Point d'information Palestine > N°142 du 13/04/2001

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Association loi 1901 - Membre de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine
Pierre-Alexandre Orsoni (Président) - Daniel Garnier (Secrétaire) - Daniel Amphoux (Trésorier)
Sélections, traductions et adaptations de la presse étrangère par Marcel Charbonnier
 
Si vous ne souhaitez plus recevoir (temporairement ou définitivement) nos Points d'information Palestine, ou nous indiquer de nouveaux destinataires, merci de nous adresser un e-mail à l'adresse suivante : amfpmarseille@wanadoo.fr. Ce point d'information est envoyé directement à 2202 destinataires.
            
"Le Monde Interactif" dans son édition datée du mercredi 11 avril 2001 présente une enquête sur les "newsletters". Dans son article intitulé "Le tremplin des associations", Stéphane Foucart évoque nos "Points d'information Palestine". A consulter sur : http://interactif.lemonde.fr/article/0,5611,2894--170459-0,FF.html
              
Au sommaire
         
Télévision
  1. L'histoire du mandat de Jean Baronnet sur Planète le samedi 14 avril 2001 à 13h35
  2. Enquête sur Paul de Tarse de Abraham Ségal sur La Cinq le dimanche 15 avril 2001 à 14h00
  3. L'homme aux semelles d'or de Omar Amiralay sur Arte le mardi 17 avril 2001 à 20h45
Rendez-vous
  • Exposition "Résolution 194" du 10 au 21 avril 2001 à l'Ecole Spéciale d'Architecture de Paris
Réseau
  1. La guerre israélo-arabe commencerait en juin 2001 (2nde et dernière partie) extrait du site internet "Tsentralnïj Jevrjejiskij Rjesurs" ("Ressources Juives Centrales" de Russie) page "Vojennoje Djelo" ("Affaires Militaires") du jeudi 29 mars 2001 [traduit du russe par Marcel Charbonnier] Pour les nouveaux abonnés, si vous souhaitez vous procurer la première partie de ce document diffusée dans le dernier Point d'information Palestine, il vous suffit de nous en faire la demande à l'adresse suivante : amfpmarseille@wanadoo.fr.
  2. Citoyens israéliens et des Juifs d'autres nationalités dont les familles ont été victimes du racisme et du génocide, au cours des générations passées, nous ne pouvons garder le silence. [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
  3. Le droit au retour des Palestiniens par Husseïn Ibish et Ali Abunimah sur le site de American Arab Anti Discrimination Committee le dimanche 8 avril 2001 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
  4. Le droit au retour par le professeur Nasser H. Aruri Notes pour une conférence prononcée devant le Banquet Al-Awda le vendredi 30 mars 2001 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
  5. Déclaration du Porte-parole du Quai d'Orsay au sujet du processus de paix au Proche-Orient le vendredi 6 avril 2001
  6. Communiqué de presse de l'Association Médicale Franco-Palestinienne et de l'Association France-Palestine
Revue de presse
  1. Sommet Arabe - Les petites fantaisies des dirigeants arabes in Al-Quds Al-Arabi (quotidien arabe publié à Londres) traduit dans Courrier International du jeudi 12 avril 2001
  2. Une interview de Fayçal El-Husseini réalisée par Serge Ronen in Ouest-France (quotidien régional français) du mercredi 11 avril 2001
  3. Un bouclage asphyxiant par Véronique Hayoun in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 11 avril 2001
  4. Israël renforce sa répression par Abir Taleb in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 11 avril 2001
  5. Washington sort de sa réserve in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 11 avril 2001
  6. Ovadia Yossef, rabbin exterminateur par Françoise Germain Robin L'Humanité du mardi 10 avril 2001
  7. En ciblant les symboles de l'Autorité, Ariel Sharon vise en vain à diviser les Palestiniens par Mouna Naïm in Le Monde du lundi 9 avril 2001
  8. Les groupes de défense des droits de l'homme : les jeunes palestiniens ne sont pas recrutés pour participer aux combats par Shafika Mattar in Jerusalem Post (quotidien israélien) du lundi 9 avril 2001 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
  9. Israël dénonce les pressions occidentales par Charlotte Rotman in Libération du lundi 9 avril 2001
  10. Odeur de guerre israélo-palestinienne par Pierre Barbancey in L'Humanité du lundi 9 avril 2001
  11. Un livre de Michel Warschawski entretien réalisé par Pierre Barbancey in L'Humanité du vendredi 6 avril 2001
  12. Le pari de Sharon - Cent jours pour briser l'intifada par Walid Charara in Le Magazine (hebdomadaire libanais) du vendredi 6 avril 2001
  13. Vallée de larmes - Gaz lacrymogène, ou gaz toxique ? par Jonathan Cook in Al-Ahram Weekly (hebdomadaire égyptien anglophone) du jeudi 5 avril 2001 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
  14. En l'absence de conversations, c'est la violence israélo-palestinienne qui se fait entendre par Deborah Sontag in The New York Times (quotidien américain) du mercredi 4 avril 2001 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
  15. Intifada : un tournant ? par Pénélope Larzilliere in La Croix du lundi 2 avril 2001
  16. Israël emprisonne 600 réservistes afin de sévir contre les objecteurs par Inigo Gilmore in The Daily Telegraph (quotidien anglais) du dimanche 1er avril 2001 [traduit de l'anglais par Dominique Vincent]
  17. Notre bon droit, et lui seul… par Rudolf El-Kareh in L'Orient-Le Jour (quotidien libanais) du vendredi 30 mars 2001
               
Télévision

              
1. L'histoire du mandat de Jean Baronnet
sur Planète le samedi 14 avril 2001 à 13h35

Documentaire français de Jean Baronnet (1997) - Ce second volet, captivant, du documentaire de Jean Baronnet poursuit son évocation de l'histoire diplomatique française au Liban et en Syrie. Entre 1920 et 1945, neuf hauts-commissaires se succèdent à la tête du mandat français au Proche-Orient, tandis qu'en France trente-trois présidents du Conseil se transmettent le pouvoir. Ces fluctuations politiques expliquent la situation critique des deux pays, assujettis à la loi martiale qu'imposait leur statut de « colonies ». La Syrie est découpée cinq fois de façon différente, et le Liban, où la république est proclamée en 1926, connaît des massacres. Rythmé, agrémenté de témoignages passionnants, le film reflète avec humour l'image exotique qu'avaient du Liban les Européens du début de ce siècle. Alors que des portions entières du peuple s'entre-tuent, l'intelligentsia française trouve en Beyrouth une nouvelle Riviera. Les images souffrent pourtant du peu d'explications relatives au fonctionnement des institutions. (Télérama)
[Durée : 60 min. Rediffusion le dimanche le 15 avril 2001 à 15h20.] 
             
2. Enquête sur Paul de Tarse de Abraham Ségal
sur La Cinq le dimanche 15 avril 2001 à 14h00

Après un premier épisode récapitulant le peu que l'on sait sur la vie de Paul, sa conversion, ses rapports avec les premières communautés chrétiennes, ce dernier film tente une réflexion plus théorique sur l'apport de l'apôtre, cernant en quoi son discours, ses exigences et son profond amour du Christ ont pu marquer la pensée chrétienne et même le judaïsme. Paul est celui qui apporte la liberté, l'ouverture, qui enseigne l'amour de l'autre et qui prêche en même temps la rigueur, le respect absolu de l'Evangile. Un discours qui pourrait sembler paradoxal, mais Paul est un être protéiforme, à la fois agitateur, mystique et théologien, nous enseigne l'historien des religions américain Waynes Meeks... Malgré quel- ques témoignages sans grand intérêt et une réalisation quêtant inutilement les belles images, le document est passionnant. (Fabienne Pascaud - Télérama)
[Durée : 60 min.]
              
3. L'homme aux semelles d'or de Omar Amiralay
sur Arte le mardi 17 avril 2001 à 20h45

Documentaire français inédit (2001) - « Les semelles éternellement neuves des chaussures de Hariri me laissent perplexe. » La réflexion d'Omar Amiralay n'est pas si anodine que cela. Rafiq Hariri ne met jamais les pieds dans la rue et regarde la vie du peuple du haut de son immeuble. Le cinéaste syro-libanais, marxiste, n'a pas épargné son temps pour approcher au plus près le multimilliardaire et homme politique libanais. Les entretiens ont été nombreux. Intellectuel de gauche contre représentant « flamboyant » du capitalisme. Le premier ne cherchait pas un affrontement, le second s'est habilement laissé apprivoiser pour ensuite mieux mener le film à sa guise. Résultat de la rencontre : le capitaliste s'est montré le plus fort. Mais il n'en sort pas grandi pour autant. En montrant toutes les phases d'approche, les remarques de Hariri qui refuse d'engager le débat (« Vous me mettez dans une situation où vous défendez les faibles et les pauvres et où je défends les riches et les puissants. Je refuse cette position ») ou qui manie les arguties typiques des puissants (« Je crois en toute sincérité que toute recherche de vérité me concernant sera à mon avantage »), Omar Amiralay laisse s'exprimer l'arrogance et les sourires satisfaits de son interlocuteur. Le documentariste a beau s'avouer séduit par Hariri, dire que dans ce film « il a sacrifié l'intellectuel pour sauver le cinéaste », il a malgré tout été suffisamment habile pour ouvrir le double-fond orgueilleux du coffre Hariri. (Cécile Maveyraud - Télérama)
[Durée : 55 min.]
              
Rendez-vous
         
Exposition "Résolution 194" du 10 au 21 avril 2001
à l'Ecole Spéciale d'Architecture de Paris
ASILES " Actions et Solidarités Interculturelles " présente : Résolution 194, une exposition des photographies réalisées par de jeunes palestiniens des camps de réfugiés au Liban au cours d'une initiation à la prise de vue et au reportage. Cette exposition est l'occasion de faire entendre ici les voix de l'autre rive, de donner un autre éclairage à la Résolution 194 votée par les Nations Unies en 1948. Les camps de réfugiés palestiniens au Liban, par leur vécu et leur longue existence dans la précarité, concentrent une tension souterraine alimentée par un sentiment d'injustice et d'exclusion. Cette situation inhibe, particulièrement chez les jeunes, tout esprit d'initiative, d'indépendance et d'autonomie. Trois missions successives, menées en 1998, 1999 et 2000, ont permis de réaliser sur place différents travaux - photographiques, audiovisuels, plastiques et littéraires. C'est une partie de ces perceptions, moments moteur de la rencontre, qui sont proposées dans l'exposition " Résolution 194 ". La diversité des techniques a favorisé différentes approches de la photographie. L'échange, dans la proximité et le quotidien des familles palestiniennes, a instauré un dialogue que les jeunes souhaitent poursuivre au-delà de la séparation et de l'éloignement.
[Ecole Spéciale d'Architecture - 254, boulevard Raspail - 75014 Paris. Contact : Associations ASILES & Congé Solidaire - Tél : 01 49 29 89 99 - E-mail : wanda.hoesch@free.fr]
                    
Réseau

                   
1. La guerre israélo-arabe commencerait en juin 2001 (2nde et dernière partie)
extrait du site internet "Tsentralnïj Jevrjejiskij Rjesurs" ("Ressources Juives Centrales" de Russie) page "Vojennoje Djelo" ("Affaires Militaires") du jeudi 29 mars 2001

[traduit du russe par Marcel Charbonnier]
Pour les nouveaux abonnés, si vous souhaitez vous procurer la première partie de ce document diffusée dans le dernier Point d'information Palestine, il vous suffit de nous en faire la demande à l'adresse suivante : amfpmarseille@wanadoo.fr.
- Hypothèse 1 : attaque, préventive, d'Israël
9.1/ La mobilisation d'urgence, en Israël, est facilitée par le fait qu'une partie des réservistes ont déjà été rappelés afin d'assurer la protection des implantations et du territoire national.
10.1/ Le scénario de la Guerre des Six Jours se répète : attaque massive de l'aviation israélienne contre l'Egypte, d'abord, puis contre la Syrie et l'Irak. Les divisions israéliennes, sur le front sud, se mettent immédiatement en mouvement, déjouent les gardes frontière égyptiens et mènent à bien un déploiement en territoire égyptien. Les parachutistes israéliens enlèvent les cols de Gidi et Mitla et fortifient leurs positions. Sur le front nord, Tsahal attend vraisemblablement l'attaque syrienne, s'abstenant de frapper en premier : cela lui coûterait trop cher. Après le refoulement de l'attaque syrienne, elle effectue une percée dans le secteur nord du Golan, en direction de Saas et Kankar, où elle se fixe et, si possible, effectue des frappes secondaires sur la jonction syro-jordanienne, où elle se fixe aussi afin de faire face éventuellement à une approche de divisions irakiennes qui, si elles finissent par "se pointer", ne feront pas grand-chose, cette fois non plus.
Avant même que le monde reprenne ses esprits, l'histoire est dite...
11.1/ Simultanément, l'intrusion (israélienne) au Liban peut se répéter, dans un double objectif : réduire le Hizbollah à l'impuissance et descendre en direction de l'autoroute Beyrouth-Damas, afin de menacer les Syriens à partir de cette position (stratégique). Une division complète, au minimum, est lancée contre les Palestiniens et les Arabes israéliens, ainsi que toutes les forces du Magav.
12.1/ Les armées égyptienne et syrienne contre-attaquent, l'Irak envoie des combattants en Jordanie et en Syrie, en sortant des hangars son stock de Scuds pour les pointer sur Israël.
La contre-attaque syrienne est de peu d'effet, même avec le renfort des Irakiens : se sera pour eux la deuxième attaque, et ils seront fortement éprouvés, de ce temps. L'aviation israélienne aura l'avantage, et elle frappera vraisemblablement, à partir des bases aériennes turques,  les arrières syriennes et les lignes irakiennes de ravitaillement, ce qui redonnera l'avantage à l'armée de terre israélienne.
La contre-attaque égyptienne, par contre, risque d'être beaucoup plus redoutable. L'Egypte détient le potentiel suffisant pour reprendre (les cols de) Gidi et Mitla, la question restant de savoir si les Egyptiens les reprendront effectivement. Mais il est vraisemblable que non : les Arabes n'ont jamais été très forts en improvisation dans les situations inattendues... Toutefois, en cas de succès égyptien, cela coûterait très cher à Israël.
13.1/ La pression internationale et les Etats-Unis parviennent à imposer un armistice, et peu de temps après, des négociations sur le maintien du cessez-le-feu et le retrait d'Israël des positions occupées. La guerre dure une semaine.
- Hypothèse 2 : initiative arabe
9.2/ Dans cette hypothèse, les problèmes sérieux commencent (pour Israël) dès la mobilisation. Si les Arabes ont l'initiative, ce sont eux qui dictent, en gros, le moment de la mobilisation, et naturellement, ils peuvent déployer, pour y faire obstacle, beaucoup plus d'efforts que dans le cas où c'est Israël qui choisit (le moment de l'attaque). Blocage de routes, mines, embuscades tendues aux autobus de transport de troupes : ce n'est là qu'un petit échantillon de ce qui pourrait, en ce cas, figurer au menu...
10.2/ Attaque simultanée de l'Egypte et de la Syrie. Les Syriens, comme nous l'avons indiqué, ont été arrêtés sur le Golan mais, en raison des problèmes posés par la mobilisation, Tsahal ne peut commencer immédiatement à contre-attaquer, ce qui donne aux Syriens le temps de se regrouper et de tenter de passer à nouveau à l'offensive après deux ou trois jours. Avec les Egyptiens, la situation est encore pire - les soldats égyptiens seront vraisemblablement regroupés en deux formations, appelons-les "du nord" et "du sud". La formation "du nord" sera la principale, et celle "du sud" sera d'importance moindre, elle aura pour tâche d'éliminer les bases aériennes d'Uvda et de bloquer Eïlat, en coordination avec la marine égyptienne ; en cas de succès, Eïlat se trouvera assiégée et coupée du reste d'Israël. S'ils parviennent à anéantir la flotte israélienne de la Mer rouge et à s'emparer de la ville, ils peuvent du même coup employer le port pour le ravitaillement de leurs troupes dans le (désert du) Néguev. Toutefois les colonnes égyptiennes (de ravitaillement) seraient des cibles faciles pour l'aviation israélienne. C'est pourquoi les Egyptiens feront rapidement tout ce qui est possible afin de neutraliser la flotte israélienne en Méditerranée, ce qui leur permettrait d'utiliser le port de Gaza.
La formation égyptienne "du nord" fera porter deux attaques principales, probablement, l'une dans la région de Rafiah, sur les routes 230 et 232 afin de faire la jonction avec les Palestiniens et d'établir leur contrôle sur Gaza et son port, d'où ils peuvent faire mouvement en direction du nord, vers Ashkélon, par la route 4. Devant Ashkélon, évidemment, ils se heurtent aux principales forces israéliennes qui, au minimum, ralentissent leur avancée.
Une deuxième attaque, sur la route 211, jusqu'au carrefour de Tlalim où deux routes se présentent à eux : vers le nord-est (Bershéva) et vers l'est (Dimona). Non loin de Dimona se trouve la base de Ramon, où se trouve une escadrille d'"Apaches" (hélicoptères, NdT), et plus loin vers l'est, encore une base - Khatzorim, où se trouve une brigade blindée. Si bien qu'au carrefour de Tlalim s'engage un combat intense, au cours duquel l'avancée égyptienne sera vraisemblablement stoppée.
11.2/ En Israël, la mobilisation s'achève. Les Syriens lancent une nouvelle offensive, sur le Golan, mais ils sont à nouveau repoussés. Toutefois, Tsahal ne peut se permettre une contre-attaque de grande envergure, car la majorité de ses soldats se dirigent vers le sud, contre les Egyptiens. Les renforts irakiens, sérieusement affectés par les attaques des aviations israélienne et américaine, se traînent jusque vers la Syrie et la Jordanie. Ils ne peuvent pas faire une grande différence, sur les différents fronts, mais il n'en reste pas moins que leur manoeuvre est fâcheuse.
Les Egyptiens lancent une deuxième vague d'assaillants, alors qu'à peu près au même moment Eïlat est déjà encerclée, mais pas encore conquise. Les parties de la formation "du nord" restées à Ashkelon obliquent vers le sud-est dans une tentative d'atteindre Beersheva afin de chasser Tsahal dans l'étuve du nord Néguev.
Simultanément commence la deuxième attaque contre Tlalim, les Egyptiens s'efforcent de s'ouvrir un passage vers l'est, vers Dimona (qui, avec son réacteur nucléaire, représente bien entendu pour eux la priorité des priorités). Israël fait tout afin de ne pas perdre Dimona, et de conserver ainsi l'usage éventuel de ses productions : les armes nucléaires. Si Israël est poussé à cette dernière extrémité, les conséquences sont impensables : les Syriens et les Irakiens recourent aux armes chimiques et biologiques, Israël réplique : la plus grande partie du Moyen-Orient devient totalement inhabitable.
12.2/ Tous les réservistes (cadets, étudiants, élèves des classes préparatoires, etc) sont mobilisés, les effectifs de l'armée israélienne atteignent le million d'hommes. L'attaque égyptienne est stoppée. Des actions extrêmement dures sont menées contre les Palestiniens et les Arabes israéliens, la police et les forces de l'intérieur reçoivent en renforts au minimum une division, si ce n'est deux, de l'armée régulière ; la majorité des villages arabes et des "camps de réfugiés" sont détruits, la majorité des réfugiés se retrouvent au Liban, en Jordanie, en Egypte. Tsahal entreprend une offensive sur l'ensemble du front sud, les formations égyptiennes sont décimées.
13.2/ Les Etats-Unis rappellent à tout le monde qui est le patron : la progression des armées est suspendue, les lignes de cessez-le-feu se stabilisent. Les forces d'interposition de l'ONU entrent à Gaza, en Cisjordanie, elles prennent position sur le Golan et au long de la frontière israélo-égyptienne. Les pertes, des deux côtés, sont très importantes, jusqu'à vingt mille morts du côté d'Israël ; pas moins de soixante à soixante-dix mille morts du côté arabe, dont environ la moitié de Palestiniens. La durée de la guerre serait de trois semaines à un mois.
(Dans tout ça, il est intéressant de relever qu'aucune hypothèse ne prend la Russie en considération. Visiblement, le rôle de ce pays, dans un hypothétique conflit, serait insignifiant, au point qu'on peut aisément n'en tenir aucun compte...)
                
2. Citoyens israéliens et des Juifs d'autres nationalités dont les familles ont été victimes du racisme et du génocide, au cours des générations passées, nous ne pouvons garder le silence.
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

APPEL - Après six mois d'oppression militaire impitoyable des Palestiniens dans les territoires occupés par Israël, le gouvernement israélien a rendu la vie quotidienne encore plus intolérable pour les Palestiniens, en imposant un siège total à leurs villes et villages. Le siège a entraîné pour les Palestinien l'impossibilité de continuer à mener une vie "normale". Pour la majorité d'entre eux, il est hors de question de se rendre à son travail, d'acheter de la nourriture et autres produits de première nécessité, de consulter un médecin. De plus, dans bien des cas, ils n'ont plus ni eau ni électricité.
En 1948, l'Etat d'Israël a dépossédé les Palestiniens, chassé des centaines de milliers d'entre eux de leurs habitations, les forçant à survivre dans des camps de réfugiés, et ne les autorisant pas à rentrer chez eux une fois le conflit terminé. C'est ce même Etat qui, aujourd'hui, empêche les victimes de 1948 de recevoir même les services les plus élémentaires, dans leurs camps de réfugiés et dans les villages et villes ayant réchappé, à l'époque, à la destruction.
L'oppresseur inhumain espère que la famine forcera les Palestiniens à se rendre, en évitant même l'inconvénient que lui posait l'utilisation massive des armes contre des civils en matière d'image de marque dans les médias occidentaux. Et en effet, l'opinion publique occidentale a, dans une large mesure, cessé de protester contre la politique du gouvernement israélien consistant à assassiner des civils, hommes, femmes et enfants, le plus gros du massacre se déroulant désormais loin des caméras de télévision. Les violations des droits de l'homme commises par l'Autorité palestinienne ont aussi grandement aidé Israël à se présenter avantageusement comme la victime de bonne foi.
Nous appelons la communauté internationale à s'organiser et à boycotter les produits israéliens, agricoles comme industriels, ainsi que le tourisme en Israël, dans l'espoir que cela aura le même effet positif que le boycott de l'Afrique du Sud a eu pour abattre le régime d'Apartheid.
Ce boycott devra rester en vigueur aussi longtemps qu'Israël conservera le contrôle de quelque partie que ce soit des territoires qu'il a occupés en 1967. Ceux qui se permettent d'écraser les aspirations légitimes des Palestiniens doivent se voir contraints à ressentir les effets de leur propre traitement brutal.
Nous exhortons tous les destinataires de cet appel, de toutes origines et de toutes nationalités, à  :
1 - Commencer sans attendre à mettre en pratique le boycott individuellement, et faire en sorte que les mesures prises à cet effet sont rendues publiques autant que possible. Par exemple, dire à votre épicier que vous avez décidé de ne pas acheter de produits israéliens et pourquoi ; éviter de vous rendre en Israël pour le tourisme ou la villégiature.
2 - Signer l'appel, le faire connaître autour de vous, et faire en sorte qu'il soit repris à leur compte par les associations concernées par la défense des droits de l'homme.
3 - Organiser des manifestations diverses de manière à exercer une pression sur votre gouvernement, allant dans le sens d'une rupture des relations économiques et commerciales avec Israël et de la dénonciation d'accords établissant des relations privilégiées avec Israël, s'il en existe.
Premiers signataires : Ehud Ein-Gil, Tel-Aviv/Arie Finkelstein, Paris/Zvika Havkin, Princeton, USA/ Justin Kodner, Princeton/Moshé Machover, Londres/Ilan Shalif, Tel-Aviv
                   
3. Le droit au retour des Palestiniens par Husseïn Ibish et Ali Abunimah
sur le site de American Arab Anti Discrimination Committee le dimanche 8 avril 2001
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

Les Palestiniens constituent la population de réfugiés la plus importante au monde. C'est aussi celle qui souffre depuis le plus longtemps. Il y a plus de 3,7 millions de Palestiniens enregistrés en tant que réfugiés par l'UNRWA, Agence des Nations-Unies pour le Secours et le Travail, qui en est responsable. Durant la guerre de 1948, ces gens et leurs descendants ont été expulsés ou ont fui de leurs maisons, situées sur le territoire de ce qui est aujourd'hui Israël. Leur futur et le statut de leur droit au retour constituent l'un des points les plus controversés dans l'effort visant à trouver une paix durable entre Palestiniens et Israéliens.
- Le droit au retour en droit international
Le droit des réfugiés à retourner dans leurs foyers est profondément ancré dans le droit international traditionnel, et il constitue l'un des instruments les plus fondamentaux pour la défense des droits de l'homme. Selon les juristes éminents Mallison et Mallison, "historiquement, le droit au retour était si universellement accepté et mis en pratique qu'on ne jugeait pas nécessaire de le prescrire ou le codifier de manière formelle".
Sans doute l'expression première de ce droit, toutefois, est-elle contenue dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, Article 13, qui stipule que "tout homme a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et d'y retourner". Il est généralement reconnu comme un principe du droit international que lorsque la souveraineté ou le contrôle politique sur une aire géographique donnée changent de mains, cela s'accompagne du transfert concomitant de la responsabilité pour la population du dit territoire. Ainsi, il ne saurait être argué du fait que les Palestiniens, qui ont été expulsés ou qui ont fui de ce qui est devenu Israël au cours d'une période de conflit, n'auraient plus aucun droit eu égard au pays dans lequel ils vivaient pour le simple motif que la nature de l'Etat ou du gouvernement de ce territoire aurait changé. Plus, lorsque l'expulsion ou l'interdiction de retourner ont pour conséquence la perte de la nationalité et de la citoyenneté, l'Article 15 de la Déclaration, qui stipule que "tout homme a le droit à la nationalité" devient du même fait une garantie supplémentaire du droit au retour. Il est certain que, dans un cas comme celui-ci, où la population a été chassée par la force, comme le relève Lex Takkenberg, Chef des Services de Secours d'urgence et d'Assistance Sociale de l'UNRWA, "le droit au retour découle du caractère illégal de l'expulsion elle-même", car "les personnes expulsées sont fondées, de toute évidence, à obtenir réparation d'un acte illégal, c'est-à-dire, à retourner dans leur patrie."
Les quatre Conventions de Genève ("Conventions", dans la suite de ce texte) citent le droit au retour dans plusieurs de leurs articles et attendus. Ainsi, l'ensemble des quatre Conventions prévoient que toute dénonciation formelle d'un Etat par un autre, pour violation des attendus des Conventions "ne prendra pas effet avant que la paix ait été conclue, et jusqu'à ce que les opérations relatives à l'élargissement et au rapatriement (des prisonniers ou réfugiés)" et, pour ce qui est de la Quatrième Convention, article 158, au ré-établissement "des personnes protégées par la présente Convention" soient achevées". (Convention I, article 63 ; Convention II, article 62 ; Convention III, article 142 ; Convention IV, article 158). L'assomption sous-jacente à ces attendus, ainsi qu'aux nombreuses interdictions, en droit international, opposées au rapatriement non-volontaire dans un contexte de danger, ne peut être autre que la prévalence d'un droit au retour absolu et universellement admis.
En 1948, les Nations Unies ont adopté la Résolution 194, qui s'applique de manière spécifique au droit au retour des réfugiés palestiniens. Son Paragraphe 11 stipule que "les réfugiés souhaitant retourner dans leurs foyers et vivre en paix avec leurs voisins doivent être autorisés à le faire dès que possible, et compensation doit être donnée pour les biens des personnes qui choisissent de ne pas le faire, ainsi que pour les pertes ou les dommages affectant des propriétés qui, en vertu des principes du droit international ou de l'équité, doivent être indemnisées par les Gouvernements ou les autorités responsables". Depuis son adoption, les Nations Unies ont réaffirmé la validité de cette résolution pratiquement chaque année, et à la quasi-unanimité.
Parfois, les contempteurs du droit au retour avancent l'argument que l'instance ayant adopté la Résolution 194 étant l'Assemblée Générale - et non le Conseil de Sécurité - cette résolution serait "non contraignante". Il n'est nul besoin d'entrer dans un débat juridique sur le fait de savoir si - et quand - une résolution de l'Assemblée Générale est sensément "contraignante" ou non pour invalider cet argument. L'admission d'Israël comme pays membre des Nations Unies, par la Résolution 273, était conditionnée par l'acceptation et l'application (par ce pays) de la Résolution 194. Il en découle qu'Israël est contraint, pour que son adhésion aux Nations Unies soit légale, de mettre en application la 194, en facilitant le retour des réfugiés palestiniens.
En dépit de son engagement, Israël a constamment rejeté le droit au retour. A la fin des années quarante et au début des années cinquante, Israël a adopté des lois interdisant le retour des réfugiés et les expropriant. Israël a, par ailleurs, tué de sang froid, et de manière quasi routinière, les Palestiniens qui tentaient de traverser ses frontières afin de revenir chez eux.
La Résolution 194 est particulièrement importante, en ce qu'elle stipule le retour des réfugiés non pas seulement dans "leur pays" ou patrie, mais bien dans "leurs foyers". Le Médiateur des Nations Unies pour la Palestine, Comte Folke Bernadotte, recommandait dans son Rapport Intérimaire, daté du 16 septembre 1948, soumis aux Nations Unies la veille de son assassinat par le Groupe Stern, que "le droit des réfugiés arabes à retourner dans leurs foyers en territoire contrôlé par les Juifs, le plus tôt possible, devrait être affirmé par les Nations Unies..." Le Rapport (Bernadotte) a constitué la base juridique de l'ossature de la Résolution 194 et, comme le relève Takkenberg, "il convient de noter que le Médiateur des Nations Unies a recommandé que le droit au retour soit affirmé, plutôt qu'établi. Bien que cela ne soit pas explicitement formulé dans le rapport, le Comte Bernadotte était apparemment d'opinion que le droit des réfugiés au retour faisait déjà intrinsèquement partie du droit international existant (à l'époque)".
- Le droit au retour dans d'autres conflits
Ces assomptions - à savoir que le droit des réfugiés au retour est un principe établi et universellement admis du droit international et que ce droit est lié aux maisons et aux propriétés, et non pas seulement à un pays ou une patrie - ont formé la base du discours dominant des Etats-Unis, de l'OTAN et de l'ONU durant le conflit du Kosovo, en 1999. En effet, ce conflit semble bien n'avoir été, au total, qu'une réaffirmation insistante du droit au retour en tant que principe général du droit international, voire même un casus belli juridiquement valide pour une "intervention humanitaire" dans les affaires intérieures d'Etats souverains, tout en étant, au même niveau, lié de manière inextricable à des droits spécifiques sur des foyers et des propriétés.
Durant la crise du Kosovo, le 6 avril 1999, l'ancien président américain Clinton a déclaré que "nous ne pouvons pas dire... eh bien, 'nous allons juste prendre tous ces (pauvres) gens et oublier leur droit à retourner chez eux'. Les réfugiés ne sont chez eux que dans leurs propres maisons et sur leur propre terre. Notre but immédiat est d'apporter du réconfort. Notre but à long terme, c'est de leur accorder leur droit légitime : le droit au retour". Des sentiments analogues ont été exprimés par le Premier ministre de Grande-Bretagne, Tony Blair, le 19 mai 1999 : "ces gens ont été chassés de leurs foyers et de leur patrie. Notre mission est claire et simple. Nous devons nous assurer qu'ils retournent effectivement chez eux et qu'ils peuvent y vivre en paix et en sécurité, comme cela devrait être le droit de tout être humain civilisé".
Le porte-parole de l'OTAN, Jamie Shea, a dit aux journalistes, au cours d'un briefing, le 24 avril 1999, que "ce qui est absolument clair, ce sont nos conditions préalables, non négociables : le droit au retour des réfugiés, l'accès (libre donné aux) organisations humanitaires, le retrait des forces serbes, le déploiement d'une force internationale très fortement armée, et un processus (de négociations) politique". Le 5 avril 1999, Shea a déclaré à la presse que "le plus important, c'est qu'au final... ces gens soient en mesure d'exercer leur droit au retour..."
Les responsables humanitaires des Nations Unies partageaient l'avis des responsables politiques et militaires de l'OTAN, à savoir que le droit au retour était un aspect fondamental du droit humanitaire international mis en exergue par la crise du Kosovo. Le 19 avril 1999, Dennis McNamara, Directeur de la Protection au Bureau du Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) a déclaré que le conflit du Kosovo a montré que "les droits de l'homme étaient au coeur de l'exode - le droit d'asile s'est avéré vital pour des milliers de personnes, et le droit au retour devait être respecté si l'on voulait aboutir à une quelconque solution durable".
Le principe du droit au retour a été exprimé, également, dans le cadre d'autres conflits récents. En ce qui concerne le conflit à l'intérieur et autour de l'ancienne république soviétique de Géorgie, le Conseil de Sécurité de l'ONU réaffirme dans sa Résolution 1255 (1999) "le caractère inacceptable des modifications démographiques résultant du conflit et le droit imprescriptible de tous les réfugiés et de toutes les personnes déplacées affectés par le conflit de retourner dans leurs foyers en sécurité, dans le respect du droit international et conformément aux attendus de l'Accord Quadripartite du 4 avril 1994 sur le retour volontaire des réfugiés et personnes déplacées (S/1994/397, annexe II), et exhorte les parties à résoudre ce problème avec la plus grande diligence en décidant et en appliquant des mesures effectives permettant de garantir la sécurité des personnes exerçant leur droit inconditionnel au retour". Le discours et les débats, au Conseil de Sécurité, autour de l'impact de ce conflit sur les réfugiés, fait constamment référence au précédent constitué par la réaction internationale à la crise du Kosovo, qui constitue de manière implicite un précédant notable en matière de droit au retour.
L'action du vice-secrétaire au trésor de l'administration Clinton, Stuart Eizenstat, en ce qui concerne les biens des réfugiés et autres victimes de l'holocauste nazi en Europe est très importante pour les propriétés et biens des réfugiés palestiniens. Plus, le droit au retour de ces derniers est si intimement lié à leurs biens et à leurs maisons et propriétés, que les principes établis par Eizenstat ne sont pas sans comporter des implications très importantes tant pour (leur) droit au retour que (la restitution/le dédommagement) de (leurs) biens (et propriétés).  
Le témoignage d'Eizenstat devant la Commission pour la Sécurité et la Coopération en Europe (que nous désignerons simplement par "la Commission"), en mars 1999, est d'une importance toute particulière. Il a dit à la Commission que "le principe fondamental (qui veut) qu'une propriété expropriée illégalement doit être restituée (ou payée en compensation) s'applique à tous (= à tous les pays d'Europe centrale et orientale), et que la mise en application (par ces pays) de ce principe est significative du degré de leur succès dans l'adoption d'institutions démocratiques (et de) l'état de droit en ce qui concerne le droit de propriété". Eizenstat a présenté une "liste de principes et de bonnes pratiques que nous souhaiterions voir adoptés". Parmi ces principes, citons ceux voulant que "des propriétaires ou leurs héritiers (ayant-droits) doivent être fondés à revendiquer leur propriété sur une base non discriminatoire, sans exigence de citoyenneté ou de résidence", et que "la restitution des biens doit résulter d'un titre authentique à leur propriété, qui devrait pouvoir être révoqué par la suite". Ces principes fixant la restitution des (ou la compensation pour les) biens des réfugiés ont , de toute évidence, une valeur universelle et ne sauraient être limités aux procès en restitution des biens, concernant le plus généralement ceux des ayants-droits des victimes juives de l'holocauste, auxquels Eizenstat se réfère en l'occurrence. Il est évident que, si les droits à leurs biens des Juifs d'Europe conservent leur validité cinquante six ans après leur expropriation, ceux des Palestiniens doivent conserver la leur, de manière similaire, cinquante-trois ans - ou moins - après leur expropriation. De plus, si ces droits de propriété survivent après autant d'années et sont transmissibles d'une génération à l'autre, alors le droit au retour et le droit à résider dans son propre foyer et dans son propre pays, certainement beaucoup plus fondamentaux encore, ne sauraient être prescrits à plus court terme...
Les pro-israéliens invoquent souvent le fait que la création d'un Etat palestinien annulerait la nécessité de mettre en application le droit au retour des réfugiés palestiniens. Cette idée a trouvé une traduction dans la proposition de paix de Clinton, en décembre 2000, qui visait à remplacer leur droit à retourner dans leurs vrais foyers et sur leurs vraies propriétés par une sorte d'attitude néo-sioniste qui aurait considéré le "retour" comme effectué par la seule présence physique (des impétrants) sur une partie quelconque de la Palestine historique. Au lieu de (les autoriser) à retourner chez eux, Clinton leur aurait permis "de retourner dans un Etat palestinien qui offrira à tous les Palestiniens un endroit qu'ils puissent en toute sécurité et dignité appeler leur patrie". Ceci revenait à demander aux Albanais du Kosovo de se contenter d'un "retour" en Albanie et de renoncer au droit à retourner dans leurs villages et maisons au Kosovo. Si l'on suivait cette "logique", la Pologne et les autres pays européens pourraient invoquer le fait que la création de l'Etat d'Israël annule leur obligation de restituer les biens juifs.
- Conclusion
Ce que les Palestiniens attendent, c'est que le droit pour les réfugiés de retourner dans leurs foyers soit reconnu par Israël, et que le choix soit donné aux réfugiés, comme le requiert la Résolution 194. Il est vraisemblable que des centaines de milliers (d'entre eux) pourraient bien, effectivement, choisir de retourner, particulièrement les réfugiés palestiniens au Liban. Mais certains Palestiniens (peut-être nombreux) accepteraient vraisemblablement d'être dédommagés, pour la simple raison que les maisons et les villages où ils pourraient désirer retourner n'existent plus. D'autres encore pourraient hésiter devant l'idée de vivre en tant que (citoyens) arabes dans l'Etat d'Israël (que nous connaissons). Dès lors qu'Israël accepterait le droit au retour, les Palestiniens et les Israéliens auraient à négocier les modalités permettant de mettre sur pied un programme de retour en bonne et due forme. Parmi plusieurs options possibles, ce programme pourrait comporter des quotas sur le nombre de réfugiés autorisés à retourner chaque année, qui ne découlent pas toutefois d'un numerus clausus imposé à l'effectif total des personnes autorisées à faire valoir leur droit au retour. Notons toutefois que les éléments fondamentaux d'une solution équitable doivent inclure la totale reconnaissance du droit au retour, une possibilité réelle donnée aux réfugiés de choisir entre le retour effectif et une compensation adéquate, la restitution (des biens) et les modalités garantissant que le retour s'effectue à un rythme permettant l'absorption des réfugiés en Israël, priorité étant donnée à ceux des réfugiés dont le retour (urgent) est le plus fondé.
Si nous voulons résoudre un jour ce conflit, nous devons rejeter la notion qui voudrait que les réfugiés "représentent un obstacle à la paix" et qu'ils sont les trouble-fête des sauteries de tous les autres, avec leurs réclamations incessantes (de leurs droits). L'essence de la paix est un minimum de justice, et l'essence de la justice pour les Palestiniens, c'est la justice pour les réfugiés. Les préoccupations et les interrogations d'Israël au sujet du droit au retour (des réfugiés) sont compréhensibles et on doit y répondre, mais le rejet sans appel, par Israël, des droits des réfugiés, ne saurait être le dernier mot.
Nous devons commencer la négociation à partir d'un point de départ qui puisse amener à (trouver) une solution acceptable tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens, qui satisfasse aux exigences de la justice, et qui respecte les droits humains des réfugiés. Si le droit au retour est abrogé en permanence, les réfugiés palestiniens ne seront pas les seuls à en souffrir. L'humanité, dans son ensemble, serait profondément appauvrie, si nous nous mettions à renoncer à des droits tenus pour inviolables depuis si longtemps, et notre quête, obstinée et laborieuse, d'un monde accordant une protection égale à tous les êtres humains se verrait porter un coup irrémédiable.
[American Arab Anti Discrimination Committee : http://www.adc.org. Cet article sur le droit au retour des réfugiés palestiniens, écrit par Husseïn Ibish, directeur des Publications de l'ADC (American Arab Anti Discrimination Committee) et Ali Abunimah, a été publié dans le dernier numéro (volume 8, n°2, hiver 2001) de Human Rights Brief, publication trimestrielle du Washington College of Law (Université Américaine de Washington). La totalité du texte, comportant l'avis opposé de Joel Singer, ancien négociateur israélien et consultant juridique auprès du Ministère israélien des Affaires Etrangères, peut être consultée sur le site de cette publication, Human Rights Brief : http://www.wcl.american.edu/pub/humright/brief/. Un essai, plus développé, sur le droit au retour, par Ibish et Abunimah, sera prochainement publié sur papier par l'ADC.]
             
4. Le droit au retour par le professeur Nasser H. Aruri
Notes pour une conférence prononcée devant le Banquet Al-Awda le vendredi 30 mars 2001

[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

New Haven, Connecticut (USA) - Malgré les nombreuses réunions tenues par les négociateurs palestiniens et israéliens au cours des sept années écoulées depuis la signature des accords d'Oslo (DOP) par Yasser Arafat et feu Yitzhak Rabin à la Maison Blanche, l'avis de la communauté des réfugiés palestiniens, qui compte pas moins de cinq millions et demi de personnes, n'a jamais été requis ni sollicité.
Et, en dépit des millions de kilomètres parcourus par Yasser Arafat afin de rencontrer les leaders du monde entier, pas un seul n'a été couvert par la direction palestinienne à des fins de consultation avec les représentants de sa communauté de réfugiés.
Ainsi, il est devenu particulièrement urgent qu'un Congrès pan-Palestinien pour le Retour et l'Autodétermination soit réuni afin de réaffirmer le droit au retour, parmi d'autres droits fondamentaux, le devenir de ces droits semblant plutôt sombre sous l'égide d'un "processus de paix" parrainé par les USA, qui risque fort de prendre un nouveau tournant vers encore pire sous l'empire de Bush et Sharon.
Le droit au retour s'est avéré l'unique défi primordial auquel les négociateurs palestiniens et israéliens ont été confrontés au cours de l'année 2000, si bien qu'ils ont été sommés de parvenir à un accord de règlement définitif avant la fin du mandat de Bill Clinton. Paradoxalement, toutefois, tandis que ce sujet continuait à frapper les négociateurs de perplexité, il était à peu près certain qu'il n'occupait pas la place qui aurait dû être la sienne sur l'agenda réel des négociations.
Il en découle que, partout dans le monde, les Palestiniens ont commencé à insister sur le fait que la paix était impossible sans le droit au retour. Et ce sujet est devenu, dans la période récente, le point de ralliement dans la lutte menées par les Palestiniens, pour leur droits. Le droit au retour a été placé à l'ordre du jour officiel non par l'Autorité palestinienne (PA), non par le présumé héritier du seul représentant légitime du peuple palestinien, l'OLP, non par la Ligue Arabe, et certainement pas plus par le gardien auto-proclamé du "processus de paix" au Moyen-Orient (les Etats-Unis), mais par différentes sections de la société palestinienne. En particulier, ce sont des organisations de base - certaines, anciennes et d'autres, plus récentes, formées dans les camps de réfugiés, en Israël, et dans la diaspora palestinienne - qui ont pris l'initiative en replaçant le droit au retour au centre du discours (politique) sur la (question de la) Palestine.
Votre manifestation - le meeting Al-Awda ("le retour", en arabe, NdT), du 16 septembre 2000, fut un premier exemple de ces initiatives populaires. Des manifestations analogues, qui coïncidèrent, pour la plupart d'entre elles, avec la commémoration du dix-huitième anniversaire des massacres de Sabra et Chatila, se sont déroulées également dans les camps de réfugiés au Liban et en Palestine.
De nombreuses conférences, de nombreux séminaires et meetings ont été tenus, dans la région et à l'extérieur, réunissant les leaders de la communauté (palestinienne), des militants et des spécialistes, afin de discuter des différentes stratégies permettant de faire revivre le droit au retour et de lui assurer d'occuper une place éminente dans les priorités de quelque négociation de paix que ce soit, qui regarde de près ou de loin la question de Palestine. De tels rassemblements et protestations populaires sont appelés à se renouveler encore et encore dans les localités les plus diverses, au Moyen Orient et dans le monde entier, jusqu'à ce que le droit au retour soit traité d'une manière honnête et légale dans tout arrangement (de paix) à venir.
Mais reste l'importante question de savoir si, comme semblent l'indiquer toutes les apparences, nous VENONS de découvrir le droit au retour ? Mais nous savons tous que la date de la résolution 194, c'est décembre 1948, n'est-ce pas ? Alors, pourquoi ne retournerions-nous pas en arrière, dans le temps, afin de voir comment les choses se sont passées, historiquement... ?
Depuis la Catastrophe de 1948 (Al-Nakba) et la création de la crise des réfugiés palestiniens, les sujets du retour, de la compensation et de la restitution ont occupé une place tout-à-fait secondaire dans les discussions autour de la question globale de Palestine. Durant le plus clair du temps des cinq décades écoulées depuis la création du problème des réfugiés, le problème qu'ils posent a été relégué à la deuxième (sinon à la troisième) place, en dépit du fait que l'admission d'Israël aux Nations Unies eût été conditionnée par son observation de la résolution 194 des Nations Unies, de décembre 1948. La Résolution de l'Assemblée Générale du 11 mai 1949, la 273ème, a rendu conditionné l'admission d'Israël à l'engagement non ambigu de ce pays à respecter "sans réserves" les résolutions des Nations Unies relatives au conflit israélo-arabe, y compris, naturellement, la résolution 194.
Il est clair qu'Israël a été admis aux Nations Unies sans avoir pour autant respecté ces résolution, maintenant pendante, ce faisant - voire exacerbant - la crise des réfugiés à laquelle nous sommes confrontés de nos jours. Le non-respect par Israël (des résolutions du droit international) a contraint l'Assemblée Générale à adopter d'autres résolutions enjoignant à Israël de satisfaire à ses obligations vis-à-vis des réfugiés. Ainsi, par exemple, la résolution 3236, de 1974, mettait en exergue le "droit inaliénable des Palestiniens de retourner à leurs foyers et leurs propriétés, d'où ils avaient été déplacés et déracinés". En 1997, la résolution 56/62 réaffirmait que "les réfugiés arabes palestiniens ont un droit légitime à leurs propriétés et aux revenus qui en découlent, conformément aux principes de la justice et de l'équité".
Avec l'émergence de l'OLP et la reprise de la lutte armée durant les années soixante, le problème des réfugiés, bien loin de devenir la dimension humaine centrale de la lutte révolutionnaire menée afin de renverser le sort découlant de la nakba, fut relégué au rang subalterne de problème humanitaro-charitable, qu'il valait mieux confier à des gens comme l'UNRWA. La théorisation de la lutte armée posait que les réfugiés trouveraient leur place naturelle dans l'Etat démocratique et laïc à venir, objectif proclamé de l'OLP.
La guerre de 1967 exacerba la crise des réfugiés en créant une nouvelle génération de ces derniers. En même temps, la crise disparaissait complètement de l'agenda programmatique de l'OLP. L'objectif primordial de l'OLP, qui primait tout, était la reconnaissance mondiale de son statut d'unique représentant légitime du peuple palestinien. Il en découle qu'au cours des années soixante et soixante-dix, la légitimité de l'OLP et l'autodétermination des Palestiniens devinrent des buts intimement entremêlés au point de devenir indiscernables. Plus, l'autodétermination une fois devenue l'ancrage et le facteur d'unification des Palestiniens dispersés à travers le monde entier, l'OLP perçut la discussion du sort des réfugiés comme représentant une diversion dommageable des sujets "importants". Bien sûr, les réfugiés demeuraient un objet de préoccupation du point de vue humanitaire, tout particulièrement lorsqu'il s'agissait de mettre en vitrine les institutions "sociales" de l'OLP, au Liban. Toutefois, du point de vue des droits politiques, la question des réfugiés continua à ne présenter ni enjeu ni contenu politiques.
Après 1972, tandis que la lutte armée allait donner naissance, plus tard, à une nouvelle forme d'action diplomatique, la question des réfugiés fut remisée au placard. La nouvelle définition de la "lutte", telle que formulée au cours des sommets arabes d'Alger, de Rabat et du Caire, encourageait l'OLP à faire sa propre promotion parallèlement à celle d'un programme d'"autodétermination" dans un mini-Etat palestinien établi en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.
Contre leur soutien à la "nouvelle" OLP, avec ses objectifs très édulcorés qu'elle s'attelait à promouvoir dans les grandes capitales autour du globe, les gouvernements arabes exigèrent
un marché "fifty fifty" ("quid pro quo", écrit l'auteur, NdT) : l'OLP devait réduire de manière drastique ses opérations de guérilla et mettre un terme à son discours sur un Etat démocratique sur l'étendue de la Palestine historique... Et, en retour, non seulement l'OLP se verrait "récompensée" du soutien diplomatique des Arabes afin d'obtenir le soutien de pays situés jusqu'aux antipodes, mais les gouvernements arabes ne lésineraient pas davantage et augmenteraient substantiellement leur assistance économique à cette organisation.
Ainsi, au cours des deux décennies suivantes, jusqu'à la signature des accords d'Oslo, en 1993, cet arrangement non-écrit devait être appelé à requérir l'attention constante et combinée des Palestiniens et des Arabes. Durant cette période, tous les sujets relatifs aux réfugiés furent retirés du programme d'action de l'OLP. La quête de reconnaissance internationale de l'OLP, en qualité d'unique représentant légitime du peuple palestinien et en tant que partenaire solide d'un marchandage visant à la création d'un mini-Etat, monopolisa la plus grande partie des ressources des Arabes et des Palestiniens, tandis que les droits et les intérêts des réfugiés étaient relégués à l'arrière-plan.
Tandis que l'OLP parvenait à ses objectifs et devenait effectivement le point focal de la question palestinienne, il fut la première instance à signer un accord qui déniât effectivement aux réfugiés leurs droits internationalement reconnus. En effet, l'OLP, organisation nationale supposée du peuple palestinien dispersé cherchant à obtenir la satisfaction de ses droits nationaux et politiques inaliénables, a renoncé au droit au retour, pour de multiples raisons pratiques.
Mais je sais que vous ne laisserez pas passer une chose pareille. Cela ne passera jamais tant que vous, et d'autres, qui oeuvrez pour cette cause, continuerez la tâche que vous avez entreprise.
La rétrogradation du problème central, la crise des réfugiés, afin de favoriser la consécration de l'OLP en tant qu'"unique représentant légitime" (du peuple palestinien) fut une décision irréfléchie. La re-émergence actuelle du droit au retour, de la manière si vigoureuse que l'on connaît, après presque un quart de siècle de léthargie, équivaut à un vote longtemps différé de censure à l'égard de la politique de l'OLP en matière de réfugiés, tout autant qu'un mouvement populaire demandant réparation.
La deuxième question que je voudrais soulever est celle de savoir ce que le soi-disant processus de paix a apporté au Droit au Retour ?
S'il y eut jamais le moindre espoir que les réfugiés puissent un jour obtenir ne serait-ce qu'une partie infime de leurs droits internationalement reconnus, dans le cadre des accords d'Oslo, de tels attentes ont été totalement éliminées. Sous l'empire des règles non écrites du "processus de paix", cela aurait été perçu comme une preuve d'intransigeance qu'Arafat ou certains de ses négociateurs s'avisassent de soulever la question des réfugiés. Et pour les Israéliens, à quelque bord qu'ils appartinssent, le retour des réfugiés en Israël eût représenté une véritable menace démographique. Il est dès lors parfaitement logique qu'ils insistent, juridiquement, et par tout autre moyen, sur le fait que leur Etat demeure un Etat exclusivement juif. Cela serait impossible s'il ne devait plus y exister une population majoritairement juive. Cette vision prévaut également dans de larges sections du mouvement judéo-israélien "pour la paix".
Le public israélien, en réalité, semble uni dans son rejet du droit international, en ce qui concerne les droits des réfugiés palestiniens. Reste que, de tous les sujets devant être abordés dans les soi-disant négociations "en vue d'un règlement définitif" - (les frontières, Jérusalem, les colonies, l'eau, les réfugiés - ce dernier est non seulement le plus ardu, c'est aussi le sujet qui présente un caractère unique, en ce qu'il est le seul à établir un lien entre 1948 et 1967. Israël s'est toujours comporté, au cours du "processus de paix", comme si le conflit avait commencé en 1967, et non en 1948...
La question des réfugiés, toutefois, concerne sans aucune équivoque possible le sort des cinq millions et demi de Palestiniens (avec leurs descendants) qui ont perdu leurs maisons dans les cinq cent trente et un villages et villes de Palestine, en 1948, puis en 1967. Elle ne concerne pas seulement cette partie des réfugiés, au nombre d'environ 3,7 millions, qui sont enregistrés auprès de l'UNRWA (Agence pour les Secours et le Travail des Nations-Unies), et qui vivent encore actuellement dans plus de soixante camps répartis entre quatre pays arabes et la Palestine.
N'oublions pas que les réfugiés, cela inclut aussi les Palestiniens qui vivent dans la région sur laquelle l'Etat d'Israël a été installé en 1948. Ce sont des réfugiés de l'intérieur, des gens qui peuvent voir leurs terres, mais ne peuvent y vivre ou les exploiter. Ce sont ceux qu'Israël qualifie de "présents/absents". Beaucoup d'entre eux vivent dans ce qui est un concept baroque : "les villages non-reconnus". Ces villages existent, mais ils ne figurent sur aucune carte officielle. Ils ne bénéficient d'aucun service municipal d'aucune sorte, malgré le fait que leurs habitants sont des citoyens israéliens qui acquittent les mêmes impôts que tous les autres. Ils n'ont pas droit à l'électricité et à l'eau courante, ni aux écoles et aux services de santé, ni même à des routes goudronnées qui leur permettent de relier entre eux leurs villages, ni à toutes sortes de services. En place, la plupart de ces villages sont à la merci du bulldozer omniprésent et prêt à faire son office. Les présents/absents et les citoyens des villages non reconnus sont, de toute évidence, éligibles au statut de réfugiés.
Les Palestiniens déplacés, citoyens de l'Etat d'Israël, sont au nombre d'environ 150 ou 200 000. Ils constituent une partie conséquente de la communauté palestinienne détentrice de la nationalité israélienne en Galilée, dans le Néguev et dans les villes qualifiées de "mixtes".
Selon un article d'Ori Nir (publié en janvier 2001 par le quotidien israélien Ha'Aretz), environ la moitié des résidents arabes de Nazareth sont des réfugiés de l'intérieur ou des descendants de ces derniers, et plus de la moitié de la population du village d'Umm al-Fahm relèvent de cette catégorie de population. L'article cite une étude d'un professeur de l'Université Hébraïque, Hillel Cohen, qui estime le nombre des villages (palestiniens) abandonnés à cent soixante-deux.
Conscients de la propension d'Arafat à faire des concessions répétées, ces réfugiés de l'intérieur se sont organisés et ont refusé que l'Autorité palestinienne prenne la responsabilité de fixer leur sort. D'après l'article d'Ori Nir, dans Ha'Aretz, Wakim Wakim, un avocat secrétaire du Conseil National pour la Défense des Droits des Personnes Déplacées, en Israël, a déclaré que lui-même, à l'instar de ses collègues, ne souhaite pas que l'Autorité palestinienne prenne en compte leur cas au cours des négociations de "paix". En revanche, ils veulent que les réfugiés de l'intérieur mènent, d'eux-mêmes, leur propre combat juridique, public et politique dans le cadre de l'Etat d'Israël.
Toutes ces catégories de réfugiés constituent l'écrasante majorité de la population palestinienne totale, et cela n'empêche pas qu'elles aient été tenues à l'écart de décisions qui pèseront matériellement sur leur destin et leur vie individuels, mais aussi sur le devenir et le caractère de la nation palestinienne elle-même. On ne doit pas oublier que leurs droits sont autant collectifs qu'individuels. Et nul ne doit oublier que ces droits sont inaliénables. Personne ne peut disposer de ces droits à sa guise - ni Arafat, ni Bush, ni Sharon.
Alors, que faire, au point où nous en sommes ? Que faut-il faire ?
Ayant admis effectivement le rôle de supplétif et de sous-traitant d'Israël, l'Autorité palestinienne aurait du mal à incarner l'entité nationale que l'OLP représentait jadis pour le peuple palestinien. Que peuvent faire les Palestiniens afin d'échapper au sort d'autres peuples natifs qui ont été victimes d'un génocide et forcés à survivre dans des réserves ou des Bantoustans et d'autres formes de zones mises en quarantaine et marginalisées ? Afin d'éviter de devenir les prisonniers à perpétuité d'une bande de Gaza totalement isolée, ou de devenir à jamais une communauté privée de tous droits, errant à jamais dans la diaspora, vivant à la merci de gouvernements arabes hostiles, nous devons envisager d'agir suivant les lignes directrices suivantes.
D'abord, et avant tout, nous devons rester attachés de manière obstinée au cadre légal, qui a été cédé en notre nom, mais sans nous consulter et sans notre autorisation. L'état de flou légal, qui nous a été imposé, doit trouver une fin et nos droits garantis internationalement doivent être réaffirmés. Il nous incombe de nous souvenir de l'avertissement de Wakim, lorsqu'il nous dit que personne ne doit être autorisé à édicter des conditions non discutées. A cette fin, une réunion des représentants des cinq millions de Palestiniens vivant dans la diaspora et des deux millions de Palestiniens vivant en Cisjordanie et dans la bande de Gaza pourraient commencer par défaire la reddition implicite et pourrait envisager de revendiquer en justice leurs doits nationaux, et rendre nuls et non avenus tous actes leur déniant ces droits - de manière implicite ou explicite - tant dans les accords intérimaires que dans le cadre des négociations en vue d'un règlement final.
Le Congrès pour l'Auto-Détermination et le Retour, comme on pourrait l'appeler, est le pas minimal que nous puissions accomplir, nous autres Palestiniens, afin de rectifier les bévues d'Oslo. Alors que la conclusion des Accords d'Oslo avait impliqué à peine une demi-douzaine de confidents d'Arafat, qui ont tenu des réunions secrètes avec des Israéliens en dehors des paramètres garantissant un semblant de contrôle démocratique, la Conférence sur le Retour doit être un forum ouvert à tous les Palestiniens, à quelque catégorie qu'ils appartiennent, se réunissant dans le cadre des lois de la responsabilité. Il devrait s'agir de l'aboutissement d'une action venue de la base, avec des décisions prises par des comités locaux et des groupements régionaux, depuis la base, vers le sommet, suivant un processus démocratique, dans un esprit d'égalité. Il devrait s'agir d'un projet non-partisan, non-idéologique, non-sectaire, visant à proclamer haut et fort le droit au retour et à l'autodétermination.
Le Congrès du Retour ainsi proposé devrait être inclusif, et non exclusif, global et non fragmentaire, démocratique et non élitiste. Sa légitimité devrait découler de l'ensemble de la nation palestinienne et des déclarations internationales et résolutions de l'ONU pertinentes, que les Etats-Unis et Israël tentent fébrilement de rendre sans effet et superfétatoires. Le Congrès devrait être capable de renverser les négations de Madeleine Albright et d'exprimer éloquemment la réplique à ses allégations selon lesquelles les résolutions de l'ONU seraient "acrimonieuses et dépassées". Nous pourrions bien lui faire sentir ce que cela fait d'être élue Madame Acrimonie Obsolète.
Les représentants du peuple palestinien, choisis parmi différents milieux sociaux, dans les camps de réfugiés au Liban, en Jordanie et en Syrie, en Cisjordanie et à Gaza, en Israël même, aux Etats-Unis, en Australie et ailleurs, réaffirmeraient leurs droits garantis par ces résolutions. Ils réinstaureraient le droit d'une OLP reconstituée à résoudre le problème des réfugiés, avec Israël. Ils déclareraient à l'unisson que ce sont eux, et non la poignée d'agents secrets qui se sont réunis à Oslo, au Caire, à Taba et en bien d'autres endroits, qui sont fondés à revendiquer ou à concéder des droits. Ce serait là une expérience qui serait de nature à donner le départ à un processus de réparation, de construction d'une vraie confiance, qui pourrait redonner véritablement voix au chapitre aux sans-voix.
                  
5. Déclaration du Porte-parole du Quai d'Orsay
au sujet du processus de paix au Proche-Orient le vendredi 6 avril 2001
- A propos du processus de paix : est-ce que vous avez un commentaire sur la réunion des responsables de la sécurité là-bas et l'attaque, l'agression contre les Palestiniens qui faisaient partie du groupe de travail avec les Israéliens et les Américains ? et la reprise de la colonisation ?
- Il y a une dérive que nous voyons à l'oeuvre sous diverses formes, qu'il s'agisse de l'annonce provocatrice de la reprise de la colonisation des territoires occupés, qu'il s'agisse de la poursuite des meurtres, dits '' extrajudiciaires '', qu'il s'agisse des heurts militaires à Gaza, d'atteintes à la sécurité de négociateurs. Cette dérive conduit vers toujours plus de violence, de destruction et de souffrance. La logique de la force et de l'escalade n'offre aucune solution, le gouvernement israélien fait fausse route. Tout doit être mis en oeuvre pour revenir à un dialogue véritable, seul de nature à mettre un terme à la confrontation. Je vous rappelle enfin que l'Union européenne avait déjà exprimé, le 4 avril, dans une déclaration commune, sa vive préoccupation devant la poursuite des activités de colonisation. Je cite : '' toutes les activités liées à l'implantation de colonies de peuplement sont illégales et constituent un obstacle majeur à la paix. L'Union européenne engage instamment le gouvernement israélien à renoncer à sa politique d'implantation de colonies de peuplement en ce qui concerne les territoires occupés, y compris Jérusalem Est.''
- Considérez-vous que la participation des Américains indique un changement de leur attitude ?
- Sur les rencontres d'hier, je dirai une chose, il est essentiel que le fil du dialogue soit préservé et que des rencontres entre responsables israéliens et palestiniens se poursuivent. C'est ce que nous souhaitons, c'est ce que souhaite l'Union européenne.
- Aujourd'hui l'ampleur de la violence israélienne vient de franchir un deuxième pas, les chars israéliens bombardent les commissariats palestiniens.
- J'ai parlé de heurts militaires, nous sommes donc très conscients de la situation.
- Les Américains ont-ils la même position que vous ?
- Nous nous déterminons en fonction de ce que nous pensons.
- Je n'ai pas entendu M. Védrine condamner Est-ce que vous condamnez la reprise de la colonisation ? C'est implicite ?
- Je pense que le jugement est implicite, mais c'est à vous à le faire. Le Ministre a eu l'occasion de le dire aux Etats-Unis, le temps n'est pas à affirmer des jugements de valeur théoriques. Ce qui est important, c'est de dire où ça va et où ça ne va pas. Lorsque nous disons que le gouvernement israélien fait fausse route, c'est un langage clair, factuel, qui a pour cause une situation sans précédent, au moins depuis 15 à 20 ans.
- Condamnez-vous la colonisation ?
- Oui, bien sûr, l'Union européenne l'a dit, c'est illégal, cela constitue un obstacle majeur à la paix. La question pour nous ne se pose pas.
- Considérez-vous que le gouvernement israélien qui fait fausse route est responsable aujourd'hui de provocations, de meurtres et des heurts militaires ?
- Je ne suis pas d'accord avec cette présentation des choses. J'ai dit qu'il y a eu une annonce provocatrice de la reprise de la colonisation des territoires occupés. qu'il y a eu un nouveau meurtre ''extrajudiciaire''. S'agissant des heurts militaires à Gaza, je ne me suis pas prononcé sur l'origine et la responsabilité de ces heurts.
- Concernant M. Barnan, c'est en fait M. Sharon lui-même qui a dit qu'il ''fallait le liquider''. On a accordé à M. Sharon, lorsqu'il a constitué son gouvernement un délai pour voir si vraiment, il cherche la paix. Maintenant, en le voyant annoncer la poursuite de la colonisation, en voyant les chars, croyez-vous qu'il est toujours valable de lui accorder un délai ? Tous les messages qu'il vous envoie ne mérite pas qu'ils soient condamnés, que l'on envoie un message beaucoup fort ?
- Je crois qu'en disant que nous pensons qu'il fait fausse route, nous envoyons un message clair. Or, ce dont nous avons besoin aujourd'hui c'est de clarté.
- Quand M. Sharon est allé à l'esplanade des mosquées, vous l'avez qualifié de provocation. Hier, le gouvernement israélien dit qu'il veut permettre aux Juifs de visiter cette esplanade. Comment jugez-vous cette autorisation, surtout dans la situation actuelle ?
- Je n'ai pas commenté ce point précis qui en est au stade de simple projet, à ma connaissance.
- Il y a quelques jours, vous avez reçu M. Peres, vous venez de condamnez cette politique dont nous avons parlé il y a un instant. Avez-vous le sentiment que le gouvernement israélien parle d'une seule voix, ou bien qu'il y a deux sortes de politiques : une destinée à l'extérieur et l'autre appliquée sur le terrain ? Voyez-vous un homogénéité dans le comportement israélien ?
- Ce n'est pas à un porte-parole français de se prononcer sur ce genre de questions intérieures.
- Y a-t-il une possibilité de voir prochainement un engagement plus grand et plus ferme de la part des Américains pour débloquer la situation ?
- Les Américains sont dans une période où ils revoient et réfléchissent à leurs positions. Il est donc encore trop tôt pour savoir quelle sera la ligne qu'ils vont développer.
- Mais ne trouvez-vous pas que la participation américaine dans ces rencontres constitue un changement d'attitude ?
- C'est certainement important qu'ils soient là. C'est une bonne chose, mais la vraie question est de savoir si, comme nous le souhaitons tous, les Américains et les Européens sont capables de faire évoluer la situation dans la bonne direction.
- Tout à l'heure, vous avez parlé de non droit concernant les meurtres ?
- Notre position est très claire, le 24 février, l'Union européenne a dit, ''la politique menée par Israël, la politique des élimination ou assassinats extrajudiciaires de Palestiniens accusés par des forces de sécurité israéliennes est inacceptable et contraire à l'état de droit''. Notre position là-dessus est constante.
- Vous concédez donc avec moi que c'est une zone de non droit maintenant. Comment faire pour rétablir le droit dans cette zone maintenant ?
- C'est une politique inacceptable et contraire à l'Etat de droit.
- Pensez-vous qu'il est utile de hausser le ton à Genève lorsque vous présenterez le projet de l'Union européenne concernant les colonies dans les territoires palestiniens occupés. Cela ne demande-t-il pas une amélioration de votre position commune à Genève ?
- Nous travaillons à aboutir à Genève à un texte sur le Proche-Orient que nous puissions voter, ou en tout cas ne pas rejeter. Ceci dit, face à cette situation, nous savons aussi qu'il peut y avoir de la surenchère verbale. Quelle que soit notre analyse, rigoureuse, celle que je viens de rappeler, il y a un certain nombre de choses que l'on ne peut pas dire. Nous travaillons actuellement à Genève, dans un esprit très constructif au sein de l'Union européenne pour essayer d'aboutir à un texte qu'il nous soit possible, selon le cas, de voter, en tout cas de ne pas rejeter.
- Il sera donc meilleur que l'ancienne proposition présentée par l'ambassadeur de France il y a quelques jours à Genève ?
- Les discussions sont en cours. Je ne sais pas quel sera leur point d'aboutissement. Il faut voir quel est l'état de l'opinion des Quinze, pas seulement de la France, et il faut voir aussi quelle est la réponse des promoteurs du projet.
- Vous craignez l'escalade verbale ?
- Ce n'est pas cela que nous craignons le plus. C'est l'escalade sur le terrain.
- Dans la façon dont vous venez de formuler votre réponse, vous dites qu'il y a une escalade verbale. Mais ne croyez-vous pas que l'escalade sur le terrain devient tellement dangereuse que l'escalade verbale n'est rien à côté. Ne croyez-vous pas que c'est le moment de mettre ''les points sur les I'' concernant l'appel aux Israéliens à respecter les conventions de Genève des années 1949 ?
- Ce n'est pas le coeur du problème. Il faut mettre tout en oeuvre pour en revenir à un dialogue véritable. C'est là-dessus que nous cherchons à mettre, comme vous le dites, les '' points sur les I ''. Il faut en revenir à un dialogue véritable, seul de nature à mettre un terme à la confrontation .
- Combien de temps le stade transitoire que traverse l'administration américaine va-t-il durer avant qu'elle puisse définir sa politique extérieure, surtout moyen-orientale ?
- J'ai le choix entre plusieurs réponses, la première, c'est que cette question me demande de formuler une hypothèse, ce à quoi je me refuse. La seconde est qu'il faut demander aux Américains. Traditionnellement, on sait qu'au début d'une présidence nouvelle, le processus de discussion, de réexamen de la politique prend toujours un minimum de mois.
- La présence d' européens aux réunions sécuritaires ne serait-elle pas devenue nécessaire ?
- Notre engagement au service du processus de paix au Proche-Orient ne date pas d'hier et il est constant. Nous essayons en tout cas de continuer à apporter une contribution utile.
- Nous assistons actuellement à un recul du rôle de la France concernant la relance du processus de paix du Proche-Orient. Qu'en est-il vraiment ? Y a-t-il des motifs électoraux ? Pourquoi la France a-t-elle perdu de son enthousiasme ? peut-être y a-t-il la peur des lobbies existants de part et d'autres ?
- Non, je conteste ce que vous venez de dire, la France poursuit son engagement., Comme l'a dit le Ministre, nous sommes toujours disposés à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous rendre utile, pour autant bien sûr que cela serve à quelque chose. Il ne faut pas non plus qu'en en appelant à des tiers, on occulte une réalité centrale : c'est aux parties qu'il appartient d'abord de faire la paix. Mais, l'engagement de la France est constant.
                    
6. Communiqué de presse
de l'Association Médicale Franco-Palestinienne et de l'Association France-Palestine
URGENCE PROTECTION - Ce 10 avril le gouvernement israélien vient de franchir une nouvelle ligne rouge dans la politique de répression meurtrière qu'il mène depuis le 29 septembre 2000 contre l'Intifada palestinienne. Les bombardements des camps de réfugiés de Khan Younis dans la Bande de Gaza, en zone A, puis ceux de Rafah où l'armée a pénétré ont fait de nombreuses victimes (2 morts, 43 blessés à Khan Younis, et de nombreux sans-abris). Ils témoignent d'une escalade dangereuse pour toute la région dans laquelle s'engouffre le gouvernement israélien. La multiplication des provocations et actes de guerre israéliens, qu'il s'agisse des bombardements répétés sur les villes, villages et camps palestiniens, de leur mise en isolement total, de l'annonce de la construction de nouvelles colonies en territoire occupé, des menaces physiques contre les négociateurs palestiniens, des assassinats et "exécutions extra-judiciaires". constituent à la fois des violations du droit international, notamment de la quatrième Convention de Genève, mais aussi des risques majeurs d'embrasement régional. Nous demandons solennellement aux autorités françaises d'intervenir par tous les moyens possibles pour obtenir d'une part auprès de leurs partenaires européens, d'autre part au sein du Conseil de Sécurité des Nations Unies, l'envoi de toute urgence d'une force de protection en Palestine. Nous demandons également aux autorités françaises de réclamer officiellement et jusqu'à son obtention, la suspension de l'Accord d'association entre l'Union européenne et Israël, dont l'article 2 prévoit comme le rappelaient les parlementaires français en ratifiant ce texte le 23 novembre 1999, le respect des droits humains par les parties contractantes. (Paris, le 12 avril 2001)
[Contact : Association Médicale Franco-Palestinienne - 21, ter rue Voltaire - 75011 Paris
Tél : 01 43 72 15 79 - Fax : 01 43 72 07 25 - E-mail : amfpafp@club-internet.fr]
                  
Revue de presse

            
1. Sommet Arabe - Les petites fantaisies des dirigeants arabes
in Al-Quds Al-Arabi (quotidien arabe publié à Londres) traduit dans Courrier International du jeudi 12 avril 2001
Au sommet d’Amman des 27 et 28 mars, Khadafi a multiplié les escapades, l’émir de Bahreïn a apprécié le pain jordanien, l’émir saoudien la soupe de lentilles et Arafat s’est contenté de miel...
Un seul citoyen arabe s’est vu décerner une décoration par le roi de Jordanie, Abdallah II, à l’occasion du dernier sommet arabe [qui s’est déroulé les 27 et 28 mars à Amman] : il s’agit de Nouri al-Mismari, le chef du protocole libyen. Il a été reçu par le roi en personne, qui lui a décerné la médaille de l’ordre de l’Indépendance “pour sa participation aux préparatifs du sommet et ses services rendus dans l’intérêt des relations jordano-libyennes”, selon les termes de l’agence officielle Pétra... Cette médaille était justifiée par l’aide inestimable qu’il a apporté aux services jordaniens du protocole afin de les préparer - dans la mesure du possible - aux incartades toujours surprenantes du leader libyen, qui a multiplié les déplacements avant et après le sommet sans craindre de sortir des usages diplomatiques et protocolaires.
Contenir les extravagances de Muammar Kadhafi sans le gêner et tout en lui assurant la protection nécessaire constitue en effet une mission difficile... Le leader libyen - qui est arrivé le premier dans la capitale jordanienne, deux jours avant le sommet - a tout d’abord refusé de loger dans l’appartement qui lui avait été préparé à l’hôtel Méridien, qui accueillait le sommet ainsi que tous les autres leaders. Ses quartiers sont restés vides pendant la nuit.
Kadhafi a ensuite multiplié les visites-surprises politico-touristiques. Il s’est rendu seul sur les bords de la mer Morte. Il a aussi assisté pendant un moment à un match de football dans un quartier populaire de la capitale.
Mais Kadhafi ne fut pas le seul chef d’Etat arabe à faire preuve d’extravagance ou à adopter un comportement inhabituel chez les grands de ce monde. Les questions de cuisine ont fourni l’occasion d’autres scènes pittoresques, comme les louanges appuyées décernées devant toute l’assistance par l’émir de Bahreïn au... pain traditionnel jordanien, le taboun, dans l’un des restaurants arabes qui accueillaient les hôtes du sommet. C’est ainsi que le chef de la délégation saoudienne, le sultan Ibn Abdelaziz, a particulièrement apprécié la soupe de lentilles, que le président syrien, Bachar el-Assad, a montré un intérêt particulier pour les salades et les mezzés, tandis que le raïs égyptien, Hosni Moubarak, s’est totalement abstenu de consommer de la viande. Quant au président palestinien, Yasser Arafat, il a prolongé ses petits déjeuners, simplement constitué de pain frais et de miel local. Le second jour du sommet, Arafat avait commencé à grignoter quelques bouchées de son repas, selon certains observateurs, lorsque la nouvelle du bombardement israélien qui avait touché sa garde personnelle lui fit définitivement perdre l’appétit...
                    
2. Une interview de Fayçal El-Husseini réalisée par Serge Ronen
in Ouest-France (quotidien régional français) du mercredi 11 avril 2001
Faycal El-Husseini est ministre palestinien chargé des Affaires de Jérusalem. Il a répondu à nos questions.
- Comment jugez-vous la situation à Jérusalem ?
- La situation est de plus en plus difficile, tendue. Depuis l'élection d'Ariel Sharon, certains extrémistes israéliens se sentent avoir les coudées franches. Ils multiplient les provocations. Ils essaient par tous les moyens de modifier le statu quo sur le Haram es Sherif (l'esplanade des Mosquées). Les agents du Wakf (l'administration musulmane) parviennent tant bien que mal à neutraliser leurs provocations.
- Comment se fait-il que les non-musulmans se voient interdire l'accès de l'esplanade des Mosquées par les agents du Wakf ?
- Tant que les Palestiniens de Cisjordanie, de la bande de Gaza, ne pourront se rendre dans nos Lieux saints, il est hors de question d'accorder aux visiteurs, aux touristes, un droit qui nous est dénié.
- Que pensez-vous d'Ariel Sharon Premier ministre d'Israël ?
- Sharon n'a qu'un mot à la bouche « sécurité ». C'est au nom de ses préoccupations sécuritaires qu'il justifie le matraquage des populations palestiniennes. Si Sharon croit pouvoir ainsi nous mettre à genoux, il se trompe lourdement. La seule manière pour Sharon de parvenir à la paix et à la sécurité est de faire cesser les violences israéliennes. L'occupation, comme les contructions illégales dans les colonies de peuplement, sont aussi une forme de violence pernicieuse exercée contre le peuple palestinien.
- Vos raisons d'espérer ?
- Les Palestiniens connaissent l'une des phases les plus dramatiques de leur histoire. Ils souffrent au quotidien de la répression sanglante, du blocus des territoires, du chômage, mais ils continueront la lutte jusqu'à la création de l'État de Palestine avec pour capitale Jérusalem.
                
3. Un bouclage asphyxiant par Véronique Hayoun
in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 11 avril 2001
Ramallah, Correspondance — Le bouclage de la Cisjordanie et de la bande de Gaza par Israël depuis le début de l'Intifada d'Al-Aqsa provoque des dégâts économiques et humanitaires. Les plus pauvres sont les plus pénalisés, 1,3 million de Palestiniens, sur 3,1 millions de personnes se trouvent en dessous du seuil de pauvreté.
Malgré les appels répétés de la communauté internationale, dont l'Union Européenne (UE) à la fin mars, le bouclage n'a pas été levé par Israël, invoquant des raisons de sécurité. Les Palestiniens considèrent ces mesures comme une punition collective. Le nouveau gouvernement d'Ariel Sharon tente d'assouplir ces restrictions, au coup par coup, et en fonction de son évaluation de la situation sécuritaire. Le 1er avril, quelque 500 travailleurs palestiniens ont été autorisés à travailler en Israël, contre 50 000 avant l'Intifada. Cette mesure est jugée insuffisante par les Palestiniens qui demandent la levée totale du bouclage.
Pour Mohammed Shtayyeh, directeur du PECDAR (Palestinian Economic Council for Development And Reconstruction), qui dépend de l'Autorité palestinienne, l'un des principaux effets du bouclage des territoires, c'est la hausse du chômage. Près de 50 % des travailleurs sont au chômage, soit 310 000 personnes sur une force de travail de 612 000, selon cet économiste. Depuis le soulèvement, quelque 120 000 Palestiniens (dont 80 000 sans permis) ne travaillent plus en Israël, ce qui représente un manque à gagner d'environ 3,4 millions de dollars par jour, selon des statistiques de l'Onu. Le ministère palestinien du Travail a dédommagé de 600 shekels (environ 160 dollars) les travailleurs avec permis en Israël.
Une mesure de courte durée
Par ailleurs, l'emploi interne est également touché. Le bouclage des territoires et la fermeture des routes dans les zones sous administration israélienne empêchent de nombreux villageois d'atteindre leur poste de travail dans les villes palestiniennes. Résultat : licenciements et congés non payés pour près de 190 000 Palestiniens, soit un manque à gagner de 4 millions de dollars par jour.
Les 120 000 fonctionnaires de l'Autorité palestinienne sont mieux lotis, car leurs salaires sont jusqu'ici assurés par les pays donateurs tels l'UE, le Japon, la Norvège. « C'est une situation malsaine, déplore Mohammed Shtayyeh, d'avoir autant de monde dans le secteur public pour une population de 3 millions de personnes. Mais l'Autorité palestinienne est obligée à cause du taux de chômage chronique très élevé. Avant l'Intifada, il se montait déjà à 18 % ».
Bien sûr, le fonctionnement des ministères est touché par les entraves à la liberté de mouvement. Les plus atteints sont les plus faibles institutionellement, comme l'Agriculture, la Justice. Au total, les pertes liées au bouclage ces cinq derniers mois sont évaluées à 900 millions de dollars par Nabil Chaath, le ministre du Plan et de la Coopération internationale.
Dans ces conditions, le déficit budgétaire ne cesse de se creuser. D'autant que l'Autorité palestinienne ne peut pas collecter d'impôts. Selon un rapport du PECDAR, la croissance économique devrait chuter de 7 % à 3 %. Ce n'est pas tout. Depuis la mi-novembre, Israël retient les droits de douane et la TVA qu'il perçoit pour le compte de l'Autorité palestinienne. Les revenus de la TVA reversés aux Palestiniens s'élèvent annuellement à 320 millions de dollars. Selon l'Onu, les arriérés des taxes douanières dépassent 50 millions de dollars.
Faut-il en conclure que l'Autorité palestinienne est sur le point de s'effondrer ? « C'est exagéré, réagit Mohammed Shtayyeh. L'Autorité palestinienne affronte une crise économique sérieuse. Mais on ne peut pas dire qu'elle est sur le point de s'effondrer, car elle reflète la volonté des gens et est un produit du processus de paix. La question qui se pose, c'est combien de temps les pays donateurs vont accepter de payer ! ».
Pour l'heure, l'UE, le principal donateur, a récemment alloué 75 millions d'euros (70 millions de dollars) d'aide à l'Autorité palestinienne, dont 60 millions pour son budget et le reste pour des projets humanitaires. Mais le Conseil européen, réuni à Stockholm fin mars, a exhorté l'Autorité palestinienne à lutter contre la corruption et à améliorer la transparence démocratique au sein des territoires. Il a également lancé « un appel pour que d'autres donateurs se joignent à l'UE et s'engagent à soutenir financièrement le budget palestinien ». Il a été entendu par les Etats arabes réunis à Amman. « Au niveau économique, réagit Mohammed Shtayyeh, ce sommet a satisfait nos demandes concernant le commerce et le budget ». Pendant six mois, l'Autorité recevra 40 millions de dollars par mois, dont 15 millions en prêt à intérêts réduits et le reste sous forme de dons. De plus, 205 millions de dollars vont être alloués par la Banque Islamique de Développement (BID), dont le siège est à Jeddah (Arabie saoudite), qui gère les fonds arabes, à des projets d'éducation, de santé, d'infrastructures, la réhabilitation des lieux bombardés par Israël. En outre, l'Arabie saoudite et d'autres pays arabes ont autorisé les produits palestiniens agricoles et industriels à entrer librement dans leur marché. Des discussions sont en cours pour autoriser des travailleurs palestiniens.
Une situation complexe
Sur le terrain, le bouclage a créé une situation complexe et aussi fragmentée que les territoires palestiniens. Des rapports d'organisations des droits de l'homme israélienne (B'Tselem) et palestinienne (The Palestinian Human Rights Monitoring Group, PHRMG), parus respectivement en janvier et mars, énumèrent et dénoncent les nombreuses restrictions imposées aux Palestiniens au nom de la sécurité. Pour B'Tselem, « ces restrictions portent sévèrement atteinte non seulement au droit de liberté de mouvement, mais aussi à d'autres droits de l'homme. Les principaux droits concernés sont celui du droit au travail et à gagner sa vie, du droit au traitement médical, à l'éducation, et à garder une vie de famille ».
Plus concrètement, la situation varie d'une ville à l'autre et les effets du bouclage sont plus durs économiquement à Gaza qu'en Cisjordanie. La bande de Gaza est ainsi découpée en trois parties isolées l'une de l'autre, depuis la fin janvier. Les colons, dénonce le rapport du PHRMG, peuvent circuler librement sur le côté des routes qui leur sont réservées, à Gaza comme en Cisjordanie. Une politique que ledit rapport qualifie de « raciste ».
Par ailleurs, l'aéroport international de Gaza, inauguré en novembre 1998, fleuron de l'Autorité palestinienne, est fermé depuis le début de l'Intifada, à l'exception de quelques jours pour le pèlerinage à La Mecque. Depuis le 5 février 2001, un siège aérien a été imposé par les Israéliens après le meurtre d'un soldat à la frontière entre Rafah, où se trouve l'aéroport, et le territoire palestinien. Une punition collective qui empêche l'aide humanitaire d'arriver aux Palestiniens, d'autant que des pays avaient commencé à envoyer cette aide via l'aéroport. Les pertes hebdomadaires de l'aéroport sont estimées à 2 millions de dollars.
Du côté de la Cisjordanie, les grandes villes ont été isolées l'une de l'autre depuis le début du soulèvement. Tsahal a creusé de profondes tranchées coupant les routes, dressé des barrages de blocs de béton et déployé des tanks. Toutefois, dès la mi-mars, les autorités israéliennes ont allégé le bouclage sur la moitié de ces villes. Pour l'heure, la situation est volatile et tributaire de changer avec l'escalade de la violence.
C'est Hébron, ville divisée en deux parties, une palestinienne et une israélienne, qui rencontre une situation particulièrement difficile. La ville subit un blocus. La partie juive de la ville est quasiment sous couvre-feu permanent à cause d'affrontements fréquents entre les habitants palestiniens (40 000) et les 400 colons qui y vivent.
Toujours en Cisjordanie, de nombreux villages de la région de Ramallah sont isolés par de profondes tranchées qui barrent la route principale. Mais certains d'entre eux ne le sont pas complètement et les villageois peuvent emprunter des routes secondaires et/ou sont obligés de marcher quand les transports locaux manquent. De fait, selon le PHRMG, « il apparaît que l'armée israélienne se montre particulièrement stricte à bloquer l'accès aux villages proches des colonies ».
Plus tragique : les points de passage de Tsahal, qui obligent les ambulances ou les taxis transportant des blessés à attendre des heures avant de passer, ont causé la mort de plusieurs personnes. Face à cette situation difficile, l'Autorité palestinienne semble incapable d'apporter du secours à la population pendant cette période de souffrance.
              
4. Israël renforce sa répression par Abir Taleb
in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 11 avril 2001
M. Arafat, ainsi que le secrétaire général de la Ligue, Esmat Abdel-Méguid, qui se sont réunis dimanche au Caire, ont demandé une nouvelle réunion du Conseil de sécurité de l'Onu pour obtenir une protection pour les Palestiniens. Mais le résultat est connu d'avance, et les Etats-Unis sont là pour opposer leur veto.
Les affrontements israélo-palestiniens prennent les allures d'une véritable guerre. Dimanche soir, après une très courte accalmie, l'armée israélienne a donc continué de cibler directement les intérêts de l'Autorité palestinienne. Elle a tiré des roquettes sur un bureau du Fatah, le mouvement du président Yasser Arafat, et sur deux postes de police dans la bande de Gaza, blessant légèrement un policier et quatre civils, peu après des tirs d'obus palestiniens sur le territoire israélien, à partir de la bande de Gaza. Dimanche également, un Palestinien a été retrouvé mort près de Ramallah, en Cisjordanie, après un échange de tirs entre des soldats israéliens et des Palestiniens armés.
Et Israël promet davantage de répression. « Il est évident que nous répliquerons à chacune de ces attaques sans avertissement préalable », a indiqué lundi un porte-parole du premier ministre Ariel Sharon, faisant ainsi allusion aux tirs de mortier palestiniens. Des tirs qu'Israël assimile à une « déclaration de guerre », selon le même porte-parole. Lundi, Israël a fermé le passage de Karni reliant son territoire à la bande de Gaza en accusant des Palestiniens de s'y être livrés à des actes de vandalisme, selon un porte-parole militaire.
Côté palestinien, les représailles israéliennes aux tirs de mortier palestiniens ont été qualifiés d'« agression cruelle contre le peuple palestinien ». S'exprimant à la radio palestinienne la Voix de la Palestine, le chef de la sécurité publique dans la bande de Gaza, Abdel-Razeq Al-Majaïda, a estimé qu'Israéliens et Palestiniens « ne combattent pas à armes égales », et accusé Israël de vouloir « entraîner » les forces de sécurité palestiniennes dans la « bataille ». Le ton palestinien est aussi à la menace : « Jusqu'ici nous avons respecté les accords auxquels sont parvenus les négociateurs. Mais nous sommes prêts à défendre les positions attaquées par les Israéliens », a encore déclaré M. Al-Majaïda.
Ce climat de guerre n'est pas pour aider les tentatives en vue d'un retour au processus de paix, entreprises notamment par le président Hosni Moubarak. Ce dernier s'est entretenu dimanche avec le président palestinien à propos de « la situation explosive et les provocations (d'Israël) à l'égard des civils palestiniens ». Selon les termes du chef de la diplomatie égyptienne, Amr Moussa, Israël devrait choisir entre l'application des ententes sécuritaires de Charm Al-Cheikh et la poursuite de l'Intifada. Il faisait ainsi allusion à une série de mesures prises à l'issue du sommet de Charm Al-Cheikh, le 17 octobre 2000, pour mettre fin à la violence.
Parmi ces mesures figurait notamment le repli des troupes israéliennes aux positions qu'elles occupaient dans les territoires palestiniens avant le déclenchement du soulèvement palestinien, le 28 septembre. Aussi, M. Moussa a-t-il averti que les Palestiniens « ne pourraient être condamnés pour les violences qui pourraient survenir », après les récents assassinats de responsables palestiniens par Israël.
Autre provocation israélienne qui s'inscrit dans le cadre de la politique d'agression israélienne : la semaine dernière, dans la nuit de mercredi à jeudi, un convoi de responsables des services de sécurité a essuyé des tirs israéliens. Un incident pour lequel l'Etat hébreu s'est dit « désolé », rejetant toutefois la responsabilité de l'incident sur l'Autorité palestinienne : « Il s'agit du résultat direct du refus de l'Autorité palestinienne de lutter contre le terrorisme alors que les services de sécurité qui dépendent d'elle participent eux-mêmes aux violences », a affirmé un porte-parole d'Ariel Sharon. Le chef des services de renseignements palestiniens, Amine Al-Hindi, qui se trouvait dans le convoi, a pour sa part accusé jeudi l'armée israélienne d'avoir tendu une « embuscade ».
Vendredi soir, l'armée israélienne a détruit avec des bulldozers deux installations de la Force 17, la garde du président palestinien Arafat, ainsi qu'un poste de la police palestinienne près de la colonie de Netzarim dans la bande de Gaza. Prétexte avancé par l'armée israélienne : ces postes ont servi pour des « attaques terroristes contre des civils et des soldats israéliens, notamment des tirs d'obus de mortier vers Netzarim ».
                 
5. Washington sort de sa réserve
in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 11 avril 2001
Après avoir au cours des dernières semaines mis davantage la pression sur le président palestinien Yasser Arafat, les Etats-Unis ont multiplié les mises en garde à l'encontre du premier ministre israélien Ariel Sharon pour stopper la spirale de la violence.
Les Etats-Unis ont ainsi qualifié de « très grave incident » les tirs israéliens dans la nuit de mercredi à jeudi contre un convoi transportant des responsables palestiniens, revenant d'une rencontre avec des responsables israéliens sur les questions de sécurité, incluant une participation américaine. Washington, avait déjà réaffirmé, le 2 avril, son opposition aux « meurtres ciblés » pratiqués par Israël contre des Palestiniens, après la mort d'un militant du Jihad islamique, tué par des roquettes tirées par des hélicoptères israéliens.
Plus important encore : les Etats-Unis ont dénoncé comme « provocatrice » et « incendiaire » la décision israélienne de mettre aux enchères des terres situées en Cisjordanie, destinées à accueillir la construction de plus de 700 logements pour des colons juifs. Israël devrait cesser une telle activité colonisatrice, a dit le porte-parole du département d'Etat Richard Boucher, utilisant des termes bien plus durs que dans de déclarations au sujet des colonies de peuplement. Dans sa dernière déclaration sur le sujet depuis l'arrivée de Sharon au pouvoir, M. Boucher avait dit le 20 mars : « Nous ne pensons pas que la poursuite d'une activité de construction comme celle-ci contribue à la paix ou à la stabilité ». Il commentait alors le projet de la municipalité de Jérusalem de construire près de 3 000 nouveaux logements juifs sur la colline périphérique de Har Homa, dans la partie arabe de la Ville Sainte.
Le ministère du Logement israélien a annoncé jeudi la publication d'offres d'enchères portant sur des terrains où seraient construites 708 habitations, dont 496 dans la colonie de Maale Adoumim près de Jérusalem, et 212 autres à Alfei Menache, non loin de Naplouse. Ce sont les premières offres d'enchères publiées depuis la prise de fonctions il y a un mois du premier ministre Ariel Sharon, qui a toujours été partisan d'une poursuite des implantations de colonies juives en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, territoires annexés par Israël lors de la guerre des six jours en 1967.
Cette mesure a été immédiatement dénoncée par les Palestiniens qui y ont vu une politique de faits accomplis visant à empêcher tout retrait israélien, alors que le ministre égyptien des Affaires étrangères l’a qualifiée de « provocation flagrante » vidant « le processus de paix de tout sens ».
Ces dernières années, le gouvernement américain avait tendance à qualifier les nouvelles colonies juives d'« inutiles » ou de « contre-productives », Washington ne partageant pas le point de vue de la communauté internationale selon lequel les colonies sont illégales et violent les conventions de Genève de 1949 sur les territoires occupés.
Les nouvelles critiques américaines interviennent au moment où les dirigeants arabes font pression pour que la nouvelle Administration américaine sorte de son attitude réservée face aux problèmes du Proche-Orient. Le président Hosni Moubarak a fermement demandé une plus grande implication de Washington et une politique plus équilibrée lors de sa rencontre la semaine dernière avec le président George W. Bush. Un message repris par le souverain jordanien Abdallah II, qui se trouve actuellement aux Etats-Unis.
                             
6. Ovadia Yossef, rabbin exterminateur par Françoise Germain Robin
L'Humanité du mardi 10 avril 2001
Le rabbin Ovadia Yossef, chef spirituel du parti Shass - un parti juif ultra-orthodoxe qui regroupe essentiellement des juifs séfarades (originaires des pays arabes, notamment d'Afrique du Nord) n'y va pas par quatre chemins : il a proposé lors de son prêche de Pessah (la Pâque juif) une méthode radicale pour en finir avec la question palestinienne et l'Intifada. " Il faut, a-t-il dit, depuis la chaire de sa synagogue de Jérusalem, anéantir les Arabes. Il ne faut pas avoir pitié d'eux, il faut leur tirer dessus avec des super missiles, les anéantir, ces méchants, ces maudits. "
Le rabbin Yossef n'en est pas à son coup d'essai. Il crache régulièrement sa haine des Arabes qu'il avait, récemment assimilés à des " serpents ", êtres nuisibles et venimeux. Ce qui est grave, c'est que le vieil homme jouit d'une influence considérable sur la communauté juive séfarade, mais aussi d'un poids politique non négligeable : il est le fondateur du parti Shass qui a fait un malheur au cours du dernier scrutin législatif et dispose d'un groupe important à la Knesset (c'est même le troisième parti du pays après le Likoud et le Parti travailliste avec 17 députés sur 120). Un parti clef car devenu incontournable pour la formation d'une majorité quelle qu'elle soit.
Le ministre de la Justice Meir Sheetrit interrogé a regretté ces propos : " Je suis, a-t-il dit, opposé à de telles déclarations surtout de la part d'une personnalité de la stature du rabbin Yossef. La politique du gouvernement est de frapper uniquement les terroristes et non pas une population innocente. "
                 
7. En ciblant les symboles de l'Autorité, Ariel Sharon vise en vain à diviser les Palestiniens par Mouna Naïm
in Le Monde du lundi 9 avril 2001
Une fillette palestinienne d'un an et demi et cinq autres Palestiniens ont été blessés, dimanche 8 avril, près de Bethléem, en Cisjordanie, lors de heurts entre manifestants palestiniens et soldats israéliens. Ces derniers, attaqués à coups de pierres, ont tiré des balles réelles et caoutchoutées. La fillette a été touchée alors qu'elle se rendait avec sa famille dans le village d'El Khader, non loin de là, ont indiqué des témoins palestiniens et des sources médicales. Par ailleurs, dans la soirée, l'armée israélienne a lancé des roquettes sur un bureau du Fatah, le mouvement du président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, et sur deux postes de police, à Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, blessant légèrement un policier et quatre civils. D'après des sources israéliennes, c'était en représailles au tir de quatre obus de mortier près du kibboutz de Nahal Oz, à quelques centaines de mètres de la bande de Gaza.
Pour les Palestiniens, les bombardements israéliens, comme tous ceux qui depuis l'entrée en fonctions du premier ministre Ariel Sharon visent des symboles de l'appareil sécuritaire palestinien, ont pour objectif de diviser l'adversaire. "Vaine stratégie, qui aboutit au résultat exactement contraire à celui escompté, commente Nabil Chaath, ministre palestinien de la coopération internationale. En concentrant les tirs, les bombardements et les accusations sur l'Autorité palestinienne et son président, en diminuant les tirs sur la population civile pour cibler l'Autorité, les Israéliens croient pouvoir diviser. Le résultat en est que personne, à l'heure actuelle, ne s'oppose à l'Autorité. Je crois que jamais le soutien à l'Autorité n'a été aussi grand qu'à l'heure actuelle", ajoute M.Chaath, joint par téléphone à Gaza.
L'"APPLICATION DES ACCORDS"
Pour l'heure, et bien que "certaines voix en Israël réclament un dialogue avec les Palestiniens"– ce qui, conjugué aux "pressions" européennes et américaines, a abouti il y a quelques jours aux rencontres israélo-palestiniennes d'Athènes et de Tel-Aviv (Le Monde du 6 avril)–, la "méthode" Sharon demeure "l'escalade", note ce conseiller de M. Arafat. Le premier ministre israélien considère qu'en exigeant des Palestiniens "l'arrêt des violences", il "démontrera aux Israéliens qu'il est celui qui peut assurer leur sécurité et que, sans une telle sécurité, il n'y aura pas de négociations politiques".
Les Palestiniens, enchaîne M. Chaath, disent, pour leur part : "Oui à l'arrêt des violences et à la reprise des négociations, mais nous voulons que soient réglées les questions qui sont à l'origine de l'Intifada et de l'explosion actuelle, à savoir l'arrêt total de la colonisation, surtout à Jérusalem, parce qu'elle est constamment à l'origine de violences". La fin du "bouclage qui isole la Cisjordanie de Gaza et nous interdit toute ouverture aux marchés arabe et international, l'application des accords déjà conclus et l'élaboration d'un calendrier pour les négociations du statut définitif des territoires palestiniens" sont les autres exigences palestiniennes.
RIEN DE CONCRET
"C'est un package deal pour le retour au calme et à la négociation de paix", précise M.Chaath. "Alors même que c'est nous qui sommes les agressés, nous ne sommes pas disposés, souligne-t-il, à arrêter les violences et à attendre pour voir ce que fera Sharon, qui n'offre, par ailleurs, aucune perspective ni aucun espoir politique", puisqu'il propose au mieux un nouvel accord intérimaire. Quant aux observateurs internationaux réclamés par les Palestiniens, ils permettraient de mettre fin à une situation dans laquelle Israël, dit-il, est "juge et partie à la fois", et de garantir un "minimum de sécurité et de protection aux Palestiniens, ce qui permettra le retour à la négociation".
Après que les Etats-Unis ont mis il y a quelques jours leur veto à une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU prévoyant l'envoi de tels observateurs, M. Chaath ne voit rien de bien concret à l'horizon. La condamnation par Washington et par Paris de la colonisation israélienne et de "la dérive militaire" évoquée par le ministère français des affaires étrangères traduit peut-être, dit-il néanmoins, "un sentiment de mécontentement vis-à-vis de la politique d'escalade israélienne", qui autoriserait un certain espoir.
Après une rencontre, dimanche, avec M. Arafat au Caire, le secrétaire général de la Ligue arabe, Ismat Abdel Méguid, a déclaré que des contacts allaient être pris dans les prochains jours pour une nouvelle réunion du Conseil de sécurité de l'ONU, qui serait invité à se prononcer à nouveau sur l'envoi d'observateurs. M.Arafat a déclaré pour sa part un "plan de mobilisation internationale" pour faire aboutir les demandes palestiniennes.
                  
8. Les groupes de défense des droits de l'homme : les jeunes palestiniens ne sont pas recrutés pour participer aux combats par Shafika Mattar
in Jerusalem Post (quotidien israélien) du lundi 9 avril 2001
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

Amman, 9 avril. Un rassemblement de groupes d'intervention humanitaire et de sauvegarde des droits de l'homme, menant une campagne afin de préserver les enfants de la guerre, a déclaré hier que, bien qu'étant malheureusement très impliqués dans les affrontements violents actuels, ceux-ci ne sont pas recrutés en vue de les forcer à y participer.
La question avait été soulevée au cours d'un colloque sur les enfants-soldats, qui a commencé ses travaux, hier, en Jordanie.
Le nombre élevé de teen-agers (adolescents) et d'enfants, parmi les victimes, depuis le début de l'éclatement des affrontements israélo-palestiniens, en septembre dernier, a conduit certains Israéliens à accuser les responsables palestiniens de mettre des enfants en danger de manière délibérée.
Mais la Coalition contre le Recrutement d'Enfants-Soldats a déclaré qu'il "n'y a aucune preuve que des enfants soient recrutés par l'Autorité palestinienne ou un quelconque groupe armé, dans l'insurrection actuelle".
"On estime que moins d'un pour cent de la population totale des adolescents palestiniens ont pris une part active aux affrontements avec les forces israéliennes, et que cette participation s'est toujours limitée à des manifestations ou à des lancers de pierres", indique le communiqué final publié par la Coalition.
"La plupart des enfants tués étaient de simples témoins passifs ; ils ont été tués chez eux, ou sur le chemin de l'école", a ajouté Roy Mungoven, l'un des coordinateurs de cette fédération d'ONG.
Kamel Abu Jaber, dont l'Institut Jordanien de Diplomatie, qu'il dirige, a grandement aidé à organiser le colloque d'Amman, a accusé Israël de recourir à une répression excessive contre les enfants palestiniens engagés dans une "désobéissance civile" et armés de leurs seules "pierres et innocence". La conférence régionale de cette Coalition, tenue en Jordanie - et à laquelle Israël n'a pas été invité - a été convoquée afin d'exhorter les pays du Moyen-Orient à réactiver un agrément international (non contraignant) contre l'utilisation des enfants-soldats, signé par plus de soixante-quinze pays. La coalition appelle également à ce que le recours à l'enrôlement d'enfants-soldats soit officiellement reconnu comme crime de guerre.
La Coalition a été mise sur pied en 1998 par six associations (ONG) principales d'aide humanitaire et de sauvegarde des droits de l'Homme : Amnesty International, Human Rights Watch, l'Alliance Internationale "Sauvez les Enfants", le Service aux Réfugiés des Jésuites (Jesuit Refugee Service), le bureau Quaker des Nations Unies et la Fédération Internationale Terre des Hommes.
D'autres groupements associatifs ont rejoint la coalition, au fil du temps ; elle entretient des liens suivis avec plusieurs agences des Nations Unies et intervient dans plus de quarante pays.
La Reine Rania de Jordanie a déclaré ouverte la séance inaugurale du colloque régional d'Amman, par la voix du Vice-Premier Ministre de Jordanie, Monsieur Awad Khleïfat qui a prononcé son discours royal, en son absence.
La Reine y affirmait qu'il est grand temps de ne plus tolérer de "voir des garçons et des filles, chaque matin, porter des armes plus lourdes qu'eux et se battre pour des causes dont ils ne peuvent comprendre ni les tenants ni les aboutissants". Un rapport publié par la Coalition indique que plus de 300 000 enfants âgés de moins de dix-huit ans combattent avec des forces armées régulières et des groupes insurrectionnels dans plus de trente pays de par le monde. Des millions d'enfants, par ailleurs, reçoivent un entraînement militaire et sont endoctrinés et enrôlés dans des mouvements de jeunesse et des écoles (paramilitaires), ajoute ce rapport.
Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, indique la coalition, les forces armées de Mauritanie et d'Israël admettent des conscrits de moins de dix-huit ans ; les forces armées d'Israël, d'Iran, d'Irak, de Jordanie, de Libye, de Mauritanie et les forces de sécurité de l'Autorité palestinienne admettent des volontaires de moins de dix-huit ans ; tandis que l'âge minimum requis en Algérie, en Egypte, au Qatar, en Arabie Saoudite, en Syrie, dans les Emirats Arabes Unis et au Yémen n'est pas défini de façon claire. Certains rapports indiquent qu'en Egypte, en Algérie, en Iran, en Irak, en Israël, au Liban, dans les territoires de l'Autorité palestinienne, en Turquie et au Yémen, des enfants sont activement engagés dans les combats aux côtés de groupes armés d'opposition.
                          
9. Israël dénonce les pressions occidentales par Charlotte Rotman
in Libération du lundi 9 avril 2001
Washington et Paris s'en étaient pris à la politique de colonisation.
Le gouvernement israélien a réagi samedi aux «critiques partiales» de Washington et de Paris, qui avaient qualifié de «provocation» l’appel d’offres lancé pour la construction de 708 nouveaux logements dans deux colonies juives de Cisjordanie. «Les tentatives de pression exercées sur Israël ne peuvent qu’encourager Yasser Arafat à continuer sur la voie du terrorisme et de la violence», s’est emporté Raanan Gissin, le porte-parole du Premier ministre, Ariel Sharon.
Fermeté sans précédent. Tout en rappelant «les divergences bien connues» qui opposent Israël et les Etats-Unis sur la question de la colonisation des territoires palestiniens, le porte-parole a également estimé que «les Européens feraient mieux de pousser Yasser Arafat à réprimer le terrorisme, afin de permettre la relance des négociations». Paris avait fustigé, vendredi, la politique d’Ariel Sharon. Estimant que le gouvernement israélien faisait «fausse route», la France a dénoncé l’inanité de «la logique de la force», traduite par «la poursuite des meurtres extrajudiciaires» visant des activistes palestiniens, et «la reprise de la colonisation des territoires occupés». Mais c’est la fermeté sans précédent des Etats-Unis, la veille, qui a créé la surprise: jusqu’ici, la Maison Blanche semblait mettre davantage la pression sur les Palestiniens.
L’Egypte, premier pays arabe à avoir signé – en 1978 – un accord de paix avec Israël et médiateur important dans les négociations de paix israélo-arabes, a de son côté durci le ton. A l’issue de la visite au Caire, hier, de Yasser Arafat, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Amr Moussa, a déclaré que «les Palestiniens ne [pourraient] pas être condamnés pour les violences susceptibles de survenir». Ce serait même, a ajouté le ministre, une «réaction normale», à la suite de l’assassinat de deux activistes du Jihad islamique, la semaine dernière. Le chef de la diplomatie égyptienne a également sommé Israël de choisir entre la poursuite de l’Intifada et l’application des accords de Charm el-Cheikh, conclus le 17 octobre, en vertu desquels l’armée israélienne devait se redéployer sur les positions qu’elle occupait dans les territoires palestiniens avant le 28 septembre, début de la nouvelle Intifada. Des propos qui tranchent avec le ton conciliant de Moubarak. Selon la radio militaire israélienne, en effet, le président égyptien aurait promis, au cours d’un entretien avec le chef de la diplomatie israélienne, Shimon Pérès, de tenter de convaincre Arafat d’œuvrer à une accalmie.
Bébé grièvement blessé. Dimanche, selon l’agence Reuters, un Arabe israélien a été tué et un bébé palestinien de 18 mois grièvement blessé, après avoir été touché à la tête par une balle en caoutchouc tirée par des soldats israéliens près de Bethléem (Cisjordanie). Par ailleurs, l’armée israélienne a tiré dimanche soir des roquettes sur un bureau du Fatah de Yasser Arafat et sur un poste de police dans le nord de la bande de Gaza, blessant quatre civils et un policier, selon un responsable de la sécurité. Enfin, un Palestinien, soupçonné de «collaboration» avec Israël, a été assassiné dimanche à Tulkarem, en Cisjordanie. Le meurtre a été revendiqué par «les Forces al-Assifa-Unité 77», une organisation inconnue.
           
10. Odeur de guerre israélo-palestinienne par Pierre Barbancey
in L'Humanité du lundi 9 avril 2001
Les affrontements entre Israéliens et Palestiniens se durcissent chaque jour un peu plus, fermant la porte d'une reprise des négociations. Après l'assassinat d'un responsable du Jihad islamique en Cisjordanie. Deux très fortes explosions ont été entendues vendredi à l'aube dans la colonie juive de Netzarim, située dans le centre de la bande de Gaza. Peu après les explosions, l'armée israélienne a bombardé des localités palestiniennes avoisinantes et un échange de tirs entre Israéliens et Palestiniens s'est ensuivi. Cet incident s'est produit quelques heures après que des hélicoptères israéliens eurent bombardé les quartiers généraux de la police palestinienne, dans la localité de Betlahya et le camp de réfugiés de Jabalya, les endommageant gravement et y faisant cinq blessés dont deux graves. Avant cette intervention des hélicoptères israéliens, des obus de mortier avaient été tirés par des Palestiniens sur des objectifs israéliens.
La France a condamné vendredi l'action d'Israël dans les territoires palestiniens. " La logique de la force et de l'escalade n'offre aucune solution. Le gouvernement israélien aujourd'hui fait fausse route ", a déclaré Jean-François Rivasseau, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. " Il y a une dérive que nous voyons à l'ouvre sous diverses formes ", a-t-il estimé, détaillant " l'annonce provocatrice de la reprise de la colonisation des territoires occupés, (...) la poursuite des meurtres dits extra judiciaires, (...) les heurts militaires à Gaza, l'atteinte à la sécurité de négociateurs. (...) Cette dérive conduit vers toujours plus de violences, de destructions et de souffrances ", a ajouté le porte-parole. " Tout doit être mis en ouvre pour en venir à un dialogue véritable, seul de nature à mettre un terme à la confrontation ", a-t-il conclu.
Si le contact n'est pas rompu, pour l'heure il n'amène rien de positif ni de concret comme l'a montré la rencontre, la semaine dernière à Athènes, du ministre palestinien Nabil Chaath et de Shimon Peres. Ce dernier s'est entretenu hier avec Hosni Moubarak, qui se trouvait récemment aux Etats-Unis. Le président égyptien a fait part de son espoir de parvenir à la paix en dépit de la situation difficile actuelle, avant de recevoir Yasser Arafat qu'il souhaite convaincre d'ouvrer en faveur d'une accalmie sur le terrain et d'une relance du processus de paix. Au Caire, le président palestinien et le secrétaire général de la Ligue arabe ont annoncé que " des contacts vont démarrer avec l'ONU ", pour " une deuxième réunion urgente du Conseil de sécurité, afin de prendre une décision qui garantirait la protection internationale du peuple palestinien ". Une idée soutenue par un millier de manifestants, hier, à Gaza.
                
11. Un livre de Michel Warschawski entretien réalisé par Pierre Barbancey
in L'Humanité du vendredi 6 avril 2001
Israël et le défi binational
Militant de la paix israélo-palestinienne depuis 1968, fondateur du Centre d'information alternative à Jérusalem, Michel Warschawski vient d'éditer un livre (1) dans lequel il interroge le projet sioniste initial et l'échec de ses objectifs historiques pour mettre en perspective une alternative fondée sur le binationalisme, " porteur de valeurs d'égalité, de respect des spécificités et de démocratie ".
- Est-il possible de tirer un bilan de ce premier du gouvernement dirigé par Ariel Sharon ?
- Michel Warchawski. Le gouvernement ne semble avoir aucun plan si ce n'est celui de la répression et d'attendre une capitulation des Palestiniens pour éventuellement reprendre une négociation sur on ne sait quoi. Peres tire d'un côté, l'extrême droite de l'autre, et je ne crois pas que le gouvernement ait la moindre idée de ce qu'il ferait si les choses se calmaient.
- Comment faut-il entendre l'annonce de la reprise des constructions dans les colonies juives de Cisjordanie ou la volonté affichée par Sharon de permettre aux juifs de se rendre sur l'esplanade des Mosquées ?
- Michel Warschawski. La politique de colonisation va se poursuivre avec moins de discrétion que le gouvernement précédent. En ce qui concerne l'Esplanade des Mosquées, il s'agit plus de déclarations à consommation interne en direction des partis d'extrême droite. Je ne pense pas que le statu quo sera modifié, ce serait trop dangereux.
- Quelle signification donner à la rencontre du fils d'Ariel Sharon avec Yasser Arafat ?
- Michel Warschawski. Ce qui est important pour Sharon, à côté de la politique de répression, qui va d'ailleurs coûter très cher après l'assassinat d'un dirigeant du Jihad islamique à Jénine - il faut s'attendre à un attentat très grave -, est d'éviter les pressions internationales. Il ne s'oppose pas à ce que Peres rencontre des émissaires palestiniens, mais pour ne discuter de rien. Les Palestiniens demandent de fixer un ordre du jour précis pour la reprise des négociations et les Israéliens disent qu'ils sont intéressés par le retour au calme.
- Alors que le blocage est évident, vous éditez un livre posant la question du " défi binational ". Cela signifie-t-il qu'il faut se diriger vers cette forme d'Etat ?
- Michel Warschawski. Le sujet de mon livre n'est pas de présenter un projet spécifique et surtout pas de présenter une alternative à l'éventualité d'un Etat palestinien. C'est beaucoup plus une perspective à long terme, qui s'inscrit dans la réalité même du rapport israélo-palestinien d'une part, mais surtout de la crise de l'Etat juif. Les juifs ne sont plus qu'une petite majorité et ne seront bientôt plus qu'une minorité dans l'Etat juif. D'où cette nécessité interne à l'Etat d'Israël, et indépendamment du fait qu'il existe un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza, de redéfinir un système. · moins de sombrer dans un apartheid tout à fait conscient, régulé et officiel.
- Qui débat de cette question ?
- Michel Warschawski. En Israël, ce sont les intellectuels de gauche, les intellectuels critiques. Cette perspective d'un Etat binational découle précisément d'une analyse de la crise de l'Etat juif et de la prise de conscience d'un manque de démocratie et d'un manque de citoyenneté en Israël. La révolte des Palestiniens, par exemple - et ce n'est pas un hasard si cette perspective est très défendue au sein de la communauté palestinienne en Israël -, soulève la question de la place d'une minorité qui représente 20 % de la population. Soit on l'ignore complètement et on arrivera à de plus en plus d'explosions, soit on prend l'Etat juif jusqu'au bout - et c'est la position de la droite - et on durcit la discrimination envers la minorité arabe. Soit on réfléchit en termes de réalités multinationales et on fait le deuil de l'Etat juif.
Du côté palestinien, on sait qu'Edward Saïd, le plus grand intellectuel palestinien, en a fait son cheval de bataille. C'est un sujet qui est discuté moins dans les cercles politiques que dans les cercles intellectuels.
- Vous développez cette idée du défi binational, alors que les sondages montrent que la société israélienne est en train de basculer, se durcit ?
- Michel Warchawski. Il y a une polarisation très nette, un durcissement à droite, y compris un glissement important d'une partie du centre, voire même des forces de la paix, vers la droite. C'est un discours du genre " on a été généreux avec vous, vous n'avez pas accepté. Maintenant tout est permis ". Mais, d'un autre côté, face à la crise du mouvement de la paix et de la gauche traditionnelle, une radicalisation à gauche. On avait assisté à ce phénomène lors du début de la 1re Intifada. Cette fois, il y a un soulèvement et la révolte des Palestiniens de Galilée, début octobre, qui a traumatisé la population israélienne et sa classe politique, mais surtout la mouvance de gauche pacifiste qui comprend qu'il y a là un problème de société, de structure de l'Etat qui se pose. Ce sujet est plus actuel qu'avant.
- (1) Israël-Palestine - Le défi binational, de Michel Warchawski. Postface d'Elias Sanbar. 176 pages, 110 francs. Editions Textuels.
                 
12. Le pari de Sharon - Cent jours pour briser l'intifada par Walid Charara
in Le Magazine (hebdomadaire libanais) du vendredi 6 avril 2001
Malgré l'activisme des diplomaties européenne et arabe pour endiguer l'escalade de la violence et la reprise des négociations israélo-palestiniennes, Israël met en œuvre sa nouvelle stratégie de répression de l'intifada: cent jours pour briser les Palestiniens. Explications.
Bien qu'elle ait été baptisée intifada par les parties palestinienne et arabe pour insister sur son caractère populaire et spontané, la confrontation qui se déroule dans les territoires palestiniens depuis septembre dernier s'était très vite transformée en conflit de basse intensité. Face à la sanglante répression israélienne, les actions de guérillas sporadiques se multipliaient. Mais le conflit obéissait à certains codes implicites: les Palestiniens évitaient généralement l'intervention des forces officielles, préférant laisser agir les membres des organisations, notamment les membres du Tanzim, les Israéliens exerçaient une retenue, toute relative, dans leur répression et limitaient leurs frappes aux bâtiments de l'Administration palestinienne ou des forces de sécurité et aux membres des organisations de résistance.
Les deux parties cherchaient chacune de son côté à maintenir la pression tout en évitant une confrontation généralisée. Une nouvelle étape vers l'escalade semble avoir été franchie avec les bombardements du mardi 3 avril sur Gaza, ayant fait une soixantaine de blessés parmi la population palestinienne. Sharon réussira-t-il là où échoua Ehud Barak? La plupart des observateurs ­ y compris israéliens ­ sont pour le moins dubitatifs.
Ayant mené sa campagne électorale derrière le mot d'ordre «laisser l'armée vaincre», Ariel Sharon prétendait avoir son plan pour mater l'intifada. L'un de ses proches collaborateurs, Raanan Gissin, donne plus de détails: il s'agirait d'une stratégie à la vietnamienne (comparable à la stratégie suivie par l'armée américaine au Vietnam) visant à couper la population palestinienne des organisations de résistance et de l'Autorité. Mélange de carotte et de bâton, la stratégie consistera à intensifier les opérations de liquidation des militants et cadres palestiniens, à multiplier les attaques contre les services de sécurité de la police palestinienne et à renforcer ou alléger les pressions diverses sur la population civile. Divisant la Cisjordanie en 64 zones distinctes et la bande de Gaza en 3 zones distinctes, la stratégie susmentionnée réservera à chacune d'entre elles un traitement spécifique: les plus rebelles subiront, avec un rythme qui varie, les punitions collectives allant du bouclage total avec coupure possible de l'électricité et même de l'eau jusqu'au bombardement intensif, alors que les plus pacifiques seront relativement épargnées avec un allégement du blocus, une partie de la population autorisée à aller travailler en Israël, etc.
Depuis plus de deux semaines, c'est la stratégie qui est mise en œuvre avec assassinats ou kidnappings de responsables ou de cadres de la Force 17 ou des organisations de résistance, bombardements de bâtiments administratifs, renforcement du blocus de certaines zones ou villes (comme Ramallah, en parallèle avec l'allégement du blocus d'autres zones...) Sharon peut se targuer d'un deuxième atout majeur: une parfaite entente avec les Etats-Unis. Sa visite à Washington et les déclarations américaines qui la précédèrent ou la suivirent illustrent une adoption totale des conditions israéliennes, un arrêt de la violence avant le retour aux négociations, la désignation de l'Autorité palestinienne, et d'Arafat personnellement, comme responsable de cette même violence, l'usage du veto pour empêcher l'envoi d'observateurs internationaux dans les territoires. La nouvelle approche, minimaliste en comparaison avec l'engagement personnel de Bill Clinton et résumée par la formule «assist, not insist», est en réalité un soutien à Sharon: le laisser agir et créer des faits accomplis sur le terrain avant d'intervenir pour les entériner. Engagé dans une politique étrangère offensive qui vient de provoquer deux crises successives avec la Russie (l'expulsion des 50 diplomates russes des Etats-Unis) et la Chine (l'affaire de l'avion espion américain intercepté en Chine), Washington tendra à restructurer ses alliances et sa politique en fonction des nouvelles priorités. Aux vues de celles-ci, le conflit israélo-palestinien a une importance toute relative.
Un autre atout important de Sharon est la présence de Shimon Peres dans son gouvernement comme ministre des Affaires étrangères qui permet une parfaite division du travail entre les deux hommes. Ami proche de plusieurs responsables européens, Peres tenterait de les dissuader d'entreprendre des initiatives s'opposant à la politique du gouvernement israélien actuel. Sa prochaine visite en France sera une occasion pour réitérer les positions du gouvernement israélien, jetant toute la responsabilité de la situation actuelle sur la partie palestinienne.
Sharon dans la lignée de Barak
Malgré ses démonstrations de force et ses atouts importants, la plupart des observateurs restent dubitatifs quant à la capacité d'Ariel Sharon à trouver via sa stratégie actuelle une solution au conflit. Certains s'interrogent d'abord sur la nouveauté et l'originalité de celle-ci. Elle semble être, à quelques détails près, un simple prolongement de celle d'Ehud Barak. En effet, les bombardements, l'assassinat d'activistes et le bouclage des territoires palestiniens ont été inaugurés par Barak et n'ont mené qu'à la radicalisation de l'intifada. Sharon mise-t-il peut-être sur l'essoufflement des Palestiniens? C'est une guerre d'usure. Du point de vue de Sharon, plus la confrontation dure, plus la position israélienne s'améliorera, car les Palestiniens, en raison de l'état de leur économie après plus de six mois d'intifada, sont dans une position bien plus défavorable pour conduire une guerre d'usure.
Toutefois, rien dans les évolutions de ces derniers jours ne permet de prouver que ce pari est fondé. Au contraire, le constat est une recrudescence des attaques palestiniennes avec un recours de plus en plus fréquent à des tireurs embusqués équipés de fusils à lunettes télescopiques, l'usage systématique de canons artisanaux pour bombarder les colonies israéliennes et le retour des opérations kamikazes. Sharon mise peut-être en particulier sur l'infléchissement de l'Autorité palestinienne sous pression de cette caste de responsables sécuritaires et politiques corrompus et liés à Israël. Mais des hommes comme Mohammad Rachid ou Abou Mazen sont loin d'avoir un impact sur la situation sur le terrain. Depuis le début de l'intifada, les organisations de résistance ont gagné en autonomie vis-à-vis de l'Autorité qui ne réussit plus à contrôler ses propres services et plusieurs de leurs responsables qui s'impliqueront de plus en plus dans la résistance. Par ailleurs, la situation politique est moins défavorable à l'Autorité après le sommet d'Amman au cours duquel un pas décisif a été franchi vers le retour de la coopération palestino-syrienne et un mécanisme de versement de l'aide décidée au sommet du Caire établi. Les propositions égypto-jordaniennes pour l'arrêt de l'escalade et le retour aux négociations et la visite du président Moubarak aux Etats-Unis n'ont pas réussi apparemment à convaincre la Maison-Blanche de se réengager. L'activisme de la diplomatie européenne n'a donné qu'une rencontre Peres-Chaath à Athènes sans résultat spectaculaire. Tout semble indiquer que la situation actuelle va durer et que la guerre d'usure voulue par Sharon pour épuiser les Palestiniens et les amener à la reddition est en passe de se transformer en un bourbier pour Israël.
[Une société de plus en plus raciste - Un récent sondage publié dans le quotidien israélien Haaretz indique que 60% des Israéliens se déclarent favorables à un transfert des Arabes israéliens en dehors des frontières de l'Etat hébreu. La virulence des propos anti-arabes et les véritables ratonnades de plus en plus fréquentes, notamment après les attentats anti-israéliens, ne sauraient s'expliquer par le seul climat de tension. Des tendances structurelles travaillant la société israélienne sont à prendre en considération. D'abord, le poids grandissant des immigrés russes, laïques mais ultranationalistes, sur l'échiquier politique. N'ayant pas de culture démocratique et devant faire la preuve de leur patriotisme puisque nouveau, ils sont le public idéal de la droite et de l'extrême droite. A eux s'ajoutent les Juifs orientaux à fort taux de natalité et très influencés par les partis religieux comme le Shass. Quant aux extrémistes religieux new-yorkais qui forment le gros des bataillons des colons de Cisjordanie et de Gaza, ils constituent une force très organisée et très active.]
               
13. Vallée de larmes - Gaz lacrymogène, ou gaz toxique ? par Jonathan Cook
in Al-Ahram Weekly (hebdomadaire égyptien anglophone) du jeudi 5 avril 2001
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

Jonathan Cook, en Cisjordanie, enquête sur les indices d'un nouveau crime de guerre.
Depuis six mois, pour les enfants du village d'Al-Khader, près de Bethlehem, la cour de récréation de leur école primaire est un champ de bataille : les élèves n'ont plus de leçons à partir de midi. Ils se rassemblent alors en groupes afin de jeter des pierres contre les soldats israéliens stationnés au sommet des collines qui entourent leurs maisons. Cette confrontation était restée relativement bon-enfant, jusqu'au mois dernier, où des soldats israéliens ont tiré des grenades lacrymogènes qui ont atterri dans la cour de récréation. Une bombonne métallique a fini à seulement quelques dizaines de centimètres de Sliman Salah, 13 ans, qui fut immédiatement enveloppé d'un nuage de gaz que des témoins ont qualifié d'inhabituel : il s'agissait d'un gaz jaunâtre. En une minute, Salah tombait, sans connaissance.
Lorsqu'il arriva à l'hôpital privé Yamamah (La Colombe, NdT), son corps était en proie à des crises de convulsions et de spasmes, sa respiration était irrégulière et ses pupilles très contractées. Après l'avoir examiné, le médecin français qui avait admis Salah à l'hôpital était perplexe. Ce médecin, Annie Dudin, une pédiatre qui travaille en Cisjordanie depuis une quinzaine d'années, avait déjà soigné des dizaines de victimes d'inhalation de gaz lacrymogènes, beaucoup d'entre elles entre les années 1987 et 1993, au cours de la première intifada, mais elle n'avait jamais rencontré des symptômes tels que ceux de Salah, avant d'avoir examiné ce jeune garçon.
"Normalement", les victimes récupèrent, après quelques minutes passées loin des gaz lacrymogènes. Dans les atteintes plus sévères, le masque à oxygène et des injections de solution de glucose peuvent s'avérer nécessaires pour calmer les quintes de toux et étancher des larmoiements incontrôlables autrement. Mais aucun traitement ne parvenait à soulager Salah. Ses convulsions persistèrent jusqu'à ce qu'on lui administre de fortes doses d'antispasmodiques, et il n'a repris conscience que très progressivement.
"Je n'avais jamais rien vu de tel auparavant", a déclaré le Dr. Dudin. "Je me serais attendu à cette sorte de symptômes dans le cas d'un empoisonnement aigu. Mais dans ce cas, pour pouvoir les traiter correctement, il aurait fallu que je sache à quelles substances toxiques Salah pouvait avoir été exposé". Plus tard, dans la même journée, Salah a été transféré à l'hôpital Hussein, dans la localité proche de Beït Jala, où il a été remis aux bons soins d'un neurologue, le Dr. Nabir Musleh. Des tests auxquels le garçon a été soumis ont établi qu'il avait été victime d'une intoxication, mais les médecins, une fois encore, ne savaient pas réellement comment le soigner le plus efficacement possible. Ils ont seulement pu recommander à Salah de prendre régulièrement des douches, afin d'éliminer toutes traces éventuelles de produits chimiques au niveau cutané.
Salah fut autorisé à sortir de l'hôpital, mais vingt-quatre heures après, il fut saisi d'une nouvelle crise de convulsions et dut être réadmis à l'hôpital Husseïn de Beït Jala. Ce n'est que cinq jours après son exposition au gaz que Salah vit disparaître les symptômes les plus préoccupants dont il souffrait. Mais son père dit que Salah a toujours mal à l'estomac, continue à avoir des vomissements, souffre de vertige et de problèmes respiratoires.
Salah n'est qu'un exemple parmi une véritable "épidémie" de cas semblables, dans la région de Bethléhem, au cours du mois écoulé. Une autre victime des gaz lacrymogènes est arrivée inconsciente et en proie à des convulsions, à l'hôpital Yamama, et l'hôpital Husseïn a fait état d'une augmentation anormale de cas de patients incurables, depuis qu'un premier cas de ce type y ait été admis, fin février.
Peter Qumri, directeur de cet hôpital, a déclaré : "Jusqu'à il y a quelques semaines, il était assez facile de soulager les victimes de gaz lacrymogènes. Il nous suffisait parfois de les mettre sous oxygène durant une dizaine de minutes, et nous pouvions les laisser repartir. Maintenant, on nous les amène convulsifs, ils ne tiennent plus debout, parfois même ils sont inconscients, avec des détresses respiratoires sévères. Quelque chose a changé, c'est sûr."
Les nouveaux cas enregistrés à Bethlehem font suite à un précédent, constaté dans la bande de Gaza, au mois de février, lorsqu'une foule importante a été exposée aux gaz lacrymogènes, près du camp de réfugiés de Khan Younis. Les victimes, des hommes adultes, avaient été admis à l'hôpital Nasser, souffrant de crises dont les médecins ne parvenaient pas à venir à bout. Les patients les moins atteints ont eu des vomissements pendant plusieurs jours après leur exposition à ces gaz.
En raison du bouclage extrêmement rigoureux de Gaza, tous les cas n'ont pas pu être répertoriés alors. Mais des médecins palestiniens exerçant localement ont fait part de leur préoccupation qu'Israël ait pu utiliser pour la première fois un gaz lacrymogène nouveau, ou le gaz lacrymogène habituel, mais sous une forme plus concentrée, voire un cocktail de plusieurs gaz.
Les Forces israéliennes de défense ont indiqué n'utiliser que les gaz lacrymogènes standard (CS), bien qu'elles admettent qu'au cours d'affrontements, elles ont pu aussi utiliser des fumigènes afin de protéger leurs hommes. Mais elles ont avancé l'idée que les symptômes dont se sont plaintes les personnes affectées seraient causés par l'"anxiété". Cette conclusion a été rejetée par les médecins, dont l'un des rares médecins occidentaux exerçant dans la bande de Gaza. Hélène Brisco, de Médecins Sans Frontières, affirme que les patients qu'elle a traités à Khan Younis étaient bien des cas cliniques et que, dans les cas les plus graves, certains souffraient de paralysies musculaires préoccupantes.
Les constatations des Drs Brisco et Dudin ont été corroborées par une enquête du Ministère Palestinien de la Santé, qui a prélevé des échantillons d'air, au cours des affrontements de Khan Younis, ainsi que des échantillons sanguins sur certains patients. Ses premières analyses suggèrent qu'Israël a utilisé un "cocktail" de gaz, à des concentrations beaucoup plus fortes que par le passé.
Le Dr Dudin n'a absolument pas été convaincue par les explications données par Israël. "L'état de mon patient, Sliman, n'était absolument pas celui d'un patient souffrant d'angoisse. Il m'est très difficile de dire à quoi il avait été exposé. Sans connaître les substances chimiques en cause, je ne pouvais pas mettre en oeuvre les tests vérificatifs nécessaires, mais ses symptômes "collaient" avec ceux qui accompagnent généralement l'exposition à un poison violent. Ceci me fait craindre qu'Israël utilise désormais des gaz qui ne répondraient plus aux normes habituelles de "sécurité".
                   
14. En l'absence de conversations, c'est la violence israélo-palestinienne qui se fait entendre par Deborah Sontag
in The New York Times (quotidien américain) du mercredi 4 avril 2001
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
Ramallah, 3 avril -- "Si Arafat est un terroriste, alors, Sharon, c'est quoi : Mère Thérésa ?", demandait ce matin Mohammad Dahlan, chef de la sécurité à Gaza, et ce n'était là qu'une des nombreuses interrogations acerbes dont il a émaillé un sombre pronostic pour les jours à venir.
M. Dahlan a dit que les Palestiniens - encerclés par les troupes et les tanks israéliens, en colère à cause des pertes humaines et économiques subies, ayant gardé peu d'espoir que l'instauration d'une vraie paix soit possible désormais - sont prêts à vivre une longue période de sacrifices.
"Pour ce qui concerne le peuple palestinien", a déclaré M. Dahlan, lors d'une rencontre avec des journalistes, "la vie et la mort, c'est la même chose, au point où nous en sommes. En être arrivés là, c'est très très dangereux. Nous n'avons rien à perdre."
En particulier, à la fin d'une journée comme aujourd'hui, au cours de laquelle un bébé israélien a été blessé par un éclat d'obus de mortier dans la bande de Gaza, les Israéliens répliquant par un bombardement, les deux camps ne tombent d'accord que sur une seule chose : le conflit est plus appelé à se durcir qu'à s'apaiser.
Quel que soit le côté où l'on se place, il n'y a pas de partenaire pour la paix, en face. A la violence, il sera répondu par la violence, avec retenue, comme disent les Israéliens, ou fermeté, pour les Palestiniens.
Durant les deux semaines écoulées, Israël a connu une flambée d'attentats à la bombe, à l'intérieur de ses frontières, et des attaques armées contre des soldats et des colons, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Les Palestiniens ont dû supporter, de leur côté, l'encerclement militaire, le bombardement de quartiers d'où auraient provenu des tirs, l'assassinat, l'enlèvement et l'arrestation de suspects d'attentats - en grande majorité, des membres des services officiels de sécurité.
Attisant les réactions émotionnelles des deux côtés : le fait que bien des victimes des violences ont été des enfants en bas âge. Une petite fille de dix mois a été tuée à Hébron, la semaine dernière, un bébé masculin israélien de dix mois a été blessé dans la colonie d'Atzmona (située dans la bande de Gaza), et une petite fille palestinienne de quatre ans a perdu son oeil gauche dans le tir de barrage très intense déclenché par les Israéliens contre la ville de Bethlehem, lundi dernier.
"Le mot "escalade" et tous ses synonymes sont sur le point d'être retirés du dictionnaire tellement ils sont désormais usés", a écrit Chemi Shalev dans le quotidien israélien Maariv, ce matin. "Au cours des deux dernières semaines, la situation n'a cessé de connaître une escalade, d'empirer, de s'intensifier et de se détériorer d'une manière quasi quotidienne."
Soutenu par la plupart des Israéliens, le Premier ministre Ariel Sharon insiste sur la nécessité d'obtenir un cessez-le-feu avant toute reprise de la diplomatie, en commençant par une dénonciation de la violence par le leader palestinien Yasser Arafat.
"Afin de revenir aux négociations, et de pouvoir apercevoir la lumière, au bout du tunnel, il faut une chose toute simple", a déclaré ce jour Danny Naveh, membre du cabinet. "Arafat et la direction palestinienne doivent donner l'ordre clair et non-équivoque de mettre un terme au terrorisme, d'arrêter l'implication de son propre peuple dans des activités criminelles."
Les officiels palestiniens répondent que les Israéliens devraient commencer les premiers, retirer leurs troupes et leurs blindés, ouvrir les frontières et les points de contrôle, arrêter leurs assassinats programmés. Ils disent qu'il n'abandonneront pas de manière unilatérale leur résistance à l'occupation israélienne pour (reprendre) des discussions de la même eau que celles qui leur ont échappé jusqu'ici, d'autant que M. Sharon n'aspire pas à un règlement définitif, mais bien plutôt à un accord de non-belligérance.
"Nous en avons plus que ras-le-bol, après ces huit ans de négociations", a dit M. Dahlan qui, avec son hébreu courant et son ambition pimpante, était un négociateur important et un agent de liaison en matière de sécurité. "Il n'y a pas un seul officiel israélien auquel je n'aie rendu visite chez lui. Hélas, tout ça n'a servi à rien".
C'est l'impasse. Des officiels maintiennent publiquement, des deux côtés, qu'il n'y a absolument aucun contact entre Israéliens et Palestiniens pour le moment, même si des sources d'information israéliennes disent que le ministre des Affaires Etrangères, Shimon Pérès, pourrait rencontrer Nabil Shaath, l'un des principaux responsables palestiniens, mercredi prochain, à Athènes.
En absence de conversations, on entend le langage de la violence et le dialogue de la vengeance.
Lundi matin, des tirs depuis un hélicoptère israélien ont tué un commandant du groupe activiste du Jihad Islamique dans le territoire sous souveraineté palestinienne de Gaza. Lundi après-midi, un soldat israélien a été abattu à Bethlehem, au cours d'une opération présentée comme une réponse directe.
Cet après-midi, des Palestiniens ont tiré contre Atzmona, dans le sud de la bande de Gaza. Cette nuit, les Israéliens ont tiré sur quatre bases des forces de sécurité de l'Autorité palestinienne, à Gaza, causant une trentaine de blessés, ont indiqué les responsables d'un hôpital palestinien.
"L'Autorité palestinienne ne fait rien pour prévenir les attaques (terroristes) et ne laisse à Israël d'autre choix que celui d'agir fermement et vigoureusement afin de déjouer les attaques terroristes et garantir la sécurité des citoyens israéliens", indique ce soir un communiqué du gouvernement.
Le Colonel Marcel Aviv, chef de l'unité de l'armée israélienne cantonnée au Tombeau de Rachel, a indiqué que les tireurs palestiniens avaient continué à intensifier leurs attaques contre ce lieu saint juif lourdement fortifié, portant les affrontements dans cette zone à un niveau supérieur.
"Notre rôle doit être... notre rôle EST, lorsque nous débusquons des hommes armés, d'ouvrir le feu, d'une manière précise et létale (mortelle), avec tous les moyens à notre disposition", a-t-il dit.
Après que le ministre (israélien) de la défense, Benjamin Ben-Eliezer ait déclaré, la semaine dernière, qu'Israël allait abandonner sa politique de "retenue", certains analystes militaires israéliens relèvent une plus grande agressivité dans les répliques de l'armée israélienne.
Mais d'autres Israéliens se sont demandé si M. Sharon n'était pas en train, tout simplement, de recycler à son usage les réponses que son prédécesseur, Ehud Barak, employait, sans résultat, afin de contrer les attaques des Palestiniens. "Encore aujourd'hui, ce n'est pas clair : Sharon a-t-il réellement un quelconque programme ?", écrit Yoel Marcus, ce matin, dans le journal Ha'Aretz.
M. Dahlan a indiqué qu'après le raid israélien de dimanche dernier, à Ramallah, les Palestiniens devront reconsidérer leur pratique consistant à rendre à Israël les ressortissants israéliens capturés sur leur territoire. Il a qualifié cette incursion - au cours de laquelle des agents israéliens déguisés se sont faufilés à l'intérieur du territoire contrôlé par les Palestiniens afin d'y arrêter des officiers de la sécurité palestinienne - d'"opération tordue".
Israël a relâché, aujourd'hui, trois des six hommes arrêtés, disant qu'ils n'étaient impliqués dans aucune attaque terroriste.
Faisant allusion aux exigence d'Israël, qui demande au gouvernement palestinien de contrôler la violence, M. Dahlan a déclaré : "personne ne saurait contrôler parfaitement les réactions d'une foule en colère."
Il a ajouté que des Palestiniens pouvaient acheter, très facilement, des armes au marché noir "à tout Israélien de passage", et que ceux qui ne pouvaient pas le faire pourraient par contre suivre la voie ouverte par Khalil Abu Elba, un chauffeur d'autobus qui avait, en février dernier, précipité, à dessein, son véhicule sur un groupe d'Israéliens, en tuant huit.
M. Dahlan ne s'exprimait pas, aujourd'hui, depuis sa propre pelouse. Signe supplémentaire, si besoin était, de la détérioration des relations entre les deux parties, M. Dahlan s'est vu imposer par les responsables de la sécurité israélienne (avec lesquels il a pourtant longtemps coopéré, afin de déjouer des attaques terroristes, par le passé) l'interdiction... de retourner à Gaza (!)
"Au moment où je suis en train de vous parler, là, maintenant, je suis parfaitement conscient du fait qu'Israël peut m'assassiner dès que j'aurai franchi la porte de ce bâtiment", a-t-il dit, ajoutant :  "mais c'est pas ça qui résoudrait le gros du problème."
                   
15. Intifada : un tournant ? par Pénélope Larzilliere
in La Croix du lundi 2 avril 2001
Deuxième semaine de mars, le gouvernement israélien décrète l'intensification du blocus sur la ville de Ramallah. Une large tranchée est creusée sur la dernière route nord qui conduit notamment à l'Université de Bir Zeit et un troisième check point est instauré sur la route de Jérusalem. Ces mesures sont vécues par les Palestiniens comme la volonté évidente de parachever leur asphyxie. En bloquant l'accès à Bir Zeit à la rentrée du semestre d'été, l'armée israélienne touche des milliers d'étudiants et des professeurs qui, jusque là, s'étaient tenus dans leur majorité à l'écart de l'Intifada. Une nouvelle mobilisation s'organise et vise, à travers des marches pacifiques sur les check-points à reconstruire et à rouvrir les routes. Mustafa Barghouti, directeur de deux ONG médicales, souligne : " toute une catégorie de la population a brusquement compris que même en s'adaptant continuellement aux mesures répressives israéliennes, elle ne pourrait pas échapper à la situation. ". C'est le point de départ d'un ensemble de manifestations organisées par des ONG et des associations : manifestations de médecins, de femmes, d'artistes etc. Renad Qubej, coordinatrice du réseau d'ONG palestiniennes, " Les marches pacifiques sont un modèle permanent de mobilisation dans notre société. Cela permet d"agir en fonction des compétences spécifiques des ONG. Par exemple, nous nous mobilisons en liaison avec Ittijah, un réseau d'ONG pour les Palestiniens en Israel. Lors de la manifestation d'artistes, des juifs étaient présents également." Devant le relatif succès de ces actions, ONG et syndicats sont désormais invités à participer aux réunions du comité ? de l'Intifada. Marwan Barghouti, secrétaire général du Haut Comité du Fatah sur la Cisjordanie et un des leaders de ce comité : " les manifestations pacifiques ne sont pas nouvelles mais on peut parler d'un élargissement de l'Intifada. De nouvelles associations s'engagent suite à la politique systématique de punitions collectives des Israéliens . " Les ONG tiennent cependant à préserver leur indépendance. Mustafa Barhghouti insiste : " Nos activités sont indépendantes de celles de Marwan Barghouti. C'est sous notre pression qu'il a été obligé de tenir compte de la société civile mais il ne fait que surfer sur la vague. " Renad Qubej ajoute : " nous ne nous considérons pas comme un membre à part entière de leur comité et nous ne signons pas leurs communiqués de presse. Nous ne prenons pas position sur les aspects politiques tels les appels à la démission de Sharon par exemple. Mais à l'intérieur du comité, ils sont très à l'écoute de nos propositions d'action." Abu Ali Mustafa, Secrétaire Général du FPLP confirme: " nous voulons chercher à rassembler l'ensemble des forces de notre société pour des occasions importantes comme la journée de la terre, tout en permettant à chacun de garder sa spécificité. "
L'ensemble des acteurs de l'Intifada ne considèrent pas ces manifestations comme un changement tactique qui supposerait l'arrêt des autres types d'action tels les jets de pierre ou les opérations armées. Il s'agit d'un type d'action qui s'ajoute aux autres. D'autre part, si l'implication des ONG et des associations augmente la participation populaire, on est loin cependant d'aboutir à un engagement de masse surtout sur Ramallah : " La mobilisation est handicapée par le fait que beaucoup de gens ont le sentiment que notre direction politique n'a pas de stratégie claire. Un jour les gens sont encouragés à se mobiliser et le jour suivant il y a une réunion de coopération sécuritaire avec les Israéliens. Même si nous étions capable d'élaborer nous-mêmes une stratégie, le risque serait toujours présent de voir ruiner tous nos efforts. Nos dirigeants peuvent à tout instant retourner à la table des négociations et renoncer une nouvelle fois à nos droits. " Les réactions de l'armée israélienne elle-même handicape également largement le développement d'actions pacifiques. Face à des manifestations d'où même les lanceurs de pierre ont été bannis, l'armée israélienne tire des gazs lacrymogènes à haute concentration ou des grenades étourdissantes, parfois directement sur les manifestants les blessant ainsi. Lors de la manifestation de femmes du 19 mars, 15 personnes ont ainsi été blessées. Le 24 mars, artistes et intellectuels avaient organisé un sitting au milieu du check point de Ram (sur la route vers Jérusalem) commençant à discuter avec les soldats : " tu es content d'être ici ? Non. Mais tu sais que tu as le pouvoir de dire non, de poser ton arme et de partir ? " Grenades étourdissantes, gaz lacrymogènes à haute concentration et agressions physiques ont provoqué la fuite des manifestants et la réaction de jeunes lanceurs de pierre. L'armée israélienne a répondu par des tirs avec des billes de fer ou à balles réelles au milieu d'un embouteillage de voitures bloquées par le check point. Parmi les 35 blessés, Fahmi Shahin qui se trouvait dans son bureau au dessus de la rue. Les derniers bombardements sur Ramallah et Gaza en réponse aux attentats-suicide du Hamas ont encore accru l'impression d'une politique de châtiments collectifs aveugles. Parmi les 4 morts suite aux bombardements on compte ainsi à Ramallah une femme de 42 ans d'une balle en provenance d'un tank basé dans la colonie de Psagot, un vieillard et un enfant à Gaza. Hanan Ashrawi : " Il n'est pas question de soutenir les opération du Hamas mais il s'agit également de comprendre d'ou vient le problème. Depuis le début de l'Intifada, 395 Palestiniens ont été tué. Parmi eux, 90 % de civils et 47 % en dehors de toute implication dans des affrontements ou des manifestations. Il ne s'agit pas d'incidents isolés et on ne peut demander a personne de rester comme une cible sans défense sans réagir. En nommant violence et terrorisme toute réaction palestinienne, Sharon cherche à normaliser l'occupation. Il pense qu'il peut avoir la sécurité tout en continuant à annexer des terres palestiniennes. C'est une politique de courte vue qui en fonctionnera jamais. Et qui va conduire à une plus grande détérioration de la situation. " Awad Duaibes, journaliste qui a continué son émission culturelle pendant les bombardements en signe de résistance renchérit : " La seule chose qui a arrêté la première Intifada c'était un accord et certainement pas des bombes .L'emploi de la violence n'a jamais fait que renforcer la détermination des Palestiniens. "
                      
16. Israël emprisonne 600 réservistes afin de sévir contre les objecteurs par Inigo Gilmore
in The Daily Telegraph (quotidien anglais) du dimanche 1er avril 2001
[traduit de l'anglais par Dominique Vincent]
ISRAEL a emprisonné 600 réservistes afin d'essayer de juguler une rébellion croissante contre le service en Cisjordanie et à Gaza alors que l'intifada a déjà coûté la vie à plusieurs réservistes. Au moins 2 500 réservistes manquent à l'appel, tandis que des milliers d'autres pratiquent "l'objection de conscience grise" ce qui signifie qu'à l'aide de certificats médicaux ou pour motifs personnels ils se sont faits exempter. De par la loi israélienne, tout  homme est tenu  à trois années de service national entre 18 et 21 ans, et par la suite à une période annuelle de réserve de trente jours jusqu'à l'âge de 40 voire de 50 ans.  Ces réservistes sont au nombre de 400 000 en soutien des 200 000 conscrits et des soldats de métier.
La plupart des réservistes ont peu de sympathie à l'égard des colons qui justifient l'occupation des territoires pris aux Palestiniens par les Israéliens en 1967 durant la guerre des 6 jours par des motifs religieux et clament que les colonies font partie de l'Israël biblique. Beaucoup des objections de la part des réservistes  ont au contraire une base morale et politique. La crise survient alors que les responsables des colonies envisagent d'étendre leur territoire...  "Depuis que Sharon est au pouvoir beaucoup de projets pour de nouvelles colonies ont été présentés au gouvernement et les colons ont trouvé une oreille attentive. Naturellement, trouver des réservistes  afin de protéger les nouvelles colonies risque d'être  problématique "
Les mouvements de la paix disent que le nombre de réservistes refusant d'effectuer leur période a fortement augmenté depuis que l'intifada s'est intensifiée. Plusieurs réservistes ont été tués et ces dernières semaines des colonies ont subi des tirs de mortier pour la première fois. Des heurts qui ont eu lieu après l'attaque du tireur de Hébron, qui a tué le bébé de 11 mois et  une série de tirs de grenades la semaine dernière ont mis en évidence les risques que courent les réservistes.  Ishai Menuchim, u réserviste qui commande un  tank, par ailleurs président de Yesh Gvuel (Il y a une  Limite), un groupe de pression indépendant a déclaré  : "Les réservistes n'ont rien à faire des Territoires. Beaucoup entre 30 et 50 ans ont une famille et se soucient davantage de leurs affaires ou de leurs études. Ils ne veulent pas payer le prix et risquer leur vie pour une cause à laquelle ils ne croient pas. C'est un grave problème pour l'armée car cela affectera ses opérations. L'armée doit comprendre que de moins en moins de gens veulent faire le sale travail dans les Territoires. La question est décisive dans la société israélienne parce que beaucoup de soldats orthodoxes sont exemptés du service militaire sur la base de ce qu'ils doivent privilégier leurs études religieuses. Le problème est particulièrement aigu alors que des réservistes sont appelés à remplacer des soldats qui ont achevé leur période de quatre mois et ont droit à un congé. Certains officiers croient qu'emprisonner les réfractaires pourraient exacerber la situation en unifiant l'opposition à l'incorporation et même inciter davantage de réservistes à l'objection.
Le commandant d'un bataillon a déclaré  : "Cela peut conduire à une terrible crise. Plus de réfractaires signifie moins de soldats pour les missions. La charge de travail va augmenter sans parler d'une niveau de danger. Je ne veux pas que mes hommes se sentent floués" L'armée doit aussi faire face à des milliers de pétitions de la part de parents qui ne veulent pas que leurs fils fassent leur service national dans les Territoires occupés. Beaucoup ont téléphoné à des officiers supérieurs les priant de leur trouver des emplois de bureau. Ruth Hiller, dont le fils de 19 ans est un objecteur de conscience est allée devant la Cour suprême afin de lui éviter la conscription. Cette mère de 6 enfants dit que l'armée a tenté d'acheter son fils, Yinnon, en lui offrant un emploi à l'hôpital. Mrs Hiller a déclaré : "Nous secouons leur arbre et l'armée est préoccupée car elle sait que ce cas pourrait ouvrir les vannes. La jeunesse en Israël dit non mais les politiques n'écoutent pas. Il est temps que nous commencions à penser à une armée différente - une armée professionnelle qui peut agir de façon." 
              
17. Notre bon droit, et lui seul… par Rudolf El-Kareh
in L'Orient-Le Jour (quotidien libanais) du vendredi 30 mars 2001
(Rudolf El-Kareh est Universitaire et écrivain)
Il faut le dire haut et fort. C’est affaire de principe. Et le principe, en l’occurrence, est radical, définitif, irrévocable : rien n’est plus antinomique, inconciliable, étranger aux fondements de la question de Palestine et du conflit arabo-israélien que les thèses négationnistes des extrêmes droites européennes et américaines. La question est sans appel. La négation des crimes nazis de la Deuxième Guerre mondiale est un relent qui exhale ses puanteurs malsaines par intermittence dans certaines pays d’Europe, sous l’influence de la bêtise, de la xénophobie entretenue ou des manipulations. Elle est aussi l’occasion, pour certains courants antisémites, de contourner leur marginalité par une prétention à soutenir de façon provocante des causes souvent justes, et de semer ainsi les germes de confusions intellectuelles, immorales et perverses. Il faut rappeler haut et fort quelques évidences : notre problème avec l’État d’Israël est fondamentalement politique. C’est d’abord un problème d’imposture fondatrice – celui d’une «terre sans peuple pour un peuple sans terre». C’est un problème d’usurpation territoriale, de colonisation, d’occupation, de conquête, d’oppression. C’est aussi un problème de respect des règles du droit auquel se trouve associée intimement la communauté internationale.
Si, en portant Sharon au pouvoir, la société israélienne a fait preuve d’une profonde immaturité et d’amnésie, et si celui-ci a réactualisé son vieux fonds de stéréotypes pour tenter de sortir la société et le pouvoir israélien de l’impasse où ils se trouvent enfermés, c’est lui rendre le meilleur service que de cautionner, même du bout des lèvres, les thèses négationnistes, condamnables, répétons-le, en elles-mêmes et par elles-mêmes. Oslo portait en germe les facteurs de sa dégénérescence. Mais il est un acquis de la dynamique alors impulsée que le dernier soulèvement dans les «Territoires» a mis en évidence : pour la première fois, une brèche sérieuse a été ouverte dans l’édifice idéologique de l’imaginaire israélien sur lequel repose une bonne partie de la propagande israélienne destinée aux opinions publiques, notamment en Europe. Pour la première fois, l’image des victimes de l’Holocauste se trouve dissociée de celle des «oppresseurs par nécessité» que seraient les Israéliens «contraints» de tirer sur les enfants palestiniens. Pour la première fois, le fait colonial apparaît pour ce qu’il est. L’offensive médiatique et diplomatique lancée par Sharon a pour principal objectif de colmater cette brèche. C’est faire preuve d’inconscience que de lui fournir à vil prix des arguments pour le faire. Sharon est un criminel de guerre. Ses crimes sont justiciables du droit international. Il prétend que son État «exceptionnel» est au-dessus des lois et des tribunaux. Nous affirmons qu’il devra inéluctablement se plier au droit commun. Et nous n’avons nul besoin du soutien de ceux qui se réclament des criminels contre l’humanité pour défendre notre cause. Nous avons, pour nous, notre droit, et surtout notre bon droit.