Point d'information Palestine > N°127 du 30/01/2001

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Sélections, traductions et adaptations de la presse étrangère par Marcel Charbonnier
 
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Au sommaire
 
Dernières parutions
  1. "La bataille de Palestine" : Le dernier numéro de la Revue d'études Palestiniennes vient de paraître
  2. Palestina : el volcan de Adrián Mac Liman publié par Editorial Popular - Madrid (Espagne)
Cinéma
  • Paul le charpentier réalisé par Ibrahim Khill, en compétition au "7ème Festival du film asiatique de Vesoul", le vendredi 9 février 2001
Réseau
  1. Intervention de Leïla Shahid, Déléguée générale de Palestine en France, à l'occasion de la rencontre organisée par la Ligue Communiste Révolutionnaire et le Mouvement Résister, le samedi 27 janvier 2001 aux Docks des Suds à Marseille
  2. Projectiles à l'uranium appauvri contre pierres palestiniennes par le Conseil Palestinien pour la Justice et la Paix[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
  3. Solidaires du peuple palestinien sur http://www.solidarite-palestine.org
  4. Épuration ethnique à Jérusalem à la manière israélienne par Paul Findley [traduit de l'anglais par Giorgio Basile]
  5. Des Juifs de Belgique s'impliquent et s'expliquent
  6. Confusions autour du droit au retour par Jerome Segal (13 janvier 2001) [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
Revue de presse
  1. Collabos palestiniens dans la nasse par Didier François in Libération du mardi 30 janvier 2001
  2. Montataire capitale de Palestine par Françoise Germain-Robin in L'Humanité du lundi 29 janvier 2001
  3. Vide politique... in Al-Quds (quotidien palestinien) du lundi 29 janvier 2001 [traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
  4. Un long chemin, poussiéreux et tortueux par Amira Hass in Ha'Aretz (quotidien israélien) du dimanche 28 janvier 2001 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
  5. Barak à la pêche aux voix arabes par Alexandra Schwartzbrod in Libération du vendredi 26 janvier 2001
  6. La CIA pessimiste pour les pays arabes par Joseph Samaha in Al Hayat (quotidien arabe publié à Londres) traduit dans Courrier international du jeudi 25 janvier 2001
  7. Un spectre hante Israël par Elias Sanbar in Le Monde du jeudi 25 janvier 2001
  8. L'équipe Bush commence à s'intéresser - en marchant sur des oeufs - au Moyen-Orient par Jane Perlez in The New York Times (quotidien américain) du jeudi 25 janvier 2001 [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
  9. "La politique de Bush sera plus équilibrée" - Khalil Jahshan, vice-président du comité anti-discrimination (Anti-Discrimination Committee, ADC), la plus importante organisation d’Arabes américains, s'exprime sur la nouvelle Administration propos recueillis par Hoda Tawfiq in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 24 janvier 2001
  10. Les dons aux victimes de l'Intifada par Salama A. Salama in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 24 janvier 2001
  11. Yigal Allon : "un jour, vous verrez, vous aurez la nostalgie de mon projet". L'application du plan Clinton mettrait notre existence en danger. L'intifada risque de réduire Israël à la portion congrue par Ya'ir Shiligh in Ha'Aretz (quotidien israélien) du 18/01/2001, cité par Al-Quds Al-Arabi (hebdomadaire arabe publié à Londres) du vendredi 19 janvier 2001 [traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
  12. Israël requalifie son "traitement" de l'intifada in Al-Quds Al-Arabi (hebdomadaire arabe publié à Londres) du vendredi 19 janvier 2001 [traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
  13. Sharon en faveur d'un Etat palestinien rétréci in Al-Quds al-Arabi (hebdomadaire arabe publié à Londres) du vendredi 19 janvier 2001 [traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
  14. Ceux que le monde a oubliés par Yusuf Jad al-Haqq (écrivain palestinien résidant à Damas) in Al-Quds al-Arabi (hebdomadaire arabe publié à Londres) du vendredi 19 janvier 2001 [traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
  15. Les Palestiniens sont satisfaits de l'arrivée de Bush au pouvoir, et les Israéliens divisés in Al-Quds al-Arabi (hebdomadaire arabe publié à Londres) du vendredi 19 janvier 2001 [traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
  16. Rendre la vie intenable par Ewen MacAskill in The Guardian (quotidien britannique) du vendredi 12 janvier 2001 [traduit de l'anglais par Giorgio Basile]
  17. Siège à deux pas de chez vous par Gideon Levy in Ha'Aretz (quotidien israélien) du dimanche 7 janvier 2001 [traduit de l'anglais par Giorgio Basile]
  18. Au cours de la décennie écoulée, les exportations israéliennes d'armement ont dépassé, en valeur, les 20 milliards de $. La pénétration israélienne en Asie constitue une menace pour la sécurité du monde arabe par Jamal al-Majayidéh in Al-Quds al-Arabi (hebdomadaire arabe publié à Londres) du lundi 18 décembre 2000 [traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
Dernières parutions
 
1. "La bataille de Palestine" : Le dernier numéro de la Revue d'études Palestiniennes
(N° 26 - Hiver 2001 - ISBN : 2-7073-1739-X - 90 Francs)
Ce numéro exceptionnel présente les prestigieuses contributions de Mahmoud Darwich, Elias Sanbar, Monique Chemillier-Gendreau, Alain Gresh, Ilan Halevi, Sylvie Mansour & Souha Shehadeh, Pierre Vidal-Naquet, Sélim Nassib, Dominique Vidal, Eric Rouleau, Danièle Sallenave, Daniel Bensaïd, Elias Khoury, Marwan Bishara, Francis Wurtz, Rudolf El-Kareh, Samir Kassir, Youssef Courbage, Boutros Hallaq, Nabil El-Haggar, Michel Warshawski, Subhi Hadidi, Isabelle Avran, Burhan Ghalioun, Lea Tsemel, Mohammed Barrada, Simone Bitton, Elia Suleiman, Jean-Claude Pons, Anne Bourlond, Daniel Timsit et Alain Joxe, ainsi que les chroniques habituelles : L'observatoire de la colonisation par Geoffrey Aronson et La chronologie du 1er juillet au 30 septembre 2000 réalisée par Claire Moucharafieh.
- Abonnement à  la Revue d'études Palestiniennes :
Éditions de Minuit - 7, rue Bernard-Palissy - 75006 Paris - 1 an (quatre numéros) : 295 Francs
 
2. Palestina : el volcan de Adrián Mac Liman publié par Editorial Popular - Madrid (Espagne)
- Palestine : un volcan nous guide dans l'approfondissement de nos connaissances sur les dossiers du Moyen Orient, sur un conflit dont nous sommes constamment informés mais qui reste méconnu à la base, d'un antagonisme qui puise ses racines dans l'histoire biblique et qui menace aujourd'hui la stabilité de l'hémisphère occidental, en particulier celle de l'Europe. Au fil des décennies, des causes multiples, aussi bien géographiques qu'historiques, économiques ou politiques, se sont dressées avec plus de force que la volonté de les résoudre. Adrián Mac Liman parcourt avec la passion et la distance d'un géographe ces lieux où Dieu est omniprésent - la terre promise des hébreux, al balad des palestiniens. Son intention n'est pas de se placer au-dessus du combat mais bien de tracer une carte objective afin que le lecteur soit en mesure de faire sa propre évaluation du conflit. Il trouvera à cette fin des annexes indéniablement utiles : depuis la Déclaration Balfour jusqu' aux Accord de Wye Plantation.
- Adrián Mac Liman a été le premier correspondant du prestigieux quotidien espagnol El Pais aux Etats-Unis. Jeune journaliste, il travailla pour les médias internationaux, les agences Ansa (Italie), Amex (Mexique) et Gráfica (USA). Collaborateur du journal Informaciones de Madrid, de l'hebdomadaire Cambio 16, il fut aussi correspondant de guerre à Chypre (1974), témoin de la chute du Shah d'Iran (1978) et envoyé spécial du journal La Vanguardia pendant la guerre du Liban (1982). Il a séjourné à Jérusalem de 1987 à 1989 en tant que correspondant de l'hebdomadaire madrilène El Independiente.
Il est l'auteur de plusieurs livres sur le Proche Orient: Chroniques palestiniennes (1989), Les dossiers secrets de la Guerre du Golfe (1990) , D'une nation de réfugiés à un Etat-nation (1995), Via Dolorosa (1999).
Après sa participation aux travaux préparatoires de la Conférence interministérielle sur le partenariat Euro-méditérranéen de Barcelone (1995), il a été appelé à faire partie de groupes de recherche sur les questions méditerranéennes aussi bien en Espagne qu'en France. Nous vous conseillons la lecture de son article intitulé : L'Autorité nationale palestinienne, entre l'Amérique et l'Europe paru dans les Cahiers d'Etudes Stratégiques N° 26 (2ème trimestre 1999).
 
Cinéma

 
Paul le charpentier réalisé par Ibrahim Khill, en compétition au "7ème Festival du film asiatique de Vesoul", le vendredi 9 février 2001
Ce rendez-vous des cinématographies du continent asiatique du Proche à l'Extrême Orient, présente cette année, 44 films. Paul le charpentier, le dernier film du cinéaste palestinien Ibrahim Khill sera présenté en compétition, le vendredi 9 février 2001 à 18H au Cinéma Club - 17, rue jules Ferry - 70000 Vesoul.
- 7ème Festival du film asiatique de Vesoul du 6 au 13 février 2001 / Renseignements & réservation :
Tél : 03 84 76 55 82 - Fax : 03 84 96 01 43 - E-mail : festival.vesoul@wanadoo.fr - Site : http://cinemas-asie.com
 
Réseau Palestine

 
1. Intervention de Leïla Shahid, Déléguée générale de Palestine en France, à l'occasion de la rencontre organisée par la Ligue Communiste Révolutionnaire et le Mouvement Résister, le samedi 27 janvier 2001 aux Docks des Suds à Marseille
Cher(e)s Ami(e)s - Je participe en ce moment même à une rencontre prévue de longue date entre les représentants de 59 camps de réfugiés palestiniens, les villes françaises jumelées avec ces camps, et les collectivités territoriales françaises et européennes engagées dans des projets de coopération en Palestine. Particulièrement sensible à votre invitation et faute de pouvoir être des vôtres, je tenais à vous adresser ce message de paix et d'espoir.
A l'aube de cette nouvelle année, et quelques puissent être les difficultés que nous, Palestiniens, rencontrons, l'espoir nous habite plus que jamais comme en témoignent les enfants de Gaza, ceux de Ramallah, Jénine, Hébron et bien sûr Jérusalem. Comme leurs parents, leurs grands parents, ces enfants veulent vivre libres dans un état laïc et démocratique. Ils représentent l'avenir tout autant que l'espoir.
Même si le processus de paix entamé voilà près de dix ans à Madrid, puis en 1993 à Oslo connaît de graves difficultés, il ne faut surtout pas sous estimer les acquis de notre cause. Moi aussi j'ai été enfant, et je sais le chemin que ma génération a parcouru, après celui de mes parents qui, voilà 53 ans ont vécu la "nakba" / la catastrophe de 1948.
On ne dira jamais assez les efforts et les concessions faits par les Palestiniens de l'intérieur comme celles et ceux de la diaspora, pour avancer sur le chemin de la paix au prix de sacrifices énormes, souvent inhumains. Si les engagements pris tant par la communauté internationale dans les résolutions adoptées aux Nations Unies que par nos partenaires israéliens dans les accords signés à Oslo puis à Washington avaient tout simplement été respectés, nul doute que des centaines de vies auraient été épargnées. La paix tout comme la sécurité seraient des réalités quotidiennes. Par exemple, il n'y aurait pas eu ce nouveau cycle de violences consécutif à la visite délibérément provocatrice d'Ariel Sharon sur l'esplanade des mosquée. Pas davantage cette situation économique catastrophique qui sévit dans la bande de Gaza comme en Cisjordanie. Cette souffrance quotidienne qu'il est impossible de décrire, dont aucun chiffre ne peut donner la mesure, qui s'en fait l'écho ? Depuis le 28 septembre dernier, le bilan de cette seconde Intifada s'élève à plus de 390 morts, et 12.000 blessés, dont 4.000 enfants, du côté palestinien...
Comme vous le savez, le processus de négociation nous amène à être à nouveau tributaires des élections chez nos partenaires. Le processus avait été interrompu sous le gouvernement Netanyahu malgré les engagements pris à Camp David. Avec le concours de la présidence Clinton, le premier ministre Barak voulait aboutir à une sorte de règlement final et définitif. Une démarche qui se voulait aussi rapide, et je dirais même expéditive, qu'elle avait été lente auparavant. D'évidence l'été dernier, la mise en condition qui a prévalu à Camp David visait à obtenir de notre part d'ultimes et fatales concessions. Particulièrement est en ce qui concerne El Qods/Jérusalem, la ville sainte entre toutes pour les musulmans, les chrétiens tout autant que les juifs. N'étant pas présente, je n'entrerai pas dans le détail de ces négociations. Je souhaiterais simplement mettre l'accent sur la responsabilité politique internationale vis-à-vis des Palestiniens. Jusqu'à quand la communauté internationale acceptera-t-elle de voir ses décisions et autres  résolutions non satisfaites par celui de ses Etats membres qu'elle a elle même créé ? Cette situation n'est pas seulement inédite au plan international, elle porte en elle les germes de violences que d'aucun condamne.
Les Palestiniens ne demandent rien d'autre que l'application du droit international, comme des droits de l'homme à la base de l'ordre démocratique. Après plus de cinquante ans, nier qu'aujourd'hui encore des enfants naissent dans des camps de réfugiés donne la mesure de la responsabilité qui incombe à la communauté internationale. Avec, vous le comprendrez, une responsabilité particulière de l'Europe.
Votre solidarité me va droit au coeur et me touche profondément. D'autant plus qu'elle émane de vous Marseillais. La dernière fois que je me suis rendue à Marseille à l'occasion de la Conférence Euro-Méditerranéenne, j'avais déplorée que cette grande cité méditerranéenne ne soit pas encore jumelée à une ville palestinienne, tout aussi ancienne qu'elle. Or, toutes nos tentatives pour faire jumeler la cité phocéenne avec une ville de Palestine n'ont jamais pu se concrétiser jusqu'à présent.
A l'heure où avec le soutien des pouvoirs publics français, la rencontre à laquelle je participe a pour objectif la création d'un collectif européen sur la question des réfugiés de Palestine afin de parvenir à l'application de la résolution 194 des Nations Unies, je vous invite à ce que la ville de Marseille prenne l'initiative d'un jumelage avec une ville ou un camps de réfugiés en Palestine. Cet espoir m'est cher, tout comme votre soutien.
 
2. Projectiles à l'uranium appauvri contre pierres palestiniennes
par le Conseil Palestinien pour la Justice et la Paix
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
L'intifada palestinienne en cours a débuté, le 28 septembre 2000, pour protester contre l'occupation israélienne et ses pratiques arbitraires systématiques, telles les arrestations, les déplacements de population, les démolitions de maisons, les assassinats et déracinements de Palestiniens qui vivent ici depuis des temps immémoriaux. L'armée israélienne a affronté l'intifada avec sa machine militaire massive, incluant l'artillerie, les mitrailleuses héliportées, les canons de la marine et en utilisant des types de munitions prohibés internationalement, avec la volonté de tuer les aspirations des Palestiniens à la liberté et à l'indépendance.
Un rapport du Centre d'Action Internationale (International Action Center), organisation américaine, affirme que l'armée israélienne a utilisé des roquettes et des mines anti-chars renfermant de l'uranium appauvri. Ce métal a la propriété d'accroître la capacité de pénétration des projectiles dans les blindages lourds ou des abris fortifiés. De plus, l'armée israélienne a utilisé ce type de projectiles contre des bâtiments civils palestiniens, y compris des maisons, et en vue d'assassiner des dizaines d'activistes palestiniens. Les officiels israéliens on confisqué, à l'aéroport Ben Gourion, des fragments de métal et des boîtiers de mines, recueillis par l'équipe de l'IAC, qui avait l'intention de les soumettre à un test de détection de l'uranium appauvri et/ou d'autres composants radioactifs.
Le rapport d'IAC indique : "cette révélation serait de nature à gêner Israël et à déclencher une indignation et des dénonciations accusatrices à l'égard des autorités israéliennes. Elle ne pourrait que confirmer que le déséquilibre des forces en présence, qui penche nettement en faveur d'Israël, pourrait augmenter les risques d'une déstabilisation régionale". L'équipe américaine a été en mesure de démontrer que l'armée israélienne avait bien utilisé des projectiles à l'uranium appauvri contre les protestataires palestiniens et au cours de bombardement de bâtiments et d'autres structures à Baït Jala, Baït Sahour, Gaza, Naplouse, Ramallah et Tulkarem, trente-trois jours durant. Un autre rapport, celui d'une équipe hollandaise, de la Fondation Laka, a confirmé l'utilisation par l'armée israélienne de bombes à l'uranium appauvri au cours du bombardement de positions palestiniennes.
De plus, l'Observatoire Palestinien des Droits de l'Homme (Palestinian Human Rights Monitoring Group) a écrit au ministre israélien de la justice, Yossi Beilin, au sujet du même problème.
L'IAC a affirmé que l'armée israélienne a bombardé, le 1er novembre 2000, plusieurs sites, y compris des bureaux du Fatah et des commissariats de la police palestinienne, en utilisant des projectiles à l'uranium appauvri. Ces locaux ont été entièrement détruits. Le rapport de l'IAC confirme que, dans l'armée israélienne, les canons des hélicoptères Apache et Cobra, ainsi que plusieurs  vaisseaux de la marine de guerre, sont équipés de manière à tirer des bombes à l'uranium appauvri. Les vedettes de la marine israélienne ont bombardé la ville de Gaza, détruisant plusieurs bureaux de l'Autorité nationle palestinienne.
Des rapports de différentes organisations internationales affirment qu'Israël dispose des capacités lui permettant de produire lui-même ses propres munitions à l'uranium appauvri. Des sources israéliennes, notamment le député à la Knesseth Issam Mahkoul, révèlent qu'Israël a utilisé des munitions à l'uranium appauvri contre la résistance libanaise. Ma'ariv, un quotidien israélien, a rapporté que l'armée israélienne a utilisé des projectiles de cette nature durant les six années écoulées. M. Nabih Berri, président du Parlement libanais, a affirmé qu'Israël a utilisé des projectiles à l'uranium appauvri au Sud-Liban. Des sources proches de la Commission Egyptienne de l'Energie affirment que les Etats-Unis ont utilisé des munitions à l'uranium appauvri durant la Guerre du Golfe, contre l'Iraq, et en ex-Yougoslavie. Des milliers de GIs américains et d'autres soldats des armées coalisées qui ont servi dans le Golfe souffrent de cancers et d'autres maladies malignes. Des soldats, engagés dans les forces internationales d'intervention dans l'ex-Yougoslavie, souffrent de pathologies similaires, attribuables à l'utilisation de munitions à l'uranium appauvri par les Forces Alliées.
D'autres conséquences non moins dommageables de l'utilisation de telles munitions sont leurs effets insidieux, à long-terme, sur les êtres humains et sur l'environnement. Différents rapports relèvent que les matériaux radioactifs pénètrent dans le sol et dans les nappes phréatiques, contaminant l'environnement et l'ensemble de la chaîne alimentaire. L'uranium appauvri est un métal pyprophore, qui s'enflamme par friction : il émet alors dans l'air des particules très ténues d'oxyde d'uranium, toxiques et radioactives.  Ces particules microscopiques peuvent être avalées ou inhalées par les humains habitant à des kilomètres alentour. Une seule particule, si elle vient à se loger dans un organe vital, peut être extrêmement dangereuse.
L'utilisation de projectiles à l'uranium appauvri par Israël, l'OTAN et les Etats-Unis, indique que l'atome a fait son entrée dans la tactique militaire. Le Conseil Palestinien pour la Justice et la Paix déplore que des Etats utilisent ce type d'armement et appelle le monde à se mobiliser en vue de mettre un terme à ce crime odieux contre l'humanité. Nous exhortons les nations amies de la paix à se mobiliser pour exiger l'interdiction totale des armes à l'uranium appauvri et traîner devant les tribunaux les responsables de leur prolifération. Ramallah, Palestine, 22.01.2001
[Conseil Palestinien pour la Justice et la Paix "Palestinian Council for Justice and Peace"  - Tél : 972-2-2986601- Fax : 972-2-2980426 - E-mail : pcjp@palnet.com]
 
3. Solidaires du peuple palestinien sur http://www.solidarite-palestine.org
On ne vous dira jamais assez le bien que nous pensons de ce site crée et animé par Giorgio Basile. L'objectif atteint de ce site est de présenter, quelques-uns des repères qui aideront à mieux comprendre le conflit israélo-palestinien, les enjeux du processus de paix et les risques qu'il comporte pour l'avenir des Palestiniens, comme des Israéliens. Les rubriques ne cessent de s'enrichir de témoignages, de bilans et d'articles. Quelques pistes sont suggérées pour ceux qui souhaitent soutenir, matériellement et moralement le peuple palestinien, et parce que la Palestine est avant tout un pays et un peuple, avec ses artisans et ses artistes - écrivains, peintres, cinéastes... - une large place est consacrée à la culture palestinienne.
 
4. Épuration ethnique à Jérusalem à la manière israélienne par Paul Findley
[traduit de l'anglais par Giorgio Basile]

En 1982, M. Paul Findley, élu républicain d'une circonscription rurale de l'Illinois, perdait son siège à l'issue d'une carrière de vingt-deux ans à la Chambre des Représentants. Le lobby pro-israélien joua un rôle-clé dans cette affaire en versant plus de 100.000 dollars au concurrent démocrate pourtant totalement inconnu. M. Findley avait eu le tort de rencontrer M. Yasser Arafat et de préconiser ce que le Wall Street Journal appela une «politique plus équilibrée au Proche-Orient». Paul Findley a écrit un livre sur le poids du lobby israélien dans la politique américaine: They dare to speak out, Lawrence Hill, New-York 1983. Il préside aujourd'hui le Council for the National Interest. Le texte que nous publions ici est disponible dans sa version originale en anglais sur :
http://www.umassd.edu/specialprograms/mideastaffairs/ethnic.htm
Les autorités israéliennes mettent en œuvre à Jérusalem-Est une opération qui peut être qualifiée avec justesse d'épuration ethnique. Elle a clairement pour but d'arracher les Palestiniens d'une région connue historiquement comme la partie arabe de Jérusalem-Est, et d'en faire une partie intégrale et permanente de la capitale de l'État hébreu.
Cette opération scandaleuse est reconnue et déplorée par les principaux médias de Grande-Bretagne et d'ailleurs, et même par certains quotidiens israéliens, mais elle est ignorée, comme on pouvait s'y attendre, par les États-Unis. Pire encore, Washington fournit l'aide financière, politique et militaire sans laquelle l'épuration ne pourrait progresser.
B'Tselem, une organisation privée d'Israéliens soucieux des droits humains, qualifie cela de «politique de déportation silencieuse». Dans son rapport intitulé Retrait du permis de résidence des Palestiniens de Jérusalem-Est, l'association remarque que «sans doute des milliers de personnes ont été contraintes de partir», et prévient que le pire est encore à venir.
La pression exercée à l'encontre des Palestiniens n'est pas nouvelle. À l’œuvre depuis des années, elle a débuté sous le leadership du parti travailliste, et a été intensifiée par le Likoud lorsque Menahem Begin devint premier ministre. Récemment, elle s'est encore renforcée, en deux grandes étapes, sous le gouvernement travailliste de Yitzhak Rabin et Shimon Peres d'abord, puis sous son successeur du Likoud, le premier ministre Benyamin Netanyahou.
Le premier stade fut un lent processus d'usure, peu voyant, au cours duquel débuta la construction des colonies juives qui encerclent aujourd’hui Jérusalem-Est. Le deuxième stade consista à renforcer le carcan autour des Palestiniens grâce à deux mesures: le contrôle de l'accès à la ville, et la restriction des permis de construire.
Pendant des années, Israël a de fait interdit aux Palestiniens d'aménager leurs maisons existantes ou d'en construire de nouvelles. À peine une poignée de permis de construire - 150 par an - a été accordée aux 155.000 Palestiniens qui constituaient jusqu'il y a peu la majorité de la population. Plus de 20.000 d'entre eux sont virtuellement sans logis.
Dans le même temps, les Palestiniens qui quittent Jérusalem-Est pour l'une ou l'autre raison peuvent s'attendre à des tracasseries lorsqu'ils veulent y revenir. Certains d'entre eux, même s'ils ont passé toute leur vie à Jérusalem, se voient refuser d'y retourner.
Parfois, même ceux qui sont partis en vacances se voient dans l'impossibilité de rentrer. Des familles se retrouvent ainsi séparées, une partie des membres pouvant continuer de résider à Jérusalem-Est, l'autre partie en étant maintenue à l'écart.
Les colons juifs de Jérusalem-Est sont exemptés de taxes communales pour cinq ans, et ils bénéficient par la suite d'un taux réduit. De ce fait, les Palestiniens qui vivent là payent des taxes cinq fois supérieures à celles payées par de nombreux colons.
Ces tenailles démographiques ont pour effet de faire monter la colère, le désespoir, la violence - ou, comme l'ont toujours qualifié les officiels israéliens, le «terrorisme».
Le véritable terrorisme, c'est celui qui est infligé aux Palestiniens, qui vivent dans la terreur constante des bulldozers venant raser leur maison sans autre forme de procès, de l'expulsion sous prétexte que des réparations ont été entreprises sans permis, de la confiscation en vue de la construction d'une route ou de tout autre projet d'intérêt public.
Et la dernière forme de terrorisme, c'est l'annulation des cartes d'identité des Palestiniens. Avant même que Shimon Peres ne quitte son poste de premier ministre, il avait commencé à utiliser les cartes d'identité - ou leur absence - comme instrument de déportation à Jérusalem-Est. Sous Netanyahou, cet instrument a été affûté comme un rasoir. Il menace maintenant de couper la plus grande part de la population restante des Palestiniens de leur patrie.
Le Ministre israélien de l'Intérieur a annoncé que toutes les cartes d'identité devaient être renouvelées au plus tard en août de cette année, une échéance qui donnera aux fonctionnaires l'opportunité quasi illimitée de refuser le renouvellement et de forcer les Palestiniens à déménager à brève échéance ailleurs en Cisjordanie.
Patrick Cookburn écrit dans The Independent, un quotidien londonien respecté, «D'ici deux mois, par une mesure qui aura sans doute une influence bien plus grande sur le destin de Jérusalem que la construction d'une colonie juive à Jabal Abu Ghneim, Israël va entreprendre un examen méticuleux du droit de chaque habitant palestinien à continuer de résider dans la ville. Ceux qui n'obtiendront la carte d'identité convoitée auront 15 jours pour partir.»
The Independent relate quelques cas vécus poignants, comme il risque de s'en produire à des milliers d'exemplaires dans les prochaines semaines. Par exemple: «Olga Matri Hana Yoaqim, 63 ans, qui a sept enfants, est née à Bethléem, mais a vécu à Jérusalem avec son mari depuis 1952. "En septembre 1995, je me suis présentée au bureau du ministère de l'Intérieur de Jérusalem-Est pour remplacer ma carte d'identité.", explique-t-elle. L'employé a découpé sa carte, et lui a demandé de revenir deux semaines plus tard. Lorsque Mme Yoaqim est retournée, l'employé lui a déclaré: "Vous n'êtes pas en possession d'une carte d'identité. Vous devez partir en Cisjordanie". Son mari est bien retourné 20 fois au ministère, à chaque fois on refusa de l'entendre. "Je souffre de diabète, explique Mme Yoaqim, et j'ai des problèmes rénaux. Quand je vais à la clinique ou à l'hôpital, ils demandent à voir ma carte d'identité. Comme je n'en ai pas, on me refuse les soins."»
Même les Palestiniens qui ont déménagé de la Vieille Ville vers la banlieue voisine rencontrent de grandes difficultés. Selon B'Tselem, «Il y a 18 mois, le Ministère de l'Intérieur a commencé à priver du statut de résident les personnes qui déménageaient vers l’extérieur des limites municipales de Jérusalem.»
Les difficultés résidentielles des Palestiniens ont commencé avec la guerre de 1967, quand les forces israéliennes ont pris le contrôle de Jérusalem-Est. Plus de 50.000 Palestiniens se sont vus interdits du droit de résidence permanente, parce qu'ils avaient quitté leur maison en juin 1967, pour quelque raison que ce soit, ou parce qu'ils avaient déménagé, même temporairement, vers un autre endroit.
Les jeunes gens qui ont été étudier outre-mer se voient souvent privés du droit de résidence lorsqu'ils reviennent, leurs études terminées. Seuls les Palestiniens pouvant prouver qu'eux-mêmes, ou leurs parents, ont résidé à Jérusalem-Est depuis 1967, peuvent entrer et sortir librement de la ville, et voici maintenant que ce droit lui-même est menacé. Les Palestiniens ne peuvent pénétrer à Jérusalem-Est que sur délivrance d'un permis spécial des autorités israéliennes.
Cette politique est une sérieuse atteinte aux pratiques religieuses, elle constitue un moyen d'empêcher la plupart des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza de visiter les lieux saints de Jérusalem.
Il s'agit d'un renversement cynique de la politique longtemps affirmée par Israël de garantir à tous les peuples le libre accès aux lieux de culte de Jérusalem. Un avocat spécialisé en droit civique, Eliahu Abrams, affirme sans ambages: «Il y a réellement crise en matière de droits humains. Israël se débarrasse énergiquement des Palestiniens en les tirant par les cheveux, mais par le biais d'une déportation silencieuse, sans précipitation, sophistiquée.»
Il explique que «l'essence de la nouvelle politique est de demander à chaque Palestinien qui est dans l'incapacité de fournir une preuve écrite de sa présence continue à Jérusalem, de quitter celle-ci.» Selon The Independent, les fonctionnaires israéliens exigent parfois pas moins de 12 documents différents avant d'octroyer à un Palestinien sa nouvelle carte d'identité.
 
5. Des Juifs de Belgique s'impliquent et s'expliquent
Citoyens de ce pays, nous avons décidé de nous exprimer en tant que Juifs sur les événements qui embrasent le Proche-Orient. En cette qualité, nous nous sentons le devoir de condamner la politique menée par les gouvernements israéliens à l'encontre du peuple palestinien au mépris, tant des résolutions des Nations Unies, que des droits élémentaires de l'Homme et du droit des peuples à disposer librement d'eux-mêmes. En exprimant notre opposition à cette politique nous contestons la prétention des dirigeants israéliens à la mener au nom du peuple juif.
Nous voulons aussi témoigner de la diversité des opinions des Juifs de Belgique à l’égard d’Israël, contrairement à l’idée que certains représentants de la communauté juive cherchent à accréditer. Nous refusons précisément de nous laisser enfermer dans une logique de repli identitaire qui vise à détourner les consciences et les actes du soutien à une cause juste : celle d’une paix fondée sur la reconnaissance d’un Etat palestinien souverain et viable aux côtés de l’Etat d’Israël avec Jérusalem, capitale des deux pays.
Nous estimons que le combat du peuple palestinien pour son indépendance nationale est légitime. L'occupation qu'il endure depuis plus de trente ans, en violation des principes du Droit international, ainsi que l'exil forcé dans lequel sont maintenus les réfugiés palestiniens n'ont que trop duré. Toute occupation génère tôt ou tard une résistance de la part de celui qui la subit. Le climat de violence dans lequel Israéliens et Palestiniens s’enferment aujourd’hui est le fruit de cette longue occupation : les racines de leur affrontement sont essentiellement politiques et non réductibles à un conflit religieux.
Proclamer son soutien à la cause d’une paix dont presque tous se revendiquent ne suffit pas.  Encore faut-il en définir les conditions nécessaires.
- Il convient avant tout de mettre en application les décisions du Conseil de sécurité des Nations Unies, et en particulier la résolution 242 qui exige le retrait d’Israël des territoires occupés en 1967. Nous considérons, en effet qu’un Etat palestinien ne serait pas viable si Israël maintenait sous sa souveraineté ses implantations, illégales au regard du Droit international, en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est. L'annexion par Israël de la plupart des terres où ces colonies sont situées ne pourrait avoir pour conséquence que le morcellement du futur Etat palestinien : la circulation d’une ville palestinienne à l’autre et vers l’étranger dépendrait du seul bon vouloir des autorités israéliennes. Comment un Etat souverain pourrait-il accepter une telle solution ?  C’est pourtant bien cela qui a été proposé aux Palestiniens à Camp David en juillet 2000.
- Il importe aussi que la viabilité du futur Etat palestinien soit garantie par des mesures qui favoriseront son développement économique et la maîtrise, partagée sur un pied d’égalité avec les pays voisins, des ressources en eau.
- Le sort actuel des réfugiés est un autre obstacle majeur à l'établissement d'une paix véritable entre les deux peuples. Le mouvement sioniste, après deux mille ans, a institué, pour les Juifs, le droit au retour. Après cinquante ans, les Palestiniens ne sont-ils pas au moins aussi fondés à exiger le droit au retour des réfugiés sur les terres dont ils ont été chassés ou, pour ceux qui seraient amenés à y renoncer, le droit à l'indemnisation pour les biens dont ils ont été spoliés ? La reconnaissance par Israël de ce principe rendrait enfin au peuple palestinien la justice qu'il réclame et ouvrirait la porte à une véritable réconciliation.
Les accords d'Oslo auraient pu conduire par étapes à un règlement du conflit si une dynamique de paix l'avait emporté sur la politique du fait accompli menée depuis lors par Israël.
Cette occasion a malheureusement été manquée.
Compte tenu du rapport de force par trop inégal entre les deux parties et de la mansuétude dont Israël bénéficie de la part des Etats-Unis, les négociations bilatérales entre Israéliens et Palestiniens ont bien peu de chance d'aboutir sans des pressions exercées par la Communauté Internationale et tout particulièrement par l’Union Européenne. La persistance de la situation actuelle constitue une grave menace pour la paix et la stabilité dans tout le Proche-Orient. Nous demandons dès lors à nos gouvernants belges et européens de faire prévaloir le Droit international et d’agir avec détermination pour qu’Israël s’y conforme. Nous tenons également à répercuter l’appel dans ce sens des organisations qui, dans des conditions extrêmement difficiles, militent au sein du Bloc de la Paix israélien.
Nous partageons les convictions des nombreux Israéliens qui aspirent à la paix avec leurs voisins palestiniens et admettent aujourd’hui leur droit à un Etat souverain et viable. Ils savent que c’est leur meilleure garantie de vivre en sécurité dans leur propre pays en y préservant les valeurs démocratiques.
Pour notre part, nous resterons mobilisés jusqu'à ce qu'un règlement juste et équilibré mette fin à un conflit qui n'a apporté que souffrances et désolation..
- Signataires au 29 janvier 2001 :
Bettina Abramowicz, Manuel Abramowicz, Marco Abramowicz, Stella Abramowicz, Mateo Alaluf, Quentin Alaluf, Valérie Alaluf, Daniel Apelbaum, Jacques Aron, Cécile Baldwin, Emmanuelle Balzano, Joëlle Baumerder, Jérome Beghin, Marianne Berenhaut, Daniel Berkenbaum, Ivan Berkenbaum, Sarah Blau, Micheline Blust, Ariane Bratzlavsky, Inge Brinkman, Jacques Bude, Anita Chaberman, Rosy Chauvier, Eric David, Koen Dille, Elise Draise, Nathalie Dunkelman, Bernard Fenerberg, Patricia Fenerberg, Fanny Filosof, Maurice Fogel, Danielle Frank, Norbert Frankfort, Thérèse Frankfort, Laurette Frydman, Mady Frydman, Patricia Geller, Geneviève Gendebien, Pierre Gillis, Victor Ginzburgh, André Goldberg, Charles Goldenberg, Rosa Goldman, Charly Goldmann, Jeannette Goldsztein, José Gotovitch, Louise Gotovitch, Anne Grauwels, Simon Gromowski, Catherine Gross, Elie Gross, Laurent Gross, Léa Grunbaum, Julos Gruszow, Marcel Gudanski, Marco Gudanski, Michel Gudanski, Alfred Gutmann, Boris Gvirtman, Sylvie Harold, Christiane Havet, Anne Herscovici, Charles Herscovici, Paula Hirsch, Marc Hordies, Berthy Hudes, Agnès Hurwitz, Henri Hurwitz, Manuelle Hurwitz, Léon Ingber, Christian Israël, Lolita Iven-Abramowicz, Jean-Pierre Jacquemain, Virginie Jortay, Dolf Kacenelenbogen, Willy Kalb, Catherine Kestelyn, Simone Klajman, Stéphane Kohn, Rachel Kramerman, Anna Klipper, Estelle Krzeslo, David Lachman, Alain Lapiower, Hélène Lapiower, Sarah Lefèvre, Cécile Lenkowitz, Florence Levis, Rosine Lewin, Dominique Liebermann, Henri Liebermann, Sophie Liebermann, Adeline Liebman, Sophie Liebman, Claire Liebmann, Daniel Liebmann, Jean-Claude Liebmann, Léon Liebmann, Lili Liensens, Christophe Lisart, Anne Lucas, Arié Mandelbaum, Ariéh Mandelbaum, Marcelle Mandelbaum, France Marage, Vital Marage, Chantal Marissal, Noé Martens, Thérèse Massart, Nicole Mayer, Robert Minc, Yves Minc, Viviane Mora, Irène Moskovic, Annette Nicolle, Josée Noël, Emmanuel Nudel, Michel Nudel, Jean-Marc Picard, Alain Potaznik, Léon Potaznik, Léon Prays, Gérard Preszow, Fabienne Raindorf, Jean-Michel Raindorf, Nadia Raindorf, Norma Raindorf, Jacques Rajchman, Jacques Ravedovitz, David Roger, Pierre Roger, Claire Roger-Wolf, Sabine Rozen, Dominique Rozenberg, Edith Rubinstein, Anne Sapir, Marc Sapir, Jacques Simon, Michel Staszewski, Marcel Stelzer, Marka Syfer, Georges Sylin, Henriette Sztajer, Anne Thyrion, Daniel Tursch, Esther Vamos, Muriel Vamos, Eric Van Praag, Laurent Vogel, Ludmila Vondracek, Bella Wajnberg, Henri Wajnberg, Admon Wajnblum, Henri Wajnblum, Axel Wang, Nadine Wang, Richard Wang, Thierry Wenes, Gilbert Wolf, Larissa Wozek.
 
6. Confusions autour du droit au retour par Jerome Segal (13 janvier 2001)
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
[Jerome M. Segal est chercheur à l'Institut de Philosophie et de Politique Publique de l'Université du Maryland. Il est coauteur de l'ouvrage "Négocier Jérusalem", Suny Press, 2000]
Ces derniers jours, certains des esprits les plus brillants de la gauche israélienne (Amos Oz, A.B. Yehoshua, David Grossman, et d'autres) ont publié dans la presse israélienne une lettre ouverte à la direction palestinienne. Après avoir rappelé qu'ils ont lutté durant plus de trente ans pour la solution des deux Etats, les signataires déclarent péremptoirement qu'ils ne pourront jamais admettre le retour des réfugiés à l'intérieur des frontières d'Israël. Par contre, ils affirment que "les réfugiés auront le droit de revenir dans leur patrie, la Palestine, et de s'y installer". Venant d'esprits brillants, il a dû y avoir une panne d'électricité...
En introduisant la notion du "droit à revenir dans leur patrie, la Palestine", les signataires semblent rejeter la demande fondamentale des Palestiniens : la reconnaissance de leur droit à retourner dans leurs foyers ancestraux, en Israël. Ce faisant, ils ne font qu'apporter de l'eau au moulin du gouvernement Barak, qui cherche à confondre en une seule notion deux choses complètement différentes : le droit des Palestiniens au retour et le retour effectif des Palestiniens. Bien loin de fondre ensemble ces deux concepts, il est de la plus haute importance d'aiguiser notre perception de ce qui les oppose entre eux.
D'une manière tout-à-fait regrettable, en adressant leur message à la direction palestinienne, les signataires ont perpétré une bévue dommageable en ce qui concerne le point de blocage des négociations. La direction palestinienne cherche à obtenir une certaine reconnaissance formelle des droits des Palestiniens. Elle ne cherche pas à obtenir le retour de millions de réfugiés en Israël. Ce qui, du point de vue des signataires, est totalement exclu. Les palestiniens recherchent une approche basée sur la possibilité de choisir, qui donne aux réfugiés un éventail d'options hiérarchisées, d'incitations et de dissuasions, tel que seul un petit nombre de réfugiés choisira de retourner en Israël.
Le problème de cette lettre ouverte, c'est qu'elle présente les Palestiniens comme désireux de submerger Israël de réfugiés. Et, par tant, désireux de détruire Israël. Cette mise en scène ne pourrait servir qu'à établir la démonstration que les Palestiniens ne sont pas réellement intéressés par une solution négociée et que la diplomatie a épuisé toutes ses possibilités. Mais si la diplomatie a épuisé toutes ses possibilités, quel besoin y a-t-il d'élire un Premier ministre israélien voué à la continuation du processus de paix ? Tout est prêt pour une réponse militaire, le plus vraisemblablement sous la direction d'Ariel Sharon.
Plutôt que de tenter (vainement) d'obtenir que les Palestiniens adoptent un "droit au retour dans leur patrie, la Palestine", il faut définir la tâche des négociations, qui restent à mener à bien, ne l'oublions pas : trouver un moyen de ménager un droit de retour en Israël aux (réfugiés) palestiniens, tout en évitant toute forme de retour effectif qui serait de nature à remettre en question le caractère juif (de l'Etat) d'Israël. Il s'agit-là d'une tâche complexe, délicate, mais c'est bien ce qui attend le processus de paix, cette tâche majeure encore inachevée, qui exige encore plus de temps et encore plus de réflexion : un processus de paix permanent. D'aucuns pensent qu'il s'agit de la quadrature du cercle, mais ils ont bien tort.
Enumérons les objectifs des Palestiniens
les Palestiniens se sont attachés à poursuivre, en tout ou partie, les objectifs suivants :
- qu'Israël reconnaisse sa responsabilité dans le problème des réfugiés
- qu'Israël reconnaisse "comme principe" un droit au retour pour les réfugiés palestiniens
- qu'Israël reconnaisse la résolution 194
- que le retour en Israël soit l'une des options offertes aux réfugiés.
Il n'est pas facile de simplement comprendre ce que chacune de ces propositions signifie. Chacune d'entre elle peut être interprétée de différentes manières. Toutes se distinguent de chiffrages de retours réels (elles ne disent pas : 100 000 réfugiés vont retourner, ou : un million de réfugiés vont retourner...) Ce qui est vraiment frappant, dans les fossés qui séparent les deux parties aux négociations, c'est qu'ils sont créés par des concepts, et non par des objectifs chiffrables. Le gouvernement israélien est prêt - en fixant un quota : c'est un chiffrage - à autoriser un certain nombre de réfugiés à revenir à l'intérieur de ses frontières. Mais Israël n'admet pas leur retour en application de leur droit au retour, mais dans le cadre d'un geste  israélien humanitaire.
C'est en quoi les négociations sur le sujet des réfugiés diffèrent fondamentalement de celles qui concernent Jérusalem ou la restitution de territoires. Dans ces domaines, Israël a été contraint à faire des compromis majeurs sur des enjeux. Par exemple, il a dû admettre qu'il se retirerait de 95% de la Cisjordanie, et non pas de 75% comme il le voulait initialement ; il a dû admettre que les Palestiniens exerceraient leur souveraineté sur des faubourgs de l'agglomération de Jérusalem, et non pas seulement sur Abu Dis. Sur ces sujets tangibles, le gouvernement Barak a fait des concessions majeures. Mais lorsqu'il s'agit des réfugiés, alors que les Palestiniens n'ont jamais revendiqué le retour de, je ne sais pas, disons... 500 000, 1 million, ou 2 millions de réfugiés... :  sur ce sujet-là, c'est le blocage total !
Il était loisible d'imaginer qu'Israël pouvait se payer le luxe de se montrer généreux dans la victoire. Mais ce n'est  sans doute pas le cas, Israël pense que sa victoire lui est due. Toutefois, il est bon de se rappeler que l'Etat juif, créé en 1948 par la résolution 18,1 était déjà, en lui-même, peuplé, pour moitié, de Palestiniens. Après la guerre de 1948, Israël avait acquis le contrôle de la plus grande partie de l'Etat palestinien à créer, qui aurait eu une population à cent pour cent palestinienne. Ainsi, l'Israël d'avant 67 était établi sur un territoire qui avait été peuplé, jusqu'en 1948, très majoritairement, de Palestiniens. Autrement dit, si l'exode des réfugiés palestiniens n'avait pas eu lieu historiquement, l'Israël d'avant 67 n'aurait jamais pu exister en tant qu'Etat juif. Même avec l'immigration très importante de Juifs en Israël au cours du demi-siècle écoulé, Israël serait peuplé pour moitié de Palestiniens, si l'exode des réfugiés palestiniens n'avait pas eu lieu. Le fait de pouvoir mettre un terme au conflit, de conserver les territoires conquis durant la guerre de 1948, de conserver la Jérusalem juive et, par-dessus le marché, d'empêcher à jamais 95% des réfugiés palestiniens de revenir chez eux : voilà une victoire terrible, pour Israël, et ce pays devrait être plus que prêt à faire n'importe quoi pour  accorder aux Palestiniens tous les concepts possibles et imaginables, pour peu que ces concepts soient de nature à rendre leur défaite moins insupportable...
Pour revenir aux droits conceptuels revendiqués par les Palestiniens, Israël peut pourvoir à la grande majorité d'entre eux, sans problème.
La responsabilité : ici, il faut faire le départ entre la responsabilité générale dans la création du problème des réfugiés, et la responsabilité pour des actes spécifiques qui ont amené l'exil de populations spécifiques. En ce qui concerne ce deuxième aspect, il est certain qu'au cours de la guerre de 1948, se sont produits des cas, peut-être de nombreux cas, où des villages palestiniens ont été évacués par la force sans motif recevable. Ceci est bien connu des historiens, et fait d'ores et déjà partie, dans une certaine mesure, du curriculum universitaire, en Israël même. Il n'y a aucune raison recevable de tenter de le nier au cours des négociations. En vérité, la capacité d'Israël à mener à bien le processus difficile de construction de la paix qui succédera à toute forme de négociations conclusives serait considérablement renforcée par une prise de conscience plus profonde de la tragédie qui a frappé les Palestiniens. Si les Palestiniens veulent voir une Commission de la Vérité émerger des négociations, afin d'amener enfin le rayon des projecteurs sur leurs expériences individuelles, Israël ne peut pas le refuser.
Toute autre chose est la question de la responsabilité générale dans le problème des réfugiés. Ici, les Israéliens peuvent arguer, avec quelque raisons de le faire, du fait qu'il n'y aurait pas eu de problème de réfugiés si le monde arabe avait accepté la partition, si une guerre n'avait pas été lancée contre l'Etat d'Israël récemment créé, et s'il n'y avait pas eu un large soutien des palestiniens à ces efforts de guerre. Plus, on peut faire la supposition que si Israël avait perdu la guerre de 1948, tous les Juifs seraient devenus des réfugiés, pour peu qu'ils aient survécu, ce qui reste à voir.
Aussi importants que soient ces sujets de responsabilité morale, beaucoup ont reculé, et reculent encore, à les aborder franchement, parce qu'on pense qu'ils sont tous, directement, liés au droit au retour. Mais ceci est résulte d'une confusion. Les sujets sont totalement distincts. Quelque droit au retour qu'aient les réfugiés palestiniens, ce droit  n'est pas au-dessus de la nécessité d'apporter la démonstration qu'ils ont été forcés à l'exil. Un réfugié qui quitte une zone de guerre, par peur, ou par la plus élémentaire des prudences, a le droit unanimement reconnu de retourner chez lui après la fin des hostilités. Le problème de la responsabilité de son exode, c'est autre chose.
Un droit au retour pour les réfugiés palestiniens : ici, il est important de distinguer entre reconnaître un droit qui a l'antériorité sur les négociations et qui y préside, à des droits établis par les négociations elles-mêmes. Ceux-ci constituent un but raisonnable à atteindre. Israël devrait mettre l'accent sur le fait que les négociations aboutiront à une situation dans laquelle les réfugiés auront des droits spécifiques, reconnus par les deux parties. Ce qui se discute, bien sûr, c'est de savoir quels droits les réfugiés devraient avoir à l'issue des négociations. Mais l'idée que les négociations pourraient établir des droits à l'usage des réfugiés, ou de certaines catégories d'entre eux, voilà une idée tout-à-fait sensée.
Un droit au retour préexistant est autre chose. De quels droits les réfugiés sont-ils dotés pour participer aux négociations ? La position palestinienne est que tous les réfugiés (et leurs descendants) possèdent un droit à retourner dans leurs maisons dans ce qui est l'Israël d'aujourd'hui.
Le premier problème dont il faut se débarrasser, c'est le problème des maisons : dans bien des cas, elles n'existent plus. Elles ont été arasées au sol dans le cadre d'une opération systématique visant à rayer les villages palestiniens évacués de la carte. Des chercheurs palestiniens ont identifié plus de quatre cent de ces villages. Dans d'autres cas, les maisons existent toujours, mais elles ont été occupées pendant cinquante ans par des Israéliens qui, bien souvent les avaient achetées à d'autre Israéliens, qui les avaient vendues sur la foi de titres de propriété légitimisés - aux yeux des Israéliens - par le droit israélien. Si les Palestiniens ont le droit tout-à-fait légitime d'exiger des dédommagements pour leurs propriétés perdues, il est pratiquement inutile d'étudier la question de savoir s'ils ont le droit de les récupérer et de retourner y vivre. Plutôt, la question qui se pose est de savoir s'ils ont un droit à retourner dans leur région d'origine, ou peut-être, plus généralement, un droit de vivre où que ce soit en Israël, et même un droit à devenir citoyens israéliens.
Une part de la difficulté à s'y retrouver dans ces problèmes résulte d'une confusion courante lorsqu'on "discute de droits". Un exemple peut ici nous aider. Il est parfaitement sensé de dire à un groupe de personnes : "chacun d'entre vous a le droit de faire ceci", et d'insister, en même temps, sur le fait qu'il est légitime de réguler et de limiter l'exercice ou l'application de ces mêmes droits. Par exemple, prenons un ferry-boat avec une capacité de 200 passagers, effectuant un voyage quotidien. La compagnie qui l'exploite  vend 1 000 passes annuels qui donnent à leurs détenteurs le droit de prendre le bateau quand ils le veulent. D'une manière générale, il n'y a pas plus de cinquante abonnés à se présenter dans une journée. Mais voilà, un beau jour, les 1 000 abonnés se pointent à l'embarcadère. Chacun d'entre eux a certes le droit de monter à bord, mais il est on ne peut plus raisonnable de faire prévaloir le règlement qui stipule qu'on ne peut admettre plus de 200 passagers à bord. Insister sur la légitimité qu'il y ait des règles fixées à l'exercice collectif de droits individuels n'implique aucunement que l'on dénie l'existence de ces droits pour chacun des individus concernés. Et, de fait, on imagine mal de quelconques droits individuels qui ne seraient jamais soumis à une quelconque forme légitime de restriction et ceci, quelles que soient les  circonstances...
Lorsqu'on sait que les gouvernements ont la responsabilité de protéger le bien commun, on peut parler de la légitimité des lois (eu égard aux droits individuels). Si l'on se place du côté du détenteur des droits, on peut parler de limitations du droit lui-même. Ainsi, quelqu'un pourrait dire : "D'accord, vous avez un titre à prendre le ferry, mais cela ne vous donne pas le droit de monter à bord s'il est déjà plein. Vous devrez attendre, même si cette attente doit durer longtemps, et même si cela signifie que vous perdez votre seule opportunité pour faire cette traversée. Bien entendu, si vous ne pouvez monter à bord, vous serez remboursé".
Il n'y a pas d'analogie parfaite, mais, en rendant compte de la situation de cette manière, les Israéliens pourraient être dans leur droit en disant aux Palestiniens : "Oui, nous reconnaissons un droit au retour, mais ce n'est pas un droit absolu. Il est conditionné par nos droits, à nous, aussi, nommément : notre droit à l'autodétermination. Parce qu'Israël a le droit d'exister en tant qu'Etat juif, et parce que votre population a connu une croissance démographique très importante, nous insistons sur la légitimité d'un cadre afin de réglementer l'exercice, par les réfugiés, de leur droit au retour". Dire cela aux Palestiniens ne représente pas une grosse concession. De tels droits sont reconnus, universellement, à tous les réfugiés. Par contre, cela permet à Israël d'accepter le "principe" d'un droit au retour.
Les Israéliens pourraient dire ensuite aux Palestiniens : "vous avez constamment invoqué les résolutions des Nations Unies comme constitutives en droit international des droits des Palestiniens, mais la résolution de partage de 1947 (résolution 181 de l'Assemblée Générale des Nations Unies) appelle explicitement à la fondation de deux Etats, "un Etat arabe et un Etat juif". Ceci signifie qu'Israël est fondé, en droit international, à choisir de demeurer un Etat juif". Israël peut offrir la réciprocité, en reconnaissant aux Palestiniens un droit au retour, pour peu que les Palestiniens reconnaissent les droits d'Israël à réglementer la mise en pratique de ce droit au retour.
Les Palestiniens peuvent-ils accepter cela ? Peuvent-ils accepter que le droit international fournisse une base à la réglementation de la mise en application du droit au retour ? C'est une possibilité qu'il faut explorer à l'avenir. Voici un fait intéressant. En 1988, réuni à Alger, l'OLP a publié la Proclamation d'Indépendance de la Palestine, qui est l'un des textes fondateurs du nationalisme palestinien. Dans cette déclaration, ils reconnaissent pour la première fois la déclaration 181 en tant qu'élément du droit international. En fait, elle est citée en tant que constituant une base, dans le droit international, pour l'établissement d'un Etat palestinien, sans l'autorisation d'Israël. De manière plus frappante encore, dans leur Proclamation d'Indépendance, les Palestiniens reconnaissent  explicitement que la résolution 181 a prôné la création de "deux Etats, un Etat arabe et un Etat juif". Il s'agissait-là de l'acceptation implicite du fait que l e caractère juif de l'Etat d'Israël est consacré par le droit international. Par tant, il est tout à fait envisageable que les Palestiniens puissent accepter un jour d'entrer dans un échange réciproque de droits/reconnaissance avec Israël. Israël reconnaîtrait un droit au retour, l s Palestiniens reconnaissant, de leur côté, qu'Israël est fondé en droit à décider de demeurer un Etat juif et, par tant, à réguler la mise en application du droit au retour (des réfugiés palestiniens).
Peu importe de savoir si les Palestiniens iront jusque-là, c'est la position qu'Israël devrait assurer : parce qu'il a le droit de choisir de demeurer un Etat juif, jusqu'à ce qu'il en décide, éventuellement, autrement, Israël a le droit de réglementer l'application du droit au retour. Affirmer l'identité juive de l'Etat d'Israël ne devrait pas être utilisé, par contre, comme un argument-massue pour refuser les droits palestiniens mais, tout-à-fait à l'opposé, pour structurer une position de principe ("ayant des principes") en ce qui concerne la manière de prendre en compte les droits palestiniens  et de les comprendre.
Les résolutions 194 :
Les négociateurs israéliens ont refusé d'accéder aux demande des Palestiniens, à savoir qu'ils reconnaissent la légitimité de la résolution 194, prise en 1948 par l'Assemblée Générale des Nations Unies. Pour les Palestiniens, la reconnaissance de la résolution 194 semble fondamentale pour le règlement du problème des réfugiés. Là encore, les négociateurs israéliens devraient faire preuve de souplesse.
Les phrases-clés de la résolution 194 sont les suivantes : "les réfugiés désireux de vivre en paix avec leurs voisins devraient être autorisés à retourner chez eux le plus tôt possible". Plusieurs points doivent être relevés :
- la résolution 194 n'utilise pas un langage "juridique", elle ne se contente pas d'énoncer que les réfugiés devraient être autorisés à retourner chez eux. Elle n'affirme pas - ni elle ne dénie - qu'il s'agit-là d'un problème de droit.
A la date où elle a été prise, cette résolution (194) ne pouvait se référer qu'aux réfugiés de 1948 (nécessairement). Si le droit international reconnaît bien le droit des descendants également, les données du problème de la faisabilité de la mise en application du retour, cité dans la résolution (... "le plus tôt possible") ont été considérablement modifiées par l'accroissement démographique, très important, de la population des réfugiés. Les réfugiés de 1948 vivant de nos jours ne représentent sans doute pas plus qu'un dixième de la population réfugiée totale.
La résolution 194 comporte une condition restrictive. Elle parle de "réfugiés désireux de vivre en paix avec leurs voisins". Ainsi, cette résolution ne stipule pas un retour total et inconditionnel. Il y a ici une notion implicite, c'est celle que pour pouvoir retourner (chez lui), le réfugié doit avoir la volonté de vivre en paix. Interpréter cette restriction n'est pas simple. D'un point de vue israélien, ceci ne signifie pas qu'il y ait un désir de vivre en paix dans l'abstraction. Ceci signifie un véritable engagement à demeurer loyal dans des conditions futures des plus incertaines, qui pourraient aller jusqu'à inclure une guerre avec un Etat arabe (ou plusieurs), qui pourrait être, éventuellement, le futur Etat de Palestine.
Etant donnée la fracture très profonde entre les citoyens arabes et juifs d'Israël, que les événements récents, au cours des mois écoulés, ont mis en évidence, personne ne peut garantir comment un grand nombre de réfugiés palestiniens rentrés en Israël se comporteraient en cas de crise. La condition d'être "désireux de vivre en paix" posée par la résolution 194 suggère qu'un tri, individu par individu, doit être opéré. Mais ceci est pratiquement impossible. Alors que certains réfugiés particulièrement engagés pourraient être exclus (du droit au retour) pour d'évidentes raisons de sécurité, il est impossible de savoir d'avance quel serait le comportement futur de la plupart des réfugiés, dans des circonstances éprouvantes totalement imprévisibles.
C'est vrai, il est tout-à-fait possible d'arguer du fait que la logique de la clause "désireux de vivre en paix", dans la résolution 194, suggère que l'étendue du retour autorisé pourrait être conditionnée à l'évolution des conditions d'une paix véritable. Si la paix s'avère sincère et durable, il devient alors crédible d'avancer que la 194 prévoit le retour d'un nombre important de réfugiés. Si, au contraire, la paix est incertaine, le retour d'un nombre important de réfugiés serait en lui-même de nature à saper le désir de vivre en paix.
Le point le plus important, c'est le fait que l'étendue et la force de la résolution 194 sont ouvertes à des interprétations des plus divergentes. Dans les négociations, ce qui est fondamental, c'est d'affirmer que toute avancée réalisée en vertu de l'application de la 194 est censée satisfaire pleinement aux  conditions prévues par cette résolution. Si une telle "satisfaction totale" (des conditions de la 194) est effectivement un élément des accords, il serait du plus haut intérêt d'affirmer que les accords ont été rendus possibles par l'acceptation, par les deux parties, de la résolution 194. On voit à quel point il serait profitable, pour Israël, de cesser de jeter l'anathème sur cette résolution.
Le choix du retour
Le choix de retourner, pour le réfugié, véritablement retourner, est le problème central. Pour les leaders palestiniens, un choix délibéré est crucial. Ils doivent pouvoir s'adresser à leur peuple et lui dire : "Oui, vous avez la possibilité de retourner en Israël, mais vous avez aussi plusieurs autres possibilités. Certaines sont véritablement motivantes. C'est vous qui décidez". Israël et les Palestiniens pourraient laisser de côté, habilement, la question des bases juridiques sur lesquelles ces options sont fondées. En réalité, comme nous l'avons indiqué plus haut, ces options peuvent être considérées en elles-mêmes comme offrant un droit de choisir entre plusieurs possibilités - un droit qui sera fondé en droit par l'accord négocié lui-même.
La question fondamentale qui se pose, dès lor,s est la suivante : quelles sont les options de retour que peut admettre Israël (sans remettre en cause son existence-même, NdT) ? Ici, les gens de gauche qui ont proclamé (dans leur communiqué de presse) qu'ils n'admettront jamais le retour de réfugiés palestiniens (à l'exception de cas en nombre limité, pour des raisons humanitaires) se trompent. Ils peuvent, et les autres Israéliens aussi, en réalité, accepter le retour de beaucoup plus de réfugiés (que ces cas humanitaires), sans courir le risque d'être submergés par eux. Il y a plusieurs moyens d'assurer un retour (qui se passe convenablement) :
- établir un ratio de retours : idéalement, la direction palestinienne aimerait éviter toute régulation de l'option du retour en Israël. Leur idée est d'offrir aux réfugiés palestinien un panel d'options alternatives suffisamment attractif pour qu'il ne soit nul besoin de limiter l'éligibilité au droit au retour. Ainsi, dans le meilleur des cas, il pourrait s'avérer que 95% des réfugiés préfèrent recevoir des dédommagements et se réinstaller ailleurs qu'en Israël.
Bien entendu, Israël ne peut s'exposer à connaître une situation dans laquelle aucune garantie n'existerait que le pays ne puisse se voir submergé par des réfugiés palestiniens ayant décidé que, tout bien pesé, ils aimeraient devenir citoyens israéliens. Ainsi, du point de vue israélien, il faut quelque chose de plus. La tentation est grande  d'imposer un quota. De dire, par exemple, que seuls 100 000 ou 200 000 réfugiés peuvent revenir. (200 000 correspond, en gros, au contingent de Palestiniens qui se retrouveraient sous souveraineté israélienne si Jérusalem devait être partagée). Toutefois, le problème serait, maintenant, qu'un quota ne semble pas compatible avec l'affirmation selon laquelle on donnerait à tous les réfugiés un certain choix de pouvoir retourner ("chez eux", en Israël, NdT).
Au lieu de fixer un quota indépassable, il serait possible de dire que le rythme du retour de réfugiés devrait être calculé de façon à ne pas altérer l'identité d'Etat juif d'Israël. Ce rythme pourrait être déterminé sur la base d'un ratio défini par une équation mathématique. Ainsi, les Israéliens pourraient suggérer que ce ratio soit limité à proportion de l'immigration juive autorisée par la "Loi du Retour". Par tant, si l'année " n-1", 50 000 Juifs ont immigré (dans le cadre de la "Loi du Retour"), alors un quota correspondant à un cinquième de ce nombre, soit 10 000 Palestiniens sont autorisés à immigrer (en Israël) au titre de l'année "n", ce qui aurait pour effet de garantir que les contingents des immigrants (Juifs et Palestiniens) présentent la même composition démographique (la même proportionnalité) que la population générale (d'Israël, NdT).
L'existence d'un ratio de retours défini signifie que, si plus de Palestiniens désirent retourner (en Israël) que ce ratio ne le permet, ils doivent être placés sur une liste d'attente. Plus il y a de Palestiniens voulant retourner, plus la liste d'attente s'allonge, et plus le temps d'attente s'allonge aussi... ce qui signifie que le choix du retour en Israël devient de moins en moins attractif en comparaison avec une réinstallation autre part, accompagnée d'un accès immédiat à un capital financier important à titre d'aide (à l'installation) et de dédommagement. Placés devant le choix de devoir attendre dix ans pour retourner en Israël (sans aide ? NdT) ou recevoir de l'argent, une maison neuve et des terrains ailleurs, beaucoup de réfugiés choisiraient la deuxième alternative. Et quoi qu'il en soit, le nombre de réfugiés immigrant réellement (en Israël) ne modifierait en rien la démographie d'Israël.
Les réfugiés de 1948 :
Du point de vue d'Israël, le retour de certains réfugiés est plus problématique que pour d'autres. Les moins problématiques ("threatening", "menaçants", écrit l'auteur américain, NdT) sont les réfugiés de 1948, par opposition à leurs enfants et petits-enfants aujourd'hui devenus des adultes. Un enfant de 15 ans, en 1948, est devenu un adulte de 68 ans, aujourd'hui. Cette population, âgée et en voie d'extinction, a dépassé depuis longtemps l'âge de la procréation. Leur retour, accompagnés par des enfants mineurs, dans les rares cas où ils existent, ne comporte aucun impact potentiel, à long-terme, sur la démographie israélienne. Ils ne représentent pas, non plus, une quelconque menace en matière de sécurité. De plus, accorder la priorité à cette catégorie de réfugiés ne serait que justice. Ajoutons que le nombre total des réfugiés de 1948 encore vivants est des plus modestes. Sur les quelques  300 000 réfugiés palestiniens vivant au Liban, moins de 30 000 ressortissent à cette catégorie. Au prix d'un ajustement adéquat du ratio de retour autorisé, Israël peut donner l'option du retour à la totalité des réfugiés de 1948 actuels. Il constaterait alors que relativement peu d'entre eux en décideraient ainsi, à cause de leur âge et de leur désir de rester auprès de leurs enfants et petits-enfants, d'ores et déjà adultes. Donner une priorité aux réfugiés de 1948 présenterait aussi, du point de vue d'Israël, l'avantage de renvoyer d'autres catégories de réfugiés plus problématiques (sic : "problematic", NdT) plus bas dans la liste d'attente...
Le lieu de retour :
Les réfugiés se verront offrir de nombreuses options de "retourner" (ce sont mes guillemets, NdT) dans des pays autres qu'Israël. Seul un nombre très limité d'autorisations devrait être accordé à ceux qui aspirent à devenir citoyens d'Israël, avec le droit de vivre où il leur plaira. Il est inutile de préciser que la seule base sur laquelle puissent se fonder ces aspirants à la nationalité israélienne ne peut être que la "générosité humanitaire" d'Israël, or la priorité en ce domaine ne saurait aller qu'à ceux d'entre eux qui ont des raisons humanitaires impérieuses, pour ce faire. Ceci devrait aboutir de facto au même résultat que la "base humanitaire" mise sur la table des négociations par le gouvernement israélien (actuellement).
Mais il y a aussi une possibilité de donner à un grand nombre de réfugiés palestiniens l'option réelle de retourner sur le territoire de ce qui est aujourd'hui Israël. L'idée d'échanges de territoires est d'ores et déjà partie intégrante des négociations en cours. En échange de territoires qu'Israël ambitionne d'annexer afin d'y installer la population des implantations en Cisjordanie, il rétrocédera des territoires adjacents à la bande de Gaza. Ces territoires étant appelés à passer sous la souveraineté de l'Etat palestinien, un grand nombre de réfugiés pourraient y être installés. Il s'agit là d'une solution "qui tient la route". Elle permet aux gouvernements de dire que les réfugiés ont la possibilité d'opter pour le retour dans des territoires qui font partie aujourd'hui (aujourd'hui, c'est moi qui souligne, NdT) d'Israël.
Malheureusement, il ne semble pas que cette idée ait l'impact que certains ont pu escompter. En partie parce que les Palestiniens ne démordent toujours pas de l'idée de retourner chez eux. Et en partie parce que se retrouver dans des zones de réinstallation de réfugiés juste à côté de Gaza ressemble terriblement à se retrouver dans des camps de réfugiés nouvelle manière. Et aussi, il faut bien le dire, en partie parce que l'idée de ""retourner" sur des territoires" israéliens" qui deviendront demain palestiniens" peut sembler cocasse.
Il est possible, toutefois, de modifier l'idée de l'échange de territoires ("swap") de manière à ce qu'elle soit plus parlante pour les réfugiés. Il est primordial, en cette matière, de maintenir un principe : les réfugiés retournant dans ces territoires (provisoirement israéliens et destinés à devenir palestiniens, NdT) seront (immédiatement) citoyens de l'Etat palestinien, et ainsi en ira-t-il pour leurs enfants. Dans ce cadre, il y a une large place pour des idées créatives. Une option serait de ne pas précipiter l'échange des souverainetés. En lieu et place, Israël pourrait louer certains territoires à l'Etat de Palestine et, de manière comparable, prendre en location des Palestiniens les zones d'implantation en Cisjordanie (accordant, ce faisant, aux Palestiniens, la souveraineté sur un grand pourcentage du territoire de celle-ci). Ensuite, il n'y a aucune raison pour que les régions données en échange soient forcément limitrophes de la bande de Gaza ou de la Cisjordanie. Tout au long de la Ligne Verte, il n'y a aucune raison pour que de telles zones occupent une superficie étendue. En fait, il pourrait y avoir un certain nombre de villages-enclaves, vraiment petits, planifiés précisément de façon à ce qu'ils ne ressemblent en rien à de vastes camps de réfugiés. Certaines de ces zones en location ("leasing", NdT) pourraient même être situées entièrement à l'intérieur d'Israël, à l'instar des zones d'implantation isolées (israéliennes) dont Israël serait locataire à l'intérieur de la Cisjordanie, loin de la Ligne Verte également (mais à l'est). Tout comme les colons juifs ne seraient pas des citoyens palestiniens, ces citoyens palestiniens (réfugiés palestiniens venus vivre dans des villages palestiniens à l'intérieur des frontières israéliennes, NdT) ne seraient pas israéliens. De telles options n'ont pas à être étendues à l'usage de beaucoup d'impétrants, elles pourraient être limitées à quelques milliers d'entre eux seulement. L'idée, toutefois, est d'offrir aux réfugiés un éventail élargi d'options variées, et il s'agit d'une proposition qui ne peut pas être catégoriée aisément, ni écartée du revers de la main - tout en protégeant Israël.
Ces trois instruments - réguler le taux des retours, accorder la priorité aux réfugiés de 1948 et recourir à des échanges de territoires - seraient utilisés dans le contexte plus large de compensations et d'installations alternatives, à l'extérieur d'Israël, que ce soit dans l'Etat palestinien, dans des pays arabes, en Europe ou aux Etats-Unis. Ainsi, il est possible d'imaginer un riche assortiment de choix possibles, accompagnés d'un cadre réglementaire, à déterminer, qui préserve l'existence d'Israël. Du point de vue politique, une telle approche, basée sur la liberté donnée (aux réfugiés, NdT) d'opérer des choix, présente plusieurs avantages. Elle permet à la direction palestinienne d'échapper à l'accusation d'avoir fait l'impasse sur le droit au retour. Plus exactement, elle lui donne la possibilité d'offrir aux réfugiés différentes alternatives séduisantes ("attractive", NdT).
Et, chose non moins importante, une approche basée sur le choix laissé aux réfugiés est aussi préférable, pour Israël. D'autres approches auraient pu arracher à l'OLP une déclaration de pure forme selon laquelle les revendications des réfugiés ont été satisfaites. Reste que, pour mettre réellement fin au conflit, des millions de Palestiniens doivent pouvoir ressentir réellement qu'ils ont été à même de prendre une décision en ce qui concerne le retour, la réinstallation ou l'obtention de dédommagements. Ce n'est qu'alors que le problème des réfugiés serait, enfin, résolu, ce qui est, à n'en pas douter, la condition nécessaire (mais non suffisante, NdT) pour mettre réellement un terme au conflit.
 
Revue de presse

 
1. Collabos palestiniens dans la nasse par Didier François
in Libération du mardi 30 janvier 2001
Lâchés par Israël, les supplétifs arabes de l'Etat hébreu sont traqués par les leurs.
Gaza, Lod envoyé spécial
D'abord, il y eut ces images, diffusées par les télévisions du monde entier. Un traître ligoté dans une cour de caserne face à une rangée de fusils. Ordre sec et rafales. Tétanisé devant son poste à écran plat, seul luxe de sa modeste planque, Youssouf a encaissé la scène comme une salve, des frissons sur l'échine. Pour un Arabe ayant, un jour, apporté son concours aux forces d'occupation israéliennes, le message cathodique ne permet pas le doute. «La chasse aux collaborateurs est ouverte.» En passant par les armes Madji Makawi à Gaza, Alam Bani Odeh à Naplouse, convaincus de collusion avec l'ennemi par un tribunal militaire, l'Autorité palestinienne a signifié on ne peut plus clairement ses intentions. Et la confirmation de ces craintes ne s'est pas faite attendre. Suivant de peu l'exécution, un appel sur son téléphone, au numéro pourtant discret, met fin à la quiétude relative de Youssouf. Rattrapé par la peur. La voix ferme, insistante, lui conseille de se rendre. Son interlocuteur n'omet aucun détail. Identité, travail, adresse. Rien de sa nouvelle vie ne lui est inconnu. Menace si peu voilée.
Dans sa retraite, Youssouf panique. Il prend contact avec d'autres transfuges. Et ils sont nombreux. En évacuant partiellement Gaza et la Cisjordanie il y a sept ans, après la signature des accords d'Oslo, l'armée israélienne ramène dans ses cantines pas moins de 2 500 familles palestiniennes par trop liées à ses exactions. Installés en Israël, ces supplétifs sont pourvus d'une carte de «collaborateur du ministère de la Défense». Un sésame censé faciliter leurs démarches auprès de l'administration. Sage précaution. Les Arabes n'ont pas la vie facile dans l'Etat hébreu et la plupart des exfiltrés s'en voient refuser la citoyenneté. «Nous ne nous sentons pas Israéliens. Nous ne sommes plus palestiniens.»
«Je veux une protection»
Abandonné, traqué, Youssouf se tourne, la semaine dernière, vers son «opérateur». Un numéro de portable flanqué d'un prénom juif qui change chaque année. La couverture d'un agent du Shin Bet, le service de sécurité intérieure. «Je veux une protection.» La réponse tombe, sèche: «Appelle la police.» Fin de non-recevoir. «J'ai bien demandé une autorisation de port d'arme au commissariat. On m'a rétorqué que je ne répondais pas aux critères. Et dire que j'ai trahi mon peuple pour ces ordures. Ils m'ont pressé comme un citron avant de me jeter.»
Tissée au fil des ans et de la délation, la nasse ne permet aucun recul. Piège hermétique dans lequel sont tombés nombre de pauvres bougres et quelques résolus. Utile, l'agent grappille de maigres avantages. Usé, il est traité comme une nuisance. Passé au cou de Youssouf lors de son premier contact avec des officiers israéliens, en 1983, le collet sert encore. Informateur stérile, espion grillé, il est rapatrié en Israël en 1995 par ses marionnettistes. Après treize années d'une collaboration loyale, «dont deux missions en Syrie, puis en Irak, au profit du Mossad», l'agence du renseignement extérieur, ils lui trouvent un logement, un trois pièces ordinaire dans les faubourgs de Lod, où caser son épouse et leurs sept enfants. Nouvel hameçon. Youssouf se retrouve face à un crédit de trente ans, garanti par ses anciens protecteurs, et verse l'équivalent de 800 francs par mois pour un appartement qui restera à jamais propriété de l'Etat. «Je suis dans la merde. Totalement dépendant. Si je romps pour de bon, je serais vraiment traité comme un chien.» La laisse est courte.
Vengeance et sang
Son passé, trop lourd à porter, lui interdit un retournement d'allégeance. Avec réticence, il reconnaît que ses activités clandestines ont permis des arrestations «par centaines». Exclu, dès lors, d'envisager l'offre du ministre de la Justice de l'Autorité, qui promet «l'amnistie pour tous les Palestiniens suspects d'avoir collaboré avec les forces de sécurité israéliennes s'ils se livrent sous les 45 jours». Six se sont rendus. Informateurs sans envergure, enfermés à Hébron et présentés à la presse occidentale pour preuve de la miséricorde du président Yasser Arafat. Trop souvent ferré, Youssouf se détourne de l'appât. «Ils veulent nous faire revenir pour nous exécuter. Depuis le début de la nouvelle Intifada, la population pousse les dirigeants à nous tuer. Ils ne peuvent plus nous gracier.»
Ecartelée entre les exigences de sa rue et les pressions internationales, l'Autorité palestinienne oscille sans boussole. «Nous sommes comptables de la sécurité de notre peuple, explique le ministre de la Justice, la politique d'assassinats des cadres de la révolte, mise en œuvre par Israël, n'est possible que par le travail souterrain de ses collaborateurs. Nous devons résoudre ce problème.»
Un jugement équitable
Condamnant les exécutions, Raji Sourani, le directeur du Centre palestinien des droits de l'homme rame contre un courant puissant. «Les gens réclament du sang, regrette-t-il, la population crie vengeance et Arafat veut lui plaire.» Mais cet ancien prisonnier politique d'Israël est opposé à la peine de mort. «Par principe. Et j'estime que la Cour de sûreté de l'Etat est une juridiction d'exception ne garantissant pas aux accusés un procès équitable. Pire, le recours aux chambres militaires affaiblit l'ensemble du système judiciaire.»
Seulement, l'Autorité n'aime guère se voir rappeler qu'en signant le paragraphe 16 des accords d'Oslo, elle octroyait l'impunité à la multitude d'auxiliaires ayant permis aux services de sécurité israéliens de maintenir leur emprise sur les territoires occupés. Le Centre des droits de l'homme a toujours dénoncé cette clause peu conforme aux attentes des victimes. «Je me souviens d'un bourreau, raconte son directeur, il nous torturait en prison. Nos services de sécurité l'ont arrêté, interrogé, douché, rasé et expédié en Israël où il vit, protégé.» Raji Sourani réclame «un jugement équitable pour tous les collaborateurs de la machine d'occupation israélienne. C'est le seul moyen de soigner la paranoïa actuelle. Car les Israéliens ont mis en place un système très élaboré de pénétration de la société palestinienne. Ils manipulent des milliers d'informateurs. Même si la plupart ne sont que des victimes, cela rend les gens très nerveux. Alors qu'en frappant les gros poissons avec des procédures irréprochables, le menu fretin arrêtera de coopérer».
L'Autorité en revanche paraît penser qu'une cour martiale permet une gestion mieux dosée de ces dossiers par trop délicats. Khaled El Quedra, le président du tribunal militaire de Gaza semble un expert en ces affaires. Responsable de l'association des avocats palestiniens aux heures de la première Intifada, il a eu maille à partir avec les brigades clandestines du Fatah chargées de débusquer les traîtres. Le suspectant d'avoir détourné l'argent envoyé aux juristes par la direction en exil de l'OLP, un commando masqué a fait irruption dans son cabinet. Un plongeon par la fenêtre de son bureau lui sauva la vie au prix de deux jambes brisées. L'histoire ayant fait grand bruit, et la perception de fonds de l'OLP étant illégale, Me El Qedra finit derrière les murs d'un bagne. Où, afin de lui éviter d'autres désagréments, les Israéliens lui firent l'honneur de la «Taoun Haganah», subdivision protégée baptisée «section des collabos» par les détenus.
A vouloir trop contrôler le cours de la justice, le pouvoir palestinien nourrit la suspicion. «Le risque, c'est que les gens décident alors de prendre la loi entre leurs mains», prévient Eyad El Saraj, psychologue, président du Centre communautaire de santé mental de Gaza. «La frustration est énorme. Tout le monde se sent menacé, vulnérable aux frappes israéliennes et aux Moustaghibine», unités de tueurs déguisés en Arabes, véritables escadrons de la mort, chargés des exécutions extrajudiciaires. «L'assassinat par une force inconnue produit de la peur, un état d'anxiété qui mène à une méfiance généralisée. Comme les Palestiniens ne peuvent pas décharger leur colère sur les soldats ou les colons, trop bien protégés, ils tournent leur haine vers les collaborateurs, considérés comme une excroissance israélienne dans notre communauté et donc, comme une cible légitime.»
L'ennemi à l'intérieur
Oracle inquiet, Eyad El Saraj lit dans ce développement un début d'implosion de la société palestinienne. «Notre culture tend à voir les choses de façon très simpliste. Rares sont les personnes capables de comprendre comment Arafat peut, à la fois, diriger la résistance et négocier avec Israël. Les autres cherchent un complot derrière chaque chose. Le soupçon de corruption entraîne la suspicion de collaboration, accusation qui peut servir à légitimer toute action violente.» Le fait est que liquidations et autres règlements de comptes se multiplient sous couvert de chasse aux collaborateurs. «En fait, à un tel niveau de tension, la société a besoin d'un ennemi. Et si elle ne trouve plus d'adversaire commun à l'extérieur, la violence se tourne vers l'intérieur. De ce point de vue, l'assassinat du directeur de la télévision, dénoncé comme corrompu, ou les exécutions de collaborateurs, sont le signe que l'Intifada touche à sa fin. Si les énergies ne sont pas redirigées vers quelque chose de constructif, nous allons faire face à de sérieux problèmes. Le pire serait un échec des discussions de paix. Avec les armes et la frustration accumulées, le pourrissement de la situation engendrerait un désastre.»
 
2. Montataire capitale de Palestine par Françoise Germain-Robin
in L'Humanité du lundi 29 janvier 2001
La ville de Montataire est devenue, pour un jour samedi, capitale de la Palestine. Des dizaines de réfugiés palestiniens, venant de 45 camps du Moyen-Orient, s'y sont retrouvés pour un événement sans précédent : l'assemblée fondatrice du collectif européen pour les réfugiés palestiniens. Un collectif qui regroupe des dizaines d'associations, de municipalités, de parlementaires de plusieurs pays européens représentant un large éventail politique, et de nombreuses personnalités. Il se donne pour but d'aider les Palestiniens à obtenir la réalisation du droit au retour que leur promettent depuis cinquante-trois ans les résolutions de l'ONU. C'est notamment sur ce droit que butent les négociations avec Israël.
Mahmoud Abbas, venu du camp martyr de Chatila au Liban, est né en 1948, au moment même où 800 000 des siens étaient chassés de Palestine. Il n'hésitait pas à qualifier l'événement d'historique. Pour lui, comme pour ces réfugiés venus de Syrie, de Jordanie, de Gaza, c'était des retrouvailles inimaginables il y a quelques années. Il n'est pas indifférent, comme l'a souligné la déléguée générale de Palestine Leïla Shahid, qu'elles se déroulent " sur cette chère terre de France ".
Organisé avec le soutien des pouvoirs publics et de l'Autorité palestinienne - elle était représentée par un ministre, Abdelaziz Cheen, envoyé spécial de Yasser Arafat dont il a lu un message -, l'événement doit beaucoup aux efforts des habitants de Montataire et de son maire communiste, Jean-Pierre Bosino. Cette ville de l'Oise est la première à avoir conclu un jumelage avec un camp de réfugiés palestiniens, celui de Daishesh, près de Bethléem en 1989. Aussi les deux vedettes du jour furent-elles les artisans de ce jumelage, dont l'exemple a été largement suivi : Fernand Tuil, président de l'Association pour le jumelage entre villes de France et camps de réfugiés palestiniens, et son homologue Ahmed Muhaisen, du camp de Daishesh.
C'est une femme, Olfat Khalil Mahmoud, venue du Liban, qui a parlé au nom de tous les réfugiés pour dire leurs souffrances et rappeler que le droit au retour dans son foyer figure dans la Déclaration des droits de l'homme. Sur proposition de Jack Ralite et de la Fédération des villes françaises jumelées, l'une des premières actions du collectif européen sera d'organiser une soirée de soutien aux réfugiés palestiniens le 19 avril, au Zénith. Le collectif entend également s'adresser aux instances européennes pour qu'elles soutiennent plus activement le droit au retour des réfugiés.
 
3. Vide politique...
in Al-Quds (quotidien palestinien) du lundi 29 janvier 2001
[traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
Après l'annonce, par le premier ministre israélien, hier, de la suspension des contacts politiques avec la partie palestinienne et l'annulation d'une rencontre au sommet avec le président Yasser Arafat à Stockholm, annoncée comme vraisemblable par les négociateurs palestiniens et israéliens à la fin de leurs conversations à Taba, en Egypte, après enfin, qu'il soit devenu désormais clair que les négociations de Taba n'ont abouti à aucun résultat tangible, la région est entrée dans une phase de vide politique, d'attente, d'expectative, avec tout les dangers que cela peut représenter.
Il est clair que ce vide politique imposé par Israël sur la partie palestinienne et sur les partenaires arabes parties-prenantes au processus de paix général doit tout à des considérations politiques israéliennes purement internes, au tout premier plan desquelles viennent les élections pour la désignation du premier ministre, et au manque de courage de la partie israélienne qui manque de l'audace nécessaire pour parvenir à un accord de paix qui s'éloigne quelque peu des positions israéliennes traditionnelles de refus, qui représentent jusqu'à présent le principal obstacle à la conclusion d'un tel accord.
Ainsi, Israël s'est arrogé le droit d'user à sa guise du processus de paix et d'en faire l'otage de ses problèmes intérieurs, voire pis : l'otage d'une fièvre électorale avec tout ce qu'elle comporte d'agressivité envers la partie palestinienne et le processus de paix lui-même.
Le Premier ministre israélien s'est également arrogé le droit de définir la nature de ses contacts avec la partie palestinienne jusqu'à la période post-électorale, puisqu'il a précisé que ces contacts s'en tiendront aux aspects sécuritaires, en ignorant volontairement qu'il est impossible de séparer les dimensions sécuritaires des dimensions politiques, dans le processus de paix, et que suspendre les contacts politiques, qui sont supposés essentiels dans le processus de paix, signifie poser un obstacle insurmontable devant tout contact entre les deux parties. En procédant ainsi, Barak ignore délibérément l'existence-même d'un partenaire palestinien, qui peut, à n'en pas douter, avoir lui aussi un avis et adopter une position sur les contacts à avoir entre les deux parties.
Ce fait accompli souligne, une fois encore, la nécessité qu'il y a à faire comprendre à la partie israélienne que le processus de paix ne peut être en permanence l'otage de considérations israéliennes internes, et que la partie israélienne n'a aucun droit de l'arrêter, ou de le redémarrer, quand bon lui semble. Il s'agit là d'une manière de faire dont le moins qu'on puisse en dire est qu'elle dénote un mépris par Israël, non seulement du processus de paix en lui-même, mais aussi de la partie aux négociations qui est supposée être son partenaire dans la recherche de la paix.
A la fin du compte, tant que la situation restera ce qu'elle est, tant que les Etats-Unis et l'Europe ne se départiront pas de leur rôle de spectateur de l'impasse où a échoué le processus de paix, la région demeurera dans une situation d'attente et d'expectative de ce que pourraient bien amener les élections israéliennes. Peut-être alors - espérons-le - les horizons s'éclairciront-ils, en Israël, permettant une reprise du processus de paix. Mais cela ne pourra se faire que dans un contexte où l'expectative israélienne aura fait place à une tension accrue, lourde de dangers potentiels.
 
4. Un long chemin, poussiéreux et tortueux par Amira Hass
in Ha'Aretz (quotidien israélien) du dimanche 28 janvier 2001
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
La politique de bouclage des villes et des villages dans les territoires (palestiniens) menée par les Forces israéliennes de défense a abouti à la paralysie de la vie locale, laissant l'économie en ruines. La lutte des Palestiniens se concentre désormais sur l'invention de moyens permettant de contourner le blocus qui les étrangle. Un panneau, à l'échangeur de Makhmas, sur l'autoroute 60, artère des liaisons nord-sud de la Cisjordanie, entre Naplouse et Jérusalem, informe les automobilistes : Ramallah : à droite ; Jérusalem : à gauche. Alors que le taxi dans lequel j'étais m'emmenait en principe à Ramallah, à quatre minutes de route de ce carrefour, il tourna à gauche. Les passagers recrus de fatigue savaient pertinemment que la route choisie prendrait plus de vingt minutes supplémentaires, mais personne ne discuta la décision du chauffeur. Ils se préparèrent à une expédition par des routes défoncées, des détours, des chicanes et des barrages. Voilà quinze jours que les Forces de sécurité promettent qu'elles lèveraient les chicanes et relâcheraient l'encerclement des villes et villages (palestiniens). C'est ce qui s'est effectivement passé, à Bethléem, mais les autres villes et villages de la Cisjordanie sont toujours coupés du réseau routier prévu, justement, pour les desservir. Les habitants sont obligés de faire des détours, de marcher à pied, de changer de taxi, de gravir des collines pour prendre des raccourcis, de traverser des oliveraies ou bien ils sont, parfois, contraints de revenir sur leurs pas, à cause d'une chicane inopinée retenant, en quelques minutes, plus d'un kilomètre de bouchon, ou à cause d'un barrage qui n'existait pas la veille...
Les voyageurs en partance pour Naplouse, par exemple, doivent faire un détour qui les fait passer pratiquement par la vallée du Jourdain. Ceci, afin que l'autoroute, qui passe à proximité des colonies de Psagot, Ofra, Eli, Tapuah, Itamar et Elion Moreh, ne desserve que les seuls Israéliens.
S'il ne s'agissait encore que de perte de temps, passe encore. Mais par-dessus le marché, il faut compter avec la peur, m'explique H. , un professeur de dessin. La peur des "soldats, aux chicanes, où vous ne savez jamais de quel caprice ils pourraient être pris. Vont-ils vous faire un geste nonchalant de la main pour vous dire que la voie est libre, vont-ils retenir un bouchon d'un kilomètre de long pour plus d'une heure, vont-ils s'amuser à tirer : en l'air, ou dans les pneus de quelque voiture ?"
"Et il y a la peur de la police israélienne, dont les officiers arrêtent les voitures palestiniennes comme si leurs occupants étaient des envahisseurs étrangers, qui trouvent toujours quelque raison d'infliger une amende aux conducteurs, et il y a aussi la crainte de la police israélienne des frontières, qui rudoient régulièrement les boutiquiers qui tiennent l'épicerie située sur la route principale."
"Mais ce n'est rien, en comparaison avec la peur des colons qui attendent, en armes, aux carrefours, qui tirent ou lancent des pierres, sous la protection bienveillante de l'armée". Ainsi, quiconque arrive à destination n'a pas volé la salutation "Grâce à Dieu, vous êtes arrivé sain et sauf", que l'on entend répétrt plus que jamais ces jours derniers.
Entre Ramallah et Naplouse, les passagers se drapent dans le silence. Ils se calent, très tendus, dans leur banquette. Et lorsque le taxi se rapproche d'une colonie ou croise une jeep militaire, la tension monte. Personne ne fait de remarque au chauffeur lorsqu'il prend l'autoroute qui conduit à Ma'aleh Aphraim à cent-quarante à l'heure. Il veut rattraper le temps perdu ; mais le coeur a des palpitations à chaque épingle à cheveux. Lorsqu'un téléphone portable sonne et que le taxi est encore au milieu de sa course, les réponses restent laconiques. Certains plaisantent, et à un correspondant qui attend les participants à un colloque à l'université ou l'arrivé d'un ingénieur, ceux-ci répondent : "encore une demi-heure, si jamais nous arrivons
un jour!". Autre variante : "Nous sommes presque arrivés, nous sommes vraiment à côté : plus qu'une petite heure de route!". Enfin entrés à Ramallah ou à Naplouse, les voyageurs sont soulagés. Une jeune passagère appelle son père pour lui dire qu'elle est déjà à Ramallah. L'ingénieur du bâtiment promet d'être sur son chantier d'ici cinq minutes.
Construire de nouveaux passages
Sur le terrain, ce qui reste de l'intifada, c'est son éradication totale. Durant les premiers mois, il y avait en permanence une impression que des multitudes de personnes prenaient part à l'insurrection. Des milliers marchaient en protestation contre les blocages de routes, des centaines osaient affronter les soldats. Des meetings et des rassemblements appelaient à continuer l'insurrection et de la faire évoluer en action de masse.
"Les gens ont pris une décision", déclaraient les participants aux funérailles quotidiennes, "c'est la décision de continuer jusqu'à ce que toute trace d'occupation israélienne ait disparu. Nous ne voulons plus d'armée israélienne, ni de colonies". A l'heure actuelle, il ne reste pas grand-chose de cette résolution, et tous sont contraints à gémir sous le poids des contre-mesures israéliennes. L'encerclement, consistant à entourer et isoler les régions habitées par les Palestiniens, est la mesure visant à éradiquer l'intifada la plus efficace, c'est aussi celle qui est ressentie le plus durement, celle qui atteint tous les foyers et tous les individus, et qui atteint sont but : paralyser la vie normale et ruiner l'économie. L'intifada est, par tant, devenue une lutte au jour-le jour contre la politique d'éradication. Chaque déplacement en voiture est, en soi, une micro-révolte, une insurrection individuelle qui forme, en s'ajoutant à celle des autres, une insurrection collective.
Ainsi de N., par exemple, qui insiste à se rendre en voiture, tous les jours, à son travail à Naplouse, même si les principales routes conduisant à cette ville ont été fermées dès le début de l'intifada, et même si le voyage lui prend, depuis lors, trois heures. Il explique que, pour lui, il est inconcevable que ses étudiants soient privés de son enseignement à cause du bouclage et des colons.
Des formateurs de terrain du PARC, l'Union des Comités de Secours Agricole Palestiniens, une organisation fondée dans les années quatre-vingt, continuent eux aussi à quitter quotidiennement des villages coupés de tout, comme Beit Djan, près de Naplouse et Farha, près de Salfit, pour venir travailler dans les bureaux de cette organisation associative bénévole, dans les principales villes de Cisjordanie. Ils partent de chez eux à six heures du matin - prennent la route avant que les colons et les soldats ne commencent à empêcher les Palestiniens de franchir les chicanes - et ils ne retournent pas chez eux avant la nuit, tandis que leurs familles les attendent dans l'angoisse. Mais ils ne veulent pas abandonner leur travail, qui est, en lui-même, une forme de résistance.
Au début de l'insurrection, l'armée imposant un bouclage interne, les responsables de l'organisation ont, sans attendre, mobilisé des fonds et des travailleurs afin d'étendre les routes agricoles, de les réparer, les renforcer, les passer au rouleau compresseur et es border de bas-côtés empierrés. Cette action a, par ailleurs, donné du travail à des dizaines de travailleurs mis au chômage par le bouclage des territoires. Ils travaillent environ deux semaines par mois, et sont payés 60 nouveaux shekels par jour, de façon à assurer à leurs familles le minimum vital. C'est de cette manière que quinze kilomètres de routes agricoles ont été rénovés autour de Naplouse : ils représentent aujourd'hui les seules voies de circulation possibles pour des dizaines de villages. La paye des ouvriers cantonniers, qui représente environ 3 000 dollars au kilomètre, est assurée par le PARC et les conseils municipaux des villages concernés.
Dans les cas où le passage relie le village à une route départementale, la municipalité et l'organisation (PARC) paient, chacune pour moitié. La part échue aux villages est ramenée à 40% lorsqu'il s'agit d'une route de raccordement entre deux villages, et lorsque le raccordement doit passer à proximité d'une colonie, les municipalités ne paient qu'un quart du prix des travaux nécessaires.
Parfois, les propriétaires de carrières donnent les pierres et le gravillon à titre gracieux, ou les vendent à des prix cassés. Parfois, des conseils municipaux paient plus que ce qui leur échoit, auquel cas le surplus d'argent entrant dans la comptabilité de l'association est consacré à la construction d'un kilométrage de route supplémentaire dans une autre localité.
Baker Hamad, le directeur du bureau du PARC de Naplouse, fait part de son inquiétude que la réparation et l'élargissement de routes et chemins agricoles n'aboutissent à consacrer sur le terrain une situation dans laquelle seuls les colons et l'armée pourraient utiliser les routes modernes et bien entretenues, permettant d'aller à grande vitesse, tandis que l'accès en serait interdit aux Palestiniens. Mais Hamad se reprend, et admet qu'il n'y a pas d'autre alternative, parce que les gens veulent continuer à vivre et parce que si les Israéliens décident de les boucler, les Palestiniens doivent pouvoir avoir un moyen d'échapper au bouclage.
Il existe d'autres formes de lutte contre le blocage des routes principales. Dans certains villages et dans certains camps de réfugiés, les habitants jouent au chat et à la souris avec les soldats. Ils enlèvent une partie des tas de terre mis sur la route pour la bloquer, font pivoter les blocs de ciment sur les côtés pour dégager le passage, et comblent les tranchées profondes creusées par l'armée avec des bulldozers. Des villageois me disent que tenter de profiter d'une période de levée du blocage pour se déplacer expose parfois aux tirs des colons. Parmi les colonies présentant le plus de danger pour les Palestiniens en transit, citons : Halamish, Shiloh, Elion Moreh et Yitzhar.
Embouteillages
Hamad vient de la région de Salfit, tous les jours. Le voyage, qui prend normalement vingt minutes, est devenu une épreuve : il lui faut maintenant une heure et demie. La route directe entre le village de Hawara et Naplouse (environ 9 kilomètres) est impraticable en raison du bouclage. Les voyageurs en provenance du sud et de l'ouest de la Cisjordanie passent, en voiture, à travers le territoire du village de Bourin. Le chemin est pentu, tordu, plein de nids de poule et de cailloux qui criblent les voitures venant en face, que l'on doit croiser, l'une après l'autre, en prenant mille précautions pour éviter l'accrochage. Les ambulances allant à l'hôpital de Naplouse doivent, elles aussi, se traîner sur cette sorte de piste, la plus embouteillée de tout le département, aux heures de pointe (huit heures du matin, quatre heures de l'après-midi).
Il n'est pas rare de voir un âne ou deux, sur cette route tortueuse, portant deux enfants, cartable dans le dos, qui sourient triomphalement en dépassant des voitures bloquées ou se traînant dans les embouteillages, bien que la marche de leur âne soit des plus poussives.
Peu importe ce que ces gamins pensent de l'école. Dès lors que la politique de bouclage des territoires empêche des milliers d'étudiants et des centaines d'enseignants de se rendre à leurs cours, le simple fait d'aller en classe est devenu, en soi, un défi à l'occupation. Voyager sur ces pistes est loin d'être une sinécure. Hamad emporte avec lui une bouillotte pleine d'eau chaude pour tenter de calmer son mal de dos. L'une des employées du PARC à Naplouse a fait une fausse couche, la semaine dernière, après trois mois passés à s'épuiser quotidiennement - deux fois par jour - sur ce trajet cauchemardesque. Des jeunes désoeuvrés attendent, à proximité de deux ou trois virages sévères de cette route, et proposent thé ou café aux voyageurs, à un demi-shekel la tasse...
A deux reprises, Hamad a failli être blessé par des pierres lancées par des colons sur le taxi qu'il avait emprunté. Le conducteur et un autre passager avaient été blessés aux yeux, les deux fois, par des éclats de verre. Des dizaines de voitures circulent sur les routes de Cisjordanie avec des vitres manquantes. Leurs propriétaires n'ont pas les moyens de les faire réparer, explique Samir Je'usi du Syndicat des Chauffeurs de taxi de Ramallah. Sa propre voiture a la glace arrière fêlée, résultat d'une pierre lancée par un colon.
Les compagnies d'assurance palestiniennes refusent de couvrir ces sinistres : il s'agit bien, n'est-ce pas, d'un état d'urgence, d'une guerre, cas exclus - en petites lettres - par les polices d'assurance ? Les assureurs disent : "si l'Autorité le décide, nous rembourserons". Mais l'autorité n'a pas encore pris de décision, et les dégâts liés à la lutte pour l'indépendance sont assumés par les citoyens, comme les autres dommages occasionnés par le bouclage, l'état de siège et le chômage. Dans le département de Ramallah, environ 150 chauffeurs de taxi, sur 500 qu'en compte le département (les taxis représentant le principal moyen de transport)  sont actuellement au chômage. Le bouclage interne des territoires a des effets dévastateurs pour le secteur des taxis : M. Je'usi estime que le nombre de passagers voyageant vers- et de- Ramallah a diminué de soixante pour cent. En temps normal (nous devrions dire : "en des temps plus normaux), environ 30 000 usagers passaient chaque jour par la gare routière centrale de Ramallah, point de départ de la plupart des lignes de taxis : aujourd'hui, ils ne sont plus que 10 000 au maximum. Après quatre heurs de l'après-midi, la station est vide de passagers et même de taxis. Dans le passé, les passagers faisaient la queue jusqu'à des dix ou onze heures du soir... Aujourd'hui, ils se dépêchent pour être rentrés chez eux avant la tombée de la nuit. "Chaque mois, c'est pire que le mois d'avant, chaque jour semble un recul", remarque M. Je'usi. Les courses ayant été considérablement allongées, elles sont du même coup devenues beaucoup plus chères. Au lieu de payer 9 nouveaux shekels, pour aller à Naplouse, de Ramallah, chaque passager doit maintenant en payer 20". La plupart des gens ne peuvent payer un tel prix, et renoncent à faire le déplacement. Ils ne se déplacent que quand ils sont obligés de le faire, et lorsqu'ils le font, ils prennent soin de s'enquérir des besoins de voisins ou d'autres habitants de leur village. Les propriétaires d'une épicerie située à proximité du trajet des taxis pour Bir Zeit, sur l'une des rues qui conduit à la Place Manara, raconte : "Autrefois, quand quelqu'un entrait - un chauffeur de taxi, ou un passager - pour acheter un paquet de cigarettes, il achetait aussi du chocolat pour les enfants et me demandait parfois de lui préparer un sandwich au salami. Aujourd'hui, le rare client achète son paquet de cigarettes et file comme un voleur..."
Les trajets sont allongés non seulement par les détours imposés, mais aussi à cause des barrages "volants": "nous attendons, nous voyons le soldat israélien fumer sa clope en toute quiétude, s'appliquant à ne rien faire", nous dit un chauffeur de taxi. "Dix minutes passent, puis encore dix minutes : personne ne nous dit ce qui se passe. Puis, parce que ça lui chante, le soldat laisse passer cinq voitures, sans vérifier quoi que ce soit, et il se remet à retenir les autres, pour passer le temps..."
Certains soldats font preuve d'initiative, ce qui est encore pire, remarque G. Il devait attendre à un barrage sur la route conduisant à Burka (faubourgs de Naplouse, NdT). Le soldat qui lui avait ordonné d'attendre, après avoir passé un bon moment à scruter sa carte d'identité, griffonna une annotation en hébreu sur une page de son bloc de papier, qu'il lui tendit : "G. Est convoqué chez le Capitaine Omer tel jour, à telle heure, au camp d'Ofer" (entre Givat Ze'ev et Beitounia). G. Pense que le soldat se f.. de sa gueule, mais il n'en est pas moins inquiet : et s'il s'agissait d'une vraie convocation et s'il pouvait lui arriver quelque chose de fâcheux s'il ne s'y rendait pas ?
Gaz lacrymogènes à la mosquée
La semaine dernière, les soldats qui imposèrent le couvre-feu au village de Silwad, à l'est de Ramallah, pour quatre jours, ne plaisantaient pas. Ils ont tiré sur des jeunes qui essayaient de défier le couvre-feu, et ont lancé des grenades lacrymogènes à l'intérieur de la mosquée, en pleine prière du vendredi. Jeudi dernier, 18 janvier, un bus israélien se rendant à la colonie d'Ofra avait essuyé des tirs. Le couvre-feu a été imposé, quelques heures après. Des troupes ont investi le village. Avant la prière du vendredi, dans l'après-midi, les gens ont été autorisés à se rendre à la mosquée et l'imam, a déclaré un fidèle, a commencé un sermon militant qui était diffusé à l'ensemble du village par haut-parleurs. Soudain, la mosquée s'emplit d'un gaz suffoquant. L'imam s'inquiéta. Il demanda à arrêter son prêche. Les gens se mirent à crier. Leurs cris ont été répercutés dans tout le village, amplifiés par les haut-parleurs. Les gens - surtout des femmes - qui étaient restés chez eux, ont pensé immédiatement à ce qui s'était passé à la mosquée d'Abraham, à Hébron, où le colon Baruch Goldstein avait massacré des fidèles musulmans en prière, en 1994. Malgré le couvre-feu, elles sont sorties en courant de chez elles, pour se précipiter à la mosquée. Les soldats, réalisant ce qui se passait, ont cessé de tirer leurs grenades lacrymogènes.
Sur ces entre faits, plusieurs fidèles qui avaient été emprisonnés en Israël sous l'accusation d'activisme pour le Fatah, essayaient de calmer les gens, demandant à l'imam de continuer son sermon. Ils avaient une certaine expérience des gaz lacrymogènes dans un espace confiné. Mais pour les jeunes enfants, c'était leur première expérience des gaz, des tirs et du couvre-feu. "J'espérais, en vain, que mes enfants ne connaissent jamais ce que nous, nous  avions connu", m'a dit l'un des militants du Fatah de ce village. A Ramallah, pourtant toute proche, les gens avaient à peine conscience du fait qu'il puisse y avoir un couvre-feu, tout comme les habitants de Gaza ont cessé désormais de se préoccuper des bombardements quasi-quotidiens supportés par les résidents des camps de réfugiés à Khan Yunis et à Rafah. Les communautés locales sont tellement coupées les unes des autres, et les moyens d'éradication employés par les Forces israéliennes varient en sévérité dans de telles proportions, que le sentiment de fraternité dans la lutte, entre Palestiniens, s'effiloche. Dans tout groupe de villages, il y en a toujours un ou deux qui sont plus éloignés des colonies de la région. Ces villages souffrent moins du siège imposé par les Forces de défense, dont les colons décident eux-mêmes de l'étendue, à leur propre initiative. Dans d'autres villages, complètement assiégés et coupés du monde, on peut entendre des gens se plaindre que "les habitants des villages voisins continuent à vivre normalement", comme si l'insurrection et son éradication par l'armée israélienne les avaient épargnés.
Le jeudi de la semaine précédente, au matin, une chicane de l'armée, près de la colonie d'Halamish, empêchait tous les villageois de la région, parmi lesquels les habitants de Bani Zid, Kafr Ein, Deir Ghassana, Nabi Salah et Kafr ed-Dik, de se rendre par la route à Ramallah, chef-lieu du département. Enseignants, infirmières, médecins, fonctionnaires de l'Autorité palestinienne, épiciers, grossistes en produits laitiers - tous étaient contraint de s'arrêter et de rebrousser chemin. Furieux, ils se mirent à jeter des pierres aux soldats israéliens. Mercredi dernier, le même scénario s'est répété, et dix personnes ont été blessées par les tirs des soldats, m'a rapporté un témoin. "Nous sommes loin de toute ville importante, alors personne ne s'occupe de nous", se plaignait Abd as-Salam, un habitant du village de Beit Rima. "Ni les Israéliens, ni le monde entier, ni les Palestiniens".
 
5. Barak à la pêche aux voix arabes par Alexandra Schwartzbrod
in Libération du vendredi 26 janvier 2001
Remontée contre le Premier ministre, la communauté redoute Sharon.
Nazareth envoyée spéciale - «Espèces d'horreurs... de monstres... traîtres !...» Plaqué contre la barrière métallique à s'en déchirer le ventre, l'homme hurle puis retombe, brisé, dans une sorte de triste torpeur. Dans ses mains, la photo d'un gamin d'une dizaine d'années, les joues rondes, les yeux vifs. «Les gens qui rentrent ici vont voir un assassin. C'est lui qui a tué cet enfant... Mon fils.» A Nazareth, mercredi soir, il fallait rentrer la tête et refouler sa gêne pour braver les insultes des manifestants et monter le chemin cerné de Jeeps et d'hommes en armes qui conduisait à «l'Hôtel des Jardins», au meeting du Premier ministre israélien. A l'entrée, au pied d'une roche couleur ocre drapée d'un drapeau palestinien, des dizaines d'Arabes israéliens s'étaient regroupés, brandissant les photos de 13 des leurs, tués par la police pendant les manifestations d'octobre, organisées en solidarité avec les Palestiniens des territoires.
20 % d'indécis. Barak surgit soudain, comme monté sur ressorts, par une porte dérobée qui lui a permis d'éviter les manifestants. Affublés de tee-shirts d'adultes où l'on peut lire le slogan de campagne des travaillistes, «Pour le futur de nos enfants», des tout-petits, amenés par car d'un village bédouin, se mettent à crier «Barrrrak!... Barrrrrak!...». Attablé dans la fumée, un jeune du coin marmonne: «C'est de la merde... de la propagande... Je ne suis pas venu pour Barak, mais parce que je suis contre Sharon...».
Comme la plupart des Arabes israéliens, qui représentent plus d'un million de personnes, soit 18,6 % de la population israélienne, Ahmed est très embêté. Voter Barak lui arrache le ventre: il ne peut pas oublier que sa police a tiré sur son propre peuple. Mais il sait aussi que s'abstenir, comme certains députés arabes israéliens le préconisent, c'est favoriser l'élection de Sharon, cet homme «très dangereux... capable de déclencher une guerre», mais que tous les sondages donnent vainqueur. Il fait partie de ces quelques 20 % d'indécis qui pourraient peut-être faire basculer le scrutin du 6 février.
Outre les enfants, l'équipe de campagne de Barak a ratissé très large: il y a là des Arabes israéliens de Nazareth et des environs, mais aussi des druzes, des bédouins et des tcherkesses. «Il ne m'a pas été facile de venir ici aujourd'hui, mais je suis sûr que si le Premier ministre avait été parmi les policiers, il leur aurait demandé de cesser le feu», plaide le député druze Saleh Tarif. Plus tard, Osnia Achbar, Arabe israélien du parti Meretz (laïc de gauche) ose la métaphore: «C'est l'histoire d'un homme qui s'est coupé le nez pour punir sa femme: si nous votons Sharon ou si nous votons blanc, c'est comme si nous nous coupions le nez. Si Sharon vient au pouvoir, nous n'aurons plus de rêves! J'appelle tous ceux qui sont ici à penser avec la tête et pas avec les tripes!».
A sa suite, le président du conseil régional, Jerais Khouri, apostrophe le Premier ministre: «Si nous avons bravé les insultes pour venir ici, c'est que nous sommes prêts à te donner une seconde chance! Mais, le 7 février, n'oublie pas les Arabes israéliens!...» Issus des Palestiniens restés en Israël après 1948, ceux-ci sont largement représentés à la Knesset, mais ils ont un niveau de vie très inférieur à celui des juifs israéliens. La salle applaudit donc à tout rompre.
«Pardon». C'est le tour de Yossi Beilin, le ministre de la Justice. «Je suis venu ici vous dire pardon pour ce qui s'est passé. Si l'on relit l'Histoire, vous êtes pour nous des cousins, mais dans la vie de tous les jours, vous êtes des frères... Nous avons mal quand vous avez mal.» Chauffée à blanc, la salle attend.
Barak va-t-il lui aussi s'excuser? A son tour, le Premier ministre prend la parole, jaune de fatigue, un petit sourire plaqué aux lèvres. «Je veux dire combien j'ai de la peine et présenter aux familles mes condoléances. Dans notre pays, chaque citoyen doit sentir que cet Etat est à lui. Le secret du succès est dans l'unité. Je vous le dis, dans chaque ville, chaque village, réunissez-vous et venez voter.» La salle n'écoute déjà plus, elle attendait de vraies excuses, pas cette tirade tiède et insipide. A peine Barak a-t-il terminé que chacun se lève, impatient de prendre l'air.
 
6. La CIA pessimiste pour les pays arabes par Joseph Samaha
in Al Hayat (quotidien arabe publié à Londres) traduit dans Courrier international du jeudi 25 janvier 2001
Chômage, terrorisme et montée en puissance de l’islamisme... Selon un rapport récent du service d’espionnage et de contre-espionnage des Etats-Unis, l’avenir de la région s’annonce sombre.
"D’ici à 2015, le monde arabe va se trouver dans une situation dramatique avec pour seule perspective le chômage. Dans ces conditions, les jeunes chômeurs arabes vont devenir la proie de tous les extrémismes et vont chercher leur salut dans le terrorisme en refusant toute ouverture sur le monde extérieur.
Par ailleurs, les gouvernements arabes vont se montrer incapables de gérer le destin de leur population, qui va dès lors souffrir de pénuries en tout genre. Le monde arabe, négligé par les investisseurs, se distinguera par la dégradation de son environnement. Ces mêmes gouvernements refuseront d’encourager l’émergence d’un secteur privé, fut-il embryonnaire. Dans ces conditions, aucune réforme politique, aucune ouverture du champ médiatique ne pourra être envisagée dans cette région du monde. Bien entendu, les régimes arabes en place n’auront pas les moyens d’assurer le service minimum nécessaire à une population, urbaine et rurale, en constante augmentation.”
Ces quelques lignes résument la vision pessimiste qu’entretient la CIA quant à l’avenir bien sombre qui attend le Moyen-Orient et le nord de l’Afrique d’ici à 2015. Il s’agit d’un extrait d’un rapport dont la CIA a accepté de rendre publics certains passages en les publiant sur son site Internet. L’étude ne concerne pas seulement le Moyen-Orient et le nord de l’Afrique, elle englobe aussi le monde entier. Ces tendances vont être influencées par plusieurs facteurs déterminants tels que la démographie, les ressources naturelles et l’environnement, les sciences et la technologie, l’économie et la mondialisation, les conflits potentiels à venir et le rôle des Etats-Unis.
Selon ce rapport, la plupart des régimes arabes vont continuer à refuser le changement, notamment dans le domaine de l’enseignement. Cette confrontation entre la “pression” et l’“immobilisme” va inévitablement conduire à des révoltes et à la constitution de mouvements extrémistes dirigés contre ces régimes et ceux qui les soutiennent.
L’étude de la CIA range la plupart des Etats arabes dans la plus mauvaise catégorie pour ce qui est du traitement infligé aux organisations non gouvernementales. La collaboration entre ces différents pays pour réprimer toute initiative indépendante ne pourra cependant pas arrêter, selon ce rapport, le développement d’une concurrence entre ces Etats dans le domaine de la course aux armes de destruction massive. Paradoxalement, cette fuite en avant n’empêchera pas les armées de ces pays d’être peu performantes sur le plan militaire. Dans ces conditions, les guerres dans le monde arabe vont prendre la forme d’actions terroristes, de rébellions ou de conflits à connotation ethnique et religieuse. Par conséquent, les Etats-Unis devront supporter leur part de terrorisme moyen-oriental.
Selon ce rapport de la CIA, l’omniprésence d’un appareil d’Etat corrompu et incapable d’assurer la gestion des infrastructures va décourager l’investissement privé et agir comme un repoussoir à l’égard des détenteurs de capitaux cherchant à placer leur argent. En l’absence de réformes, cette situation va empirer et permettre l’arrivée au pouvoir des islamistes dans des pays pratiquant une relative ouverture politique et où l’élite laïque a perdu toute capacité d’influence. Il est intéressant de noter qu’il est fondé sur l’idée que les intérêts américains ne sont pas vraiment menacés et que la première puissance du monde peut très bien s’accommoder de cette situation de crise chronique qui prévaut déjà dans le monde arabe, en Afrique ou encore au Pakistan.

7. Un spectre hante Israël par Elias Sanbar in Le Monde du jeudi 25 janvier 2001
Elias Sanbar est rédacteur en chef de la "Revue d'études palestiniennes". Il a été chargé de la délégation palestinienne aux négociations multilatérales de paix sur les réfugiés, entre 1993 et 1996.
UN spectre hante Israël, celui d'un peuple qu'il espérait à jamais confiné au territoire de l'absence. Un spectre hante Israël, qui le tourmente et pousse les plus pacifistes de ses citoyens à crier à la disparition programmée. La question des réfugiés palestiniens, de leur droit au retour, revient au-devant de la scène et cette apparition des absents, quatre millions de personnes qu'Israël souhaitait voir noyées dans les eaux de l'exil forcé, ébranle un processus de paix déjà malmené et provoque, selon le camp auquel on appartient, la peur ou l'espoir d'une justice retrouvée.
Et reviennent les constats chargés de lassitude et de fatalité qui répètent à l'envi que ce conflit est insoluble et que cette tragédie, comme tout drame digne de ce nom, se conclura dans le feu et le sang. Et pourtant Un autre épilogue est possible, à condition d'oser prendre à la gorge cette histoire, de s'y confronter, armé, tout à la fois, d'un devoir de vérité, d'un désir de justice et d'une éthique politique de la réconciliation.
Une terrible injustice commise par un peuple à l'égard d'un autre peut-elle, malgré les années de peine, de misère, de souffrance et de déni de droit, se conclure par une réconciliation réelle, seule condition d'une paix véritable  ? La question, la seule qui mérite d'être posée en tout cas, est là.
Les deux protagonistes principaux de cette histoire, les Israéliens et les Palestiniens, s'affrontent depuis un siècle.
Leur confrontation est passée par quatre grandes phases.
–  Un face-à-face violent, une double présence sur la terre de Palestine, opposant la colonisation sioniste au peuple palestinien aspirant à l'indépendance et à la souveraineté. Cette phase, celle du mandat britannique, se termina par l'expulsion des Palestiniens et la proclamation de l'Etat d'Israël en 1948.
–  Une période de déni mutuel d'existence que résume ce redoutable énoncé  : l'existence de l'un des deux adversaires ne peut être assurée que par la disparition de l'autre. «  Vous n'existez pas  », clament les Israéliens à l'égard des Palestiniens, et ces derniers leur répondent  : «  Vous n'existerez plus.  » Commencée après le 15  mai 1948, cette phase, la plus dure à ce jour, a couvert quatre décennies, connu quatre guerres régionales ponctuées d'affrontements et de violences. Elle fut également marquée par la renaissance du mouvement national palestinien et l'obstination d'un peuple à ne pas disparaître. Elle a abouti, au terme d'innombrables épisodes et rebondissements, à un tournant historique, celui de l'échange, la veille de la signature des accords de paix en 1993, de lettres de reconnaissance réciproque et simultanée entre les deux adversaires. Nourri d'un optimisme d'autant plus grand que l'impasse avait été longue, l'espoir revint qu'il était possible de briser l'équation du double déni d'existence, dès lors que les principes d'égalité et de réciprocité seraient au rendez-vous.
–  La troisième phase suivit l'échange de reconnaissances. Elle imposait des révisions déchirantes pour l'un et l'autre des deux camps. Pour les Palestiniens, l'engagement dans le processus de paix s'accompagnait – ce fait est capital et sans doute est-ce l'une des raisons du fait qu'il est passé sous silence dans l'ensemble des «  analyses  » que nous lisons ici ou là – d'une blessure infinie, celle de l'acceptation du principe du partage de leur patrie et du fait que leur Etat ne s'établira que sur 20  % de la patrie palestinienne. 
Pour les Israéliens aussi, l'heure des choix brutaux, dont le premier de tous, celui de l'intériorisation du principe d'égalité entre les Palestiniens, les Arabes et eux, avait sonné. Elle imposait – c'est la différence profonde entre «  faire la guerre  » et «  faire la paix  » – qu'ils se fissent violence à eux-mêmes, non plus à l'adversaire. Face à ce défi, Israël a reculé. Bien qu'engagés par les promesses de leurs négociateurs, ses gouvernements successifs ont, pour se soustraire à l'épreuve, multiplié les faits accomplis, au premier rang desquels la colonisation. Neuf ans après l'inauguration du processus de paix, écrasés et las d'attendre, la société, le camp de la paix palestinien, non les «  extrémistes  », se sont soulevés.
–  La phase actuelle du conflit est bien celle-ci qui place Israël et l'Autorité palestinienne devant une double échéance  : la fin de l'occupation certes, mais aussi, surtout, la fin du conflit. Les conditions de la fin de l'occupation –  démantèlement des colonies, retrait de tous les territoires occupés, dont Jérusalem-Est, naissance d'un Etat palestinien indépendant et souverain –, quoique extrêmement difficiles à mettre en œuvre, sont évidentes. Celles de la fin du conflit, au premier rang desquelles la solution de la question des réfugiés, se révèlent infiniment plus difficiles, quasiment impossibles, à satisfaire.
D'où vient cette difficulté particulière  ?
Pour les négociateurs palestiniens, le droit au retour –  qui n'est pas le pendant de la loi israélienne du retour – est un droit humain inaliénable, non un droit à immigrer dans un pays donné. Ce droit n'est donc pas négociable, mais son application, sa mise en pratique, le sont, dès lors que ce droit est reconnu. On le voit bien, cet énoncé recèle non seulement une position de principe, mais aussi un ordre de séquence, deux phases en somme  : la reconnaissance du droit doit précéder son application  ; elle est impérative pour pouvoir négocier, c'est-à-dire relativiser, sa mise en pratique. Le premier temps donc est la condition de l'avènement du second.
Ayant inversé cet ordre, Israël, qui espère ainsi échapper à l'obligation de reconnaître sa responsabilité dans l'expulsion, n'aborde que l'application du droit au retour, qu'il présente comme forcément maximaliste, donc inacceptable. «  Israël n'acceptera jamais d'être noyé sous le raz-de-marée des réfugiés  », affirme-t-il.
D'où vient l'immense difficulté d'Israël, toutes tendances politiques confondues, à reconnaître le droit au retour  ? Il faut aborder le nœud originel du conflit pour y répondre.
Percevant Israël comme un «  bien absolu  », car fondé en réponse, en riposte, contre un «  mal absolu  » – la persécution des juifs qui culmina avec la barbarie nazie –,  les Israéliens ne peuvent concevoir que leur Etat soit né d'une injustice faite à un autre peuple. Plus grave, toute reconnaissance de cette injustice est comprise par eux comme suicidaire  : reconnaître ce qu'ils ont fait aux Palestiniens équivaudrait pour les Israéliens à entériner à terme la disparition de leur Etat.
Peut-on reconnaître l'existence de l'Autre palestinien sans pour autant renier la sienne  ? Le dilemme, en apparence insoluble, le défi historique auquel est confronté Israël, sont là.
J'ai dit plus haut que cette tragédie pouvait connaître un heureux dénouement à condition que ses acteurs assument tout à la fois un devoir de vérité, un désir de justice et une éthique politique de la réconciliation.
Or, et aussi paradoxal que cela puisse paraître en ces temps d'affrontements et de répression meurtrière, un chemin a déjà été parcouru dans cette voie.
Les travaux des historiens des deux bords, des Israéliens surtout qui ont entrepris la révision du récit officiel des événements de 1948, sont là pour le montrer. De même, le désir de justice et de paix est indéniablement présent chez nombre d'Israéliens de bonne volonté. Il n'en va pas de même pour l'éthique politique de la réconciliation, cette valeur supérieure qui fait toute la différence entre la fin de l'état de guerre et la paix véritable, entre la «  paix froide  » et la paix des cœurs.
Or cette dernière est précisément indissociable de la reconnaissance du droit au retour par Israël.
Cette réconciliation, je sais que les Israéliens, nombre d'entre eux me l'ont affirmé au cours de conversations sincères, la souhaitent. Ils ont peur néanmoins de franchir le pas, de courir le risque, immense à leurs yeux, de se retrouver soumis à une sorte d'escalade des revendications palestiniennes. Je sais également qu'ils ne nous font pas confiance, tout comme nous ne leur faisons pas confiance.
Je sais aussi que le risque qu'ils appréhendent existe. Mais j'ai la conviction qu'il n'y a d'autre issue que de le courir, tout comme les Palestiniens l'ont fait lorsqu'ils ont adhéré à l'idée de la cœxistence.
Israël est obsédé, depuis sa fondation, par l'idée de sa reconnaisance, de son admission, de son acceptation. Il sait, même s'il a une grande difficulté à l'admettre publiquement, que son acceptation ne peut être pleinement et durablement assurée ni par son redoutable appareil militaire ni par les relations diplomatiques qu'il entretient avec l'ensemble des grandes puissances de ce monde.
Israël sait qu'il ne suffit pas d'être légitime pour ses citoyens, que la légitimité complète, aboutie, celle à laquelle il affirme aspirer – les juifs devraient être plus aptes que d'autres à entendre mon propos –, dépend du pardon que seule sa victime, le peuple arabe de Palestine, peut donner.
Et mon peuple, je l'affirme ici, le donnera dès lors qu'Israël abandonnera l'alibi de l'adversité arabe «  éternelle  » pour oser se regarder dans son miroir et reconnaître que, en Palestine, c'est l'Autre palestinien qui fut sa victime.
Alors, le peuple palestinien, démuni, occupé et persécuté, mais debout, engagé depuis un siècle dans un irréductible combat pour sa liberté, sera au rendez-vous de la réconciliation et de la paix.
 
8. L'équipe Bush commence à s'intéresser - en marchant sur des oeufs - au Moyen-Orient par Jane Perlez
in The New York Times (quotidien américain) du jeudi 25 janvier 2001
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]
Washington, 24 janvier - En une démarche contrastant avec les marchandages frénétiques entre l'administration Clinton et les négociateurs israélo-palestiniens au cours des derniers mois, des hauts responsables de l'administration Bush sont en train d'adopter une approche plus apaisée en ce qui concerne la session de négociations en cours.
Le Premier israélien, Ehud Barak, a téléphoné au nouveau Secrétaire d'Etat Colin L. Powell, qui en était à son deuxième jour de fonctions, pour l'informer de la marche des pourparlers. Le leader palestinien, Yasser Arafat l'a appelé ce jour pour l'informer de sa vision des choses, la conversation ayant duré une dizaine de minutes, a indiqué le Département d'Etat (Affaires Etrangères, aux USA).
Mais plutôt que de se trouver impliqué dans une comptabilité des coups échangés, ou de tenter de négocier un accord, l'administration Bush se contente de laisser la situation au Moyen-Orient se décanter, et d'attendre le verdict des élections en Israël, qui auront lieu le 6 février prochain, ont indiqué des officiels.
Le Général Powell a délégué la partie substantielle du travail sur les conversations de Taba (en Egypte), dont on attend qu'elles reprennent, après une interruption mardi et mercredi derniers, à ses ambassadeurs dans la région, a indiqué aujourd'hui le porte-parole du Département d'Etat, Richard Boucher.
"Les ambassadeurs - à la demande du Secrétaire d'Etat Powell - les ambassadeurs restent les principaux responsables du suivi des pourparlers", a indiqué M. Boucher. "Nous n'y participons pas, mais, bien entendu, notre intérêt pour ces conversations est inchangé et nous restons en contact".
Mais des responsables politiques des ambassades américaines en Israël et en Egypte suivaient les pourparler depuis la localité voisine de Taba, tandis que les ambassadeurs eux-mêmes restaient à Tel Aviv et au Caire.
Aujourd'hui, M. Bush semblait détourner l'attention des conversations israélo-palestiniennes pour la focaliser vers des pays arabes importants, en téléphonant à quatre chefs d'Etat : le Roi Fahd et le prince héritier Abdullah, d'Arabie Saoudite ; le président égyptien, Husny Mubarak et le Roi Abdullah de Jordanie.
Le porte-parole de la Maison Blanche, Ari Fleisher, a qualifié ces conversations téléphoniques "d'effort visant à souligner les relations suivies que les Etats-Unis entretiennent avec ces nations." Il a ajouté qu'elles avaient un caractère "de prise de connaissance", s'abstenant de toute précision quant à leur contenu.
Avant de prendre leurs fonctions, les conseillers de M. Bush ont tenu à préciser qu'ils procéderaient à un recentrage de la politique américaine au Moyen-Orient, en renforçant les liens avec les pays arabes modérés, dont les dirigeants ont exprimé le désarroi qu'il ressentent d'avoir été ignorés par une administration Clinton entièrement dévouée à la réalisation d'un accord de paix israélo-palestinien.
Mais un autre facteur ne manque pas de jouer un rôle dans l'attitude de la nouvelle administration américaine : les officiels de l'administration Bush ont tout l'air de croire qu'il y a bien peu de chances que les conversations, en Egypte, aboutissent à quoi que ce soit d'important.
Ces officiels ont indiqué qu'en dépit de comptes-rendus optimistes reçus de la part des négociateurs tant israéliens que palestiniens, la vraisemblance d'un accord substantiel entre les deux parties, avant les élections du 6 février, en Israël, est plus que faible.
Robert Pelletreau, ancien ambassadeur en Egypte, a indiqué que l'équipe Bush n'est pas très encline à prendre le train des négociations en marche : "ils ne veulent pas se retrouver bousculés, et contraints à prendre des décisions de court-terme, qui pourraient avoir des conséquences sur le long-terme".
Sous la direction du Général Powell, le Département d'Etat envisage la vraisemblance d'une victoire d'Ariel Sharon, le candidat-faucon du parti Likud (droite) et de la défaite d'Ehud Barak, indiquent des sources officielles. L'un des problèmes auxquels Washington va se trouvée confrontée est la configuration que pourrait prendre le nouveau gouvernement en Israël, à savoir si M. Sharon a l'intention de former un gouvernement Likud - minoritaire - ou si le Parti Travailliste va le rejoindre pour former un gouvernement d'union nationale.
Quant à la question de savoir qui va diriger la politique moyen-orientale dans le département du Général Powell, elle n'avait pas encore reçu de réponse ce jour, le nouveau Secrétaire d'Etat étant encore aux prises avec l'organisation interne de son ministère.
Au cours d'une réunion, tenue ce jour au Secrétariat d'Etat, l'accent a été mis sur la nature transitoire des négociations en cours. L'ambassadeur d'Israël à Washington, David Ivri, a rencontré le chargé des affaires du Proche-Orient, Edward Walker. Mais si M. Sharon devient Premier ministre, il est vraisemblable que M. Ivri sera remplacé. M. Walker, quant à lui, partira vraisemblablement à la retraite dès le retour à Washington de William J. Burns (actuellement  ambassadeur des Etats-Unis à Amman), retenu par le Général Powell pour lui succéder...
L'ambassadeur actuel des Etats-Unis en Israël, Martin Indyk, nommé personnellement à ce poste politique par le Président Clinton, a été prié de rester à son poste jusqu'à l'été, ont indiqué des sources officielles.

9. "La politique de Bush sera plus équilibrée" - Khalil Jahshan, vice-président du comité anti-discrimination (Anti-Discrimination Committee, ADC), la plus importante organisation d’Arabes américains, s'exprime sur la nouvelle Administration propos recueillis par Hoda Tawfiq
in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 24 janvier 2001
Washington, de notre correspondante
- Al-Ahram Hebdo : Quelle sera la politique proche-orientale de la nouvelle Administration américaine ?
- Khalil Jahshan : En ce qui concerne le Proche-Orient, les conceptions de la nouvelle Administration républicaine sont différentes de celles de Clinton. Cette différence porte sur un bon nombre de facteurs-clés et sur le traitement du dossier. L'Administration Clinton, a, durant 8 ans, fait du processus de paix la base de ses relations avec les pays de la région. Elle mettait les intérêts israéliens en tête, et son équipe aux négociations avait le droit d'opposer son veto à toute décision sur les autres dossiers des relations arabo-américaines. Mais cette politique a porté atteinte aux intérêts américains dans la région et aux relations avec les plus importants alliés arabes des Etats-Unis.
L'Administration Bush a déjà précisé qu'elle conçoit différemment ses relations avec la région. Et le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, a confirmé ceci devant la commission des relations extérieures au Sénat en rappelant que l'Administration Bush traite le Proche-Orient en tant que région, et non pas uniquement à partir du processus de paix et des intérêts d'Israël. C'est un progrès ! Les conceptions de l'Administration Bush permettront aux relations arabo-américaines d'évoluer dans un contexte plus large, ce qui mènera à leur amélioration et, par conséquent, conférera aux pays arabes une influence plus grande dans un processus de paix équitable.
— Faut-il donc que les Arabes entreprennent des démarches auprès de la nouvelle Administration ?
— Bien sûr. De fait, les organisations arabo-américaines vont adresser ces prochains jours à la Maison Blanche un plan d’action politique. Ce plan met l'accent sur les erreurs commises au cours des huit dernières années. Ces erreurs se rapportent en effet au parrainage du processus de paix par l'Administration Clinton qui a mené à une impasse et a conduit à l’échec du rôle américain. L'Administration Clinton aurait pu prendre en compte les intérêts de toutes les parties concernées : les Palestiniens, les Américains et les Israéliens. Mais elle ne l'a pas fait. Nous voulons attirer l'attention de l'Administration Bush sur notre point de vue, à nous les Arabes américains, concernant les exigences de la paix. Ce qui permettra l'instauration d'une paix globale et équitable dans la région. Pour ce faire, nous allons présenter des idées et des propositions.
Il faut tout d'abord avoir une vision globale des relations arabo-américaines, que ce soit en ce qui concerne les relations bilatérales ou les relations avec la région dans son ensemble. D'autre part, il est à noter que les relations des Etats-Unis avec la région n'ont été à aucun moment réévaluées comme ce fut le cas pour d'autres régions du monde, notamment après l'effondrement de l'Union soviétique et la fin de la guerre froide, au début des années 1990. A l'époque, ils ont commencé à étudier les possibilités d'améliorer leurs relations avec leurs alliés dans ces régions. C'est ce qu'ils n'ont pas fait avec le monde arabe. L'Administration Clinton n'a entrepris aucun pas dans ce sens. Ce que nous souhaitons maintenant, c'est élever le niveau des relations arabo-américaines jusqu'à un niveau stratégique et une coopération qui sert les intérêts des deux parties. Nous ne voulons pas que ces relations continuent à évoluer dans un sens unique comme ce fut le cas durant les dernières années : l'Oncle Sam demande et les Arabes donnent, sans rien prendre en échange. En effet, la réussite de toute relation bilatérale dépend de son évolution dans les deux sens. Il faut qu'il y ait intérêts pour les deux parties. Il faut donner et prendre. Ceci exige un changement. Et le moment est maintenant propice, car l'Administration Bush évoque une politique globale avec tous ses amis arabes.
— Quelle sera la différence entre les méthodes Bush et Clinton concernant la crise du Proche-Orient ?
— Il s'agit d'une différence de style. Bush ne se permettra pas, à titre d'exemple, d'être un négociateur ou d'interférer en personne dans les détails des négociations et de la politique étrangère. Mais il aura un puissant secrétaire d'Etat, Colin Powell. Et ce, contrairement à Clinton qui a choisi de faibles secrétaires d'Etat. Du coup, sous Clinton, le centre de gravité s’est déplacé à la Maison Blanche. Sous Bush, c'est Colin Powell qui dominera la politique étrangère et ceci constituera un changement bénéfique en faveur du processus de paix.
— Vous attendez-vous à ce que l'Administration Bush s'engage rapidement dans le processus de paix ?
— L'Administration Bush prendra son temps pour examiner le dossier de la crise du Proche-Orient, tout en suivant les résultats des élections en Israël et en gardant le contact avec les pays arabes influents. Il faut s'attendre à ce que la politique de l’Administration Bush ne permette pas à Israël de menacer les intérêts américains dans la région, contrairement à ce qui s'est passé sous Clinton. Mais des évolutions peuvent survenir à tout moment et obliger l'Administration Bush à intervenir d'urgence. Ceci arrivera par exemple en cas d’escalade militaire dans la région, ou si le processus de paix prend une tournure qui menace les relations stratégiques arabo-israéliennes.
— Colin Powell a annoncé des positions intransigeantes vis-à-vis de l'Iraq devant la commission des affaires extérieures au Sénat. Qu’en pensez-vous ?
— Ces déclarations nous préoccupent tout comme les pays arabes. Il semble que l'Administration Bush ait adopté des positions contradictoires. Colin Powell a rappelé devant la commission des relations extérieures au Sénat que les Etats-Unis ne doivent pas dorénavant se presser d’imposer des sanctions économiques aux pays étrangers. Mais il s’est aussitôt contredit au cours de la même séance en disant que les Etats-Unis doivent intensifier l'embargo et les sanctions imposées à l'Iraq tout en relançant la coalition internationale contre ce pays. La leçon que doivent tirer les Etats-Unis des 10 dernières années est que la politique d'embargo et de sanctions contre l'Iraq a été un échec et qu'elle a porté atteinte au peuple iraqien et non pas au régime, comme le souhaitaient les Etats-Unis. Ce qui est le plus dangereux à l'heure actuelle est que la politique de Bush vise au démembrement de l'Iraq, ce qui ne sera accepté ni par les pays arabes, ni par les alliés des Etats-Unis en Occident. L'Administration Bush ne pourra pas aller contre le courant international et arabe et elle ne réussira pas à utiliser les Nations-Unies pour resserrer l'étau des sanctions contre l'Iraq. Il existe un courant mondial, et non pas uniquement arabe, unanime contre ces sanctions. D'ailleurs, lorsque l'Administration Bush évoque la coalition contre l'Iraq, elle doit s'interroger tout d'abord : où sont les Etats membres de cette coalition et quelles sont leurs positions actuellement ? L'attachement de l'Administration Bush à régler d'anciens comptes fait abstraction de la réalité et montre que cette administration n’a pas fait une étude approfondie sur la situation actuelle.
— Que pensez-vous de la composition du nouveau gouvernement américain ?
— La structure de l'Administration Bush reflète les différentes forces politiques qui existent au sein des Etats-Unis. Les femmes y sont représentées ainsi que l'extrême droite. On y trouve aussi des personnalités qui représentent l'aile modérée au sein du Parti démocrate et d'autres qui répondent aux intérêts des hommes d'affaires et des grandes entreprises. Il y a de plus des représentants des divers groupes ethniques : le secrétaire d'Etat et la conseillère pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, sont d’origine africaine. Il est évident que le président Bush a choisi les membres de son Administration d'une manière qui reflète tous les composantes de la société américaine. Ces choix ne sont évidemment pas tous exemplaires. Pourtant, jamais une Administration républicaine n'a représenté le peuple américain, toutes catégories confondues, comme celle-ci. Il faut rappeler que ce gouvernement contient pour la première fois deux ministres arabes américains, à savoir le secrétaire à l'Energie Spencer Abraham et celui au budget.
— Que pensez-vous du nouveau secrétaire d'Etat Colin Powell ?
— C'est un homme intelligent qui réunit le franc-parler du militaire et la sagesse du diplomate. C'est un homme préoccupé par les détails. Et l'on s'attend à ce qu'il soit un ministre efficace et actif. Il abordera les questions étrangères d'une manière différente de celle de Madeleine Albright et de son prédécesseur, Warren Christopher. De fait, Powell est la star rayonnante et la personnalité politique la plus populaire de cette Administration. Il est de même le premier secrétaire d'Etat noir.
— Dans les coulisses et dans la presse, on répète que Dick Cheney sera plus qu'un vice-président et qu'il est l'homme le plus important de l'Administration Bush ...
— L'Administration Bush regroupe trois puissants responsables, Dick Cheney, Colin Powell et le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld. On dit que Cheney est le principal moteur de la politique de l'Administration et sa plus forte personnalité. Le choix par Bush d'assistants forts révèle la confiance qu'il a en lui.
— Des organisations et des personnalités juives américaines affichent leur indignation parce que Bush n'a pas nommé un juif ...
— Les organisations juives n'ont pas adopté une position unie vis-à-vis de la non nomination par Bush d'un juif. En effet, sous le mandat de Clinton, ces organisations ont obtenu beaucoup d'acquis pour la communauté juive et le mouvement sioniste. Et ce, en éliminant les lignes rouges imposées avant Clinton concernant la nomination de juifs aux postes-clés de l'Administration américaine. Mais Bush n'a pas pris ces acquis en compte, car le groupe qu'il a nommé ne renferme pas jusqu'à présent de juifs. Ces organisations s'attendent toujours à la nomination de juifs aux postes-clés d'assistants. Et c'est ce qui les pousse à garder le silence jusqu'à maintenant.

10. Les dons aux victimes de l'Intifada par Salama A. Salama
in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 24 janvier 2001
Les Palestiniens se plaignent de ce que les aides financières prévues par le dernier sommet arabe extraordinaire et destinées à la lutte du peuple palestinien et aux familles des martyrs ne leur parviennent pas. Et il semble effectivement qu'il y a un problème. Le sommet en question avait décidé de créer deux fonds d'aides d'un milliard de dollars. Mais qui doit assurer la distribution de cette somme ? Faut-il laisser à l'Autorité palestinienne la responsabilité de déterminer les secteurs des dépenses ? La tâche des pays arabes se limite-t-elle à verser les sommes convenues dans ces fonds ? Ou faut-il instaurer un mécanisme de dépenses géré par les ministres arabes des Finances, et qui garantirait l'arrivée des aides au peuple palestinien ?
Selon les déclarations du secrétaire général de la Ligue arabe, Esmat Abdel-Méguid, les pays arabes n'ont versé que 85 millions de dollars alors qu'ils auraient déjà dû en verser 693 millions. Ce qui a poussé nombre de dirigeants palestiniens à se plaindre de ce que les pays arabes rechignent à payer. Ce alors que Gaza et la Cisjordanie sont toujours sous embargo, qu'il est interdit aux ouvriers palestiniens de travailler en Israël et que les cultures et maisons palestiniennes continuent à être saccagées.
Dans ce cadre, l'intellectuel Sarwat Okacha se demande pourquoi l'Autorité palestinienne n'utilise pas les dons populaires déposés sur le compte des dons aux victimes de l'Intifada ouvert par la banque égyptienne Ahli en octobre dernier. Okacha déclare que lors d'une visite à la banque Ahli, il a appris par hasard que ce compte contient désormais 3,517 millions de livres égyptiennes, dont 100 000 livres versées par la banque elle-même, sans compter 26 000 dollars supplémentaires. La banque a demandé à plusieurs reprises à l'ambassadeur palestinien au Caire que l'Autorité palestinienne encaisse cet argent, mais elle n'a pas reçu de réponse !
Les contradictions dans la position palestinienne officielle suscitent des doutes quant à sa position envers l'Intifada populaire, qui s'est transformée en révolution contre l'occupation et les solutions qui ressembleraient à une capitulation face à l'Etat hébreu. En effet, d'une part l'Autorité palestinienne exprime des réserves envers les propositions de Clinton et d'autre part s'engage dans des pourparlers et des accords de sécurité avec les Israéliens, parfois avec la médiation de la CIA. On se demande donc si ces aides iront au soutien de l'Intifada et ses victimes ou bien à leurs ennemis sur des comptes privés ? C'est vraisemblablement là la raison du retard des versements aux fonds de soutien arabe décidés au sommet extraordinaire. Et, l'assassinat du directeur de la télévision palestinienne confirme ces craintes.
 
11. Yigal Allon : "un jour, vous verrez, vous aurez la nostalgie de mon projet". L'application du plan Clinton mettrait notre existence en danger. L'intifada risque de réduire Israël à la portion congrue par Ya'ir Shiligh
in Ha'Aretz du 18/01/2001, cité par Al-Quds Al-Arabi (hebdomadaire arabe publié à Londres) du vendredi 19 janvier 2001
[traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
Depuis qu'il a proposé son célèbre plan portant son nom, consistant pour l'essentiel à annexer la vallée du Jourdain et d'autres territoires non-peuplés de Palestiniens à Israël, en abandonnant les autres - ce plan avait été reçu fraîchement par les membres de son propre parti -Yigal Allon a l'habitude de répéter : "Vous verrez, un jour vous aurez la nostalgie de mon projet".
Aujourd'hui, alors qu'un retrait quasi-complet des territoires occupés est à l'ordre du jour (y compris la vallée du Jourdain, avec le partage de Jérusalem et l'abandon de la souveraineté israélienne sur l'esplanade des Mosquées), il semble que la prétention d'Allon soit pleinement vérifiée, tant parmi les partisans d'Allon que dans d' autres milieux que l'on qualifiait naguère de "courant actif au sein du parti travailliste" ou parmi les personnes appelant à des solutions médianes, façon "troisième voie" (opposition à la conception de la droite refusant toute concession territoriale et à celle, de gauche, consistant à rétrocéder tous les territoires occupés).
Alors que la décision finale est devenue plus urgente et évidente que jamais, de choisir entre un règlement incluant l'abandon des "lignes rouges" et l'impossibilité absolue de parvenir à un quelconque règlement - ces derniers préfèrent nettement la deuxième alternative. Roth, la veuve d'Allon, a refusé une interview que nous avions sollicitée pour cet article-même, en prétextant du fait que tout ce qu'elle pourrait bien nous dire aurait perdu toute importance, et en mettant en avant son grand âge. Mais cela ne l'a pas empêchée de se poser à haute-voix, pour la galerie, la question de savoir pourquoi il faudrait absolument renoncer à la vallée du Jourdain...
Certains partisans de la "troisième voie", autrefois, avaient décidé de ne pas se contenter d'idées fumeuses et de s'atteler à faire quelque chose de concret. L'un des pionniers du Golan, Yehuda Har'el, et le porte parole de la fédération des colonies du Golan, Uri Haïtner, prirent l'initiative d'adresser une pétition aux anciens militants du "courant central" du Parti travailliste et du mouvement des kibbutzniks, pour protester contre le programme politique du gouvernement. Sous le titre "Avec Allon, conservons Jérusalem, le Néguev, la vallée du Jourdain, le Golan et les colonies", le texte de la pétition mentionnait que les principes de Clinton, adoptés par le gouvernement sous la pression du terrorisme et de l'intifada, menaçaient de ramener Israël aux frontières de 1967, d'entraîner la partition de Jérusalem et la renonciation à certaines parties du Néguev. Appliquer les principes de Clinton, cela aurait été, pour les signataires, mettre en danger l'existence-même de l'Etat d'Israël, ses valeurs et son avenir. Israël devait, toujours selon les pétitionnaires, délaisser les territoires peuplés de Palestiniens, mais garder la souveraineté sur la totalité de Jérusalem et de sa zone urbaine. Il en allait de même pour la vallée du Jourdain, le Nord de la Mer Morte et le désert du Néguev, le plateau du Golan, les implantations et la sécurité en "Judée" ("Yosh'"). La pétition ne mentionnait pas de préférence pour Pérès ou pour Barak (ni pour Sharon, les signataires sachant parfaitement qu'il serait particulièrement difficile à des gens, même opposés à la politique du gouvernement, au sein du parti travailliste, de soutenir ce dernier).
Un ancien président de la Knesseth, Shlomo Hillel, figure parmi les signataires de la pétition, ainsi que d'anciens députés, comme Tamar Ashel et Erik Nahmakin, ainsi que les présidents des conseils régionaux du Golan, de la vallée du Jourdain, du Nord de la Mer Morte et du Néguev. Le nom qui brille le plus par son absence dans cette liste est celui du poète Hayem Goury, l'un des fondateurs de la "troisième voie"
Les signataires critiquent violemment l'aval donné par le gouvernement aux propositions Clinton, en particulier la concession de la vallée du Jourdain, jugée encore plus grave que la question de Jérusalem. Hillel a déclaré qu'il s'opposerait à ces concessions, même s'il s'avérait qu'elles seraient de nature à permettre d'aboutir à un accord. Hillel a le sentiment d'être confronté à une équation insoluble. Il est totalement opposé à la politique actuelle des Travaillistes, mais il lui serait très difficile de soutenir la politique du Likoud. Il pense que choisir Pérès pour remplacer Barak à la candidature ne pourra résoudre cette équation, car à ses yeux, Pérès et Barak se valent, en l'occurrence.
Des personnalités indépendantes, tels Yehuda Har'el et le professeur Avraham Wakman, n'hésitent pas à donner leur avis sur le prochain chef du gouvernement. Har'el, pionnier de la colonisation du Golan, déclare tout de go qu'il préfère Sharon ; il va même jusqu'à attaquer ce dernier sur sa droite, à cause de son slogan de campagne : "le seul qui puisse vous amener la paix : Ariel Sharon". Har'el regrette l'absence, en Israël, d'un chef qui vienne dire aux gens la vérité, douloureuse, qu'il n'y a aucune chance de réaliser la paix, à l'heure actuelle. Har'el votera pour Sharon, plus par opposition à Barak que par conviction.
Le professeur Avraham Wakman, urbaniste diplômé du "Technion" (les Ponts et Chaussées israéliens, NdT), soutient lui aussi ouvertement Sharon, "parce que Barak et sa clique font preuve d'une reddition totale". Il est partisan d'une "colonne vertébrale" orientale continue, vitale pour la sécurité d'Israël, car sans elle, le pays serait confronté à une main-mise palestinienne sur sa façade orientale, sur les deux rives du Jourdain, ce qui donnerait naissance à un vaste Etat palestinien, soumis à une forte influence irakienne. Son deuxième argument, en sus de la dimension sécuritaire, relève du civil, car se dessaisir de la façade orientale du pays rendrait plus difficiles les liaisons entre Jérusalem, le Néguev et la Galilée : "privé de la ceinture orientale, Israël deviendra un pays côtier, étant donné que les bédouins contrôlent le désert du Néguev. Nous assisterons sans tarder à la constitution d'un continuum arabe, depuis Hébron jusqu'au Néguev, en passant par les collines centrales et le "triangle", ce qui aboutira à un contrôle d'Israël limité à la seule bande côtière, à l'ouest, en excluant la ceinture orientale. Vers l'intérieur des terres, à l'est de cette bande côtière, nous assisterons à une expansion (démographique) progressive (des Arabes, NdT), non pas à la suite de guerres, mais par le peuplement civil, vers l'ouest, en direction de la bande côtière". C'est pourquoi le professeur Wakman soutiendra Sharon "malgré ses réticences", "afin de stopper ce processus qui signifie", à ses yeux, "la fin du projet sioniste".
Le président de "Mimad", le rabbin Yehuda Amital, qui critique des points essentiels du projet de Barak, préférera, en revanche, selon ses dires, Barak à Sharon, en fin de compte, et se montre favorable à l'idée de calquer la position israélienne sur l'attitude des Palestiniens répondant au plan Clinton en disant : "oui, mais...". Il ne pense pas que le projet de partition de Jérusalem soit réaliste, même s'il y est favorable d'une manière générale. En ce qui concerne la vallée du Jourdain, il a quelques craintes, mais si l'application devait durer au moins douze ans, il pourrait y réfléchir...
Le projet Allon avait été mis au point par Yigal Allon, alors ministre de l'assimilation et vice-premier ministre. Il l'avait proposé au gouvernement juste après la cessation des combats de la "guerre des six jours", et il y avait apporté certaines modifications, au fil du temps, jusqu'en septembre 1979. La carte des colonies, au-delà de la "ligne verte", correspond pratiquement au tracé des frontières proposées par Allon.
- Les principaux points du projet Allon :
1 - les frontières orientales d'Israël sont : la vallée du Jourdain et la ligne médiane longitudinale (Nord-Sud) de la Mer Morte, puis les frontières du mandat (britannique) longeant le Wadi Araba ;
2 - une bande de 15 km de large, longeant la rive du Jourdain, est annexée à Israël. Au sud, cette bande s'élargit jusqu'à atteindre 25 km ;
3 - dans la région de Jéricho est ménagé un couloir de plusieurs kilomètres (de large), reliant la Cisjordanie à la rive orientale du Jourdain, ce couloir est placé sous souveraineté jordanienne. Il conduit du Pont Allenby à Ramallah ;
4 - le désert de Judée (y compris Qiryat Arba') fait partie intégrante du secteur israélien, il constitue un passage entre le Néguev et la vallée du Jourdain ;
5 - les habitants de la bande de Gaza sont rattachés à Israël. Les réfugiés ne pouvant être absorbés par la bande de Gaza s'installent en Cisjordanie et dans la région d'Al-Arish (en Egypte, NdT).
 
12. Israël requalifie son "traitement" de l'intifada
in Al-Quds Al-Arabi (hebdomadaire arabe publié à Londres) du vendredi 19 janvier 2001
[traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
Israël a requalifié les affrontements entre ses forces armées et l'intifada palestinienne, déclarant qu'il ne se considérait plus comme puissance occupante, mais comme partie dans un conflit armé. Cette requalification est lourde de sens, d'autant plus qu'elle intervient après seize semaines d'affrontements et la mort de trois cent cinquante Palestiniens tués par les balles des forces israéliennes. Des avocats internationaux et des militants des droits de l'homme s'interrogent sur les conséquences de cette requalification en matière de détermination de la partie devant verser des compensations à l'autre. Alan Baker, conseiller juridique au ministère israélien des affaires étrangères, a indiqué mercredi dernier : " par le passé, nous n'avions pas envoyé de tanks bloquer des routes, nous n'avions pas utilisé d'hélicoptères et nous n'avions pas tiré contre des objectifs militaires. Les règles du jeu ont changé : il ne s'agit plus de faire face à une violence improvisée, qui implique l'utilisation de balles en caoutchouc ou de choses de ce genre... Désormais nous sommes engagés dans un conflit armé limité".
La semaine dernière, le journal Ha-Aretz écrivait qu'Israël, en traitant du conflit, utilise désormais la définition juridique d'"opérations de guerre", en lieu et place d'"occupation militaire".
Notons que dominent les craintes que le conflit ne gagne. Un expert juriste international a déclaré : "je pense que l'idée sous-jacente à cette requalification est, pour les Israéliens, de se donner plus de liberté de mouvement et de manoeuvre".
Un haut responsable israélien a indiqué qu'aucune décision visant à requalifier le conflit juridiquement d'"occupation militaire" en "opérations de guerre" n'avait été publiée officiellement.
Mais Baker a admis le fait que la nouvelle définition "reflète l'évolution de l'intifada" dont il a dit qu'elle s'était transformée, "de simples affrontement aux cours desquels étaient utilisés des pierres, des gaz lacrymogènes et des balles revêtues de caoutchouc qu'ils étaient auparavant, en de véritables engagements d'artillerie entre les Palestiniens et l'armée israélienne". Il a ajouté : "cette évolution une fois constatée, nous avons décidé qu'il fallait modifier en conséquence la qualification du conflit afin d'adopter une attitude correspondant à la nouvelle tactique. En adoptant la qualification "opérations de guerre", les règles du jeu concernent des objectifs militaires et comportent le recours à des tactiques généralement utilisées dans les affrontement armés. Et c'est ce que nous ferons désormais."
Des négociateurs palestiniens et israéliens continuent à tenir des négociations sur les modalités d'un règlement des questions les plus difficiles d'un conflit vieux de cinquante-deux ans. Les Palestiniens veulent établir un Etat indépendant en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, occupés par Israël en 1967. Le Premier ministre israélien, Ehud Barak a déclaré, cette semaine, qu'il ne considérait plus Israël comme la puissance occupante de territoires palestiniens. Il a déclaré à la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira : "Nous n'occupons plus des territoires palestiniens. Il y a une souveraineté palestinienne. Ils (les Palestiniens) sont observateurs à l'ONU. Ils contrôlent 98% de leur population."
Mais le responsable palestinien Sa'ib Uraïqat a déclaré que l'occupation israélienne englobe 82% de la superficie de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, ajoutant : "les Israéliens contrôlent encore des colonies, les nappes phréatiques et les routes, leurs soldats sont présents sur notre territoire. Ils exercent un contrôle total des frontières et de l'espace aérien".
Israël conserve le contrôle des points de contrôle et les accès aux implantations israéliennes illégales, le pouvoir d'accorder - ou non - aux Palestiniens des permis de construire, ou de se déplacer entre des villages cernés. René Cosireng, président de la délégation du Comité international de la Croix Rouge, estime que "la domination effective, sur le terrain, n'a pas changé".
La question de savoir si Israël se considère, ou non, comme puissance occupante est une question complexe, qui met en jeu, ou non, l'application des conventions de Genève, qui définissent des devoirs et les responsabilités d'une force d'occupation. Des chercheurs et des volontaires d'ONG internationales sur le terrain dénoncent le non-respect par l'armée israélienne de ces conventions. Celles-ci, à titre d'exemple, interdisent la destruction d'habitations, sauf dans le cas où il est prouvé que ces habitations ont été le point de départ de tirs effectifs. Autre exemple : il est interdit d'arracher des cultures, telles que les oliveraies. Charles Shammas, de Matin, ONG palestinienne spécialisée dans l'application des règles garantissant les droits de l'homme a déclaré : "Israël a le droit de protéger ses forces (armées). Mais il doit s'engager à respecter les règles de la proportionnalité et se garder totalement de tomber dans des pratiques telles que les punitions collectives". Baker répond : "toute armée, dans un conflit, et pour des considérations militaires, peut détruire une maison ou une propriété en respectant les règles... Elle a le droit de le faire."
Mais des militants internationaux des droits de l'homme indiquent qu'en application des conventions de Genève, Israël doit restituer les propriété civiles dans l'état où elles se trouvaient avant que les forces d'occupation n'en prennent le contrôle.
 
13. Sharon en faveur d'un Etat palestinien rétréci
in Al-Quds al-Arabi (hebdomadaire arabe publié à Londres) du vendredi 19 janvier 2001
[traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
Le journal israélien Ha-Aretz écrit, mercredi, qu'Ariel Sharon, leader du Likoud donné gagnant par les sondages aux élections pour la désignation du premier ministre, qui auront lieu le 6 février prochain, est favorable à la création d'un Etat palestinien, mais sur une superficie inférieure à celle que revendiquent les Palestiniens. Le journal a publié en détail un plan concocté par Sharon, qui autorise l'établissement d'un Etat palestinien sur 42% de la superficie de la Cisjordanie et sur la plus grande partie - et non : la totalité - de la bande de Gaza. Le plan Sharon maintient Jérusalem, Est et Ouest, sous la souveraineté israélienne.
Les Palestiniens ont refusé dans les faits l'établissement d'un Etat palestinien sur une superficie inférieure à la totalité de la Cisjordanie, y compris la ville arabe de Jérusalem-Est et la totalité de la bande de Gaza, territoires occupés par Israël au cours de la guerre de 1967. Une porte-parole de Sharon confirmé les informations relatives à ce plan de Sharon, qui vient apporter plus de détails à ce qu'il préconise en matière de paix s'il remporte les élections sur son adversaire Ehud Barak, premier ministre actuel, que les sondages montrent en infériorité face à lui.
Ha-Aretz indique que le plan Sharon consiste en des arrangement par étapes (espacées dans le temps), et que Sharon est prêt à récompenser les Palestiniens sur le plan du développement économique s'ils se montrent capables de réfréner "les activistes extrémistes".
En vertu des propositions Sharon, les Palestiniens ne seraient pas autorisés à fonder un Etat sur les territoires sur lesquels ils exercent actuellement une souveraineté totale, ou partielle, en application des accords de paix par étape initialisés à Oslo en 1993. Shlomo Ben Ami, ministre israélien des affaires étrangères et principal négociateur israélien, a refusé les propositions de Sharon, les qualifiant de "paix théorique sur laquelle nous négocierions entre nous-mêmes". Il a ajouté qu'une telle "paix" ne pourrait qu'aboutir, à plus ou moins long terme, à une situation "à la bosniaque". Ben Ami a déclaré à la radio de l'armée israélienne : "le temps des accords intérimaires est révolu. Ce n'est plus à l'ordre du jour. Cela n'existe que dans l'imagination fertile de certains (...) Ce qu'il faut, c'est parvenir à un accord définitif, sinon nous n'aboutirons à rien".
Sa'ib Uraïqat, le négociateur palestinien, a déclaré mercredi que la victoire de Sharon aux élections prochaines serait "faire le choix de la guerre : une catastrophe assurée". Ha-Aretz écrit que non seulement Sharon ne remettrait en question aucune colonie juive reconnue par le gouvernement israélien, mais encore qu'il donnerait son feu vert à la construction de nouvelles implantations. Il refuserait de s'asseoir à la table des négociations avec les Palestiniens tant que l'intifada n'aurait pas cessé.
 
14. Ceux que le monde a oubliés par Yusuf Jad al-Haqq (écrivain palestinien résidant à Damas)
in Al-Quds al-Arabi (hebdomadaire arabe publié à Londres) du vendredi 19 janvier 2001
[traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
Oh, vous, qui avez été oubliés - que, seul, Satan lui-même a pu nous faire oublier de vous remémorer... Ce Satan, qui possède des satellites à la capacité de détection phénoménale et à la clairvoyance nulle, prétend sincèrement que ses satellites, là-haut, dans le ciel, peuvent faire la différence entre une boîte d'allumettes et un paquet de Malboro.. Voire, même, entre une cerise et une mirabelle ! Mais ils ne font pas de différence entre un soldat sioniste de l'acabit d'Ariel Sharon et un enfant palestinien de la taille d'un agnelet, fauché par une mitraillette Uzi, parce qu'à ce moment-là, on ne sait comment, par l'intervention de quelle puissance - connue ou inconnue - ces lunes artificielles se transforment en plaques de plomb, glaciales et muettes, que ne percent pas même les rayons ultra-violets. Ou, d'autres fois, elles reflètent l'exact contraire de ce qu'elles voient. Voient-elles du sang noir, qu'elles le prennent pour de l'eau de roche... Ou bien, elles croient que le soldat sioniste fait des guili-guilis à l'enfant palestinien, tué, comme ça, pour le cajoler... Ce Satan non maudit - car, qui oserait le lapider ? - possède aussi d'autres satellites, d'un autre genre, qui peuvent percevoir les pas d'une fourmi et ce qui se passe dans une chambre à coucher fermée, chez qui - et quand - ils en décident ainsi. Mais ces satellites ne perçoivent pas le fracas d'une mitraillette Uzi si ainsi ils n'en décident pas. Et s'ils l'entendent, ils annoncent au monde entier qu'il n'y a pas de problème : c'est juste eux : ils sont en train d'écouter la Cinquième, de Beethoven!...
On dit que celui qui se tait, au lieu de dire la vérité, est un Satan muet. Et ce mutisme a transformé bien des gens en Satans sourds, muets et aveugles, qui ne peuvent voir qu'éclairés par l'alignement le plus total et à la seule lueur de l'intérêt propre de l'Occident et de sa civilisation, des bénédictions de laquelle le monde entier jouit aujourd'hui. La moindre de ces armes effrayantes, entre les mains malfaisantes, est brandie au-dessus de la tête des innocents exploités sur Terre - et Dieu sait s'ils sont nombreux - afin de leur apporter... plus de prospérité et de confort...
Oh, vous, les Oubliés... Proclamez en un seul cri retentissant, depuis les endroits où vous vous trouvez, que vous appartenez encore à l'espèce humaine, et non à celle des singes, et que vous avez, par tant, le droit de réclamer les droits dus à l'homme humilié, fût-ce le strict minimum de ces droits, ce minimum qui fait la différence entre l'homme et le chimpanzé, et l'application du droit international à votre cas, bien que vous ne croyiez plus ni en sa sincérité ni en sa légitimité. Mais peu importe : il est où, ce droit international ? Pourquoi faut-il que ce soit vous, précisément, qui en soyez exceptés ? Expédiez vos questions à ce sujet via Mars, Saturne et Mercure, peut-être vous entendra-t-on ?!
Vous restez interdits ? Nous savons, nous savons... Vous vous demandez : "comment se souviennent-ils d'un vrai terroriste de chez eux, capturé par un nôtre groupe - à tort ou à raison - comment se souviennent-ils, même, d'un cadavre décomposé, sous terre depuis des temps immémoriaux ?" Ils ne s'en souviennent, de ce cadavre, que parce qu'il appartient à l'un de leurs Satans (ou de leurs Anges, vu de chez eux)... Alors, ils continuent à le rechercher, ils continuent à en parler, des années durant, sans relâche, sans lassitude - et sans pudeur, non plus - sur tous leurs médias, dont nous devons bien finir par admettre, à notre corps défendant, qu'ils sont diaboliques et d'une puissance extraordinaire, jusqu'à ce qu'il leur soit donné de le retrouver, après quoi, le monde qui n'avait cessé d'être sens dessus-dessous continue à être en état d'alerte maximum, quoi qu'il advienne. Mais, cette fois, pour célébrer et fêter dignement la trouvaille de ce "trésor" légendaire qui, s'il n'avait pas été retrouvé, aurait rendu la fin du monde imminente! Les ondes en font leur affaire, ainsi que les lignes de fax et de télex, les petits écrans et les grands, au même titre que les Jeux Olympiques de Tokyo, de Barcelone ou de Sidney. Mais les vôtres, de morts, à vous, les Oubliés, dans le feuilleton de votre extermination quotidienne qui ne s'arrête jamais, pas plus après le douzième épisode qu'après le trentième, comme "Dallas" ou "Hélène et les Garçons", vos morts, ils les ignorent royalement ou pitoyablement (c'est la même chose). Ils passent, sur la pointe des pieds, pour ne pas troubler la quiétude de la paix et de l'harmonie qui entourent vos morts, que l'on égorge comme des moutons, ou dont on brise les os, auxquels on coupe les mains et les pieds, à cause d'une incartade, avant de les enterrer - parfois, sans même attendre qu'ils soient tout-à-fait morts - car les gens civilisés n'ont pas de temps à perdre avec ces inepties, alors ils les enterrent vivants, comme cela est arrivé à nombre de Palestiniens et de prisonniers égyptiens, dans le Sinaï. Mais cela n'a pas d'importance, de toutes manières, puisqu'ils pensent - à la fois pragmatiques et réalistes - "ne seront-ils pas enterrés un jour, quoi qu'il en soit, à la fin du compte... vivants ou morts : quelle différence faites-vous, attardés que vous êtes ?" Et, comme ça, personne ne lève le petit doigt. Quant à vos droits et votre dignité, votre terre et votre vie - toute votre vie - ce ne sont, comme votre sang, que des fétus de paille qu'emportent des tourbillons follets dans des steppes désolées... Votre sang, là, ce n'est pas autre chose qu'un trop-plein de flotte qui vous coule dans les veines, et personne ne se plaindra qu'il soit avalé par les sables. Bien plus : il pourrait avoir enfin quelque utilité, en allant alimenter les nappes pétrolifères, au-dessous de nos pieds.
Oh, vous, les Oubliés de ce Satan colossal et tyrannique et de beaucoup d'autres, dans ce vaste monde, oui : de beaucoup d'autres... Que Dieu vous vienne en aide. Il sera votre vengeur, un jour - proche ou lointain - car la défaite du Droit n'est jamais éternelle, ni la victoire de Satan infinie : elle ne peut s'imposer qu'un temps.
 
15. Les Palestiniens sont satisfaits de l'arrivée de Bush au pouvoir, et les Israéliens divisés
in Al-Quds al-Arabi (hebdomadaire arabe publié à Londres) du vendredi 19 janvier 2001
[traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
Les Palestiniens, qui ne pleureront pas le départ de William Clinton, nourrissent l'espoir de la possibilité d'amender le processus de paix dans un sens plus favorable à leurs intérêts sous l'administration Bush, tandis que les Israéliens sont divisés dans leur appréciation du nouveau président américain, entre la droite et la gauche.
La députée palestinienne Hanan Ashraoui a estimé, dans une déclaration à l'agence France-presse, que les huit ans d'efforts de Clinton se soldent par "un fiasco total", ajoutant aussitôt : "ce qui ne signifie pas que nous considérions Bush comme un sauveur".
Mais Mme Ashraoui a tout de même confié que les Palestiniens comptent sur le nouveau président républicain pour remettre en considération les règles du jeu actuel, qu'elle considère comme totalement pipées au plus grand profit d'Israël.
Elle a poursuivi : "Nous espérons que le processus de paix sera révisé de fond en comble. Nous voulons travailler avec l'administration Bush pour que cette révision soit efficace".
Mme Ashraoui a précisé que les Palestiniens reprochent au processus de paix, initialisé par les Etats-unis avec les accords d'Oslo, en 1993, le fait "qu'il a été taillé aux exactes mesures des intérêts israéliens", en faisant part de son regret que "(ce processus) soit aligné d'une manière aussi criante sur les positions israéliennes".
Quelques heures avant que Clinton ne quitte la Maison blanche, les Palestiniens poursuivent, comme si de rien n'était, leurs négociations avec les Israéliens sur la base d'un plan de règlement proposé par le président en fin de mandat, projet qu'ils ont rejeté, dans sa formulation actuelle. Mais il est évident qu'ils attendent la cérémonie de transmission du pouvoir entre Clinton et Bush.
Clinton aura été le premier président américain à avoir proposé une négociation sur le statut final des territoires occupés.
Son projet propose l'établissement d'un Etat palestinien sur la totalité de la bande de Gaza et 95% de la Cisjordanie, ainsi que sur les quartiers arabes de Jérusalem-Est, avec une souveraineté partagée sur l'esplanade des Mosquées. En contre-partie, les Palestiniens devraient renoncer au droit au retour de 3,7 millions de réfugiés palestiniens.
Malgré le fait que Clinton ait affirmé que son successeur ne serait pas engagé par son plan de paix, Mme Ashraoui considère que Bush ne saurait l'ignorer totalement : "les Etats-Unis ne peuvent effacer complètement tout ce qui a été écrit au tableau noir et revenir au point de départ", considérant que la prochaine administration (Bush) devra "améliorer les aspects positifs" du plan Clinton et "tenter d'en éliminer les aspects négatifs".
Toutefois, l'opinion publique est loin d'être aussi unanime, du côté israélien. Ainsi, le Premier ministre travailliste démissionnaire, Ehud Barak, a lié son destin d'une manière très forte à celui de Bill Clinton, ce qui explique ses efforts quelque peu frénétiques de réaliser quelque chose, avant samedi prochain (20 janvier).
Le commentateur Haïmi Shalef a écrit dans Ma'ariv du mercredi 17 janvier : "le peuple d'Israël n'avait jamais eu auparavant un ami aussi fidèle à la Maison Blanche, et je doute qu'il en retrouve jamais un qui lui soit comparable à l'avenir."
D'une manière générale, les Israéliens favorables aux accords d'Oslo n'attendent pas grand-chose de Bush et de son équipe dont ils soupçonnent qu'elle ne soit plus intéressée à la situation dans le Golfe qu'au conflit arabo-israélien.
Mais l'opposition israélienne, de droite, voit d'un bon oeil l'arrivée de Bush. Il doit cette faveur à la colère que le plan Clinton avait suscitée dans cette mouvance.
Rappelons au passage que Clinton avait été hué copieusement lors du meeting géant organisé par la droite pour protester contre "le partage de Jérusalem", le 8 janvier dernier.
Le maire de Jérusalem, Ehud Olmert, a déclaré "regrettable que Clinton, dont l'amitié pour Israël n'a jamais été démentie tout au long de sa mandature de huit ans, ait été aussi le premier président américain a proposer la division de Jérusalem".
Les partisans d'Ariel Sharon, candidat de la droite aux prochaines élections pour la désignation du premier ministre (le 6 février) espère que Bush tirera le rideau sur le plan Clinton.
Zalman Shoval, conseiller de Sharon pour la politique étrangère, a déclaré : "je pense que la nouvelle administration - c'est ce que j'espère - ne se précipitera pas pour poursuivre ce que Clinton avait engagé, mais qu'elle reprendra en considération l'ensemble du processus".
Israéliens et Palestiniens sont au moins d'accord sur une chose : cette "reprise en considération" demandera un certain temps.
 
16. Rendre la vie intenable par Ewen MacAskill
in The Guardian (quotidien britannique) du vendredi 12 janvier 2001
[traduit de l'anglais par Giorgio Basile]
Dans le soleil du petit matin, Haythem Abdel Aziz restait interdit au milieu des barres de fer tordues et des moellons de ce qui, à peine quelques heures plus tôt, constituait sa maison. Aziz, un charpentier de 42 ans, prenait son petit déjeuner avec sa femme, ses quatre fils et ses parents, le 2 janvier, dans le village de Ein-Yabroud en Cisjordanie, lorsque les Forces de Défense Israéliennes (IDF) sont arrivées avec un bulldozer. On ne lui a pas laissé le temps d'emporter toutes ses affaires.
Il désignait différents endroits où il pensait que se trouvaient ensevelis son frigo, sa machine à laver, ses chaises, son lit, son canapé, écrasés sous les décombres. Sa femme, Jihad, âgée de 34 ans, racontait hier: " J'ai vu le bulldozer arriver avec des soldats et cinq Jeeps. J'espérais que c'était pour déblayer la route, mais il est vite devenu clair qu'ils fonçaient sur nous. "
Le même jour, quatre autres maisons du village ont été détruites au bulldozer. La présence de militaires en grand nombre s'expliquait par l'embuscade au cours de laquelle un extrémiste juif, Binyamin Kahane, et sa femme, avaient trouvé la mort  deux jours plus tôt. Il habitait dans la colonie juive d'Ofra, distante d'à peine quelques centaines de mètres de Ein-Yabroud. Les deux communautés sont séparées par une route.
Pourquoi ces maisons ont-elles été démolies par les IDF ? Serait-ce parce que les IDF avaient observé quelqu'un tirer au cours de la nuit précédente depuis le toit de la maison de M. Aziz, et qu'ils se présentaient, le matin venu, pour le châtier ? Serait-ce parce que des renseignements leur avait appris que M. Aziz, en dépit de son air innocent, était un tireur palestinien ? Une demande d'information auprès des IDF ne fait état ni de tirs depuis son toit, ni d'un passé terroriste. L'explication fournie par les IDF est bien plus banale : " Cinq cas de constructions illégales ont été relevés dans la zone où s'est produite l'attaque terroriste, en conséquence elles ont été démolies. "
S'agissant d'une famille dont la maison et les biens ont été détruits, on ne peut se satisfaire d'une telle explication. C'est par dizaines de milliers que peuvent se compter les maisons construites sans permis en Cisjordanie, parce que le gouvernement israélien, s'il permet aux colons juifs de construire, ne donne son accord qu'à un petit pourcentage de Palestiniens. M. Aziz avait introduit une demande de permis, qui lui avait été refusée, et comme tout le monde en Cisjordanie, il avait tout simplement passé outre. C'était il y a 17 ans.
La véritable raison de cette destruction, c'est qu'il s'agit d'une mesure punitive consécutive au meurtre de colons juifs. Le jour même où les maisons étaient démolies, les IDF bloquaient tous les accès à Ein-Yabroud, érigeant à l'aide de bulldozers un remblai de 6 pieds de haut en travers de chaque chaussée. Un avocat, des fermiers, un chauffeur de taxi, un Palestinien américain venu passer une quinzaine de jours de vacances, un échevin : tous durent rester sur place, bloqués, condamnés à l'inactivité une journée durant. L'avocat, Haithim al-Sheik, prêt à se rendre à son travail, en costume et cravate, sympathisa avec M. Aziz et se lamenta sur l'impossibilité pour les Palestiniens de mener une vie normale. Ils étaient dans l'ignorance du nombre de jours pendant lesquels ils resteraient coupés du reste du monde.
Des situations comme celle de Ein-Yabroud, il y en a des centaines chaque jour d'un bout à l'autre de la Cisjordanie et de la bande de Gaza : abus, petits et grands, commis par les IDF, à maintes et maintes reprises. La Cisjordanie et Gaza sont censées être soumises à l'Autorité Palestinienne, une étape qui devait conduire à l'indépendance complète. Dans la réalité, ces Territoires restent occupés : les IDF sont l'oppresseur, et les Palestiniens les opprimés. Telle est la vérité, qui vous apparaît dans toute sa nudité, si peu de temps que vous passiez en Cisjordanie ou à Gaza.
La bande de Gaza est complètement isolée. Comme dans le film Escape from New York, toutes les voies de communications sont fermées, et ceux qui sont bouclés à l'intérieur forment une communauté coupée du reste du monde, qui doit s'en tirer comme elle peut. La Cisjordanie, du fait de la longueur de ses frontières, est plus difficile à isoler complètement.
Chaque jour, les Israéliens se font de nouveaux ennemis. En majorité, les soldats qui opèrent en Cisjordanie et à Gaza sont des appelés de 18 et 19 ans qui font leur service militaire. Souvent ils n'en mènent pas large, sachant qu'une balle ou une pierre peut les atteindre. Mais leur attitude méprisante est généralement fondée sur le racisme, sur le sentiment que les Palestiniens sont des êtres inférieurs. Cela ressort clairement de leurs commentaires, ou de leur comportement, aux points de contrôle, à l'égard de Palestiniens âgés qui pourraient être leur grand-père.
Chaque jour, les Palestiniens sont soumis à leur lot d'humiliations, de frustrations, de colère. C'est le conducteur dont le camion s'est embourbé dans un chemin de terre, parce que toutes les routes vers son village étaient bloquées. Ce sont les journées de chômage forcé ; c'est l'arrêt de toute l'activité économique ; c'est le mari qui enrage au poste frontière entre Israël et Gaza parce qu'on lui refuse de rendre visite à sa femme ; c'est la destruction d'une oliveraie, sous le prétexte que des tireurs palestiniens pourraient s'y embusquer ; c'est un enfant mort-né parce qu'une ambulance a été empêchée de circuler.
Des membres de la direction palestinienne, tant des membres officiels que des responsables du mouvement de jeunesse du Fatah, sont assassinés par les IDF. En Irlande du Nord, le gouvernement britannique s'est toujours refusé à appliquer pareille politique. Le gouvernement israélien, lui, en tire orgueil.
Des journalistes ont écrit des articles ces derniers jours sur la politique d'assassinats menée par les Israéliens, suite au meurtre la semaine dernière d'un Palestinien de haut rang. Mais la plupart des autres violations des droits de l'Homme en Cisjordanie et à Gaza sont peu couvertes, et souvent même ne le sont pas du tout. Bien peu de journalistes israéliens se rendent aujourd'hui en Cisjordanie ou à Gaza, de peur d'y être tués. Nombre de journalistes américains se livrent à l'autocensure, sachant que leurs éditeurs ont plutôt tendance à être pro-israéliens, reflétant la puissance du lobby juif aux États-Unis.
Le comportement des Israéliens à l'égard des Palestiniens a pour conséquence désastreuse de créer de l'hostilité là où elle n'avait jamais existé auparavant. La nouvelle génération a appris la haine. Israël n'a jamais pu mettre un terme à l'influence du Jihad islamique ou du Hamas, mais enfin, depuis les accords israélo-palestiniens d'Oslo en 1993, il y avait des signes de possible coexistence entre les deux communautés, malgré quelques difficultés. Cela appartient aujourd'hui au passé.
Les tentatives de discussions à Washington en vue d'un accord de paix sont aujourd'hui hors de propos. Un accord est possible sur le papier : des compromis peuvent être trouvés sur la question des réfugiés palestiniens, les frontières, le découpage de Jérusalem et la souveraineté sur les lieux saints de la Vieille Ville. Le problème, c'est comment faire passer cela sur le terrain. Même si le leader palestinien, Yasser Arafat, et le premier ministre israélien, Ehoud Barak, apposaient aujourd'hui leur signature au bas d'un traité, celui-ci ne tiendrait même pas 24 heures, tant se sont accrues la méfiance et l'amertume au sein de la population palestinienne depuis le début du soulèvement en septembre.
Officiers et politiciens israéliens défendent leur politique en Cisjordanie, affirmant qu'ils font face à une guerre. Ne vaudrait-il pas mieux, puisqu'ils sont condamnés à vivre dans le voisinage des Palestiniens, les traiter d'une manière civilisée ? Un officier des IDF expliquait qu'un soldat, à un check-point, ne peut jamais savoir si le Palestinien qu'il a en face de lui est un innocent ou un terroriste du Hamas. Il affirmait que les Palestiniens ont choisi la violence : celle-ci n'aurait pas été déclenchée par la visite de l'ancien ministre israélien de la défense, Ariel Sharon, sur l'Esplanade des Mosquées, mais aurait été délibérément mise en œuvre par les Palestiniens en vue d'obtenir plus de concessions au cours des négociations de paix. Ne vaudrait-il pas mieux aider l'économie palestinienne à se construire, au lieu de tenter de la détruire : n'est-il pas raisonnable de penser que des Palestiniens disposant d'un travail et d'un niveau de vie correct seraient moins disposer à se battre ? L'officier israélien était d'accord avec ce point de vue, mais demandait s'il était judicieux de donner à l'Autorité Palestinienne un argent gaspillé par des dirigeants corrompus.
Pourquoi Israël ne se retire-t-il pas tout simplement de la Cisjordanie et de Gaza et laisse le chef de l'Autorité Palestinienne, Yasser Arafat, déclarer l'indépendance ? La réponse israélienne est qu'une telle décision laisserait en suspens trop de questions au sujet des frontières, une source permanente de discussions et de conflits.
Une association israélienne de défense des droits humains, B'Tselem, rendait public hier un rapport sur les abus en Cisjordanie et à Gaza. Il relevait que les restrictions de déplacement imposées par Israël étaient " l'une des causes principales de la misère et du désespoir croissants dans les Territoires Occupés, et qu'elles rendaient la vie de la population intenable ". Il ajoutait que ces mesures, appliquées à l'ensemble de la population plutôt qu'à des individus en particulier, étaient justifiées, selon le gouvernement israélien, en vue d'assurer la sécurité, mais l'organisation met en doute l'efficacité de cette politique, et dénonce les " discriminations criantes établies entre les deux populations vivant dans les Territoires Occupés … basées sur le seul critère de la nationalité. Les restrictions s'appliquent exclusivement à la population palestinienne. "
Les Israéliens ont une mentalité coloniale, et ne supportent pas la moindre critique sur leur comportement présent ou passé. Ils refusent de reconnaître l'injustice initiale de 1948, lorsqu'ils ont privé les Palestiniens de leur terre. Ce refus est au centre de l'exigence palestinienne du droit au retour des réfugiés. Quand Benny Morris, l'un des " nouveaux historiens " israéliens, écrivit que le comportement des Israéliens  en 1948 était rien moins qu'innocent, il fut diffamé par les Israéliens.
Il commençait l'histoire du conflit israélo-palestinien par une citation de W.H. Auden à propos de la seconde guerre mondiale. Elle s'applique tout aussi bien au soulèvement en cours qu'aux dernières 53 années de conflit.
"Moi et l'opinion publique savons
Ce que les enfants apprennent à l'école,
Ceux à qui on fait le mal
Font le mal en retour."
Hier, au milieu des ruines de ce qui avait été sa maison jusqu'à la semaine passée, Mme Aziz racontait qu'elle avait demandé à un des soldats pourquoi il s'apprêtait à démolir sa maison, et qu'il avait répondu : " vengeance ". Avec tristesse, elle lui répondit : " Il n'y a pas de paix entre nous, et cela empire de jour en jour.
 
17. Siège à deux pas de chez vous par Gideon Levy
in Ha'Aretz (quotidien israélien) du dimanche 7 janvier 2001
[traduit de l'anglais par Giorgio Basile]
Il était autour de neuf heures du soir, les maux d'estomacs de la petite Ella, 10 ans, habitant à El Sawiya près de Naplouse, empiraient. Cela se passait un vendredi, il y a quelques semaines de cela, alors que le pénible siège imposé à ce village venait de commencer. Dans leur grande majorité, les Israéliens accordent vraiment peu d'importance à ces " bouclages ".
Le père d'Ella, Hamdan Ahmed, voulut appeler un taxi, mais aucun chauffeur ne consentit à rouler de nuit. Il appela le 101, qui le mit en rapport avec le service ambulancier de Magen David Adom, mais on lui expliqua qu'il devait trouver une ambulance palestinienne. Il n'avait pas la moindre idée sur la voie à suivre pour ce faire. Pendant ce temps, l'état d'Ella s'aggravait encore, et elle commença à vomir. Son père appela à l'aide un voisin, et ensemble ils tentèrent de forcer les barrages, afin de conduire Ella à l'hôpital de Naplouse.
C'étaient les tous premiers jours du siège, il était moins renforcé qu'il ne l'est aujourd'hui. Les routes étaient encore barrées par des blocs de béton qui pouvaient être manœuvrés par les soldats : l'un d'entre eux aurait pu fournir son aide pour faire passer la fillette malade. D'après le témoignage du père, les soldats l'arrêtèrent et l'obligèrent à rebrousser chemin, malgré leur insistance. Ne perdez pas de vue qu'ils voulaient juste se rendre à Naplouse, et non pas en Israël. Ils tentèrent de passer par une autre route, et y furent arrêtés par d'autres soldats. Il n'y avait plus qu'à rentrer à la maison. Un médecin d'un village proche examina Ella et déclara qu'elle devait être transportée de toute urgence à l'hôpital. Dans la matinée du lendemain, ils tentèrent à nouveau de passer, à nouveau ils furent arrêtés par des militaires. Quelques heures plus tard, Ella décédait. Le Docteur Riad El-Halu établit que la mort était due à une appendicite aiguë.
Le siège se poursuit maintenant depuis trois mois en Cisjordanie, et la plupart des Israéliens semblent ne pas être au courant de cet état de fait. S'ils en étaient informés, il est probable qu'ils ne prendraient pas tous une telle situation à la légère. Ce siège cruel, contrairement à tout ce qui a été imposé aux Palestiniens jusqu'ici, que ce soit pendant la première Intifada, ou aux jours les plus sombres de la conquête, se passe quasi à nos portes. Il faut cependant circuler à l'intérieur des Territoires pour réaliser la cruauté du blocus : centres urbains, villes, villages sont coupés par des barrières infranchissables. On n'y voit aucun soldat, il ne s'y trouve pas de barrière qui pourrait être manœuvrée. Il n'y a que des amoncellements de blocs de béton, et des remblais de terre dont certains, dit-on, sont des leurres, tandis que d'autres sont surveillés à distance par des soldats qui ouvrent le feu sur quiconque oserait les franchir ou les déplacer. Avec brutalité, ils encerclent et bouclent tous les accès à la plupart des villages et des villes de Cisjordanie. La partie autonome de la bande de Gaza est " seulement " découpée en trois zones isolées.
Si la petite Ella était tombée malade quelques jours plus tard, lorsque le " bouclage " avait été encore renforcé, il n'aurait même plus été possible de trouver une route par où tenter de la faire passer - seule la marche à pied aurait pu être tentée, et même cela n'est possible que pendant la journée. Les dizaines de milliers d'habitants de Hébron et de Hawara, pris au piège d'un couvre-feu interminable, ont été rejoints par l'ensemble des habitants des Territoires, victimes d'un siège dont la barbarie ne peut être dépassée : ni une femme près d'accoucher, ni un malade dans un état critique, ni une personne mortellement blessée, ni une fillette atteinte d'une péritonite ne peuvent quitter leur maison. Et que peut bien faire un habitant du village d'Attara atteint d'une crise cardiaque ? Se mettre en route à pied ? Ou bien un enfant grièvement blessé à El-Fawar ? Doit-il enfourcher sa bicyclette ? Peut-il s'amener avec un bulldozer pour déplacer les obstacles ? Un rapport alarmant publié la semaine dernière par l'organisation de défense des droits humains B'Tselem accuse Israël d'imposer une sanction collective, cruelle, sans rapport aucun avec des mesures de sécurité.
En vérité, il est difficile de comprendre la logique - si c'est le mot qui convient - de la politique de paix du gouvernement Barak. Les mots ne sont pas nécessaires pour comprendre que des mesures de cette nature sont en train de semer les graines du malheur - les sentiments justifiés de haine et le désir de vengeance. À long terme, ces avantages sécuritaires imaginaires devront être payés du prix exact des souffrances imposées par ces longues et dures nuits de siège. Car que feriez-vous si des soldats étrangers vous empêchaient de conduire à l'hôpital votre fille, ou la fille de votre voisin, et qu'en conséquence elle mourrait ? Feriez-vous preuve de réserve ? d'esprit conciliant ? Feriez-vous la paix avec les responsables ?
Ce siège n'a d'autre fonction que de montrer à l'opinion publique israélienne que " quelque chose est fait " ; pour calmer les colons qui scandent " laissez gagner les forces de défense israéliennes " ; pour faciliter leur vie, même si c'est au prix des souffrances épouvantables d'une population toute entière ; et pour satisfaire l'armée et autres services de sécurité, dont le travail est simplifié lorsque les deux millions de Palestiniens de Cisjordanie sont parqués à l'intérieur de remblais et de barrières de béton.
Il faut que cette amère réalité fasse son chemin dans les esprits et dans la conscience morale des Israéliens. Il est douteux qu'Ehoud Barak et ses ministres sachent vraiment de quoi ils sont responsables. Il est douteux qu'aucun d'entre nous, qui avons grandi dans la légende du siège de Jérusalem pendant la Guerre d'Indépendance, puisse rester impassible devant le destin d'Ella, devant celui de son peuple, qu'Israël séquestre sans procès, sans raison, sans la moindre considération humanitaire, en un temps qui est censé être celui de la grande réconciliation.
 
18. Au cours de la décennie écoulée, les exportations israéliennes d'armement ont dépassé, en valeur, les 20 milliards de $. La pénétration israélienne en Asie constitue une menace pour la sécurité du monde arabe par Jamal al-Majayidéh
in Al-Quds al-Arabi (hebdomadaire arabe publié à Londres) du lundi 18 décembre 2000
[traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
Abu Dhabi, de notre correspondant particulier.
Une étude publiée récemment à Abu Dhabi révèle la pénétration économique, militaire et sécuritaire d'Israël tant en Chine et en Inde que dans plusieurs des Républiques d'Asie Centrale résultant de l'effondrement de l'Union soviétique.
Cette étude, fruit du travail du Centre Zaïd pour la Coordination et la Surveillance, sis à Abu-Dhabi, indique que les relations entre ces pays et Israël se sont renforcées, suppléant aux relations perdues avec Moscou. Elle indique que tant l'Inde que la Chine, abandonnant leur position de soutien aux causes arabes, ont conclu d'ores et déjà des pactes sécuritaires et militaires avec l'Etat hébreu.
L'étude, la première connue à s'être attachée à ce sujet préoccupant, indique qu'Israël s'est infiltrée en Inde par la porte de la coopération bilatérale en matière nucléaire. Ce domaine s'est élargi, au fil du temps, aboutissant à un développement important des relations économiques, sécuritaires et stratégiques entre les deux pays.
D'après l'étude toujours, les relations israélo-chinoises revêtent un caractère essentiellement commercial, mais avec un contenu militaro-sécuritaire dominant. Il existe une coopération non déclarée entre les deux pays dans le domaine des technologies militaires, sur une échelle qui n'est pas sans inquiéter parfois Washington.
Les premiers contacts entre Israël et l'Inde ont eu lieu en 1974, aboutissant rapidement à une coopération intense en matière nucléaire. Puis les relations sont allées croissant entre le Mossad israélien et les services indiens de renseignement afin d'éviter l'"exportation" d'atomistes et de spécialistes en énergie nucléaire indiens en direction de certains pays arabes.
L'étude, préparée par un collectif de chercheurs spécialisés du Centre Zaïd, indique que les relations bilatérales israélo-indiennes se sont renforcées et approfondies dans tous les domaines après la signature du traité d'Oslo, en 1993, date à partir de laquelle la coopération militaire, technique et scientifique a connu une croissance notable, quasi-exponentielle. Sur le plan des échanges commerciaux, l'Inde est le principal partenaire d'Israël en Asie. Selon l'étude, les exportations israéliennes vers l'Inde ont atteint, en 1998, 700 millions d'US$, tandis que les exportations totales d'Israël vers l'Asie atteignaient, la même année, environ 1,31 milliards d'US$. Les Israéliens escomptent porter leurs exportations vers l'Inde, en 2000, à un seuil symbolique d'un milliard d'US$. Des projets communs dans le domaine des télécommunications et de l'informatique ont fait l'objet de contrats passés entre les deux pays.
L'Inde est le principal client des industries israéliennes d'armement. Ce pays procède actuellement à la modernisation de son arsenal militaire, en recourant aux technologies de pointe développées et disponibles en Israël. Dernièrement, l'Inde a passé avec Israël un accord assurant la fourniture d'armes sophistiquées à l'Inde et la modernisation des avions de chasse de l'armée de l'air indienne. Ce contrat porte sur 700 millions d'US$.
L'étude évalue les exportations militaires totales d'Israël vers l'Asie à environ 5 milliards d'US$.
Les relations sino-israéliennes ont débuté en réalité dès les années cinquante. Mais le premier accord de coopération militaire entre les deux pays n'a été signé qu'en 1974, pour une valeur de contrats, passés jusqu'au milieu des années quatre-vingt, s'élevant à 5,3 milliards d'US$.
L'étude indique que le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays, le 24 janvier 1992, a abouti à l'accélération de leur coopération bilatérale militaire et sécuritaire. Israël exporte en Chine des équipements sensibles pour les industries aérospatiale, nucléaire, des installations d'écoute et les technologies aéronautiques tant civile que militaire. L'administration américaine a protesté, plus d'une fois, auprès d'Israël, à cause de ses exportations de matériels stratégiques à destination de la Chine, qui violent les lois américaines (loi dite "d'Amato", NdT).
Dans le domaine civil, Israël exporte vers la Chine des équipements sophistiqués en matière d'agriculture et d'irrigation. Les statistiques pour 2000 montrent que le commerce entre les deux pays a atteint 500 millions d'US$ hors-militaire. Les investissements israéliens en Chine ont atteint, quant à eux, 3 milliards d'US$, dans les secteurs de l'agriculture, des télécommunications et du traitement de l'information.
Au cours des années quatre-vingt, les échanges sino-israéliens ont atteint les 5,3 milliards d'US$, atteignant 9 milliards d'US$ au cours des années quatre-vingt dix.
L'étude indique que le contrat de livraison d'avions de détection (espionnage) israéliens Falcon à la Chine est le plus important jamais conclu pour cet appareil, atteignant 1,2 milliard d'US$.
L'administration américaine n'est pas parvenue à freiner les exportations par Israël de technologie américaine vers la Chine, ce qui est d'autant plus grave que ce pays est en état de conflit larvé permanent avec Taïwan, pays allié des Etats-Unis. Washington n'a pas réussi, non plus, à empêcher la conclusion d'un contrat en vertu duquel Israël fournissait des radars destinés à équiper les avions-espions chinois. Des programmes d'échanges de visites d'experts et de responsables, intenses et couvrant tous les domaines, ont fait l'objet de conventions entre les deux pays.
L'étude publiée à Abu-Dhabi indique qu'Israël a renforcé sa coopération avec le Kazakhstan, l'Azerbaïdjan, le Turkménistan, la Khirghizie et le Tadjikistan dès le début des années quatre-vingt dix, établissant des relations diplomatiques avec chacun de ces pays en 1992. Israël leur fournit des armes et des aides financières, de la technologie agricole (irrigation), des équipements de surveillance et d'espionnage et des équipes d'entraîneurs spécialisés dans la formation des forces anti-émeutes, utilisées dans la répression des mouvements d'opposition dans ces pays (pour la plupart, non-démocratiques, NdT).
Un pied-à-terre
L'étude conclut en indiquant qu'Israël veille à conserver un pied-à-terre en Asie, en particulier sur ses marchés militaires et des hautes technologies, établissant dans certains cas une entente bilatérale et renforçant les bases d'une coopération sécuritaire, afin de constituer, à l'avenir, un axe stratégique au service des objectifs et intérêts israéliens. Cette éventualité semble en passe de réussir, en dépassant les obstacles existant jusqu'à un passé récent, et cela s'explique par l'aggravation des conflits - ouverts ou larvés - qui opposent entre eux les pays asiatiques concernés, qui les entraînent dans une course (folle) aux armements.
Ainsi, le rôle d'Israël semble appelé à s'intensifier et à s'étendre, de nouvelles relations s'établissant entre les républiques asiatiques musulmanes et ce pays, qui tire grand profit de la détérioration de leurs relations entre elles. En l'absence de toute implication arabe effective dans cette région stratégique du monde, Israël est à même de constituer une menace sérieuse pour la sécurité nationale des Arabes, à partir de leurs voisines, les Républiques musulmanes d'Asie centrale.