PEUT-ETRE RECEVEZ-VOUS CE MESSAGE POUR LA SECONDE FOIS. DANS CE CAS, VEUILLEZ-NOUS EN EXCUSER.

"Il y a un Etat, et il est différent de tous les autres. Il est juif, et pour cela il est plus humain que n'importe quel autre."
Elie Wiesel, Kansas City, 1970.
 
 
Point d'information Palestine > N°133 du 22/02/2001

Réalisé par l'AMFP - BP 33 - 13191 Marseille FRANCE
Phone + Fax : +33 491 089 017 - E-mail : amfpmarseille@wanadoo.fr
Association loi 1901 - Membre de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine
Pierre-Alexandre Orsoni (Président) - Daniel Garnier (Secrétaire) - Daniel Amphoux (Trésorier)
Sélections, traductions et adaptations de la presse étrangère par Marcel Charbonnier
 
Si vous ne souhaitez plus recevoir (temporairement ou définitivement) nos Points d'information Palestine, ou nous indiquer de nouveaux destinataires, merci de nous adresser un e-mail à l'adresse suivante : amfpmarseille@wanadoo.fr. Ce point d'information est envoyé directement à 1972 destinataires.
 
Au sommaire
 
Rendez-vous
  1. Mediterraneo en Palestine - Samedi 24 février 2001 à 12h55 sur France 3 Méditerranée
  2. Une soirée hommage à Abdelhamid El-Khorti le lundi 26 février 2001 à partir de 18h sur Radio Fréquence Paris Pluriel en duplex avec Radio Amwaj en Palestine
Kiosque
  • Sortie d'une nouvelle revue de géopolitique "Outre-terre" - Israël-Palestine terre ou paix ?
Réseau
  1. Impact sur l'économie palestinienne des affrontements, des restrictions de déplacements et des fermetures de frontières du 1er octobre 2000 au 31 janvier 2001 - Dossier réalisé par le Bureau du Coordonnateur spécial de l'ONU [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
  2. Jérusalem, clé de la guerre ou de la paix ? par Ghania Hammadou
  3. "L'invocation des souffrances d'hier sert à relativiser, voire à justifier des violences d'aujourd'hui qui ne sont pas plus tolérables" par Rony Brauman
Revue de presse
  1. Premier vice-président du Conseil législatif, Ibrahim Aboul-Naga estime que le nouveau gouvernement israélien sera de courte durée, car incapable de faire la paix avec les Palestiniens : "Le gouvernement israélien aura la vie courte" propos recueillis par Mohamed Amin Al-Masry in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 21 février 2001
  2. Les territoires asphyxiés par Abir Taleb in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 21 février 2001
  3. Marc Rich a fait don de 25.000 dollars au maire de Jérusalem Ehoud Olmert Dépêche de l'agence Associated Press du mercredi 21 février 2001, 16h22
  4. Les critiques formulées par Bruxelles irritent à Jérusalem par Serge Dumont in Le Soir (quotidien belge) du mercredi 21 février 2001
  5. Louis Michel sur la ligne de front ? par Philippe Berkenbaum et Martine Dubuisson in Le Soir (quotidien belge) du mercredi 21 février 2001
  6. Un leader du Hamas tué lors d'une attaque par Associated Press in The New York Times (quotidien américain) du mardi 20 janvier 2001 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
  7. "Israël devra faire face à l'Iran à lui seul, quand les Etats-Unis lèveront les sanctions" par Aluf Benn in Ha'Aretz (quotidien israélien) du lundi 19 janvier 2001 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
  8. Exercice israélo-américain de tir de missiles à partir de lundi Dépêche de l'agence Associated Press du lundi 19 février 2001, 0h24
  9. Sharon peut-il arrêter le cours de l'histoire ? par Philippe Abi Akl in Le Magazine (hebdomadaire libanais) du vendredi 16 février 2001
  10. Proche-Orient - La paix aux calendes grecques par Walid Charara in Le Magazine (hebdomadaire libanais) du vendredi 16 février 2001
Rendez-vous
 
Mediterraneo en Palestine - Samedi 24 février 2001 à 12h55 sur France 3 Méditerranée 
Ce samedi, à 12h55 ne manquez pas "Mediterraneo" sur "France 3 Méditerranée" (rediffusions sur "TV5" et sur la chaine cablée "Régions"). Ce magazine, que nous vous avons souvent conseillé, vous propose cette semaine, deux reportages consacrés à la situation en Palestine :
- Les bombardés de Béthléem
Jérusalem, Al Qods pour les musulmans, septembre 2000 de l'ére chrétienne, le leader de la droite israélienne, Ariel Sharon, arpente l'esplanade de la mosquée Al Aqsa. Provocation pour les Palestiniens, pour qui Sharon est le principal responsable du massacre de centaines des leurs, femmes et enfants compris, dans les camps de Sabra et Chatila en 1982.
La venue de Sharon sur l'esplanade déclenche l'intifada d'Al Aqsa, référence et distinction par rapport à l'intifada de 1987, première grande révolte palestinienne. Les Israéliens à l'époque opposaient les balles aux pierres. Cette fois, ils y ajoutent des moyens militaires lourds, chars et hélicoptères. Leurs cibles sont officiellement des bâtiments de l'Autorité palestinienne. Mais aussi des immeubles civils, comme à pu le constater une équipe de Mediterraneo, en Cisjordanie, fin 2000.
- Peines capitales en Palestine
Contre l'Intifada d'Al Aqsa, l'une des ripostes des forces israéliennes à consisté à éliminer des Palestiniens considérés, à tort ou à raison, comme des dirigeants d'organisations combattantes. Une stratégie dite d'élimination ciblée pour laquelle les Israéliens ont besoin de renseignements, fournis par des Palestiniens désignant ceux de leurs camarades à abattre. Confrontée à cette menace, l'autorité palestinienne a jugé des palestiniens accusés de trahison au profit d'Israël. Trois d'entre eux ont été exécutés en janvier et début février 2001.
[- Ne manquez-pas aussi : "Mediterraneo - Le Journal" chaque samedi à 18h56 - Un journal tout en images, réalisé par cette même équipe, sur l'actualité du bassin méditerranéen. Ce journal de 8 minutes nous confirme que l'on peut présenter une information de qualité, lorsqu'on prend la peine de s'entourer de journalistes compétents et consciencieux.]
  
2. Une soirée hommage à Abdelhamid El-Khorti le lundi 26 février 2001 à partir de 18h sur Radio Fréquence Paris Pluriel en duplex avec Radio Amwaj en Palestine
Dans le Point d'information Palestine N°124 du 15 janvier 2001, nous vous annoncions l'assassinat par l'armée israélienne d'un jeune artiste palestinien,  Abdelhamid El-Khorti. Dans ce numéro, Georges A. Bertrand, Annie Fiore et Anis Gandil nous avaient fait partager leur émotion face à la mort de leur ami Abdelhamid.
Aujourd'hui, à l'initiative de Philippe Teissier, lui aussi ami d'Abdelhamid, Le Dîwan présente en partenariat avec Radio Fréquence Paris Pluriel en duplex avec Radio Amwaj, une soirée radiophonique exceptionnelle à sa mémoire. Philippe Teissier explique : "On voulait l'inviter à exposer au Diwan, il a été tué par les soldats israéliens… Nous invitons sa mémoire et tous ceux qui l'ont aimé. Abdelhamid avait 34 ans. Il était artiste peintre, comédien et écrivain reconnu à Gaza. Suite à sa mort des articles sont parus dans la presse palestinienne et une émission de télévision lui a été consacrée. Francophone, il a suivi des études en France et était apprécié par la communauté française fréquentant Gaza."
De nombreuses personnalités et amis d'Abdelhamid participeront à cette soirée : Leïla Shahid, Déléguée générale de la Palestine en France - Georges A. Bertrand, ancien Directeur du Centre Culturel Français de Gaza - Pr. Albert Aghazarian, Directeur du département des relations publiques à l'Université de Birzeit (Cisjordanie) - Annie Fiore, journaliste et auteur de " Rêves d'indépendance, chronique du peuple de l'Intifada" (Editions de L'Harmattan - 1994) - Anis Gandil, responsable du programme d'Enfants Réfugiés du Monde à Gaza, Moussa El-Khorti, frère de l'artiste - Wissam et Brahim, comédiens palestiniens formés par Abdelhamid - Dana et Rana, étudiantes à l'Université de Birzeit. L'émission sera présentée par Awad Daïbes, journaliste à la radio palestinienne - Mehdi et Grégory, membres du Dîwan - Philippe Teissier, Directeur du Dîwan et Michèle Gillard, coordinatrice de formation au Dîwan.
Cette émission sera diffusée à Paris sur Fréquence Paris Pluriel (106.3 MHz) le lundi 26 février 2001 à partir de 18h, en Palestine sur Radio Amwaj le mardi 27 février 2001 à partir de 19h, et ce même jour sur le site internet : http://amwaj.al.carma.com (à 18h -heure française et 19h - heure palestinienne). Vous vous invitons à réagir et à laisser vos commentaires pour les deux radios sur frequenceamwaj@yahoo.com.
[Renseignements auprès de Philippe Teissier - Tél : +33 (0) 612 677 012 - E-mail : lediwan@wanadoo.fr]
  
Kiosque

 
Sortie d'une nouvelle revue de géopolitique "Outre-terre" - Israël-Palestine terre ou paix ?
[Outre-terre N° 1 - Trimestriel Janvier/Mars 2001 - 218 pages - 98 FF - BP 3045, 69605 Villeurbanne Cedex]
Cette nouvelle revue de géopolitique publiée par les éditions Golias, consacre sa première livraison au conflit israélo-palestinien.
- Extrait du sommaire : Nous ne sommes plus "israélien" ! par Marwan Bishara ; Ce que veulent les Palestiniens ! par Youssef Abou Samra ; Aux origines de l'Intifada par Henry Laurens ; La Nouvelle Histoire d'Israël : nous avions donc raison ! par Khaled Al Hroub ; La bataille de Jérusalem... par Muhammad Taysir Al-Khatib ; Tsahal à Nazareth par Nafiz Abu Husna.
 
Réseau
 
1. Impact sur l'économie palestinienne des affrontements, des restrictions de déplacements et des fermetures de frontières du 1er octobre 2000 au 31 janvier 2001 - Dossier réalisé par le Bureau du Coordonnateur spécial de l'ONU
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
--- Résumé ---
- Les entraves aux déplacements
Le manque de liberté de déplacement, tant pour les personnes que pour les biens, causé par la crise actuelle ont créé des difficultés économiques dans les territoires palestiniens. Durant la période de 123 jours, s'étendant du 1er octobre 2000 au 31 janvier 2001, la frontière israélo-palestinienne par laquelle transitent les flux de main d'oeuvre et de biens commerciaux a été fermée pendant 93 jours, ce qui représente 75,6% du temps. Les restrictions apportées aux déplacements internes et les barrages internes (aux territoires), partiels ou totaux, ont été maintenus en place durant 100% du temps en Cisjordanie, et 89% du temps dans la bande de Gaza. Les passages à travers les frontières internationales, avec la Jordanie (pour ce qui concerne la Cisjordanie) et avec l'Egypte (pour la bande de Gaza) ont été fermés pour, respectivement, 29% et 50% de la période considérée.
- Pertes économiques directes
Les pertes économiques résultant directement des restrictions aux déplacements ont été estimées à 50% du PIB (produit intérieur brut) au cours de la période de quatre mois sous étude. Le manque à gagner pour les Palestiniens travaillant en Israël est de 75% de leur salaire. La perte en PIB est estimée à 907,3 millions d'US$, tandis que la perte de revenus salariaux pour les activités exercées par les Palestiniens en Israël est estimée à 243,4 millions d'US$. La perte totale est ainsi estimée à 1 150,7 millions d'US$, ce qui équivaut à 20% du PIB projeté pour l'année 2000 (projection prenant pour hypothèse qu'il n'y aurait pas de fermetures de frontières). Les pertes s'établissent à environ 11 millions d'US$/jour ouvré, soit 3,5 US$/jour/personne par jour ouvré durant la période étudiée.
De plus, des centaines de millions de dollars de pertes ont été causés par les dégâts infligés aux bâtiments publics, aux infrastructures, aux propriétés privées et aux terres agricoles, par les soins à apporter à plus de 11 000 blessés palestiniens, par les pertes de revenus publics et autres effets des fermetures de frontières.
- Chômage
Les pertes d'emploi en Israël, jointes aux restrictions aux déplacements et aux fermetures de frontières, ont causé un taux de chômage moyen de 38% (plus de 250 000 personnes sont au chômage), à comparer aux 11% (soit 71 000 chômeurs) relevés sur les neuf premiers mois de l'année 2000. En raison du ratio élevé de dépendance (économique) des territoires palestiniens, le chômage affecte actuellement directement les revenus d'environ 900 000 personnes, ce qui représente 29% de la population totale.
- Revenu par tête
En l'absence de fermetures de frontières, le revenu par tête projeté, dans les territoires palestiniens, aurait dû atteindre environ 2 000 US$ pour l'année 2000. En raison de la crise, des fermetures de frontières et des restrictions apportées aux déplacements internes, ce revenu a été réduit à environ 1 680 US$, ce qui représente une baisse de 16%.
- Pauvreté
Depuis le début de la crise, le nombre de personnes vivant au-dessous du minimum vital a augmenté de 50%. Ce niveau est estimé par la Banque Mondiale à 2,10 US$/personne/jour dépensés en achats de biens de première nécessité (moins de 9 Nouveaux Shekels israéliens/jour). Le nombre de personnes vivant au-dessous du minimum vital est passé d'environ 650 000 personnes à 1 million. Le taux de pauvreté a, ainsi, augmenté, passant de 21% à 32% de la population totale.
  
2. Jérusalem, clé de la guerre ou de la paix ? par Ghania Hammadou
[Ghania Hammadou est journaliste au quotidien algérien "Le Matin", dont elle est membre fondatrice et ancienne rédactrice en chef. Elle a réalisé ce reportage à l'occasion d'un séjour en Palestine organisé par l'association "Pour Jérusalem" du 19 au 24 janvier dernier. Ce reportage sera prochainement publié dans le quotidien "Le Matin", mais Ghania Hammadou nous a autorisé à le présenter en avant-première dans ce Point d'information Palestine, et nous l'en remercions.]
Le trajet de notre lieu d’hébergement, dans la rue Salah-Eddine, une artère commerçante et grouillante de Jérusalem-Est à une enjambée de la cité historique, jusqu’à l’agence des Nations unies en charge des réfugiés palestiniens (UNRWA), à l’ouest de la ville, est assez rapide. En ce samedi matin, jour de sabbat pour les israélites, le secteur ouest est quasi désert. Une femme poussant un landau, quelques hommes en noir, peu de circulation automobile. Notre bus file sans encombre vers notre rendez-vous. Un froid hivernal étreint Jérusalem et ses collines, le mont des Oliviers se découpe dans le ciel mouillé avec, à ses pieds, la cascade de cimetières juifs. La petite pluie glacée qui nous avait accueillis le matin a cessé.
A travers les vitres, nous découvrons, enfoncés dans un silence douloureux, le spectacle surprenant de deux villes en une. Le contraste entre elles est frappant : l’une, bouillonnante, belle malgré les éventrations des excavatrices et pelleteuses chargées de lui faire renier son identité séculaire, vivante malgré toutes les blessures et les outrages de l’histoire, accrochée à l’espoir en dépit du deuil ; l’autre, morose et figée, avec ses larges avenues rectilignes, ses immeubles neufs de pierres et de verre, presque inhospitalière. Ce changement de paysage humain et d’atmosphère est le signe que nous venons de franchir une barrière invisible.
Mais la différence entre les deux Jérusalem n’est pas seulement dans l’animation de l’une et la morosité de l’autre, non : si la ligne de démarcation d’avant l’invasion de 1967, qui séparait les quartiers arabes de la zone israélienne, n’existe plus physiquement, à sa place, il y a cette frontière nouvelle, impalpable mais plus présente qu’une muraille de béton.
Les témoignages de la politique discriminatoire de l’occupant sioniste à Jérusalem-Est, palestinienne par sa population mais israélienne par son administration et sa police, se lisent sur les façades grises et lézardées des maisons, sur les trottoirs défoncés envahis d’ordures ménagères ou le bitume crevassé des rues, sur les terrains vagues jonchés de pierrailles, cicatrices encore béantes s’exhibant comme un reproche. Dans les détachements de policiers et de militaires armés de fusils-mitrailleurs Uzi que l’on croise au détour d’une rue et qui nous rappelle soudain — mais peut-on l’oublier ? — que Tsahal l’invincible, Tsahal, est ici en territoire conquis, et qu’elle est en guerre contre des enfants lanceurs de pierres…
Pareil climat d’extrême tension pourrait être le prélude à une nouvelle guerre ouverte ; pourtant, il n’altère guère la sérénité des relations entre les gens : aucune agressivité chez nos hôtes palestiniens, ni parmi les camelots de la porte de Damas. Rien qui laisse deviner le drame sanglant qui s’est joué sur l’esplanade des Mosquées et dans les ruelles de la vieille cité, il y a moins de quatre mois maintenant. A peine quelques portraits des victimes affichés à la devanture de certaines échoppes, une ou deux inscriptions proclamant " El Qods, capitale de l’Etat palestinien ". Au fond d’une venelle, une boutique de livres religieux et de cassettes laisse échapper discrètement un chant patriotico-religieux.
Notre présence dans les dédales de la vieille cité est assez insolite par ces temps agités. Il faut dire que l’intifada " Al Aqsa " et sa répression sanglante ont vidé la ville sainte de ses touristes et pèlerins de toutes confessions. L’esplanade des Mosquées est fermée. Seuls les musulmans de plus de quarante ans peuvent accéder au Dôme du Rocher, et prier à la mosquée d’Omar ou à celle d’Al Aqsa (" la Lointaine ").
Toute l’infrastructure touristique de ville sainte est ainsi désertée et le personnel mis au chômage ; l’économie de la ville tourne au ralenti. Ali, un des employés de l’hôtel qui a réouvert spécialement pour nous accueillir, cinq enfants, virtuellement sans logis puisque sa maison a été détruite par l’armée israélienne, est tout heureux de notre présence qui lui permet de reprendre son travail.
Tout à l’heure avant d’embarquer dans le bus qui nous emmène vers le camp de réfugiés de Shufat, au carrefour de la porte d’Hérode, face au bureau de poste encadrée par deux postes de polices, notre regard s’est heurté à un de ces groupes de soldats armés jusqu’aux dents. Cette patrouille dans ce paisible quartier commerçant avait quelque chose d’insupportable. Pourtant, le flot humain n’a pas réagi à sa présence. Indifférent, il a continué à s’écouler, descendant vers la porte de Damas qui s’ouvre sur la vieille cité. Derrière le mur qu’entaille cette entrée presque obstruée par les étals des marchands : le cœur de Jérusalem. Il est là, entre l’enceinte millénaire, vivant, palpitant.
Ségrégation et discrimination, humiliation  et violence : telles sont les armes de l’occupant omniprésent et partout visible. Nous apprendrons plus tard de la bouche de nos différends contacts les détails de cette politique appliquée depuis maintenant depuis trente-quatre ans ici et partout ailleurs en Palestine, et à son peuple. Un à un, ils nous raconteront leur demi siècle épreuves : la guerre et l’exil, la dépossession et les larmes, les camps de réfugiés et l’errance, les destructions massives des villages, les expropriations des propriétés pour cause d’" utilité publique ", les confiscations sous multiples prétextes érodant chaque jour les terres échappées à l’envahisseur, destinées à installer des colonies, à construire des routes dites de "contournement&nb sp;" interdites aux arabes et des " périmètres de sécurité " autour des implantations, les maisons dynamités, les vergers brûlés, les arbres arrachées, les générations nées et grandies derrières les barbelés, les bannissements frappant ceux qui n’ont pas voulu partir, l’arsenal juridique les enfermant dans un carcan de textes qui place toute leur vie sous contrôle de l’occupant, la judaïsation spectaculaire d’El Qods…
Le responsable de l’UNRWA nous invite à suivre son véhicule. Destination : le camp de réfugiés de Shufat, géré par l’agence onusienne. Le seul implanté sur le territoire de la commune de Jérusalem, situé au nord-est de la vieille ville à Cheikh Jarrah et qu’Israël refuse de reconnaître comme centre de réfugiés.
Une autre réalité de la colonisation nous explose à la figure, dès que notre bus quitte les larges avenues goudronnées et s’engage sur les chemins défoncés, dépasse les montagnes de boue, de ferraille et de gravats et aborde le dernier virage d’où nous découvrons une longue muraille de parpaing, surmontée de tôle. Le camp de Shufat crée en 1966, alors que la plupart des autres l’ont été dans les années 50, accueille tous les bannis d’El Qods, ceux qui ont dépassé les délais pour faire viser leur titre de séjour, ceux qui ont quitté la ville un moment et qui n’ont pu y revenir, ceux qui n’ont pu faire la preuve de leur séjour, ceux dont on a détruit la maison ou fermé le commerce. Depuis 67, tout palestinien qui quitte Jérusalem Est pour une raison ou autre doit s'attendre à des tracasser ies lorsqu'il veut y revenir. Même celui qui y a passé toute sa vie peut se voir refuser d'y retourner. Parfois, il suffit de partir en vacances ou de s’éloigner pour des études et se retrouver dans l'impossibilité de rentrer. Des familles entières ont été ainsi séparées. Ici, Interdiction est faite aux habitants arabes d'aménager leurs maisons ou d'en construire de nouvelles, obligés par ailleurs de présenter à chaque contrôle leur carte bleu de résidents, sorte de passeport qui leur permet aussi de travailler et qui peut leur être retirer sous différents prétextes. Aucun Palestinien ne peut pénétrer dans la ville sans un permis spécial, le fameux tasrih, délivré par les autorités d’occupation qui en contrôlent tous les accès. L’opération ressemble étrangement à une… &eacu te;puration ethnique. B'Tselem, une organisation d'Israéliens qui depuis dix ans traque les atteintes aux droits de l’homme dans les territoires occupés, la qualifie de "politique de déportation silencieuse". " Silencieuse, sans précipitation, et sophistiquée ", ajoute Eliahu Abrams un avocat spécialisé en droit civique. Récemment, dans un rapport sur les Retrait du permis de résidence des Palestiniens de Jérusalem Est, B’Tselem faisait remarque que "sans doute des milliers de personnes ont été contraintes de partir", et prévenait que le pire est encore à venir… En fait entre 1995 et 1999 près de 3000 palestiniens ont été ainsi révoqué de leurs droits de résidence dans la ville, avec un pic notable en 1997 ( 1039).
Cette pression n'est pas nouvelle. Inaugurée le lendemain la guerre de 1967, dès la prise de contrôle de l’ensemble de la ville sainte par les forces israéliennes, à la suite de laquelle plus de 50.000 Palestiniens se sont vus interdits du droit de résidence permanente, parce qu'ils avaient quitté leur maison au moment de l’agression, elle a été constante sous les différents gouvernements. Ces dernières années, intensifiée par le Likoud avec Menahem Begin, elle s'est encore renforcée, en deux grandes étapes, sous le gouvernement travailliste de Yitzhak Rabin et Shimon Peres d'abord, puis sous son successeur du Likoud, le premier ministre Benyamin Netanyahou. Barak n’a fait que poursuivre l’œuvre de ses prédécesseurs.
La politique d’usure, ouverte ou souterraine selon les époques et les gouvernement s’est accompagnée d’un processus de colonisation rampante dont le résultat spectaculaire après des décennies de grignotage sournois mais implacable est le bloc de colonies qui encerclent Jérusalem Est. L’extension de ces installations, encouragée par le ministère du logement par le biais de dons de 5000 dollars offerts aux acquéreurs d’appartement dans ces implantations a porté à 170 000 le nombre de colons juifs dans le secteur arabe de la cité. Pendant que ceux-ci sont exemptés de taxes communales pour cinq ans, et bénéficient par la suite d'un taux réduit, les Palestiniens qui vivent là payent des taxes cinq fois supérieures et reçoivent moins de services. Les dernières installations datent de quelques mois à peine. Les méthodes d’appropriation des terres sont multiples : dernièrement, au village de Walaja, un groupe d’investisseurs juifs a acheté des terres à trois familles arabes qui après avoir été aussitôt arrêtées par l’autorité palestinienne ont été relâchées sur intervention d’officiels israéliens. Désormais la Jérusalem dite  métropolitaine est tentaculaire ; sa superficie passée de 73 à 953 représente 12 % de la Cisjordanie ! Jérusalem ville, elle, dont la surface s’est multipliée par sept depuis 1967, s’étend sur 40 km2 et ne compte plus que 230 000 palestiniens sur une population de 630 000 habitants.
Population et terre : deux piliers de la politique du mouvement sioniste. Le rapport démographique, laborieusement construit à grand renfort d’immigration d’un côté et d’expulsion de l’autre, depuis peu en faveur de la population " juive ", est brandi comme un argument par les israéliens dans les négociations, au nom du postulat suivant : Jérusalem peuplée majoritairement de juifs doit revenir à l’Etat juif. En cherchant à fermer le camp de Shufat, les autorités d’occupation obéissent évidemment à ce souci stratégique :  réduire le plus possible la présence palestinienne dans ce qu’ils prétendent être leur " capitale éternelle et indivisible".
Pour l’administration israélienne cette réserve est comme est un chancre sur le visage de sa propriété de droit divin, dont elle voudrait se débarrasser très vite, en dispersant ses occupants loin de la ville. Au fil des années, la plupart des baraquements informes ont progressivement disparu pour laisser place à des maisons en dure — les plus nanties ont même élevé des étages et des terrasses à la hâte. Un village a donc surgi sur ces terres agricoles, cette colline à oliviers ; un village comme un assemblage anarchique dont le délire architectural n’est pas la touche d’un urbaniste original mais les marques du dénuement. Ses maisons faites de bric et de broc, ses rues boueuses et sans trottoir, sa mosquée et son école, son centre médical gênent les plans de développement de la colonisatio n. La deuxième grande colonie autour de Jérusalem Est, Pisgatzeev, touche presque au village. Le rêve des nouveaux immigrants installés là est de déloger la dernière famille arabe dont la maison entrave l’agrandissement de leur périmètre ainsi que la construction de la route qui doit les relier au bloc de colonies voisines et au reste d’Israël. C’est que derrière la colline, dans la direction de Jéricho se construit une autre implantation. La voie qui doit faire la jonction entre les deux devra passer par ici. Il n’y a pas d’autre itinéraire possible… Et comme bien souvent, la volonté des colons et de leur puissant représentant le Yesha (conseil des colonies juives) a force de loi, on se demande combien de temps encore, ces gens sans autres moyens que leur colère pourront résister aux provocations de leurs envahisseurs et se maintenir sur leur terre.
Officiellement 8000 personnes sont enregistrées à Shufat. Dans les faits 22 000 individus s’y entassent. La polyclinique, construite avec la contribution de l’Allemagne, ne suffit à répondre à la demande sanitaire, l’école de 26 classes, toute récente, craque sous le poids des effectifs. Les 31 enseignants sous-rémunérés par l’agence en raison de l’insuffisance du budget assurent des classes de 40 élèves. Les enfants perturbés par les évènements refusent souvent d’aller à l’école, ils sont agressifs avec leurs enseignants et cherchent sans cesse la confrontation. " L’an prochain avoue le proviseur, nous serons obligés de faire comme le reste du pays et instaurer la double vacation. En Cisjordanie, on peut aller jusqu’à 50 élèves par classes et faire trois sessions par jour ! " Car comme le r&e acute;sume notre guide "  plus on parle de paix, plus les moyens de subsistance diminuent ". La paix ? Celle promise déjà à Madrid, trois ans après le déclenchement de la première Intifada, il y maintenant dix ans ? Les réfugiés qui croupissent dans cette réserve semblent ne plus y croire. Ils avaient pourtant tant espéré, tant attendu d’Oslo. Mais rien n’est venu, hormis de nouveaux cortèges de morts. Surtout pas le droit de retourner dans leur village d’origine ou à Jérusalem Est, si proche mais rendu tellement inaccessible par les lois de l’occupant. Alors pendant que l’on statut sur leur vie — la rencontre de la dernière chance reprend lundi à Taba —, ils attendent. Sur leur visage l’amertume des oubliés.
De retour de Shufat, nous apprenons que Yasser Abed Rabbo, ministre de la culture et de l’information, l’homme qui d’Oslo à camp David en passant par Wye Plantation et Charm el Cheikh a conduit la délégation palestinienne désire rencontrer tout notre groupe au lieu de la seule présidente de notre association. En route donc vers le siège du ministère à Ramallah, une grosse ville de Cisjordanie située dans la zone A, placée donc sous le contrôle de l’Autorité nationale Palestinienne. Ramallah dont toutes les issues, les entrées et les sorties, toutes les liaisons avec le reste des territoires autonomes sont filtrées par l’armée israélienne. Le découpage de la Palestine en trois zones (A sous souveraineté palestinienne, B sous souveraineté mixte Israélo - Palestienne et C totalement israélienne) déroute plus d’un o bservateur. Les différents secteurs sont imbriqués tel un puzzle qu’il est impossible de savoir avec certitude dans laquelle de ces zones nous trouvons. Mais auparavant, on nous prévient qu’il nous faut abandonner notre grand bus. L’atmosphère tendue pourrait s’enflammer à la vue d’une plaque d’immatriculation israélienne. Nous voilà installés dans un taxi collectif, la voiture du consul général de France en tête nous servant de laissez-passer.
Le passage au check point israélien se fait sans difficulté, pour nous du moins. En face, il en est tout autrement : la file venant en sens inverse, de Ramallah vers Jérusalem, s’étire mais n’avance pas. Ce bouchon n’a rien de surprenant. Il est le lot quotidien des palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Les restrictions sévères des déplacements des populations palestiniennes d’un secteur à l’autre de leur territoire éclaté et l’interdiction totale à l’entrée d’Israël ont paralysé la vie locale et laisser une économie à l’agonie. Le bouclage du pays a mis au chômage 75 % de la population active. Le génie palestinien se concentre désormais sur les moyens de contourner l’étau qui les étrangle et de trouver des moyens de survivre.
Ramallah n’est plus qu’à cinq kilomètres. Le talkie-walkie du chauffeur de taxi grésille. La règle est simple et connue de tous. Les voitures refoulées vont demi-tour et prennent à gauche par des petites routes défoncées. Ce détour peut durer une demi-heure mais il évitera les chicanes des barrages militaires. Tous les jours des milliers de personnes vivent le même scénario, subissent la même humiliation. Chaque jour des milliers d'étudiants et des centaines d'enseignants empêchés ainsi de se rendre à leurs cours à l’université d’El Qods, à Abou Dis dans la banlieue de Jérusalem Est, défient l'occupation en pratiquant ce périlleux exercice. Pour contourner l’encerclement, l’obstacle du check point, du barrage imprévu qui n’existait pas la veille, d’une chicane inopinée, les voitures empruntent d es chemins détournés qui allongent les trajets. Les passagers des taxis collectifs descendent quelques centaines de mètres avant le point de contrôle, marchent à pied sur un parcours plus ou moins pénible — parfois au travers de collines ou d’oliveraies, souvent par des chemins de terre boueux —, pour passer dans l’autre zone et embarquer dans un autre véhicule. Le plus petit déplacement d’une ville à l’autre, d’un village à l’autre prend les allures d’une éprouvante expédition.
A peine sortie des faubourgs du grand Jérusalem, la route principale qui relie la ville sainte à Ramallah change d’aspect. La chaussée se fait plus chaotique et les secousses de la voiture plus violentes. Les mares d’eau bourbeuses qui occultent les nids de poule de l’asphalte giclent sur le flanc des véhicules. Le tronçon aux abords de Kalandia, un autre point chaud de la confrontation, a des allures de pistes. A gauche, des engins de travaux publics repose en bordure de longues voies fraîchement goudronnées : l’aérodrome de Ramallah confisqué par les forces d’occupation, avant même son entrée en fonctionnement. Ce chantier a l’abandon ajoute sa désolation à celle du camp de réfugiés qui s’étend de part et d’autre de la route et qu’on discerne à peine derrière les amoncellements de terre. Ce carrefour a été durant des s emaines le théâtre d’échanges de jets de pierres et de coups de feu entre les chabab et les soldats israéliens. A droite, en surplomb de cette coulée de misère, un village de colons se dresse, arrogante excroissance au milieu des terres palestiniennes. Les maisons aux murs immaculés s’agglutinent autour d’une tour de guet surmontée de projecteurs. A l’entrée est de la ville, El Bireh qui fait à la colonie de Beit El se transforme chaque après-midi en terrain de tirs. Ramallah comme Gaza, Bethléem ou Hébron, est cernée de barrages militaires et de colonies…
Nul n’ignore plus maintenant que ces implantations ont peu de chance d’être démantelées, puisque selon la proposition d’Israël à camp David, l’Etat hébreu se retirerait d’environ 90 % de la Cisjordanie et de la bande de Gaza mais n’abandonnerait aucune colonie. Au contraire, il annexerait la majorité d’entre elles (qui représentent 10% de la superficie du territoire évacué), les autres théoriquement sous souveraineté palestinienne continuerait d’être protégées par l’armée israélienne et serait relier à Israël par un vaste réseau routier. Conséquence : la Cisjordanie se retrouverait divisée en trois blocs. Cette constellation d’enclaves étrangères au cœur du territoire palestinien non seulement contredit le principe même de souveraineté mais condamne d’avance le futur Etat ainsi réd uit à un assemblage de bantoustans. Morcelé, sans continuité territoriale, ni frontière avec un pays autre qu’Israël, il serait totalement dépendant de l’ancien occupant et n’aurait aucune chance de survivre. Ce schéma de partage inique n’a provoqué aucune réaction de la communauté internationale qui a continué à regarder d’un œil impassible sa propre légalité bafouée… Pour faire " taire les armes " on a bien dépêché quelques émissaires mais la diplomatie couarde n’a pas convaincu Israël qui, dés les premiers jours, a mis dans la bataille contre les lanceurs de pierres toute la puissance de son arsenal. Alors pendant qu’on négociait la paix à Camp David sous la férule exclusive de Clinton arrivé en fin de mandat, la guerre faisait rage en Palestine. Depuis, en quatre moins d’Intifada, on dé ;nombre plus de 400 morts et 16000 blessés dans le camp palestinien… Progressivement, le pays entier s’enfonce dans la guerre.
Personne ne pouvait mieux que Abed Rabbo parler des négociations qui viennent de s’achever à Camp David, en mesurer les progrès et les reculs, les hésitations et les avancées. Dire les pressions et les partis pris, cibler les points d’enlisement, les zones d’achoppement.
L’homme, un politique rompu au travail d’émissaire, ne fait pas dans la langue de bois. Pour lui une des raisons de l’échec des dernières rencontres tient dans l’acharnement des " médiateurs " américain, notamment Dennis Ross, à insister sur les propositions inacceptables dans " l’intention délibérée de tuer le processus de paix. " En dépit des réserves sur la volonté de paix et la sincérité de ses partenaires, le ministre de l’Autorité palestinienne persiste à croire au dialogue. Lundi, il fera le voyage à Taba tout en sachant " qu’en l’état actuel des négociations, chaque partie connaît les positions de l’autre " et " qu’il s’agit maintenant de décider. " Ces décisions reviennent à Israël puisque précise-t-il &qu ot; la balle est dans le camp de Barak ". Un Barak pour lequel, il appelle les arabes d’Israël à voter, afin de faire barrage à Sharon, le provocateur. Ce discours n’est pas celui de tous le monde ici, dans tous les cas pas celui de la rue palestinienne, lassée du double jeu des travaillistes, déçue des trahissons de Barak, de ses retournements. " Sharon, Barak même combat, même politique " disent les uns, " avec Sharon, les choses seront au moins claires " ajoutent d’autres.
Les négociations marathons vont se tenir jusqu'au élections du 6 février ; elles aborderont de nouveau des questions très compliquées telles le partage des ressources hydraulique et le tracé des frontières — sur ce point, la ligne défendue par les Palestiniens est claire et connue : "  c’est le retour aux frontières de 67… avec éventuellement des sûr des échanges de territoires, mais des échanges de mêmes valeurs " — ou particulièrement sensible comme le droit au retour des quelque trois millions et demi de réfugiés, en priorité ceux parqués dans les camps à la frontière libanaise. Mais l’essentiel des débats va porter sur le statut de la vieille ville de Jérusalem et des lieux saints des différentes communautés. Celle-ci semble d’ailleurs être la pomme de di scorde autour de laquelle se sont polarisées toutes les passions et à ce titre apparaît comme la clé de la paix ou… de la guerre.
Pendant des semaines, les formules pour son statut se sont entrechoquées, sans qu’aucune d’elles ne convient aux deux camps. Abed Rabbo rappelle ici de nouveau le rôle partial joué par la "médiation " américaine et pointe le doigt sur le système compliqué, dans lequel les USA sont passés maître, porteur en lui les germes des futurs conflits, rejeté pour son équipe. Alors que le premier plan refusait tout partage de la ville, le suivant reposait sur plusieurs régime de souveraineté à l’intérieur de Jérusalem Est (un régime pour certains quartiers, un régime pour les lieux saints et un régime pour les villages autour de Jérusalem) et s’appuyaient presque exclusivement sur les thèses historico-religieux judaïques : Il y a 2700 ans le premier temple juif aurait construit sur le mont Moriah , dont les restes seraient encore enfouis là où se dresse aujourd’hui l’esplanade des Mosquées…
La partie sur Jérusalem aurait pu se jouer entre les rabbins et les imams seuls s’il n’y avait pas eu l’intervention  des groupes pacifiques laïcs. Evacuons la dimension religieuse du débat qui occulte la nature politique du problème clamaient ces opinions dans les deux camps, excédées par la tournure des débats. Dans le même temps, le mouvement la paix maintenant défilaient sous le mot d’ordre " deux capitales à Jérusalem " et les éditorialistes prévenaient "  nous allons transformer Jérusalem en théâtre de bain de sang pour des générations, si nous n’avons pas le courage de dire oui, il faut partager " (Haaretz du 29 août 2000). Comme en écho à la phrase Rabin ( " on ne peut pas faire de cadastre avec la bible "), un intellectuel israélien, Israë l Shamir écrivait au plus fort de la polémique qui déchirait la société juive : " Les légendes sont l'étoffe dont sont faits les rêves. Certaines sont charmantes, d'autres sont horrifiantes, mais aucune n'a la valeur d'un titre de propriété ou d'un programme politique ". Jusqu’à ce jour du 28 septembre pour la première fois Barak cède et évoque la perspective d’une " capitale palestinienne à Jérusalem – est appelée El Qods ".
Ce même jour aussi, Ariel Sharon, candidat du Likoud au poste de Premier ministre, Sharon le criminel de guerre parade sur l’esplanade des Mosquées accompagné de plusieurs députés de son parti, protégé par 2000 policiers, de blindés et d’un hélicoptère. Cette provocation allume le feu au poudre. Partie d’abord de Jérusalem Est, de la vieille ville où elle fait 7 morts palestiniens, elle se propage par des manifestation à Naplouse, Bethléem, Hébron, Ramallah. En trois jours d’affrontement, 500 victimes (morts et blessés) sont dénombrés : la deuxième Intifada venait de commencer.
Pour notre deuxième déplacement à Ramallah, il nous faut affronter de nouveau les check point israéliens. La route est aujourd’hui moins encombrée que la veille. La terre a bu ses mares d’eau mais les bas -côté ont toujours l’apparence d’un vaste chantier à l’abandon. Rien ne distingue ne distingue le bâtiment qui héberge l’organisation Miftah des immeubles voisins : même antenne montée sur pylône en forme de tour Eiffel, même alignement de citerne d’eau sur les terrasses.
Mme Hanane Ashraoui, la présidente de Miftah, porte sur son visage toute la tristesse de son peuple. Et si son programme décliné par le nom de son organisation, la clé en arabe, est une profession de foi résolument ancrée et optimiste, sa conviction dans le dialogue la clé de la paix entre les deux peuples, son analyse sur évènements passés et à venir est elle franchement pessimiste. Son ressentiment contre les Etats-Unis, accusés d’avoir monopolisé et détourné le processus d’Oslo, dont la stratégie et les positions sont toujours en faveur d’Israël est comparable à celui porté contre Barak. Le premier ministre israélien, préoccupé selon beaucoup d’observateurs de conclure un accord à la hâte pour assurer sa réélection n’aura pas son soutien : " Il est hors de questions que les Palestiniens volent à son secours "car " il leur a montré ce qu’il était capable de faire… " pour provoquer l’explosion. Exemple "  la visite de Sharon à l’esplanade des Mosquées n’est pas fortuite et normale. C’est une provocation à l’encontre des chrétiens et des Musulmans que Barak a encouragée au lieu d’empêcher… " La violence a été " le choix des israéliens, le résultat de leur politique d’annexion et de provocations, de non respect des engagements pris " et d’ailleurs " qu’est-ce q’une paix qui interdit à un peuple de construire des maisons sur sa terre, qui lui interdit de se déplacer ? … Est-ce que cette paix peut être juste ? …" C’est tout cela qui a suscité " un immense sentiment d’injustice chez les Palestiniens, un se ntiment profond que leurs droits ne sont pas respectés ; c’est cette perte de confiance qui a été fatale au processus d’Oslo. " Les jours a venir seront terribles avertit Madame Ashraoui, car sans nul doute " Sharon, le criminel de guerre va gagner les élections ". Et alors ce sera l’engrenage…
Ils sont nombreux à pressentir cet embrasement. Souheil, le syndicaliste de Al Ram dans la banlieue de Jérusalem, qui a vu ses deux garçons âgés de 16 et 18 ans arrêtés dans la nuit du 1er janvier et qui chaque jour attend la sentence de la cour militaire qui doit les juger ainsi que des milliers d’autres jeunes, tous pour le même chef d’accusation : jet de cocktail Molotov. Eitan Felner de B’Tselem qui n’a pas fini de dénoncer les manipulations par les autorités de son propre pays du problème dit de " sécurité " pour couvrir ses atteintes au droit de l’homme. Huda Imam, du centre d’études pour Jérusalem de l’université d’El Qods, qui contre les consignes officielles, contre vent et marées continue de tisser des liens avec ses collègues israéliens. Le professeur Galit Hasan Rokem et Rachel Milstein d e l’université Hébraïque de Jérusalem, associées au premier corpus commun avec l’université El Qods, qui croient que le meilleur moyen pour connaître son voisin, celui au côté de qui on vit est d’étudier son art et son histoire, d’apprendre à le connaître par ce qui le fait humain : sa culture.
Colette Abital, députée travailliste à la Knesset, venue à la politique pour soutenir un processus de paix parti depuis en quenouille, qui avoue les lignes de fractures psychologiques et les mythes qui traversent la société israélienne qu’il faut aujourd’hui dépasser, qui craint qu’il y ait beaucoup de sang versé avec Ariel Sharon avant que celui-ci comprenne "  qu’on ne peut plus maintenir cet état d’occupation, qu’on ne pas toujours vivre par la force des armes. Et que la seule chance, pour les palestiniens comme pour les israéliens, c’est la paix ."
  
3. "L'invocation des souffrances d'hier sert à relativiser, voire à justifier des violences d'aujourd'hui qui ne sont pas plus tolérables" par Rony Brauman
Rony Brauman est né à Jérusalem. Président de Médecins Sans Frontière de 1982 à 1994, il est l'auteur de plusieurs livres sur les questions étiques et politiques soulevées par l'action humanitaire. Il est professeur à l'Université Paris XII. Nous avons décidé de vous proposer la postface qu'il a écrite pour la traduction française de "L'industrie de l'Holocauste" de Norman G. Finkelstein <http://www.normanfinkelstein.com> publié aux Editions La Fabrique.
[2001 - ISBN : 2913372104 - 157 pages - 89 F].
"Il y a un Etat, et il est différent de tous les autres. Il est juif, et pour cela il est plus humain que n'importe quel autre." Elie Wiesel, Kansas City, 1970.
Lorsque La Fabrique (éditeur) m'a demandé de rédiger une postface pour la traduction française de ce livre, j'ai hésité. J'avais déjà lu L'Allemagne en procès du même Finkelstein, dont j'avais apprécié la verve polémiste. Mais que diable avais-je à dire sur L'Industrie de l'Holocauste ? Les questions relatives aux "stratégies victimaires" et à l'instrumentalisation de la mémoire font certes partie du quotidien de l'action humanitaire, surgissant dans nombre de conflits, du Rwanda à l'Arménie et de l'Irlande du Nord à l'ex-Yougoslavie. Cela ne suffisait cependant pas, et c'est la reprise des violences au Proche-Orient qui m'a incité à accepter d'écrire ce texte. Ce fut, en effet, une nouvelle occasion de constater à quel point l'invocation des souffrances d'hier sert à relativiser, voire à justifier des violences d'aujourd'hui qui ne sont pas plus tolérables. Ce qui se passe en Israël et dans les territoires occupés semble placé sous le signe d'une singularité ontologique, communément traduite dans la formule : "Ce n'est pas la même chose." Qu'il s'agisse de terres conquises à restituer ou de droit au retour des réfugiés, ce qui vaut ailleurs - en droit, sinon en fait - échappe ici à l'ordre du politique. Comme à l'accoutumée, des institutions communautaires ont enrôlé les Juifs de France dans un "soutien inconditionnel" à Israël lors du soulèvement palestinien de l'Intifada des mosquées. Cette réaction fusionnelle a suscité de vives réactions de protestation et des prises de position critiques vis-à-vis de l'Etat Juif", dont j'ai été partie prenante. C'est dans ce contexte, qu'il me fallait préciser d'entrée de jeu, que j'ai rédigé cette post-face.
Le hasard, ce précieux auxiliaire de l'imagination, me mit alors en contact avec l'un des protagonistes de l'Holocaust Industry, invité d'une émission de France Inter que j'écoutais au moment de me mettre à écrire. Elie Wiesel y évoquait ses souvenirs de la guerre des Six jours, la "grande joie" qu'il avait éprouvée à l'annonce de la victoire d'Israël, son voyage sur place et son émotion devant des "soldats tristes d'avoir tiré", devant une armée victorieuse s'abstenant de célébrer le triomphe par un quelconque défilé militaire. Il est vrai que Moshé Dayan avait demandé aux parachutistes qui avaient planté le drapeau israélien sur le Dôme du Rocher, lors de la prise de la vieille ville de Jérusalem, de l'enlever et de quitter l'esplanade des Mosquées. Mais de cela, il ne fut pas question au cours de l'émission. Cela aurait pourtant permis de mieux saisir la dimension provocatrice de l'"escapade" de Sharon qui a rallumé la colère palestinienne.
Revenant à notre époque, le lauréat du prix Nobel de la paix affirmait qu'il "préférerait qu'il n'y ait pas de violence au Proche-Orient" et s'attristait devant la ruine des rêves de paix et de coexistence pacifique. Le contraire aurait surpris. Des rêves d'idéaliste, soulignait-il, mais des rêves auxquels il avait voulu croire de toutes ses forces, en homme qui sait le prix de la haine. A l'animateur qui lui demandait s'il n'avait pas été heurté par la réprobation de la presse française concernant la répression de la nouvelle Intifada par l'armée israélienne, il répondait qu'"il est trop facile de juger". Il préférait penser à l'avenir, imaginer un dialogue entre jeunes Palestiniens et Israéliens, affirmer sa gratitude envers la science et les espoirs qu'elle porte, rappeler le "Discours du millénaire" qu'il avait prononcé à la Maison Blanche l'année précédente et qu'il avait voulu intituler "Le Péril d'indifférence". Un titre qui renvoyait à cette profession de foi lancée au monde lors de son discours de réception du prix Nobel de la paix, en 1986 : "J'ai juré de ne jamais me taire lorsque des êtres humains sont persécutés ou humiliés".
Trente-trois ans après la guerre des Six jours, ce maître à penser n'a pas trouvé les mots que Moshé Dayan - encore lui - le stratège de l'occupation des territoires palestiniens en 1967, prononçait un an plus tard, devant la tombe d'un soldat israélien tué à Gaza : "N'accusons pas ceux qui ont tué ce garçon et ne nous plaignons pas de leur haine. Cela fait huit ans qu'ils vivent dans des camps de réfugiés à Gaza, tandis que nous, ici, sous leurs yeux, sommes en train de nous approprier les terres et les villages dans lesquels ils vivaient, eux et leurs ancêtres." A l'heure où j'écris, l'occupation israélienne se poursuit, l'appropriation des terres par la création de nouvelles colonies s'intensifie depuis les accords d'Oslo et des centaines de Palestiniens sont tombés au cours des dernières semaines sous les balles de l'armée israélienne. La sensibilité vibrante d'Elie Wiesel ne semble pas en avoir été affectée. Ses véritables sentiments sur la situation au Proche-Orient, il les avait clairement exprimés dans un discours donné quelques semaines auparavant, lors d'une manifestation de soutien à Israël : "Nous soutenons Israël, et nous remarquons que la violence lui a été imposée malgré lui par l'intransigeance du dirigeant de l'Autonomie palestinienne. Ceux d'entre nous qui rejettent la haine et le fanatisme et qui considèrent la Paix comme l'ultime noblesse, sont forcés de reconnaître Yasser Arafat pour ce qu'il est : un être ignorant, retors et indigne de confiance. (...) C'est avec le coeur lourd que nous déclarons que nos rêves de paix se sont envolés dans les fumées des synagogues saccagées, dans les lynchages et les dépeçages de soldats israéliens prisonniers et dans les foules assoiffées de sang qui crient leur vision d'un Jérusalem sans Juifs et d'un Proche-Orient sans Israël. Et je tiens pour responsable le dirigeant suprême des Palestiniens, Yasser Arafat. (...) Jérusalem est le rêve de nos rêves, la lumière qui illumine nos moments les plus sombres. Sa légitimité réside dans sa souveraineté. S'opposer à l'une d'elles revient à dénier l'autre. Israël ne l'abandonnera jamais." Tous ceux qui l'applaudissaient étaient sans doute prêts à se battre pour Jérusalem jusqu'au dernier Israélien. Les mêmes n'avaient-ils pas activement soutenu l'occupation israélienne du Sud-Liban, qui coûta inutilement la vie, en plus de celle de milliers de civils libanais et palestiniens, à douze cents soldats hébreux ?
"Synagogues saccagées", "lynchages", "foules assoiffées de sang", le thème de la légitime défense a quelque chose d'étrange, s'agissant d'un conflit qui met aux prises un peuple occupé et une armée d'occupation. Et pourtant il passe, puisque l'auteur de ces violences verbales n'a pas eu à s'en expliquer, ni dans cette émission de radio, ni ailleurs. Pas plus qu'il n'a eu à expliquer pourquoi, lui qui fréquente les chefs d'Etats comme d'autres leurs collègues de travail, n'a jamais rencontré Arafat, ne serait-ce qu'en tant que prix Nobel de la paix.
Bien loin des diatribes de l'apôtre Wiesel, le constat lucide de Moshé Dayan le soldat rejoint celui d'Ami Ayalon le policier, ancien chef des services de sécurité intérieure israéliens, qui critiquait récemment le "système d'apartheid" dans les territoires palestiniens et déplorait qu'Israël n'avance dans le processus de paix qu'après une explosion de violence. Ni l'un ni l'autre ne peuvent passer pour des ennemis d'Israël. Mais l'un et l'autre expliquent suffisamment - pour ceux qui ne seraient pas disposés à entendre les voix palestiniennes - les raisons de la réprobation de la politique israélienne, dans laquelle Elie Wiesel, et derrière lui de nombreux fidèles de la Mémoire de la Shoah, ne veulent voir qu'une nouvelle manifestation de l'hostilité séculaire à l'encontre des Juifs.
Si de telles tartufferies sur la paix, l'enfance, le dialogue, peuvent être proférées dans ce contexte sans susciter autre chose qu'une admiration confite, ce n'est pas seulement parce que les poses sentencieuses occupent généralement une large part de l'espace public. C'est aussi parce qu'elles renvoient explicitement à une relation triangulaire Juifs-Israël-Shoah, imposée comme indissociable et devenue dans l'histoire récente le ressort fondamental de la capacité d'intimidation morale exercée aussi bien par Israël dans le champ diplomatique que par ses défenseurs dans les débats publics. Critiquer la politique d'annexion d'Israël, c'est alors critiquer les Juifs et déclencher le soupçon, affirmé ou suggéré, d'antisémitisme. Que celui-ci puisse se cacher sous le masque de l'antisionisme, c'est ce que Garaudy et ses épigones négationnistes nous rappelleraient, si nous l'avions oublié. Mais que le soutien aux Palestiniens dans leurs droits suffise à exposer à cette accusation infamante, voilà ce que l'on appelle du chantage intellectuel. Elie Wiesel est la figure publique la plus médiatisée et la mieux en cour de cette tendance, aussi bien en Europe qu'en Amérique, et c'est naturellement à ce titre qu'il assure le lien entre le livre et cette postface.
Ce que Finkelstein décrit aux Etats-Unis existe bien en France. Du moins en ce qui concerne l'attitude envers Israël de gens qui condamnent occupation, spoliation et torture, lorsque c'est un autre Etat qui s'en rend coupable. Mais l'économie d'extorsion mise en place par certaines institutions juives et par des lawyers américains, décrite sans fard dans le troisième chapitre du livre, reste largement un phénomène d'outre-Atlantique. Elle fut d'ailleurs critiquée sans ménagement par des personnalités juives de France. Mais ce n'était pas suffisant et les informations précises qu'apporte Norman Finkelstein sur cette entreprise devaient être publiées, non pas en dépit, mais en raison même de leur caractère choquant. Ce sont des faits et, en tant que tels, ils méritent d'être connus.
Certains points du livre, secondaires par rapport au propos central, n'emportent pas ma conviction, je l'avoue. On quitte, me semble-t-il, le terrain des faits pour celui de l'interprétation et de la spéculation, voire de la propagande, lorsqu'on lit que le blocus de l'Irak aurait fait un million de morts, par famine et absence de soins médicaux, au cours de ces dix dernières années. Repris par quelques mouvements politiques et organisations humanitaires, ce chiffre ne repose sur aucune observation, un tel cataclysme ne pouvant passer inaperçu. Le blocus contre l'Irak est sans aucun doute inique, injustifiable, et les attaques aériennes régulières contre ce pays relèvent du terrorisme d'Etat. Il n'en reste pas moins que le principal problème des Irakiens est le régime sanglant et corrompu de Saddam Hussein. Celui-là même que la France et les Etats-Unis ont par ailleurs soutenu dans sa guerre d'agression contre l'Iran pendant dix ans, jusqu'au retournement de 1990, lorsque notre ancien "ami" est devenu le nouvel "Hitler du Proche-Orient".
De même, si je partage le point de vue critique de l'auteur sur la sacralisation du génocide des Juifs, il me semble excessif et stérile d'établir une sorte de parallèle entre les victimes du capitalisme et celles des camps de concentration de l'Allemagne nazie. De même, sans entrer dans le décompte des cadavres du communisme, je refuse de prendre pour argent comptant les appels de Fidel Castro à un "Nuremberg de l'ordre économique capitaliste". L'ordre politique communiste ne serait pas en reste, si l'on ose dire, devant un tribunal jugeant les crimes de masse du XXième siècle.
Quant à la thèse de l'auteur selon laquelle les Juifs américains n'ont soutenu Israël qu'après 1967, lorsque ce pays, ayant alors démontré sa force, est devenu un allié stratégique pour les Etats-Unis, elle est également contestable. Faute de compétence en la matière, je me contenterai de relever que, pour d'autres historiens, une partie significative du judaïsme américain a oeuvré activement à la création de l'Etat d'Israël dès les lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Ce qui, au demeurant, ne contredit pas le fait que la guerre de juin 67 a effectivement remanié en profondeur les relations entre les Juifs de la diaspora et Israël. Aux Etats-Unis comme en France, Israël est alors devenu la religion civile d'un nombre croissant de Juifs. Pour Georges Bensoussan, "la guerre des Six jours est l'épreuve maturante qui bouleverse le judaïsme français. Durant les trois semaines précédant le conflit de juin 67, à tort ou à raison, les Juifs de France craignent la répétition du génocide et se découvrent, à travers Israël, un double attachement : à une mémoire enfouie et à un avenir précaire." Cette adhésion s'est donc manifestée au même moment des deux côtés de l'Atlantique. Un tel parallèle donne à penser que les raisons de soutien peuvent être cherchées ailleurs que dans la construction d'une position de défenseurs des intérêts américains, désormais indissociables de ceux d'Israël. La mémoire des ghettos et des camps, jusqu'alors inaudible en dépit de la publication de plus de cent livres de témoins rescapés des camps dans l'immédiat après-guerre, commençait à se faire entendre dans les années 1960. Le procès Eichmann, tenu à Jérusalem en 1961, couvert par plus de six cents journalistes du monde entier, avait joué un rôle primordial dans ce réveil. Pour la première fois dans le procès d'un criminel nazi, ce furent les rescapés juifs (plus de cent témoins déposèrent à la barre du tribunal de Jérusalem) qui s'exprimèrent. La secousse fut violente, y compris en Israël où l'historiographie officielle célébrait longuement les héros insurgés de la révolte du ghetto de Varsovie et ne traitait que fugitivement de la terreur concentrationnaire. A Jérusalem comme à Paris, l'époque était encore à la construction de récits édifiants exaltant la ferveur patriotique et non à la mémoire terrifiée des rescapés, que le monde découvrit lors du procès de Jérusalem. C'est cette construction qui était en train de se transformer avant la guerre des Six jours, mais pour passer d'une forme de piété nationaliste à une autre. "(Le procès Eichmann) eut peut-être pour effet d'interdire aux Arabes de terminer ce que Hitler avait commencé en s'attaquant à Israël, le pays où s'étaient installés les survivants", écrivait en 1966 Gideon Hausner, le procureur général de l'Etat hébreu, qui dirigeait l'accusation lors de ce procès.
Dans ce contexte, la guerre de 67 fut un choc : "D'Israël menacé de génocide ("les frontières d'Auschwitz", disait Abba Eban en parlant des lignes de cessez-le-feu de 1949) au souvenir de la Shoah, on pouvait faire le lien. Il fut fait." Quelques années après le procès Eichmann, avec cette notion de "frontière d'Auschwitz" reprise à son compte par Raymond Aron, Israël se réaffirme comme le refuge des rescapés menacé par de nouveaux Hitler. Le lien avec la barbarie nazie est d'autant plus fort qu'il est à l'origine même de l'Etat juif, comme l'écrit l'historien Elie Barnavi : "Au sortir de la guerre, la vision d'horreur des camps de la mort, la découverte de l'étendue du désastre, (...) les centaines de milliers de survivants hébétés, tout cela investit les thèses sionistes de la simplicité de l'évidence : pour que cela ne se reproduise plus, il faut aux Juifs une terre à eux. (...) Pour choquant que cela puisse paraître, Hitler a certainement été le levier le plus puissant dans l'édification de l'Etat juif." De levier, ce lien est vite devenu un argument ad hoc de la politique israélienne, une ressource de légitimation constitutive des relations avec les Arabes, opportunément transformés en héritiers idéologiques du nazisme. La majorité des Juifs d'Europe n'a cependant pas choisi l'émigration en Israël dans les années suivant la guerre. "Cet échec, dit Tom Segev, engendra une grande confusion idéologique (en Israël). Il fallut donc renforcer l'idéologie sioniste par de sombres prédictions sur l'avenir de la communauté juive mondiale, évoquant la menace d'un nouvel holocauste."
L'invocation du supplice des Juifs d'Europe à propos du conflit israélo-arabe justifiait par avance la conquête de territoires et la mise en place d'une régime d'exception sur tout un peuple. Cette légitimité allait désormais se mêler intimement à une autre légitimité, celle que le sionisme historique tire de la Bible comme titre de propriété sur la terre de Palestine. Les modifications des manuels scolaires, reflets en Israël comme ailleurs des grands mythes nationaux, sont révélateurs de ce changement : de quelques paragraphes, on passe à partir de 1967 à des centaines de pages consacrées exclusivement au génocide. C'est à cette période que la mémoire de la catastrophe devient un instrument politique majeur au service de la doctrine des fondateurs de l'Etat hébreu, "appliquée depuis les premiers jours du peuplement agricole : on n'abandonne ni position ni territoire, sauf sous la contrainte d'une force supérieure". Force est de reconnaître le succès de cette stratégie, tant sur la scène internationale, sous la protection sourcilleuse des Etats-Unis, qu'en Europe. En France, cependant, contrairement aux Etats-Unis, la "politique arabe" des gouvernements successifs est un sujet de critique permanente des institutions juives. Pour celles-ci, toute mesure prise par Israël doit être défendue, le combat pour la survie et la référence biblique imposant une fidélité sans faille.
Ce loyalisme s'amplifie et s'approfondit à mesure que se transforme, au cours des années 1970, la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. En France, Le Chagrin et la Pitié, le film de Marcel Ophuls sur la collaboration, réalisé en 1969 et interdit de diffusion télévisée pendant douze ans, indique l'amorce du déclin du "mythe résistantialiste" national, cette vision héroïsante d'un peuple tout entier rassemblé contre l'occupant, défendue conjointement par les gaullistes et les communistes. Le "miroir brisé" de cette représentation épique va bientôt laisser place, à la fin des années 1970 et plus encore dans les années 1980, à l'"obsession mémorielle". La série télévisée Holocauste, puis, dans un ordre radicalement différent, Shoah (1985), le film de Claude Lanzmann, sont des marqueurs essentiels de cette période. L'ère du "devoir de mémoire" est ouverte, que le procès Papon va porter quelques années plus tard à son point d'incandescence. La mémoire de la Shoah et le soutien à Israël, indistinctement mêlés, s'imposent désormais et massivement comme la nouvelle carte d'identité juive.
Nimbés de cette aura morale que leur confère le statut de descendants des victimes du Mal absolu, les soldats israéliens recevaient en 1988, peu après le début de l'Intifada, l'autorisation officielle de torturer. Ironie de l'Histoire, c'est Moshé Landau, président du tribunal qui avait jugé Eichmann, devenu entre-temps président de la Cour suprême d'Israël, qui légalisa la torture. Ce pays est ainsi devenu le seul au monde, non pas à pratiquer la torture, mais à le faire de manière légale, sous le délicat euphémisme de "pressions physiques modérées". Comme si cette histoire n'était pas assez tragique, la police palestinienne a repris à son compte les "techniques d'interrogatoire" israéliennes contre ses opposants. Mais que la terreur nazie ait pu servir de toile de fond à des pratiques de terreur, si limitées soient-elles, voilà ce dont les tenants d'un devoir de mémoire devraient rendre compte. Pour calmer cette douloureuse contradiction, il suffit jusqu'à présent de la recouvrir de poncifs du type "Plus jamais ça!", de considérations métaphysiques sur l'"unique unicité" et l'"incomparable". Ce discours, outre qu'il place de paisibles citoyens français ou américains que rien ne menace dans la situation valorisante de porte-parole des parias disparus, a pour effet, et souvent explicitement pour but, de rendre insignifiantes les violences d'aujourd'hui, exercées à l'ombre de l'inconcevable boucherie d'hier. "Les Palestiniens, explique Edward Said, sont les victimes des victimes. Voilà pourquoi les Libéraux occidentaux qui se sont ouvertement mobilisés contre l'apartheid, pour les sandinistes nicaraguayens ou la Bosnie, pour le Timor occidental, les droits civiques américains, pour la commémoration du génocide arménien par les Turcs et beaucoup d'autres causes du même ordre, n'ont pas osé soutenir franchement l'autodétermination palestinienne."
Les nations aiment se décrire dans leur histoire tantôt sous les traits de la victime, tantôt sous ceux du héros. Si Israël réussit le tour de force d'être simultanément l'un et l'autre, c'est en s'appropriant, dans un rituel aux visées explicites, la geste des insurgés du ghetto de Varsovie : "La Shoah constitue la base légitime de notre entreprise. Notre armée tire sa force et sa puissance du martyr sacré de l'holocauste et des héros de la révolte (du ghetto de Varsovie)."
Les choses changent cependant, comme le montrent notamment les travaux de ce groupe informel dit des "nouveaux historiens" israéliens. Les accords d'Oslo ont eu, à défaut d'autre chose, le mérite de rendre irréversible la reconnaissance politique mutuelle, préalable à toute discussion. Ils ont eu pour conséquence de faire émerger au plan de l'évidence politique une réalité que, du côté juif, seule une petite poignée de "gauchistes" et d'universitaires cherchait à exposer, celle d'un peuple expulsé de sa terre. Le grand mythe des pères fondateurs, "une terre sans peuple pour un peuple sans terre", est en morceaux. L'histoire vraie de l'expulsion des Palestiniens, écrite d'après les archives israéliennes, secoue l'imaginaire d'Israël tandis que le rêve d'un Etat "juif laïque", étrange oxymore, craque sous le poids croissant des religieux. Cette reconnaissance n'a certes pas empêché les différents gouvernements qui se sont succédé à Jérusalem de mettre les accords d'Oslo à profit pour amplifier et cimenter, au sens littéral, leur emprise sur les territoires occupés. Elle n'a pas empêché non plus l'armée israélienne de tirer sur ses propres citoyens, des manifestants arabes israéliens. Elle permet toutefois à des organisations regroupant des Israéliens et des Palestiniens, non pas d'exister car elles sont antérieures aux accords, mais de mieux se faire entendre, par-delà les accusations et les dénigrements de leurs adversaires.
Ces transformations ne semblent pourtant pas affecter, hors d'Israël, les adeptes d'une "mémoire de guerre froide", pour qui la compassion envers les victimes palestiniennes demeure le masque de l'antisémitisme. La violence du discours d'Elie Wiesel cité plus haut atteste la permanence de cette mémoire instrumentale dont l'une des composantes est la confusion entretenue entre Juifs et Israéliens. Placer indéfiniment le conflit israélo-palestinien sous la lumière noire du "crime des crimes" commis contre les Juifs par les nazis, c'est le projeter dans la démesure ; le contenir tout entier dans sa dimension religieuse, c'est l'inscrire dans l'éternité de la haine, dans une insurmontable division "Eux/Nous".
Le meurtre d'Itzhak Rabin nous rappelle que le tracé de cette frontière amis/ennemis est instable, se déplaçant au gré des circonstances et des rapports de force. Il menace Israël dans son être même en y introduisant les germes d'une guerre civile. Les accusations de "collaboration avec les héritiers de Hitler" lancées contre les partisans d'Oslo sont répandues dans de larges secteurs de l'opinion israélienne, menant tout droit à une radicalisation sans fin. Cette mémoire destructrice, manichéenne, embrigade et fait parler les morts dans une confrontation infinie entre victimes et bourreaux éternels. Lutter contre un tel asservissement de la pensée est primordial, dans ce conflit comme dans d'autres. - Rony Brauman, janvier 2001 -
 
Revue de presse

 
1. Premier vice-président du Conseil législatif, Ibrahim Aboul-Naga estime que le nouveau gouvernement israélien sera de courte durée, car incapable de faire la paix avec les Palestiniens : "Le gouvernement israélien aura la vie courte" propos recueillis par Mohamed Amin Al-Masry
in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 21 février 2001
—  Al-Ahram Hebdo : Croyez-vous que les négociations reprendront sous le nouveau gouvernement israélien ?
—  Ibrahim Aboul-Naga : L'Autorité palestinienne a eu affaire à de nombreux gouvernements israéliens, qu'ils soient de gauche ou de droite, depuis la conférence de Madrid en 1991. La nature du gouvernement nous importe donc peu. La seule chose qui nous importe, c'est son respect des accords déjà signés. Nous avons toujours refusé de recommencer à zéro. Nous insistons à reprendre les négociations là où elles s'étaient arrêtées. Or, le nouveau gouvernement cherche à imposer une nouvelle réalité, celle d’une nouvelle étape transitoire à long terme. Ceci est évident dans le programme de Sharon. Cette étape intérimaire est terminée et ne reviendra pas car nous avons entamé le règlement final. En d'autres termes, les Israéliens veulent commencer avec nous une nouvelle étape transitoire et veulent négocier le principe même des négociations et la manière de négocier.
— Comment envisagez-vous l'avenir avec le nouveau gouvernement israélien ?
— Nous devons savoir ce qui découlera de la formation d'un gouvernement d'union nationale aussi bien au niveau palestinien que sur les plans arabe et international. Sharon sait parfaitement que sans union nationale avec le Parti travailliste, la vie de son gouvernement ne sera pas longue, car il se heurtera à la rue, aux diverses forces politiques et à la Knesset. Israël connaît une crise et les dernières élections n'en sont que le résultat. En examinant la composition de la société israélienne et de la Knesset ainsi que les programmes des partis israéliens, nous constatons qu'il n'y a pas d'accord sur un programme unique.
— Quel sera l'impact de cette situation sur le processus de paix ? Sharon ne pourrait-il pas réussir là où Barak a échoué ?
— C’est vrai pour ce qui est des affaires intérieures car Sharon a effectivement réussi là où Barak a échoué. La seule chose qui importe à Barak est de faire partie du gouvernement. La preuve en est qu'il n'accorde aucun intérêt aux discussions qui se déroulent au sein du Parti travailliste. Barak ne possède aucun programme sauf en ce qui concerne l'action politique et les massacres des Palestiniens. Sa participation au gouvernement lui permettra de poursuivre son programme de massacres, d'effacement de l'identité palestinienne et de mettre un terme à tous ses engagements. Pour ce qui est du processus de paix, Sharon et Barak se sont donc unis pour tuer. Le programme de Sharon prévoit la fondation d'un Etat palestinien sur 42 % de la superficie de Gaza et de la Cisjordanie. Ce que nous ne pouvons pas accepter. La chute de Sharon est tout à fait prévisible et son remplaçant est là : Benyamin Netanyahu. Pour preuve, ce dernier a refusé de faire partie du gouvernement, car il cherche à le renverser comme il a cherché auparavant à dissoudre la Knesset.
— L'Administration de George W. Bush a déclaré qu'elle abandonnerait les propositions de paix faites par Bill Clinton. Ne le regrettez-vous pas ?
— Pour nous, ces propositions n'étaient pas acceptables. Nous avions des réserves à leur propos et avions dit qu'elles étaient discutables mais qu'elles ne pouvaient pas remplacer les résolutions des Nations-Unies. Elles étaient injustes et niaient nos droits.
Par conséquent, lorsque le nouveau président américain, Bush Jr, nous dit qu'il abandonne les propositions de son prédécesseur, nous nous n'y opposons pas. Nous tenons à notre objectif quelle que soit l'Administration américaine. Nous nous rappelons que c’est l’Administration de George Bush père qui avait invité à la tenue de la conférence de Madrid partant des résolutions de la légitimité internationale. Quant à Clinton et son administration, ce sont eux qui sont à l'origine de cette situation désastreuse. En effet, Clinton avait sept ans pour trouver des solutions au processus de paix. Mais il n'a présenté ses propositions que peu de temps avant la fin de son mandat. De plus, Clinton a eu recours à un groupe de juifs comme conseillers, qui étaient plus israéliens que les Israéliens eux-mêmes. Nous attendons actuellement ce que la nouvelle administration proposera. Si elle a des propositions qui sont à même de donner un élan au processus de paix dans le cadre de l'exécution des accords convenus, nous les soutiendrons. La nouvelle administration et le gouvernement de Sharon doivent commencer par l'application de ces accords. Il y aura certainement des sujets qui nécessiteront des négociations plus approfondies comme la question des réfugiés que nous n'abandonnerons jamais.
— Justement, que préconisez-vous concernant le problème des réfugiés ?
— Ce à quoi nous nous attendons, c'est une reconnaissance écrite de la responsabilité d’Israël dans le drame des réfugiés palestiniens, suivie de l'adoption d'un mécanisme pour le retour des réfugiés. Une reconnaissance donc verbale et écrite par Israël qui sera déposée auprès de l'Onu. Il faut qu'elle soit conforme à la résolution 194 stipulant le retour des réfugiés. Ensuite viendra le stade de l'exécution qui se traduira par l'adoption d'un mécanisme pour le retour des réfugiés sur leur terre. Mais il faut au départ et avant tout reconnaître que la guerre déclenchée par les Israéliens en 1948 a été à l'origine de l'expulsion et du départ des Palestiniens de leur terre d'origine.
— Croyez-vous qu'Israël approuvera le retour de quelque 3,5 millions de réfugiés alors qu'il a été dit que lors des dernières négociations israélo-palestiniennes à Taba, des propositions ont été faites pour le retour de 50 000 réfugiés seulement ?
— Ce qui a été proposé à Taba n'est qu'un début. Nous admettons que tous les réfugiés ne peuvent pas retourner d'un seul coup. Mais si Israël reconnaît le principe même du retour, nous allons collaborer pour adopter un mécanisme qui contribuerait à réaliser par les meilleurs moyens notre objectif. Il se peut, il est vrai, que certains réfugiés ne souhaitent pas rentrer. Cependant, nous voulons confirmer le principe du retour. Quant au chiffre que vous avez mentionné, nous l’avons proposé comme un début pour permettre le retour des réfugiés installés au Liban, qui souffrent d’une situation difficile, et étant donné la composition démographique au Liban.
— Jouerez-vous sur le facteur temps puisque, comme vous le dites, le gouvernement Sharon ne fera pas la paix avec les Palestiniens ?
— Nous répétons toujours que le peuple palestinien a ses propres choix. Notre position n'a pas du tout changé. C'est aujourd'hui au tour des Israéliens de déterminer leur position. Nous nous demandions toujours où était notre partenaire dans le processus de paix. Cette question est toujours de mise aujourd’hui. Nous savons que le gouvernement de Sharon ne durera pas longtemps et qu’un autre le succédera. Nous cherchons toujours un partenaire dans le processus de paix.
— Pariez-vous sur le successeur de Sharon ? Pensez-vous que le peuple israélien sera mûr à ce moment-là pour conclure la paix avec les Palestiniens ?
— Je crois que sous ce gouvernement, les Israéliens auront atteint la maturité nécessaire. Ce sera un gouvernement d'échecs, qui jouera tantôt sur l'option de guerre, tantôt sur celle de la paix. Il existe effectivement au sein d'Israël un courant important pro-paix. La preuve en était les résultats des sondages qui ont montré que Shimon Pérès était mieux placé que Barak face à Sharon. Mais la victoire importante de Sharon ne signifie pas que les Israéliens ne sont pas pour la paix. Au contraire, ils ont simplement perdu confiance en Barak. C'est pourquoi ils ont donné leurs voix à Sharon.
— Au sein du mouvement Fatah de Yasser Arafat, il y a ceux qui prônent la poursuite de l’Intifada et ceux qui veulent tenir compte des considérations politiques. La révolte palestinienne a-t-elle créé une division ?
— Chaque faction palestinienne a un commandement politique et un autre militaire. Et il n’y a pas de division entre eux. A titre d'exemple, le mouvement Fatah possède ses propres cadres, un comité central et un conseil révolutionnaire. Il n'y a aucune divergence entre le programme du Fatah et celui du mouvement national palestinien en général. Notre objectif commun est de nous dresser contre l'agression et la preuve est qu'il existe un comité suprême de suivi regroupant toutes les forces nationales et islamiques. Cependant, chaque organisation a sa spécificité et une structure qui lui est propre.
— On parle d'une initiative politique en vue de former un gouvernement palestinien d'union nationale en réponse au gouvernement israélien d'union nationale. La confirmez-vous ?
— D'abord, nos actes ne sont jamais des réactions à des actes israéliens. Le gouvernement national palestinien se trouve déjà dans le cadre du comité exécutif de l'OLP. La preuve en est que chaque faction de l'organisation est représentée au sein du comité exécutif, du conseil central et du Conseil National Palestinien (CNP, Parlement en exil). Même au sein du gouvernement actuel, il existe une représentation de la majorité des factions palestiniennes, mais pas toutes. Il est devenu urgent aujourd'hui, à la lumière des événements, de reconsidérer notre situation.
— Le gouvernement Sharon/Barak poussera-t-il l’Autorité palestinienne à proclamer unilatéralement un Etat indépendant ?
— La proclamation en soi ne suffit pas et ce n'est pas une reconnaissance. Parce que la proclamation, si elle ne va pas de pair avec un soutien mondial et arabe, deviendrait insensée. Nous avons réalisé au passé que le temps n'était pas propice pour proclamer un tel Etat. C'est pour cela que nous avons ajourné la proclamation. Nous ne reviendrons jamais sur la décision de la proclamation lorsque les conjonctures régionale, nationale et internationale la favoriseront. Et dans ce cas, nous ne prendrons pas en considération les menaces israéliennes. Ce qui doit nous guider, c'est seulement l'intérêt de notre peuple. Le conseil central est celui qui prend la décision de la proclamation de l'Etat en l'absence du CNP, qui n’arrive pas à se réunir.
— Qu'attendez-vous des pays arabes, lors du prochain sommet à Amman ?
— Nous avons voulu que le dernier sommet arabe du Caire préserve la même attitude avec laquelle il a dénoncé les agissements israéliens. Cependant, les décisions qui ont suivi n’ont pas atteint le niveau requis. Nous avons voulu que le sommet soit à la hauteur de l'ampleur de l'Intifada. Si nous faisons le bilan des résultats du sommet, nous dirons qu'il a absorbé la colère de la rue arabe. Le sommet a eu lieu pour nous soutenir, mais nous n'avons pas reçu le soutien escompté. Nous aspirons à ce que le prochain sommet arabe soit plus effectif et nous ne voulons pas la répétition du même scénario. Nous ne voulons pas que les travaux du prochain sommet se cantonnent à une simple confirmation des décisions du précédent, parce que les événements les ont bien dépassés. Nous sommes devenus des mendiants qui tendent la main à la Banque islamique, chargée de verser l’aide financière décidée par le dernier sommet arabe. Hélas, nous n’avons rien reçu. 
   
2. Les territoires asphyxiés par Abir Taleb
in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 21 février 2001
Dans l’attente du nouveau gouvernement israélien — dans lequel les Palestiniens fondent du reste peu d’espoir —, la situation reste tendue sur le terrain. C’est donc le statu quo, ou presque, puisque les heurts se sont quelque peu intensifiés dans les territoires occupés, où le sentiment de frustration va croissant.
La journée de dimanche a été particulièrement violente et les soldats israéliens ont tiré sans retenue sur les Palestiniens, en blessant dix dans le camp de réfugiés de Khan Younès et à Rafah dans la bande de Gaza, ainsi que près de la localité d'Al-Khader près de Bethléem. Les soldats israéliens ont utilisé l’arme lourde à Khan Younès, dans ce qu’ils considèrent une « riposte » à des tirs qu’ils ont essuyé, provenant d'un bus transportant des ouvriers palestiniens. La même journée, environ 2 000 Palestiniens ont participé aux funérailles d’un des leurs, qui a succombé à ses blessures par balles infligées vendredi par les tirs de soldats israéliens. Un décès qui porte à 415 le nombre de personnes tuées dans les territoires palestiniens et en Israël depuis le 28 septembre, dont 340 Palestiniens. Le même scénario s’était produit la veille, une journée au cours de laquelle une dizaine de Palestiniens ont également été blessés à Hébron, dans le sud de la Cisjordanie. Une ville qui avait été bombardée vendredi, deux personnes avaient alors été tuées. Dans un communiqué publié samedi à Gaza, le Mouvement de la résistance islamique Hamas a menacé de riposter aux assassinats par Israël de Palestiniens. « Nous mettons en garde les occupants sionistes contre la poursuite des éliminations et des assassinats (...) et leur disons que nos combattants sont prêts à y riposter du tac au tac », a-t-il annoncé dans un communiqué.
Selon l'Autorité palestinienne, Israël a assassiné depuis début novembre une vingtaine de Palestiniens de différents mouvements, présentés comme des responsables militaires de l’Intifada. Par ailleurs, le Hamas a appelé le sommet arabe, prévu fin mars à Amman, à adopter une position ferme face au chef du gouvernement israélien élu et à soutenir l'Intifada.
Sur le plan politique, les dirigeants palestiniens ont réagi négativement à l'annonce de la formation d'un gouvernement d'union nationale en Israël, affirmant que cela mettait fin à tout espoir d'une reprise des négociations. Un tel gouvernement « ferme la porte » à toute possibilité de reprendre le processus de paix, a déclaré le ministre palestinien de l'Information, Yasser Abd-Rabbo. Ce dernier a indiqué que les Palestiniens avaient été informés par les Travaillistes que ceux-ci s'étaient ralliés à l'idée centrale de M. Sharon concernant les négociations, à savoir la recherche d'un « accord intérimaire à long terme », ce que refuse l'Autorité palestinienne. La quête d'un accord final qui mettrait fin au conflit en résolvant tous les problèmes en suspens, notamment le statut de Jérusalem et la question des réfugiés, est donc abandonnée. « C'est ce que Sharon veut. Cela va tout geler et arrêter le processus politique, et annuler tout ce qui a été convenu à Taba ou à Camp David », a indiqué M. Abd-Rabbo. Ahmad Hellis, secrétaire général du Fatah dans la bande de Gaza, a lui, déclaré que les Palestiniens considèrent que « ce gouvernement est un gouvernement de guerre, car il réunit les extrémistes des deux bords du spectre politique israélien ». Un gouvernement Sharon avec M. Barak à la Défense « ne pourra pas rétablir la sécurité et la stabilité, mais juste le contraire », a ajouté M. Hellis.
Inquiétude européenne et onusienne
Ce climat risque d’entraver toute tentative de reprendre les négociations israélo-palestiniennes, d’autant plus que le premier ministre israélien élu, Ariel Sharon, a affirmé dimanche qu’elles ne pourraient reprendre que si « la violence » prenait fin, selon un porte-parole qui a également affirmé : « Il y a une chose sur laquelle M. Sharon ne fera aucun compromis, c'est la sécurité des Israéliens ». Cette déclaration a été faite après un entretien avec un émissaire du chancelier allemand, Gerhard Shroeder, venu remettre un message du chancelier exprimant son « inquiétude à propos de la violence et du terrorisme dans la région ». Le chancelier allemand n’est pas le seul à s’inquiéter. Le gouvernement français craint lui aussi une poursuite et même un accroissement de la violence entre Israéliens et Palestiniens en l'absence de perspective de paix à court terme. C’est ce qu’a indiqué samedi le ministre français des Affaires étrangères, M. Hubert Védrine, pour lequel la montée de la tension était prévisible, comme « contrecoup de la perte d’espérance ». Il a appelé à faire « très attention au désespoir palestinien ». M. Védrine a ajouté qu'il fallait « faire très attention au désespoir palestinien », même si on comprend les inquiétudes israéliennes concernant les problèmes de sécurité.
En effet, les réactions palestiniennes risquent d’être explosives. Au climat de tension s’ajoute d’ailleurs une situation économique de plus en plus désastreuse. L’Onu a d’ailleurs averti vendredi que le blocus économique israélien imposé aux territoires palestiniens de la Cisjordanie et Gaza pourrait entraîner dans les prochaines semaines un effondrement de l'Autorité palestinienne et conduire au chaos et à l'anarchie. « Les institutions palestiniennes pourraient s'écrouler dans un très proche avenir », a indiqué le coordinateur spécial de l'Onu pour processus de paix au Proche-Orient, Terje Roed-Larsen, qui n’a pas omis de mentionner que « la crise budgétaire est aiguë. Elle peut conduire à un effondrement institutionnel et mener à plus de violences ». L’asphyxie des territoires est totale. Israël s'est abstenu de transférer à l'Autorité palestinienne les recettes de taxes douanières (54 millions de dollars) dans le cadre de la politique israélienne de fermeture des frontières. De plus, l’Etat hébreu a interdit l'approvisionnement de la bande de Gaza en carburant. Une information transmise par un responsable palestinien qui n’a pas exclu une pénurie dans les « toutes prochaines semaines » vu que les réserves de la bande de Gaza en carburant ne sont pas suffisantes.
     
3. Marc Rich a fait don de 25.000 dollars au maire de Jérusalem Ehoud Olmert
Dépêche de l'agence Associated Press du mercredi 21 février 2001, 16h22
JERUSALEM - Le milliardaire en fuite Marc Rich a fait un don de 25.000 dollars (180.000ff/27.440 euros) au maire de Jérusalem Ehoud Olmert durant sa campagne électorale en 1993, a confirmé mercredi Tal Marom Malovec, une des collaboratrices de M. Olmert.
Grâcié par Bill Clinton, Marc Rich, -accusé notamment d'avoir fraudé le fisc américain à hauteur de 48 millions de dollars- a fait de nombreux dons et contributions à divers hommes politiques et causes charitables en Israël.
Ehoud Olmert fait partie des dirigeants israéliens, comme le Premier ministre sortant Ehoud Barak, l'ancien chef du Mossad (services de renseignements) Shabtai Shavit ou l'ancien ministre des Finances Yaakov Neeman, qui sont intervenus auprès de M. Clinton pour demander la grâce de Marc Rich.
Selon Tal Marom Malovec, Ehoud Olmert n'a jamais dissimulé le don fait par Marc Rich, ajoutant qu'il n''y avait pas de lien entre cette contribution et la recommandation faite à Bill Clinton.
Marc Rich, a ajouté Mme Malovec, a donné au total 21 millions de dollars (151,2 millions de ff/23 millions d'euros) à des institutions culturelles et caritatives, hôpitaux et universités de Jérusalem. ''M. Olmert a adressé la requête (à Bill Clinton) en raison de ces contributions'', a-t-elle ajouté.
  
4. Les critiques formulées par Bruxelles irritent à Jérusalem par Serge Dumont
in Le Soir (quotidien belge) du mercredi 21 février 2001
Les critiques formulées par Bruxelles contre la répression des Palestiniens irritent à Jérusalem.
Offensive en règle des milieux politiques et des médias israéliens contre la diplomatie belge, accusée d'être « trop dure » alors qu'elle se prépare à présider l'Union européenne. Bruxelles minimise mais, en coulisse, le débat fait rage.
TEL-AVIV - En colère contre Israël, la Belgique menace de rappeler son ambassadeur. C'est par ce titre accrocheur - mais exagéré - que " Yediot Aharonot " (le principal quotidien de l'Etat hébreu) a choisi de révéler à ses lecteurs qu'un certain malaise s'est installé entre Bruxelles et Jérusalem depuis le début de l'intifada palestinienne. Et que cette incompréhension entre les deux capitales s'accroît au moment où la Belgique se prépare à accéder à la présidence de la Communauté européenne.
Car la diplomatie belge ne cache plus son agacement devant les méthodes employées par l'Etat hébreu pour réprimer le soulèvement palestinien (bouclage quasi permanent de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, usage excessif de la force, politique des liquidations) et elle le fait savoir.
Il y a un peu plus d'un mois, profitant d'un entretien privé avec l'ambassadeur d'Israël, Chaoul Amor, le ministre des Affaires étrangères Louis Michel ne se serait en effet pas privé de dire à son hôte ce qu'il pense des méthodes israéliennes. Qualifiés de durs, ses propos ont alors été répercutés à Jérusalem, et Wilfried Geens (l'ambassadeur de Belgique en Israël) a aussitôt été convoqué au ministère israélien des Affaires étrangères pour une " explication ". Ou plutôt : une mise au point, puisque les représentants de la diplomatie de l'Etat hébreu lui ont poliment mais fraîchement fait comprendre qu'ils n'acceptaient ni le fond ni la forme du discours du chef de la diplomatie belge.
Une affaire classée ? La semaine passée, recevant le diplomate israélien Ovadia Sofer - l'envoyé spécial d'Ariel Sharon chargé d'expliquer la politique du Premier ministre élu à Londres, à Paris et à Bruxelles -, Michel est apparemment reparti à l'offensive. Prévu pour durer une heure, l'entretien entre les deux n'a pas été facile, semble-t-il. Il s'est en tout cas étendu trois quarts d'heure de plus que prévu. Selon des sources diplomatiques israéliennes, le ministre aurait affirmé à son interlocuteur qu'il attend de juger le gouvernement de Sharon sur les faits, mais que, pour le moment, cela n'est pas encourageant. Il aurait également déclaré n'être pas convaincu que le peuple israélien veut la paix et il aurait accusé l'Etat hébreu de se retrouver piégé dans l'engrenage de la force.
Relayée par la presse locale, l'affaire fait du bruit à Jérusalem car Michel dirigera le conseil des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne à partir du 1er juillet prochain et l'Europe ne cache pas son ambition de jouer un rôle plus actif au Proche-Orient. Les milieux diplomatiques israéliens sont d'autant plus inquiets que le futur patron de la diplomatie communautaire aurait fait comprendre à Sofer que l'Europe pourrait suspendre son accord d'association avec l'Etat hébreu si la répression de l'intifada se poursuivait sous sa forme actuelle. Ce qui explique sans doute pourquoi l'ambassadeur Geens a de nouveau été convoqué hier après-midi au siège de la diplomatie israélienne pour une nouvelle explication.
Que s'est-il dit au cours de cette réunion confidentielle ? Les diplomates belges en poste en Israël se refusent à tout commentaire. Même réflexe au ministère des Affaires étrangères de l'Etat hébreu où plusieurs fonctionnaires de haut rang confirment cependant qu'Israël vient d'entamer une offensive diplomatique envers la Belgique afin de lever certains malentendus. Dans cette optique, Louis Michel et le Premier ministre Verhofstadt ont été invités à effectuer une tournée dans la région. Ils n'ont pas refusé mais n'ont pas encore accepté non plus. Tout dépendra sans doute de la manière dont la petite crise sera résolue.
    
5. Louis Michel sur la ligne de front ? par Philippe Berkenbaum et Martine Dubuisson
in Le Soir (quotidien belge) du mercredi 21 février 2001
Officiellement, la Belgique minimise l'incident. De notre côté, il n'y a pas d'incident diplomatique avec Israël, dit-on au cabinet du ministre des Affaires étrangères Louis Michel. Il s'agit d'une discussion diplomatique entre partenaires. Nous ne voulons pas de polémique. Et la convocation de l'ambassadeur belge en Israël ? Notre ambassadeur a été invité au ministère israélien des Affaires étrangères. Une « invitation » qui a tout de même suivi les articles de presse sur les fermes propos tenus par Louis Michel au diplomate israélien Ovadia Sofer... Attendons de voir ce qu'on a dit à notre ambassadeur. Peut-être voulait-on lui dire qu'Israël n'en fait pas un incident. Le rappel de l'ambassadeur Geens, évoqué par certains médias israëliens, n'est donc pas à l'ordre du jour.
Ce qui ne veut pas dire qu'aucun énervement n'est perceptible à Bruxelles. Le cabinet de Louis Michel réagit en trois temps. Un : C'est le choix de Tel-Aviv de rendre publics des éléments d'une conversation privée. Entre les lignes : cela ne se fait pas...
Deux : Louis Michel a reçu Ovadia Sofer (jeudi dernier) pendant une heure et demie. Ce fut un entretien direct et franc, durant lequel le ministre a présenté les positions belges et expliqué les préoccupations (qu'il partage en partie) qui prévalent dans l'opinion publique et au Parlement.
Trois : La Belgique entend poursuivre sa politique d'équidistance dans la recherche d'une solution négociée au Proche-Orient. Elle donne une chance au gouvernement israélien de faire ses preuves. Il sera jugé sur ses actes, comme tous les acteurs de la région. N'empêche : à quatre mois de la présidence belge de l'Union européenne, l'incident tombe mal. Au point de handicaper le gouvernement durant sa présidence ? Non. L'Union européenne doit surtout encourager les deux partenaires sur la voie négociée. Il faut être prudent : interférer directement dans les négociations peut être contreproductif voire dangereux.
Une initiative qui ferait du bruit
Voilà pourquoi il n'est pas question, pour l'heure, d'une initiative belge de grande envergure sous la présidence. En revanche, une initiative pourrait, selon nos informations, être prise avant, qui n'engagerait, diplomatiquement parlant, que Bruxelles. Une initiative, nous dit-on, qui pourrait faire grand bruit...
Il s'agirait en l'occurrence d'un voyage ministériel dans la région. Pas seulement en Israël : Louis Michel, accompagné d'une délégation parlementaire belge, entreprendrait la tournée des pays dits de la « ligne de front », soit tous ceux qui sont engagés, de près ou de loin, dans le conflit. Israël et l'Autorité palestinienne, mais aussi l'Egypte, la Syrie, le Liban, etc. Manière de montrer que la Belgique traite tous les interlocuteurs régionaux sur le même pied d'égalité. Et de le montrer concrètement.
Mais rien n'est encore fait. En réalité, le débat fait rage, dans les milieux politiques belges, entre les tenants d'une attitude plus résolument offensive vis-à-vis d'Israël et du conflit au Proche-Orient et ceux qui craignent que la Belgique se retrouve isolée dans le concert européen, à la veille de sa présidence.
Si tout n'est pas parti de là, le déclic s'est semble-t-il produit jeudi dernier, jour de la visite à Bruxelles de l'émissaire d'Ariel Sharon. Le matin même, Louis Michel exposait devant la commission mixte des Affaires étrangères (Chambre et Sénat) les lignes de force de la politique belge vis-à-vis du Proche-Orient. La discussion fut vive et animée, une majorité des parlementaires présents enjoignant le ministre de prendre enfin position en faveur des Palestiniens, d'arrêter de considérer les deux parties comme égales, de reconnaître qu'il y a de facto un dominant (Israël) et un dominé (le peuple palestinien). Louis Michel a tenté d'apaiser les passions, se réfugiant derrière sa délicate position vis-à-vis de l'Union européenne. Mais il apparaissait chauffé à blanc, nous dit-on, avant de voir Ovadia Sofer...
Les élus n'entendent pas en rester là. L'initiative lancée la semaine dernière par 44 sénateurs d'exiger l'envoi d'une mission parlementaire belge dans les territoires palestiniens occupés suit son chemin, et elle n'est sans doute pas étrangère non plus au climat régnant actuellement entre Tel-Aviv et Bruxelles. Là encore, Louis Michel exprimerait ses réserves. La demande devrait être examinée jeudi par la commission des Affaires étrangères pour se retrouver dans la foulée sur le bureau du président du Sénat, le libéral Armand De Decker. Certains parlementaires craignent cependant que le dossier ne traîne plus qu'il le devrait. Le contexte diplomatique y serait-il pour quelque chose ?
     
6. Un leader du Hamas tué lors d'une attaque par Associated Press
in The New York Times (quotidien américain) du mardi 20 janvier 2001
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
Camp de Balata, Cisjordanie -- Un leader du mouvement Hamas palestinien a été tué par un tir à longue portée, lundi, victime de ce qui semble bien être un nouvel assassinat programmé des forces armées israéliennes.
Des témoins ont dit que Mahmoud Madani sortait d'une mosquée du camp de réfugiés de Balata lorsqu'il a été abattu. Son frère, Noor, 21 ans, a indiqué que Madani s'est écrié : "J'ai été touché", et qu'il a tenté de s'échapper en rampant. Des médecins ont précisé que Madani avait été atteint par quatre balles dans la partie supérieure du corps. Il est mort, plusieurs heures après, dans un hôpital de Naplouse.
Selon plusieurs témoins, les tirs provenaient de positions israéliennes situées à environ cinquante mètres. Les médias palestiniens et israéliens supposent qu'il s'agit là d'un assassinat israélien d'un activiste de l'insurrection palestinienne, bien que les militaires israéliens se soient refusés à tout commentaire.
Israël a visé et tué au moins une douzaine d'activistes palestiniens au cours des derniers mois, d'après les Palestiniens. Généralement, les Israéliens refusent de commenter ces actes, mais des officiels répètent souvent qu'Israël frappera ceux qui s'en prennent à des Israéliens.
Dans une interview à la presse, le vice chef d'état-major de l'armée israélienne, le Major Général Moshe Yaalon, a dit qu'une décision a été prise, celle de "s'en prendre à ceux qui organisent des gangs contre nous, y compris physiquement". Yaalon a indiqué au quotidien Maariv qu'Israël préfère capturer des militants plutôt que les abattre.
De source palestinienne, on apprend que Madani, 25 ans, était un activiste notoire du Hamas, localement, le Hamas étant un groupe islamiste qui rejette la paix avec Israël et a revendiqué la responsabilité d'attentats à la bombe sur le territoire de ce dernier. La télévision israélienne a indiqué que Madani était suspecté de participation à deux attentats à la bombe. Le 22 novembre, deux Israéliens avaient été tués et plus de soixante, blessés, dans un attentat à la bombe contre un autobus à Hadéra, alors que dans la ville côtière de Netanya, c'est une voiture piégée qui avait blessé des dizaines d'Israéliens.
Les assassinats programmés israéliens ont suscité l'indignation et la fureur des Palestiniens, et ils se sont attiré les critiques d'organisations de défense des droits de l'homme et du gouvernement américain.
Au cours d'autres violences, lundi dernier, des Palestiniens armés du village de Beit Jala ont ouvert le feu contre des positions de l'armée israélienne près du faubourg juif de Gilo, dans la partie orientale -  disputée - de Jérusalem. Les forces de l'armée israélienne ont répliqué.
Deux techniciens étrangers ont été blessés dans un parc d'attractions de la ville cisjordanienne de Tulkarem, lorsque l'armée israélienne a tiré contre cet endroit, ont déclaré les Palestiniens. Les deux techniciens ont été emmenés à un hôpital local, où les médecins les ont identifiés comme étant Martin Van Win, 19 ans, d'Afrique du Sud, et Isbrard Van Sande, 21 ans, des Pays-Bas. Van Win souffrait d'une fracture à la jambe et Van Sande a été traité pour des côtes cassées, ont indiqué les médecins.
Par ailleurs, des soldats israéliens ont désamorcé cinq engins explosifs près de l'implantation juive de Homesh, près de Naplouse, en Cisjordanie, ont indiqué des sources militaires.
Depuis le début des violences actuelles, le 28 septembre 2000, 405 personnes ont été tuées, parmi lesquelles 333 Palestiniens, 14 Arabes israéliens, 57 Israéliens et un médecin allemand.
A Gaza et dans la ville cisjordanienne d'Hébron, les Palestiniens ont manifesté leur soutien au président irakien Saddam Husaïn et condamné le raid aérien anglo-américain contre l'Irak. "Saddam, nous attendons que tes missiles frappent Tel Aviv", scandait la foule, tandis que certains manifestants tiraient des rafales de leurs fusils automatiques en l'air.
Pendant ce temps, les Palestiniens préparaient la visite dans la région du Secrétaire d'Etat américain Colin Powell, prévue pour la fin de la semaine.
A Gaza, le président palestinien Yasser Arafat a rencontré le consul général des Etats-Unis, Ron Schlicher, lundi. Dans la journée de mardi, le ministre palestinien de l'Economie et du Plan, Nabil Shaath, doit rencontrer Powell à Washington.
Au cours d'une réunion de son cabinet, Arafat a exhorté son peuple à rester fort malgré les difficultés de ce qu'il a qualifié de "cinq mois d'agression israélienne continue".
Le négociateur palestinien Ahmed Quraï' a invité le premier ministre élu d'Israël, Ariel Sharon, à reprendre les négociations au point où elles en étaient restées, avant les élections israéliennes du 6 février.
Le premier ministre Ehud Barak, défait aux élections, a indiqué que ses offres aux Palestiniens de concessions allant très loin n'étaient plus sur la table. Sharon a dénoncé l'offre faite par Barak d'établissement d'un Etat palestinien sur la quasi-totalité de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, et de partage de Jérusalem, proposition dont le rejet a trouvé une traduction, aux yeux de certains, dans les urnes.
Barak semble actuellement prêt à rejoindre le cabinet de Sharon, en tant que ministre de la Défense, si leurs partis respectifs, le parti Travailliste et le Likud, parviennent à se mettre d'accord sur une approche alternative en direction des Palestiniens. La composition du gouvernement ainsi que l'autorité de Barak et de l'ancien homme d'Etat travailliste Shimon Peres, retenu comme ministre des Affaires Etrangères, ont donné lieu à des désaccords.
  
7. "Israël devra faire face à l'Iran à lui seul, quand les Etats-Unis lèveront les sanctions" par Aluf Benn
in Ha'Aretz (quotidien israélien) du lundi 19 janvier 2001
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

Du correspondant diplomatique d'Ha'Aretz
Les establishments de la diplomatie et de la défense, en Israël, s'apprêtent à adapter leurs politiques aux changements attendus dans l'approche américaine du Moyen-Orient, avec l'arrivée de la nouvelle administration Bush. Selon les analyses les plus crédibles à Jérusalem, la nouvelle administration de Washington devrait assouplir sa position en ce qui concerne l'Iran, en exerçant, parallèlement, une pression accrue sur l'Irak.
D'après certaines évaluations de la diplomatie israélienne, l'administration Bush envisage d'alléger les sanctions économiques imposées à l'Iran par les administrations américaines précédentes, en concentrant ses efforts sur le blocage des programmes de Téhéran visant au développement d'armes de destruction massive.
Les décideurs politiques israéliens - au premier chef, le premier ministre élu, Ariel Sharon - vont être confrontés à la nécessité de choisir entre tenter de persuader l'administration Bush de maintenir les sanctions contre l'Iran, et emboîter le pas à l'Amérique et se mettre en quête d'autres avantages à saisir, dans d'autres régions.
Le décret imposant des sanctions à l'Iran et à la Lybie (ILSA : Iran-Libya Sanctions Act), initialisé par l'ancien sénateur républicain Alfonse D'Amato et voté grâce au lobbying du Comité Américano-Israélien pour les Affaires Publiques (AIPAC), arrive à expiration au mois d'août prochain.
Cette loi impose des sanctions à toute entreprise étrangère (non-américaine, NdT), y compris de l'Union Européenne ou de la Russie, qui investirait dans l'industrie pétrolière iranienne. Ce décret, ILSA, représentait une généralisation de restrictions imposées, auparavant, aux entreprises américaines, par l'administration Clinton (en 1995) qui auraient conclu des affaires de même nature avec l'Iran.
L'idée sous-jacente à l'imposition de sanctions économiques à la très puissante industrie pétrolière iranienne était que ces sanctions empêcheraient Téhéran de détourner des fonds pour financer ses programmes de développement d'armement nucléaire et soutenir le terrorisme international.
Toutefois, la nouvelle administration américaine va vraisemblablement s'opposer à une extension de ce qui est connu également sous le vocable de "loi D'Amato", à cause des liens très importants qui la relient à l'industrie pétrolière américaine. Les responsables de ce secteur ont pu observer comment des firmes européennes concluaient des marchés extrêmement lucratif avec l'Iran, tandis que cette loi les en tenait écartés.
Le Vice-Président Dick Cheney, ancien PDG de Haliburton Corporation, un trust américain ayant des intérêts conséquents dans le secteur des énergies fossiles, a attaqué énergiquement les "sanctions unilatérales" durant la dernière campagne électorale américaine. Si l'on avait encore besoin d'un signe, notons que, l'administration américaine venant juste de prêter serment, les dirigeants des firmes pétrolières américaines se sont précipités en Iran pour y rencontrer le ministre des affaires étrangères, Kamal Kharazi...
Des lobbyistes israéliens et certaines sources diplomatiques pensent que toute tentative visant à faire avorter ce changement dans l'administration américaine serait sans effet et ne pourrait qu'irriter des gens extrêmement puissants à Washington. Ils suggèrent, en lieu et place, que Sharon consacre les efforts d'Israël à inciter les Etats-Unis à débloquer des fonds pour dissuader l'Iran de développer des armes de destruction massive, ainsi que les missiles indispensables pour l'acheminement de ces charges mortelles - plus particulièrement, en exerçant des pressions sur Moscou afin de bloquer les transferts de technologie russe de l'armement en direction des Iraniens.
Durant la première année de l'administration Clinton, les Etats-Unis ont déclaré une "politique de double contrôle" ("double containment policy"), visant à surveiller tant l'Iran que l'Irak. Le premier ministre israélien Yitzhak Rabin avait donné son appui total à l'approche américaine, et déclara l'Iran "plus grand danger pour la sécurité d'Israël". Bill Clinton répondit (à cette déclaration) par l'adoption de toute une série de lois qui imposaient des sanctions à des entreprises, américaines ou autres, désireuses de faire des affaires avec l'Iran.
Toutefois, lorsque le géant pétrolier français Total et la société gazière russe, Gazprom, signèrent de lucratifs contrats avec Téhéran, Washington fut soumis à de fortes pressions de Paris et de Moscou et fut, en définitive, contrainte à la reculade. Ceci n'amena pas, toutefois, une levée des sanctions, et aucune autre firme ne se précipita pour tenter de leur arracher les marchés, en raison, essentiellement, de la dureté en affaires du gouvernement iranien...
Au cours du mandat de premier ministre de Benjamin Netanyahu, Israël a sollicité l'aide américaine pour tenter d'empêcher un flux de technologie nucléaire et balistique (missiles) de la Russie vers l'Iran. Tant Clinton que le vice-président Al Gore convinrent d'adopter une politique américaine conforme à la requête israélienne, toutefois aucune pression sérieuse ne fut exercée à l'encontre de Moscou et bien peu fut obtenu à travers des tentatives plutôt indolentes visant à convaincre le partenaire russe du danger que la prolifération de "know-how" en matière nucléaire en direction de l'Iran pouvait représenter, pour Israël.
Pour des raisons devant tout aux relations bilatérales américano-russes, Clinton se garda, également, de mettre en application une loi, pourtant votée par le Congrès, imposant des sanctions aux pays coopérant avec l'Iran pour développer des armes nucléaires et des missiles à longue portée.
Durant la législature du premier ministre démissionnaire Ehud Barak, une importance minime fut apportée à la lutte contre les transferts de technologies utilisables dans l'industrie de l'armement, de la Russie vers l'Iran. Les conversations entre les Etats-Unis et Israël, à cet effet, s'en tinrent au niveau des chefs de cabinets, qui ne se réunirent, du reste, que très rarement.
Le Conseil National de Sécurité est actuellement enclin à concentrer son action sur le problème des flux de technologie en direction de l'Iran et attend qu'Ariel Sharon prenne une décision. Sharon, qui a envoyé des émissaires à Washington la semaine dernière, a rappelé à l'administration Bush la menace que l'Iran représente pour Israël, parallèlement aux dangers émanant de Bagdad.
Au cours d'une conférence de presse tenue le 7 février, le président de la CIA (Central Intelligence Agency), George Tenet, a souligné les dangers résultant pour les Etats-Unis du développement par l'Iran de missiles balistiques et d'armes nucléaires, avec l'assistance technologique de la Russie.
Toutefois, un lobbyiste israélien à Wahington a déclaré que "le problème principal, actuellement, entre les Etats-Unis et la Russie, c'est la controverse au sujet du système des Missiles de Défense Nationale (NMD - National Missile Defense) et des efforts déployés par Bush afin de convaincre Moscou de l'admettre. Tant qu'ils seront focalisés sur ce problème, les autres sujets ne feront l'objet que d'une attention secondaire - tout à fait à la manière dont l'administration Clinton s'était focalisée sur l'élargissement de l'OTAN, remettant à plus tard d'autres contentieux relatifs aux relations avec la Russie".
Le vice-ministre de la défense israélien, Ephraim Sneh, l'un des ténors de l'insistance sur le danger iranien, est pessimiste au sujet de ce à quoi l'on doit s'attendre de la part de l'administration américaine. "Si les Etats-Unis adoptent, comme c'est probable, une approche conciliatrice avec l'Iran, et ne fait rien pour empêcher les transferts de technologies nucléaire et balistique russes vers ce pays, nous devrons faire face à cette menace tout seuls, et nous devons nous y tenir prêts. Les Américains vont jouer aux fiers-à-bras devant Saddam Husaïn, et nous aurons à nous colleter avec le problème iranien tout seuls, comme des grands".
  
8. Exercice israélo-américain de tir de missiles à partir de lundi
Dépêche de l'agence Associated Press du lundi 19 février 2001, 0h24
JERUSALEM - Trois jours après les bombardements américano-britannique contre l'Irak, les forces de défense aériennes américaines et israéliennes effectueront à partir de lundi un exercice commun de tir de missiles dans le sud d'Israël, a annoncé dimanche l'armée israélienne.
Ces manoeuvres, qui dureront cinq jours, n'aucun lien avec la tension régionale consécutive aux raids aériens sur Bagdad ni avec les menaces de Saddam Hussein, qui a juré de se venger sur ''l'entité sioniste'', a assuré le porte-parole de Tsahal.
L'exercice répondant au nom de code Juniper Cobra était prévu depuis plus d'un an et constitue un entraînement de routine destiné à tester ''l'interfonctionnement des systèmes de défense américain et israélien'', précisait-on de même source.
Quelque 400 militaires américains basés à Ansbach, en Allemagne, sont arrivés en Israël pour participer à cet exercice au cours duquel seront tirés des missiles Patriot.
  
9. Sharon peut-il arrêter le cours de l'histoire ? par Philippe Abi Akl
in Le Magazine (hebdomadaire libanais) du vendredi 16 février 2001
Le Sud, un catalyseur du processus de paix
L'élection du général Ariel Sharon comme nouveau Premier ministre d'Israël
compromet-elle totalement les chances de parvenir à un règlement régional honorable? Doit-elle nécessairement être perçue comme un signal de guerre? C'est la réaction immédiate que cette élection a provoquée, mais qui, toute réflexion faite, pourrait s'avérer fausse.
Le pourcentage des voix obtenues par M. Sharon par rapport à Ehud Barak (62% des suffrages, contre 38%) est un phénomène absolument sans précédent dans l'histoire des élections israéliennes et confère à Sharon une aura de toute-puissance. En général, l'écart des voix se situait autour de 0,5% et les partis élus devaient faire des compromis avec les ultrareligieux pour pouvoir obtenir une majorité à la Knesset.
Toutefois, la nuance est nécessaire et certains éléments constitutifs du processus de paix ne pourront être modifiés par Ariel Sharon. En sorte que, sans aller jusqu'à dire que la victoire d'Ariel Sharon ne change en rien la donne locale et régionale, ce qui serait tout à fait sommaire, il reste que cette élection doit être mise en perspective et replacée dans son contexte.
Il va de soi, d'abord, qu'il est impossible de prendre en compte, à la lettre, tout ce qu'Ariel Sharon a déclaré alors qu'il était en campagne électorale. C'est là un phénomène universel: les déclarations radicales de la campagne reçoivent obligatoirement des ajustements, une fois le candidat élu.
D'ailleurs, Ariel Sharon lui-même s'est empressé de rassurer la communauté internationale sur la poursuite du processus de paix et a envoyé des messages et des émissaires dans certains pays arabes et occidentaux pour clarifier ses intentions à cet égard. Parallèlement, il a pris contact avec Yasser Arafat pour demander qu'il soit mis fin au cycle de la violence et l'inviter à revenir à la table des négociations et au dialogue.
La Cisjordanie n'est pas le Liban
On peut estimer, et c'est réalisme, que ces appels du nouveau Premier ministre ne sont que des manœuvres destinées à cacher ses véritables intentions. Mais on peut penser aussi, comme certains responsables américains, et non des moindres, que le processus de paix est irréversible, que dix ans de négociations ne peuvent être barrés d'un trait de plume et qu'un retour à la situation antérieure à l'accord de Madrid, pour ne rien dire de l'accord d'Oslo, est impossible.
C'est à Dennis Ross, le coordonnateur américain du processus de paix, au cours des huit dernières années, qu'il faudrait donner la parole à ce stade de l'analyse. Que dit Ross? Dans un article récent publié par le New York Times, Ross invite toutes les parties à tirer la leçon de ce qui vient de se produire en Israël et de constater que «la violence ne mène nulle part» et, surtout, qu'elle ne saurait faire avancer le processus de paix. La Cisjordanie et Gaza ne sont pas le Liban, souligne avec pertinence le coordonnateur du processus de paix, et Israël ne s'en retirera pas sous la pression militaire, comme il l'a fait pour le Liban, mais par des négociations et un accord.
Voilà, en quelques mots, les raisons qui ont été avancées par certains responsables occidentaux pour demander aux Etats arabes de «donner sa chance à Sharon», de ne pas sauter trop vite aux conclusions.
Le Liban : Hanoï ou Hong Kong ?
Mais quelles sont les conséquences, sur le Liban, de l'arrivée au pouvoir d'Ariel Sharon? Aux yeux des responsables, ce développement a confirmé l'option d'un Liban «Hanoï», base arrière de la résistance, par opposition à l'option d'un Liban «Hong Kong», enclave de paix et de prospérité indifférente à ce qui se passe autour d'elle.
Cette option, qui paraissait contestable il y a encore quelques mois, quand Ehud Barak était encore au pouvoir, paraît aujourd'hui la seule possible. Mais il s'agit d'un «Hanoï» tranquille, non turbulent. Il est évident, en effet, qu'en présence d'Ariel Sharon, l'époque de l'insistance américaine à vouloir aider Ehud Barak à faire face aux pressions de la rue est tout à fait révolue et qu'il n'est plus sage pour le Liban de déployer l'armée sur la «ligne bleue», ce qui serait une forme de reconnaissance de cette frontière, alors que les fermes de Chebaa demeurent occupées.
Ce serait, pour les observateurs, revenir à la logique antérieure selon laquelle c'est par la négociation qu'on peut récupérer nos terres, alors même que l'expérience de la Résistance a démontré avec éclat qu'Israël ne cède qu'à la pression militaire et ne concède jamais un droit par la seule force de la persuasion diplomatique et politique. Du reste, une frontière calme, contrôlée par les miliciens, vaut mieux qu'une frontière contrôlée par l'armée, car la Résistance peut continuer à jouer le rôle dissuasif crédible que l'armée libanaise ne peut en aucun cas jouer.
Du reste, la donne a changé et même les Etats qui plaidaient en faveur d'un déploiement de l'armée à la frontière, soumettant à cette condition l'octroi d'aides financières et de crédits, ont renoncé à le faire. Coup sur coup, le Japon, certains émirats arabes, la Banque mondiale et l'Union européenne ont mis en perspective, sans y renoncer, leur demande de déploiement de l'armée libanaise à la frontière et ont cessé de soumettre l'octroi de crédits d'assistance au Liban à l'exécution de ce déploiement et à d'autres conditions militaires et politiques. Même la décision prise par l'Onu de réduire à terme les effectifs de la Finul et d'en faire une force d'observation plaide en faveur d'une plus grande confiance de la communauté internationale dans les forces propres du Liban et sa capacité à maintenir l'ordre sur l'ensemble de son territoire, condition indispensable pour que les capitaux y affluent.
En fait, constatent les observateurs, d'une zone à risque pour le processus de paix, le Sud est lentement en train de devenir l'un des catalyseurs de ce processus, par l'état de tension latente qu'il constitue et l'argument qu'il fournit aux Etats-Unis et à l'Europe pour inciter Israël à se diriger plus fermement vers la paix. C'est au point que certains diplomates ont cru reconnaître dans cette nouvelle situation le fruit d'un accord tacite ou explicite entre le Liban, la Syrie et l'Occident. Accord qui spécifie, soit dit en passant, que le front sud doit demeurer libanais et ne peut en aucun cas se transformer en un front palestinien.
Voilà ce qui fait dire à de nombreux observateurs que l'arrivée d'Ariel Sharon au pouvoir ne doit pas nécessairement faire craindre le pire, malgré ce que l'on sait de l'homme. La paix est en effet le choix stratégique de tous et le débat porte sur les moyens, non sur la fin. C'est pourquoi tout le monde est prié d'attendre la formation du nouveau gouvernement israélien et de juger le boucher de Sabra et Chatila sur ses nouveaux actes. Mais il faut être patient, car ce qui n'a pu être réalisé en dix ans ne pourra être conclu en quelques mois.
 
[Les leçons de Dennis Ross - Dans son article du New York Times, Dennis Ross a mis en évidence les trois leçons suivantes:
* D'abord, Israël ne parviendra pas à faire reculer les aiguilles de la montre, ni détruire l'Autorité palestinienne, ni reconquérir Gaza et les grandes villes de la Cisjordanie, car ce serait une catastrophe générale.
* Ensuite, il ne peut imposer la volonté d'Israël aux Palestiniens, ni mater militairement l'intifada. Certes, il peut infliger d'énormes souffrances aux Palestiniens, mais ceux-ci ne le ménageront pas en retour.
* Enfin, Sharon ne peut entraîner les Israéliens eux-mêmes loin du processus de paix, car leur vote en sa faveur n'était pas un vote contre la paix, mais contre l'impuissance de Barak à arrêter le cycle de la violence.
Et M. Ross de souligner qu'Ariel Sharon ne peut se passer de l'appui de la communauté internationale, mais qu'il doit nécessairement s'inscrire dans le prolongement du processus de paix, avec ses propres méthodes et points de vue.]
    
10. Proche-Orient - La paix aux calendes grecques par Walid Charara
in Le Magazine (hebdomadaire libanais) du vendredi 16 février 2001
Les tractations entre le Likoud et le Parti travailliste pour la constitution d'un gouvernement d'union nationale se poursuivent; l'intifada se militarise avec la dernière opération de mercredi dernier qui a fait une dizaine de morts et une vingtaine de blessés israéliens. Pendant ce temps, le nouveau secrétaire d'Etat Colin Powell prépare sa tournée proche-orientale. Au lieu de débloquer les négociations de paix, celle-ci pourrait reléguer le processus aux calendes grecques.
Dans un récent rapport consacré à la situation au Proche-Orient, le directeur de la CIA, George Tenet, s'inquiétait de la montée de l'anti-américanisme directement liée à la confrontation dans les territoires palestiniens et mettait en garde contre ses effets déstabilisateurs sur les régimes amis et sur les intérêts américains. Le ton du rapport concorde parfaitement avec ce qu'on pourrait appeler une nouvelle approche américaine de la situation régionale. Celle-ci est illustrée d'abord par le changement de terminologie: depuis sa nomination au poste de secrétaire d'Etat, Colin Powell ne parle plus de «processus de paix» mais plutôt de «négociations» ou d'«avancées vers la paix». Alors que le processus de paix était perçu comme une totalité et comme l'événement central autour duquel se restructure l'ensemble de la réalité politique régionale, l'emploi de termes comme «négociations de paix» ou «avancées» renvoie à l'idée que ces dernières sont des événements parmi d'autres n'ayant ni centralité ni caractère global. L'engagement personnel du président Clinton et l'implication directe des membres de son administration dans les négociations appartiennent désormais à une autre ère. La nouvelle administration a opéré une réorganisation des priorités suivant laquelle les négociations de paix n'ont pas plus d'importance que le renforcement de l'isolement de l'Irak et la mise en œuvre d'une stratégie visant à renverser Saddam. La nouvelle posture de médiateur désintéressé des Etats-Unis intervient dans un contexte particulièrement trouble marqué par l'élection de Sharon et la continuation de l'intifada.
Militarisation de l'intifada
Selon le journaliste américain William Pfaff, les Palestiniens, depuis le début du processus de paix, font et défont les Premiers ministres israéliens (voir le résumé de son article dans «Chroniques internationales»). C'est d'autant plus vrai aujourd'hui avec la transformation de l'intifada en un conflit de basse intensité. Les pertes humaines ne sont plus d'un seul côté comme ce fut le cas le premier mois (fin septembre-fin octobre 2000) et plusieurs faits sont à constater:
* De plus en plus d'Israéliens tombent sous les balles palestiniennes.
* Les attaques palestiniennes prennent pour cibles exclusives les soldats et les colons, épargnant les civils des villes israéliennes.
* La recrudescence des attentats à la voiture piégée et des charges explosives actionnées à distance visant les patrouilles israéliennes qui tendent à remplacer les opérations kamikazes d'antan. Une évolution semblable à celle qui a eu lieu au Liban-Sud durant les dernières années de butte contre l'occupation.
* La mobilisation des différents services de l'Autorité palestinienne pour faire face aux diverses éventualités consécutives à l'arrivée de Sharon au pouvoir.
* Les rumeurs sont de plus en plus nombreuses sur l'acheminement de missiles antiaériens et antichars vers les zones de l'Autorité palestinienne.
Durcissement du Fatah
Un communiqué du Fatah donne le ton de cette nouvelle stratégie palestinienne: «Les colonies que Sharon a passé sa vie à construire vont se transformer en débris et en enfer... La chute de Sharon et de ses colonies sera l'objectif de nos balles et de notre résistance.» Le communiqué se terminait par un appel à la destruction de la colonie de Gilo.
L'adoption par le Fatah de ce discours qui fut dans le passé le sien et sa probable responsabilité de la plupart des actions contre les soldats et les colons sont des preuves supplémentaires, s'il en fallait, indiquant le durcissement du conflit. Ce durcissement a, par ailleurs, des conséquences sur le quotidien des populations palestiniennes le rendant assez difficile. En plus du bouclage, de la répression et des assassinats délibérés par Israël, le Trésor israélien rechigne à virer les 60 millions de dollars qu'il doit encore à l'Autorité au titre des taxes douanières collectées par le premier au bénéfice du second. Conséquence: 120000 fonctionnaires palestiniens, dont une bonne moitié sont des policiers, n'ont pas été payés depuis deux mois.
Problèmes financiers
Après quatre mois d'intifada qui a rompu la plupart des liens économiques et financiers tissés pour faire fonctionner ses appareils, l'Autorité n'a pas le premier cent des 110 millions de dollars nécessaires au paiement des salaires en retard. Par ailleurs, la première tranche des 650 millions de dollars de solidarité promis lors du sommet du Caire, en octobre, n'a toujours pas été versée. Bien que le nouveau gouvernement israélien mise sur cette situation pour affaiblir et, à terme, infléchir la volonté des Palestiniens et les pousser à accepter ses conditions de paix, les résultats immédiats semblent aller dans le sens contraire: une plus grande radicalisation de la rue palestinienne et une plus grande implication dans la lutte comme le prouve par exemple l'action kamikaze de ce chauffeur de bus palestinien assurant la liaison Gaza-Tel-Aviv mercredi dernier qui lança son bus contre un attroupement de soldats, faisant une dizaine de morts et une vingtaine de blessés.
Quels sont les plans de Sharon pour faire face à l'intifada? L'un de ses proches collaborateurs, Raanan Gissin, prétend qu'il planifierait une pacification à la vietnamienne séparant les combattants des populations civiles. Un autre de ses conseillers et son principal propagandiste aux Etats-Unis, le journaliste du New York Times William Safire, affirme: «Vous verrez. Sharon a son plan. Reforger un sens de l'unité parmi les Juifs et attirer le centre du Parti travailliste, désabusé après son expérience amère avec les Palestiniens, à rejoindre un gouvernement d'union nationale.» S'agissant de ses conditions de négociations, il refusera le droit au retour des réfugiés, la restitution d'une quelconque partie de Jérusalem et «acceptera un Etat palestinien sur presque la moitié de la Cisjordanie. Cette conception, il l'a exposée à tous ses visiteurs étrangers, y compris George W. Bush, il y a 20 ans. Plus diplomate qu'on ne l'imagine, il a dépêché Avi Posner, le diplomate multilingue, auprès des leaders européens. Cette semaine, trois de ses hommes (Moshe Arens, Zalman Shoval et Dore Gold) sont arrivés à Washington pour discuter de questions qui vont bien au-delà du conflit avec les Palestiniens. L'ex-ministre de la Défense Arens doit discuter du bouclier antimissile. L'intifada est une migraine mais l'éventualité de la possession d'une bombe nucléaire, par un Saddam par exemple, est une menace existentielle. Sharon est conscient de l'accord tacite de l'Iran avec la Russie de ne pas soutenir les musulmans tchétchènes en échange d'une aide russe substantielle au programme militaire (et nucléaire?) iranien. Sharon voudrait pouvoir offrir aux Etats-Unis un pont économique et technologique vers la Russie. Mais selon sa propre expression, Israël restera occidental et américain dans son orientation. Nous devons prendre en considération la politique du président Bush concernant la Russie.» Cette longue citation apporte quelques éléments de réponses sur la stratégie de Sharon: intégrer Israël à la nouvelle offensive stratégique des Etats-Unis en échange de leur soutien à sa politique contre les Palestiniens. Pour la tenir en échec, une très grande fermeté arabe dans le soutien aux revendications palestiniennes serait d'une grande utilité. La tournée de Colin Powell est une occasion pour l'affirmer.
 
[Où est l'aide décidée par les Arabes ? - 1.300.000 Palestiniens vivent avec 6 shekels par jour, c'est-à-dire 1,5 dollar. Du milliard de dollars décidé par le fameux sommet du Caire, en octobre dernier, il n'y aurait plus que 600 millions en principe. En réalité, 237 millions ont été déposés sur un compte de la Banque islamique. De cette somme seulement, 35 millions sont arrivés aux Palestiniens. Par ailleurs, l'annonce de cette aide a incité plusieurs pays donateurs européens à revoir à la baisse leur aide aux Palestiniens bien que ce soit l'Europe qui leur ait versé, en prêts d'urgence ou en aides non remboursables, 72,5 millions de dollars depuis trois mois. Un officiel palestinien cité par Al-Hayat affirme que les Etats arabes seraient devenus subitement plus soucieux de la transparence quant à l'usage fait par l'autorité de leur aide financière que des pays comme la Suède ou le Norvège qui sont venus au secours de milliers de fonctionnaires palestiniens. Trois mois après le sommet, la discussion porte encore sur les mécanismes de paiement en faisant abstraction de l'urgence de la situation. Un esprit mal intentionné pourrait tirer la conclusion hâtive que ces Etats souhaiteraient voir l'intifada s'arrêter aujourd'hui avant demain...]