciers blessés lors de l'attaque d'hier sont encore considérés dans une situation critique atteints de graves brûlures. " Quelques lignes. Sans commentaire. Poignant. Comme un appel au secours. Un hurlement muet. Est-ce que ce monde est sérieux ? 
[Le site en anglais du Croissant Rouge Palestinien (CRP/PRCS), dont certains documents sont en français, liens, entre autres, sur le CICR : http://www.palestinercs.org]
                                            
Revue de presse

                                           
1. Gala pour le bien être du soldat israélien - Œuvre sociale, scandale, provocation ou inconscience ? par Angélique Schaller
in La Marseillaise du vendredi 15 mars 2002

Suite à l'interpellation du Collectif Palestine, la Préfecture et quelques hommes politiques s'expriment sur le gala pour le bien être du soldat israélien.
Dimanche, l'association " Pour le bien être du soldat israélien " organise un gala de bienfaisance au Parc Chanot. Le Collectif Palestine a immédiatement dénoncé " cette provocation " (lire notre édition
d'hier) et interpellé la Préfecture et les hommes politiques pour qu'ils prennent position sur " une manifestation de nature à troubler l'ordre public ". " Des associations mais aussi des individus " précise Alain Marc, directeur de cabinet à la Préfecture, " mais que faire contre une manifestation organisée dans un lieu privé ? Le droit de réunion existe, tout comme la liberté de manifester ". Les services préfectoraux n'envisagent pas d'interdire le rassemblement de contestation organisé ce même dimanche à 18h30 au métro Périer. Aucun signe de trouble à l'ordre public ? " Je ne suis pas madame soleil, mais le rassemblement se présente comme pacifiste et n'appelle donc pas à l'affrontement ".
Si la structure d'accueil - le parc Chanot - est effectivement gérée par une entreprise privée, la SAFIM, le lieu appartient à la mairie de Marseille. " Nous l'avons loué pour un bail de 99 ans et ne pouvons donc
pas intervenir " affirme Claude Bertrand, du cabinet du maire de Marseille, qui juge cependant " dommageable et regrettable qu'une telle manifestation ait lieu en ce moment ".
Pour Jocelyn Zeïtoun, le président de l'association Pour le bien être du soldat israélien, " ce gala n'est absolument pas une provocation. Nous menons un travail social pour l'armée d'Israël et non pas pour acheter des armes ". Que la manifestation soit présidée par le général Mofaz qui a fait tatouer des prisonniers palestiniens ne présente aucune gêne ? " Je ne suis pas au courant de cela, c'est une information qu'il faut vérifier ". Par ailleurs conseiller régional, le président se refuse à " politiser
l'affaire : je fais cela en tant qu'individu et citoyen ". Si le président du Conseil régional Michel Vauzelle n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet, Robert Allione, président du groupe communiste à la région, confirme qu'" il faut éviter l'amalgame : ce que fait en privé Jocelyn Zeïtoun n'engage pas la collectivité territoriale. Mais je ne soutiens pas cette manifestation, au niveau individuel et encore moins en tant que président de groupe ; manifestation que je considère comme inopportune à un moment où une position de l'ONU ouvre les portes à un règlement juste du problème assurant l'existence de deux états ".
Vice-président du Conseil régional et secrétaire fédéral du Parti communiste, Jean-Marc Coppola a demandé au préfet d'empêcher la manifestation, " de nature à générer des troubles publics au moment où Marseille donne l'exemple de sa tolérance et de son attachement à l'amitié entre les peuples ".
" Quoique l'on dise aujourd'hui, ce qui restera demain, c'est qu'un élu a pris position pour l'armée israélienne à un moment où travailler pour la paix est extrêmement difficile. Je suis scandalisé " affirme pour sa part, Charles Hoareau de Rouge Vif.
Conseiller général socialiste, Christophe Masse veut, lui, inviter au calme : " cela n'est certes pas très opportun, mais la présence de Jocelyn Zeïtoun garantit l'éthique de l'événement. Peut-être faudrait-il en profiter pour créer des passerelles avec d'autres structures à l'image de la manifestation qui récemment avait réuni Pro-Palestiniens et l'Union des Juifs pour la Paix ". Membre de cette nouvelle association, Michel Barak déclinera probablement l'invitation. L'argument " d'œuvre sociale pour l'armée israélienne " le fait sortir de ses gongs : " je ne vois là qu'un soutien inconditionnel à une armée qui est d'occupation et ne me reconnais pas dans cette attitude qui, pour moi, n'est qu'inconscience ". Et d'appeler au rassemblement pacifique de protestation organisé dimanche.
                                   
2. Marseille : le soutien à Tsahal crée la polémique par Marc Leras
in L'Humanité du vendredi 15 mars 2002
Marseille (Bouche-du-Rhône) - L'association pour le bien-être du soldat israélien (Absi-Keren Or) organise dimanche au palais des congrès de Marseille une soirée de gala afin de récolter des fonds pour les militaires de l'armée d'occupation.
Dans la période actuelle d'extrême tension, cette soirée, placée sous le haut patronage du général Shaul Mofaz, chef d'état-major de l'armée israélienne, n'a pas fait l'objet de publicité, mais les invitations ont circulé dans les synagogues de la ville.
" Cette réunion est un scandale, une véritable provocation, estime Michel Barak, animateur de l'Union juive française pour la paix. J'espère que les autorités françaises apprécieront cela dans le contexte international actuel. "
Mercredi, les membres du collectif Palestine Marseille ont demandé une entrevue d'urgence au préfet des Bouches-du-Rhône, pour signaler les dangers de trouble à l'ordre public que soulève une telle manifestation. Un rassemblement pacifique de protestation est d'ailleurs prévu à 18 h 30, au métro Perrier, à quelques centaines de mètres d'un palais des congrès qui croule déjà sous les fax et les coups de téléphones de colère.
" Il n'est déjà pas raisonnable qu'une armée étrangère vienne récolter des fonds en France en temps normal, poursuit Pierre-Alexandre Orsoni, président de l'Association médicale franco-palestinienne. Mais dans l'état actuel des choses, cette réunion est tout simplement indécente. "
La personnalité et la qualité de l'organisateur de cette soirée, le président de l'ABSI, le docteur Jocelyn Zeitoun, ancien président du CRIF, vice-président du Consistoire central, conseiller régional PACA apparenté PS et vice-président de la commission tourisme, fait également grincer des dents.
Ce dernier, qui affirme être soutenu par l'ensemble des autorités de la communauté, veut relativiser les faits. " Nous faisons des actes de bienfaisance, l'argent collecté ne sert pas à acheter des canons, assure-t-il. Tsahal n'est pas une armée d'occupation, mais un instrument à disposition de la démocratie. Il n'y a rien de va-t-en-guerre dans notre réunion que nous tenons tous les ans. "
Mais pour de nombreux Marseillais, cette initiative est perçue comme un soutien direct à l'oppression que subit le peuple palestinien de la part d'un élu de la République.
A noter que des manifestations similaires sont prévues à Lyon et à Paris, où la manifestation de l'Association pour le bien-être du soldat israélien est prévue le 18 mars à 20 heures au Palais des sports, avec collecte de fonds pour Tsahal. La Ligue des droits de l'homme a vivement réagi mercredi. Estimant " surprenant que depuis plusieurs années se déroulent ainsi sur le territoire français des réunions de soutien en faveur d'une armée étrangère ", elle ajoute : " Dans le contexte actuel, ces réunions constituent une véritable provocation. "
La coordination des appels pour une paix juste au Proche-Orient a écrit au président de la République, au premier ministre, au ministre des Affaires étrangères et au maire de Paris pour exprimer son indignation, estimant que la tenue de telles réunions " serait déshonorante pour la France ".
                                   
3. Tsahal dans le piège de la ville par Jean-Louis Dufour
in Libération du jeudi 14 mars 2002

[Jean-Louis Dufour est professeur associé à l'Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr. Dernier ouvrage paru: «la Guerre, la Ville et le Soldat»,Odile Jacob, 2002.]
Les affrontements entre Israéliens et Palestiniens, comme les attentats du 11 septembre et nombre de conflits récents, illustrent une réalité: la guerre a lieu désormais en ville. Là se situe la vraie révolution militaire tant annoncée sous une forme un peu différente des deux côtés de l'Atlantique. Si les Américains et leurs alliés se préparent plus ou moins activement à affronter cet immense changement, celui-ci les prend à contre-pied. Même les Israéliens face à l'insurrection palestinienne sur un terrain jour après jour plus urbanisé, pourtant préparés à ces types d'affrontements, s'y présentent avec des structures, des armements, une instruction des hommes inadaptés. Face à l'insurrection et au terrorisme urbains, les armées occidentales, Tsahal incluse, sont fondamentalement en retard d'une guerre, jusqu'à ne plus pouvoir espérer celle en cours à l'ouest du Jourdain.
La Guerre des rues et des maisons, titre d'un opuscule écrit en son temps par le maréchal Bugeaud, est un art difficile et redouté par le soldat. Les militaires israéliens en font la dure expérience. Depuis quelques semaines, l'audace des Palestiniens va s'amplifiant. Ceux-ci se contentaient l'année passée, en plus des attentats-suicides, de quelques tirs au fusil d'assaut, de roquettes, d'obus de mortiers. Il s'agit maintenant d'une véritable guérilla urbaine. Un tireur d'élite exécute l'un après l'autre les sept soldats en charge d'un check point. Des postes de garde et de sécurité israéliens sont attaqués et réduits. Les insurgés emploient des missiles Qassem 2, d'une portée de 6 km, bientôt peut-être de 12, dotés d'une charge explosive de 100 kilogrammes. L'arme est rudimentaire et sa précision aléatoire, mais les objectifs ne manquent pas, aussi nombreux que les immeubles d'habitation. Un jour, le missile fera mouche. Récemment, une patrouille blindée est tombée dans une embuscade. Un char Merkava a été détruit par une charge disposée au bord d'une avenue, assez puissante pour tuer les trois hommes d'équipage, faire exploser le tank, souffler sa tourelle. Aucune mine antichar n'aurait pu faire un tel travail.
Les Israéliens s'avèrent impuissants à réduire l'insurrection. Le contraire serait étonnant. La force de défense d'Israël sait comment envelopper dans le désert des armées arabes plutôt statiques, son armement est impropre aux affrontements urbains. Le premier coupable est le char, conçu pour des assauts en masse et sur un large front, malhabile dans des rues où il ne peut se regrouper pour attaquer; sa mobilité et ses vues y sont réduites; sa vulnérabilité est extrême en raison d'un blindage efficace surtout à l'avant. Le dessous de la caisse mais aussi les flancs et le dessus de l'engin sont accessibles aux coups de combattants venus d'un égout, surgis d'un corridor, tirant d'un soupirail ou des toits. Les hélicoptères, dont les Israéliens font grand usage pour exécuter des responsables palestiniens, ont garde de s'aventurer au-dessus des quartiers révoltés, choisissant d'agir à partir d'une zone «amie», toujours très proche des objectifs à «traiter». Au demeurant, les aéronefs à voilure tournante sont peu maniables en ville. Des courants d'air brutaux et imprévisibles, fréquents entre des rangées d'immeubles, compliquent le vol à basse altitude. Au-dessus d'une agglomération, les appareils doivent voler lentement, les pilotes sont prompts à s'égarer; leurs hélicoptères peuvent être abattus par des tirs d'armes automatiques légères. Parce qu'ils sont difficiles à atteindre en raison de leur vitesse, l'armée israélienne envoie ses F16 détruire tel ou tel bâtiment administratif de l'autorité palestinienne. Un tel emploi est d'un rapport coût/efficacité ridicule. L'intérêt tactique, plutôt mince, est de terroriser les femmes et les enfants tout en fortifiant un peu plus la haine de ceux qui sont frappés. Reste l'artillerie «de campagne», mal nommée en l'occurrence, bonne pour neutraliser une zone en rase campagne, hors d'état par nature de tirer précisément sur une entrée d'immeuble.
Seuls moyens pour Tsahal de limiter le nombre et le danger des actions armées palestiniennes: tenir le terrain, occuper les sites favorables, être sans cesse sur ses gardes. La méthode est sans garantie, son prix est élevé. Le stress use vite les unités engagées qui doivent être fréquemment relevées. Conviées à une lutte meurtrière et sans espoir face à un adversaire pour qui chaque mort au combat est un martyr supplémentaire, propre à susciter de nouvelles vocations, les recrues ont le moral en berne. Lors de la première Intifada, jamais le taux de suicide n'avait été aussi élevé dans l'armée israélienne; il ne s'est probablement pas amélioré lors de la seconde.
La ville est l'endroit rêvé pour livrer un combat asymétrique, le dernier maquis existant où un guérillero faiblement armé peut tenir en échec une armée traditionnelle, moderne et bien équipée. Sauf si cette armée décide d'écraser sous les bombes les quartiers d'où proviennent les tirs. Mais Israël est une démocratie, trop soucieuse à juste titre de l'opinion publique pour se laisser aller, comme la Russie à Grozny, à ce genre d'extrémité. Comme ce pays est également très sensible, et c'est tout à son honneur, aux pertes subies, il lui faudrait, pour tenir, remplacer les hommes par des robots capables de reconnaître des immeubles, visiter des appartements, sonder des caves et des souterrains, aptes à rendre compte à un responsable bien à l'abri des propos échangés dans une pièce, du nombre des hommes qui s'y trouvent, des armes dont ils sont éventuellement dotés. Pareils engins sont encore dans les limbes, même si aux Etats-Unis d'ambitieux programmes ont été lancés, des prototypes essayés en septembre dernier pour inspecter les ruines du World Trade Center. Avant qu'un robot puisse en ville tenir une position, reconnaître un itinéraire, escalader un mur, ouvrir le feu contre un adversaire, du temps aura passé, Israël aura perdu cette guerre d'attrition et connu la première défaite de son histoire.
On le dit souvent, toute issue militaire à ce conflit est impossible. Voire! Le plus faible n'est pas celui qu'on croit. Le temps ne compte guère pour les Palestiniens, non plus que les pertes humaines. Autrefois, en Indochine, Ho Chi Minh avait averti les Français: «Vous pourrez me tuer dix hommes quand je ne vous tuerai qu'un des vôtres. Même dans cette proportion, vous perdrez et je vaincrai.» Le génie militaire implicite ou la chance des Palestiniens est d'appliquer cette stratégie en zone urbanisée, là où elle se révèle à coup sûr encore plus efficace qu'en rase campagne, même accidentée.
                                    
4. Le dernier reportage de Raffaele Ciriello : "Ils nous tirent dessus pour nous tenir à l'écart"
in La Repubblica (quotidien italien) du jeudi 14 mars 2002
[traduit de l'italien par Marcel Charbonnier]

Récit d'Amadeo Ricucci, envoyé spécial du TG1 (journal de la RAI Uno).
"Les Israéliens nous ont tiré dessus sans raison"
Ramallah - "Les Israéliens disent qu'ils nous ont tiré dessus parce que des tirs auraient atteint un de leurs blindés et que ces tirs seraient venus de notre direction. Mais nous n'étions que trois : un photographe, un cameraman et un journaliste. Les Palestiniens, derrière nous, n'avaient pas tiré une seule balle". Tel est le témoignage d'Amadeo Ricucci, envoyé du télé-journal de RAI Uno, sur l'incident qui a coûté la vie à Raffaele Ciriello, le reporter-photographe de guerre (italien) tué ce matin à Ramallah. Ricucci insiste : le tank israélien a tiré "à un moment et dans une zone où aucun combat n'était en cours".
Mais voilà : les affrontements en cours sont devenus une vraie guerre, une guerre où il n'y a pas de quartier. C'est ce que disait Raffaele Ciriello, hier à Radio 24 (du journal Il Sole 24 Ore), dans son dernier témoignage. "La volonté de tenir la presse à l'écart de ce qui est en train de se passer est évidente - observait le photographe. Depuis une semaine, j'essaie de suivre les opérations militaires et je n'y parviens pas, ou alors avec d'énormes difficultés".
"La plupart du temps - expliquait Ciriello - les méthodes pour nous éloigner consistent en un barrage totalement infranchissable et une rafale de mitraillette". Ciriello décrivait Ramallah comme une ville paralysée, soumise à la pression des opérations militaires israéliennes. Hier, déjà, le photographe italien avait été pris sous le feu de l'armée israélienne, avec d'autres de ses collègues, dans l'hôtel de Ramallah : "nous sommes restés plaqués au sol durant une demi-heure, les projectiles pleuvaient dans nos chambres. L'une d'entre elles a été visée délibérément. Heureusement, l'opérateur d'une chaîne de télévision américaine qui occupait cette chambre ne s'y trouvait pas".
A l'aube, ce matin, l'armée israélienne a repris sa progression. Ciriello et Ricucci ont tenté de suivre les opérations dans le centre-ville... L'envoyé du télé-journal de RAI Uno reprend la parole : "Nous sommes sortis du City Inn de Ramallah, à 9 heures et demie. La situation semblait plus calme qu'hier, où nous n'avions pas pu faire un pas en-dehors de l'hôtel, parce que les Israéliens nous canardaient. On entendait des coups de feu, c'est vrai, mais ils semblaient provenir de plus loin, des camps de réfugiés d'Al-Ammari et de Kaddumi. Nous nous sommes dirigés vers le centre et nous avons pu arriver à cinquante mètres de la place principale. Nous avons emprunté une petite rue latérale d'où nous avions entendu provenir des voix de gens en grande agitation. C'était un groupe de Palestiniens, armés, qui parlaient entre eux, mais aucun d'entre eux ne tirait. Je suppose qu'ils commentaient l'arrivée des chars israéliens, qui approchaient. En effet, peu après, un char s'est encadré au fond de la rue, à environ deux cents mètres de nous. Il s'est arrêté. Nous le filmions. Soudain, une rafale est partie, et Raffaele est tombé".
L'envoyé spécial de la RAI a indiqué que Ciriello a été "frappé par sept ou huit balles, dont six à la poitrine". Il a été blessé en réalité surtout à l'abdomen ; les reins et les intestins étaient touchés et la gravité de ses blessures était évidente. "Nous l'avons tiré et installé dans la voiture d'un civil palestinien - conclut Ricucci. Nous l'avons transporté dans un hôpital où on a tenté de l'opérer. Mais ses blessures, trop graves, ont été fatales."
(13 mars 2002)
                                
5. Israël salue une nouvelle loi sanctionnant les députés qui se rendraient "en pays ennemi"
in Al-Hayat (quotidien arabe publié à Londres) du jeudi 14 mars 2002
[traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]

Le parlement israélien (Knesset) a adopté hier un projet de loi déposé par le gouvernement et qui étend les lois d'urgence de 1948 (en matière de déplacements) aux parlementaires, qui en étaient jusqu'ici exceptés. Ainsi, un député se verra interdire, bien que titulaire du passeport diplomatique, de se rendre en visite dans tout "pays ennemi", sauf s'il a au préalable obtenu une autorisation expresse pour ce faire, co-signée par le ministre de l'Intérieur et le Premier ministre.
L'adoption de cette loi intervient à la suite du refus du président du parti de l'"Assemblée nationale démocratique (Balad)", le député (arabe israélien) Azmi Bishara, de demander au ministère de l'intérieur israélien l'autorisation de se rendre en Syrie, en se prévalant de son immunité parlementaire qui lui permettait, en principe, de voyager sans consulter au préalable le gouvernement. Ce texte, adopté à une forte majorité (53 voix pour, 35 voix contre), signifie qu'il n'y aura à l'avenir aucune différence entre le citoyen ordinaire et un parlementaire, dans ce domaine. Azmi Bishara a déclaré que le gouvernement vise, par cette loi, à empêcher les contacts entre citoyens arabes israéliens ("de l'intérieur") et leurs compatriotes et parents vivant dans les pays arabes. "Le maintien de liens nationaux (entre Arabes) irrite le gouvernement (israélien) à un point tel qu'il en est arrivé à s'abaisser à me déchoir de mon immunité diplomatique". M. Bishara a fait observer qu'il est rare que le Parlement israélien prenne cette mesure très grave à l'encontre de ses membres. Il a ajouté qu'avec l'adoption de cette loi, la démocratie israélienne se trouvait placée devant un nouveau défi : "pratiquement aucun autre pays démocratique, dans le monde, ne limite la liberté de voyager de ses députés comme Israël, avec cette nouvelle loi, le fera dorénavant", a-t-il conclu.
La majorité parlementaire avait repoussé un amendement du président de la commission des lois, lequel proposait que soit exigé du parlementaire désireux de se rendre dans un "pays ennemi" d'en demander l'autorisation à "une commission parlementaire et non au ministre de l'Intérieur ou au Premier ministre et, cela, afin de préserver l'indépendance du pouvoir législatif."
                                                           
6. Dans un geste de défi, les blessés passent leurs armes aux valides au moment de tomber par Joel Greenberg
in The New York Times (quotidien amériain) du mercredi 13 mars 2002
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

Gaza - Etendu sur son lit d'hôpital, Adham Daoud, blessé au cours d'un engagement avec les forces israéliennes qui avaient investi le camp de réfugiés de Jabaliya, durant la nuit, se remémorait, ce matin, comment il avait fait face aux tanks qui avançaient sur lui.
"Quatre gars ont été touchés, juste à côté de moi", dit-il. "J'ai pris la mitraillette Kalashnikov de l'une d'entre eux et j'ai tiré une bonne rafale, contre un tank. Ensuite, avec quatre autres  combattants, nous nous sommes mis à l'abri derrière un mur...Mais, en sautant dans un trou, pour tirer, j'ai été blessé. Le tank était à dix mètres devant moi."
M. Daoud, 20 ans, homme armé du mouvement Fatah et des Comités locaux de résistance, a insisté sur le fait que tirer avec des armes légères contre les blindés israéliens n'était pas un exercice de style.
"Même avec un caillou, je peux défendre Jérusalem et la Palestine",  "Le peuple palestinien n'abandonnera jamais le moindre grain de sable de son territoire", m'a-t-il dit
Au lendemain de l'irruption de l'armée israélienne dans le camp de Jabaliya, qui a fait 17 morts et une vingtaine de blessés, les combats ayant fait rage peu de temps avant qu'elle ne se retire, la bataille n'avait pas tardé à être intégrée par le camp de réfugiés, le plus peuplé de la Cisjordanie et de la bande de Gaza et lieu de naissance de la première Intifada, en 1987.
Les blessés, entourés par des parents anxieux, étaient fêtés comme des héros et les morts célébrés comme martyrs.
En près de deux semaines d'assauts israéliens contre les camps de réfugiés palestiniens, dont l'armée israélienne dit qu'ils ont pour objectif de mettre la main sur des terroristes et des armes, les forces israéliennes ont tué des dizaines de personnes, y compris des civils, armés ou non. Le bilan des morts à Jabaliya était le plus lourd, jamais encore relevé à la suite d'une seule incursion.
Dans les rues de Jabaliya, labyrinthe où s'entassent quelque cent mille réfugiés, au nord de Gaza, les hommes faisaient la queue pour présenter leurs condoléances, devant des tentes de réception dressées par les familles éplorées, après des funérailles collectives suivies par des milliers de personnes. Des drapeaux palestiniens et les bannières du groupe activiste Hamas flottaient dans le ciel tandis que des hommes prenaient la parole au micro pour célébrer les disparus, répétant qu'ils s'étaient "levés devant les tanks de l'occupation."
"Jabaliya est le camp des héros, le camp des martyrs, le camp de la révolution, le camp de la libération", disait notamment un des panégyristes. "Dites à Sharon que le camp insurgé ne connaît pas la peur", ajouta-t-il, faisant allusion au Premier ministre israélien.
La plupart des morts étaient, semble-t-il, des hommes armés qui avaient répondu à l'appel des hauts-parleurs de mosquées qui avaient donné l'alarme, avertissant que des tanks et des transports de troupes blindés israéliens, appuyés par des hélicoptères, approchaient de plusieurs directions à la fois. Il était alors environ onze heures du soir. Les Israéliens avaient coupé l'alimentation en électricité du camp et ils sont arrivés, précédés d'un déluge de rafales de mitrailleuses, ont rapporté des résidents du camp.
Certains des combattants palestiniens furent fauchés par la mitraille avec une efficacité mortelle. D'autres, venus à leur secours, étaient fauchés à leur tour.
Bahjat Abu Skheila, 20 ans, blessé aux deux jambes, a déclaré qu'il avait perdu deux de ses frères qui étaient sortis de chez eux, fusil dans les mains, pour aller affronter les Israéliens.
"J'ai vu une camionnette chargée des cadavres de trois personnes, entassés les uns sur les autres", m'a-t-il dit. "Je me suis approché... J'ai vu que c'était mon frère, et deux de ses amis." M. Abu Skheila a poursuivi, me disant que c'est lorsqu'il est retourné en arrière pour récupérer le fusil de son frère et retourner se battre qu'il a été touché.
Des habitants du camp ont fait état de non-combattants, blessés eux aussi.
Abdel Rahim Izzeddin, 65 ans, qui était monté sur la terrasse de sa maison pour supplier ses fils de descendre se mettre à l'abri, a été tué par des soldats qui tiraient depuis une terrasse voisine, a raconté un parent. Quand les fils de M. Izzeddin sont remontés sur la terrasse pour s'empresser auprès de leur père, l'un d'entre eux a été tué à son tour, tandis qu'il tentait de ramper sur la terrasse, sous un feu nourri, a ajouté leur parent.
Samir Sababa, 40 ans, qui était sourd, a été tué dans un quartier voisin : il n'avait pas entendu les ordres que lui intimaient les soldats israéliens de s'arrêter et de lever les mains en l'air, ont rapporté des témoins oculaires.
                               
7. Nabil Chaath : "La résistance palestinienne a porté ses fruits" propos recueillis par Randa Achmawi
in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 13 mars 2002

Nabil Chaath, ministre palestinien de la Coopération internationale, souligne que la visite de Zinni ne sera pas d'un grand apport et que les Palestiniens sont décidés à résister en dépit de la répression israélienne.
— Al-Ahram Hebdo : Quelle est votre évaluation de la situation actuelle avec cette escalade sans précédent dans les territoires occupés ?
— Nabil Chaath : Il est sûr que la situation en Palestine est très difficile. Nous sommes en train de subir des attaques atroces et barbares qui bafouent les droits de l'homme. Les Israéliens attaquent sans discrimination les ambulances et les hôpitaux, ils tuent des médecins et des personnes innocentes. Nous avons perdu en une seule journée presque 60 martyrs. Ceci est terrible. Mais la résistance a porté des fruits. Pour la première fois, Sharon a annoncé qu'il ne demandera pas une semaine de calme avant de reprendre des négociations sur la sécurité avec les Palestiniens. Les Etats-Unis, de leur côté, ont annoncé qu'ils interviendraient à nouveau. De plus, le monde entier accorde une très grande importance à l'initiative saoudienne de paix. Pour cela, je pense que la résistance héroïque et courageuse du peuple palestinien a réussi à créer une nouvelle situation qui va à l'encontre de tout ce que veut le gouvernement de Sharon. Mais jusqu'à ce que nous obtenions des résultats, il est sûr que le peuple palestinien payera un prix très élevé.
— Sharon a cependant affirmé qu'il allait infliger beaucoup de pertes et des coups très durs aux Palestiniens pour qu'ils se sentent vaincus ...
— Il est vrai qu'il est en train de nous frapper fort, mais ses attaques ne font qu'éveiller des ripostes intensives de la part des Palestiniens. Les Israéliens sont eux aussi en train de souffrir de pertes préoccupantes. Il est vrai cependant que nous, les Palestiniens, sommes en train de subir des pertes humaines beaucoup plus grandes. Le nombre de victimes est beaucoup plus élevé. Et ceci parce que les Palestiniens n'ont pas les moyens ou les armes des Israéliens. Mais la vérité est la suivante : ni lui ni son peuple ne sont à présent en sécurité.
— Voyez-vous une issue à la situation actuelle ?
— A côté de l'héroïsme du peuple palestinien, qui continue à résister, malgré tout, nous avons besoin d'un soutien arabe et international pour tenter de persuader les Etats-Unis de changer leur politique, et exercer de plus grandes pressions sur Israël. Il y a des perspectives. Je ne peux les définir maintenant. Mais nous sommes en train de payer et nous allons payer un prix très élevé, jusqu'à ce que le monde décide finalement d'intervenir.
— L'arrivée d'Anthony Zinni dans la région peut-elle faire évoluer les choses ?
— Je ne m'attends pas à grand-chose. Mais si le président Bush accorde vraiment le pouvoir à Zinni de dire à Israël d'arrêter son agression, il y aura un espoir.
                               
8. Guerre imposée... guérilla lancée par Samar Al-Gamal et Ahmed Loutfi
in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 13 mars 2002

Les affrontements quotidiens entre Palestiniens et Israéliens se sont transformés en une véritable bataille. En dépit de sa suprématie militaire, Israël est loin de pouvoir imposer son diktat aux Palestiniens qui défient Ariel Sharon.
Grève générale, calme total ... Des milliers de manifestants défilent dans le village de Kana en soutien à l'Intifada. Dans les territoires palestiniens ainsi que dans les localités arabes d'Israël, la grève a été largement suivie pour dénoncer la répression militaire israélienne et la politique de massacre de Sharon. Celui-ci a autorisé l'armée à intensifier ses attaques même s'il dit avoir renoncé à son exigence d'une semaine de calme absolu avant toute négociation avec les Palestiniens. Cette intensification fait partie de sa stratégie visant à effacer l'humiliation qu'il a subie avec les représailles ciblées et efficaces menées par les Palestiniens, avant l'arrivée de l'émissaire américain Anthony Zinni.
L'agression israélienne prend les formes les plus atroces. Un militant des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa a été assassiné à Jérusalem-Est une demi-heure après son arrestation, alors qu'il était totalement entre les mains de la police. La scène décrite par les témoins dévoile un sentiment de haine tenace chez les Israéliens. « Lorsque Mahmoud est arrivé, il a tout de suite été menotté, on lui a ensuite mis les bras en l'air et l'ont plaqué sur une voiture. Dépêchés sur les lieux, des membres des unités spéciales l'ont plaqué au sol et ont déchiré ses vêtements le laissant uniquement en caleçon. Un policier a posé un pied sur son cou, un autre lui a tenu les jambes et un troisième les mains. La police répétait en hébreu : Tuons-le. D'une distance de 40 à 60 cm, les membres des unités spéciales lui ont tiré dessus et l'ont laissé par terre pendant 40 minutes jusqu'à sa mort ». Un peu plus tôt, les télévisions du monde montraient des images des soldats israéliens pénétrant dans les maisons palestiniennes où on ne voyait que femmes et enfants. L'armée israélienne a en outre occupé complètement le camp de réfugiés de Dheishé, près de Bethléem en Cisjordanie. L'objectif traditionnellement affiché par Israël est « d'arrêter des terroristes et saisir des armes ». Ce qui a été fait. Israël a arrêté 600 Palestiniens qui ont dû enlever leurs chemises et les mettre dans un sac en plastique. Leurs mains ont été attachées et leurs yeux bandés.
« Dans cette guerre d'usure, c'est le premier qui baisse les bras qui perd », a déclaré le chef d'état-major, Shaoul Mofaz. Les Etats-Unis, tout comme Israël, avaient parié sur la capacité de Sharon à briser l'Intifada. C'est pour cela qu'ils lui ont laissé tout le champ libre pour prendre les mesures qu'il juge susceptibles d'arrêter ce que les deux qualifient de violences.
Mais le cycle de violence n'a fait qu'augmenter, le jeu devenait trop risqué, avec la possibilité de représailles palestiniennes devenant plus larges. Après des tergiversations, Washington a décidé de renvoyer sur place son émissaire Anthony Zinni, dont la dernière mission en janvier a été interrompue par la recrudescence de la violence. Cette fois-ci, les Etats-Unis affirment que de tels actes n'empêcheraient pas sa mission. Quoiqu'il en soit, cet ancien général des Marines avait été jugé trop aligné sur la politique d'Israël et ses bons offices n'ont pas permis un cessez-le-feu entre Palestiniens et Israéliens.
Aujourd'hui, les analystes ont tendance à croire que seules des pressions américaines sur le gouvernement israélien pourraient contribuer à mener à bon port la mission de Zinni. Ceci est d'autant plus vrai puisque le secrétaire d'Etat, Colin Powell, n'a fait qu'exprimer le souhait que Sharon réfléchisse à la question du siège imposé au président palestinien. « Sharon devrait considérer la situation, se faire une opinion. Mais il faut mettre la crise derrière nous. Ce n'est pas quelque chose qui peut se régler en un jour ou deux », a-t-il déclaré. Immédiatement après, le premier ministre israélien a déclaré desserrer l'étau sur Yasser Arafat. « J'estime que les conditions que j'avais posées pour qu'Arafat quitte Ramallah sont remplies. Il faut respecter nos engagements ». Cette déclaration n'a pas été suivie de précisions. On ignore toujours si le chef de l'Autorité palestinienne pourrait se rendre aux côtés de ses frères arabes pour le sommet de Beyrouth. Pour le moment, Israël poursuit sa guerre et les Palestiniens mènent leur guérilla.
Sharon, une politique de baroudeur
Ariel Sharon : « Les Palestiniens doivent encore subir beaucoup de pertes. Quiconque veut négocier avec eux doit d'abord les frapper durement ».
Le mouvement Hamas : « L'occupation et l'agression israéliennes n'arriveront pas à briser la volonté du peuple palestinien. La réponse à l'escalade sera l'escalade ». Un dialogue de sourds ? Incursions, puis attentats, raids, puis représailles. Le conflit palestino-israélien a atteint en deux semaines un record de pertes, même par rapport à la première Intifada, qui a duré de 1987 à 1993. Tout a commencé le 28 février, lorsque l'armée israélienne pénètre pour la première fois dans les camps de réfugiés de Jénine et Balata, en Cisjordanie. Pendant trois jours, Israël n'a pas lésiné sur les moyens : chars, bulldozers et raids. Les Palestiniens, eux, résistent. Et même s'ils ont subi les pertes les plus lourdes, ils ont réussi à rendre les coups et prendre pour cibles les militaires israéliens. Un Palestinien fait exploser une charge qu'il portait à Jérusalem-Ouest, tuant neuf Israéliens et en blessant une trentaine. De quoi susciter la fureur du premier ministre israélien, qui a vu sa tactique de plus en plus dans l'impasse. « Sharon est venu avec l'idée qu'avec les armes, il stoppera l'Intifada et forcera les Palestiniens à accepter un accord dont il fixera, à lui seul, les termes », affirme Emad Gad, directeur du magazine Mokhtarat israëliya (Israeli Digest). Conscients du plan Sharon, les Palestiniens ont décidé de le mettre en échec. Résultat normal, une intensification de la violence s'ensuivit. F16, Apache, chars et même bâtiments de guerre, Tsahal a utilisé tout l'arsenal qui lui a été fourni par les Etats-Unis. En vain. Ces armes, la première fois utilisées, avaient provoqué un tollé général dans le monde. Désormais, elles sont en action quotidienne. « Il ne leur restait plus qu'à recourir aux armes nucléaires » commente Gad. Quant aux Palestiniens, ils ont quasiment renoncé aux pierres, symbole de l'Intifada. Désormais, c'est la guerre et la guérilla. Une guerre israélienne déclarée. « L'armée israélienne va poursuivre ses opérations intensives », a affirmé Zalman Shoval, le conseiller politique d'Ariel Sharon. Ce dernier y voit une condition nécessaire permettant un retour à « un processus politique ».
Or, c'est l'inverse qui a lieu. Les Palestiniens, qui pensent qu'ils n'ont plus rien à perdre, refusent de céder. Lors de la première Intifada, les Palestiniens avaient perdu un peu plus que 1 250 personnes en 6 ans. Leur deuxième Intifada a à peine un an et demi, et leurs pertes ont dépassé les 1 100 morts. Le vendredi noir (le 8 mars) de ce soulèvement a enregistré 59 morts palestiniens. Un triste record dans une série de journées sanglantes. Les analystes rappellent en outre qu'Israël a ignoré les efforts déployés par les services secrets palestiniens, qui ont arrêté l'organisateur présumé de l'attentat ayant coûté la vie au ministre israélien du Tourisme. Son arrestation était une des conditions israéliennes pour lever le siège du président palestinien, Yasser Arafat, confiné à Ramallah depuis le 3 décembre dernier. Le blocus d'Arafat a été vécu par les Palestiniens comme une humiliation, la pire qu'ils ont jamais subie.
En perte de vitesse
Et le cycle de violence continue. Les deux parties semblent prises dans un engrenage fatal. Dans une guerre, ce n'est pas seulement les gains ou les pertes sur le champ de bataille qui comptent. D'autres facteurs beaucoup plus importants entrent en jeu. Et cela s'applique plus aux Israéliens. Sharon n'est-il pas en train de subir un véritable revers politique ? Un an jour pour jour depuis son arrivée au pouvoir, il n'a pas, pour une grande majorité des Israéliens, soit 72 %, répondu à leurs attentes. Seuls 15 % continuent à le soutenir, alors qu'ils étaient 75 % au lendemain de l'entrée en fonction de son gouvernement. Ce sondage, publié par le quotidien Yediot Aharonot, indique également une nette chute dans la confiance des Israéliens en leur premier ministre : 53 % ne peuvent plus compter sur lui. Pire encore, 76 % des Israéliens s'estiment mécontents de la manière dont le gouvernement Sharon a traité les problèmes sécuritaires. Il ne faut pas oublier que lors de la campagne électorale pour le poste du chef de gouvernement, il avait promis à ses concitoyens de mettre fin à l'Intifada et de leur ramener la sécurité en 100 jours. Ce qui lui a valu de remporter ces élections face à Ehud Barak. Aujourd'hui, environ la moitié des Israéliens se prononcent pour de nouvelles élections, et 30 % pour une démission collective du gouvernement. Le bilan de Sharon est également négatif sur le plan de l'économie, touchée de plein fouet par l'escalade de la violence. Récession et chômage sont fortement en hausse. Pour la première fois, depuis 9 ans, le taux de chômage est passé à deux chiffres, pour atteindre 10,2 % à la fin de 2001. L'économie tourne à vide et les craintes sur l'avenir se sont traduites par la multiplication d'achats d'appartements à l'étranger. Un facteur d'importance majeure pour un pays dont l'idéologie est fondée sur l'immigration « en terre d'Israël ».
Sur le fil du rasoir
Les analystes, comme Gad, voient dans ces chiffres « un indice, voire un pas vers la chute prochaine de Sharon. Il est pris entre l'enclume et le marteau. D'une part, il doit poursuivre ses opérations militaires, car la droite pousse vers plus d'intransigeance, et Benyamin Netanyahu est aux aguets. La gauche, de son côté, estime que ce gouvernement a moralement dépassé les limites ». Le quotidien Haaretz soutire que « pour les Travaillistes, il est temps de se retirer. L'homme de Sabra et Chatila vient de se lâcher dans les camps de réfugiés de Jénine et de Balata, dans le genre de raids qui peuvent se terminer par un massacre ».
Les Arabes multiplient les initiatives politiques, ce qui leur fait gagner des points vis-à-vis d'une communauté internationale lassée par la poursuite de la violence.
Une première, les Etats-Unis, qui ont jusqu'à présent donné le feu vert à la politique de Sharon, ont fustigé l'approche répressive de Sharon face à l'Intifada. « Le premier ministre doit regarder de plus près la politique qu'il suit et voir si elle marche », a déclaré le secrétaire d'Etat Colin Powell. Dans les termes les plus durs jamais utilisés par l'Administration américaine, Powell a encore martelé : « Si vous déclarez la guerre contre les Palestiniens et pensez que vous pouvez résoudre le problème en observant combien de Palestiniens vous avez tué, je crois que cela ne conduit nulle part ». Des déclarations qui reflètent certes des divergences avec Tel-Aviv, mais qui dans le même temps n'apportent rien de concret en ce qui concerne une intervention plus directe des Américains dans le conflit. Le président George W. Bush a, comme d'habitude, exhorté le président Arafat à faire davantage d'efforts pour ramener le calme, lui attribuant une « responsabilité spéciale » dans l'escalade. Mais il reste que Washington a mis Palestiniens et Israéliens face à face. Le porte-parole du Département d'Etat, Richard Boucher, a déclaré que « dès maintenant, chaque partie devrait penser aux conséquences de la politique qu'elle suit ».
Il est vrai que chacune des deux parties doit faire son choix et reconnaître l'échec d'une solution militaire. Mais seul Sharon a la possibilité de modifier sa politique. Yediot Aharonot estime que « la décision est certes difficile à prendre, alors que les alliés de droite de Sharon poussent à déclencher une guerre dont l'objectif serait d'expulser deux millions de Palestiniens ».
En effet, ces derniers ne font que réagir. Selon les termes de Yasser Arafat, « ils ne demandent pas la lune, mais l'application du droit international ». Pour Arafat, « la paix n'est pas un bienfait que seuls les Palestiniens goûteront, c'est autant important pour Israël, le Moyen-Orient, l'Europe et le monde entier ». Mais comment y parvenir ? La mission de Zinni semble loin d'atteindre cet objectif. Il faudrait peut-être que les Etats-Unis adoptent une attitude plus critique à l'égard d'Israël, surtout s'ils se préparent vraiment à attaquer l'Iraq. En attendant, du sang va encore couler de part et d'autre. 
                                    
9. Yasser Arafat : "Notre détermination est renforcée"
in Le Figaro du mercredi 13 mars 2002
Yasser Arafat a reçu, mardi soir, dans Ramallah envahi par les chars israéliens, l'envoyé spécial du Figaro et un groupe de journalistes britanniques.
LE FIGARO – Ariel Sharon annonce votre libération et envoie, quelques heures plus tard, ses chars dans Ramallah. Quelle est votre réaction ?
Yasser ARAFAT – C'est de la pure brutalité. Qui peut accepter cela ? Que signifie cette escalade militaire, juste après une telle annonce ? Partout, des attaques sont lancées contre nos villes, nos villages, nos camps de réfugiés. Nos adversaires utilisent des armes modernes fournies par l'Amérique : chasseurs F 15 et F 16, hélicoptères Apache, y compris des munitions à l'uranium appauvri.
– Vous sentez-vous trompé ?
– Sharon ne peut pas me tromper car je le connais trop bien. Je le connais depuis l'époque ou j'étais dans l'armée égyptienne. Mais il essaye de tromper les médias internationaux, il essaie de tromper l'opinion internationale. Les Israéliens annoncent qu'ils m'autorisent à me déplacer à nouveau et, le lendemain, ils lancent cette nouvelle escalade militaire. Les Israéliens disent qu'ils veulent la paix mais sur le terrain ils agissent de façon inverse.
– Avez-vous l'impression qu'Ariel Sharon règle personnellement ses comptes avec vous ?
– Pour moi, ça ne fait aucune différence. Sharon a refusé de me serrer la main à Wye Plantation, alors qu'il faisait partie du gouvernement Netanyahu. J'ai pourtant continué à négocier et nous sommes parvenus à un accord. Sharon reste obsédé par ce qui c'est passé à Beyrouth en 1982, mais pour moi, ça ne fait aucune différence.
– Comptez-vous retourner à Beyrouth à l'occasion du sommet de la Ligue arabe ?
– J'espère que je pourrais y aller.
– Pensez-vous que Sharon envisage de réoccuper durablement les territoires palestiniens et cela signifie-t-il la fin de l'Autorité palestinienne ?
– Nous subissons depuis des mois un véritable siège et une escalade militaire permanente. Les Israéliens nous empêchent de nous déplacer, entravent notre ravitaillement en nourriture, en médicaments. Nos infrastructures, nos routes, nos maisons sont détruites. Nous subissons aussi quotidiennement des humiliations aux barrages israéliens. Nos femmes sont obligées d'accoucher devant ces barrages parce que l'on ne les laisse pas se rendre à l'hôpital. Cette fois, les Israéliens sont entrés dans Ramallah avec plus de cent chars et transports de troupes, soit l'équivalent de deux brigades. Et en dépit de tout cela, le peuple palestinien ne s'est pas incliné. Au contraire, sa détermination en sort renforcée. Sharon suit une tactique très stupide et il a la mémoire courte. A Beyrouth, en 1982, il a essayé de se débarrasser des Palestiniens. Et il a échoué. Les massacres de Sabra et Chatila l'ont obligé à quitter son poste de ministre de la Défense.
– Attendez-vous beaucoup de l'arrivée de l'émissaire américain Anthony Zinni ?
– Nous ne savons pas quel nouveau résultat peut obtenir M. Zinni. Nous avons déjà accepté le plan du sénateur Mitchell, nous avons accepté le rapport de George Tenet. Pourquoi les Israéliens n'en font-ils pas autant ? J'ai déjà signé la paix. J'ai signé la paix des braves avec Rabin. Il a payé de sa vie cette signature, assassiné par les petits groupes de fanatiques israéliens qui sont aujourd'hui au pouvoir.
– Les Américains utilisent-ils tout leur poids pour faire cesser les opérations en cours ?
– Comment pouvez-vous imaginer que l'Amérique, cette superpuissance qui exerce sa volonté partout sur le globe, le pays qui soutient militairement, économiquement Israël, pourrait essuyer un refus des Israéliens ? S'il y a la volonté, il y a la possibilité.
– Avez-vous donné l'ordre formel aux forces palestiniennes de riposter à ces opérations israéliennes ?
– Pas encore. Mais la patience a des limites. Vous verrez quand ça va bouger.
– Anthony Zinni va vous demander d'arrêter la violence. En avez-vous les moyens ?
– Je fais de mon mieux. Mais seul Dieu peut donner 100 % de garanties. Les Américains eux-mêmes n'ont pas réussi à déjouer les attaques suicides du 11 septembre.
– Quel contrôle exercez-vous sur les brigades des Martyrs d'al-Aqsa, qui font pourtant partie du Fatah ?
– Beaucoup de ces groupes du Fatah ne m'écoutent pas. Mais c'est une forme de démocratie. Je condamne les attentats, mais vous ne devez pas oublier que notre peuple souffre. De plus certains groupes, qui échappent à mon contrôle, ont été favorisés par les Israéliens. Le Hamas a été soutenu par Israël pour rivaliser avec l'OLP à une certaine époque. Mais je reste engagé à faire respecter la paix que j'ai signée et qui a été acceptée par tout le monde. Cette paix n'est pas seulement pour le peuple palestinien. Elle est aussi pour le peuple israélien, elle est aussi pour tout le Proche-Orient.
                                   
10. UNRWA : Les raids israéliens ont endommagé 1.620 maisons de réfugiés par Amira Hass
in Ha'Aretz (quotidien israélien) du mardi 12 mars 2002
[traduit de l'anglais par Mimi Tal]
Les raids de l'armée israélienne sur les camps de réfugiés au cours de ces dix derniers jours ont endommagé un total de 1.620 habitations et 14 bâtiments publics (principalement des écoles) selon des investigations préliminaires conduites par les représentants de l'UNRWA, l'agence onusienne d'aide humanitaire. Les dommages ont été provoqués par des tirs et bombardements et ont aussi été occasionnés par des tanks qui ont fauché des murs et bâtiments entiers.
Les chiffres de l'UNRWA concernent les camps de réfugiés de Jénine, Balata (près de Naplouse), Tulkarem et le camp adjacent de Nur al Shams. L'équipe de L'UNRWA doit encore chiffrer les dégâts causés par l'armée israélienne dans les camps de réfugiés à Bethléem et Gaza.
Les coûts pour réparer les dommages causés par les raids de l'armée israélienne doivent encore être évalués, mais la plupart des familles touchées ont reçu une avance de l'UNRWA pour procéder aux réparations d'urgence, telles les fuites dans les chauffe-eau et les fenêtres cassées.
À Jénine, où résident quelque 14.000 Palestiniens vivant dans 2.500 habitations, à peu près 550 de celles ci ont été endommagées. Trois des habitations ont été complètement détruites, six l'ont été partiellement et 541 ont été touchées à des degrés divers.
À Balata, où vivent environ 20.000 personnes dans 3.700 habitations, 670 d'entre elles ont été endommagées - 10 complètement détruites, 14 l'ont été partiellement et 646 ont été endommagées.
À Nur al Shams, où vivent environ 8.000 Palestiniens dans 1.500 habitations, 100 ont été endommagées, 3 ont été partiellement détruites. À Tulkarem, où vivent 16.000 personnes dans 2.900 habitations, 300 d'entre elles ont été endommagées - 9 ont été complètement démolies et 30 l'ont été partiellement.
Les institutions de l'UNRWA ont été durement touchées par les raids de l'armée israélienne. Au total, 9 écoles ont été endommagées par les troupes de l'armée israélienne, qui ont transformé certaines d'entre elles en bases militaires de facto.
Les dommages les plus importants ont été ceux subis par l'école de filles de Jénine, pour un montant total de 25.000$.
Deux cliniques médicales de l'UNRWA, à Jénine et Nur al Shams, ont également subi des dommages dans les raids. Le montant total des dommages subis par les institutions publiques de l'UNRWA dans les camps de réfugiés est estimé à 50.000 $.
                                                 
11. Une organisation des droits de l'Homme demande à l'armée israélienne d'arrêter ses attaques contre des ambulances par Amos Harel et Haim Shadmi
in Ha'Aretz (quotidien israélien) du mardi 12 mars 2002
[traduit de l'anglais par Mimi Tal]

Les Médecins pour les Droits de l'Homme (Physicians for Human Rights) affirment que plus de 165 ambulances ont été attaquées par les forces de sécurité israélienne, y compris l'armée, pendant le déroulement des hostilités dans les Territoires, avec plus de 135 membres du personnel paramédical et autre personnel médical blessés alors qu'ils étaient en service.
Dans une lettre envoyée au porte-parole de l'armée, le brigadier général Ron Kitri, l'organisation humanitaire affirme qu'alors qu'ils ont apporté la preuve de toutes les attaques sur les ambulances, les allégations de l'armée israélienne que les ambulances ont été utilisées pour transporter des hommes armés ont encore à être prouvées, parce que «même si cet argument ne peut en aucun cas être utilisé pour justifier l'attaque des ambulances, c'est à l'armée d'apporter la preuve de ses allégations».
Des tentatives précédentes de l'armée israélienne pour contester la crédibilité des déclarations des équipes médicales de secours palestiniennes ont échoué, et l'armée a été obligée de retirer ses accusations, selon le directeur du groupe, Tomer Popper.
Pour la seule dernière semaine, selon Popper, il y a eu 6 attaques d'ambulances et d'équipes médicales palestiniennes par l'armée israélienne. 5 personnes sont mortes et 10 blessées dans ces attaques.
Les protocoles de la 4ème Convention de Genève interdisent expressément les tirs sur des ambulances, ainsi que l'Organisation Mondiale de la Santé. L'organisation pour les droits humains a appelé l'Association Médicale Israélienne (IMA) et l'Étoile de David (Magen David Adom, MDA, équivalent de la Croix Rouge française en Israël, N.D.T.) «à demander aux autorités israéliennes de respecter les lois humanitaires internationales qui interdisent de manière non équivoque de telles attaques, et d'exiger de l'armée de garantir l'activité du personnel médical.»
Dans leur lettre à la IMA et la MDA, les Médecins pour les Droits de l'Homme disent que «les statuts de votre organisation ainsi que votre influence sur les décideurs en Israël, de même que votre croyance en l'établissement médical, nous amène à vous demander de condamner les attaques sur des ambulances, et de demander de manière non équivoque aux autorités de respecter la loi internationale».
Selon la lettre, il y a eu des attaques sérieuses contre des ambulances et les équipes médicales au cours des opérations de l'armée israélienne dans les camps de réfugiés de Jénine, là où le chef de la branche locale du Croissant Rouge a été tué, de Tulkarem, de Balata près de Naplouse et de Gaza.
                   
12. Quel rôle pour l'Europe ? par Marwan Bishara
in Le Figaro du mardi 12 mars 2002

(Marwan Bishara est chercheur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, et enseignant à l'Université américaine de Paris. Dernier livre paru : "Palestine-Israël: la paix ou l'apartheid" aux éditions de La Découverte.)
Les récentes déclarations du ministre israélien des Affaires étrangères, Shimon Pérès, sur la position de l'Europe au Moyen-Orient, sont particulièrement inquiétantes. Pérès, membre de la coalition gouvernementale d'Ariel Sharon, a appelé l'Europe à prendre une position pro-américaine ou, pour le moins, à rester « neutre », c'est-à-dire, ni pro-israélienne ni pro-palestinienne, mais, selon sa propre expression, « pour la paix ». Etre « pour la paix », c'est être anti-occupation. L'Europe, ou d'ailleurs tout parti, ne peut prétendre être pour la paix et, en même temps, pour l'occupation.
La question n'est donc pas de savoir si l'Europe prend une position pro-palestinienne ou pro-israélienne : en effet, être opposé à l'occupation ne signifie pas être anti-israélien, de même qu'être pour la paix ne signifie pas être pro-palestinien. L'Europe a appris de longue date, à travers son histoire, que le colonialisme et la paix ne peuvent coexister.
Le processus d'Oslo a été un échec précisément pour cette raison : il n'a pu instaurer la paix, parce qu'il n'a pas réussi à supprimer l'occupation militaire : à l'inverse, l'occupation militaire s'est renforcée avec des implantations israéliennes multipliées par deux sur les Territoires palestiniens occupés.
Ainsi, les récentes idées présentées par Hubert Védrine sur la nécessité d'un Etat palestinien ne sont pas pro-palestiniennes, mais bien pro-européennes, et « pour la paix ». Quant aux déclarations des ministres des Affaires étrangères allemand et britannique, MM. Fischer et Straw, recommandant de laisser les parties elles-mêmes cesser la violence, elles trouvent leur traduction dans l'objectif du gouvernement de Sharon, soutenu par les Américains, consistant à pérenniser l'occupation : par des destructions et des pilonnages violents et ininterrompus, il s'agit de transformer les Territoires occupés en une nouvelle forme d'apartheid, la ségrégation des Palestiniens s'opérant par le biais des soi-disant nouvelles « zones de sécurité ». L'Europe ne peut certainement pas se permettre de conduire sa politique en Méditerranée et au Moyen-Orient pour satisfaire les seuls voeux de Pérès, ni d'être inconditionnellement pro-américaine.
La vérité, au-delà des avancées diplomatiques de cette dernière décennie, est que les positions américaine et européenne et leur vision du monde sont différentes. Il y a aussi un certain nombre de nuances entre les positions américano-israélienne et israélo-israélienne, au moins jusqu'à la guerre en Afghanistan. Ce sont ces différences qui ont permis aux Arabes, aux Palestiniens et aux Israéliens d'ouvrir des brèches dans l'arène diplomatique et d'effectuer des changements.
Bloquer ces différences essentielles et gommer les nuances entre les Etats-Unis, l'Europe et Israël, comme le souhaite Pérès, c'est conduire irrévocablement à l'embrasement de la région et, pire encore, c'est élargir le gouffre culturel et politique déjà existant entre le Nord et le Sud, non seulement en Méditerranée mais aussi au plan mondial. Quand la diplomatie est bloquée, les populations tendent à adopter des moyens plus agressifs pour se faire entendre.
Hélas, l'Europe, comme le reste de la communauté internationale, ne peut pas être « neutre » en Palestine. A quoi bon soutenir les valeurs universelles au sein de la communauté internationale si ce n'est pour défendre le faible, l'opprimé, les victimes d'agressions ?
L'Europe, si elle ne le faisait, ne pourrait plus se proclamer défenseur des valeurs universelles de liberté, d'égalité, de sécurité et de recherche du bonheur. La politique de « responsabilité laissée aux parties » a été un échec. Les accords de Madrid, puis d'Oslo, ont été laissés au bon vouloir d'Israël et ont été pris en otage par leurs différends internes : les Israéliens ont changé six fois de premier ministre, et en ont tué un, et ils ne sont toujours pas d'accord, aujourd'hui, sur les méthodes et moyens de régler la crise.
Selon le quotidien israélien Ha'aretz, Israël a le choix entre « prospérité ou occupation ». Israël a parfaitement la possibilité de mettre un terme à son occupation militaire illégale des Territoires palestiniens tout en recevant toutes les garanties régionales et internationales pour sa sécurité. Les Palestiniens, de leur côté, n'ont pas le luxe du choix. Ils ont seulement un choix : résister pour mettre fin à une occupation insupportable, en utilisant tous les moyens légitimes à leur disposition. Ils ont essayé les moyens diplomatiques et ont essuyé un échec. Depuis le début des accords d'Oslo, leur situation économique et sociale s'est considérablement détériorée.
Alors que la France vient d'exprimer quelques idées, dont celle d'organiser des élections dans les territoires palestiniens, Pérès a décliné cette idée sous prétexte que les élections provoqueraient des réactions extrémistes. D'une part, cela est faux, d'autre part, cela n'est pas de l'éthique politique. Si des élections se tenaient aujourd'hui sous protection et observation internationale, le Hamas islamiste palestinien n'obtiendrait pas plus de 20 % des votes. Son importance serait contrôlée par l'organisation politique exactement de la même façon que l'évolution du Hezbollah au Liban est étroitement cadrée par l'arène politique.
Au cours de la dernière décennie, et sous le contrôle de l'Europe et des Etats-Unis, les gouvernements Rabin-Pérès, Rabin-Barak et les deux gouvernements Likoud suivants, ont transformé le processus de paix censé organiser la décolonisation en un vaste processus d'organisation et de renforcement des implantations illégales.
L'échec du sommet de Camp David en juillet 2000 est le résultat de l'insistance de Barak : en laissant les implantations israéliennes intactes, il a transformé les territoires de Cisjordanie en véritables bantoustans.
La demande des Palestiniens pour leur droit à l'autodétermination comme peuple libre doit être pleinement soutenue par l'Europe. L'intifada des Palestiniens ne peut évidemment pas être assimilée aux mouvements séparatistes européens : il ne s'agit pas, en effet, d'un Israël offrant la citoyenneté israélienne aux Palestiniens des Territoires occupés, et de Palestiniens demandant à devenir indépendants de leur « patrie ». Ce n'est pas ce que demandent les Palestiniens. Ils préfèrent vivre dans un Etat binational. Mais, malheureusement, Israël considère les Palestiniens comme une menace démographique ! Un Etat ! Quel Etat ?
En accord avec Ariel Sharon, Shimon Pérès offre aux Palestiniens l'autonomie sur 42 % du territoire de la Cisjordanie et de la bande surpeuplée de Gaza, appelant ces 42 % de terrain un « Etat » et demandant, pour cette offre, le soutien des Européens. Si les Européens font preuve d'objectivité, ils rechercheront la « justice ». Mais celle-ci risque d'être fortement compromise s'ils répondaient à l'offre de Pérès. Sachant que la Cisjordanie ne constitue que 22 % de la Palestine historique, il est demandé aux Palestiniens d'accepter un pseudo-Etat sur moins de 10 % de leur patrie, ces 10 % étant eux-mêmes divisés en plus de 40 cantons encerclés par l'armée israélienne.
Si les Palestiniens acceptaient cette sorte d'Etat, c'est-à-dire une autonomie dispersée sans citoyenneté, ils devraient pourtant encore se comporter comme un Etat : être responsables de leurs « frontières » et de leur sécurité selon l'esprit et la lettre de la législation internationale.
Pendant longtemps, l'Europe a été considérée comme responsable de la politique de second rang, l'aide et le développement, laissant aux Etats-Unis la haute main sur la « grande politique », la sécurité, la diplomatie et la conduite des négociations. Les Israéliens, comme les Palestiniens, ont besoin de l'aide de l'Europe. Pour que les forces de paix dans la société israélienne aient une chance de se développer et de créer une différence, l'Occident ne peut se permettre de donner carte blanche au gouvernement Sharon-Pérès pour la poursuite de son occupation et les bombardements de civils en totale impunité.
Les pays européens et islamiques se sont récemment réunis au sommet en Turquie. Ce sommet a laissé apparaître une alternative à « l'axe du Mal » et aux solutions militaires. Le message adressé à Shimon Pérès doit être le suivant : l'Europe peut tolérer et accepter les différences d'opinion, elle ne peut pas tolérer les violations de la législation internationale ni des valeurs universelles chez ses voisins.
                               
13. Médecins Sans Frontières condamne les "attaques israéliennes contre des équipes médicales"
Dépêche de l'Agence France Presse du dimanche 10 mars 2002, 10h09
JERUSALEM - L'organisation "Médecins sans frontières" a condamné les "attaques sans précédent de l'armée israélienne contre des équipes médicales" opérant dans les territoires palestiniens, dans un communiqué parvenu dimanche à l'AFP.
"Les services d'urgence et le personnel médical sont attaqués, et cela empêche les secours de parvenir aux blessés", indique ce texte.
MSF mentionne parmi les victimes de tirs israéliens au cours de la semaine dans le personnel médical, en Cisjordanie le chef des services d'urgence à Jénine, un infirmier de l'ONU et un ambulancier à Tulkarem, un secouriste, ainsi qu'un employé des services de santé à Gaza.
Toujours selon ce texte, "l'armée israélienne a bombardé intensivement l'hôpital Al-Mezzan de Hébron en Cisjordanie, et endommagé plusieurs ambulances, et a tué ces sept derniers jours 15 employés des services médicaux".
"Ces attaques sans précédent de l'armée israélienne contre des services médicaux dans les territoires palestiniens sont très alarmantes et contraires au droit international (...) MSF les condamne sévèrement et appelle les autorités israéliennes à prendre immédiatement des mesures" adéquates, a encore indiqué le texte.
                               
14. Israël frappe fort à Gaza et bombarde les bureaux d'Arafat par Serge Schmemann
in The New York Times (quotidien américain) du jeudi 7 mars 2002
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
Jérusalem - Les forces israéliennes ont frappé très fort, hier, par terre et par mer, contre la bande de Gaza surpeuplée, où les Palestiniens avaient franchi une nouvelle ligne rouge, mardi dernier, en tirant des roquettes contre une ville israélienne. Avec la poursuite du carnage, dix victimes palestiniennes et deux victimes israéliennes venaient s'ajouter au bilan. Au même moment, le gouvernement d'Ariel Sharon recevait une volée de bois vert tout-à-fait inhabituelle de la part du secrétaire d'Etat Colin L. Powell.
Powell, s'exprimant devant une commission du Congrès, à Washington, a fortement critiqué la déclaration du premier ministre israélien selon laquelle les Palestiniens ne reviendraient à la table des négociations que si Israël persistait dans son escalade et entraînait chez eux des pertes énormes.
"Le premier ministre Sharon doit examiner sans concessions sa politique et se poser la question de savoir si elle a une quelconque chance de succès", a déclaré le Secrétaire d'Etat. "Si vous déclarez la guerre aux Palestiniens en pensant que vous pourrez régler le problème en observant combien de Palestiniens peuvent être tués par vos soins, je ne pense pas que cela nous conduira quelque part."
Depuis plusieurs mois, l'administration Bush centrait le plus gros de ses critiques sur Yasser Arafat, en insistant sur l'affirmation qu'il pouvait faire plus pour mettre un terme au terrorisme. Mais, après le paroxysme atteint dans les tueries, la semaine dernière, le secrétaire d'Etat Powell, qui s'est entretenu mardi dernier par téléphone avec M. Sharon, a déclaré que les deux côtés poursuivaient des politiques qui ne pouvaient qu'aboutir à un surcroît de violence. "C'est une situation absolument tragique", a-t-il conclu.
Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a exprimé lui aussi son désarroi, aujourd'hui, déclarant notamment que la violence au Moyen-Orient "échappe désormais à tout contrôle".
En réponse aux observations du secrétaire d'Etat Powell, le cabinet de M. Sharon a publié un communiqué selon lequel la guerre serait imposée à Israël par l'Autorité palestinienne. "Israël ne fait que répliquer aux organisations terroristes dans le cadre de son droit à se défendre", dit notamment ce communiqué. "Celui qui a commencé cette guerre a le pouvoir de l'arrêter, mais il s'entête à préférer la guerre terroriste." M. Sharon a aussi indiqué qu'il repoussait à plus tard des visites prévues en Grande-Bretagne et en Espagne, en raison de l'escalade militaire.
Les opérations du jour ont inclus un nouveau bombardement du Q.G. de M. Arafat à Ramallah. Mais, cette fois, les bombes sont tombées au moment même où le dirigeant palestinien recevait l'envoyé spécial de l'Union européenne au Moyen-Orient, Miguel Angel Moratinos, et même au moment précis où Shimon Pérès était en conversation téléphonique avec M. Arafat. Ni M. Moratinos ni M. Arafat n'ont été blessés et l'on ne sait pas, pour l'instant, si l'heure choisie pour ce bombardement était délibérée.
"C'était un bombardement très puissant et très dangereux", a indiqué Nabil Abu Rudeïnéh, un membre de l'entourage de M. Arafat, qui était présent sur les lieux. "C'était si près que nous avons pensé que le bombardement visait le bureau-même. Nous avons informé M. Pérès de ce qui s'était passé, et il nous a affirmé qu'il chercherait à obtenir des explications."
Les Israéliens avaient lâché des bombes autour des bureaux de M. Arafat à plusieurs reprises, par le passé, apparemment pour intimider le dirigeant palestinien. M. Sharon a déjà déclaré dans le passé qu'il n'avait nulle intention de le tuer.
Dans la bande de Gaza, cette fois, les opérations ont commencé durant la nuit. L'armée israélienne se serait trouvée en butte à une forte résistance en cinq endroits différents. Les détails sont très rudimentaires. Israël a déclaré avoir tué plusieurs Palestiniens, arrêté d'autres et détruit une maison dans laquelle se cachait un guérillero palestinien recherché. Les Palestiniens, de leur côté, ont indiqué qu'un avion de chasse F-16 a tiré un missile sur le commissariat central de police situé dans le quartier de Sheikh Radwan, à Gaza, qui abrite le quartier général de la police palestinienne pour l'ensemble de la bande de Gaza.
Les Palestiniens ont indiqué également que des vaisseaux de la marine israélienne s'étaient approchés de la côte à Gaza et avaient tiré des missiles contre la police navale palestinienne, tuant quatre de ses hommes.
(Plus tôt dans la journée de mercredi, les forces israéliennes avaient fait mouvement dans le centre de Tulkarem, tuant un Palestinien, a indiqué l'agence Associated Press. A Bethléem, l'Autorité palestinienne a indiqué que des avions de l'armée de l'air israélienne ont tiré au moins deux missiles contre des bureaux palestiniens. Il n'y a pas eu de blessé).
Le commandant des force d'occupatio israéliennes pour Gaza, le Brigadier-Général Yisrael Ziv, a qualifié les opérations de ce jour de "réussies". Il a indiqué qu'elles allaient se poursuivre.
L'armée a décidé des incursions dans la bande de Gaza après que deux roquettes artisanales "Qassam", que les Israéliens disent être fabriquées par le mouvement Hamas, eurent été lancées contre la ville de Sderot, mardi dernier. L'une a touché un bâtiment, blessant un enfant. Israël avait averti que des bombardements par roquettes sur une agglomération israélienne auraient de graves conséquences. Mais, le carnage atteignant des niveaux-records, il était difficile de faire encore un quelconque distinguo entre les représailles et la pure et simple escalade.
La plupart des incidents de la journée se sont produits à des barrages routiers et à des barrages de contrôle instaurés par les Israéliens. A un barrage routier, près de Naplouse, des soldats ont tiré sur deux Palestiniens, tuant l'un d'eux. Ils ont déclaré après coup que ces deux hommes transportaient des explosifs dans un sac. Près de Kalkiliya, en Cisjordanie toujours, un homme s'est fait sauter en actionnant une grenade après qu'on lui ait intimé l'ordre de s'arrêter.
A un autre barrage routier, là encore, situé près de Maccabim, en Cisjordanie, et qui avait déjà fait l'objet d'une attaque-suicide d'une femme-kamikaze palestinienne, des soldats ont ouvert le feu sur deux hommes qui avaient commencé à s'enfuir après s'être vu intimer l'ordre de s'arrêter. Les deux hommes ont été blessés. Il s'est avéré qu'il s'agissait de deux Arabes de nationalité israélienne.
Avec la poursuite, voire l'escalade des violences, et des récriminations de plus en plus insistantes au sein même du cabinet israélien, le ton de la presse israélienne s'est fait distinctement plus haineux et plus déprimé, aussi.
Sever Plotzer, un commentateur blanchi sous le harnais au quotidien Yediot Ahronot, n'a pas mâché ses mots : "Il y a le feu à la maison, et le gouvernement est comme une poule devant deux pailles en croix. 'Qu'y pouvons-nous ?', demandent les plus brillants de ses ministres, en haussant les épaules et en levant les bras au ciel. 'Vous n'êtes qu'une bande d'incapables impotents, on en a plus que marre de vous. Faites votre baluchon, rassemblez votre paperasse, rendez-nous les clés et dépêchez-vous de quitter le gouvernement !'"
Hemi Shalev, éditorialiste estimé du quotidien Ma'ariv, était moins courroucé, mais non moins direct : "La question des questions, pour le gouvernement d'union nationale, était : "quelle alternative ?" Mais maintenant la possibilité se fait jour que la réponse correcte à cette question était sans doute : "Tout, sauf ça"". M. Shalev a exprimé l'espoir que le tir de missiles Qassam contre Sderot soit susceptible de finalement "sortir les Américains de leur torpeur hivernale".
Dans une ambiance telle, les menaces proférées par diverses factions d'abandonner le gouvernement et d'imposer des élections anticipées se font de jour en jour plus nombreuses, ainsi que les motifs de tension et d'accrochages entre les ministres. La presse israélienne a fait état d'une discussion de quatre heures, entre les ministres-clés, sur les mesures à prendre prochainement, a déclaré M. Pérès. "Si j'avais su que le gouvernement se trouverait un jour dans la situation où nous nous trouvons aujourd'hui, dans la confrontation avec les Palestiniens, je n'aurais certainement pas rejoint le gouvernement d'union nationale formé par Sharon."
On pense pour le moment que de nouvelles élections entraîneraient vraisemblablement la mise à l'écart de M. Sharon par Benjamin Netanyahu, qui a déjà été premier ministre de 1996 à 1999. M. Netanyahu, lui aussi membre du parti de droite Likoud, a déclaré que s'il revenait aux affaires, il détruirait l'administration d'Arafat, tiendrait les Palestiniens en respect, à l'extérieur d'Israël, grâce à une frontière totalement hermétique, et passerait au peigne fin les territoires palestiniens afin d'en éliminer toutes les armes...
                           
15. Etat de choc et colère après l'irruption de la violence dans une cour d'école arabe par Joel Greenberg
in The New York Times (quotidien américain) du mercredi 6 mars 2002
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
Jérusalem - Tandis que des centaines de garçons palestiniens emplissaient la cour du collège du village arabe de Sour Bahir, au sud de Jérusalem, ce matin, le directeur et deux professeurs eurent soudain leur attention attirée par un objet en forme de V, déposé sous un bosquet de pins situé dans un des angles de cette cour de récréation. Ils virent deux cônes grisâtres, d'aspect métallique, longs d'une quarantaine de centimètres chacun, déposés auprès d'un objet rond, qui avait toutes les apparences d'une minuterie, partiellement enterré. Les bases des deux cônes, obturés avec de la mousse de styrène, étaient dirigées vers la cour, où plus de quatre cents garçons, en majorité des élèves de petites classes de collège, s'égayaient.
L'adjoint du directeur appela la police, et les élèves furent mis à l'écart. On les fit entrer en classe plus tôt que d'habitude, sans les faire mettre en rang dans la cour pour les dix minutes d'exercices de gymnastique quotidiennes.
Quelques minutes plus tard, les cônes explosaient, arrosant la cour de balles et de shrapnells métalliques. Toutes les vitres furent brisées et les élèves plongèrent sous leur bureau pour s'abriter des éclats de verre. La bombe laissa un cratère sous les pins, dont plusieurs branches avaient été sectionnées. Une partie de la grille métallique entourant la cour avait été arrachée.
"Si nous avions été en train de faire nos exercices de gym lorsque la bombe a explosé, tous les garçons seraient, à l'heure qu'il est, à l'hôpital, sinon au cimetière", nous a dit Sabri Huweis, l'un des professeurs qui avaient découvert l'engin.
Mu'tazz Dabbash, quinze ans, collégien, nous a dit : "Il y a eu une énorme explosion, suivie de poussière et de flammes. Les vitres nous sont tombées dessus, les plus jeunes hurlaient et pleuraient. Tout le monde avait peur."
Deux douzaines de collégiens et deux membres du personnel ont été blessés par des éclats, des boulons disposés dans la bombe, par le souffle de celle-ci ou par des éclats de verre, mais aucun n'a été blessé grièvement, indiquait plus tard la clinique de l'endroit.
Un reporter de la radio israélienne avait reçu un fax prévenant qu'un groupe s'intitulant "Vengeance pour les Enfants" avait revendiqué cet attentat commis "afin de venger la mort d'enfants juifs tués par des attaquants palestiniens". Samedi soir, quatre enfants israéliens, dont deux bébés, avaient été tués au cours d'un attentat-suicide à Jérusalem, six autres victimes adultes étant à déplorer.
Le chef de la police de Jérusalem, Micky Levy, a déclaré qu'il avait constitué une équipe d'enquêteurs chargée d'élucider l'attentat au collège arabe ainsi que d'identifier le groupe qui l'a revendiqué.
On a relevé plusieurs assassinats par balles d'automobilistes palestiniens en Cisjordanie, ces derniers jours, apparemment commis par des activistes juifs en représailles à l'assassinat de plusieurs dizaines de colons juifs sur les routes, depuis le début de la seconde Intifada. Mais l'attentat à la bombe perpétré dans le collège arabe, aujourd'hui, représente la première attaque du genre contre les Palestiniens, en plus de dix-sept mois de violences. Il évoquait des attentats à la bombe, commis dans les années 1980 par un groupe clandestin composé en grande partie de colons juifs, qui avaient fini par être arrêtés et emprisonnés.
Venu rendre visite au collège, le maire de Jérusalem Ehud Olmert a suggéré l'idée que cet attentat aurait pu être commis par "des activistes palestiniens, en manière de provocation".
"Les (attentats) suicide, le fait de se tuer eux-mêmes, n'est pas quelque chose de nouveau à leur répertoire", a-t-il déclaré. "Alors, il est loisible d'imaginer qu'ils sont capables d'avoir perpétré eux-mêmes cet attentat, à des fins de provocation, pour mettre en émoi cette population."
Quelques heures après, des étudiants en colère défilaient devant le collège, criant des slogans anti-israéliens et portant des calicots, sur l'un desquels on pouvait lire : "Arrêtez d'assassiner nos enfants !" Des jeunes ont lancé des pierres contre des agents de la police israélienne anti-émeutes, qui répliquèrent au moyen de grenades incapacitantes et lacrymogènes. D'autres villageois tentèrent de parlementer avec la police, lui demandant de se retirer afin de calmer les esprits.
Après l'attentat, la colère était palpable à Sour Bahir, qui connaissait jusqu'ici un calme relatif. Des villageois se plaignaient du fait que la police avait tardé à intervenir après qu'on lui ait signalé la présence de l'engin suspect dans la cour du collège. La police, en effet, n'est arrivée sur les lieux qu'une demi-heure après l'explosion.
"Les Arabes, ils s'en foutent. Il n'y a que les Israéliens qui les intéressent.", me dit Aziz Abou Teïr, un parent d'élève, parlant des autorités israéliennes.
M. Lévy s'élevant en faux contre cette accusation, a affirmé que l'appel téléphonique émanant du collège avait été traité comme tout appel provenant de n'importe où ailleurs dans l'agglomération, et que les officiers étaient en train d'arriver lorsque l'engin a explosé. Toutefois, M. Olmert a précisé que, s'il était lui-même policier, il ne donnerait certainement pas la priorité à une alerte à la bombe dans un quartier arabe. "Cela ne pourrait être qu'une deuxième priorité, pour des raisons évidentes", a-t-il dit, ajoutant : "Comme tout le monde le sait ; cent pour cent des attentats se produisent dans des quartiers juifs".
M. Abou Teïr m'a confié sa crainte que des attentats similaires ne se produisent à l'avenir. "Cet acte lâche ne pourra que jeter de l'huile sur le feu", m'a-t-il dit, parlant de l'attentat contre le collège de son fils. "Ça sera un prêté pour un rendu. Demain, il y aura une bombe dans un collège juif."
                           
16. Le président syrien apporte son soutien au plan de paix saoudien, tandis que le Moyen-Orient entre en ébullition par Serge Schemann
in The New York Times (quotidien américain) du mercredi 6 mars 2002
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
Jérusalem - La Syrie a exprimé son soutien, ce jour, au plan saoudien de paix au Moyen-Orient. Au même moment, une bombe explosait dans la cour d'un collège arabe en Cisjordanie, et des roquettes artisanales atteignaient une ville israélienne, ces événements venant alimenter, s'il en était besoin, le sanglant affrontement entre Israéliens et Palestiniens.
Dans sa première déclaration au sujet du plan proposé le mois dernier par le Prince régnant Abdullah d'Arabie saoudite, qui appelle tous les pays arabes à normaliser leurs relations avec Israël en contre-partie d'un retrait total de ce pays des territoires occupés à la suite de la guerre de juin 1967, la Syrie a exprimé "sa satisfaction devant la proposition saoudienne".
Cette déclaration faisait suite à une rencontre entre le Prince Abdullah et le Président syrien Bashar Al-Assad, à Riyadh. Elle énonce qu'une paix globale "ne peut être obtenue qu'après le retrait total d'Israël des territoires arabes occupés, notamment le Golan syrien." La déclaration insistait également sur le droit au retour des réfugiés palestiniens, point essentiel pour le Liban, où vivent la plupart d'entre eux.
L'adoption par la Syrie du plan saoudien était considérée comme cruciale, pour que ce plan ait une quelconque chance d'être adopté, à la fin du mois de mars, par le sommet de la Ligue Arabe à Beyrouth, la Syrie et le Liban (largement contrôlé par celle-ci) étant les derniers des voisins immédiats d'Israël à ne pas avoir encore conclu d'accord de paix avec l'Etat hébreu.
Le premier ministre israélien, Ariel Sharon, était sceptique au sujet de l'initiative saoudienne, et il est toujours résolument opposé au retrait d'Israël jusqu'aux frontières de 1967. Israël a déclaré, par ailleurs, qu'il n'autoriserait jamais le retour de tous les réfugiés palestiniens. Mais l'Arabie saoudite a dit elle-même considérer son initiative comme une vision d'avenir assez large, permettant aux Arabes et aux Israéliens de travailler ensemble pour s'y diriger, et non pas d'un plan de règlement détaillé.
Le Moyen-Orient a également été au centre d'une rencontre, aujourd'hui, à Washington, entre le président égyptien Hosni Moubarak et le président Bush.
M. Bush, dont l'administration s'est tenue à l'écart du Moyen-Orient en dépit de l'explosion de violence qui s'en est emparé, n'a pas pris d'engagement plus important que celui consistant à déclarer qu'il était prêt à étudier "de quelle manière nous pouvons bâtir quelque chose sur les bases de la vision de paix proposée dernièrement par le Prince Abdullah."
Mais M. Mubarak a exhorté les Américains à s'engager plus activement dans la recherche de solutions. Il a appelé à une rencontre immédiate entre M. Sharon et le dirigeant palestinien, Yasser Arafat, "que cela leur plaise, ou non".
Un désastre épouvantable a été évité de justesse, aujourd'hui, lorsque le directeur et des professeurs d'un collège arabe de garçons, dans les faubourgs de Jérusalem, ont repéré un engin suspect dans la cour et ont pu mettre les élèves à l'abri dans leurs salles de cours juste avant que l'engin explose.
Peu avant l'explosion, un journaliste de la radio israélienne avait reçu un message disant qu'il s'agissait de l'oeuvre d'un groupe juif jusqu'ici inconnu s'annonçant sous l'intitulé "Revanche pour les enfants". Il n'y a eu aucune arrestation pour l'instant, ni confirmation de l'existence du groupe en question. Deux douzaines d'élèves et deux membres du personnel du collège ont reçu des soins. Leurs blessures, sans gravité, étaient essentiellement des coupures par éclats de verre et mitraille métallique placée dans la bombe pour en maximiser l'effet dévastateur.
Le message, reçu par le journaliste sur son beeper (sorte d'écran recevant des messages écrits similaires à ceux que peuvent afficher les téléphones portables), indiquait que l'attentat visait à venger la mort d'enfants israéliens tués par des Palestiniens. Six enfants israéliens avaient, en effet, été tués samedi, lorsqu'un kamikaze palestinien avait fait exploser la charge explosive qu'il portait sur lui au milieu d'un groupe de fidèles juifs ultra-orthodoxes revenant de leurs prières.
En dépit de ce message revendiquant l'attentat à la bombe dans la cour du collège au nom d'un groupe juif, certains hauts responsables israéliens ont suggéré l'idée qu'il pourrait s'agir de l'oeuvre de Palestiniens. Le maire de Jérusalem, Ehud Olmert, a déclaré : "J'évoquerai d'autres possibilités. Cela pourrait être, par exemple, une provocation d'éléments palestiniens."
Des miliciens juifs sont déjà passé à l'action, par le passé, notamment ceux d'un groupe intitulé Brigade Shalhevet Gilad, d'après les prénoms de deux bébés tués par les Palestiniens. Ce groupe a revendiqué l'assassinat de trois Palestiniens, l'année dernière. Aucun de ses membres n'ont été arrêtés.
Dans le sud d'Israël, une autre première a été enregistrée dans le conflit, lorsque deux roquettes Qassam-2 ont été tirées depuis la bande de Gaza contre la ville israélienne de Sderot. L'une d'elles a atterri dans un terrain vague, l'autre a touché un immeuble, blessant trois personnes.
Il s'agissait de la première occurrence de recours à des missiles artisanaux (dont Israël attribue la fabrication aux militants du Hamas) contre une ville.
Israël a averti, par le passé, qu'il y aurait des représailles si un missile Qassam était lancé contre une ville israélienne.
Tôt dans la journée de mercredi, des médecins du nord de Gaza ont fait état de deux Palestiniens tués par des tirs de tanks, apparemment en représailles à l'attaque à la roquette de la ville de Sderot, a rapporté l'agence Associated Press.
Dans le village d'Abassan, près de Khan Younis, au sud de la bande de Gaza, des officiers de la sécurité palestinienne ont indiqué que les soldats israéliens ont tué trois personnes appartenant à la famille d'un activiste du Front Démocratique pour la Libération de la Palestine, au cours d'une recherche (infructueuse) de celui-ci, cinq autres personnes ayant été arrêtées, a indiqué l'agence Reuters. Des officiels de l'armée israélienne ont indiqué que deux soldats israéliens avaient été tués au cours de cette opération, d'après l'agence France-Presse.
Aujourd'hui, les violences ont commencé à 2 h 30 du matin, lorsqu'un Palestinien armé d'un fusil d'assaut M-16, de deux grenades et d'un poignard a attaqué un bar de nuit à Tel Aviv, tuant trois personnes et en blessant une vingtaine d'autres, avant d'être abattu. Les Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa, un groupe d'activistes, ont revendiqué cette attaque.
Ce qui a suivi cette tuerie est représentatif d'une lutte qui a atteint l'ampleur d'une guerre en puissance, au cours des dix-sept mois écoulés, revêtant une intensité particulière au cours des dernières semaines. Un kamikaze palestinien a fait sauter sa bombe dans un bus à Afoula (Israël), tuant un Israélien. Une Israélienne est tombée dans une embuscade sur une route de Cisjordanie, elle a été tuée, tandis que des soldats israéliens tuaient un Palestinien dans la même région au cours d'un échange de feu.
Les forces israéliennes continuent par ailleurs à bombarder diverses installations de la police palestinienne à Gaza, Naplouse, Ramallah et Tulkarem. L'armée israélienne a déclaré avoir également bombardé un parking situé juste devant les bureaux de M. Arafat, à Ramallah, dans le but, apparemment, de le harceler.
Les Palestiniens ont fait état de l'assassinat de deux dirigeants des Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa, mouvement affilié au Fatah de M. Arafat, tués par un missile tiré d'un hélicoptère israélien non loin de Ramallah. Marwan Barghouthi, chef de cette milice, a déclaré que les deux tués étaient Muhammad Abu Halawéh et Fawzi Murrar, jurant de les venger.
La continuation des violences a placé sous une pression accrue le gouvernement israélien de coalition. Après un week-end au cours duquel ce ne sont pas moins de 22 Israéliens qui perdaient la vie, l'ambiance au conseil des ministres de dimanche dernier était amère et tendue, d'après les bulletins d'information israéliens.
M. Sharon a produit l'une de ses déclarations les plus agressives jamais encore aboyées jusqu'ici. "Nous devons leur infliger des coups très douloureux, en permanence, jusqu'à ce qu'ils finissent par comprendre qu'ils n'obtiendront rien par la terreur", a-t-il asséné aux membres d'une commission parlementaire.
Mais tandis que la plupart des ministres se faisaient l'écho de ces appels martiaux, on percevait un sentiment croissant, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur même du gouvernement, que celui-ci n'a pas d'autre plan réel que de répondre à la violence par une surenchère de violence.
On indique que M. Sharon aurait déjà entamé la réflexion sur plusieurs points avec le ministre de la défense Binyamin Ben-Eliezer et d'autres ministres, notamment quant à la question de savoir s'il fallait ramener les tanks jusqu'au seuil du bureau de M. Arafat, ou s'il fallait permettre à celui-ci d'assister au sommet de la Ligue arabe, prévu pour le 27 mars, à Beyrouth. Si M. Arafat reste bloqué et interdit de sommet, il est vraisemblable que l'effort de paix (saoudien) tombera à l'eau.
Le quotidien israélien Yedioth Aharonot a fait état d'une suggestion du ministre des Infrastructures, Avigdor Lieberman, chef d'un petit parti d'immigrants russes. Celui-ci a déclaré :
"Je propose d'informer les Palestiniens de ce qui suit : Si vous ne mettez pas un terme à vos activités terroristes sous vingt-quatre heures, nous prendrons, dans l'ordre, les mesures suivantes :
- à 8 heures du matin, nous bombarderons tous les centres commerciaux en Judée et Samarie (= la Cisjordanie, en liebermanien, ndt) et à Gaza. Bien entendu, nous vous avertirons à l'avance afin que tout le monde puisse aller se mettre à l'abri à la maison.
- à midi, nous bombarderons les stations-service. Là aussi, nous préviendrons, bien entendu.
- à 14 heures, nous bombarderons toutes les banques..."
Le ministre des Affaires étrangères, Shimon Pérès, le coupa :
- "... et, à 18 heures, vous recevrez, tous, une convocation au Tribunal Pénal International de La Haye !"
M. Lieberman eut quand même le mot de la fin, en accusant M. Pérès "de ne penser qu'à sa pomme, et nullement à la sécurité d'Israël" !
                               
17. Les dernières attaques, laissant les Israéliens interdits, torpillent les espoirs de paix par James Bennet
in The New York Times (quotidien américain) du lundi 4 mars 2002
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
Wadi Al-Haramiya, Cisjordanie - Epuisés et effrayés à la perspective qu'en raison de l'aggravation du conflit, leurs dirigeants ne décrètent la mobilisation générale, les Israéliens sont allés se coucher, samedi soir, avec à l'esprit les images montrées par la télévision israélienne : des sacs mortuaires en plastique noir, alignés dans une rue de Jérusalem.
Ils se sont réveillés ce matin avec les informations sur la dernière en date des attaques : un assaut stupéfiant contre des soldats israéliens dont l'on vante les compétences guerrières, mais qui sont avant tout, dans ce petit pays (qu'est Israël) des fils, des neveux ou des amis de relations...
En tirant vingt-cinq balles d'un vieux fusil, un seul franc-tireur palestinien, caché derrière un olivier accroché à une colline, a tué méthodiquement sept soldats et trois colons israéliens à proximité d'un barrage militaire. Après quoi, il a réussi à prendre la fuite.
Cette fusillade succédait, à moins de douze heures d'intervalle, à un attentat-suicide dans un quartier juif ultra-orthodoxe de Jérusalem. Cet attentat avait entraîné la mort de neuf Israéliens, dont six enfants, âgés de quelques mois seulement à quinze ans.
Ces tueries font l'effet d'une douche froide pour les espoirs soulevés dans certains milieux par la proposition saoudienne pour une paix au Moyen-Orient. Des responsables de l'administration Bush, qui attendent la venue du président égyptien, Hosni Mubarak, ont signifié aujourd'hui que l'intensification de la violence ne pourrait que rendre plus difficile un engagement diplomatique des Etats-Unis dans la recherche d'une solution.
Tôt, lundi matin, le cabinet de sécurité israélien avait annoncé qu'il exercerait "une pression militaire continue sur l'Autorité palestinienne afin de mettre au pas le terrorisme palestinien". Cette annonce ne semblait pas marquer de réel tournant dans la stratégie israélienne. Peu après, l'armée israélienne faisait état d'une opération limitée dans le camp de réfugiés palestiniens de Rafah, au cours de laquelle, ont rapporté des témoins, trois Palestiniens ont été tués et une maison endommagée par bulldozer.
Aujourd'hui, au barrage militaire devant lequel je me trouve, des culasses de balles de fusil M-16 recouvrent le sol sablonneux et les blocs de ciment arrivant à hauteur de la taille, censés protéger les soldats, sont maculés de sang. Une paire de lunettes de soleil aux reflets pourpres et aux verres bombés, dans le style favori des soldats israéliens, est abandonnée, sur un autre bloc de ciment, à côté d'une tasse à café en plastique, renversée.
Les attaques palestiniennes faisaient suite à trois journées de raids israéliens contre deux camps de réfugiés palestiniens, raids qui auraient entraîné la mort d'une trentaine de Palestiniens, d'après les porte-parole de l'armée israélienne. Des officiers israéliens ont indiqué que cette opération, destinée à tuer des terroristes ou à les mettre en déroute, avait été couronnée de succès, mais les Palestiniens l'ont dénoncée, la qualifiant d'agression directe contre des civils et de provocation.
La fusillade de ce jour représente l'attaque la plus meurtrière jamais menée contre des soldats israéliens dans la bande de Gaza ou en Cisjordanie en dix-sept mois de combats. Mais, avec un "score" de soldats tués encore plus important, elle intervient moins de quinze jours après l'assaut le plus grave jamais enregistré auparavant : six soldats avaient été abattus, devant un autre barrage.
Un autre soldat israélien a été tué, aujourd'hui, lorsqu'un Palestinien a ouvert le feu contre un avant-poste israélien à la frontière entre Israël et la bande de Gaza. Le tireur a pu blesser quatre autres soldats, puis il a disparu dans la nature.
Au cours du mois écoulé, ce sont au moins vingt-quatre soldats israéliens qui ont été tués en Cisjordanie ou dans la bande de Gaza, soit environ le même nombre de morts que celui enregistré en moyenne au cours d'une année complète d'occupation par Israël du Sud-Liban, ont indiqué des experts militaires.
En représailles à l'attentat suicide (commis à Jérusalem), une mitrailleuse héliportée a tiré des roquettes contre un poste de la police palestinienne dans la ville cisjordanienne de Bethléem. Des tanks ont bombardé un bureau des renseignements généraux palestiniens à Salfit et ont tiré contre des activistes suspects à Ramallah. Des forces terrestres ont rapidement investi Qalqiliya. Au moins quatre Palestiniens ont été tués au cours de ces diverses attaques.
Aujourd'hui, l'armée continuait à interdire l'accès aux deux camps qu'elle vient de ratisser, où elle s'introduit encore de temps en temps, à Balata (près de Naplouse), et à Jenin.
Au Vatican, le Pape Jean-Paul II a appelé, aujourd'hui, au retour au calme dans la région. "En application de la loi internationale, faites taire les canons et écoutez la voix de la raison", a-t-il supplié, lors de son sermon du dimanche depuis le balcon donnant sur la place Saint-Pierre. Il a appelé à "un cessez-le-feu immédiat et à un retour au sens de l'humain".
D'autres représailles israéliennes étaient attendues, après que le Premier ministre Ariel Sharon ait rencontré cette nuit ses conseillers ès-sécurité. M. Sharon a été élu il y a plus d'un an après qu'il ait promis paix et sécurité, mais sa popularité plonge, en un mouvement inverse avec la montée en puissance de la violence.
Alors que les ministres de gauche de son gouvernement l'exhortaient aujourd'hui à activer l'action diplomatique, ceux de droite le poussaient à réoccuper de grandes étendues des territoires palestiniens.
"Il n'y aura pas de sanctuaire, pas de refuge sûr, pour quiconque sera impliqué dans le terrorisme", a averti Raanan Gissin, porte-parole de M. Sharon. Mais il a ajouté : "en dépit des appels lancés du côté de la droite, ce gouvernement agit avec sang-froid, et il ne sera pas entraîné à l'aventure par les extrêmes."
Les Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa, groupe affilié à la faction du Fatah de Yasser Arafat, ont revendiqué la responsabilité des tirs, comme elles l'avaient fait pour l'attentat-suicide de samedi soir. Au cours d'une interview réalisée à Balata, la semaine dernière, un membre éminent de ce groupe, Nasser Badawi, a déclaré que les brigades avaient adopté une stratégie consistant à attaquer les barrages militaires.
"C'est notre nouveau mot-d'ordre désormais : mettez un terme au siège et levez les contrôles", a-t-il déclaré, ajoutant non sans fierté qu'en raison de l'intensification des attaques, "les soldats israéliens vivent dans un état de véritable hystérie."
Le barrage attaqué aujourd'hui est situé à l'entrée méridionale d'une vallée étroite, dont le paysage, parmi les plus remarquables de Cisjordanie, est d'une beauté à couper le souffle. Les collines douces, de chaque côté, sont rayées de terrasses soutenues par des murets en tuf doré dont la construction se perd dans la nuit des temps, terrasses ombragées par des oliviers et égayées, depuis quelques jours, par une explosion printanière de fleurs multicolores.
Cette vallée est depuis fort longtemps un endroit dangereux. En arabe, son nom signifie "vallée des bandits" et le fortin (attaqué) est connu comme le "barrage de la police britannique". En effet, pour protéger les voyageurs contre les bandits de grand chemin, les Britanniques avaient établi un poste ici, à l'époque du mandat, m'ont expliqué des soldats israéliens.
Le barrage israélien a été établi dans les premiers mois de l'intifada II, après qu'un colon et deux soldats eurent été tués dans une jeep par des tirs, non loin de là.
Il s'agit d'un point vulnérable, en contre-bas de collines élevées, avec un angle mort à l'approche d'un tournant, situé plus au nord.
Les barrages étant de plus en plus susceptibles d'être attaqués, les soldats semblaient, ici, encore plus sur leurs gardes qu'habituellement. Ils arrêtaient les voitures à une distance d'au moins cent mètres de là, puis ils les faisaient avancer au pas, tout en gardant leurs flingues pointées sur elles durant cette opération et même après qu'elles aient franchi le barrage proprement dit.
Aujourd'hui, c'était uniquement des réservistes qui servaient ce barrage. A 6 h 40 environ, ce matin, le franc-tireur a ouvert le feu depuis une distance d'environ deux cents mètres. Il se tenait à mi-hauteur de la colline située à l'ouest de la vallée, a indiqué un porte-parole de l'armée. Les déflagrations des coups de fusil s'étant répandus en de multiples échos dans les collines, les soldats n'ont pas réussi à déterminer d'où les tirs provenaient.
Faisant des cartons comme au casse-pipe d'une fête foraine, systématiquement, le sniper les a descendus un par un, a indiqué le porte-parole, atteignant chacun d'entre eux à la tête ou à la base du cou ; en tous les cas - au-dessus de leur gilet pare-balle.
"La confiance en soi (du gars) était palpable", a déclaré à la radio israélienne Rani Saguy, un colon arrivé en voiture au barrage en plein carnage. Le franc-tireur (n'utilisait pas une mitraillette et) tirait coup après coup, a-t-il indiqué, le tout se déroulant "en une série horrifiante et interminable de tirs, qui se sont poursuivis de vingt-cinq minutes à une demi-heure".
Il a tué trois soldats en faction à leur poste, à l'extérieur, puis il a "allumé" certains des réservistes en permission qui étaient sortis d'un bâtiment voisin. Comme des colons arrivaient au barrage à bord de leurs voitures, en route pour leur travail, il les a abattus. Il a ensuite visé des hommes venus en renfort, tuant un officier. Au total, il a tué dix personnes, en blessant trois autres, a indiqué l'armée.
Hezi Tzuri, un médecin arrivé sur les lieux durant le combat, a déclaré qu'il n'avait pu porter secours aux blessés immédiatement, mais qu'il avait armé son fusil et rejoint la bataille. "Lorsque les choses se sont un peu calmées, nous nous sommes occupés des corps gisant à terre ; il pouvait s'agir de blessés encore en vie" a déclaré le médecin. "Mais, pour la plupart d'entre eux, il n'y avait plus rien à faire".
Au bout de cette interminable demi-heure, le tireur laissa tomber son fusil et prit la fuite. Le porte-parole de l'armée a suggéré qu'il aurait pu être blessé ou que son arme aurait pu être atteinte par un projectile israélien.
Après l'attaque, derrière les blocs de ciment et les sacs de sable protégeant la casemate des soldats, on voyait encore une mitrailleuse armée installée, cinq grenades et quatre grenades équipant des propulseurs de couleur jaune. Cet arsenal s'était avéré de peu de secours.
Des soldats passaient au peigne fin les collines avoisinantes. Un officier de sécurité émergea des taillis, portant dans ses mains un fusil qui semblait avoir une crosse en bois. Cette arme était ensuite examinée de près par plusieurs soldats.
Une porte-parole de l'armée a indiqué ce soir que l'arme utilisée par le franc-tireur était une antiquité. Les médias israéliens ont même indiqué qu'il était rafistolé, et que la crosse, fendue, tenait grâce à des vieux clous.
Mais, relevant la précision mortelle du tireur, M. Gissin, porte-parole de M. Sharon, a déclaré que cette attaque était "l'oeuvre d'un professionnel - ce n'était pas un gamin avec une pétoire". Il a accusé l'Autorité palestinienne de M. Arafat d'encourager, voire de commanditer, ce genre d'attaques.
Le dirigeant suprême du Fatah pour la Cisjordanie, Marwan Barghouthi, a fait part de son appréciation pour cette opération.
Shlomo Gazit, un major-général de l'armée israélienne en retraite, analyste militaire, a fait part de son opinion selon laquelle il faut plus que de la détermination ou de la pratique pour mener à bien une attaque aussi meurtrière que celle d'aujourd'hui. "C'est aussi une question de bol", a-t-il expliqué. "Parfois nos soldats ont du succès, parfois ils échouent."
Samedi, des officiers israéliens s'étaient vantés du fait que, selon eux, les raids contre des camps de réfugiés surpeuplés prouvaient aux Palestiniens que les forces israéliennes pouvaient arriver où elles le désiraient dans le territoire qu'ils contrôlent.
Même avant la tuerie de ce jour, plusieurs commentateurs israéliens avaient déclaré que l'attentat à la bombe (palestinien) de samedi soir (à Jérusalem) renvoyait ce même message dans la tronche des Israéliens. "Le 'cycle du sang' tourne sur lui-même comme une roue libre dévalant la vallée de la mort", avait écrit Hemi Shelev dans le quotidien Ma'ariv, dans un éditorial où il notait qu'à en croire la Bible, l'enfer se situerait dans la région de Jérusalem.
Mais M. Gissin a rejeté l'idée selon laquelle les raids contre les camps de réfugiés aient quoi que ce fût à voir avec les attaques des Palestiniens. "L'entrée (de "Tsahal") dans les camps de réfugiés n'est pas la cause", a-t-il conclu. "C'est la conséquence" (!)
                           
18. Le FBI cerne un terroriste au charbon : le suspect numéro 1 est un sioniste patenté par Hector Carreon
in La Voz de Aztlan (quotidien américain) du mardi 26 février 2002
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
Los Angeles, Californie - Le Dr. Philip M. Zack, microbiologiste, juif, pourrait bien être à l'origine des lettres mortelles contaminées au moyen de bactéries du charbon et qui avaient été envoyées à Tom Brokaw, de la chaîne de télévision NBC, au Sénateur Tom Daschle ainsi qu'à d'autres personnes, indique le FBI. Une enquête dont l'avancée est particulièrement rapide et instructive, menée par le Bureau Fédéral d'Investigation (américain) a permis de découvrir que ce Juif "particulièrement haineux à l'encontre des Arabes" est l'instigateur d'un complot qui lui aurait permis de mettre en cause un de ses collègues d'origine égyptienne et travaillant, comme le Dr. Zack lui-même, à l'Institut Militaire de Recherches sur les Maladies Infectieuses situé à Fort Detrick, dans l'Etat du Maryland.
La Voz de Aztlan (notre journal) a affirmé depuis le début que les lettres contaminées à l'"anthrax" (dénomination du charbon aux Etats-Unis) étaient de grossières provocations. Elles étaient écrites de façon à laisser entendre qu'elles avaient été expédiées par des gens appartenant au monde musulman, d'une manière ou d'une autre. L'information qui vient d'être rendue publique par le FBI confirme la véridicité de nos soupçons. Le 9 octobre 2001, nous avons publié un article intitulé "Les terroristes à l'anthrax pourraient être des sionistes", article dans lequel nous soulignions les raisons motivant nos suspicions. De plus, nous faisions état d'une lettre contenant une poudre jaunâtre, que nous avions reçue à la rédaction. Le 24 octobre, nous avons publié un éditorial sous le titre : "Les messages des lettres contaminées à l'anthrax semblent fallacieux", éditorial dans lequel nous avons développé notre hypothèse en ce qui concerne l'origine de ces lettres. Nous avons publié, également, des photographies de trois lettres effectivement contaminées, ainsi que de leurs enveloppes. Nous avons comparé l'écriture manuscrite figurant sur ces lettres à l'écriture d'une lettre que nous avions reçue nous-mêmes : la ressemblance est frappante.
Nous ne sommes pas graphologues et nous avons décidé de publier un fac-simile de l'enveloppe que nous avons reçue et de la lettre qu'elle contenait, afin que nos lecteurs puissent se faire une idée par eux-mêmes. Le commissariat de notre arrondissement n'a jamais dénié venir prendre en charge cette enveloppe suspecte et nous conservons ce courrier contaminé dans un double sac en plastique fermé par une fermeture "zip" (sorte de fermeture "éclair"). Les photos de cette lettre, ainsi que de son enveloppe, sont visibles sur le site internet : http://www.aztlan.net/letterbiochem.htm.
L'enquête diligentée contre le Dr. Philip M. Zach a commencé à porter quelques fruits lorsque le scientifique Dr. Ayaad Assaad, né en Egypte et naturalisé américain, a été convoqué au FBI pour un entretien, le 2 octobre dernier. Le FBI avait reçu une lettre anonyme accusant faussement le Dr. Assaad d'avoir expédié les lettres contaminées au bacille du charbon. Cette lettre anonyme affirmait, entre autres : "Le Dr. Assaad est un terroriste-biologique en puissance" ; et : "J'ai travaillé avec le Dr. Assaad et je l'ai entendu dire qu'il avait une dent contre le gouvernement américain et que si quelque chose de fâcheux devait lui arriver, il avait ordonné à ses fils de reprendre le flambeau." Rosemary A. McDermott, avocate du Dr. Assaad, a fait état d'un lien très clair entre l'expéditeur de cette lettre anonyme diffamatoire et celui des lettres contaminées. Mme McDermott a indiqué : "la personne qui a écrit cette lettre (anonyme) connaissait intimement certains détails sur la vie privée et la carrière professionnelle de mon client, ainsi que sur l'opération de Fort Detrick. Je ne pense pas qu'il puisse s'agir d'une simple coïncidence." Le laboratoire de recherche en biochimie de Fort Detrick détient des stocks de souches du Bacillus Anthracis modifiées à des fins militaires, connues sous l'appellation de souches "Ames".
La lettre anonyme accusant faussement le Dr. Assaad a été envoyée peu après les attentats terroristes du 11 septembre, mais AVANT que quiconque ait jamais entendu parler des lettres contaminées au bacille du charbon... Le 5 octobre, soit dix jours après l'expédition de la lettre anonyme, M. Robert Stevens, Editeur-photo du quotidien The Sun of Florida, fut la première victime de la contamination criminelle à l'anthrax (premier d'une série de cinq personnes décédées).
Les attaques racistes extrémistes dirigées contre le Dr. Ayaad Assaad par le sioniste Philip Zack et d'autres harceleurs avaient commencé alors que le premier travaillait au laboratoire d'armes biochimiques de l'armée américaine, à Fort Detrick (Maryland), dans les années 1990.
C'est alors qu'une machination raciste particulièrement perverse avait été lancée contre le scientifique d'origine arabe. Un groupe de ses collègues, à l'instigation du Lieutenant-Colonel Philip Zack, entreprirent une campagne de harcèlement contre le Dr. Assaad, dont l'objectif était d'obtenir son renvoi. Les sionistes voulaient apparemment se débarrasser de toute personne susceptible de dévoiler leurs plans sinistres, consistant à voler des "souches d'anthrax modifiées" (à des fins militaires) ainsi que d'autres virus létaux, utilisés dans l'armement biologique. Les conspirateurs bénéficiaient du soutien du chef de laboratoire de l'époque. Entre autres choses, les extrémistes avaient composé un poème obscène, qu'il faisaient circuler, dans lequel ils dénigraient les Américains d'origine arabe. Ils exhibaient un chameau en caoutchouc obscène et se moquaient constamment de la façon dont le Dr. Assaad parlait l'anglais. Le poème impudique s'en prenait nommément au Dr. Assaad, et faisait allusion au chameau en caoutchouc que les conspirateurs faisaient circuler. Ce dernier était équipé de toutes sortes de colifichets à connotation sexuelle. Le poème disait, entre autre : "En l'honneur du Dr. Assaad, nous avons créé cette bête ; elle représente une forme de vie inférieure aux levures" (forme élémentaire de la vie cellulaire, ndt). Les extrémistes notaient que le chameau en caoutchouc serait prêté chaque semaine à "celui qui en faisait le moins".
Il semble que les conspirateurs aient réussi à créer une ambiance de travail insupportable à dessein, à fin de prendre le contrôle du laboratoire. Celui-ci devint très désorganisé et hostile pour les rares "authentiques" scientifiques qui y travaillaient, dont le Dr. Assaad. Celui-ci a déclaré : "cette personne savait d'avance ce qui allait finir par se passer. C'est pourquoi elle s'est ingéniée à trouver un bouc-émissaire idéal pour cette opération. C'était clair comme "deux et deux font quatre". Nul besoin d'avoir le prix Nobel pour le comprendre." Le Dr. Assaad a indiqué qu'il faisait des rapports réguliers sur ce harcèlement à son supérieur hiérarchique, le Colonel David R. Franz, mais que ce dernier "l'envoyait promener et lui claquait la porte de son bureau au nez : il ne voulait rien entendre au sujet de cette affaire..."
Le Dr. Assaad avait finalement été écarté de ses fonctions par le Colonel Franz, ainsi que deux autres scientifiques d'origine arabe.
Les preuves contre le raciste sioniste extrémiste Dr. Philip "Mengele" Zack sont accablantes. Des échantillons de laboratoire de spores du bacille du charbon, du virus de la fièvre Ebola, ainsi que d'autres germes pathogènes ont disparu de ce centre de recherche biomilitaire, au début des années 1990, soit exactement durant la période où le harcèlement des conspirateurs à l'encontre du Dr. Assaad battait son plein. En 1992, une enquête sur ces disparitions d'échantillons de germes pathogènes mortels établit que quelqu'un s'introduisait durant la nuit dans le laboratoire afin d'y mener des recherches non autorisées sur le bacille du charbon. Un listing informatique avait été déposé sur un appareillage du laboratoire afin de dissimuler des installations d'expériences faites par le chercheur-mystère. Une scientifique du laboratoire, le Dr. Mary Beth Downs, a déclaré aux enquêteurs qu'elle avait découvert à plusieurs reprises, durant l'année 1992, que quelqu'un s'était trouvé dans le labo à des heures indues et avait utilisé le microscope électronique à des fins de recherche clandestine. Le Dr. Down a fait état dans un rapport du fait que la (ou les) personne(s) utilisant le microscope électronique en question soit "étai(en)t très pressée(s), soit ne savai(en)t pas ce qu'elle(s) faisai(en)t". Certaines pièces du dossier de cette enquête montrent qu'une personne non-autorisée, surprise à pénétrer nuitamment dans le laboratoire, était nul autre que le Lieutenant Colonel Philip Zack, qui ne travaillait plus, à l'époque, au laboratoire de Fort Detrick. Une caméra de surveillance a enregistré la photo du Lieutenant Colonel Zack, alors qu'il descendait de la voiture d'un autre comploteur, le Dr. Marian Rippy, le 23 janvier 1992, à 20h40. Le Dr. Philip M. Zack n'a pas (encore) été arrêté, à ce jour...