"Je pense qu'Arafat conduit son peuple à un holocauste." Benyamin Ben Eliezer, le ministre israélien de la défense prophétisant, mais en se gardant de préciser qui assurera l'exécution de l'holocauste auquel il fait allusion !
in Ha'Aretz (quotidien israélien) du vendredi 17 août 2001
                 
      
Point d'information Palestine > N°165 du 28/08/2001

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Au sommaire
        
Réseau
1. Comment jeter les bases de l'édifice de la violence par Israël Shamir [traduit de l'anglais par Annie Coussemant]
2. Récits d'horreur de Naplouse par The Palestine Media Center - http://www.palestine-pmc.com [traduit de l'anglais par Giorgio Basile]
3. Une gifle par Uri Avnery (18 août 2001) [traduit de l'anglais par  R. Massuard et S. de Wangen]
                            
Revue de presse
1. L'armée israélienne annonce l'occupation de positions à Beit Jala Dépêche de l'Agence France Presse du mardi 28 août 2001, 2h35
2. Israël frappe l'OLP à la tête par Alexandra Schwartzbrod in Libération du mardi 28 août 2001
3. Eliminer les responsables, à défaut des coupables par Didier François in Libération du mardi 28 août 2001
4. Six Israéliens tués au cours de différentes opérations palestiniennes, dont trois soldats de la base militaire de Gaza par Clyde Haberman in The New York Times (quotidien américain) du dimanche 26 août 2001 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
5. Faire revivre Hébron, ville fantôme par Catherine Bédarida in Le Monde du dimanche 26 août 2001
6. Exposition-mémorial pour les morts de l'Intifada par Catherine Bédarida in Le Monde du samedi 25 août 2001
7. Mahmoud Darwich, un poète rentre d'exil par Catherine Bédarida in Le Monde du vendredi 24 août 2001
8. La Palestine se sent lâchée - Entretien avec Leïla Shahid réalisé par Christian Troubé in La Vie du jeudi 23 août 2001
9. Concerts de musique classique sous état de siège par Catherine Bédarida in Le Monde du jeudi 23 août 2001
10. Un lieu pour rassembler la mémoire palestinienne par Catherine Bédarida in Le Monde du mercredi 22 août 2001
11. Oui à la paix mais non à la résignation face à l'injustice - Mohamad Bassiouni, ancien ambassadeur d'Egypte en Israël et membre du Conseil consultatif, commente la situation actuelle et explicite les récentes prises de position égyptiennes propos recueillis par Randa Achmawi in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 22 août 2001
12. Il faut un intermédiaire pour clarifier les positions - Paul Ponjaert, ambassadeur de Belgique au Caire, affirme qu'il n'y aura pas de résultat positif au Proche-Orient sans coordination Europe - Etats-Unis propos recueillis par Randa Achmawi in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 22 août 2001
13. Rashid Masharaoui filme sous les bombes par Catherine Bédarida in Le Monde du mardi 21 août 2001
14. L'angoisse et la paix par Robert Badinter in Le Monde du mardi 21 août 2001
15. Réponse à Badinter - Ni intention, ni culpabilité pour l'Etat israélien ! par Bernard Cornut "Jamais plus 2 poids et 2 mesures"
16. Hébron, machine à fabriquer la haine par Pierre Barbancey in L'Humanité du mardi 21 août 2001
17. Contre les attentats suicide, enterrer les kamikazes dans des peaux de porc ? par Serge Dumont in Le Soir (quotidien belge) du lundi 20 août 2001
18. La paix au Proche-Orient réclamée comme rançon pour un Chagall volé Dépêche de l'Agence France Presse du lundi 20 août 2001, 16h21
19. Point sensible par Roland Bechmann (Camaret, Finistère) publié dans la rubrique courrier des lecteurs du quotidien Le Monde du dimanche 19 août 2001
20. Émergence de récits de torture par les Israéliens - Des groupes des droits de l'homme recensent de fréquents abus policiers contre les Palestiniens par Lee Hockstader in The Washington Post (quotidien américain) du samedi 18 août 2001 [traduit de l'anglais par Laurent Cimasoni]
21. Arabes-bourses : Le marché palestinien poursuit sa dégringolade, Doha progresse Dépêche de l'Agence France Presse du samedi 18 août 2001, 15h05
22. Rudes préparatifs pour la conférence de Durban : L'antiracisme piégé par le sionisme et l'esclavage par Christophe Ayad in Libération du vendredi 17 août 2001
23. Propos entendus in Ha'Aretz (quotidien israélien) du vendredi 17 août 2001 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
24. Les exportations vers l'Union européenne chutent de 17 %, le commerce avec la Jordanie double par Moti Bassok in Ha'Aretz (quotidien israélien) du jeudi, le 16 août 2001 [traduit de l'anglais par Monique Barillot]
25. Sharon tente de dissimuler son échec politique en abusant du cliché du "terrorisme" par Robert Fisk in The Independent (quotidien britanique) du dimanche 12 août 2001 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
26. L'intifada a contribué à affaiblir l'économie israélienne - Déclin économique, taux de croissance au-dessous des niveaux escomptés, plus longue récession jamais traversée par l'économie israélienne par Amjad Al-Tamimi in Al-Quds Al-Arabi (quotidien arabe publié en Grande Bretagne) du jeudi 9 août 2001 [traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
                                           
Réseau

                         
1. Comment jeter les bases de l'édifice de la violence par Israël Shamir
[traduit de l'anglais par Annie Coussemant]

Alors que les F-16 ont repris leurs bombardements des villes de Palestine et que de jeunes hommes ont recommencé à sacrifier leur vie et celle des autres, dans un article du New York Times, Martin Indyk proclame que " la violence empire "[i]. Tels un choeur de la Grèce antique, la BBC et CNN font écho à Indyk dans leurs reportages sur la " violence en Palestine ". Pour sa part, la Maison Blanche renouvelle son plaidoyer en faveur de " l'arrêt du cycle de violence ". Cette " violence " sans visage et sans raison devrait probablement s'écrire avec une majuscule à l'instar de la " Colère " des premiers vers de l'Iliade. Épopée éternelle, l'Iliade débute par un chant appelant à célébrer la Colère d'Achille. Dans la bouche d'Homère, la Colère (ou la Fureur, la Guerre, l'Amour, ou l'Espérance) est la personnification d'un état. De nos jours, nous y verrions plutôt un Achille furieux ou un mari violent et non la Colère ou la Violence en soi. Sauf si le maltraitant est l'État d'Israël. Dans ce cas, nous en revenons à la notion homérique de Violence, en tant qu'être indépendant, et non action imputable à l'Homme. D'ailleurs, certains débattent avec sérieux des moyens de " traiter " la violence pour qu'advienne la Paix.
Dans la réalité de tous les jours, la Violence n'est pas comme le climat. Elle est provoquée par quelqu'un et nous sommes généralement en mesure de déterminer quelle est la nuée qui provoquera la pluie. A titre d'exemple, lorsque le processus " Mitchell " a été invoqué et que le contingent quotidien de morts a commencé à diminuer, les tenants de la suprématie juive ont rejoué la visite provocatrice de Sharon sur le Haram as-Sharif en posant la première pierre du troisième temple.
Juste après la provocation que constituait cette action, Israël a embrayé sur une série d'assassinats à Naplouse, Ramallah et ailleurs, en s'efforçant d'obtenir une réaction du même ordre de la part des Palestiniens. Apparemment, il s'agit d'un schéma pré-établi. En septembre dernier, après la visite de Sharon sur l'Esplanade des mosquées, la police israélienne des frontières a assassiné sept fidèles dans la mosquée de Jérusalem, ouvrant la voie à la deuxième Intifada. Les assassins à la solde de Sharon n'ont pas cessé de sévir jusqu'à ce qu'un candidat à l'attentat-suicide ait l'obligeance de réagir.
Il ne s'agit pas d'une coïncidence. Israël s'emploie à faire en sorte que le soulèvement palestinien se poursuive. Il ne veut pas la paix mais un conflit de faible intensité. Une guerre avec les Palestiniens permet à ses dirigeants de maintenir soudées les communautés hétérogènes qu'ils représentent et de les empêcher de se sauter mutuellement à la gorge. Plus important encore, la guerre permet aux dirigeants des collectivités juives du monde entier de poursuivre leur tâche ardue qui consiste à revitaliser la " Juiverie mondiale ", concept plus que dépassé puisqu'il remonte au Moyen Âge. C'est la raison pour laquelle s'élever contre la " Violence " ou en faveur de la " Paix " n'a aucun sens. Aussi longtemps que l'État convaincu de la suprématie juive existera, celui-ci veillera à maintenir la violence et à éviter la paix.
Les récents assassinats avaient également pour objet de dissimuler la provocation de la pose de la première pierre sous un amoncellement de cadavres. La signification de cette obscure cérémonie a été encore plus embrouillée par les grands médias, toutes les mentions de cet événement s'étant mystérieusement évaporées. Ainsi, par exemple, le 3 août 2001, l'agence Reuter rapporte que " la police israélienne a pris d'assaut le Mont du Temple, révéré par les musulmans sous le nom de al Haram as-Sharif, après que des Palestiniens ont jeté des pierres contre des juifs en prière au-dessous, devant le mur occidental " (NdT : Mur des lamentations).
Pourquoi, tout d'un coup, les Palestiniens ont-ils commencé à caillasser des juifs ? L'histoire de la pose de la première pierre a été passée sous silence et, pour l'Américain ou l'Européen moyen, seule subsiste l'impression que, par pur dépit, des " sauvages " musulmans ont pris à partie des juifs pacifiques en train de prier. Sur ce plan-là, l'unanimité des médias anglophones a de quoi horrifier. La BBC qui, en d'autres temps, était plus objective que les réseaux de médias américains, a bouclé la boucle. Elle aussi a parlé des " soldats israéliens pénétrant dans les mosquées en réaction contre les lanceurs de pierres musulmans ", terminant son article sans mentionner la pose de la première pierre du troisième temple. Il semble, aujourd'hui, que la diffusion du documentaire de la BBC sur Sharon fut un acte de courage singulier qui n'est pas près de se reproduire.
Quant aux réseaux de médias américains, la couverture des événements qu'ils assurent n'a pas varié d'un iota. Ils vendent le point de vue israélien sans hésiter. C'est pourquoi nous allons nous re-pencher sur le détail des événements relatifs à l'étrange histoire, quasiment oubliée, de la pose de la première pierre. Rien à voir avec les provocations dues à l'Israélien moyen. Cette histoire nous remet en mémoire les incantations de magie noire de la Pulsa di Nura, formule cabalistique employée par le Premier ministre Yitzhak Rabin. En 1995, les médias israéliens avaient couvert un rassemblement de Kabbalistes importants qui invoquaient les esprits du Mal et les imploraient de mettre un terme à la vie du Premier ministre. Peu de temps après, Rabin fut assassiné par un fanatique juif religieux. L'un des organisateurs de la cérémonie de la Pulsa di Nura a été jugé par un tribunal israélien et condamné à la prison pour incitation au meurtre. Point n'est besoin de croire en la magie noire pour saisir la logique du juge.
Pour comprendre l'idée de la pose de cette première pierre, imaginez que vous vous réveillez dans votre maison de banlieue, un dimanche matin, par une belle journée, que vous prenez votre café puis que vous vous rendez à l'église de votre paroisse. Là, vous vous trouvez confronté à des troubles. Devant l'église, un groupe d'hommes, bien protégés par des soldats en arme et par la police, s'affairent à installer un immense panneau affichant : " En ce lieu, une synagogue sera érigée en 2001 ". En arrière-plan, les moteurs d'un bulldozer rugissent et vous entendez dans un haut-parleur la voix d'un rabbin en train de bénir la nouvelle synagogue. Dans un cas pareil, il est probable que vous vous sentiriez aussi hystérique qu'Arthur Accroc, héros du Guide du routard galactique. Remplacez votre église paroissiale par Saint-Pierre ou le Saint-Sépulcre et vous comprendrez les sentiments des habitants de Jérusalem.
Si les loyalistes du Mont du Temple, groupe ayant exécuté cette cérémonie de magie, sont très peu nombreux et auraient du mal à s'inscrire dans le courant principal, on ne peut pas en dire autant de l'instance qui leur a donné le feu vert. Passant outre les objections de la police, la Cour suprême, organe juridique juif le plus éminent, les a autorisés à perpétrer cet acte à une date propice, le 9e jour du mois de " Ab " selon le calendrier lunaire, avec toute la mystique que cela sous-entend. L'État juif a mobilisé toute sa puissance, dont des milliers de policiers et de militaires, pour permettre que cette cérémonie ait lieu. C'est ce qui nous autorise à comparer les agités du groupuscule loyaliste à l'extrémité fine et tranchante de l'instrument entre les mains d'un dentiste, qui l'enfonce trop profondément dans la dent pour vérifier si elle est bien dévitalisée.
Les résultats de ce douloureux examen ne laissent planer aucun doute. Apparemment, le nerf était toujours vivant et la mobilisation rapide des Palestiniens a contraint les juifs à modifier l'itinéraire de la procession loyaliste. La cérémonie a bien eu lieu mais en dehors de la Vieille Ville et un peu plus tôt que prévu. Elle n'a duré que quelques minutes, puis la pierre a été ramenée là où elle se trouve habituellement, dans l'ombre profondément protectrice du consulat des États-Unis. Le passage en force de cet instrument a provoqué une douleur aiguë ainsi que la réaction, parfaitement prévisible, des habitants de Jérusalem, suivi de l'assaut haineux de la police contre les fidèles présents à l'intérieur de la mosquée. Quelle est la cause de tous ces problèmes ? Pour quelle raison les enfants palestiniens n'ont-ils pas hésité à affronter la police des frontières, célèbre pour sa brutalité ? Pourquoi cette " première pierre " était-elle aussi importante ?
Nombre de juifs et de leurs alliés chrétiens pro-sionistes estiment que le joyau que constitue le Haram as-Sharif, les superbes mosquées de Jérusalem datant du VIIe siècle, devrait être détruit et que, sur ses ruines, il faudrait ériger un temple juif. Serait-ce une obligation et pourquoi ? Les explications avancées diffèrent. Certaines sont d'ordre historique, d'autres eschatologique. Ce n'est pas une question de justice historique, ni dans un but de prière étant donné que le Judaïsme traditionnel interdit toute interaction avec " le temple construit au Nom de Yahvé ". Certains juifs à tendance mystique estiment que cette action permettra à leurs coreligionnaires de dominer le monde de manière absolue et irréversible. Cette croyance n'est pas réservée à quelques farfelus ou cinglés, ni même aux seuls sionistes. C'est plutôt une conviction assez largement répandue.
En règle générale, les grands médias occidentaux présentent le conflit comme s'il s'agissait d'une opposition entre musulmans et juifs. Mais, vu par les juifs dont nous avons parlé, c'est un conflit opposant les juifs aux Gentils. Dans leur esprit, le Mont du Temple est un anneau de puissance magique, qu'ils devraient passer à leur doigt le moment venu. Comme dans Le Seigneur des anneaux de Tolkien (universitaire britannique de très grande culture), l'anneau devrait faire advenir le Messie. Pour les mystiques juifs, le Messie n'est pas celui des chrétiens. Dans leur Livre, il n'est pas le doux Jésus porteur d'un message à l'intention de l'humanité tout entière. Leur Messie à eux réduira les nations de la Terre en esclavage pour toujours, et fera du Peuple élu le maître de l'univers. Leur Messie, le Seigneur qui asservira les peuples de la Terre, est l'Antéchrist des prophéties.
Tandis que, sur notre compteur cosmique, les chiffres des millénaires passent de 2 à 3, des pensées d'Apocalypse font leur chemin dans la tête de gens par ailleurs sains d'esprit. Ce n'est pas la première fois qu'une poignée de juifs rêvent de domination du monde et du royaume éternel de l'Antéchrist. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, ils disposent d'armes nucléaires, d'avions et de navires de combat à la pointe de la technologie, d'une richesse immense, du soutien aveugle des États-Unis, de dizaines de millions d'esclaves chrétiens pro-sionistes qui leur sont tout dévoués, et d'un large réseau de médias internationaux bien dressés et dociles.
Ceci dépasse la simple question de mystique. Il y a dix ans, Nahum Barnea, journaliste israélien de premier plan, écrivait dans Yediot Aharonot : " Pendant des décennies, les juifs ont fait tout leur possible pour réfuter le mythe (de la domination du monde par les juifs et de l'asservissement des Gentils), en le qualifiant de manifestation morbide de l'antisémitisme. Mais, de nos jours, on trouve même certains juifs pour y croire ". Feu Israel Shahak, intellectuel israélien, a formulé la remarque suivante : " le Likoud, parti au pouvoir (pour ne rien dire de l'extrême droite) croit véritablement à ce mythe ".
Haaretz, principal quotidien israélien, écrit que Sharon, comme Barak avant lui, s'en va en catimini consulter les sorciers de la Kabbale pour leur demander conseil. Tout ceci est dans l'air du temps : les écoles, les programmes et les magasins ont tissé leur toile sur l'ensemble de l'État juif. Aux termes du discours qu'ils tiennent, la Terre sainte s'est transformée en poubelle. Ce n'est pas une question de hasard. On attribue la Kabbale à Simeon B. Yohai, mystique du premier siècle, dont la maxime la plus connue dit ceci : " Écrasez la tête du maximum de serpents tout comme vous écraserez la tête d'un maximum de Gentils ".
Face à ce modèle archaïque de domination, de génocide et d'asservissement, il nous faut rappeler en quoi consistait la religion archaïque. Nombre d'Israéliens ont le sentiment de voir resurgir l'antique esprit de haine et de domination. Dans son supplément du week-end, le quotidien Haaretz publie une nouvelle qui raconte brièvement l'histoire d'un président des États-Unis qui, pour avoir essayé de désobéir aux ordres des Kabbalistes, aurait été déposé par ses subordonnés. " Les juifs ont vocation à régir le monde " prêchait le rabbin Leichtman, kabbaliste notoire, dans un long article publié dans Vesti, journal russo-israélien. En Israël, dans les forums de discussion sur l'Internet, on peut trouver des propos plus " durs ", notamment la citation d'un vieux poème de feu Uri Zvi Greenberg, poète hébreu appelant à l'extermination des Gentils. D'ailleurs, Greenberg ne s'est pas limité aux Palestiniens, à l'instar de Menachem Begin, ni même aux Arabes, à l'instar du rabbin Obadiah Joseph, autorité spirituelle suprême d'Israël. L'extermination d'Edom, nom de code traditionnel des Gentils, européens comme américains, semble une option envisageable dans l'esprit fiévreux des adeptes de la Kabbale.
Ce sentiment se répand au sein de la diaspora juive. A Atlanta, en plein coeur des Etats-Unis, un débat a récemment été organisé par le Centre de la communauté juive, en présence du Consul d'Israël, d'un homme d'affaires juif, d'un grand rabbin d'Atlanta ainsi que d'un chroniqueur du New York Times. A ce sujet, un observateur a écrit : " j'ai été particulièrement frappé par les remarques du rabbin. Tout en se proclamant anti-sioniste, il a déclaré (en témoigne la cassette d'enregistrement) que, selon son interprétation, le motif ultime de la création d'Israël est de maîtriser le pouvoir et la richesse du monde. A terme, les juifs renverseront les gouvernements des autres pays et se verront affecter à des postes de dirigeants du monde ". Pour ce rabbin, " ceci devrait se vérifier dans les années à venir ".
A l'autre bout du monde, en Russie, un disciple juif du mouvement ultra nationaliste de Jabotinsky auquel appartient Sharon, (Eliezer Dacevich-Voronel qui se décrit lui-même comme professeur d'université juive), a composé un poème qui dit à peu près ceci : "Nous, les Élus, sommes unis par la haine que nous éprouvons à l'égard des tribus d'esclaves qui se sont soulevées, ont reversé nos ancêtres et rejeté notre Dieu. Une fois qu'elles ont su où était leur place dans le monde, elles ont compris que le goret doit demeurer dans sa porcherie ". " Vous vous êtes révoltés et nous avez contraints à vous servir mais, désormais, votre fin est proche. Nous sommes vos maîtres et vous êtes nos esclaves. C'est là le dessein de Dieu. Bientôt, notre soleil se lèvera de nouveau et les esclaves n'oseront pas lever les yeux vers lui. C'est alors que le Seigneur de mon Peuple apparaîtra dans les cieux tandis que nous, les milliers de milliers (qui ne sont d'ailleurs que 144 000) d'Élus siégerons dans le grand amphithéâtre et observerons les misérables cohortes d'âmes ramper vers leur paradis. Par la volonté de Dieu, nous appellerons cela " Auschwitz ".
Ces gens-là n'hésitent même pas à parler de la reconstitution génétique du Roi de l'Antéchrist. ll semble que Avi Ben Abraham, dissident renommé, soit l'instigateur de ce projet. Après quelques années passées en Californie, cet homme hors du commun vient de quitter le lieu où il travaillait à un projet de surgélation des morts, digne du feuilleton Star Trek, pour le compte de juifs extrêmement fortunés, afin de retourner en Israël. Plein aux as, il s'est fait construire un palace à Césarée, sur les rives de la Méditerranée, à quelque 50 km au nord de Tel-Aviv, et a pris contact avec le Dr Severino Antinori, spécialiste italien de la génétique. Dans un entretien accordé à Haaretz, Ben Abraham, qui a acquis son titre de docteur en médecine à l'âge de 18 ans, ce qui ne s'était jamais vu, a fait allusion à son projet. Ces jours derniers, ledit projet a fait l'objet d'une brève dans le quotidien New York Daily News, journal appartenant à Mortimer Zuckerman, milliardaire partisan de la suprématie juive qui coiffe la Conférence des organisations judéo-américaines.
Animés par un esprit de vengeance et de haine, certains sont prêts à s'emparer de l'anneau magique qui confère le pouvoir, le Mont du Temple, afin d'imposer et de perpétuer le règne de l'Antéchrist. Mais cela ne saurait se faire en exerçant la force et la brutalité ainsi que le prescrit la sagesse intégrée de Homah, interdit datant du Moyen Âge. Prématurée, le coup pourrait faire long feu. Un Loubavitch, pieux rabbin à la tête d'une communauté juive de Brooklyn avait été considéré par ses disciples comme un Messie en puissance. C'est pourquoi il ne s'est jamais rendu en Terre sainte. Il ne se sentait pas prêt pour l'épreuve de force. Pendant ce temps, les enfants de Palestine, frères de Faris Ode et neveux du Christ, tiennent ces religieux fanatiques à distance. Actuellement, Sharon et sa cohorte de croyants fous se font la main en s'emparant de la Maison d'Orient, propriété de la famille Husseini à Jérusalem. Si l'on laissent passer cet événement sans intervenir, considérant qu'il constituera un pas de plus pour qui veut s'approprier l'Anneau de puissance.
Eugene Zamyatin, écrivain russe porté sur l'introspection, a composé une nouvelle qui trouverait parfaitement sa place dans les Évangiles. C'est l'histoire d'un homme qui, ayant décidé de construire un temple, n'avait pas un sou vaillant. Il attaqua un commerçant sur la grand route, le tortura à mort, lui extorqua beaucoup d'argent et érigea le temple. Il invita l'évêque, de nombreux prêtres ainsi que des gens du commun mais, peu de temps après, tous ceux-ci quittèrent le temple car l'endroit puait l'assassinat. Nul ne saurait ériger un temple à l'endroit où le sang des innocents a coulé. Quoique plus âgé, un contemporain de Zamyatin, le " sioniste spirituel " Ahad HaAm, philosophe juif d'Odessa, a exprimé tout cela en termes simples mais de toute beauté : " si c'est cela le Messie, je ne souhaite pas qu'il advienne ".
                      
2. Récits d'horreur de Naplouse
par The Palestine Media Center -
http://www.palestine-pmc.com
[traduit de l'anglais par Giorgio Basile]
Lundi 13 août 2001 - Le 11 août, M. Jihad Abu Hilal, un agriculteur de 25 ans demeurant à Toubas, a dû attendre quatre heure durant sous un soleil de plomb à un check-point proche de la colonie illégale de Mihola. Quand vint son tour de passer, un soldat israélien a exigé qu'il se déshabille avant même d'approcher.
Mortifié et choqué, le fermier n'a pas eu d'autre choix que d'ôter ses vêtements, ne gardant que son slip. Il a raconté cette expérience éprouvante à des journalistes: «J'étais en route vers ma ferme afin d'y préparer la saison d'hiver. Des soldats ont arrêté ma voiture et demandé à chacun de nous de descendre.» Hilal raconte ensuite que les soldats lui ont demandé de se rapprocher du check-point tout en se déshabillant. «Le soldat a dit: "avant d'approcher, enlevez tous vos vêtements". Je me sentais comme si le monde tournait autour de moi, mais le soldat a de nouveau crié: "'déshabillez-vous, et pas d'hésitations. Vous devez enlever tous vos vêtements". J'étais complètement bouleversé.»
M. Hilal a expliqué que les soldats, après les avoir forcés à se déshabiller, lui et les autres passagers, se sont emparés des vêtements, et les ont mélangés avant de les lancer à près de deux cent mètres du check-point. Après une fouille corporelle approfondie et humiliante, les passagers ont dû partir à la recherche de leurs habits. Après ce supplice, Hilal a pu rejoindre sa ferme, près du village de Bardala au nord de la vallée du Jourdain.
Mais M. Hilal n'est pas l'unique Palestinien à avoir rapporté des faits aussi horrifiants.
Un étudiant universitaire qui a refusé d'être nommé a relaté une expérience dégradante similaire. Alors qu'il était en route vers la vallée du Jourdain pour rendre visite à sa famille, il a été pris en chasse par une jeep militaire. «Comme j'avais entendu parler de ce que les soldats faisaient subir à ceux qui franchissent les check-points, j'avais décidé d'emprunter des petites routes pour échapper à ces humiliations», a-t-il expliqué.
Distants de lui de plusieurs dizaines de mètres, les soldats ont ordonné à l'étudiant terrifié de se déshabiller, avant de procéder à une fouille corporelle.
Dans un incident similaire, Mohamed Yousef avait tenté de prendre par les bois pour rejoindre son village, Toubas. Dix kilomètres avant d'arriver à destination, il a entendu des cris, puis des balles ont crépité. «J'avais entendu le récit de ce que les habitants doivent subir aux check-points, et comme je ne voulais pas m'y exposer, j'avais pensé qu'en faisant un trajet beaucoup long, j'échapperais aux passages à tabac et aux humiliations. Je me suis trompé», a raconté Mohamed aux journalistes.
Après s'être arrêté, Mohamed s'est retrouvé face à cinq soldats israéliens qui l'ont agressé avant de lui ordonner de se déshabiller. Comme d'habitude, ce sont les mesures de sécurité qui servent de justification.
Au cours d'un autre incident, des soldats israéliens ont poursuivi en jeep un berger palestinien alors qu'il gardait son troupeau. Lorsqu'ils furent sur lui, ils se mirent à le battre avec une cruauté incroyable, le laissant pour mort.
Un autre berger, qui a tenté d'intervenir lorsque des soldats ont obligé des habitants de son village à se déshabiller au check-point, a raconté aux journalistes: «Ils m'ont forcé à abandonner mon troupeau et m'ont conduit vers une de leurs jeeps. Après m'avoir menacé d'une arme à feu et battu, ils m'ont obligé à répéter leurs ordres dans un haut-parleur, à l'adresse des habitants.»
Dans leur dernière tentative pour humilier des civils palestiniens et emplir leur coeur d'amertume, les soldats israéliens ont imaginé, dans tout le district de Naplouse, de nouvelles façons de transformer leur vie quotidienne en enfer. À la suite de quoi, les habitants du district n'ont d'autre ressource que de parcourir des kilomètres supplémentaires pour éviter les check-points militaires israéliens et leur cortège d'humiliations. Mais emprunter les routes de montagne accidentées est souvent dangereux, et ne met pas toujours à l'abri des épreuves, comme l'ont bien souligné ces quelques récits, tous datés du 11 août. Et cependant, pour l'instant, cela reste leur seul chance de pouvoir espérer échapper à une expérience inoubliable, dégradante et inhumaine.
                   
3. Une gifle par Uri Avnery (18 août 2001)
[traduit de l'anglais par  R. Massuard et S. de Wangen]

Un homme d'âge moyen s'approche du point de contrôle de l'armée. Trois soldats qui s'ennuient le regardent. L'un, probablement le responsable, qui se trouvait à deux ou trois mètres, s'approche de lui et le gifle.
Quelques heures plus tard, cette scène est montrée à la télévision en Israël et dans tous les pays arabes. Il se trouve que l'homme frappé était un reporter de la télévision égyptienne qui se rendait à une conférence de presse.
Le MFID (Menteur des Forces Israéliennes de Défense, un officier anonyme chargé d'inventer des prétextes aux fautes de l'armée) a donné la réponse habituelle: l'homme avait provoqué et insulté les soldats. Le soldat a reçu une espèce de sanction avec sursis, probablement pour avoir donné la gifle devant une caméra. On peut supposer qu'il aura vite de l'avancement.
Qu'y a-t-il de si particulier dans cet incident? Seulement la présence d'une équipe de télévision étrangère, et le culot incroyable du soldat qui s'est conduit de cette façon sans d'abord s'assurer qu'aucune caméra n'était présente. À part cela, c'était un incident banal. Des choses comme cela - et même pires - se produisent quotidiennement à des dizaines de points de contrôle sur tous les Territoires occupés. Harcèlement routinier, «afin de tromper l'ennui» comme l'a récemment expliqué un soldat à propos d'un autre incident.
Gifler. Frapper. Contraindre les gens à rester debout pendant des heures sous un soleil brûlant. Contraindre les gens à rester assis pendant des heures dans leur voiture au soleil avec les vitres fermées. Prendre les clés de voiture ou les cartes d'identité. Crever les pneus. Retenir des femmes près d'accoucher qui se rendent à l'hôpital. Retenir des enfants cancéreux qui vont se faire soigner. Retenir des insuffisants rénaux qui se rendent à la dialyse. Voler de l'argent et des bijoux. Alors qu'y a-t-il de si particulier dans le fait de gifler un journaliste égyptien? Après tout, un Arabe est un Arabe.
Néanmoins, il est utile d'examiner cet incident un peu plus en profondeur. Le soldat (sergent? lieutenant?) a dit ce qu'il a dit comme le font des milliers d'autres soldats à des points de contrôle permanents ou temporaires, parce qu'ils croient que cela est permis, voire souhaitable.
Si cela est vrai, la situation est grave. Si ce n'est pas vrai, alors la situation est encore pire.
Quand des milliers de soldats aux points de contrôle se conduisent ainsi depuis des années, il est clair que ceux qui les commandent ferment les yeux. Le responsable immédiat. Le chef de bataillon. Le chef de brigade. Le commandant. Le chef d'état-major. Le ministre de la Défense. Le Premier Ministre. Il suffirait qu'une seule de ces personnes donne un ordre sans équivoque pour que cette pratique cesse. Il suffirait que le chef d'état-major déplace un chef de brigade sous le commandement duquel l'incident s'est produit. Ou qu'un chef de brigade déplace un chef de bataillon. Ou que le chef de bataillon limoge un capitaine de compagnie. Et évidemment, il suffirait d'envoyer un soldat en prison pour 28 jours (la sanction habituellement appliquée aux soldats refusant de servir dans les Territoires occupés) pour que la pratique cesse sur le champ.
Si ce n'est pas fait, on ne peut que tenir pour responsable l'ensemble de la hiérarchie - du soldat harceleur au point de contrôle jusqu'au chef d'état-major. Cela signifie que le harcèlement est une politique. Une politique destinée à casser le moral des gens, à faire de leur vie un enfer et à les inciter à quitter le pays. Et également à apprendre aux soldats à traiter les autochtones comme des chiens.
Il y a une autre interprétation, et elle n'est pas moins grave: qu'une telle politique n'existe pas. C'est-à-dire que la discipline dans l'armée a disparu, que le commandement à tous les niveaux a perdu le contrôle. Ce n'est plus une armée mais une milice sans foi ni loi.
Cela n'est pas vraiment très surprenant. On ne peut pas utiliser une armée pendant des dizaines d'années comme une force de police coloniale répressive sans provoquer un relâchement de la discipline. On ne peut pas demander à un soldat de coller à la vérité dans ses rapports quand il entend tous les jours les rapports du sus-mentionné MFID («tué alors qu'il tentait de s'échapper», «tenté de déborder les soldats», «ont été obligés de tirer quand leur vie était en danger», «insulté les soldats», «tenté d'arracher le fusil des mains du soldat», et autres contre-vérités similaires. On ne peut pas attendre d'un soldat qui harcèle de vénérables vieillards et des femmes respectables dans les Territoires occupés qu'il se conduise comme un garçon bien élevé dans une discothèque de Haïfa ou qu'il traite correctement sa femme et ses enfants. On ne peut pas attendre d'un soldat qui, pendant des années, a été un héros face à des femmes et des enfants, qu'il soit un héros face à des tanks et de l'artillerie sur un vrai champ de bataille.
Chaque année, quand les généraux veulent soutirer plusieurs milliards aux fonds publics, ils nous disent que dorénavant, à tout moment une guerre majeure peut éclater - la Syrie, l'Irak, l'Iran, ensemble ou séparément, vont nous lancer des missiles remplis de bactéries ou de gaz empoisonnés - et que seule une armée israélienne forte et moderne nous sauvera. Cette même armée qui s'est entraînée pendant des années aux points de contrôle.
On a vu une autre image à la télévision l'autre jour: Micki Levi, commandant de la police de Jérusalem, a été vu se querellant avec une femme arabe. Soudain, il a frappé avec son poing. Cela avait l'air d'un coup puissant. Mais la caméra était placée derrière lui et ne pouvait pas capter où le poing a frappé. Sur son ventre? Sur sa poitrine? Ou a-t-il simplement manqué son objectif et frappé dans le vide?
Le MPI (Menteur de la Police Israélienne, jeune frère de son collègue de l'armée) a donné une explication stupide. Mais il n'y a pas de meilleur témoin que ses propres yeux. Le chef de district de la police, un officier ayant le grade de général, a utilisé son poing alors qu'il discutait avec une femme.
Il n'y a eu aucun tollé public. Ni dans les médias, ni à la Knesset, ni au gouvernement. Après tout, qui a envie de se disputer avec la police ?
                 
Revue de presse

                             
1. L'armée israélienne annonce l'occupation de positions à Beit Jala
Dépêche de l'Agence France Presse du mardi 28 août 2001, 2h35

BETHLEEM (Cisjordanie) - L'armée israélienne a annoncé avoir occupé dans la nuit de lundi à mardi des "positions dominantes" à Beit Jala, près de Bethléem, à la suite de tirs palestiniens, confirmant une incursion en cours.
"Nos forces ont occupé des positions dominantes à Beit Jala et vont maintenir une présence pour empêcher des tirs" a annoncé le porte parole de l'armée dans un communiqué.
"Nos forces vont opérer pour un temps limité afin d'atteindre leurs objectifs", a poursuivi le communiqué sans préciser quelle serait cette durée.
L'armée israélienne s'est engagée dans le communiqué, à "éviter soigneusement de porter atteinte à des civils innocents (palestiniens) ou des résidents étrangers ainsi qu'aux lieux saints" du secteur de Bethléem, la ville de naissance du Christ.
Des unités d'infanterie et de blindés opéraient dans la nuit de lundi à mardi deux incursions, l'une dans le secteur de Bethléem en Cisjordanie et l'autre dans le Sud de la bande de Gaza, a-t-on appris de sources sécuritaires palestiniennes.
Les échanges de tirs dans le secteur de Bethléem avaient commencé quelques heures après l'assassinat par Israël du chef du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) Abou Ali Moustapha et l'annonce par les Palestiniens de leur détermination à se venger.
Des parachutistes israéliens couverts par des chars et des blindés légers ont pénétré dans le village de Rahméh, situé dans le secteur orientale de la zone autonome de Bethléem après avoir détruit un barrage palestinien, ont rapporté des témoins.
Des hélicoptères israéliens survolaient la région alors que dans les camps de réfugiés de Bethléem des militants appelaient par haut-parleurs la population à résister par les armes à une avancée israélienne.
Les unités israéliennes ne semblent pas toutefois affronter une vive résistance, bien que des chars tirent de temps à autre.
Dans le sud de la bande de Gaza, quatre bulldozers israéliens protégés par des chars ont avancé d'une centaine de mètres dans la zone de Rafah, détruisant au moins trois maisons palestiniennes.
Cette seconde incursion a fait quatre blessés palestiniens dont une femme grièvement atteinte par des obus de chars, selon les mêmes sources.
La première attaque dont l'importance était difficile à évaluer est intervenue après des tirs palestiniens contre le quartier de colonisation de Gilo à partir de la zone autonome de Beit Jala-Bethléem qui ont blessé légèrement un Israélien.
L'armée israélienne avait déjà failli lancer une incursion de grande envergure contre la localité autonome de Beit Jala le 14 août à la suite de tirs intensifs contre Gilo, mais y avait renoncé au dernier moment.
Le Premier ministre israélien Ariel Sharon avait alors annoncé qu'Israël "ne tolèrerait plus un seul tir" contre Gilo.
Selon la radio publique israélienne, M. Sharon a réaffirmé lundi à des responsables qu'Israël ne "pourrait tolérer des tirs" contre Gilo.
Cette opération a été approuvée lors d'une consultaion téléphonique par une forte majorité des ministres, le ministre des affaires étrangères Shimon Peres étant l'un des rares à s'y opposer, selon la même source.
La seconde opération est intervenue après des attaques répétées contre des positions israéliennes près de la frontière avec l'Egypte, au cours desquelles 20 grenades ont été lancées lundi sur des militaires israéliens, selon une source militaire.
                    
2. Israël frappe l'OLP à la tête par Alexandra Schwartzbrod
in Libération du mardi 28 août 2001

Le chef du FPLP liquidé dans son bureau à Ramallah.
Jérusalem de notre correspondante
Alors que l'Intifada entre aujourd'hui dans son douzième mois, l'armée israélienne a, pour la première fois, assassiné hier un dirigeant politique palestinien de très haut niveau: Abou Ali Moustapha, chef du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine), l'une des trois composantes de l'OLP de Yasser Arafat. Sa liquidation suit une autre «première»: samedi, les Palestiniens avaient infiltré une position de Tsahal à Gaza.
Abou Ali Moustapha a été tué à Ramallah par des missiles ultraprécis, tirés à travers la fenêtre de son bureau, qui ne lui ont laissé aucune chance. Selon des proches, il avait reçu un coup de téléphone juste avant les tirs, apparemment pour vérifier qu'il se trouvait bien dans la pièce. Après avoir entendu deux fortes explosions, ses gardes du corps se sont précipités, découvrant le leader palestinien décapité sur sa chaise.
L'armée israélienne a aussitôt reconnu la paternité de cette opération dont elle s'est fait une spécialité: depuis novembre, une cinquantaine d'activistes palestiniens ont été tués de la sorte (lire page 7). Critiqué avec vigueur par la communauté internationale, le gouvernement Sharon s'est justifié, accusant le leader du FPLP d'être «l'instigateur de plus d'une demi-douzaine d'attentats à la voiture piégée». Yossi Sarid, leader du parti Meretz et chef de file de l'opposition de gauche, a, lui, dénoncé au contraire «cette liquidation d'un responsable politique palestinien», qui constitue «une dangereuse escalade».
Trois jours de deuil. Elu le 8 juillet 2000 à la tête du FPLP, Abou Ali Moustapha était, à 64 ans, l'une des grandes figures de la lutte palestinienne pour l'indépendance. Opposé aux négociations de paix comme tous ses camarades du Front du refus, il s'était toutefois installé à Ramallah en 1999, dans un geste d'apaisement vis-à-vis du Fatah de Yasser Arafat. L'Autorité palestinienne a dénoncé hier un «crime scandaleux», ouvrant la voie à une «guerre totale et sans limites». Preuve de l'importance du personnage, trois jours de deuil national ont été décrétés dans les territoires. L'aile militaire du FPLP a promis une riposte «rapide et douloureuse», et appelé les Arabes à «frapper les intérêts américains».
Dès hier, le mouvement revendiquait la mort d'un colon juif, tué par balles alors qu'il circulait près de Naplouse. «Tout citoyen et dirigeant israélien doit se considérer désormais comme une cible», a déclaré un responsable du FPLP à Gaza, où 25 000 Palestiniens se sont rassemblés pour crier vengeance. Et, hier soir, des tirs palestiniens contre le quartier de colonisation juive de Gilo, à Jérusalem-Est, ont déclenché une forte réaction de Tsahal, qui a répliqué sur Beit Jala par des tirs de mitrailleuses, d'armes automatiques et d'obus de char. Un civil israélien a été sérieusement blessé et un journaliste palestinien touché.
«Interceptions». Les «assassinats ciblés», que Tsahal préfère qualifier pudiquement d'«interceptions ciblées», sont devenus le principal moyen de lutte du gouvernement Sharon contre les Palestiniens. Soutenues par la population, qui voit là le moyen d'éliminer de dangereux «terroristes» en limitant les dommages collatéraux (l'assassinat par erreur de civils), ces actions sont également jugées compatibles avec les principes du judaïsme. Le vice-ministre israélien des Affaires étrangères, Michaël Melchior, a ainsi rappelé, hier, que, selon «la loi juive», «celui qui vient te tuer, devance-le et tue-le». La semaine dernière, un vice-ministre israélien avait même recommandé d'élargir ces assassinats ciblés à la famille du «terroriste», afin d'en augmenter le pouvoir de dissuasion.
«Grosse erreur». Pour l'Israélien Reuven Pedatzur, expert en questions militaires, l'assassinat d'Abou Ali Moustapha est «une grosse erreur». «Quand vous tuez un personnage de ce niveau, il n'y a plus de réelle différence avec Arafat. Il était peut-être derrière plusieurs attentats. Mais dans ce cas-là, Arafat est derrière la plupart des attaques menées contre Israël.» Pourquoi le gouvernement Sharon a-t-il décidé de franchir un nouveau palier? «C'est l'armée qui pousse. Le chef d'état-major, Shaul Mofaz, arrive à chaque réunion de sécurité avec, sous le bras, le plan d'une opération plus ambitieuse que la précédente», explique Reuven Pedatzur.
La semaine dernière, l'armée avait ouvertement critiqué l'hypothèse d'une rencontre Pérès-Arafat, estimant qu'elle pouvait être considérée par les Palestiniens comme un signe de faiblesse israélienne.
[Plus de cinquante assassinats ciblés - Plus d'une cinquantaine de membres d'organisations palestiniennes ont été victimes de la politique d'assassinats ciblés, enclenchée le 9 novembre 2000 avec la mort de Hussein Abayat, chef de la branche armée du Fatah pour le sud de la Cisjordanie, tué dans sa voiture par un missile tiré depuis un hélicoptère.
Le 3 décembre, Awad Silmi, l'un des chefs de la branche armée du mouvement islamiste Hamas, meurt dans une explosion.
Le 31 décembre, Sabet Sabet, haut responsable du Fatah et ministre de la Santé, est assassiné près de son domicile. Le 5 avril 2001, Iyad Hardane, présenté par Israël comme le commandant de la branche militaire du Jihad islamique dans le nord de la Cisjordanie, est tué dans un attentat à l'explosif. Le 31 juillet, Jamal Mansour et Jamal Salim, deux responsables politiques du Hamas, et quatre autres activistes sont tués lors d'une attaque d'hélicoptère à Naplouse.]

                       
3. Eliminer les responsables, à défaut des coupables par Didier François
in Libération du mardi 28 août 2001

Abou Ali Moustapha avait œuvré à l'unification des fractions palestiniennes.par DIDIER FRANÇOIS
L'ordre est venu du plus haut niveau. C'est après une réunion du cabinet de sécurité, présidée par le Premier ministre Ariel Sharon, que les hélicoptères ont attaqué le quartier général du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Et pour qu'aucun doute ne subsiste, l'armée israélienne a revendiqué la «liquidation» du secrétaire général, accusé dans un communiqué laconique de «continuer à se livrer à des activités terroristes». Jamais depuis le début des affrontements, en septembre, Tsahal n'avait exécuté un dirigeant politique d'un tel rang. Car, en dépit d'un lourd passé combattant, Abou Ali Moustapha n'avait plus, à 64 ans, la moindre fonction militaire au sein de son mouvement.
Inflexion de stratégie. En décidant son élimination, les stratèges israéliens semblent confirmer une inflexion de leur stratégie de représailles, entamée le 31 juillet par l'opération menée contre Jamal Mansour et Jamal Salim, deux chefs politiques du Hamas, ou l'embuscade du 4 août à Ramallah contre l'adjoint de Marwan Barghouti, le patron du Fatah en Cisjordanie, qui avait bien failli perdre la vie dans cette explosion. Figures publiques de la résistance palestinienne, ces personnalités n'avaient aucune activité armée, mais toutes encourageaient l'Intifada jusque dans ses formes les plus radicales. Face à la recrudescence des attentats, Israël paraît décidé à frapper les responsables, à défaut de punir les coupables.
De ce point de vue, Abou Ali Moustapha occupait un rôle important dans les structures complexes du soulèvement palestinien. Il a activement œuvré au rapprochement entre les courants dissidents prosyriens et le Fatah de Yasser Arafat, brouillés depuis le début du processus de paix, en 1993.
Pragmatisme. Principal représentant des franges laïques marxisantes au sein de l'Organisation de libération de la Palestine, le FPLP «suspend» sa participation aux instances de la centrale palestinienne en 1996, «en raison de la politique destructrice de la direction de l'OLP, qui a débouché sur la reconnaissance de l'entité ennemie et l'adoption des accords d'Oslo». Alors que les négociations trébuchent, à la suite des retards pris par les Israéliens dans le redéploiement de leurs troupes stationnées en zone palestinienne, Abou Ali Moustapha prône une attitude plus pragmatique. Les accords d'Oslo sont devenus «une réalité politique», reconnaît-il alors. Son objectif est de renouer avec les fractions les plus militantes du Fatah. Lors d'une réunion au Caire, en août 1999, le FPLP réintègre le giron de l'OLP pour défendre «les constantes palestiniennes», la création d'un Etat avec Jérusalem comme capitale, le démantèlement des colonies juives et le retour des réfugiés. Ce programme servira de base au «Commandement unifié du soulèvement national et islamiste», coordination de la révolte lorsque éclate, en septembre 2000, la seconde Intifada.
Engagement. Créé par Georges Habache en 1967, le FPLP s'était fait connaître en inventant le détournement d'avions. Et son nouveau patron, élu en juillet 2000, imposait le respect aux clandestins de toutes obédiences pour avoir dirigé le Commandement des opérations spéciales après la mort de Waddi Haddad, en 1978. En 1999, après dix-huit ans d'exil, Abou Ali Moustapha rentre en Cisjordanie pour restructurer son parti. Le Front se développe désormais dans une opposition loyale à Yasser Arafat, certains de ses cadres intégrant les services de sécurité de l'Autorité palestinienne. Un engagement fort utile, leurs origines dissidentes leur permettant de jouer les intermédiaires entre le Fatah et les mouvances islamistes.
             
4. Six Israéliens tués au cours de différentes opérations palestiniennes, dont trois soldats de la base militaire de Gaza par Clyde Haberman
in The New York Times (quotidien américain) du dimanche 26 août 2001
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

Israël a promptement et durement répliqué après que les Palestiniens aient tué six Israéliens samedi dernier, parmi lesquels trois soldats abattus dans la bande de Gaza au cours d'une des opérations les plus audacieuses et les plus meurtrières jamais effectuée contre une base de l'armée israélienne depuis le début du conflit, il y a onze mois.
Les trois autres victimes israéliennes sont un couple et un homme qui l'accompagnait, qui ont été tués par les Palestiniens, qui ont ouvert le feu sur eux alors qu'ils s'éloignaient en voiture de Givat Zeev, une colonie située en bordure de la Cisjordanie, sur une route qui est devenue une cible fréquente pour les tireurs (palestiniens) embusqués. Le frère de Mme Ben-Shalom, Zion Sabiri, avait été grièvement atteint par une balle à la tête. Les deux très jeunes enfants du couple, âgés d'un et de deux ans, ont été légèrement blessés.
Des avions F-16 de l'armée de l'air israélienne ont tiré deux missiles contre le QG de la police palestinienne à Gaza, cet après-midi, blessant trois policiers palestiniens et causant des dégâts très importants, ont indiqué des représentants officiels de la sécurité palestinienne.
Ces porte-parole ont rapporté que les avions ont également frappé un observatoire des services de renseignement militaire palestiniens à Deir al-Balah, au sud de Gaza. On n'a fait état d'aucune victime jusqu'à présent.
Un communiqué de l'armée israélienne a indiqué que les avions avaient atteint leur objectif, détruisant les locaux de la police palestinienne dans la ville de Gaza et d'autres services similaires de sécurité palestiniens à Deir al-Balah et à Salfit, un village situé au sud de Naplouse, en Cisjordanie.
Vendredi dernier, le ministre israélien de la défense, Binyamin Bel-Eliezer, avait averti qu'"il n'y aurait jamais une situation dans laquelle "ils" enverraient des terroristes ou continueraient à tirer, et où nous resterions tranquillement, les bras croisés, sans répondre".
Des tanks israéliens ont essuyé des tirs intenses de mitrailleuse des Palestiniens plus tôt dans la journée d'hier tandis qu'ils pénétraient profondément dans les territoires sous contrôle palestinien près de Rafah, à l'extrémité sud de la bande de Gaza. Un sergent de la police palestinienne a été tué et deux autres Palestiniens ont été blessés par les tirs israéliens, ont indiqué des officiels palestiniens.
Les Israéliens ont détruit un poste de commandement de la police et plusieurs points de contrôle de la sécurité (palestinienne) au moyen de bulldozers, avant de se retirer, tôt dans la matinée d'aujourd'hui.
Des avions de combat israéliens ont été entendus au-dessus de Ramallah, la plus grande ville de Cisjordanie la plus proche de l'endroit où le couple israélien est tombé dans une embuscade. Un groupe nommé Brigade des Martyrs d'Al-Aqsa, allié au mouvement Fath de Yasser Arafat, a revendiqué la responsabilité des tirs ayant entraîné les trois victimes (civiles).
L'attaque contre des soldats israéliens, à Gaza, a été, quant à elle, revendiquée par le FDLP (Front Démocratique pour la Libération de la Palestine), un groupe radical qui était largement en hibernation durant ces derniers événements et qui a eu souvent maille à partir avec M. Arafat. Mais des officiels israéliens, avertissant qu'il y allait y avoir des représailles, attribuent entièrement les violences de Samedi dernier à M. Arafat et à son Autorité palestinienne.
Comme l'a admis un commandant de l'armée israélienne, le raid palestinien contre une position militaire israélienne à Gaza, qui s'est produit juste avant l'aube, représente une opération audacieuse, menée avec des grenades à main et des fusils automatiques, et il a surpris certains des soldats israéliens dans leur sommeil.
En plus des trois morts, sept soldats ont été blessés. Deux des attaquants palestiniens ont été abattus, tandis qu'un troisième homme soupçonné de les avoir aidés est parvenu à prendre la fuite.
Le raid s'est produit près de Bedolah, qui fait partie d'un important bloc de colonies dans le sud de la bande de Gaza connu sous le nom de Gush Qatif. Bien que la bande de Gaza, surpeuplée, soit une zone autonome palestinienne depuis 1994, des parties très importantes de son territoire demeurent aux mains des Israéliens, l'armée israélienne contrôlant les carrefours stratégiques afin de protéger une population estimée à 6 000 (colons) israéliens vivant à Gush Qatif et dans des colonies plus isolées. Comme beaucoup de points de contrôle de l'armée israélienne dans la bande de Gaza, celui qui a fait l'objet d'une attaque palestinienne samedi dernier était situé à proximité d'une enclave israélienne.
Des heurts entre les soldats israéliens et les Gaziotes sont devenus chose courante au cours des onze mois écoulés. Mais des assauts tel celui de Samedi ne sont pas chose courante. Il a nettement créé une panique et porté atteinte au moral de l'armée israélienne.
"Cet incident reflète une nouvelle forme de témérité militaire que nous n'avions pas constatée jusque là", a déclaré le major général Doron Almog, commandant militaire pour le Sud d'Israël et Gaza.
Sans être détectés, les attaquants sont parvenus à pénétrer à travers des tranchées de protection, puis à travers le réseau de fil de fer barbelés qui entourait la base militaire israélienne, où ils ouvrirent le feu et lancèrent des grenades contre les soldats, presque à bout portant. Certains de ces derniers dormaient. Un major, Gil Oz (30 ans) et un sergent d'active, Yaakov Nir (21 ans), ont été tués dans l'opération. Un médecin dont l'identité n'a pas été révélée a été mortellement blessé alors qu'il tentait de porter secours au major Oz. A un moment donné, a indiqué le général Almog, ses hommes et les Palestiniens étaient engagés dans des combats singuliers.
Durant un échange de tir qui aurait duré environ dix minutes, un attaquant palestinien a été tué. L'autre a pu s'enfuir, mais il a été retrouvé plusieurs heures après : il se cachait dans des serres d'une colonie voisine, Atzmona, où il a été surpris et abattu. Les deux Palestiniens ont été identifiés comme étant Amin Abu Hatab (26 ans) et Hisham Abu Jamus (24 ans).
A en juger à ses observations ultérieures, le général Almog était fort mécontent des performances de ses troupes, particulièrement en raison du fait que les attaquants aient pu s'introduire à l'intérieur de la base sans que personne ne s'en rende compte. "Je ne saurais mettre l'incident sur le compte d'un hasard malheureux", a-t-il dit. "Toutefois, je tiens à dire que les résultats du combat ne sont pas ceux auxquels on devrait pouvoir s'attendre dans le cas d'un combat d'homme à homme".
Le général a indiqué qu'il pensait que l'attaque était l'oeuvre d'Abu Rish, une petite faction du Fatah, même si la responsabilité en a été revendiquée par le FDLP, mouvement basé en Syrie et dirigé par Nayef Hawatmé, un rival de longue de date d'Arafat. "Cette opération est une réponse à la guerre d'agression atroce que le gouvernement (israélien) criminel continue à perpétrer contre notre peuple", a déclaré le FDLP dans un communiqué. Ce mouvement a également remis un enregistrement vidéo tourné avant l'attaque, qui montre les deux attaquants munis de fusils d'assaut, assis au pied d'un drapeau palestinien.
Bien qu'opposé depuis le début à des discussions de paix des Palestiniens avec Israël, le groupe d'Hawatmé n'a pas représenté une force armée conséquente, pendant longtemps. Il était surtout important au cours des années soixante-dix, époque où abondaient les détournements d'avions et les attaques terroristes (palestiniennes) à l'étranger, avec une prolifération de formations palestiniennes comportant les vocables "libération" et "front" dans leurs raisons sociales.
A cette époque là, ces organisations séculières, pour la plupart, d'extrême-gauche, constituaient l'opposition à M. Arafat. Mais il y a bien longtemps qu'elles avaient été supplantées par des groupes islamistes radicaux tels le Hamas et le Jihad (Guerre Sainte) islamique, principaux sponsors des attentats-suicides qui affectent Israël actuellement.
Certains Palestiniens pensent que, par son raid de ce jour, le Front Démocratique peut avant tout avoir voulu montrer qu'il existait encore.
Ces différentes attaques ont porté un coup supplémentaire aux tentatives timides de mettre en place un cessez-le-feu quelque peu conséquent. M. Arafat et le ministre israélien des affaires étrangères, Shimon Peres, sont convenus la semaine dernière de se rencontrer rapidement afin de mettre au point une trêve un peu plus solide que l'actuelle, décrétée en théorie pour plus de deux mois.
Mais aucune date ni aucun lieu n'ont été retenus pour leur réunion. Vendredi, M. Pérès semblait douter qu'il soit possible de faire grand-chose dans le climat actuel d'attaques et de ripostes quotidiennes.
Des officiels palestiniens de haut rang étaient en émoi, aujourd'hui, après une critique sévère formulée au Texas, vendredi, par le président Bush, visant M. Arafat. Le président américain a laissé entendre que le leader palestinien n'était pas sincère dans son approche des discussions avec les Israéliens. "S'ils sont si intéressés que çà à un dialogue de paix", a dit Bush, parlant des Palestiniens, "ils devraient faire tout ce qui est en leur pouvoir afin de mettre un terme à l'activité terroriste qui s'est intensifiée au cours de ces derniers mois."
Un ministre de l'Autorité palestinienne, Nabil Shaath, a déclaré à Damas que les remontrances de M. Bush montraient "que l'autorisation américaine pour l'assassinat des Palestiniens est toujours en vigueur." Un autre ministre palestinien, Yassir Abed Rabbo, a déclaré à Ramallah (Cisjordanie) que les Etats-Unis devraient assumer les conséquences de leur attitude qui ne fait que "pousser la région vers un futur inconnu, mais à coup sûr, violent."
              
5. Faire revivre Hébron, ville fantôme par Catherine Bédarida
in Le Monde du dimanche 26 août 2001
En réinstallant deux mille cinq cents habitants dans les maisons restaurées des quartiers anciens, Khalid Al Qawasmi n'a réalisé qu'une partie d'un projet qui se heurte à une réalité explosive
HÉBRON de notre envoyée spéciale
Comment l'une des plus vieilles villes du monde, aux fondations datant d'au moins 4 000 ans, est-elle devenue cette capitale de l'absurde, où une poignée de colons fanatiques, considérés comme les plus extrémistes d'Israël, protégés par l'armée, font régner la terreur ? Dans les années 1980-1990, les habitants ont délaissé les quartiers anciens. "Les Israéliens ont encouragé leur départ, en décrétant de longs couvre-feux, en confisquant des maisons et en fermant les yeux sur les activités illégales, telles la drogue ou la prostitution", explique Khalid Al Qawasmi, directeur du Comité de réhabilitation d'Hébron, nommé par l'Autorité palestinienne.
A partir de 1996, pour préserver le patrimoine architectural et empêcher de nouvelles implantations de colons, le comité s'est lancé dans une ambitieuse opération de restauration de la vieille ville, à l'architecture simple et raffinée, construite entre le XIIIe et le XVIe siècle par les mamelouks d'Egypte. Des artisans ont été formés pour retrouver les techniques de travail de la pierre, du fer forgé, des voûtes d'arête. Plus de cinq cents appartements ont été rénovés et adaptés aux besoins contemporains des familles. Les ruelles et les boutiques du souk ont été restaurées. Des zones de jeu ont été aménagées pour les enfants, ainsi que des parkings pour les voitures. Deux mille cinq cents personnes sont revenues vivre dans la vieille ville.
COUVRE-FEU INTÉGRAL
A Hébron, ville de 120 000 habitants palestiniens et 400 colons israéliens, les questions de patrimoine sont indissociables du contexte politique. A chaque étape des travaux du comité, des arrêtés militaires israéliens pleuvent, gênant les chantiers. En mars, alors que la réhabilitation de dix-huit appartements allait débuter, un arrêté est venu interdire tout chantier dans ce périmètre, pour raisons de  sécurité. Non loin, les travaux de tout-à-l'égout ont été soudain interdits : les conduites partant des maisons étant déjà installées, les eaux usées se déversent en pleine rue, emplissant l'air d'odeurs nauséabondes.
Le bureau du comité est situé dans la zone dite H2, sous autorité israélienne, qui comprend l'essentiel de la vieille ville.
Quand l'armée décrète le couvre-feu intégral (vingt-quatre heures sur vingt-quatre), le personnel campe en zone H1, celle partagée entre l'Autorité palestinienne pour les affaires municipales et l'armée israélienne pour la "sécurité". Le jour de notre venue, la vieille ville est inaccessible depuis quatre jours. En dix mois, depuis le début de l'Intifada, les habitants ont subi cent cinquante-cinq jours de couvre-feu intégral. Ces jours-là, seuls les colons sont libres d'aller et venir.
Dans une salle des fêtes ornée du portrait de Yasser Arafat, Khalid Al Qawasmi montre la vieille ville sur des plans et des photos. Après cette visite virtuelle, il nous emmène aux checkpoints, d'où l'on peut apercevoir, en contrebas, la ville ancienne. Tout à coup, le haut-parleur militaire annonce la levée du couvre-feu pour trois heures. Nous pénétrons dans la vieille ville, déserte, car les habitants attendent de vérifier que la mesure est effective. Dans cette ville fantôme traversée d'innombrables patrouilles militaires, on nous contrôle, on nous interroge à plusieurs reprises. Beauté poignante d'une architecture ancienne intacte, livrée à un climat d'angoisse.
Le tombeau des Patriarches, joyau de l'art moyen-oriental dont un mur d'enceinte date d'Hérode, est une caricature. L'entrée principale, réservée aux Juifs, est en accès libre. Les Musulmans et les touristes doivent passer par une porte latérale, véritable camp retranché, avec ses barrages militaires, ses portiques de détection de métaux et ses interminables contrôles de papiers. Le parvis avait été déblayé de ses maisons hétéroclites par les Jordaniens en 1965. A présent, une bâtisse commerciale israélienne bouche la vue du monument. Flanquée d'une immense citerne en métal cylindrique, elle ressemble davantage à une ferme du Middle West américain qu'au délicat tissu urbain médiéval qui l'entoure. Un énorme drapeau israélien est peint sur la citerne.
La restauration d'une maison par le comité comprend la pose d'un grillage horizontal, au-dessus de la cour intérieure. Les colons ont pour politique d'occuper le plus de maisons possible dans la vieille ville. Ils attaquent les maisons arabes avec une imagination à la Jérôme Bosch. Chez Azzedine Al Sharapati, le grillage est recouvert de projectiles lancés par les colons voisins - rats morts, pierres, bouteilles... Au grenier, le rebord de la fenêtre brille du pétrole qui a été projeté dans le but de mettre le feu. Les murs et les fenêtres sont troués d'impacts de balles. Des douilles jonchent le sol.
ATMOSPHÈRE DE FOLIE
Comment survivre dans une telle atmosphère de folie ? Azzedine Al Sharapati se protège en collectionnant avec passion des milliers d'objets banals que l'on qualifierait en France d'art modeste, mais qui, ici, résonnent comme une psychose. En face, dans la maison de Tareq Al Sharapati, le grillage qui protège le patio à ciel ouvert vient d'être déchiré sous le poids d'une pierre, grosse comme une table de bistrot - une masse destinée non pas à faire peur, mais à tuer. Au sud-ouest de la vieille ville s'étend la zone de fouilles archéologiques. Dans les années 1960, l'archéologue Philip Hammond y a découvert des objets de l'âge de bronze. En 1985, les fouilles ont été interdites par Israël. Une colonie venait de s'y installer. L'armée a construit un camp pour la protéger et les rues avoisinantes ont été interdites aux Palestiniens.
Khalid Al Qawasmi souhaiterait faire classer la vieille ville par l'Unesco, au titre de patrimoine mondial de l'humanité. Mais la demande doit émaner d'un Etat et, à ce jour, la Palestine n'en est pas un. "Nous avons effectué 60 % du chantier de restauration. Dans une situation normale, il nous faudrait trois ans pour terminer. Là, je compte six à sept ans."
                      
6. Exposition-mémorial pour les morts de l'Intifada par Catherine Bédarida
in Le Monde du samedi 25 août 2001
Le Centre culturel Sakakini, ouvert en 1996, se consacre à la création contemporaine. Les œuvres des artistes sont imprégnées de l'histoire et de la mémoire palestiniennes.
RAMALLAH de notre envoyée spéciale
C'est une jolie demeure en pierre, construite en 1927 sur le modèle de l'architecture locale traditionnelle, rythmée par des portes et des fenêtres en arc, pavée de ces carrelages qui imitent les motifs des tapis orientaux. Restaurée par l'association de défense du patrimoine architectural Riwaq, elle a été acquise par le ministère de la culture palestinien en 1995, qui en a fait le Centre culturel Khalil-Sakakini, du nom d'un pédagogue palestinien décédé en 1953. La directrice d'origine algérienne Adila Laïdi, nommée en 1997, l'a doté d'un statut indépendant, pour développer librement ses activités autour des arts plastiques, de la littérature et du spectacle vivant.
La fraîcheur du rez-de-chaussée accueille les expositions, tandis que le premier étage est réservé au local de la prestigieuse revue littéraire Al-Karmel, dirigée par le poète Mahmoud Darwich (Le Monde du 24 août). En haut, une salle de spectacle héberge lectures, conférences, pièces de théâtre ou de danse.
Deux initiatives du Centre culturel Sakakini traduisent la tournure engagée à laquelle les responsables artistiques et les créateurs ont du mal à échapper, dans le contexte actuel du conflit israélo-palestinien. "Promouvoir les arts et la culture en Palestine n'est pas une question marginale, affirme Adila Laïdi. Elle est intimement liée à la tâche de construire un foyer palestinien démocratique et prospère, après des décennies d'occupation. Les arts et la culture formaient un havre pour regagner humanité et identité. Dans la situation actuelle de crise, d'instabilité et d'étroitesse d'horizon, l'action culturelle acquiert un rôle vital - celui de briser le siège de l'isolement et de favoriser une relation esthétique à la vie."
A l'automne, peu après le début de la deuxième Intifada, Adila Laïdi a lancé le projet d'une exposition consacrée aux cent premières victimes - les "martyrs" - de la répression israélienne.
"L'idée est de les faire sortir de l'anonymat du décompte statistique et d'honorer les familles vouées à vivre dans l'absence des êtres chers." Présentée en février et mars au Centre Sakakini, où elle a dépassé les chiffres habituels de fréquentation, l'exposition-mémorial, baptisée "Cent martyrs, cent vies", continue de tourner en Cisjordanie, dans les villes arabes israéliennes ou à l'étranger.
CINQUANTENAIRE DE LA NAKBA
Chaque famille a été invitée à donner un objet aimé du mort - ballon de foot, paire de baskets Nike, jouet, cahier d'école, cassette de musique, tableau, keffieh, photo de famille... L'artiste franco-palestinien Samir Salameh, commissaire de l'exposition, a attribué un espace propre à chacun, doté de la photo du mort, d'un court récit de sa vie et de l'objet, enchâssé dans un coffret translucide. La photographe Isabel de la Cruz a dressé un cliché de chacun des objets pour le catalogue, où figure une courte biographie du "martyr".
En 1998, le Centre culturel Sakakini a commémoré le cinquantenaire de la Nakba (la catastrophe, en arabe) - l'exode des 700 000 Palestiniens qui ont dû quitter leurs terres et leurs maisons à la suite de la création de l'Etat d'Israël. Des témoignages individuels ont été recueillis et des rencontres publiques ont été organisées avec les personnes interviewées. Depuis, le centre a ouvert un site Internet spécialisé (www.alnakba.org), qui mêle l'histoire, avec des dates et des faits, et la mémoire, autour de récits et de photos.
Le site propre du centre, remis à jour chaque mois, - les Palestiniens ont été des pionniers d'Internet, un média qui leur permettait de se soustraire à la censure israélienne - est un précieux outil pour découvrir les artistes locaux ou de la diaspora. Toutes les tendances en littérature, arts plastiques, spectacle vivant, cinéma sont présentées en textes et en images, dans plusieurs langues (www.sakakini.org).
Chaque mois, une nouvelle exposition est proposée, accueillant jeunes artistes locaux ou créateurs plus aguerris, comme le plasticien Nabil Anani, qui travaille de façon contemporaine les matériaux traditionnels tels que le cuir, la paille, le papier mâché, ou le peintre germano-syrien Marwan.
Lectures d'écrivains palestiniens, spectacles de théâtre, concerts et projections de films se déroulent chaque semaine. Ces événements ne sont pas toujours relayés dans une presse palestinienne qui accorde la priorité à l'actualité politique. Des critiques d'art britanniques devaient venir cet hiver dispenser une formation à des journalistes locaux. Après les premiers bombardements israéliens sur des cibles militaires palestiniennes à Ramallah, les organisateurs se sont vus contraints de l'annuler.
                
7. Mahmoud Darwich, un poète rentre d'exil par Catherine Bédarida
in Le Monde du vendredi 24 août 2001
En éditant sa revue littéraire, "Al-Karmel", dans son pays d'origine, l'écrivain palestinien veut encourager la création libre.
RAMALLAH de notre envoyée spéciale
Poète de l'exil, homme du voyage, Mahmoud Darwich est venu installer sa table de travail à Ramallah en 1996, quelques mois après le retrait de l'armée israélienne. Il a posé ses livres et sa prestigieuse revue littéraire, Al-Karmel, au cœur du principal foyer artistique de Cisjordanie, dans les locaux du centre culturel Sakakini. La revue que l'écrivain, considéré comme l'un des plus grands poètes arabes contemporains, a fondée à Beyrouth au début des années 1970 est désormais publiée en terre palestinienne.
"Cette année, je lutte pour continuer à composer ma poésie ici, explique-t-il. Mes lecteurs attendraient de moi que j'écrive en réaction à la situation politique, que je commente l'Intifada. Je ne veux pas succomber à ces pressions et, pour parvenir à écrire chaque jour, je me réfugie parfois à Amman (Jordanie). Là, dans une chambre à moi, je continue mon œuvre poétique."
Né en 1941, Mahmoud Darwich a dû quitter deux fois son village natal de Galilée, près de Saint-Jean-d'Acre : en 1948 d'abord, au moment de la création de l'Etat d'Israël ; puis en 1950, lorsque, à son retour du Liban, la famille Darwich découvre que son village a été rasé et remplacé par une colonie de peuplement israélien. Doué à l'école, il se réfugie très tôt dans la poésie. "Mes premiers contacts avec la poésie se firent à travers des chanteurs paysans pourchassés par la police israélienne. Ils venaient la nuit au village, participaient aux veillées et disparaissaient à l'aube dans les montagnes. Ils chantaient des choses étranges que je ne comprenais pas, mais que je trouvais très belles et qui me touchaient", écrit-il dans la postface de La Terre nous est étroite, recueil paru dans la collection "Poésie" chez Gallimard (2000).
Après avoir vécu à Beyrouth, au Caire, à Tunis ou à Paris, après s'être passionné pour la culture des Indiens d'Amérique, l'auteur de longues stances lyriques estime que sa forme de "résistance profonde" consiste à écrire sur l'amour, la vie ou la nature.
Depuis son retour en Palestine, il a publié un recueil de poèmes d'amour, Le Lit de l'étrangère (Actes Sud). "L'occupation israélienne que nous subissons est longue. Même le langage, la parole, sont "occupés", au sens où nous finissons par ne plus parler que de l'actualité politique. Je tente d'écouter mon cœur pour résister à cette fermeture."
"ÉCRIRE POUR LA POÉSIE"
Traduite en hébreu, son œuvre poétique a été inscrite dans les programmes scolaires israéliens, à titre facultatif, après un débat houleux au Parlement israélien en mars 2000. En installant Al-Karmel en Cisjordanie, Mahmoud Darwich a modifié la politique éditoriale de sa revue, éditée simultanément à Amman pour faciliter sa diffusion en pays arabes. Elle accorde désormais plus d'attention à la culture et à la pensée israéliennes, ainsi qu'à la mémoire collective palestinienne.
Aux poètes de la jeune génération, cet ancien membre du comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) conseille de "s'éloigner le plus possible de la question nationale, d'écrire pour la poésie et non pour exprimer le rejet de l'occupation, de ne pas prendre la Palestine comme sujet ni comme slogan".
Ce conseil, le jeune poète Hossein Barghouty, dont plusieurs textes ont été publiés par Al-Karmel, l'a suivi. Pourtant, la réalité ne désarme pas. Le jour où nous avons rendez-vous dans son village de Qobar, à quelques kilomètres de Ramallah, un barrage militaire israélien empêche le passage des voitures. Très nerveux, les soldats limitent celui des piétons, à coups d'ordres hurlés et de tirs de puissantes grenades lacrymogènes, la mitraillette pointée sur les passants. Des villageois qui rentrent du travail s'engagent sur de petits chemins de terre pour contourner le barrage. D'autres attendent une accalmie, bloqués en pleine campagne sous le soleil brûlant de la mi-août. L'épouse de Hossein Barghouty, employée du théâtre Al-Kasaba, situé au centre de Ramallah, n'a pu se rendre à son travail depuis plusieurs jours. Le lendemain, dans une atmosphère à peine moins tendue, la présentation du passeport français nous ouvrira cette fois le passage.
"Pendant plusieurs décennies, les courants dominants du mouvement palestinien étaient issus du nationalisme ou d'un certain marxisme. Cette idéologie a produit des militants, plutôt que des artistes, estime Hossein Barghouty. Puis la guerre du Golfe, la chute de l'URSS, l'effritement du nationalisme arabe et les accords d'Oslo ont fait vaciller cette idéologie." Dans sa maison isolée, bordée d'oliviers vieux de plusieurs siècles, cet écrivain sensible à l'univers des légendes et aux expériences mystiques veut croire à l'émergence de nouvelles voix, d'esthétiques neuves chez les jeunes artistes, ceux qui cherchent, dit-il en citant Mahmoud Darwich, "l'envers des mots".
                             
8. La Palestine se sent lâchée - Entretien avec Leïla Shahid réalisé par Christian Troubé
in La Vie du jeudi 23 août 2001

Alors qu'une surenchère dans la violence précipite Israéliens et Palestiniens dans l'impasse, Leïla Shahid, déléguée générale de l'Autorité palestinienne en France dénonce la lenteur de la communauté internationale à se mobiliser.
En onze mois d'Intifada, et avec l'arrivée d'Ariel Sharon au pouvoir, la situation politique s'est constamment dégradée au Proche-Orient. La responsable de l'Autorité palestinienne répond à nos questions.
La Vie - La semaine dernière, la publication d'un rapport de l'état-major israélien évoquait une poursuite de l'Intifada jusqu'en 2006, avec un risque de guerre régionale. Que vous inspirent de telles spéculations ?
Leïla Shahid - Rien de bon. Ce rapport prouve que les Israéliens n'ont aucune stratégie de paix. Alors qu'ils ont la clé de la fin de l'Intifada, en mettant tout simplement en œuvre les accords signés, ils vont jusqu'à imaginer un conflit généralisé qu'aucun pays arabe ne souhaite. C'est la politique du pire. D'autant plus qu'Ariel Sharon est un spécialiste de la
fuite en avant. Il l'a démontré en 1982, au Liban, en entraînant son pays dans une guerre meurtrière. Cette absence de vision politique caractérise les six mois d'activité de son gouvernement. Même si, ces dernières semaines, Shimon Pères a tenté d'exprimer une opinion différente, voulant renouer le dialogue avec Yasser Arafat, via Joska Fischer. Mais sa marge de manœuvre reste étroite. Yasser Arafat a condamné les attentats suicides visant des civils israéliens.
La Vie - Comment peut-il aller plus loin dans le contrôle des milieux islamistes ?
Leïla Shahid - Nous sommes aujourd'hui, malheureusement, dans une dynamique de guerre. Les Israéliens prennent pour cible non seulement l'Autorité palestinienne - tout en lui demandant de coopérer - mais aussi la population civile. Dans cette escalade, où la violence terroriste répond à la violence de l'armée israélienne, la marge de manœuvre est malheureusement très étroite. Pourtant, jadis, dans une dynamique de paix, on a vu qu'il était possible de réduire l'influence des extrémistes palestiniens. Il faudrait que Sharon décide si Arafat est l'ennemi qu'il veut abattre ou le partenaire avec qui il veut faire la paix !
La Vie - Quel rôle doit jouer la communauté internationale ?
Leïla Shahid - Elle est, par sa passivité, réellement complice des crimes qui se déroulent en Palestine. Dès le début de l'Intifada, le Conseil de sécurité de l'Onu s'est réuni pour condamner la répression militaire excessive contre les manifestants palestiniens qui ne jetaient que des pierres. Il a voté en novembre l'envoi d'observateurs. Dès octobre, le sommet de Charm el-Cheik avait regroupé tous les protagonistes autour du président Clinton. L union européenne puis le G8 ont préconisé, eux aussi, l'envoi d'observateurs prêts à garantir l'application des recommandations du rapport Mitchell. Et nous ne voyons toujours rien venir ! Les États-Unis prennent en otage la communauté internationale à travers l'utilisation de leur veto aux Nations unies et leur alignement sur une seule politique : celle de Sharon. L'Europe est au chevet de la Macédoine et laisse la Méditerranée sombrer dans la guerre. C'est tragique.
             
9. Concerts de musique classique sous état de siège par Catherine Bédarida
in Le Monde du jeudi 23 août 2001
Fondé en 1995, Yabous s'est donné pour vocation d'organiser des spectacles et de produire des artistes à Jérusalem-Est, la partie arabe de la ville.
JÉRUSALEM, RAMALLAH de notre envoyée spéciale
Lors du dernier concert de la saison 2000-2001 à Jérusalem, les musiciens qui venaient de Ramallah ont mis quatre heures pour franchir les 15 petits kilomètres qui les séparent de la Ville sainte, pour cause de barrages militaires israéliens.
Le grand festival de musique arabe classique, organisé lui aussi par l'association culturelle Yabous, au Tombeau des rois chaque année en juillet, a été suspendu du fait des événements. "Malgré la situation politique, nous chanterons, affirme pourtant Rania Elias, la jeune directrice de Yabous. En un temps où Jérusalem est en état de siège, où ses institutions sont attaquées, où ses atouts culturels sont affaiblis par une négation délibérée de l'histoire et de l'esprit palestiniens, nous voulons produire des manifestations culturelles qui nourissent la création contemporaine au sein du patrimoine arabe et international de Jérusalem."
Fondée en 1995, Yabous s'est donné pour vocation d'organiser des concerts et de produire des artistes à Jérusalem-Est, la partie arabe de la ville. Treize festivals ont déjà eu lieu - jazz, musique religieuse chrétienne et musulmane, chant classique arabe, théâtre, danse - à l'intérieur et à l'extérieur des remparts de la vieille ville. L'association a invité des artistes d'Inde et d'Afrique du Sud, du Maroc ou des Etats-Unis, pour "favoriser rencontres et expériences artistiques nouvelles, destinées aux habitants de Jérusalem", explique Rania Elias.
La population palestinienne n'a pas l'habitude de sortir le soir au concert, dit-elle, du fait du manque d'argent, d'habitudes culturelles et, aussi, des réserves de certains milieux islamiques qui désapprouvent les soirées de musique et de danse.
"Maintenant, c'est pire. Avec la tension politique, les gens ont peur et restent chez eux." Habituellement, la moitié du public des festivals de Yabous vient de Ramallah ou de Bethléem, deux villes à présent bouclées.
Pour promouvoir les artistes palestiniens à l'étranger, Yabous vient de produire une compilation sur CD qui donne un aperçu des groupes professionnels du moment, de la musique classique de l'Ensemble oriental aux musiques actuelles de groupes comme Sabreen ou à la chanson de qualité comme celle de Rim Banna (www.yabous.org). Il a été réalisé en collaboration avec le Conservatoire national de Ramallah, une institution fondée en 1993, liée à l'université de Bir Zeit.
"CHANTER LES BLESSURES"
Quatre cents élèves se pressent dans les locaux étroits du Conservatoire de Ramallah et de ses antennes ouvertes à Jérusalem et Bethléem pour étudier musique occidentale et orientale, piano et oud (le luth arabe). "Cette année, les élèves des villages et des camps de réfugiés ont été pénalisés. L'annexe de Bethléem comptait cent inscrits en début d'année. A cause des bouclages, le nombre est tombé à vingt-cinq, puis remonté en juin à soixante-cinq", explique Huda Odeh, responsable des relations publiques.
Le conservatoire a organisé trente concerts cette année, malgré l'annulation de sa saison d'automne. Trois séries ont pu se dérouler entre décembre et juin, sur les thèmes "Chanter les blessures", "Puisse la musique arrêter les bombardements" et "Que la musique brise le siège". Le pianiste argentin Miguel Angel Estrella a participé à la dernière série, à l'invitation de Rima Tarazi, compositrice et fondatrice du conservatoire.
"Certes il y a la guerre. Assurément nous vivons enfermés dans une cage. Mais il y a des gens qui continuent de croire à la nécessité d'une vie artistique", affirme Kamilia Jubran, chanteuse du groupe Sabreen. Issue d'une famille de musiciens classiques arabes, la jeune femme chante les textes de poètes palestiniens tels Mahmoud Darwich, Fadwa Touqan ou Hossein Barghouti, sur des mélodies actuelles. Dans ses locaux situés à Jérusalem-Est, Sabreen a aménagé un studio pour enregistrer ses compositions et produire les disques d'autres groupes palestiniens. Ses musiciens assurent régulièrement des camps de vacances musicales et des ateliers dans les écoles. "Depuis cette Intifada, les professeurs sont très demandeurs, observe Kamilia Jubran. Ils veulent maintenir des activités variées pour leurs élèves. Mais nous avons dû renoncer à nos projets à Gaza, du fait des problèmes de circulation."
Au conservatoire de Ramallah, tel un conte moral, l'histoire d'un jeune violoniste circule de bouche en bouche. Lors de la première Intifada, sa photo avait fait le tour du monde : petit bonhomme serré dans un anorak rouge, il jetait des pierres sur l'armée israélienne. Au fil de ses années au conservatoire, l'enfant a délaissé les pierres au profit du violon. Aujourd'hui, il a obtenu une bourse de deux ans pour approfondir sa formation, en France, au Conservatoire national des Pays de Loire.
                 
10. Un lieu pour rassembler la mémoire palestinienne par Catherine Bédarida
in Le Monde du mercredi 22 août 2001
Dans son projet de musée, Nazmi Al-Jubeh, archéologue, évoque autant le patrimoine bâti que différents points de vue humains sur un siècle d'histoire et de drames.
RAMALLAH de notre envoyée spéciale
Exposer près d'un siècle d'histoire palestinienne, depuis la période du mandat britannique jusqu'à la création de l'Etat d'Israël en 1948 et à nos jours : telle est la délicate mission confiée à l'archéologue Nazmi Al-Jubeh par le ministère palestinien de la culture. Pour l'ouverture d'un musée de la mémoire, un site a été réservé, dans le village ancien de Ein Siniya, à une petite dizaine de kilomètres au nord de Ramallah.
En route, le trajet est à lui seul une entrée en matière. A la périphérie de Ramallah, le parcours longe une colonie juive, puis un bâtiment qui a servi de quartier général à l'armée israélienne pendant l'occupation de 1967 à 1995 et le camp de Jalazon qui abrite des réfugiés palestiniens, originaires des terres sur lesquelles a été construit l'aéroport de Tel- Aviv. Jifna, le village suivant, offre un aperçu de l'architecture traditionnelle arabe. Enfin la vallée se fait plus profonde. C'est à travers un paysage de terrasses, d'oliviers et d'abricotiers que l'on parvient à Ein Siniya, où trente-quatre bâtiments à caractère historique ont été recensés.
Avant de se consacrer à ce projet hypersensible, Nazmi Al-Jubeh travaillait à la préservation du patrimoine architectural, au sein de l'association Riwaq, qu'il a fondée en 1991 avec l'architecte Souad Amiry. Riwaq a recensé 50 000 bâtiments d'intérêt historique à travers la Cisjordanie et Gaza et publié des livres sur le patrimoine palestinien en Israël et dans les territoires autonomes. Le dernier, Palestine Urban Mansions, rédigé par la jeune architecte Diala Khasawneh (www.riwaq.org), témoigne des difficultés à réaliser une simple enquête sur les demeures anciennes quand elles se situent en territoire occupé ou dans les anciennes villes arabes de Haïfa et Jaffa, devenues israéliennes.
A Haïfa, un entrepreneur israélien a transformé la maison historique de la famille Qaraman en supermarché. Ailleurs, les propriétaires actuels n'ont pas voulu laisser une architecte palestinienne entrer chez eux et dessiner un relevé.
Par rapport à ces affrontements presque banals dans le long conflit israélo-palestinien, la mission actuelle de Nazmi Al-Jubeh se situe dans une perspective nouvelle. Sur les territoires qu'elle administre, l'Autorité palestinienne s'efforce de jeter les bases d'infrastructures nationales. En septembre 2000, elle a chargé le fondateur de Riwaq d'élaborer ce projet de musée. Dans l'état actuel de ses réflexions, l'archéologue propose de consacrer une première partie, soit environ 25 % de l'espace, à l'avant-1948 : "L'arrivée des missionnaires, le développement de l'import-export, le mandat britannique et les premières confrontations avec les groupes sionistes favorisent des transformations au sein de la société palestinienne."
SECTIONS THÉMATIQUES
La dépossession palestinienne consécutive à la création de l'Etat d'Israël en 1948, dite la Naqba (la catastrophe, en arabe), devrait constituer l'essentiel du musée - une dernière partie restant pour la période de 1951 à nos jours. "Le musée sera développé en sections thématiques et non chronologiques, explique Nazmi Al-Jubeh, par exemple, le sionisme, l'expulsion, les réfugiés, les mouvements de résistance." Parmi les objets exposés, les photos et les images d'archives de plusieurs chaînes de télévision internationales sont privilégiées. De nombreuses familles réfugiées conservent les clés de leurs anciennes maisons, même lorsqu'elles ont été détruites : de tels objets de mémoire sont en cours de collection.
"Le musée doit nous obliger, nous les Palestiniens, à débattre de notre passé, estime l'archéologue. Les mouvements nationaux ont toujours tendance à simplifier l'histoire. Je ne fais pas un musée pour la paix, ni un musée pour la guerre, mais un musée qui mette à jour les différentes visions de notre histoire." Parmi les questions délicates sur lesquelles il souhaite laisser parler les différentes mémoires de la population, il cite les relations des Palestiniens avec les Libanais ou l'émigration vers l'Irak et le Koweït. "Il existe une histoire semi-officielle des événements tragiques tels que Septembre noir, en Jordanie, ou les massacres de Sabra et Chatila à Beyrouth. Il est temps d'aborder aussi les responsabilités de notre propre mouvement national."
Dans les années 1920 et 1930, la plupart des terres de Palestine vendues aux organisations sionistes l'ont été par des propriétaires fonciers libanais. Mais des Palestiniens ont parfois accepté de céder des terres, contre argent sonnant. Si le musée se doit de le dire, faut-il aller jusqu'à publier leurs noms, alors que les descendants sont encore en vie ? C'est l'une des questions que se pose Nazmi Al-Jubeh.
Le fondateur de Riwaq remettra son projet au ministère de la culture en septembre. "Je profite du fait que les programmes d'histoire n'ont pas encore été établis par le ministère de l'éducation pour ouvrir le plus largement cet espace de réflexion."
                            
11. Oui à la paix mais non à la résignation face à l'injustice - Mohamad Bassiouni, ancien ambassadeur d'Egypte en Israël et membre du Conseil consultatif, commente la situation actuelle et explicite les récentes prises de position égyptiennes propos recueillis par Randa Achmawi 
in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 22 août 2001

—  Al-Ahram Hebdo : Pourquoi le président Moubarak a-t-il envoyé cette semaine une délégation égyptienne pour discuter avec les autorités américaines de la situation en Palestine alors que cette dernière paraît plus que jamais bloquée ?
— Mohamad Bassiouni : Parce qu'en ce moment la situation s'est détériorée jusqu'au point de devenir extrêmement dangereuse. Toute la région se trouve dans un état de bouillonnement. L'Egypte doit tout faire pour tenter de contenir la situation, en convainquant les Etats-Unis à intervenir de manière plus effective et sérieuse, pour persuader les deux parties de retourner à la table de négociations et mettre fin ainsi à la spirale de la violence. Les derniers développements ne manquent pas d'être tous graves : incursions des forces israéliennes dans les zones d'autonomie palestiniennes, politique israélienne d'élimination des activistes palestiniens, déplacement d'artillerie lourde dans les plus grandes villes palestiniennes et occupation de la Maison de l'Orient. Tout cela montre que la situation est en train de devenir critique. Et c'est bien ce qui a poussé l'Egypte à prendre une telle initiative.
— Comment expliquez-vous le durcissement de ton des responsables égyptiens à l'égard d'Israël ?
— Ces déclarations vont de pair avec la situation. Tout le monde sait qu'en Egypte nous ne sommes pas partisans de la guerre. Nous somme partisans de la paix. De la paix oui, mais pas d'une résignation à l'injustice. Le ton du discours des autorités égyptiennes a changé en conséquence des actions israéliennes.
— Quel rôle en particulier peut jouer l'Egypte pour contenir la situation ?
— L'Egypte fait tout son possible pour mettre en œuvre les recommandations du rapport Mitchell et pour que la situation sur le terrain revienne à ce qu'elle était avant le 28 septembre 2000. L'Egypte, du fait qu'elle est le premier pays arabe à avoir signé un traité de paix avec Israël, est un partenaire incontournable sans lequel les parties ne peuvent pas parvenir à une solution.
Le Caire est le lieu vers lequel les responsables des quatre coins du monde se dirigent lorsqu'ils veulent avoir une meilleure connaissance de la situation.
De plus, le dernier entretien que le président Moubarak a accordé à la télévision israélienne mettant en garde le peuple et les responsables israéliens face au danger de la situation est un exemple du rôle actif de l'Egypte ainsi que de l'importance de celui-ci.
— Mais quels ont été les résultats de ces efforts ?
— Nous faisons tout ce qui est possible. L'Egypte a accueilli la réunion des ministres de l'Information arabes cette semaine. Elle a abrité aussi la réunion entre le président Arafat, le secrétaire général de la Ligue arabe et les ministres des Affaires étrangères, égyptien, Ahmad Maher, et jordanien, Abdallah Al-Khatib. De plus, les ministres arabes des Affaires étrangères doivent se réunir ce mercredi au siège de la Ligue arabe.
— L'Egypte doit-elle avoir des initiatives à elle seule ou est-il plus opportun qu'elle œuvre dans le cadre de la Ligue arabe ?
— Nous menons des actions dans toutes les directions. Nous profitons de nos relations bilatérales privilégiées avec les pays qui ont une grande influence sur la scène internationale comme les Etats-Unis, l'ensemble des pays d'Europe en plus de la Russie. En même temps, nous travaillons dans le cadre de la Ligue arabe, de l'Organisation de la conférence islamique, des pays non-alignés, etc. L'Egypte ne laisse pas une porte sans y frapper.
— Les temps sont très difficiles puisqu'aucune initiative jusqu'à présent n'a apporté le résultat attendu ...
— La balle est dans le camp d'Israël. Et c'est l'attitude de Sharon qui va décider de notre coopération avec Israël.
— Qu'en est-il des voix qui se lèvent en disant qu'Israël veut entraîner toute la région dans un conflit majeur ?
— D'abord en ce qui nous concerne nous ne parlons pas de guerre. Notre discours est celui de la paix. Les bruits à ce sujet proviennent d'Israël. Mais même si d'aucuns souhaitent nous entraîner dans un conflit majeur, il faut leur dire que ce qui s'est passé en 1967 ne va pas se répéter. Que tout le monde aurait beaucoup à perdre avec un tel conflit, y compris Israël. Nous ne parlons pas de guerre, nous parlons de paix, de légitimité internationale et de la nécessité de son application.
— Les responsables égyptiens n'ont-ils cependant pas évoqué ces dangers latents avec l'Administration américaine ?
— Oui, entre autres. La délégation égyptienne a expliqué à l'Administration américaine un certain nombre de points, entre autres que dans les circonstances actuelles, personne ne peut garantir à 100 % l'arrêt des violences et la sécurité, contrairement à ce que dit Sharon qui exige un calme total avant toute négociation. De plus ils ont expliqué que la violence disparaîtra lorsqu'on éliminera les raisons qui la provoquent. Sur le terrain, ceci équivaut au retour des forces israéliennes à leurs positions d'avant le 28 septembre 2000, l'ouverture du port de Gaza, le déblocage des fonds palestiniens, etc. Parce que toutes les pratiques israéliennes se sont avérées complètement inefficaces en voulant briser la volonté et la détermination du peuple palestinien qui cherche à récupérer ses droits légitimes.
—  Comment l'Europe pourrait-elle avoir un rôle plus efficace ?
— Le rôle européen est un rôle économique plus que politique. Nous aurions souhaité cependant que l'Europe ait un rôle plus efficace, surtout parce que ce continent est beaucoup plus proche de nous sur le plan géographique. Et tout ce qui se passe dans cette région affecte aussi automatiquement le continent européen. Il faut admettre que Javier Solana, le haut représentant de l'Union Européenne (UE) pour les Affaires étrangères, et Miguel Angel Moratinos, l'envoyé spécial de l'UE dans la région, sont très actifs. Mais les Européens pourraient en faire un peu plus et intervenir davantage sur le plan politique. Au moins faire en sorte de ne pas permettre à Sharon qu'il soit à la fois juge et partie. Il faut qu'il y ait un mécanisme de surveillance efficace sur le terrain.
— Il existe des observateurs européens à Hébron ...
— Ceci fait partie des accords d'Hébron. Ils sont sur place pour surveiller la mise en œuvre des termes de ces accords. Mais malgré cela, ils sont constamment accusés par Israël, surtout par la droite extrémiste, d'espionnage. Ils disent que ces observateurs informent les Palestiniens des mouvements israéliens. Israël ne veut personne sur place pour qu'il puisse faire ce qu'il veut.
— Certaines voix dans la presse ont annoncé que l'Egypte avait refusé le nouvel ambassadeur israélien au Caire devant remplacer celui qui est en poste actuellement ....
— Ceci n'est pas vrai. Ce ne sont que des rumeurs. L'Egypte a envoyé depuis longtemps la lettre d'acceptation de celui qui devra remplacer Zvi Mazel, l'actuel ambassadeur d'Israël au Caire. 
               
12. Il faut un intermédiaire pour clarifier les positions - Paul Ponjaert, ambassadeur de Belgique au Caire, affirme qu'il n'y aura pas de résultat positif au Proche-Orient sans coordination Europe - Etats-Unis propos recueillis par Randa Achmawi
in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 22 août 2001

— Al-Ahram Hebdo : Miguel Moratinos, envoyé spécial de l'UE pour le Proche-Orient, a dit récemment que l'Europe n'a pas de formule miracle pour résoudre la crise actuelle. Quel rôle peut-elle donc jouer ?
— Paul Ponjaert : L'Union Européenne (UE) fait ce qu'elle peut dans les conditions actuelles. Elle essaye sans cesse de rapprocher les parties. La présence de Miguel Moratinos dans la région en est la plus grande preuve. Mais la situation pour le moment est tellement compliquée qu'il ne faut pas s'attendre à des solutions miracles. Malgré les difficultés, l'UE n'abandonne absolument pas ses efforts de ramener les parties autour de la table de négociations et de reprendre le dialogue.
— L'Egypte vient d'envoyer une délégation à Washington pour inciter les Etats-Unis à une implication plus effective. Que pourrait faire l'Europe dans ce sens ?
— Depuis pas mal de temps, l'UE a clairement fait comprendre qu'un résultat positif pour tout le monde ne pourrait se faire que si l'UE et les Etats-Unis travaillaient ensemble. Ils sont des alliés, même si chacun d'eux a ses propres moyens, ses points forts et ses points faibles. Mais c'est à l'Europe et aux Etats-Unis de coordonner leurs efforts afin de ramener les parties à une solution du problème. C'est bien ce que nous faisons en ce moment. Cela n'a pas tellement d'importance si le dossier semble avancer plus avec un partenaire qu'avec un autre. Je peux vous assurer que la concertation et la consultation restent intenses entre les parties parce que nous voulons tous le même résultat.
— Vous avez parlé de différences de moyens entre l'Europe et les Etats-Unis. Quels sont donc les instruments de l'Europe ?
— On sait très bien que le gouvernement palestinien est en partie soutenu financièrement par l'Europe. De plus, aussi bien Javier Solana que Miguel Moratinos jouent un rôle d'intermédiaire et de lien entre les différentes parties. M. Moratinos a eu son rôle dans les déclarations de Shimon Pérès selon lesquelles il allait recommencer les contacts avec la partie palestinienne. Il est vrai que parfois les intentions des parties ne sont pas tout à fait claires ; pour cela je pense qu'aussi bien les Européens que les Américains peuvent jouer un rôle dans le sens de clarifier les pensées et positions de chacune des parties. C'est bien ce que fait Moratinos, et objectivement parlant à mesure que la situation se complique où chacune des parties doute de plus en plus des bonnes intentions de l'autre, un intermédiaire devient très important pour clarifier les positions.
— Quelle est la position de l'Europe par rapport à l'envoi d'observateurs dans les territoires occupés ?
— La position de l'Europe est la même que celle du G8. Donc c'est celle qui a été décidée à l'issue du sommet de Gênes. Le G8 comprend de nombreux pays européens et la présidence était elle aussi représentée au cours de cette réunion. Ceci veut dire que si le principe de l'envoi des observateurs est accepté par les deux parties, l'Europe elle aussi est pour l'envoi d'observateurs dans les territoires occupés 
                   
13. Rashid Masharaoui filme sous les bombes par Catherine Bédarida
in Le Monde du mardi 21 août 2001

Malgré les restrictions, le cinéaste s'efforce de continuer à tourner et à former un vivier de cinéphiles. Premier volet de notre série de reportages sur la vie culturelle palestinienne.
RAMALLAH de notre envoyée spéciale
Quand, au lendemain du dernier bombardement israélien à Ramallah, le 9 août, le cinéaste Rashid Masharaoui est retourné à son bureau, les vitres n'avaient pas été soufflées. La veille, il avait pris la précaution de laisser les fenêtres ouvertes. "J'ai balayé la poussière et j'ai repris le travail."
Depuis la deuxième Intifada, débutée le 28 septembre 2000, l'auteur de Haïfa, présenté en sélection officielle au Festival de Cannes en 1996, s'acharne à mener ses projets. Il a réalisé deux courts métrages et termine un documentaire pour Arte sur la radio nationale palestinienne, Voix de Palestine. Il y a quelques jours, il attendait les caméras de la société de production Star 2000 qu'une équipe devait apporter depuis Beit Sahour, un village aux portes de Bethléem. "Elle est bloquée à cause des barrages que l'armée israélienne impose sur les routes de Cisjordanie."
Pour tromper l'attente, il a commencé à écrire une fiction, "l'histoire absurde d'un amnésique qui se réveille en ayant oublié ce qui s'est passé depuis 1948". Pendant la première Intifada, il avait aussi tourné plusieurs films. Les quarante jours de couvre-feu intégral qu'il avait subis à Gaza lui avaient inspiré son premier film de fiction, Couvre-feu, présenté à Cannes.
Né dans un camp de réfugiés à Gaza en 1962, Rachid Masharaoui est l'un des rares cinéastes palestiniens à ne pas vivre en exil. Il a choisi de travailler à Ramallah, le principal foyer culturel des territoires autonomes, une agglomération de 200 000 habitants où les étudiants sont nombreux grâce à l'université de Bir Zeit.
PRODUIRE DES PREMIERS FILMS
En 1995, il a ouvert un centre culturel, Al-Matal (la vision, en arabe), dans une jolie maison ancienne au cœur de la ville.
L'artiste, qui a été peintre avant de se lancer dans le cinéma, a accroché des toiles de plasticiens contemporains. Sous des voûtes en arête, il a aménagé une petite salle de projection. Au rez-de-chaussée, un café orné de tapis bédouins propose boissons, plats et narguilés, pour favoriser rencontres et discussions. Les locaux de son Centre de production cinématographique occupent le premier étage. "J'ai eu la chance de pouvoir réaliser mes quinze films grâce à des coproductions étrangères. Mais, lorsque j'ai décidé de m'implanter ici, je ne voulais pas vivre dans un désert. J'avais envie de créer un mouvement pour que des professionnels restent et que des jeunes se forment."
Les cinq salariés du centre travaillent à produire de premiers films, véritable école pour de jeunes réalisateurs et techniciens. Ils organisent chaque année un festival gratuit de films pour enfants, grâce à leur cinéma mobile qui se déplace de village en village. En parallèle, six formateurs animent des ateliers de cinéma dans les principales villes palestiniennes. Cette année, une cinquantaine de jeunes à Bethléem et Djenine, en Cisjordanie, et à Khan Younis (Gaza) ont appris à manier la caméra et à monter des images. "Trois ou quatre d'entre eux étudieront le cinéma ou deviendront acteurs, monteurs ou cameramen", espère Rashid Masharaoui.
L'actualité immédiate inspire les jeunes ou bien, à l'opposé, ils s'en éloignent par le rêve. L'artiste les encourage dans ce sens : "En tant que cinéastes, nous devons nous protéger du flux énorme d'images consacrées au conflit israélo-palestinien."
En mai, alors que Rashid Masharaoui filmait les petits vendeurs de rue qui continuent leur travail durant les affrontements, soudain, un jeune est tombé sous les balles. "Par réflexe, nous avons tourné la caméra vers lui. Puis j'ai réalisé que cinquante télévisions du monde entier étaient en train de filmer la scène et je suis revenu creuser le sujet que je m'étais fixé."
Comme tous les habitants de Ramallah, Rashid Masharaoui ne peut rouler en ce moment plus de cinq minutes en voiture vers les sorties de la ville sans être arrêté et contrôlé par l'armée israélienne. "L'occupation israélienne se situe hors champ, mais elle est toujours présente." Projections, tournages et ateliers continuent. "En prévision des bouclages, on entrepose du matériel un peu partout. Pendant la première Intifada, j'ai appris à toujours séparer la caméra et les pellicules. Des femmes, moins fouillées que les hommes, sont prêtes à cacher les caméras pour les transporter."
Il y a un an, Rashid Masharaoui préparait le premier festival international de cinéma à Gaza pour le mois de novembre 2000. Avec l'Intifada et la reprise de la répression, il a dû y renoncer. Il ne parle pas d'annulation. Comme d'autres organisateurs de festivals palestiniens, il préfère dire : "Je l'ai reporté."
                    
14. L'angoisse et la paix par Robert Badinter
in Le Monde du mardi 21 août 2001

Ils s'appelaient Raya, Itzhak et Hemda. Ils avaient 14 ans, 4 ans, 2 ans. Ils sont morts avec leur père Moti et leur mère Tsira. Tous les cinq ont été tués par la bombe qui a explosé dans la pizzeria Sbarro au cœur de Jérusalem, à l'heure du déjeuner. Leur grand-père, un vieux juif hollandais rescapé d'Auschwitz, était venu en Israël parce qu'il ne pouvait plus supporter de vivre en Europe. Il ne lui reste que les souvenirs et la mort comme horizon.
Une bombe n'explose pas toute seule. Il faut la main des hommes pour la fabriquer et déclencher l'explosion. A Jérusalem, le tueur portait sur lui la ceinture d'explosifs. Il s'était transformé en bombe vivante. Le suicide de l'assassin n'efface rien à l'horreur du crime. Qu'il s'anéantisse avec eux donne la mesure de son fanatisme.
J'entends la réponse : les enfants palestiniens meurent aussi. Point n'est besoin de kamikaze pour tuer. Les balles perdues et les missiles aveugles suffisent. La haute technologie n'empêchera jamais la mort de frapper au-delà de la cible. Tous les Palestiniens se sont reconnus dans le petit garçon terrorisé, blotti contre son père, le long d'un mur à Gaza, qui va mourir frappé d'une balle perdue israélienne. Cette image-là a fait le tour du monde. Celle des corps déchiquetés de Raya, Itzhak et Hemda n'a pas connu pareille diffusion. Mais pour les Israéliens, ces enfants assassinés incarnent le malheur d'Israël.
Nul ne saurait demeurer indifférent aux morts et aux souffrances du peuple palestinien. Pour ma part, je souhaite depuis longtemps qu'il connaisse une vie paisible dans un Etat indépendant. Juif du XXe siècle ayant traversé, jeune adolescent, les ténèbres de la guerre et de l'Occupation, j'ai vu naître, au travers d'épreuves inouïes, l'Etat d'Israël. Il en va des peuples comme des humains.
Les premiers jours de leur vie et ceux qui précèdent leur naissance sont lourds de conséquences pour leur sensibilité et leur avenir.
Or Israël est le fruit de la plus tragique histoire. Les peuples arabes rappellent avec raison qu'ils ne portent pas la responsabilité de la Shoah. Ce crime sans pareil contre l'humanité s'inscrit en lettres de sang dans l'histoire européenne. Dès l'origine, le projet sioniste a pris corps parce que dans les premières décennies du 20e siècle l'antisémitisme n'avait cessé de régner en Europe jusqu'à l'apocalypse nazie. Les vagues d'immigrants en Palestine depuis le début du 20e siècle succèdent aux persécutions. Le "foyer juif" promis par Lord Balfour pendant la première guerre mondiale répond à cette aspiration d'un peuple si éprouvé à trouver, sur la terre dont les écritures disent qu'elle lui fut promise, un refuge, un lieu de paix et d'enracinement.
On sait ce qu'il advint de cette promesse d'un "foyer juif" du temps du mandat britannique.
Sur la terre de Palestine, les immigrants en petit nombre rencontrèrent l'hostilité de ceux qui s'y étaient établis avant eux. A croire que seuls les juifs n'avaient pas le droit de vivre en Terre sainte ! Après la guerre, lorsque les survivants de la Shoah se comptèrent, l'élan fut irrésistible qui poussa les plus engagés d'entre eux vers la Palestine. Si les autorités anglaises s'y opposèrent, c'est d'abord parce que les peuples arabes de la région ne voulaient pas d'un Etat hébreu parmi eux. On a trop oublié dans quelles conditions fut arrachée la reconnaissance de l'Etat d'Israël, là où d'ailleurs n'avait jamais existé d'Etat palestinien. Cet Etat hébreu était l'expression non pas de l'impérialisme colonial, comme certains le disent aujourd'hui, mais de la tragique condition qu'avait souffert à travers les siècles un peuple dispersé et toujours persécuté. Israël est né de la Shoah. Il ne faut jamais l'oublier. Non parce que les Israéliens ou les juifs seraient devenus des créanciers moraux du monde jusqu'à la fin des temps. Mais parce qu'on ne peut rien comprendre à l'Israël d'aujourd'hui si on ne prend pas en compte cette vérité : Israël est né d'une angoisse de mort comme aucun peuple n'en a connue à ses origines.
Or cette angoisse-là, elle ne l'a jamais quitté. Il faut rappeler à ceux qui aujourd'hui mettent l'accent sur les exactions et les crimes commis par les activistes sionistes lors de la guerre de 1948 que, dès la proclamation de l'Etat d'Israël, toutes les puissances arabes, ses voisins, ont proclamé la guerre sainte et juré sa destruction. Si le sort des armes n'en avait pas décidé autrement, si les Israéliens avaient succombé sous le nombre et le poids de leurs ennemis coalisés, il n'y aurait jamais eu d'Etat d'Israël.
Après un demi-siècle écoulé et tant de campagnes victorieuses, les Israéliens demeurent convaincus en majorité que les peuples arabes autour d'eux veulent en définitive l'anéantissement de l'Etat d'Israël. Sentiment absurde, disent les esprits raisonnables. Tsahal est la première armée de la région. Israël jouit de l'appui inconditionnel des Etats-Unis, superpuissance du monde et gardien ultime de l'ordre international. Aucune menace sérieuse ne pèse donc sur l'avenir d'Israël, hormis son impuissance à résoudre le problème palestinien. Mais là est précisément le cœur du problème. La plupart des Israéliens sont prêts aux plus importantes concessions pour obtenir une paix réelle pour eux et leurs enfants. Mais la paix n'est acquise réellement que lorsque les adversaires ont renoncé en eux-mêmes à la volonté d'abattre l'autre. La seule paix durable, c'est celle du cœur et de l'esprit. A défaut, il n'y a que des armistices entre deux guerres.
Or cette paix-là, cette paix spirituelle sans laquelle rien ne sera acquis au Proche-Orient, nombre d'Israéliens aujourd'hui demeurent convaincus quelle est hors de leur portée. A lire les manuels d'histoire palestiniens, à écouter les discours à usage interne des leaders, à entendre les cris de haine des plus violents d'entre eux, les Israéliens ressentent que c'est bien la destruction d'lsraël que leurs adversaires veulent. Rien ne leur paraît, à cet égard, avoir changé depuis l'époque où les chefs des Etats arabes s'unissaient pour envahir et détruire le minuscule Etat qui venait de naître. A ce sentiment-là, chaque attentat terroriste donne une intensité nouvelle. La mort des victimes, au-delà de la souffrance des parents, résonne dans tout Israël comme le glas de l'espérance de paix. Elle fait renaître cette angoisse existentielle qui n'a jamais cessé depuis la naissance d'Israël, enfant des pogromes et de la Shoah. A quoi bon rendre les territoires, abandonner les colonies de peuplement, reconnaître à Jérusalem-Est le statut de capitale de l'Etat palestinien, indemniser les réfugiés palestiniens, à quoi bon tant de concessions et de renoncements si l'on n'atteint pas le but : la paix, la vraie paix, celle des âmes. Le recours à la force qui assure le statu quo permet au moins de rassurer pour un moment les esprits. Jusqu'au prochain attentat, jusqu'au prochain mort. La douleur renaît alors, et la colère, et la fureur. Et la riposte vient qui sème à son tour la mort de l'autre côté, en attendant la prochaine bombe de kamikaze qui lui fera écho.
Devant pareil désastre, les hommes de paix s'interrogent sur les moyens de mettre un terme à cette violence toujours sanglante, toujours stérile. Mais tous les efforts demeureront vains s'ils ne prennent pas en compte cette donnée psychologique essentielle : le sentiment angoissé des Israéliens qu'en définitive, pour leurs ennemis, tout accord n'est qu'une étape vers la réalisation de leur objectif ultime : la destruction d'Israël. Sans doute il incombe aux Israéliens de mettre un terme, sans différer, aux souffrances et aux humiliations subies par les Palestiniens. Mais il appartient à ceux-ci et à leurs alliés de mesurer enfin que, aussi longtemps que demeurera vivant au cœur des Israéliens la conviction que leurs adversaires veulent la mort de l'Etat hébreu, rien ne sera possible.
Au moment décisif, l'homme d'Etat sait que c'est à l'imagination et au cœur qu'il faut s'adresser pour donner à l'histoire un cours nouveau. Le génie de Sadate fut de l'avoir un jour compris. Son exemple, hélas, paraît aujourd'hui oublié.
(Robert badinter est sénateur (PS) des Hauts-de-Seine.)
                      
15. Réponse à Badinter - Ni intention, ni culpabilité pour l'Etat israélien ! par Bernard Cornut "Jamais plus 2 poids et 2 mesures"
Je ne penses pas que M. Badinter soit allé lire dans les  écoles surchargées des camps de l'exil palestinien les "manuels d'histoire palestiniens" qu'il évoque. Ni tout simplement les bons livres d'histoire. Au tournant du siècle, Theodor Hertzl, l'auteur de l"Etat des Juifs" voulait obtenir du Sultan un accord pour créer en Palestine un "Jewish Colonial Trust", et quand, débouté et dérouté par l'option "Ouganda", il a du envisager une implantation au nord du Sinaï, il a demandé à faire étudier les gisements affleurants de pétrole à Suez. Les riches commanditaires de la colonisation juive visaient aussi le contrôle du pétrole et des terres en Mésopotamie, depuis que Rothschild avait dû céder ses parts du pétrole de Bakou en 1905. Et les forces qui soutiennent encore l'Etat israélien d'aujourd'hui contre le droit international sont d'abord des intérêts économiques impérialistes. Certes il y des illuminés et des gens simples et abusés qui se réfèrent aux vieilles écritures, mais seuls les comptes en banque font la force contre le droit. Tout le reste est manipulation mentale, instrumentation de l'irrationnel, des passions collectives.
Et quelle avanie que d'occulter toute intention dominatrice et meurtrière de l'Etat israélien: "Les balles perdues et des missiles aveugles suffisent" dit l'ancien ministre de la justice, au moment où des officiels israéliens proposent de tuer des membres de la famille des résistants kamikazes. Evoquer "tant de campagnes victorieuses" qui en fait suivaient des plans de conquête de l'Etat israélien, ouverts et plus généralement secrets, n'est-ce pas une apologie de la violence!  Golda Meir se servit d'Abdallah dans une collusion, parce qu'une armée arabe à la frontière, ça va lui servir à obtenir des soutiens financiers en 1948. En 1956 Ben Gourion se sert du pétrin algérien pour embarquer la France dans une collusion secrète à Suez. En 1967 les gesticulations de Nasser sur le détroit de Tiran, alors  que Haïfa et Ashdod importaient tranquillement des armes,  furent bien commodes pour cacher les plans tous prêts de destruction des aérodromes égyptiens, celles du roi Hussein pour  la reprise de la conquête de Jérusalem, où les plaques en hébreu furent aussitôt posées à l'Est. Dès juillet 72 le Mossad embarque la CIA et Kissinger dans une reprise de la déstabilisation au Kurdistan irakien, pour y occuper durablement l'armée irakienne, dans l'éventualité d'une nouvelle guerre au Moyen-Orient, voulue par les Majors du pétrole, face à la montée des nationalisations.  Dans les années 60 et 70 l'Etat israélien mobilise l'élite de la jeunesse sioniste en Europe, en Urss, aux Etats-Unis, pour infiltrer les appareils technologiques, militaires et étatiques. Pour déstabiliser le Liban, des agents israéliens organisèrent depuis longtemps des trafics en tout genre (cigarettes, produits pétroliers, armes, prostitution), pour appauvrir le Sud, lancer et relancer des guerres internes, pour préparer le terrain de l'invasion et de la tentative de soumission , relancées en 1982.
Ce qu'il faut demander à l'Etat israélien, ce n'est pas des "concessions", de "rendre les territoires", "d'abandonner les colonies de peuplement", des "renoncements", M. l'ex-ministre de la Justice, c'est l'application immédiate du Droit international, le retrait et l'évacuation militaire de tous les territoires occupés, en quelques semaines sous Ultimatum,  comme envers l'Iraq au Koweït par ce qui, comme tous les partis français l'ont dit à l'Assemblée la veille de la guerre du Golfe, doit être un précédent pour régler tous les problèmes au Moyen-Orient. Précédent désormais accompli là-bas avec des centaines de milliers de victimes civiles sans responsabilité personnelle, mais depuis 1991, sans suites pour une juste application aux occupations par l'Etat israélien. Et surtout il faudra  aussi de cet Etat israélien une reconnaissance de culpabilité pour tous ses plans secrets, pour tous les assassinats, les destructions, les bombardements décidés par un gouvernement restreint ou au complet. C'est à cette condition que la population abusée par cet Etat militaro-secret, pourra se délivrer peu à peu de son autisme tribal.
A lire votre article, M. Badinter, un lecteur peu informé ne verrait même pas l'occupation militaire, ni la résistance; ces mots n'y figurent pas ! La première violence, c'est l'occupation, le premier droit la résistance !
                     
16. Hébron, machine à fabriquer la haine par Pierre Barbancey
in L'Humanité du mardi 21 août 2001
Palestine - Hébron, en Cisjordanie, le face-à-face d'une poignée de colons juifs avec la population palestinienne exacerbe toutes les tensions.
L'armée israélienne, massivement déployée en plein centre de la cité et chargée de protéger les colons, multiplie les humiliations et les mesures vexatoires.
De notre envoyé spécial à Hébron.
La ville d'Hébron (al-Khalil pour les Arabes) est un cas d'école dans le cadre de l'occupation israélienne. Distante d'une trentaine de kilomètres seulement de Jérusalem, il faut franchir un barrage presque tous les kilomètres et les principales voies d'accès sont fermées, obligeant à des détours harassants par des routes en très mauvais état. 400 colons juifs se trouvent au centre de la ville où vivent des centaines de milliers de Palestiniens. Un millier de soldats de Tsahal sont déployés pour protéger les familles israéliennes, faisant régner l'ordre militaire et colonial, comme il se doit. Les mots ne sont pas trop forts. Quel que soit le drapeau, un occupant est un occupant. Comment nommer autrement une population ultra minoritaire qui s'arroge tous les droits, pourchasse, détruit et humilie presque quotidiennement tout ce qui est palestinien ?
L'eau est un des exemples les plus flagrants de ce qui se passe à Hébron. Les colons en dispose à profusion, arrosent leurs jardins, remplissent leurs piscines. Chez les Palestiniens, au contraire, c'est la pénurie. Il faut acheter le précieux liquide - lorsqu'on en a les moyens, ce qui n'est pas toujours le cas - et se rationner au maximum. Comme si cette discrimination ne suffisait pas, l'armée plonge certains villages des alentours dans la détresse la plus extrême. C'est le cas de Der Razeh (1 200 personnes). Pour s'y rendre, il faut traverser la route de contournement (on nomme ainsi les routes construites par Israël pour relier les différentes colonies sans avoir à traverser les villages palestiniens). Or, depuis plusieurs mois maintenant, celle-ci est interdite aux véhicules immatriculés en Palestine. Conséquence, impossible d'acheminer l'eau puisque les camions-citernes ne peuvent pas passer. Il aura fallu l'intervention de la Croix-Rouge pour que l'armée daigne laisser passer, il y a quelques jours, deux véhicules.
" C'est une vie de chien ", assure Charif Abou Awad, jeune neurologue à Hébron. " Mes enfants ont peur des soldats, ils sont devenus agressifs et font des cauchemars. Parfois les militaires entrent même à l'hôpital pour appréhender les blessés que nous sommes en train de soigner. Il y a trois semaines, un soldat m'a obligé à rester debout, au soleil, pendant trois heures. Sans raison. Comment puis-je tolérer cela ? " Charif n'en peut visiblement plus. " Nous vivons dans une grande prison. Pourquoi devons-nous souffrir ? ", demande-t-il. " Nous avons besoin d'honneur et de liberté. Ce n'est tout de même pas un crime de demander ça. " La paix ? " C'est un rêve. Bien sûr, il faut discuter. Mais avec qui ? Dans une ville comme Hébron il faudrait que je parle avec moi-même. Je deviendrai fou. " Son collègue neurochirurgien, Farid Al Batram, ne dit pas autre chose : " La vie n'a plus de sens ici. La haine est entrée dans chaque maison, dans chaque âme. Il sera difficile de revenir en arrière. " Il ajoute : " Quand je dois m'occuper d'un bébé de trois mois qui a reçu cinq balles dans la tête, comment parler de paix avec les juifs ? "
Dans ces conditions, faut-il s'étonner que la situation soit tendue à Hébron ? Il suffit de se promener dans la ville pour le sentir. Vendredi, à quelques heures du début de la grande prière pour les musulmans, une explosion se fait entendre. Une grenade détonante lancée par un soldat pour disperser des jeunes en colère : quelques minutes plus tôt, des colons sont venus, en toute impunité, jeter des pierres contre un magasin, dans la vieille ville. Aucun d'entre eux ne sera inquiété. En revanche, la patrouille militaire procède à un contrôle des papiers des Palestiniens qui passent dans les ruelles. Placide, un vieillard ne bouge pas de sa chaise. Sans même un regard il tend ses papiers d'identité et roule tranquillement un clope qu'il fourre dans son fume-cigarette. Le mépris est aussi une arme.
Majid Maraka, responsable du Fatah à Hébron dénonce la politique d'élimination physique des militants, menée par Israël. Le dernier en date, Imad Abou Sneineh a été abattu par une unité spéciale qui opère en territoire palestinien. " Nous assumons les attaques que nous menons contre l'armée israélienne ", dit-il. " Mais dans le cas présent il s'agit d'un meurtre. Lorsqu'il a été tué, il ne combattait pas ". Il poursuit : " La situation à Hébron empire chaque jour un peu plus. Le couvre-feu est presque permanent. Les habitants ne se sentent pas en sécurité. Les colons tirent sur nos maisons. Beaucoup de gens ont quitté les quartiers dangereux pour mettre leurs enfants à l'abri. Nous avons besoin d'une protection internationale, c'est-à-dire une force qui protège la partie faible et empêche le plus fort de soumettre l'autre. "
Le marché central est comme dévasté. Des fils de fer barbelés ont été disposés à même le sol. Des chaises en morceaux, des tables renversés, des étals sens dessus dessous témoignent des affrontements et de la rage de l'occupant. Les quelques observateurs internationaux qui se trouvent à Hébron ne sont guère mieux traités. Le TIPH (Temporary International Presence in Hebron), constitué en majorité de ressortissants norvégiens et chargé depuis plusieurs années par la communauté internationale de veiller sur cette cité où les tensions israélo-palestiniennes sont exacerbées, a été rebaptisé " Terrorist Information for Palestinian in Hebron " par les colons et comme le proclame une pancarte apposée directement sur le poste de Tsahal.
Peu de temps avant la fin du prêche, les soldats israéliens se déploient autour de la mosquée située dans l'enceinte du Tombeau des patriarches - là où un colon, Baruch Goldstein, avait fait un massacre en 1994. Un énorme camion blindé, sorte de vespasienne ambulante, arrive. Les militaires en descendent, sourire aux lèvres. · leur mine on comprend qu'ils comptent bien s'amuser. Lorsque les participants à la prière sortent, ils les canalisent à grands gestes et en criant, comme on fait avec des bestiaux. Puis c'est le contrôle dans l'arbitraire le plus total. Des hommes sont choisis dans la foule, donnent leurs papiers. Un soldat aboie, les force à se mettre contre un mur, pousse encore un coup de gueule pour les obliger à garder les bras ballants. L'humiliation, encore et toujours. La rentrée des classes doit avoir lieu dans quinze jours. Trois écoles sont encore occupées par l'armée israélienne. 2 000 enfants ne savent pas où ils vont aller étudier. Et les parents craignent pour la vie de leurs gamins. C'est la vie quotidienne à Hébron.
                          
17. Contre les attentats suicide, enterrer les kamikazes dans des peaux de porc ? par Serge Dumont
in Le Soir (quotidien belge) du lundi 20 août 2001

Alors que plusieurs Palestiniens ont été tués ou blessés ce week-end, Israël songe à de nouvelles mesures antiterroristes.
Week-end sanglant dans les territoires palestiniens. En Israël, on craint des attentats suicide. Les compagnies aériennes, elles, modifient leurs horaires pour éviter la nuit...
Le week-end a été violent dans les territoires palestiniens, où les incidents se sont multipliés. Dans la nuit de vendredi à samedi, ripostant à des tirs palestiniens ainsi qu'à des bombardements au mortier sur les colonies juives, les chars de Tsahal (l'armée israélienne) ont pénétré à deux reprises dans la banlieue de Khan Younis (au sud de la bande de Gaza) afin d'y attaquer un commando armé du Fatah (un mort et sept blessés palestiniens). Un bâtiment de la Sûreté nationale palestinienne soupçonné de servir de poste de tir contre l'implantation de Gouch Katif a également été rasé à coups de roquettes (trois blessés palestiniens dont un enfant).
A Rafah, un autre point chaud de la bande de Gaza où les accrochages sont quotidiens depuis le début de l'intifada, Tsahal a rouvert le couloir de passage entre l'Autorité palestinienne (AP) et l'Egypte fermé il y a six jours en raison des tirs incessants. Les incidents armés ont alors recommencé, faisant trois blessés et un mort palestinien (un adolescent âge de treize ans).
En Cisjordanie, les tirs de « snipers » palestiniens sur les véhicules de colons et les attaques de convois militaires de Tsahal ont repris de plus belle (deux blessés légers israéliens). Samedi soir, un autobus civil circulant dans les environs de Jérusalem a également été visé par les Palestiniens (une fillette de deux ans et un autre passager ont été blessés par balles). Dimanche, à Hébron, c'est un soldat israélien qui a été touché à son tour au cours d'une bataille de plusieurs heures avec les « Tanzim », les milices armées du Fatah.
A Jenine, la seule ville de Cisjordanie avec Naplouse à être placée sous bouclage permanent en raison du nombre de kamikazes qui y sont recrutés par le Hamas et par le Djihad islamique, Ahmad Moustafa Becharat, le chef local des « Tanzim », a été atteint de plusieurs balles au cours d'un déplacement. Le Fatah prétend qu'il a fait l'objet d'une tentative de liquidation mais Tsahal jure ne rien savoir de cet incident. En revanche, l'armée de l'Etat hébreu reconnaît que ses unités d'élite ont blessé trois membres de la Force 17 (la garde prétorienne de Yasser Arafat) au cours des combats qui se sont déroulés hier matin devant Ramallah. Et qu'ils ont également abattu un Palestinien et en ont blessé quatre autres qui tentaient de contourner les barrages placés autour de Naplouse.
En Israël même, l'alerte antiterroriste est plus que jamais d'actualité depuis l'arrestation, vendredi, de deux membres du Djihad islamique infiltrés dans l'Etat hébreu afin d'y commettre un attentat suicide au « City hall », la discothèque la plus fréquentée de Haïfa (nord du pays). Interrogés, les deux terroristes originaires de Jenine ont reconnu qu'ils voulaient perpétrer une tuerie plus importante que celle du 1er juin dernier au Dolfinarium de Tel-Aviv (vingt-trois morts).
Alerte antiterroriste maximale en Israël
Selon le Shabak (la Sûreté générale israélienne), une dizaine de candidats au suicide seraient actuellement en route vers une ville de l'Etat hébreu. La majorité d'entre eux ne réussira pas à franchir la « ligne verte » séparant le Cisjordanie d'Israël, mais les spécialistes de la lutte antiterroriste sont persuadés que quelques-uns arriveront à leur fin malgré les mesures de sécurité mises en place.
Voilà pourquoi le vice-ministre de la Sécurité intérieure Gideon Ezra (un député du Likoud - le parti d'Ariel Sharon - qui fut le «numéro deux» du Shabak au début des années nonante) a proposé hier deux nouvelles mesures susceptibles, selon lui, de freiner l'ardeur des kamikazes. La première consiste à liquider la famille des terroristes qui auraient réussi leur attentat. Quant à la seconde, elle consiste a les enterrer dans une peau de porc afin de les rendre impurs. Des propositions qui suscitent l'indignation de l'opposition de gauche mais que le conseil de cabinet, qui se réunissait hier, a promis d'étudier sérieusement.
                  
18. La paix au Proche-Orient réclamée comme rançon pour un Chagall volé
Dépêche de l'Agence France Presse du lundi 20 août 2001, 16h21
NEW YORK - Un groupe jusque là inconnu a revendiqué le vol d'une oeuvre de Marc Chagall dans un musée de New York en juin, dans une lettre réclamant la paix au Proche-Orient contre la restitution de l'oeuvre, a indiqué lundi un porte-parole du musée.
Le Musée Juif de New York a reçu quelques jours après le vol une lettre stipulant que l'oeuvre du peintre français d'origine russe "Etude pour un tableau sur Vitebsk" de 1914, dérobée début juin, ne serait restituée que lorsque la paix serait revenue entre Israël et les Palestiniens.
"Cette lettre nous rend l'espoir de récupérer l'oeuvre", a déclaré à l'AFP Anne Scher, porte-parole du musée. Elle a rappelé que l'institution offrait une récompense de 25.000 dollars à quiconque pourrait fournir des éléments permettant de retrouver le tableau.
Selon des sources policières anonymes citées par le New York Times, l'auteur de la lettre, dont on ne sait si c'est le voleur ou un complice, s'excuse pour l'embarras causé et assure que l'oeuvre est conservée dans de bonnes conditions.
Il y a dans la missive des éléments que seul la personne en possession du tableau peut avoir mais il n'est pas possible de déterminer si l'auteur de la lettre est pro-palestinien ou pro-israélien, ajoute-t-on de même source.
Le vol est revendiqué par un groupe jusque là inconnu se faisant appeler "Commission internationale pour l'art et la paix", qui ne donne pas davantage de précisions sur ses revendications.
La disparition de la toile avait été constatée le 8 juin par le gardien du musée, le lendemain du vernissage d'une exposition consacrée à Marc Chagall qui doit durer jusqu'au mois de septembre.
Le tableau, une huile de 10 x 25 cm représentant une scène d'hiver à Vitebsk (Bélarus), ville natale du peintre, appartient à une collection privée russe et est estimé à environ un million de dollars.
                  
19. Point sensible par Roland Bechmann (Camaret, Finistère)
publié dans la rubrique courrier des lecteurs du quotidien Le Monde du dimanche 19 août 2001

Le point essentiel que M. Barnavi n'évoque pas dans sa libre opinion (Le Monde du 8 août), c'est la politique systématique des implantations que, malgré l'esprit des accords et les engagements pris, les gouvernements successifs d'Israël ont mise en route et poursuivie, sous la pression de groupes minoritaires pour lesquels des textes datant de plusieurs milliers d'années sont des titres de propriété. (...)
Lorsqu'on regarde une des cartes que Le Monde a publiées, et qui montre le saupoudrage massif des implantations sur tous les territoires hors des limites que les traités ont accordées à Israël, on ne peut que conclure que cela a été délibérément planifié, créant une situation irréversible d'occupation, à moins d'accepter les drames que provoquerait l'expulsion de milliers de citoyens israéliens ou immigrants croyants ou non, qui ont été encouragés à s'y installer. Le caricaturiste du Monde avait touché un point sensible, en mettant cette situation, proprement explosive, en rapport avec les actions terroristes palestiniennes.
Les Juifs, ou classés comme tels, qui ont connu, en France, l'Occupation, et qui, comme moi, sont rentrés dans la Résistance, ne peuvent pas approuver une telle politique menant à une catastrophe inévitable. Et je ne pense pas que, dans leur majorité, interrogés individuellement, les membres de l'hétérogène "communauté juive" de France l'approuvent. Ce n'est pas seulement parce que cela nourrit l'antisémitisme, dont ils peuvent avoir à souffrir, mais simplement parce que cela va à l'encontre des valeurs de tolérance, de respect de l'homme, de démocratie, d'ouverture qui ont fait depuis longtemps de la France un pôle d'attraction pour beaucoup d'originaires de pays étrangers.
                      
20. Émergence de récits de torture par les Israéliens - Des groupes des droits de l'homme recensent de fréquents abus policiers contre les Palestiniens par Lee Hockstader
in The Washington Post (quotidien américain) du samedi 18 août 2001
[traduit de l'anglais par Laurent Cimasoni]

Bien que la Cour Suprême d'Israël ait décrété en 1999 l'illégalité de la torture, les militants des droits de l'homme relèvent l'utilisation de plus en plus fréquente par les policiers israéliens de méthodes brutales, voire racistes.
HUSAN, Cisjordanie – Il était presque une heure du matin, par une froide nuit de janvier, quand des soldats israéliens ont frappé à la porte de la famille Zaul dans ce village Palestinien en pagaille. «Ouvrez, c'est l'armée !» ont-ils crié.
Puis ils se sont rués à l'intérieur et ont attrapé Ibrahim Zaul, 15 ans, un garçon efflanqué portant une fine moustache. Zaul a été emmené à un poste de police israélien, où pendant les huit ou neuf heures suivantes, a-t-il dit, on lui a bandé les yeux et craché dessus, il a été insulté et menacé de mort, frappé avec les poings, avec des matraques et des crosses de fusils jusqu'à ce qu'il hurle, aspergé d'eau glacée et forcé de se tenir debout avec un lourd poids atrocement pendu à son cou.
«Je tombais à terre, et chaque fois que je tombais, ils me donnaient des coups de pied dans le dos», a-t-il dit dans un interview.
Il n'a pas fallu longtemps pour que Zaul cède: plus tard dans la matinée, il a avoué avoir lancé des pierres sur les troupes israéliennes, et a finalement passé quatre mois en prison.
Une douzaine d'adolescents environ, tous mineurs et la plupart de Husan ou des villages avoisinants, au sud de Jérusalem, ont donné des récits similaires d'arrestations, passages à tabac et torture par la police israélienne ces derniers mois. Leurs histoires, qui ne diffèrent que par des détails déchirants, ont été consignées par des organisations des droits de l'homme israéliennes et palestiniennes, qui les jugent crédibles.
Alors que le conflit israélo-palestinien traverse son chapitre le plus sanglant depuis une génération, des signes indiquent qu'une discipline déficiente et une atmosphère permissive dans les rangs des forces de sécurité d'Israël sont en train d'entraîner violence et abus envers les civils palestiniens. Opérant dans des conditions tendues et parfois mortelles dans les Territoires de Cisjordanie et de Gaza qu'ils occupent, et parfois attaqués par des tireurs ou des poseurs de bombes palestiniens, certains soldats et policiers israéliens semblent avoir fait passer leurs frustrations à coups de poings et de crosses de fusils, selon des groupes des droits de l'homme et des porte-parole de l'armée israélienne.
Les préoccupations de l'étranger se sont surtout concentrées sur la pratique israélienne d'assassinat des activistes palestiniens impliqués dans des attaques contre Israël, ou sur les attaques de représailles de l'armée israélienne contre les zones contrôlées par les Palestiniens. Mais l'augmentation des comportements violents des forces de sécurité, et la tendance du public israélien à les négliger, a mené certains Israéliens pacifistes – une nette minorité dans le climat actuel – à avertir de ce qu'ils appellent une mentalité grandissante d'occupation.
Plus largement, cela a suscité des doutes sur la capacité d'Israël à réaliser ses propres ambitions, être la seule démocratie au Proche-Orient à garantir des droits à l'occidentale dans le creuset du conflit sanglant entre arabes et juifs.
Pratiquement depuis sa naissance au milieu du 20ème siècle, Israël a clamé que lui seul dans la région tentait d'atteindre les niveaux occidentaux des droits de l'homme. Il soutint cet argument même pendant que le défunt Yitzhak Rabin encourageait l'armée à «leur casser les os» quand les Palestiniens ont organisé la première Intifada, ou soulèvement, à la fin des années 80. Et pendant des années, le principal service de sécurité intérieure, le Shin Bet, torturait régulièrement des détenus arabes. De plus, on refusait aux citoyens arabes d'Israël les droits de base dans les domaines du logement, du travail et de la possession de terre.
La Cour Suprême d'Israël a décrété en 1999 que la torture de prisonniers par le Shin Bet était illégale, et l'agence affirme avoir cessé cette pratique dans la plupart des cas. Des activistes des droits de l'homme et des libéraux ont fêté la décision à l'époque, la saluant comme un signe d'éclaircissement. Mais à présent, les mêmes militants disent que le conflit actuel est en train d'amener Israël à utiliser des méthodes brutales et à considérer les passages à tabac et les violences contre les Palestiniens non seulement comme nécessaires, mais comme acceptables. Certains Israéliens suggèrent que ces pratiques trahissent aussi une mentalité raciste.
«Toutes les guerres coloniales ont la même logique interne», a dit Uri Avnery, un vétéran du mouvement pacifiste israélien qui bat de l'aile. «Quand vous êtes des occupants qui dominent un autre peuple, vous avez besoin d'une raison morale pour cela, et la raison est qu'ils sont une race inférieure. Vous avez cette mentalité ici. C'est comme le Sud américain d'autrefois: si le shérif brutal est le héros et que le peuple inférieur est considéré comme devenant arrogant, comme violant nos femmes, alors c'est normal d'être brutal envers lui. C'est plus dur, en fait, de ne pas être brutal.»
Un des exemples les plus terribles est l'allégation selon laquelle au moins dix adolescents palestiniens, y compris Zaul, ont fait des aveux sous la torture au poste de police israélien de Gush Etzion au sud de la Cisjordanie. L'expérience a aigri certains des jeunes; l'un d'eux a déclaré à un journal israélien qu'il songeait à se venger contre Israël en commettant un attentat suicide.
Il y a eu récemment une vague d'autres incidents et allégations impliquant des passages à tabac et des abus par les soldats et la police israélienne, souvent à des postes de contrôle où ils règlent les mouvements quotidiens de dizaines de milliers de Palestiniens. La semaine passée, six soldats israéliens furent arrêtés, soupçonnés d'avoir soumis un groupe de Palestiniens de Cisjordanie, passagers d'un taxi, à une séance de deux heures de coups et d'humiliation, frappant l'un d'eux jusqu'à le rendre inconscient et forçant les autres, sous la menace d'une arme, à se diviser et à se frapper entre eux. Pour l'un des soldats, l'affaire a été abandonnée; les cinq autres pourraient se retrouver en cour martiale.
«Nous n'avions pas reçu de cas comme celui-là avant ce soulèvement palestinien», affirme Yael Stein, directeur de recherches pour le groupe des droits de l'homme israélien B'Tselem, faisant référence aux passages à tabac nocturnes et aux confessions forcées au poste de police de Gush Etzion. «Il y a eu des cas de coups et blessures auparavant par la police des frontières ou par des soldats, mais maintenant c'est différent, parce que ce ne sont pas juste des cas de simple brutalité. C'est une véritable torture.»
Comme les médias d'Israël, les journalistes étrangers et des organisations des droits de l'homme ont détaillé ce qui semble être une escalade de la violence, des officiers supérieurs de l'armée israélienne ont exprimé leur inquiétude, surtout quant aux dégâts potentiels à l'image de l'armée, et ont affirmé qu'ils menaient leur enquête.
L'armée a déclaré avoir lancé une campagne d'entraînement et d'éducation visant à dissuader les soldats de violenter les Palestiniens. Sur les dix derniers mois d'affrontement, huit cas d'abus présumés ont fait l'objet d'une enquête de la police militaire, d'après le porte-parole de l'armée, le lieutenant-colonel Olivier Rafowicz.
«Ce n'est pas facile, parce que partout en Cisjordanie nous sommes face à des attaques terroristes, à des voitures piégées, parfois à des kamikazes, parfois à des gens [apparemment] innocents, avec un âne ou un vélo, et qui cachent une bombe», dit Rafowicz. «Donc c'est un équilibre entre les besoins de sécurité et laisser les gens suivre leurs vies et leurs déplacements normaux. Certaines erreurs peuvent se produire. S'il y a des cas d'infractions claires contre les règlements, nous n'attendons pas les groupes des droits de l'homme pour commencer une enquête.»
Mais dans les cas impliquant la police, comme pour la pratique supposée de torture au poste de police de Gush Etzion, les officiels affirment qu'ils ne feront une enquête que si un Palestinien dépose personnellement une plainte spécifique auprès des autorités.
«Si nous n'avons pas de plainte ou de preuve, nous ne pouvons rien faire», dit Yaacov Gallanti, porte-parole de la branche du Ministère de la Justice chargée des enquêtes internes à la police. Pour le cas des adolescents palestiniens, Gallanti a affirmé que «seul l'un d'eux a porté des accusations, et celles-ci étaient très partielles.»
Dans la plupart des cas, les Palestiniens disent qu'ils hésitent à porter plainte devant les autorités israéliennes, soit parce qu'ils ne pensent pas que cela va susciter une réelle enquête, soit parce qu'ils ont peur.
Les récits de torture, de passages à tabac, d'abus et d'humiliations n'ont pas provoqué d'indignation dans le public israélien. Dans un nouveau sondage mené par l'université de Tel Aviv, presque la moitié des Israéliens interrogés ont affirmé que les soldats en uniforme et la police devraient être traités avec clémence s'ils violentaient les Palestiniens, ou ne devraient pas être sanctionnés du tout; 10% n'avaient pas d'opinion.
Le sondage a été mené juste après le récit dans les médias israéliens de cas où des soldats israéliens avaient détenu des Palestiniens aux barrages routiers, les avaient confinés dans leur voiture, au soleil et par de chaudes journées, et avaient perçu de petits pots-de-vin qualifiés de «taxes de passage» – des paquets de cigarettes, par exemple – aux postes de contrôle de l'armée.
Le journal israélien Ha'aretz, citant des officiers de haut rang de l'armée, affirme que les cas d'abus qui ont été révélés au grand jour ne représentent «que la pointe de l'iceberg, dans ce qui est en fait un phénomène bien plus large.»
Selon un rapport de B'Tselem, dont les porte-parole de l'armée ne nient pas le point essentiel, les six soldats arrêtés la semaine passée avaient bloqué deux taxis palestiniens le 23 juillet près d'Hébron, sur l'une des nombreuses routes que les Palestiniens utilisent pour contourner les barrages routiers d'Israël. Selon le rapport, les soldats, issus du bataillon Shimshon, les ont ensuite battus à coups de crosses de fusils et de casques. Un des Palestiniens a été frappé jusqu'à perdre conscience.
«Un des soldats m'a saisi par le cou et m'a fait lever», a dit l'un des hommes, Mohammed Salamin, un conducteur de taxi de 28 ans. «J'ai essayé de me retourner pour voir son visage, et alors il m'a giflé violemment et m'a ordonné de marcher sans regarder à gauche ni à droite... Pendant que je marchais, les soldats m'ont donné des coups de pied et de poing sur tout le corps.»
L'autre conducteur de taxi, Khaled Rawashdeh, âgé de 36 ans, a décrit comment les soldats avaient forcé les hommes à se diviser et à se frapper entre eux, puis avaient ordonné à un jeune passager de frapper les autres. «Il a refusé, mais les soldats ont menacé de le tuer sur-le-champ... Les yeux remplis de larmes, le jeune homme a commencé à nous frapper de son poing sur le visage et la tête. Il a essayé de frapper gentiment, mais l'un des soldats a pointé son fusil vers sa tête et lui a dit de nous frapper plus sérieusement. Ils lui ont dit de me frapper surtout moi. Il a cogné mon visage six ou sept fois.»
Quand les Israéliens ont enfin relâché leurs prisonniers, après environ deux heures, ils leur ont dit de disparaître.
«Ils ont ajouté qu'ils voulaient que nous sentions à quel point les pierres jetées sur les soldats pouvaient faire mal», a dit Rawashdeh. «Comme nous commencions à partir, certains des soldats ont commencé à nous jeter des pierres. Certaines des pierres ont atteint notre dos et nos jambes.»
             
21. Arabes-bourses : Le marché palestinien poursuit sa dégringolade, Doha progresse
Dépêche de l'Agence France Presse du samedi 18 août 2001, 15h05
RYAD - Le marché palestinien, subissant de plein fouet les répercussions de l'Intifada, a poursuivi sa dégringolade lors d'une semaine mitigée pour l'ensemble des bourses arabes, indique samedi un institut financier de Ryad.
L'indice al-Quds (Jérusalem) de la bourse palestinienne, qui a perdu 9,1% depuis le début du mois, a de nouveau piqué du nez, clôturant en baisse de 3,7% à 143,69 points "en raison du blocus économqiue imposé par Israël contre les territoires palestiniens", selon Bakheet Financial Advisors.
Sept autres marchés arabes ont réalisé des gains.
La bourse qatariote a enregistré la meilleure performance grâce à une envolée du titre de la compagnie des télécoms Q-tel, qui a progressé de 8,8%. L'indice CBQ a clôturé en hausse de 4,4% à 258,70 points.
En Jordanie, l'indice ASE a progressé de 3,5% à 150,08 points à la faveur d'une baisse des taux d'intérêts et de résultats positifs de plusieurs titres.
Dopé par de bons résultats semestriels annoncés par les principales compagnies, l'indice BSE du marché bahreini a gagné 3% à 1.799,80 points.
En Egypte, l'indice Hermes a clôturé en hausse de 1,6% à 5.619,18 points dans le sillage des actions de l'Egyptian Media City et d'Orascom télécoms.
Au Koweit, des bénéfices à la hausse annoncés par plusieurs entreprises et une abondance de liquidités ont orienté positivement l'indice KSE, qui a engrangé 1,5% à 1.726 points.
L'indice NCFEI de la bourse saoudienne, la plus capitalisée du monde arabe, s'est inscrit en hausse de 0,7% à 2.546,94 alors que l'indice NBAD des Emirats arabes unis a pris 0,3% à 2.439,11 points.
Le marché omanais a clôturé en baisse de 1,4%, l'indice MSM affichant 173,59 points en raison de prises de bénéfices.
Au Liban, la faiblesse de l'action Solidere, société privée chargée de la reconstruction du centre-ville de Beyrouth, sur fond de tension politique,  continue de plomber l'indice BLOM qui a de nouveau terminé en baisse de 1% à 440,10 points.
L'indice CSE de la bourse marocaine a chuté du même pourcentage, terminant la semaine à 629,10 points après la distribution de dividendes sur les principales actions.
L'indice TUNINDEX de la bourse tunisienne est resté pratiquement inchangé pour la deuxième semaine consécutive, clôturant en baisse 0,1% à 1.324,11 points.
                  
22. Rudes préparatifs pour la conférence de Durban : L'antiracisme piégé par le sionisme et l'esclavage par Christophe Ayad
in Libération du vendredi 17 août 2001
Le prochain sommet contre le racisme bute sur la mise au ban d'Israël et l'indemnisation de la traite.
Plus que deux semaines avant l'ouverture de la Conférence mondiale contre le racisme de Durban, et nul ne sait encore si elle va tourner à la foire d'empoigne ou se terminer par un catalogue de bonnes intentions. Kofi Annan, le secrétaire général de l'ONU, ne pensait sûrement pas que le thème de cette conférence soulèverait des problèmes tels que les Etats-Unis en viennent à menacer de boycotter l'événement, ce qui porterait un rude coup à sa crédibilité. Les réunions préparatoires, destinées à mettre au point le document qui sera adopté à Durban, ont mis à jour des fractures profondes. La dernière réunion s'est achevée la semaine dernière à Genève, sans parvenir à un compromis.
Rapport de force. C'est la question du sionisme qui a déclenché la polémique la plus violente. Les pays arabes et musulmans, gonflés à bloc par l'Intifada, ont fait de l'assimilation du sionisme à «une forme de racisme» un cheval de bataille (1). Une position inacceptable pour les Etats-Unis et l'Europe qui considèrent qu'elle remet en cause l'existence même d'Israël. Face aux menaces de boycottage de Washington, les pays les plus modérés du groupe arabe, Egypte en tête, ont proposé des expressions comme «les pratiques racistes du pouvoir occupant» ou «la discrimination raciale contre les Palestiniens». «Une formule mentionnera la situation des peuples sous occupation», assure un diplomate. Reste à savoir si Israël sera explicitement évoqué. «Cette question va être négociée jusqu'à la dernière minute. Le résultat dépendra de l'équilibre général du texte et du rapport de forces du moment.» Il dépendra aussi des derniers développements dans les territoires palestiniens et en Israël.
En attendant, chaque camp fait monter les enchères. Les Etats-Unis n'ont toujours pas formellement confirmé leur probable participation. Et la Ligue arabe a répété mercredi que la conférence devait «nécessairement traiter la question du racisme manifesté par la partie israélienne envers les Arabes», ajoutant que «la souffrance des juifs dans le passé ne leur donne pas le droit de se montrer racistes envers les autres». Une déclaration destinée à montrer à l'opinion arabe que l'heure des compromis n'avait pas sonné, alors que Mary Robinson, la haute-commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme, fait de l'abandon de cette question une condition du succès de la conférence qu'elle présidera. Un responsable du ministère sud-africain des Affaires étrangères a d'ailleurs vendu la mèche cette semaine en annonçant que le sionisme ne figurerait pas à l'ordre du jour de la conférence.
Explosif. C'est que Pretoria a d'autres priorités en tête, plus proches des préoccupations des pays africains, principaux supporters de la conférence qu'ils considèrent comme une occasion historique: celle de demander que l'esclavage soit reconnu comme un «crime contre l'humanité» et d'obtenir des compensations financières pour les trois siècles de traite des Noirs, sur le même modèle que celles obtenues par les juifs victimes de la Shoah. Ce dossier explosif embarrasse les Européens au premier chef, puisqu'ils sont les principaux responsables de la traite d'une quinzaine de millions d'esclaves africains, sans compter ceux qui sont morts durant le voyage. Quant aux Etats-Unis, ils sont soumis à une forte pression du Black Caucus, le lobby afro-américain au Congrès.
Sur la question de l'esclavage, dont nul ne conteste la pertinence, le résultat est plus difficile à prévoir. D'une part, le front des pays africains n'est pas uni. Les anglophones, comme le Ghana et le Nigeria (2), défendent une position maximaliste tandis que les francophones se contenteraient d'une reconnaissance morale et de «regrets». Le Sénégalais Wade vient de faire savoir, avec son franc-parler habituel, qu'il était opposé à des réparations pécuniaires: «Nous subissons encore aujourd'hui les effets de l'esclavage et les effets de la colonisation, on ne peut pas évaluer ça en termes monétaires. Je trouve ça non seulement absurde, mais aussi insultant.»
Les débats s'annoncent confus car même les ONG ne sont pas toutes sur la même longueur d'onde: l'initiative de Gorée, adoptée en juin à Dakar par un certain nombre d'activistes africains sponsorisés par le colonel Kadhafi, étend même l'idée de réparations au «colonialisme». Le fait que la conférence se tienne à Durban, en terre africaine selon l'idée de Mary Robinson, pourrait avoir un effet d'entraînement dont les diplomates occidentaux se méfient. Déjà, ils aiguisent leurs arguments en cas de conflit frontal sur la question des réparations: «Il ne faut pas que cette conférence serve à réécrire l'histoire, explique un négociateur français. Certes, la traite transatlantique marque le passage à un rythme industriel, mais les Européens n'ont pas "inventé" l'esclavage. Dans ce cas, qu'on parle aussi du rôle des négriers arabes...» Les Européens font par ailleurs remarquer qu'ils sont les premiers bailleurs de fonds de l'Afrique.
Equilibriste. Sionisme, esclavage, colonialisme, etc. la conférence de Durban ressemble à une boîte de Pandore. Après les Arabes, les Africains et les Américains, c'est au tour des Indiens de menacer de ne pas ratifier la déclaration de Durban si elle condamne explicitement le système des castes. La rédaction du document final s'annonce particulièrement ardue, tant les mots recouvrent des réalités complexes. L'exercice d'équilibriste est permanent: à l'image de la déclaration d'hier du Comité de l'ONU pour l'élimination des discriminations raciales, renvoyant dos à dos les Etats-Unis et la Chine, respectivement sur le traitement des minorités dans les prisons et le sort des Tibétains et des musulmans. Les deux textes en discussion pour Durban (une déclaration et un programme d'action) seront parmi les plus longs documents produits par l'ONU: 170 paragraphes pour le premier et 260 pour le second! A ce compte-là, même les employés de l'ONU vont avoir droit à une mention: depuis quelques jours, une pétition circule dans les couloirs du palais de verre à New York pour dénoncer les discriminations dont souffrent les fonctionnaires africains en termes de nombre de postes et de responsabilités....
(1) En 1975, l'Assemblée générale de l'ONU avait adopté une résolution allant dans ce sens. Annulée en 1991.
(2) Le Nigérian Moshood Abiola fut le principal promoteur de l'idée de réparations. La conférence qu'il avait organisée en 1990 à Lagos les avait chiffrées à 25 milliards de dollars et avait proposé qu'une partie soit payée sous forme d'annulation de dettes.
               
23. Propos entendus
in Ha'Aretz (quotidien israélien) du vendredi 17 août 2001
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
"Je pense qu'Arafat conduit son peuple à un holocauste." Le ministre (israélien) de la défense  prophétisant, mais en se gardant de préciser qui assurera l'exécution de l'holocauste auquel il fait allusion.
"Notre simple présence ici amènera croissance et (développement du) tourisme." Le général Gabi Ophir, chef du Commandement du Front Intérieur, lors d'une cérémonie d'inauguration du centre inter-disciplinaire d'étude des catastrophes majeures, dans le village d'Abu Ghosh, près de Jérusalem.
"Nous n'avons pas besoin des Russes, nous en bavons assez comme çà avec les Arabes." Le rabbin Yosef Bar Shalom, doyen des rabbins de Bat Yam, au sujet de la question démographique.
                   
24. Les exportations vers l'Union européenne chutent de 17 %, le commerce avec la Jordanie double par Moti Bassok
in Ha'Aretz (quotidien israélien) du jeudi, le 16 août 2001
[traduit de l'anglais par Monique Barillot]

Les exportations vers l'Union européenne - partenaire commercial principal d'Israël- ont chuté de 17% en juin par rapport à mai, selon les chiffres communiqués hier par le Bureau Central de Statistique. L'UE représente le tiers de toutes les exportations israéliennes et est de loin la plus grande source des importations d'Israël.
Les Etats-Unis représentent 29 % des exportations et 25 % des importations. 15 % des exportations se font vers l' Asie du Sud-Est et 14 % des importations viennent de cette région. Au total, Israël a exporté la valeur de12.1 milliards de marchandises et des services (à l'exclusion des diamants) dans les sept premiers mois de l'année, tandis que Les importations (excluant les diamants) se sont élevées à 17.1 milliards de $ pour la même période.
Les exportations vers l'UE dans les sept premiers mois de l'année se sont élevées à 4  Milliards de $ et les importations de l'UE ont atteint 6.9 milliards de $. Pour le même La période, les exportations vers les Etats-Unis étaient de 3.5 milliards de $ et les importations de 3.8 milliard de $ . Les exportations vers les Etats-Unis ont chuté de 15 % pendant les deux derniers mois, après une chute de 28 % pendant la période de février à mai. Les Importations en provenance des Etats-Unis ont baissé de 12 % en juin et juillet, après une(baisse de 16 % entre février et mai. Les exportations vers l' Asie ont perdu 3%, tandis que des importations d'Asie ont aussi perdu 7 %.
Bien que le volume commercial sont minuscule en comparaison des partenaires traditionnels évoqués plus haut, il faut noter cependant que le commerce avec la Jordanie voisine s'est  amélioré au cours des sept premiers mois de 2001, tandis que le commerce avec l'Egypte s'est détérioré. Les exportations vers la Jordanie pendant la période de Juillet-janvier ont presque doublé, et sont passées de 20.3 millions de $ (juillet-janvier 2000) à 39.7 millions de $.Les  importations du royaume Hachémite ont progressées de 18.8 millions de $ à 23.5 millions de $. Les exportations vers l' Egypte ont chuté de 37.6 millions de $ dans les sept premiers mois de 2000 à 30.2 millions de $ dans la même période cette année, tandis que les importations ont Légèrement baissé, de 12.9 millions de $ à 12.1 millions de $.
              
25. Sharon tente de dissimuler son échec politique en abusant du cliché du "terrorisme" par Robert Fisk
in The Independent (quotidien britanique) du dimanche 12 août 2001
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
Les Palestiniens, brutalisés et écrasés, ont perdu la seule chose qui les retenait encore : la peur
La semaine dernière, Ariel Sharon a utilisé le mot "terrorisme" cinq fois dans un même paragraphe. Terreur. Terrorisme. Terreur généralisée. Terreur : arabe... bien entendu. Même la BBC en est revenue au bon vieux lexique israélien : son envoyé spécial, "couvrant" les enterrements des Israéliens tués dans l'attentat suicide - atroce - de la semaine dernière (dans une pizzeria de Jérusalem, ndt), parlait de "terrorisme palestinien". Ce n'est pas un mot que la BBC ait utilisé, que l'on sache, lorsqu'un groupe de colons israéliens a assassiné un bébé palestinien et deux autres membres de sa famille, il y a tout juste une semaine. "Terreur" est devenu désormais une sorte de signe de ponctuation du discours et un mot passe-partout, employé à tout bout de champ fin de tromper l'opinion.
Ce mot cache, en effet, aussi bien aux yeux des Israéliens qu'à ceux du reste du monde, une réalité importante du conflit palestino-israélien, qui ne fait qu'émerger à peine : cette réalité, c'est que les Palestiniens n'ont plus peur. C'est la leçon fondamentale que les Israéliens n'ont pas encore assimilée et à laquelle l'administration américaine - décidément incorrigible, elle croit encore que Sharon peut "taper" sur les Palestiniens assez fort pour les amener à résipiscence, mais assez habilement afin d'éviter tout massacre de grande envergure - n'a strictement rien compris.
Ehud Barak avait promis de casser l'intifada, en octobre dernier. Ariel Sharon a été élu, quant à lui, en février, grâce à sa promesse d'assurer la "sécurité" d'Israël. Barak avait, on le sait, échoué. Sharon vient d'échouer.
L'attentat suicide de la semaine dernière, à Jérusalem, ne représentait pas seulement un indice de la cruauté palestinienne. C'était aussi le résultat d'un échec catastrophique de la police et de l'armée israéliennes. Tout au long de la semaine précédente, tout Arabe déambulant seul dans les environs de la rue Jaffa était systématiquement arrêté et interrogé. Deux jours, tout juste, avant le massacre de la pizzeria, j'ai vu des soldats (israéliens) tirer un travailleur palestinien dans un coin sombre de la rue Ben Yehuda (à deux cents mètres du restaurant), et vingt-quatre heures seulement avant l'attentat, j'ai vu sept Palestiniens alignés pour interrogatoire par la police israélienne des frontières dans une rue adjacente. Cela n'a pas empêché que, le mercredi, un Palestinien croulant sous le poids des explosifs, des boulons et des clous, a réussi à pénétrer dans un établissement bondé de femmes et d'enfants.
Il est exact de dire que les Israéliens ont réussi à prévenir et à déjouer des attentats en grand nombre. L'assassinat par les Israéliens d'un membre du Hamas, à Tulkarem, il y a juste une semaine, pourrait bien avoir coupé court à un attentat suicide à Tel Aviv. Mais un kamikaze parvient, tôt ou tard - mais toujours - à ses fins. Les marques palestiniennes de réjouissance à l'annonce de l'attentat - les tirs en l'air, les distributions de confiseries, les danses dans les ruelles des camps de réfugiés au Liban - étaient (évidemment) grotesques et obscènes. Mais, à leur manière - terrible - elles étaient porteuses d'un message terrifiant : les Israéliens, tout innocents fussent-ils, aussi jeunes soient-ils, on peut les faire souffrir, tout comme on a fait souffrir des Palestiniens innocents.
Cela n'est peut-être pas encore compréhensible pour les Israéliens eux-mêmes. Lorsque des enfants palestiniens étaient abattus comme des lapins par des soldats israéliens contre lesquels ils lançaient des pierres - ou, bien souvent, parce qu'ils se trouvaient dans un coin où des pierres avaient été lancées - les porte-parole israéliens avaient inventé le mythe des "sacrifices d'enfants". Les Palestiniens, auraient-ils voulu nous faire "avaler", "envoyaient délibérément leurs fils et leurs enfants choyés se faire tuer pour les beaux yeux de l'"archi-terroriste" Yasser Arafat". Vendredi soir, Dore Gold, porte-parole du gouvernement israélien, a annoncé que les Palestiniens de M. Arafat - en effet, à ses yeux, il semble n'y avoir aucune différence entre l'Autorité palestinienne, le Hamas et le Jihad islamique - visaient délibérément les enfants israéliens. Ainsi, quand des enfants palestiniens meurent, c'est la faute à Yasser Arafat. Et quand des enfants israéliens meurent, c'est la faute à...  Arafat Yasser !
La vérité, cependant, c'est qu'Israël est en train de traverser une crise de perte du sens des réalités. En refusant de reconnaître que leur armée occupe la terre de quelqu'un d'autre, que leurs Juifs "implantés" - le terme de "colon", utilisé en français, est mieux adapté, car il s'agit bien d'une politique coloniale - construisent des maisons sur des terres arabes à un rythme toujours plus accéléré, qu'ils ont toujours dénié aux Palestiniens une capitale sur la plus modeste partie de Jérusalem qui soit, les Israéliens ont fini par se persuader eux-mêmes qu'ils sont "en état de siège"...
Ce qui se passe, en réalité, c'est que les vieux schémas se sont écroulés. Durant des années, après la guerre de 1967 qui a abouti à l'occupation par Israël de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et du plateau du Golan, les Palestiniens vivaient dans un état proche de l'humiliation végétative. Ils travaillaient pour leurs nouveaux seigneurs et maîtres israéliens, ils bâtissaient les colonies juives sur la terre de la Palestine pour leurs colonisateurs, les Israéliens. Ils trempaient dans la collaboration sur une grande échelle. Je me rappelle avoir rencontré à Jérusalem, en 1976, deux Palestiniens ouvertement employés par Israël en qualité de "policiers". Au sud-Liban, la moindre incursion israélienne faisaient s'égayer les "guérilleros" palestiniens, en proie à la panique, vers le nord... : jusqu'à Beyrouth. Si c'était un samedi, ils arrivaient, leurs flingues sous le bras, et envahissaient les cinémas de la ville, pour la séance de l'après-midi, surtout si un film de guerre était au programme. Forts en gueule, couards, les Palestiniens faisaient ce que les Israéliens voulaient qu'ils fissent. Ils étaient dans une grande mesure soumis, ils baissaient les yeux, ils "s'écrasaient".
Que le Liban y soit pour quelque chose - l'exemple de la victoire du Hizbollah sur l'armée israélienne est toujours l'objet des conversations quotidiennes à Gaza - ou que leur propre dépossession et leur propre défaite soient devenues tout simplement trop dures à avaler, les Palestiniens ont compris, en y mettant le temps, qu'ils n'avaient plus aucune raison de continuer à obéir. Ainsi, après les premiers assassinats de jeunes Palestiniens lanceurs de pierres, l'année dernière, les Palestiniens ont commencé à répliquer. Les attaques des chars israéliens se voyaient opposer des tirs de mortiers palestiniens. Les attentats suicides des Palestiniens se voyaient opposer les escadrons de la mort israéliens, dont les exactions ne faisaient qu'entraîner de nouveaux attentats-suicides palestiniens. Le cliché favori du président Bush, sa marotte, celle du "cercle vicieux de la violence" est - une fois n'est pas coutume - exact. Autrefois, tout Palestinien qui osait résister à Israël était écrasé sans merci. Il n'y avait pas d'"enchaînement". Non, tout ce qu'il y avait, c'était : la répression. Point final. "Le langage de la force", comme disaient les Israéliens. M. Sharon y croyait ferme.
Lorsqu'il pratiqua cette politique, en 1982, au Liban, cela aboutit à la tragédie, pour Israël, pour les Libanais et pour les Palestiniens. Mais M. Sharon n'a rien appris. Le vieil homme croit toujours qu'il va pouvoir "donner une bonne leçon aux Palestiniens" - même si cela doit impliquer de re-apprendre la même leçon à cet autre vieil homme de la guerre du Liban : M. Arafat. Mais la leçon est dépassée. L'opinion publique israélienne voudrait quelque chose comme la réoccupation de la totalité de la Cisjordanie et de Gaza - puisqu'Israël est soi-disant soumis à un "siège" palestinien, elle ne comprend apparemment pas que la plus grande partie de la Cisjordanie et de Gaza est déjà occupée, de toute manière - et elle va même jusqu'à réclamer, pour le dire avec les mots d'un Israélien rescapé de l'attentat de la semaine dernière, la "stérilisation" des territoires palestiniens... Certains officiers supérieurs de l'armée israélienne ont la notion que ce serait une folie.
Ainsi, M. Sharon est tiraillé entre deux animaux puissants, ses supporters d'extrême-droite et son armée. C'est ce qui explique que les "représailles" de l'attentat de jeudi aient comporté la destruction d'une caserne de la police vidée de ses occupants et la confiscation de la seule institution, à Jérusalem, qui eût été susceptible de contribuer à un rétablissement de la paix : la Maison de l'Orient. Si M. Arafat a promis à son peuple une nation et si la "livraison" n'a pas suivi, de même M. Sharon a promis à son peuple la sécurité - et les Israéliens l'attendent encore.
Il faudra bien un jour que les Israéliens regardent le problème en face. Quand un peuple perd sa peur, rien ne lui fait plus jamais peur. Vous ne pouvez pas faire une piqûre de rappel de peur à un peuple que vous maintenez sous votre joug et qui n'a plus peur. C'est impossible. Ainsi, un pouvoir israélien absolu se retrouve confronté à un peuple vulnérable, mais irrédent. Et comme tout belligérant le sait pertinemment, lorsque votre ennemi n'a plus peur, vous ne pouvez pas être victorieux.
                    
26. L'intifada a contribué à affaiblir l'économie israélienne - Déclin économique, taux de croissance au-dessous des niveaux escomptés, plus longue récession jamais traversée par l'économie israélienne par Amjad Al-Tamimi
in Al-Quds Al-Arabi (quotidien arabe publié en Grande Bretagne) du jeudi 9 août 2001
[traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]

(Amjad Al-Tamimi est un chercheur palestinien. Cet article a été publié dans la revue "Les banques en Palestine" -Al-Bunuk fi Filastin- publiée par l'Union des banques palestiniennes.)
Après avoir connu plusieurs années de dynamisme, de prospérité et de stabilité, au cours desquelles elle avait pu maintenir des taux de croissance honorables, l'économie israélienne est affectée par l'intifada, qui a commencé le 29 septembre 2000. Celle-ci, produisant une sorte d'effet de tempête brutale, a plongé cette économie dans une crise profonde, plongeant le pays dans une récession sans précédent, et dans une atmosphère faite d'expectative anxieuse, dans une sorte de méfiance jamais encore rencontrée.
La crise et ses effets ne se limitent pas à quelques secteurs particuliers, mais elle s'étend à toutes les branches de l'économie, où elle produit des dégâts très importants, les instances gouvernementales et privées de l'Etat hébreu étant impuissantes dans leurs tentatives pour sauver ce qui peut encore l'être et éviter au maximum les pertes.
Sans doute la démission du conseiller économique du premier ministre Ariel Sharon, qu'il a présentée à la fin du mois de juin, neuf mois après le déclenchement de l'intifada d'Al-Aqsa, est-elle un indice significatif de la profondeur de la crise généralisée qui affecte l'économie israélienne, ainsi qu'une preuve tangible de l'incapacité du gouvernement Sharon à y faire face.
Des économistes israéliens décrivent la présente crise, qui n'entrait absolument pas dans les prévisions tant du secteur privé que du gouvernement, comme la plus durable qu'ait connu l'Etat hébreu. Ils craignent qu'elle n'anéantisse une prospérité qui s'était renforcée et avait atteint son apex au cours de ces dernières années.
Dans ce contexte, le président de l'union des chambres israéliennes de commerce, M. Guellermann, s'attend à ce que l'année actuelle représente la crête de la vague, suivie d'une forte pente descendante vers les valeurs "négatives". En effet, on s'attend à ce que les records économiques négatifs soient battus avant même la fin de l'année en cours, la raison première en étant l'intifada palestinienne. D'après M. Guellermann, "on s'achemine vers une récession qui sera la plus longue de l'histoire d'Israël, la croissance du PNB n'étant que de un pour cent, ce qui signifie une croissance négative des revenus individuels de l'ordre de 1,5%", en précisant que ce taux de croissance est le plus bas jamais enregistré depuis 1996.
Les analyses, les données statistiques, les sondages et les rapports publiés par diverses instances économiques israéliennes convergent sur une récession durable, les mois à venir ne seront pas meilleurs que les mois passés, l'économie aura besoin d'une longue période de convalescence avant de retrouver la stabilisation et la croissance et de sortir de l'impasse dans laquelle l'ont plongée les politiques suivies par le gouvernement israélien, politiques qui ont contraint les Palestiniens à déclencher une guerre d'usure contre l'occupation, les institutions et l'économie d'Israël.
En face, certains analystes palestiniens pensent que cette guerre d'usure commence à porter ses fruits, et même à produire des effets qui ne laissent pas de surprendre, dont le moins éloquent n'est pas l'importance des pertes subies par l'économie israélienne, qui dépassent les deux milliards de dollars, c'est-à-dire l'équivalent de 2% du PNB israélien.
Recul de la croissance
En comparaison avec un taux de croissance proche de 6% avéré de façon continue au cours de l'année écoulée, les projections de croissance sont décourageantes pour les Israéliens en ce qui concerne l'année en cours, puisque les projections des analystes économiques sont unanimes sur le fait que le taux de croissance escompté pour l'année 2001 ne dépassera en aucun cas les 2,5%. C'est ce à quoi s'attend le responsable de la banque Apoalim, la plus importante en Israël, Bitahay Barshavit, qui a déclaré que "la croissance ne dépassera pas 2,5% cette année".
Le ministre de l'économie, Sulivan Shalom s'est livré à un pronostic allant dans le même sens, affirmant devant une délégation du Fonds Monétaire International venue en visite dernièrement à Tel Aviv, que la croissance se situera dans une fourchette entre les 2% et les 2,5% cette année.
La directrice du service de l'économie et des revenus, du Ministère du budget, Gal Yam Tsifi, ainsi que son adjointe Ferd Dar, ont exprimé avec une amertume difficilement dissimulée leur préoccupation au sujet de ces sombres prévisions, indiquant que le taux de croissance, au cours du premier trimestre 2000, qui a atteint 1,7% seulement, est très décevant non pas seulement parce qu'il est très bas, mais aussi parce qu'il est attribuable avant tout à l'augmentation de la consommation des ménages.
La délégation du FMI avait préparé une déclaration mettant en évidence le fait que l'économie israélienne ne croîtrait que de 1,5% à 2% en 2001, et que l'inflation resterait dans le cadre de l'objectif visé par le gouvernement, soit de 2,5 à 3,5%.
Le tourisme
Le secteur du tourisme est sans doute, de tous les secteurs de l'économie israélienne, celui qui pâtit le plus de la crise, particulièrement à cause de l'échec des nombreux efforts déployés par les gouvernements israéliens successifs afin d'inciter les touristes étrangers de venir visiter l'Etat hébreu, au moyen de campagnes de promotion touristique quelque peu cosmétiques, tendant à faire passer une image de stabilité et de sécurité.
La dégradation de la situation a entraîné un recul marqué de l'activité du secteur touristique, dû particulièrement à la réticence des touristes à venir en Israël. Le nombre des touristes a diminué de moitié depuis la fin de l'année dernière. Le secteur hôtelier a subi des pertes énormes, qui ont contraint 25 hôtels à fermer leurs portes, tandis que les institutions touristiques se voyaient contraintes à licencier 28 000 de leurs employés.
Il ressort des données publiées par l'institut de la statistique israélien que le premier trimestre 2001 a connu une baisse de 50% dans les revenus du tourisme. Le mouvement des passagers à l'aéroport Ben Gourion a diminué de 7,4% depuis le début de l'année, ce qui a contraint la compagnie nationale israélienne El Al à supprimer environ une vingtaine de ses lignes en direction d'une dizaine de destinations de par le monde, et à licencier des milliers d'employés, afin de limiter les pertes économiques subies depuis le début de l'intifada.
Certaines compagnies aériennes étrangères ont annoncé la réduction du nombre de leurs vols à destination d'Israël. Elles ont aussi souvent interdit à leurs avions de stationner en Israël durant la nuit (en attendant le voyage retour le lendemain matin, ndt) (pour des raisons de sécurité, notamment de l'équipage, ndt).
Le ministre israélien du tourisme, Raabaam Z'evi, a reconnu que le secteur du tourisme connaît une situation extrêmement difficile et qu'il a enregistré des pertes énormes, en raison de l'intifada, pertes que l'institut des statistiques israélien évalue à trois milliards de shekels depuis le début de l'année, ce qui a amené M. Z'evi à demander au ministère du budget un budget exceptionnel additionnel d'un montant de 70 millions de shekels afin de soutenir le tourisme, et de trouver un montage financier exceptionnel afin de venir en aide aux milieux du tourisme, notamment afin de prévenir la dégradation des infrastructures et de tirer les établissements hôteliers et touristiques de leur mauvaise passe financière.
Le ministère du tourisme a pris des mesures afin de limiter les conséquences de la crise en doublant son budget consacré au tourisme interne, tandis que les tour-opérateurs étrangers lui demandaient des indemnités s'élevant globalement à 60 millions de shekels afin de les dédommager de leur manque à gagner.
Des membres de l'Union des compagnies de tourisme ont révélé, au cours d'une réunion avec le ministre Ze'ivi, que le chiffre d'affaires de 80 compagnies membres de l'Union s'élèvera à 150 millions de dollars cette année, alors qu'elles escomptaient réaliser un chiffre d'affaires de 525 millions de dollars.
Ces compagnies ont également exigé des indemnités correspondant à 50% du déficit d'exploitation sur l'exercice ayant débuté en octobre 1999 et clos à la fin septembre 2000, ainsi que des indemnités correspondant à l'exercice en cours.
Selon ces calculs, le manque à gagner sur la haute saison touristique (passée) s'établit à environ 500 millions de dollars, les coûts d'exploitation à 40 millions de dollars, la perte de bénéfices sur l'année 2001 à 150 millions de dollars, et les coûts d'exploitation à 12 millions de dollars.
Le commerce
En ce qui concerne les diverses branches du commerce et des services, les prévisions ne sont pas meilleures que dans les autres secteurs économiques. Les données récemment publiées par l'union israélienne des chambres de commerce indiquent que le taux de croissance du secteur commercial et des services sera le plus bas depuis 1989 et se limitera à 1,5%, contre 4,5% escomptés. Les économistes de l'Union ont indiqué que "les branches du commerce et des services croîtront seulement de 1,5%. Il s'agit de la croissance la plus faible enregistrée depuis douze ans."
Ils ont expliqué que les branches du commerce et des services, en particulier du secteur marchand, étaient les locomotives de la croissance du secteur privé israélien au cours des années de stagnation (de 1996 à 1999), grâce à un taux de croissance annuelle qu'ils ont estimé à 6,2%, en moyenne, estimant que le recul d'un quart des branches du commerce et des services, qui avaient progressé au cours de l'année écoulée, marque un retournement de tendance préoccupant.
Le déficit de la balance commerciale extérieure d'Israël est passé, en avril dernier, à 1,057 milliards de dollars, à comparer avec les 782 millions de dollars enregistrés au cours du même mois de l'année précédente, ce qui représente le plus important déficit commercial enregistré par Tel Aviv depuis août 1999.
Au cours du premier trimestre de cette année, le déficit extérieur s'est élevé à environ 3,067 milliards de dollars, à comparer aux 2,456 milliards de dollars de la période comparable de l'année dernière, d'après les indications de l'institut de la statistique israélien, qui a fait savoir que les exportations israéliennes à destination des Etats-Unis ont chuté de manière importante depuis le début de l'année, du fait de l'intifada palestinienne.
Les données statistiques font apparaître que les exportations à destination des Etats-Unis ont chuté, au cours du premier tiers de l'année, à un rythme de 14,8% annuels, à comparer avec la période similaire de l'année dernière, tandis que le volume des importations israéliennes en provenance des Etats-Unis connaissait une croissance d'environ 2,5%.
Le directeur de l'Union israélienne des chambres de commerce, Yossi Shusik, ne cache pas son pessimisme face à la situation économique actuelle. Il déclare que "même si l'intifada s'arrêtait aujourd'hui, il faudrait au minimum huit mois pour remettre l'économie sur les rails."
L'industrie
Le secteur industriel a connu, lui aussi, des pertes importante. Ce qui distingue ce secteur des autres secteurs de l'économie israélienne est sa grande dépendance du marché palestinien et l'orientation de ses débouchés vers ce marché, les exportations israéliennes en direction du marché palestinien représentant environ 8% du total des exportations israéliennes.
Le secteur industriel a connu un effondrement au cours des premiers mois de l'année 2001. L'Union israélienne des chefs d'entreprises industrielles a déclaré que la situation difficile que traverse le secteur industriel est appelée à durer. Il est question de stagnation et de régression de la production, de réduction des effectifs de personnes employées, de réduction des heures de travail (chômage technique) et, enfin, de réduction des importations de matières premières.
D'après un sondage effectué par l'Union des chefs d'entreprise auprès de 213 industriels, les projections pour le troisième trimestre de l'année en cours sont celles d'une continuation de la stagnation de la production, des licenciements, de baisse des ventes de produits finis. Les sondages effectués au cours du premier trimestre 2001 montrent que 41% des usines ont réduit leurs capacités de production, et que 35% d'entre elles ont réduit leur activité.
L'éclatement de la crise a entraîné l'annulation de plusieurs visites de délégations commerciales et industrielles européennes dans l'Etat hébreu, prévues afin d'étudier les coopérations possibles et les investissements envisageables dans les entreprises de haute technologie.
L'agriculture, le bâtiment, l'épargne
Les données publiées par l'institut israélienne des statistiques indiquent que les secteurs de l'agriculture et du bâtiment sont gravement affectés par la crise liée à l'intifada. Les pertes de l'agriculture sont estimées à plus de 150 millions de shekels. Le secteur de la construction, quant à lui, qui venait de traverser une crise aigue au cours des dernières années, a pâti de l'impossibilité pour la main-d'oeuvre palestinienne de se rendre sur les chantiers en Israël (Palestine de 1948 écrit l'auteur).
Dans l'Etat hébreu, le secteur du bâtiment dépend dans une large mesure de la force de travail palestinienne, les ouvriers palestiniens du bâtiment représentant environ 17% de l'ensemble des employés dans ce secteur, en Israël.
Fird Dar, directrice au ministère du Budget, a déclaré que le secteur de la construction souffre des conséquences du bouclage par Israël des territoires palestiniens, qui empêche les ouvriers palestiniens du bâtiment de se rendre sur leurs lieux de travail.
Par ailleurs, et ceci est significatif du manque de confiance des Israéliens en l'avenir de leur économie grevée par l'intifada, un rapport du ministère du budget a révélé que les Israéliens ont retiré, en mai dernier, deux milliards de dollars des différentes institutions d'épargne, ajoutant que l'ensemble des désinvestissements d'épargne, au cours des cinq mois écoulés, atteignait environ 8,5 milliards de dollars, retirés des banques et des différentes fonds d'investissement et de placement.