Point d'information Palestine > N°118 du 28/11/2000

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Pierre-Alexandre Orsoni (Président) - Daniel Garnier (Secrétaire) - Daniel Amphoux (Trésorier)

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MERCREDI 29 NOVEMBRE
dans de nombreuses villes françaises et européennes
MANIFESTION DE SOUTIEN AU PEUPLE PALESTINIEN
Renseignements : AMFP-Paris - Tél : 01 43 72 15 79 - E-mail : amfpafp@club-internet.fr
 
 
Au sommaire
 
Prochains rendez-vous
  1. Aujourd'hui à 23h20, sur France 3, "Israël-Palestine : une terre deux fois promise"
  2. Rencontre publique avec Anwar Abu Eisheh, le jeudi 30 novembre 2000, à 20h30 à Paris
  3. Palestine : Agir maintenant… le samedi 2 décembre 2000, au Théâtre du Résidence Palace à Bruxelles (Belgique)
  4. "Méditerranéo" présente ce samedi 2 décembre 2000 à 12h55 sur France 3 Méditerrannée, trois reportages consacrés aux relations israélo-arabes
  5. Le Musée de l'Arles antique présente jusqu'au 21 janvier 2001, l'exposition "Gaza méditerranéenne"
Réseau Palestine
  1. D'un enfant palestinien à la Reine de Suède, aux dires de laquelle les mères palestiniennes seraient moins mères que les autres par Jalila Al-Jashiyy [traduction de l'arabe et adapté par Marcel Charbonnier]
  2. Attaques répétées contre un hôpital par Dr. Annie Dudin, Pédiatre au Al-Yamamah Hospital-Al-Khadir
  3. Une petite journée en Cisjordanie
  4. Elles témoignent... de la bande de Gaza
  5. "La honte !" par Yanick Auer - Montréal
  6. Gaza après les bombardements par Luisa Morgantini
  7. Extrait du sommaire de la lettre d'informations N° 26 de "Med Intelligence" sur http://medintelligence.free.fr
Revue de presse
  1. Pour vos enfants, pour nos enfants... par Avraham B. Yehoshua in Libération du mardi 28 novembre 2000
  2. Violence sans répit, négociations et manoeuvres par Serge Dumont in Le Soir (quotidien belge) du lundi 27 novembre 2000
  3. Potage diplomatique par Azzam Tawfiq Abu as-Su'ûd in Al-Qod's (quotidien palestinien) du lundi 27 novembre 2000 [traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
  4. "Le bombardement des camps palestiniens est imminent" in Le Magazine (hebdomadaire libanais) du vendredi 24 novembre 2000
  5. Les colonies, sources de conflits par Yaël Avran in L'Humanité vendredi 24 novembre 2000
  6. Interview de Jean-Michel Dumont, ancien Secrétaire général de l'Association parlementaire pour la coopération euro-arabe propos recueillis par Baudoin Loos in Le Soir (quotidien belge) du jeudi 23 novembre 2000
  7. Les combats des députés palestiniens à la Knesset par Amal Shehadé in "Al Wasat" (quotidien arabe publié à Londres) traduit dans Courrier International du jeudi 23 novembre 2000
  8. Euromed . Envoyé spécial de l'Union Européenne (UE) au Proche-Orient, Miguel Angel Moratinos évalue les résultats de la 4e conférence ministérielle euro-méditerranéenne, tenue à Marseille mercredi et jeudi derniers propos recueillis par Khaled Saad Zaghloul in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 22 novembre 2000
  9. Les Territoires asphyxiés par Hicham Mourad in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 22 novembre 2000
  10. Quarante sept Palestiniens blessés hospitalisés en Turquie Dépêche de l'Agence de Presse Anatolie (Turquie) du mercredi 22 novembre 2000 [traduit par Marcel Charbonnier]
  11. "Si je t'oublie Jérusalem" in Jérusalem Post (édition hebdomadaire française) du mercredi 22 novembre 2000
  12. Jérusalem : de la division au partage ? par Mouna Naïm in Le Monde du mardi 21 novembre 2000
  13. Père Emile Shoufani, prêtre melkite et "curé" de Nazareth : "Jamais la police n'avait ainsi tiré sur des Arabes citoyens d'Israël" propos recueillis par Henri Tincq in Le Monde du mardi 21 novembre 2000
  14. Déluge de feu sur la bande de Gaza par Didier Françoisin Libération du mardi 21 novembre 2000
  15. C'est bientôt fini, l'ère de la gesticulation politicarde, de la normalisation cultureuse et de la reprise en main morale ? par Muta' Safadi in Al Qod's (quotidien palestinien) du lundi 20 novembre 2000 [traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
  16. Conséquences du sommet par Muhammad Awad in Al-Hayat (quotidient arabe publié à Londres) le lundi 6 novembre 2000 [traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
Prochains rendez-vous
 
1. Aujourd'hui à 23h20, sur France 3, "Israël-Palestine : une terre deux fois promise"
La chaîne de télévision française France 3, présente ce mardi 28 novembre 2000, à 23h20, la troisième et dernière partie de "Israël-Palestine : une terre deux fois promise", un documentaire francais de William Karel et Hesi Carmel (1997).
La paix armée par Antoine Perraud in Télérama du 22 novembre 2000 - L'art de la fugue de William Karel atteint ici sa plénitude. Deux voix s'exposent, se répondent et s'enchaînent, donc. La première, iréniste, raconte la paix qui pointe à Oslo et qui se concrétise contre toute attente. Les témoignages, filmés en gros plans et montés en un rythme vif, mais qui ne freine pas l'émotion, retracent le processus. Leah Rabin rappelle le chemin de Damas que connut son époux. L'excellent Uri Savir, du ministère des Affaires étrangères israélien, se souvient des premiers échanges avec son interlocuteur palestinien, fondés sur «l'humour des peuples qui ont connu des moments difficiles». Faysal Husseini parle du pacte inespéré, signé à Washington en 1993, comme d'un nouveau-né, chétif, mais «c'est notre fils». L'entente est également scellée entre les deux rivaux du parti travailliste israélien, Rabin et Peres, si sensible le soir de l'assassinat du premier, qui fait dire au survivant désormais sur la touche : «Nous nous connaissions depuis cinquante ans et il ne m'avait jamais pris dans ses bras comme ce soir-là...» La seconde voix du documentaire, tragiquement lucide, démontre comment Israël, démocratie saisie de vertige, joua les apprentis sorciers en favorisant le Hamas pour affaiblir l'OLP, reconnaissant Arafat dès lors qu'il était moins représentatif, miné par l'extrémisme musulman. La conjonction des deux intégrismes, arabe et juif, allait porter au pouvoir, sur une vague d'incertitude, de terreur et de confusion, Benyamin Netanyahou. La paix devait se vider de son sens : «Ce que fait Netanyahou ressemble plus à une profanation de cadavre qu'à une tentative de réanimation d'un accord à l'agonie» (Faysal Husseini). Face à Arafat, potentat usé jusqu'à la corde, Netanyahou devait labourer la politique du pire : «Un homme vulgaire, un tyran. Je suis écoeurée, même terrifiée. Un phénomène fasciste est en train de se développer ici», prévenait feu Leah Rabin. Ainsi s'achevait, voilà trois ans, la magnifique composition de Karel : en point d'orgue dans chacune de nos consciences.
 
2. Rencontre publique avec Anwar Abu Eisheh, le jeudi 30 novembre 2000, à 20h30 à Paris
Dans le cadre de la venue en France d'une délégation de Palestiniens d'Hébron à l'invitation de la Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT), nous vous invitons à venir rencontrer Anwar Abu Eisheh, Président de l'Association d'échanges culturels France-Hébron et des responsables d'associations sportives. Ils témoigneront de la vie quotidienne des Palestiniens résidents des zones H1 et H2 de la ville depuis le début des affrontements et nous ferons part de leur vision de la situation politique actuelle.
JEUDI 30 NOVEMBRE à 20h30 à la Plateforme des ONG Françaises pour la Palestine - 14, Passage Dubail (métro Gare de l'Est, code 14B65) Salle du Sous-Sol
Renseignements : Plateforme des ONG françaises pour la Palestine - 14, passage Dubail - 75010 Paris - Tél :  +33 (1) 40 36 41 46 - Fax. : +33 (1) 44 72 93 73 - E-mail :pfpalest@club-internet.fr - Site Web : http://plateforme-palestine.netliberte.org
 
3. Palestine : Agir maintenant… le samedi 2 décembre 2000, au Théâtre du Résidence Palace à Bruxelles (Belgique)
A l’occasion de la journée internationale des Nations Unies pour les Droits inaliénables du peuple palestinien, l’Association belgo-palestinienne présente une journée de solidarité sous le thème : Palestine : Agir maintenant… le samedi 2 décembre 2000, au Théâtre du Résidence Palace - 155, rue de la Loi - 1000 Bruxelles (Belgique).
PROGRAMME traduction simultanée (français, anglais, néerlandais)
- 13h30 : Accueil
- 14h à 15h30 : Ateliers :
Atelier 1 : “ Made In Israël ?”
Palestine : une économie asphyxiée, l’importance du partenariat européen. Réaction et interpellation citoyenne en Belgique.
Président : Pierre Galand (ABP-Fondation Naïm Khader)
Intervenants : Bichara Khader (Professeur UCL), Michiel Maertens (Sénateur) et Adel Atieh (Relations Internationales, UCL).
Atelier 2 : “ Droit au retour ”
Action de l’Europe en vue de réaffirmer le droit imprescriptible au retour des réfugiés palestiniens et le principe non négociable de réparation des spoliations
Président : Tijl Declercq (VPK)
Intervenants : Hussain Abou Namel (Sociologue et économiste palestinien - Liban), Hilt Teuwen (Oxfam)
Atelier 3 : La lutte d’un peuple : Médias et information
La guerre est aussi dans les médias. Comment restituer le droit à la parole d’un peuple qui défend une cause juste. Le défi de l’information et de l’éducation en Belgique.
Présidente : Nathalie Caprioli
Intervenants : Josy Dubié (Sénateur), Pierre-Alexandre Orsoni (AMFP), Samir Al-Assi (Fédération bruxelloise des jeunes socialistes), Pascal Fenaux (Journaliste - La Revue Nouvelle), Gabrielle Lefèvre (Journaliste - Le Soir illustré).
- 15h30 à 16h30 : Projection de vidéos : “ Octobre noir ” …etc.
- 16h30 à 18h : Palestine : Agir maintenant - Actualité et solidarité : Un avion pour Gaza, délégation en Palestine
Président : Pierre Galand (ABP-Fondation Naïm Khader)
Intervenants : llan Halevi (Représentant de l’OLP à l’Internationale socialiste), François Martou (Président MOC), Pierre-Alexandre Orsoni (AMFP), Stef Breesch (Cabinet du Secrétaire d’Etat Eddy Boutmans), Paul Galand (Sénateur), Mohsin Mouedden (Alhambra), Nadia Farkh (ABP) et Hilt Teuwen (Oxfam).
 - 18h-19h : Pause 
- 19h-20h30 : Tribune politique : la Communauté internationale et l’Intifada
Co-présidence : Tijl Declercq (VPK) et Pierre Galand (ABP-Fondation Naïm Khader)
Table ronde avec Louis Michel, Ministre des Affaires Etrangères ou son représentant, Leïla Shahid (Déléguée générale palestinienne à Paris) et Ilan Halevi (Représentant de l’OLP à l’Internationale socialiste), Anne-Marie Lizin (Sénatrice), Chawki Armali (Délégué général palestinien à Bruxelles), Michiel Maertens (Vice-Président de l’Intergroupe parlementaire pour la Palestine) et Bichara Khader (Prof UCL), en présence du Conseil des Ambassadeurs arabes à Bruxelles.
- 21h : Acte culturel :
La chanteuse palestinienne, Camilia, présente “de Beyrouth à Jérusalem Al Nakba”, un récital a Capella de 7 chants palestiniens contemporains.
Renseignements : Association belgo-palestinienne - Fondation Naïm Khader - Phone : +32 (0) 2.223.07.56 - Fax : +32 (0) 2.250.12.63 - E-mail : abp.eccp@euronet.be
 
4. "Méditerranéo" présente ce samedi 2 décembre 2000 à 12h55 sur France 3 Méditerrannée, trois reportages consacrés aux relations israélo-arabes
- "Mémoire palestinienne" (45 mn) - En 1947, à l'heure du partage de la Palestine en deux états, l'un juif et l'autre arabe, Gaza était tombée dans l'escarcelle des arabes. Un demi-siècle et 3 guerres plus tard, cette langue de terre de 40 kilomètres au bord de la Méditerranée, était devenue le siège de l'Autorité Palestinienne. Elle comptait 1 million d'habitants (pour moitié dans des camps de réfugiés) et 18 colonies juives. Pourtant, comme le montrait à l'automne 2000, l'exposition "Gaza Méditerranéenne", à l'Institut du Monde Arabe, à Paris, le sol de ce territoire minuscule et désolé cache une grande histoire.
- "La guerre de l'eau" (40 mn) - En 1978, 11 ans après le Golan, Israël s'emparait du Sud-Liban. Cette attaque, visant officiellement à protéger la frontière nord de l'Etat juif de la résistance palestinienne, était baptisée "opération Litani". Litani, du nom d'un fleuve qui traverse le Sud-Liban et se jette dans la Méditerranée au Nord de la ville de Tyr. En mai 2000, le retrait israélien du Liban devait donc rendre aux Libanais le libre accès au fleuve. Mais la pénurie est ici telle que l'eau est un enjeu stratégique. Aussi, deux mois à peine après son retrait, Israël était accusé de voler l'eau du Litani.
- "Les perdants du Golan" (40 min) - En juin 1967, l'armée israélienne envahissait simultanément le Sinaï égyptien, la Cisjordanie jordanienne et le Golan syrien: c'était la guerre des 6 jours. A l'exception de Gaza, le Sinaï était restitué à l'Egypte 15 ans plus tard, grâce aux Accords de Camp David. La Cisjordanie, largement colonisée, était annexée en 1981. C'est là qu'en vertu des Accords d'Oslo seraient instituées plus tard quelques villes palestiniennes autonomes. Quant au plateau du Golan, au confins de la Syrie, du Liban et d'Israël, il reste annexé. Une quarantaine de colonies juives s'y sont installées et la plupart de ses habitants ont été chassés.
Méditerranéo est aussi diffusé sur TV5 (pour les horaires de diffusion dans le monde entier www.tv5.org) et sur Régions (chaîne disponible sur le cable et TPS www.regions-tv.fr).
- Ne manquez pas aussi, tous les samedis à 18h56 sur France 3 Méditerrannée, "MEDITERRANEO LE JOURNAL", l'édition hebdomadaire d'information, un tout images de l'actualité en Méditerranée, confiée à la même équipe rédactionnelle, et réalisé par Hélène Bouyé.
 
5. Le Musée de l'Arles antique présente jusqu'au 21 janvier 2001, l'exposition "Gaza méditerranéenne"
L'exposition "Gaza méditerranéenne" présente le résultat des dernières fouilles archéologiques entreprises à Gaza depuis 1994. Ces cinq années de recherches ont permis des découvertes extraordinaires, comme celle notamment de mosaïques byzantines d'une très grande qualité iconographique.
De nombreux vestiges montrent que l'histoire de Gaza remonte au moins à l'âge de Bronze (3000 ans av. J.-C.) et témoignent aussi de la présence égyptienne et de l'intérêt que les premiers Pharaons portaient à ce site stratégique entre l'Afrique et l'Asie.
D'autres pièces, des périodes grecque, romaine, byzantine et islamique, confirment le rôle de carrefour commercial que Gaza a conservé à travers l'Histoire. En effet, ville cosmopolite et ouverte sur la Méditerranée, Gaza était autrefois l'aboutissement de la route de l'encens : la célèbre Pétra, dernière étape avant la mer, n'aurait pu exister sans cette cité portuaire. Gaza fut aussi une étape majeure de la " via maris " romaine où transitaient toutes les épices de la lointaine Arabie en route vers l'autre rive de la " mare nostrum ".
Terre fertile, oasis au bord de la mer, Gaza était connue pour la prodigalité de ses vergers, l'étendue de ses vignes et la qualité de ses vins qu'elle exportait vers le bassin méditerranéen.
Outre les témoignages archéologiques, la scénographie de l'exposition intègre des photographies anciennes et modernes, des reportages vidéo et divers documents qui permettront de lier le passé de Gaza à ses réalités historiques et géographiques d'aujourd'hui et de faire ainsi participer le public au renouveau que connaît ce territoire du Proche-Orient suite aux évolutions politiques récentes.
Musée de l'Arles antique - Presqu'île-du-Cirque-Romain - BP 205 - 13635 Arles Cedex - Exposition ouverte tous les jours de 10h à 17h - Fermetures annuelles le 25 décembre et le 1er janvier - Tarifs : 15 F (35 F avec l'accès aux collections permanentes) - Renseignements et inscriptions : 04 90 18 88 88
 
Réseau Palestine

 
 
1. D'un enfant palestinien à la Reine de Suède, aux dires de laquelle les mères palestiniennes seraient moins mères que les autres par Jalila Al-Jashiyy [traduction de l'arabe et adapté par Marcel Charbonnier]
O, Vous, Souveraine à mille lieues des blessures de ma Mère,
Ne prononcez pas ce que vous ne savez pas, pas plus sur ma Mère que sur moi-même.
Dans le pain que fait ma Mère, il y a une chaleur qui inonde le monde entier d'amour,
Dans sa robe brodée de ses mains, il y a un parfum qui le remplit de tendresse...
Sauf votre respect... ne soyez pas injuste envers elle...
Envers ma Mère, orpheline et veuve,
Ma Mère, sur le visage de laquelle
Les massacres subis par mon peuple se sont comme gravés,
Ma Mère qui a pris entre les paumes de ses mains la braise rougeoyante
De la Résistance,
Ma Mère, à qui sa vie a fait connaître l'amertume des chaînes,
Ma Mère, qui a dû donner l'accolade à la mort, seule, par-delà
Les frontières,
Ma Mère, qui a perdu mon Père, et qui reste patiente
Dans l'adversité,
Ma Mère, qui a prodigué tous les efforts imaginables pour ses enfants...
Alors, s'il vous plaît, ne prononcez pas de jugement sans appel sur elle, et sur moi-même...
O Vous, Majesté, qui vous pavanez
Dans votre palais d'ivoire
Revêtue des vêtements les plus somptueux et dernier cri,
Qui appréciez les mets les plus raffinés,
Qui dormez sur des fourrures, dans des draps de soie,
Je ne vous reproche pas de ne pas connaître ma Mère : comment le pourriez-vous ?
Ma Mère, c'est celle qui m'a allaité de l'amour pour la Palestine,
C'est celle qui m'a nourri de la passion pour la Terre, depuis la relégation d'un camp...
Alors, je vous le demande, n'allez pas imaginer ce qui n'est pas, et sachez...
Que je vis dans les veines de ma Mère,
Dans le souffle de ma Mère, dans les larmes de ma Mère,
Dans la tristesse, dans la peine de ma Mère,
Mais aussi, Majesté,
Que mon amour de la Palestine, mon attachement à sa Terre,
Sont plus précieux que mon âme et que mon sang.
Alors, je vous en prie, Majesté,
Présentez cinquante mille excuses
Et inclinez-vous, par respect pour moi
Et pour ma Mère.
 
2. Attaques répétées contre un hôpital par Dr. Annie Dudin, Pédiatre au Al-Yamamah Hospital-Al-Khadir
Vendredi 24 novembre 2000 - Depuis le début des événements dramatiques qui ont lieu dans les Territoires Occupés Palestiniens et en Israël, c'est à dire depuis le 29 septembre 2000, bientôt 2 mois, l'hôpital ou je travaille, Al-Yamamah Hospital-Al-Khadir situé dans la circonscription de Béthelehem, a été victime de 3 attaques par balles provenant vraisemblablement de tirs de chars ou d'hélicoptère.
Le 1er novembre 2000, un bureau administratif et une chambre de malade ont été atteintes. Le 12 novembre 2000, une chambre de malades a été touchée, la balle a traversé la fenêtre, la porte, le couloir et finit sa course à 1 mètre du bureau des infirmières.
Le 23 novembre 2000, une chambre de malades a été touchée, cassant la fenêtre et le néon et se plantant dans le mur. Le laboratoire a aussi été touché alors qu'une balle avait traversé 2 murs. Tous ces événements ont eu lieu en plein jour. À chaque fois, l'entrée de l'hôpital a été inaccessible pendant toute la période de tirs. Heureusement, nous avons pu jusqu'à présent transférer nos malades dans des lieux plus sûrs à temps ( mais il faut faire vite, le temps qui s'est écoulé entre le transfert des
malades et le passage de balles dans les chambres de malades a été de 2 à 5 mn) . Nous n'avons jusqu'à présent heureusement pas eu a déplorer de blessés ou de morts. Mais la sécurité de nos malades et de toute l'équipe de santé qui y travaille est de plus en plus aléatoire.
 
3. Une petite journée en Cisjordanie
[Nous avons reçu ce témoignage d'un représentant de l'Etat français en Palestine, qui nous a demandé de ne pas mentionner son identité.]
Le 20 novembre 2000 - Me voici donc, en ce lundi matin, prêt à partir sur le terrain pour mieux comprendre ce qui se passe durant ces évènements. Je me dirige donc vers la campagne palestinienne avec un collègue belge, deux journalistes belges et un palestinien. Le but de la visite est de mieux percevoir les problèmes d'alimentation en eau, mais aussi les problèmes de circulation et sanitaires.
Premier arrêt dans un village, nommé Qusra, au Sud-est de Naplouse.
Nous rencontrons le maire adjoint qui nous offre café et thé. Nous commençons à discuter et il nous explique que depuis le début des évènements (le 29 septembre dernier) le village n'a plus d'eau. En effet, il est desservi par une bouche à la sortie de la colonie d'à côté, Magdalim, par l'intermédiaire de camions citernes. Actuellement, et depuis près de 2 mois, l'accès à la bouche est interdit. Donc plus d'eau. Les villageois essaient de trouver des solutions de secours. Ils arrivent à s'approvisionner à un puits proche (plus de 15 km), quand les tankers peuvent circuler !!!!! et ne se font pas attaquer par les colons !!!!  Le seul problème est que le village ne possède aucun tanker et dépend complètement des villages voisins, qui sont dans le même cas. Du coup, pour avoir de l'eau, les villageois doivent se mettre sur une liste d'attente et sont délivrés durant la semaine suivante. L'eau de la colonie est normalement de 13F/m3 et augmente fortement dans ces conditions (coût de transport, loi de l'offre et de la demande).
Lorsque l'on aborde la question de la santé, le maire adjoint nous répond : " Je peux vous donner un exemple représentatif de la situation, le 30 octobre mon père est tombé gravement malade mais les ambulances n'ont pu rejoindre le village (impossible de sortir de Naplouse et impossible de rentrer dans le village), donc il est mort ! " Je vous passe nombre de détails (village bouclé, débouclé, rebouclé et enfin rouvert depuis trois jours - pour combien de temps).
Dans ce village, je pourrais ajouter que 90% de la population active travaillent normalement - mais  est-il nécessaire de le rappeler -en Israël ou dans la vallée du Jourdain mais avec le blocage du village et des Territoires palestiniens, ces personnes sont au chômage. Pas d'eau, pas de travail, pas d'argent et des réserves de nourriture en baisse, la situation est un peu bizarre quand on sait qu'"Israël fait tout pour calmer les choses". Je ne sais pas ce que vous en penser mais moi je me pose des questions.
Allez partons pour le deuxième village, Aqraba. Il n'est pas très loin et a le même problème d'accès à la ressource en eau (il dépend de la même colonie mais on y dénombre 8000 habitants).
Je ne vous parlerai ici que du problème de la ressource en eau. La solution trouvée par la municipalité est de s'alimenter en eau dans un village voisin indépendant. Il y a ici aussi un petit problème : le tuyau de sortie est petit (2 pouces) et il y a peu de citernes (5 tracteurs de 3 m3 chacun dans le village solution et 5 identiques dans le village problème - mais ceux-ci doivent faire la queue à la distribution car ils ne sont pas prioritaires). Au global, il y a environ 20 m3 qui arrivent chaque jour pour 8000 habitants, soit environ 2,5 l/j/personne (environ, disons entre 2 et 4), sachant que la norme OMS (Organisation Mondiale de la Santé) est de 100 l/j/personne (en dessous c'est la pénurie). Ca vaut l'Afrique, vous ne trouvez pas !! Il peut être intéressant de noter que cette eau arrive entre 28 et 46 F/m3.
Direction le troisième et dernier village, Salfeet (c'est même une ville plus qu'un village). Le problème de l'eau a été beaucoup moins abordé mais nous avons fait un petit tour des lieux et nous avons pu observer les dégâts des bombardements et autres tirs…
Tout d'abord un réservoir d'eau qui a été canardé, plusieurs fois, depuis une position qui devient une colonie (position avec deux chars et deux mitrailleuses lourdes). Des rouleaux de plastique destinés à des bassins de décantation se sont pris des roquettes (c'est con car les palestiniens les attendaient depuis pas mal de temps et qu'ils leur ont coûté bonbons). Aucunes raisons apparentes à ces tirs. Juste à côté, une maison a été touchée par de nombreux projectiles (balles de 500 mm, roquettes…), elle n'est plus en très bon état mais heureusement, elle n'était pas occupée au moment des tirs. Encore à côté, une autre maison, occupée celle-ci, a perdu sa réserve sur le toit, ses panneaux solaires, des fenêtres, du crépis… une roquette a même mis le feu à la chambre mais les propriétaires en sont sortis indemnes.
Changement de lieu, direction le centre ville, nous allons voir les effets des bombardements par roquettes, à partir d'hélicoptères (des Apaches, belles bêtes). Juste pour votre information, les roquettes sont intelligentes, elles possèdent un système de guidage qui fait mouche à chaque fois ou sont dirigeables à partir de l'appareil. Deux des trois roquettes ont touché le siège du Fatah, le parti d'Arafat. La première a traversé les barreaux de la fenêtre et un mur, la deuxième, les barreaux, le plancher et a fini dans le mur de l'étage en dessous, qui a complètement bougé (on dirait qu'il est désolidarisé du reste du bâtiment). Il était minuit donc il n'y avait personne. Les israéliens avaient prévenu qu'ils tireraient sans préciser où. A minuit, les gens dorment ou viennent de se coucher comme cette personne qui rentre de la cueillette des olives. Pas de chance pour elle, elle fait partie des dommages collatéraux. Sa maison est située à plus de 50 m du siège du Fatah et une roquette la touche (comme c'est bizarre pour des projectiles très précis). Cette petite chose traverse le toit, le mur d'une pièce de l'étage, pour finir dans le sol de la pièce voisine. Le seul problème est qu'entre le mur et le sol, il y a le lit de cette brave personne. Moralité, la roquette lui a arraché la jambe droite. Ces jours ne sont pas en danger, elle aura bientôt une jambe artificielle. Nous, on se pointe, près de trois semaines plus tard, et le frère de cette personne nous dit que lui et sa famille essaient de retrouver une vie normale, donc ils ont repeint la dite chambre qui était encore recouverte de sang et de chair.
Après une journée comme celle-là, les convictions et les illusions en prennent un sacré coup, le moral aussi d'ailleurs. Le pire étant que je ne peux rien faire en tant que personne mais également en tant que représentant de l'Etat français, si ce n'est de répondre en urgence aux besoins de ces populations par des projets (mais l'urgence c'est bien beau, encore faut-il avoir les sous pour ça). Mais même ça ce n'est pas évident. Enfin, cette dernière partie de réflexion sur la coopération possible sur le terrain ne vous regarde pas vraiment. Et puis comme disent les journaux, il n'y a rien de sensationnel, pas de sang, pas de mort.
 
4. Elles témoignent... de la bande de Gaza
Elles s'appellent Aïda, Whaada, Sireen, Samira, Farida, Yusra, Saada, Basma, Nabela, Rowhye. Elles sont travailleuses de la santé du P.M.R.C. Elles habitent et elles travaillent dans la bande de Gaza.
Palestine 33 (Bordeau) [Palestine 33 - E-mail : jacques.salles@wanadoo.fr] les connaît et les rencontre et leur a demandé de faire partager aux lecteurs de Palestine 33, la réalité de leur vie. Dans la mesure du possible. Voici leurs témoignages reçus par fax dans la semaine du 6 au 11 Novembre.
- "Nous croyions que les chefs d'état du monde avaient un cœur qui pouvait s'émouvoir, des yeux qui pouvaient pleurer et des mains qui pouvaient se tendre pour aider les peuples faibles et vaincus.
Malheureusement nous avons découvert, nous les Palestiniens, que le monde entier, et plus particulièrement le monde occidental ne connaît pas le sens de la clémence. Israël, l'enfant gâté des Etats Unis, tue, déchiquette, et fait errer un Peuple désarmé  qui n'a comme moyen pour libérer sa terre que les pierres qui le jonchent et ce devant le monde entier. Qu'attendez-vous pour réagir ?  ou la dénonciation de ces horreur vous suffit-elle ? Attendez-vous que le Peuple palestinien soit exterminé et alors vous vous présenterez, parés des habits d'Etats amis, amoureux de la paix : cette paix que les Palestiniens ont demandée la main tendue et que les Israéliens ont accueillie avec les armes et les chars ; cette paix que revendique tout.
Nous avons ressenti une grande tristesse en constatant que les médias internationaux ont cru la rumeur israélienne et les mensonges diffusés par leurs moyens de communication selon lesquels des mères palestiniennes sacrifient leurs enfants pour apitoyer le monde et selon lesquels les soldats israéliens ne tirent que lorsqu'ils se sentent en danger.
Je voudrais poser une question aux mères de tout pays : qui de vous supporterait pour son fils le sort de l'enfant palestinien avec autant d'humiliation et de privations ? Qui de vous supporterait de sacrifier un de ses enfants ? Qui pourrait supporter voir son fils mourir d'une balle alors qu'il est dans ses bras ? Cela est arrivé à Sarah.
Comment un enfant de 9 ans avec une pierre à la main pourrait-il mettre en danger la vie d'un soldat israélien réfugié dans son char et portant une mitraillette ?
La vérité dit qu'à nos yeux nous sommes les criminels  et eux les victimes. C'est pour cela que je vous demande de regarder la réalité avec des yeux neutres afin de savoir que 37 enfants sont morts depuis "Al Intifada", soit 31 % des tués.
Enfant de notre Peuple et à laquelle BARAK a répondu par les bombardements.
J'aurais aimé que vous soyez avec nous et que vous voyez ce que nous endurons. Les mots sont impuissants et incapables de l'exprimer.
A titre d'exemple, je travaille très loin au sud de Gaza, dans des secteurs entourés de colonies, des secteurs privés de tous les services sociaux et sanitaires.
Dans les circonstances actuelles, nous avons essayé en tant qu'équipe médicale d'y entrer mais on ne nous y a pas autorisé. Nous entendions les bombardements de nuit. Des maisons y ont été démolies, des oliviers et des palmiers arrachés, les fils électriques coupés.
Israël utilise tous les moyens et toutes les armes testés mondialement contre un Peuple désarmé.
L'histoire de l'enfant martyr, Mohamed, mort dans les bras de son père qui ne pouvait ni le défendre ni se défendre est la plus grande preuve de la sauvagerie, des mensonges et des prétentions d'Israël.
Mais celui-ci ne s'est pas contenté des tueries qu'Il a commises. Il a en outre procédé à une série de sanctions et de punitions collectives. Entre le couvre feu, les bombardements comme en temps de guerre, la démolition des boutiques, l'assassinat de gens en train de cueillir leurs olives à Beit Jala, à Gaza, à Hebron, à Ramallah.
Bien plus :  Il a arraché des oliviers et des palmiers, il a empêché l'arrivée des secours et des aides médicales sur les lieux de ces évènements. Tel a été le cas de l'ambulancier tué pendant qu'il tentait de porter secours à l'enfant Mohamed et à son père. Il a également bombardé les centres d'enseignement empêchant ainsi les enfants de jouir de leur droit d'apprendre.
Nous avons lancé un appel urgent au monde entier pour qu'il assure la protection.
Dans mon pays l'armée tue les enfants de sang froid. L'enfant Mohamed Youssef, 9 ans, a été tué par balle par l'armée israélienne, touché à la poitrine : l'armée n'a pas eu pitié de son enfance.
Sami Fathi, 12 ans, tué le 10 Octobre par une balle tirée à la tête, le garçon portait encore son cartable car il rentrait de l'école. Samy est tombé à Rafah. 20 mètres le séparaient de l'armée.
Les gens s'endorment et se réveillent sous le sifflement des balles. Nous avons suivi une équipe d'intervention de secouristes. Nous sommes venues en aide à Mohamed Fathi Anajar habitant de Beni Sahila et travaillant à Tel Azviv : le 8 Octobre des colons juifs armés de cocktail molotov et de couteaux nous ont agressés en nous jetant des cocktails qui ont endommagé des maisons avoisinantes. Le véhicule du P.M.R.C. a rebroussé chemin et nous avons trouvé refuge chez un habitant palestinien. Mais à 6 heures du matin 20 militaires nous ont agressé", nous ont insulté et frappé fort. Moi j'ai crié :" ne me frappez pas, je suis jordanienne" Un militaire m'a répondu :" vous êtes tous des arabes". J'ai perdu connaissance et on m'a sorti dehors. Un juif en civil a appelé les secours qui nous a transporté à l'hôpital Tel Hashir où nous avons reçu des soins. Puis nous sommes retournés aux hôpitaux de Gaza et de Shifa."
 
5. "La honte !" par Yanick Auer - Montréal
Texte paru dans le courrier des lecteurs du mensuel "le Nouvel Afrique-Asie" du mois de novembre 2000 :

"La honte ! La guerre vient de reprendre en Israël, une guerre terrible, une guerre de haine, de race et de religion. En ces jours de grand deuil pour le peuple palestinien que l'on massacre, j'ai honte d'être d'origine juive.
Faut-il rappeler que la fondation de l'Etat d'Israël s'est faite dans le sang ? Israël est né de la terreur exercée par les sionistes pour faire fuir les Arabes qui vivaient en Palestine. Attentats, massacres : les sionistes ont utilisé tous les moyens terroristes à leur disposition pour chasser les Palestiniens des villages où ils vivaient depuis des centaines d'années. (...) Cinquante ans plus tard, la terreur se perpétue encore. (...) Celui qui aura le courage de pratiquer la politique de la main tendue
sera un véritable héros. Car, les millions de morts de Dachau, Birkenau et Auschwitz ne lancent qu'un cri : non à la haine, non à la discrimination, non au racisme ! (...) Je dis aux dirigeants de l'Etat d'Israël, et à ceux qui les soutiennent : les ancêtres morts dans les camps ont honte de vous."
 
6. Gaza après les bombardements par Luisa Morgantini
Luisa Morgantini, députée européenne, présidente de la délégation du Parlement européen en charge des relations avec le Conseil législatif palestinien, nous fait parvenir ce texte, à la suite de son voyage en Palestine.
Nous sommes arrivés à Gaza après l'intense bombardement israélien qui a détruit le satellite de la télévision palestinienne, le siège des mouvements de jeunes, des femmes et les édifices du Fatah, divers sièges des forces de sécurité et des pauvres maisons du camp de réfugiés de Beach Camp dans la ville de Gaza.
Dans le camp nous sommes entourés par des bandes de gamins et d'enfants, parmi lesquels se trouvent les jeunes qui, avec leurs frondes, partent vers les points de contrôle du blocus israélien, et pourraient bien y  mourir. Les maisons bombardées étaient habitées par des familles nombreuses, avec les grands-parents, les enfants. Une jeune fille a la tête bandée, et le vêtement encore souillé de sang, La grand-mère pleure : "Nous avions tout juste refait les murs, mais c'est cela qui m'inquiète, c'est pour les petits, qui ont peur. J'étais en train de dormir et une explosion m'a réveillé et des morceaux du plafond qui sont tombés sur moi. Mes petits, pourquoi doivent-ils vivre dans la peur ? Qu'avons nous fait? Ils m'avaient déjà emprisonnée à Jaffa. Je suis arrivée ici en 1948 avec une petite barque, je ne pourrai donc jamais vivre en paix ?"
L'hôpital de Shifa est plein à craquer, il y a aussi les malades "normaux" en Palestine, mais au cours de ces 50 derniers jours, les ambulances arrivent sans cesse.  Il y a une foule composée des amis, des parents des blessés de cette nouvelle Intifadah. Nous entrons dans une alcôve où il y a cinq jeunes dans le coma, tous frappés à la tête, trois d'entre eux par des projectiles recouverts d'une couche de caoutchouc, mais le coeur du projectile est bien en métal dur. Dans les couloirs il y des jeunes qui ont perdu un *il, certains sont blessés à l'abdomen, et les autres sont amputés d'un bras, d'une jambe. Les mères et les amis sont à leur chevet. Quand nous entrons, ils nous scrutent d'un regard lointain. A nos sourires embarrassés, ils répondent par des sourires à peine ébauchés. On se sent mourir! Dans une autre pièce, il y a des jeunes, frappés à la colonne vertébrale, qui passeront le reste de leurs jours dans une chaise roulante. Les plus jeunes d'entre eux sont nés et ont grandi dans des camps de réfugiés. Rafeed, blessé à l'abdomen au cours des premiers jours de l'Intifadah, va mieux maintenant. Il a des yeux très vifs, et dit qu'il retournera encore jeter des pierres, car, dit-il, "Ils doivent s'en aller, c'en est assez qu'ils prennent tout, c'en est assez qu'ils isolent Gaza ; j'aimerais aller en Italie, mais je me contenterai d'aller à Hébron, pour pouvoir voir mon ami Rahed"
Alors que nous sortons de l'hôpital, arrive une ambulance. Nous attendons : c'est un mort et un blessé grave. Un fonctionnaire du Ministère de l'Agriculture est avec nous. Il était prévu qu'ils nous accompagne dans la zone où se trouvent les installations de la colonie de Kafar Dorom. Il regarde le corps de l'homme qu'ils ont apporté, pleure et suit le corps : c'est son cousin.
Nous partons, accompagnés par Jamal Zakout, dirigeant de Fida et déporté d'Israël durant la première Intifadah.  Nous devons rencontrer le président Arafat. Une longue attente en prévision, sans doute, car tout le monde connaît l'imprécision  d'Arafat pour les rendez-vous. Faux, cette fois, il est là à l'heure convenue. Je l'avais cru en  plus mauvaise santé. Il n'a pas la vivacité et l'assurance propre de ceux qui veulent en découdre. On dirait qu'il porte sur le dos toute la tristesse due à la perte des vies de jeunes, aux blessés, aux orangers arrachés par les colons pour défendre leurs colonies. Il affirme "Qui dit que les Israéliens veulent la paix ? Nous sommes allés partout, à Paris, à Sharm El Sheik mais rien n'a été respecté. C'est clair qu'ils ne veulent pas de la paix, vous l'avez vu vous aussi, ils ont déclaré la guerre. Nous avons demandé une force internationale de protection. Le Conseil de Sécurité hésite. Les Français proposent d'envoyer des observateurs mais ce n'est pas ce que nous voulons, ce n'est pas ce que le droit international prévoit. Mais soit, nous l'avons accepté. Barak a tout bloqué,  par les bombardements contre la population civile. Au cours des derniers bombardements, il y a eu 162 blessés, dont 17 enfants qui ont  tout le corps brûlé.  On veut nous étrangler économiquement, non seulement en fermant l'accès à Israël aux 130.000 journaliers, mais aussi par le blocus des marchandises. Des centaines et des centaines de containers, parmi lesquels ceux qui contiennent du matériel médical et des médicaments, sont bloquées à la frontière de l'Egypte, de la Jordanie. Les Israéliens refusent de restituer le produit des taxes, ils coupent l'eau, l'électricité. Comme vous voyez, il s'agit d'une escalade militaire et une violence à tous les niveaux. Je vous demande et je me demande pourquoi la force internationale a agi au Kosovo alors que pour nous, personne ne bouge. Pourquoi en Irak, toutes les forces du monde ont réagi. Pourquoi pour les palestiniens personne ne bouge ? Si tout continue comme cela c'est toute la région qui pourrait s'enflammer. Vous avez vu qu'il y a des manifestations d'appui au peuple palestinien dans les pays arabes."
Il décroche le téléphone. De l'autre côté de la ligne, on lui communique que l'Egypte a décidé de rappeler son ambassadeur de Tel-Aviv et que la Jordanie fait de même. Le vieux président semble un peu encouragé. Il reprend : "Vous devez savoir que si la région entière explose, il y aura aussi des répercussions en Europe. Des Etats-Unis, nous n'attendons plus rien. Il suffit de voir le cynisme de leur porte-parole. Chaque fois qu'il y a des attentats contre les Israéliens, on nous martèle de coups de téléphone. Quand on nous bombarde et on tire froidement sur nos enfants, le téléphone ne sonne pas. J'avais espéré plus de la conférence des gouvernements de l'Union européenne à Marseille, nous avons toujours demandé que l'Europe fasse partie des négociations pour ne pas nous laisser seuls avec ceux qui utilisent avec nous la logique du pouvoir et non celle du droit. Nous continuons à regarder vers l'Europe, mais notre désillusion va croissant."
Arafat nous accompagne à la porte et nous reprenons le chemin vers la zone centrale de Gaza, où les colonies de Gush Katif, Kafar Dorom, Netzarim coupent Gaza en deux et où chaque jour des jeunes palestiniens, et rarement des israéliens, continuent à mourir. Jusqu'à quand ? Jusqu'à quand l'Europe continuera-t-elle à hésiter à défendre les droits de palestiniens ? Elle devrait, au contraire le faire, non seulement par humanité et par cohérence avec les valeurs de démocratie et de droits de l'homme qui sont si pompeusement affirmés, mais aussi pour la défense des intérêts économiques et la stabilité de l'Europe. Le monde arabe est notre voisin. Il n'y a pas un diplomate, parmi ceux qui sont détachés à Jérusalem, qui ne voie clairement la différence entre qui occupe militairement ce pays et qui est l'occupé. Aucun ne pense que la route de la révolte palestinienne n'a pas seulement été ouverte par la visite de Sharon, mais aussi par la non-application par le gouvernement israélien des accords d'Oslo et par l'installation croissante des colonies dans les territoires occupés. J'ai entendu des consuls des pays européens parler explicitement d'Israël comme d'un pays colonial avec la volonté d'annexion d'autant de territoire que possible. Mais les analyses des diplomates détachés sur le terrain sont toujours interprétées par les responsables des divers pays européens, qui n'ont pas le courage d'imposer à Israël le respect de la Convention de Genève et des résolutions des Nations-Unies. Les Palestiniens demandent de retourner à l'application du droit international. Oslo avait laissé le droit de côté pour faire place aux négociations entre les parties sous la houlette des Etats-Unis. Après presque huit ans, la crise actuelle met en évidence l'échec de ces négociations. La politique d'Israël montre combien elle ne croit pas à la paix et à la restitution des territoires occupés.  Il est chaque fois plus clair qu'Israël a l'intention de conquérir le plus de territoire possible, comme l'a confirmé Ben Gurion en déclarant "non seulement nous n'allons pas démanteler nos colonies, mais nous allons en installer d'autres".  Après l'attentat palestinien contre le bus scolaire de la colonie de Kafar Dorom, les colons ont construit dix nouvelles maisons préfabriquées. L'Europe doit entrer et faire partie activement des négociations, avec d'autres pays du Conseil de sécurité des Nations-Unies.  La présence de Solana a Sharm El Sheik a été un premier pas, mais il ne peut continuer à être une présence qui attend hors de la pièce.
Les pays arabes d'autre part, pour la première fois au sommet du Caire, n'ont pas déclaré la guerre à Israël, mais se sont adressés à la Communauté internationale, pour faire appliquer les résolutions des Nations-Unies. Le lendemain, Barak a déclaré l'interruption des négociations. Il est à espérer qu'aucun pays arabe ne donne à Israël la possibilité de mener une guerre "préventive" comme celle de 1967.
Il faut arrêter Israël, non seulement pour la stabilité de la région, non seulement pour que l'on ne voie plus des blessés et des morts palestiniens et israéliens, non seulement pour que les Palestiniens puissent finalement vivre dans leur état, mais aussi pour la sécurité et la stabilité future d'Israël dans la région. Israël devra faire un saut culturel énorme et comprendre que pour être partenaire dans la région méditerranéenne, et au Moyen Orient, il doit commencer à considérer, en premier lieu les Palestiniens et puis les autres pays de la région, comme des partenaires réels, et non comme des ennemis auxquels il peut imposer ses propres règles. L'Union européenne doit peser sa force politique et économique. Israël a besoin de l'Europe. Nous sommes son partenaire commercial le plus important. Israël doit être rassuré par l'Europe sur le fait qu'aucune forme de racisme et d'antisémitisme ne sera tolérée, mais doit comprendre clairement que pour l'Europe les principes des résolutions 242, 338 et 194 pour le retour ou le dédommagement des réfugiés doivent être appliquées.
Il n'y a pas beaucoup de temps, il faut stopper l'escalade militaire, il faut faire en sorte qu'il n'y ait plus de victimes, ni palestiniennes, ni israéliennes.
 
7. Extrait du sommaire de la lettre d'informations N° 26 de "Med Intelligence" sur http://medintelligence.free.fr
- Le tournant ?
- La Palestine demain : les leçons de l'intifada
- Une destruction programmée
- Les rapports accablants des ONG : israël s'affranchit des droits de l'homme
 
Revue de presse
 
1. Libération du mardi 28 novembre 2000
Pour vos enfants, pour nos enfants...
par Avraham B. Yehoshua
Lettre aux colons juifs qui, par leur obstination, mettent Israël et la paix en péril.
Avraham B. Yehoshua est un romancier et essayiste israélien. Dernier ouvrage traduit: «Voyage vers l'an mil», Calmann-Lévy, 1998.
Pour vos enfants, pour nos enfants, de grâce, colons, soyez courageux, faites preuve d'audace et de raison, et revenez de votre gré au sein de l'Etat d'Israël.
A l'heure où les endeuillés pleurent leurs morts et où les blessés luttent pour survivre, quand, sur les tombes fraîchement creusées, s'amoncellent les couronnes de fleurs, réfléchissons ensemble à la manière d'éviter la mort et la blessure, la destruction et le deuil aux enfants en passe d'être tués ou blessés, demain ou après-demain. Interrogeons-nous sur ce qu'il convient de faire pour que cela ne se renouvelle pas. Examinons ce qui est digne de combat au prix de la vie pour la défense de l'Etat d'Israël et ce pour quoi la mort n'a ni sens ni raison - mort gratuite dans toutes les significations du terme.
Dans les bureaux, dans les rues, dans les salles de conférences et dans les centres commerciaux, je suis le témoin d'un phénomène inquiétant, que je n'avais jamais connu auparavant. De nombreux citoyens d'Israël se montrent désormais indifférents, voire hostiles, à votre égard, à la douleur et au deuil qui vous frappent. Vous êtes devenus à ce point lointains et étranges aux yeux de beaucoup que, même dans les tragédies qui vous atteignent, ils bouillonnent de colère à votre encontre. Beaucoup pensent que vous compliquez et votre situation et la nôtre en vain, dans cette obstination sans espoir qui a fait que vous avez abandonné vos maisons en Israël et acculé vos vies dans une impasse au sein de la population palestinienne, avec tout un système de routes de contournement, de barrages, de confiscation des terres, de destruction des vergers et des plantations nécessaires à votre implantation. Vous manquait-il donc de la place dans l'Etat d'Israël que vous soyez allés à Gaza et au cœur de la Samarie? La Galilée est-elle entièrement peuplée? Est-ce que, dans les étendues du Néguev, il n'y a pas de lieu pour vous? Est-ce que tous ces lieux ne font pas partie de la terre d'Israël, comme le sont à vos yeux Netzarim, Kfar Darom, Gouch Katif ou Psagot? Votre cœur s'est-il à ce point pétrifié que vous ne puissiez comprendre quel prix terrible coûte, pour vous comme pour nous, votre colonisation obstinée dans la chair même des localités palestiniennes, dans les fibres d'un mode de vie étranger à tous égards, colonisation qui fait que, afin d'assurer votre existence, nous sommes obligés de subjuguer des centaines de milliers de personnes sans droits du citoyen et sous occupation?
Dites-nous, pouvez-vous produire un seul exemple dans l'Histoire d'un peuple réussissant à dominer indéfiniment un autre peuple? Connaissez-vous un seul endroit au monde où des hommes vivent dans leur patrie sans droits du citoyen comme les Palestiniens dans leur patrie? A quoi Tsahal peut-il là servir?
Un million d'Algériens sont morts sous la main des Français pendant la décennie de leur révolte. Avec cruauté et un acharnement extrême, les Français ont opprimé les Algériens, ont détruit, tué et puni sans pitié. Mais tout cela n'a été d'aucune utilité pour écraser la lutte pour l'indépendance algérienne: après cent trente années de colonisation, la France s'est vue obligée de rapatrier ses citoyens en métropole et d'accorder l'indépendance à l'Algérie.
Même si nous devions démembrer le peuple palestinien, nous ne parviendrions pas à annihiler sa volonté d'indépendance et son droit à un Etat sur les seuls 22 % du territoire (1) qu'il considère comme sa patrie originelle...
Aujourd'hui, vous vous lamentez sur les accords d'Oslo? Mais dites-nous, avec honnêteté, avant Oslo, quand tous les territoires étaient sous notre contrôle, n'y avait-il pas d'attentats? Et sous Yitzhak Shamir et Menahem Begin, n'y avait-il pas de guerres? Des colons ne sont-ils pas morts alors? Les avez-vous oubliés? Avez-vous oublié la guerre du Liban? Avez-vous oublié les quelque 1 200 soldats morts là-bas? Avez-vous oublié les soldats et les hommes de la sécurité tués ou blessés dans les ruelles des casbahs de Naplouse ou de Hébron? Avez-vous oublié les poignards à Richon Létsion et dans les quartiers sud de Tel-Aviv? Avez-vous oublié les explosions sur nos marchés?
Frères, colons, ne soyez pas têtus, mais forts et sensés. Seul l'homme fort et sensé sait choisir la vie au nom même de la vie; seul celui-là sait renoncer sans croire que son monde s'écroule. Nous n'aimons pas notre patrie moins que vous. Comme vous, nous avons combattu dans toutes les guerres d'Israël, et c'est pourquoi nous distinguons bien ce pour quoi il vaut la peine de combattre et ce pour quoi il est inutile. Vos vies comme celles de vos enfants nous sont chères; revenez à la maison et quittez l'exil de Palestine. Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons établir une frontière véritable, qui nous sépare de manière solide et durable de l'Etat palestinien. Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons défendre notre sol de manière plus efficace et espérer parvenir à des jours de bon voisinage et de paix. Revenez à la maison, nous vous accueillerons à bras ouverts et nous ferons tout afin que votre nouvelle installation dans le lieu que vous choisirez soit bonne et généreuse.
Revenez au sein de l'Etat d'Israël, implanté, lui aussi, sur la terre d'Israël.
Traduit de l'hébreu par Jean-Luc Allouche
(1) Il s'agit des territoires occupés (Gaza et la Cisjordanie) sur lesquels s'érigerait un Etat palestinien (NdT).
 
2. Le Soir (quotidien belge) du lundi 27 novembre 2000
Violence sans répit, négociations et manoeuvres
par Serge Dumont
Onze Palestiniens et deux Israéliens ont perdu la vie dans les combats qui se sont poursuivis sans interruption depuis vendredi. Les accrochages ont été particulièrement féroces aux environs de Rafah et de Khan Younis (sud de la bande de Gaza). En Cisjordanie, les unités spéciales de Tsahal (l'armée israélienne) accompagnées d'agents du Shabak (Sûreté générale) ont arrêté cent dix-neuf membres du Fatah (le parti de Yasser Arafat) soupçonnés d'organiser le mitraillage des autobus et des voitures de colons juifs circulant sur les routes prétendument sûres menant vers leurs implantations. Au cours de cette opération, Faras Diab Chaban, l'un des responsables des « Tanzim » (milices armées du Fatah), a été abattu.
Paradoxalement, malgré l'intensification des combats, le contact n'est pas rompu entre Yasser Arafat et Ehoud Barak. Si la conversation téléphonique qu'ils ont tenue vendredi à l'initiative du président russe Poutine a été fortement médiatisée, l'entourage du Premier ministre concède que les deux hommes s'étaient déjà parlé plus discrètement quelques jours auparavant.
D'autres contacts ont eu lieu par l'intermédiaire de personnalités qui effectuent régulièrement des allées et venues entre Tel-Aviv et Gaza afin de tenter de concrétiser un cessez-le-feu. Parmi ces « missi dominici » figurent l'ex-chef d'état-major et ministre du Tourisme Amnon Lipkin Chahak, le vice-ministre de la Défense Moshé Sneh ou l'ex-patron du Shabak Ami Ayallon.
Ces négociations plus ou moins secrètes n'ont cependant rien donné jusqu'à présent même si le président palestinien se déclare prêt à revenir à la table de négociations.
En tout cas, cette semaine sera politiquement décisive pour Ehoud Barak puisque ce dernier ne dispose plus de la majorité à la Knesset (Parlement) et que l'opposition de droite emmenée par Ariel Sharon (le président du « Likoud »), présentera mardi une nouvelle motion de censure.
Selon Sharon, ce texte sera voté par 61 députés sur les 120 que compte l'Assemblée mais rien n'est encore acquis car les retournements sont fréquents au sein du monde politique israélien. Ils sont d'autant plus prévisibles que les derniers sondages publiés durant le week-end indiquent que 68 % des Israéliens sont opposés à la tenue d'élections anticipées auxquelles ils préfèrent la constitution immédiate d'un gouvernement d'union nationale.
 
3. Al-Qod's (quotidien palestinien) du lundi 27 novembre 2000
Potage diplomatique
par Azzam Tawfiq Abu as-Su'ûd [traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
Un mois s'est écoulé depuis le sommet arabe du Caire, et environ une quinzaine de jours depuis le congrès islamique de Doha. L'un et l'autre se sont achevés comme ils avaient commencé : sans que soient satisfaites les demandes de la rue arabe et de la rue islamique, en matière de soutien effectif à l'intifada d'Al-Aqsa.
Nous avons eu de la peine à déchiffrer le point de vue des pays arabes qui entretiennent des relations diplomatiques avec Israël, qui n'ont pas rompu ces relations diplomatique, cela, afin de conserver un canal de liaison supposé offrir à la diplomatie arabe la possibilité d'exercer un certain rôle dans la prise de décision en Israël, ou pour lui transmettre les protestations arabes : telle est, du moins, l'explication invoquée à de multiples reprises par le président Mubarak et le roi Abdallah de Jordanie dans leurs discours.
Deux mois s'étant écoulés depuis le début de l'intifada d'Al-Aqsa, durée suffisante, de mon point de vue, pour tester l'influence permise par des relations diplomatiques non-rompues et le type de diplomatie décidée par les deux sommets arabe et islamique, il nous faut procéder à l'évaluation du degré d'efficacité de cette dernière, du degré d'efficacité des contacts maintenus et de l'impact qu'ils étaient censés avoir sur la modification du style politique israélien dans le traitement de l'intifada, dans le bombardement des civils palestiniens et leur réduction à la famine.
La bande de Gaza est sans carburants, à l'entrée de l'hiver. Il n'y a pas de gaz pour faire la cuisine. Comme chacun le sait, il n'y a pas à Gaza de forêt qui permettrait aux habitants assiégés de couper du bois pour l'utiliser tant pour la préparation des repas que pour se chauffer. Les autres villes palestiniennes, en Cisjordanie, sont promises au même sort si la situation actuelle perdure et, cela, à l'approche du mois de Ramadan. Quatorze ambulances stationnent depuis plusieurs jours au passage frontalier de Rafah, dans l'attente d'obtenir l'autorisation israélienne de pénétrer sur le territoire de l'Autorité palestinienne, et de pouvoir aller y secourir les nombreux blessés de l'intifada.
Voilà sept semaines d'affilée que les fidèles musulmans âgés de moins de quarante-cinq ans se voient interdire d'aller prier, le vendredi, à la mosquée Al-Aqsa : il s'agit d'une tentative, patiente, des Israéliens, visant à nous faire avaler, gorgée après gorgée, un nouvel état de faits : ils veulent obtenir le contrôle de l'esplanade des Mosquées, tout comme ils en contrôlent actuellement tous les accès.
Peut-on dire que les lignes ouvertes maintenues par la diplomatie arabe a permis d'ébranler en quoi que ce soit les certitudes israéliennes ? Ont-elles permis de faire lever le blocus et d'obtenir le passage des produits alimentaires et des carburants destinés aux villes palestiniennes ? Cette fameuse diplomatie a-t-elle permis de lever l'opprobre de la mosquée Al-Aqsa et de permettre aux fidèles, quel que soit leur âge, d'aller y prier ?
Enfin, la diplomatie arabe et la diplomatie islamique seront-elles capables d'assurer un repas chaud à un seul musulman pratiquant le jeûne en Palestine, repas qui pourrait être préparé sur un réchaud à gaz, carburant frappé d'interdit dans la bande de Gaza ? Ou bien notre diplomatie sera-t-elle incapable d'assurer une assiette de soupe chaude à un citoyen palestinien ayant jeûné tout au long d'une journée d'hiver ? 
Simples questions...

4. Le Magazine (hebdomadaire libanais) du vendredi 24 novembre 2000
"Le bombardement des camps palestiniens est imminent"

«Nous continuerons notre lutte jusqu'à la libération de la Palestine.» Dans une interview accordée à Magazine, Sultan Abou el-Aïnaïn, responsable du mouvement Fatah au Liban, déclare qu'à l'heure où les bombardements israéliens s'intensifient et où Barak réitère ses menaces à l'encontre du Liban et de la Syrie, l'intifada se poursuivra jusqu'à l'obtention de tous les droits palestiniens.
- La tension au Sud a repris et l'état d'alerte a été décrété dans les rangs du Fatah au Liban. Est-ce que le danger d'une riposte israélienne est imminent ?
- Faisons la part des choses: la tension au Liban-Sud est due au fait que la résolution 425 n'a pas été appliquée. Les hameaux de Chebaa sont territoire libanais et demeurent sous occupation israélienne. Les prisonniers libanais sont toujours détenus en Israël. Pour ce qui est des camps palestiniens, je pense que le gouvernement israélien se prépare à étendre ses frappes sur notre peuple où qu'il se trouve, notamment au Liban. Ceci est d'autant plus imminent que les sionistes sont en proie à un problème interne. Comment expliquer sinon l'invitation de Barak à former un gouvernement d'urgence avec le sanguinaire Ariel Sharon? Chez nous, toutes les mesures ont été prises pour affronter cette opération.
- Comptez-vous riposter à cette attaque?
- Le mouvement de Fatah est dans un état conflictuel permanent avec l'ennemi qui occupe nos terres. Notre plan de lutte change selon une vision stratégique qui sert les intérêts supérieurs de notre peuple. Ce mouvement insurrectionnel va s'installer dans la durée jusqu'à l'obtention de tous nos droits. Qu'Israël étende ses frappes jusqu'au Liban ou pas, notre lutte continuera jusqu'au bout.
- Est-ce que la tentative d'assassinat menée contre le diplomate israélien à Amman est un indice de l'extension de vos opérations en dehors de la Palestine?
- Dans la presse internationale, ceux qui appuient la cause juive rapportent ces incidents pour ternir notre image. Pourquoi ne le font-ils pas autant lorsqu'il s'agit de crimes commis à l'encontre de notre peuple? La colère qui sévit dans la rue arabe n'est que le résultat de la répression sauvage israélienne. Il est donc tout à fait normal que cela mène à une montée du mécontentement du peuple arabe et se répercute dans la rue.
- Chaoul Mofaz, le chef d'état-major israélien, a déclaré que l'intensité de l'intifada a diminué. Le peuple palestinien s'est-il essoufflé? L'intifada a-t-elle besoin d'aides extérieures?
- Il est certain que l'intifada a besoin de soutien. Notre situation est très complexe. Les Israéliens intensifient leurs frappes de jour en jour... Les routes ont été coupées pour empêcher les vivres d'arriver, l'eau a été coupée. Les aides humanitaires et médicales arrivent difficilement... Dès le début de l'intifada, nous avions conscience de ces problèmes. Notre peuple compte donc en premier lieu sur lui-même et sur sa force de conviction. Mais devant ce comportement criminel, la communauté internationale doit assumer ses responsabilités. Tous les gouvernements du monde reçoivent des rapports très précis sur ce qui se passe dans les territoires. Mais nous n'avons ressenti aucune sensibilisation envers notre cause. Où sont passées les commissions des droits de l'homme qui s'insurgeaient contre ce qui se passait au Kosovo? Pourquoi dès qu'il s'agit de Juifs, le monde se soulève-t-il devant l'horreur? Nous lançons un appel à toutes les communautés gouvernementales et civiles pour qu'elles arrêtent les massacres et nous rendent notre indépendance.
- Avez-vous remarqué une activation des services de renseignements israéliens dans les camps?
- Votre question est vraiment étrange. Elle me navre. Je dirais quand même que les camps palestiniens et le Liban ne sont pas des terres Moustabaha aux services de renseignements. Les peuples libanais et palestinien ont un sens du patriotisme très poussé. Ils ne tombent dans aucun piège utilisé par l'ennemi, quels que soient les moyens utilisés.
- Est-ce que le sommet islamique a répondu à vos attentes?
- Ses résolutions sont en deçà de nos attentes et espoirs. Même si tous les intervenants ont apporté leur appui inconditionnel à la cause palestinienne, je ne pense pas que le soutien donné soit suffisant. Soyons réalistes. Nous savons que chacun a des intérêts à préserver, mais nous ne demandons pas l'impossible. Nous voulons notre indépendance. C'est le moindre des droits auquel un peuple peut prétendre. Les sommets arabes doivent œuvrer dans ce sens.

5. L'Humanité vendredi 24 novembre 2000
Les colonies, sources de conflits
par Yaël Avran
Alors que les dirigeants de droite s'efforcent de présenter la cause des implantations sous un jour plus favorable, les militants veulent en découdre avec les Palestiniens. Des intellectuels réclament le démantèlement des colonies.
De notre correspondante particulière en Israël
La première tente a fait son apparition il y a environ une semaine dans le très pastoral Jardin des roses, face au bureau du premier ministre à Jérusalem. Un geste rapidement imité par le conseil des implantations du Golan, les mouvements politiques d'opposition tels le Likoud ou le Parti national religieux, et les habitants de Galilée, prompts à exprimer leur solidarité. Cette éruption spontanée est la première étape dans la lutte engagée par les colons de Gaza et de Cisjordanie pour tenter de conquérir l'opinion publique israélienne ébranlée par plus de huit semaines de conflit. Dans le parc aux allures de fête foraine, des banderoles fustigent le gouvernement Barak (" Vous leur avez donné des fusils ") avant de l'enjoindre à " laisser l'armée vaincre ", en d'autres termes riposter quand besoin est. Ben Tsi Liberman, l'un des porte-parole des colons, précise sa pensée. " Le but n'est pas tant d'influencer Ehud Barak, mais plutôt de sensibiliser l'opinion publique à nos revendications. Il me semble que le message a été entendu : le conflit actuel ne concerne pas uniquement les habitants des implantations mais tout Israël. " Le ton adopté, modéré et consensuel à souhait, est révélateur de la nouvelle stratégie des colons désireux d'éviter les débordements provoqués lors des manifestations de la droite à la veille de l'assassinat du premier ministre Yitzhak Rabin en 1995. Doudou Saada habite l'implantation de Kedumim, en Cisjordanie. Lui aussi modère son discours : " Nous ne sommes pas des fanatiques. Si la majorité des Israéliens votent pour la restitution des territoires, nous ne resterons pas de force, même si pour l'instant un accord cadre parait irréalisable. "
Cette modération n'est visiblement pas de mise pour la jeune génération. Certaines jeunes lycéennes, jupes longues ornées d'autocollants " Barak démissionne ! " ou " Sharon maintenant ", se mobilisent pour une manifestation devant le bâtiment où se déroule la réunion du cabinet de sécurité. Elles reprochent au gouvernement d'ignorer leurs revendications, au peuple de manquer d'unité et à la presse de déformer leurs propos. Au milieu de cette avalanche de clichés, l'une d'elles suggère de " tuer les Palestiniens ". Elle est aussitôt corrigée par ses camarades qui se contenteraient de bombarder Ramallah après avoir évacué les Palestiniens de leurs maisons. Sarah, 16 ans, s'insurge contre les concessions territoriales exigées en cas d'accord cadre. " La paix ne peut se fonder sur un échange de terres, mais elle implique une réelle coexistence. Nous voulons la paix, mais pas à tout prix. "
Ce nouveau discours ainsi que les nombreux attentats visant les colons suffiront-ils pour s'assurer la sympathie de l'opinion publique ? Pour David Grossman, écrivain et militant de gauche, il s'agit d'une " illusion d'optique ". " Il convient de séparer les sentiments de solidarité éprouvés envers telle famille vivant dans la crainte et les opinions politiques. · mon sens, le soutien politique envers les colons sera de courte durée. L'identité israélienne n'a jamais traversé la ligne verte. Surtout, sur le plan historique et idéologique, les colons ont perdu la bataille ", explique-t-il. David Grossman est l'un des signataires d'une pétition publiée la semaine dernière dans le quotidien Haaretz, regroupant une vingtaine d'intellectuels et écrivains israéliens. Ils appellent à une reprise immédiate des négociations sur la base de la frontière du 4 juin 1967. Mais avant tout, ils recommandent le démantèlement des implantations : " Nous ne pouvons transformer 10 millions d'Israéliens et de Palestiniens en otages des implantations. Leur présence et leur élargissement non seulement empêche le tracé d'une frontière stable mais ne fait qu'entériner le conflit ", écrivent-ils. Par ce texte, ils se situent largement à gauche de la ligne prônée par le gouvernement Barak. Un gouvernement officiellement constitué de colombes (7 de ses ministres au moins sont connus pour leurs tendances pacifistes), qui a construit deux fois plus d'implantations que le gouvernement Netanyahu l'an dernier à la même époque. Selon Menachem Klein, professeur de sciences politiques et l'un des signataires de la pétition, c'est la première fois que la gauche critique ouvertement le gouvernement actuel. " Jusqu'à présent, il était impensable d'émettre la moindre critique alors que les tirs se poursuivaient. Mais une fois la "propagande" gouvernementale neutralisée, nous avons pu nous en démarquer. "
Même son de cloche parmi les pacifistes du mouvement Shalom Akhshav (la paix maintenant) qui ont récemment lancé une campagne sur le thème " aucun accord n'est possible avec les implantations ". Pour Amiram Goldblum, l'un des dirigeants du mouvement, le rôle de la gauche est de donner le ton, quitte à opérer quelques glissements tactiques. " Si nous concentrons nos efforts sur la reprise des négociations, le moindre attentat réduit toute activité militante à néant. En revanche, si l'on parle de mettre fin à l'occupation, sans pour autant perdre de vue notre idéal de paix, nous pourrons plus facilement faire passer notre message. "
Galia Golan fait également partie du groupe de réflexion de Shalom Akhshav. Pour elle, le gouvernement doit reprendre immédiatement les négociations, même si le conflit armé se poursuit. Une opinion que ses collègues ne partagent pas forcément.
" On ne peut pas négocier tant que les combats font rage. En revanche, l'armée devrait envisager un retrait unilatéral de ses soldats, comme au sud du Liban. La différence réside dans le fait qu'ici un retrait implique forcément le démantèlement des implantations ", affirme Goldblum.
Malgré les divergences de tons, tous s'accordent sur un fait : la violence n'est pas prête de cesser, comme le résume David Grossman : " Les deux peuples vont devoir passer par un nouveau cycle de violence avant d'être prêts à faire les concessions nécessaires pour un accord durable. "
 
6. Le Soir (quotidien belge) du jeudi 23 novembre 2000
Interview de Jean-Michel Dumont, ancien Secrétaire général de l'Association parlementaire pour la coopération euro-arabe propos recueillis par Baudoin Loos
Sur sa longue expérience à la tête d'une association parlementaire pour la coopération euro-arabe.
- Vous allez quitter dans quelques jours vos fonctions à l'Association parlementaire pour la coopération euro-arabe dont vous avez été pendant neuf ans secrétaire général. Quelle leçon tirez-vous de cette expérience ?
- Je ne suis pas tout de suite devenu secrétaire général. Au total, ce furent dix-huit années extrêmement intéressantes, qui m'ont surtout appris qu'avec peu de moyens mais pas mal de bonne volonté, quelques parlementaires déterminés peuvent considérablement changer les choses.
- Comment est née cette association ?
- De l'initiative de députés français et britanniques qui avaient conscience de la responsabilité de leur pays dans la situation du Proche-Orient. Ils réunirent quelques collègues à Paris il y a un quart de siècle pour discuter des possibilités d'améliorer les relations euro-arabes et de contribuer à une solution pacifique basée sur le respect des résolutions des Nations unies - aussi bien la résolution 181 de l'Assemblée générale qui prévoyait la création d'Israël que la résolution 242 du Conseil de sécurité rappelant
l'inadmissibilité de l'acquisition de territoires par la force. Ils décidèrent de mettre sur pied un secrétariat pour s'informer mutuellement et coordonner leur action dans les différents parlements européens. Notre association était née.
- Et depuis ?
- Elle a passé beaucoup de temps - et elle n'était pas la seule - à convaincre l'OLP de négocier avec Israël, puis les Israéliens de négocier avec l'OLP. Je me souviens d'une discussion extraordinaire à la Knesset avec Yossi Beilin en 1988 où nous suggérions que le meilleur moyen de conclure la paix était de négocier avec l'ennemi : il nous a répondu alors que c'était pour cela qu'il parlait avec nous De la part de quelqu'un qui a toujours été considéré comme une colombe travailliste, cela donne une idée de l'ambiance
des discussions lorsque nos interlocuteurs étaient du Likoud. L'Association a aussi inspiré très directement nombre de prises de positions européennes, depuis la déclaration de Venise jusqu'à l'ouverture en 94 d'une représentation de la Commission européenne à Jérusalem-Est. Il faut aussi mentionner qu'elle s'est occupée d'autres aspects des relations euro-arabes, concernant le Maghreb ou le Golfe par exemple.
- Mais aujourd'hui, que pourrait faire l'Europe, selon vous, au Proche-Orient ?
- Beaucoup, du fait qu'Israël en dépend très largement, pour ses exportations notamment. Et elle l'a montré par le passé, dans les rares occasions où - chaque fois suite à des décisions parlementaires - elle a exercé des pressions sur Israël. Ceci dit, l'Europe ne fera rien si elle n'y est pas contrainte par son intérêt immédiat. Depuis la signature des accords d'Oslo, la politique européenne au Proche-Orient a du mollusque la colonne vertébrale. Le leitmotiv, c'est de gagner la confiance d'Israël, même au risque de perdre toute crédibilité. Et c'est peine perdue car Israël ne veut absolument pas de l'Europe à la table des négociations. Pour Israël, comme pour les Etats-Unis, l'Europe peut payer mais n'a pas droit à la parole : un strapontin, tout au plus.
- Et les pays arabes ?
- Les pays arabes ont utilisé tant qu'ils ont pu la question palestinienne mais aimeraient bien aujourd'hui s'en débarrasser. Ils veulent la paix et ils le disent sur tous les tons. Et ils sont divisés.
- Il y a quand même eu récemment le sommet du Caire...
- Bien sur, pour calmer la rue. Mais qu'y a-t-on décidé ? De créer deux fonds pour soutenir l'économie palestinienne. Voilà qui donne bonne conscience et ne dérange personne, surtout pas les Israéliens Comme l'aide européenne, celle-ci compensera quelque peu la dégradation de l'économie palestinienne due à la poursuite de l'occupation. S'ils avaient voulu, pacifiquement mais
efficacement, aboutir à un résultat, ils auraient pu décider par exemple que les Etats arabes producteurs de pétrole diminuent leur production d'1 % chaque mois jusqu'à l'évacuation des colonies de peuplement israéliennes. Vu la situation du marché, cela ne leur coûterait rien - ils vendraient moins de pétrole mais plus cher - et il ne faudrait pas longtemps pour que les pays occidentaux offrent de racheter les colonies pour les rendre aux Palestiniens Là, l'Europe, comme les Etats-Unis, retrouverait tout de suite
la perception de son intérêt. Et ce ne serait que juste puisque c'est l'Europe et la communauté internationale qui ont créé ce problème. Paul-Henri Spaak, alors ministre des Affaires étrangères, disait à propos de ce qui allait devenir le plan de partage de la Palestine, qu'il n'aimait pas beaucoup, je le cite, ceux qui pour leurs générosités prennent le bien d'autrui. C'est pourtant ce que la communauté internationale a fait : c'est à elle d'en supporter aujourd'hui les conséquences, pour parvenir à une paix qui ne soit pas trop injuste pour le peuple palestinien.
- Les violences actuelles qui exacerbent les positions des uns et des autres n'éloignent-elles pas du chemin de la paix ?
- Ces violences expriment le désespoir des Palestiniens face à un processus de paix qui ne leur a amené que désillusions et frustrations. Depuis 1993, le nombre de colons juifs a doublé, la situation économique n'a fait qu'empirer, et les gouvernements israéliens successifs ont voulu faire d'Arafat leur gendarme dans les enclaves où est parquée la population palestinienne. Aujourd'hui, Arafat ne parvient tout simplement plus à faire avaler cette pilule amère à son peuple. La paix est encore possible mais ses chances s'éloignent évidemment avec le montée de la haine.
- Que pensez-vous de l'attitude israélienne actuelle ?
- Abba Eban (grande figure de la diplomatie israélienne, NDLR) a dit un jour que les Palestiniens ne rataient jamais une occasion de rater une occasion. Avait-il raison à l'époque ? En tout cas, depuis quelques années, j'ai l'impression que ce sont les Israéliens qui ne cessent d'en rater. La paix avec la Syrie comme avec les Palestiniens est encore à portée de main, ce qui donne à Israël une occasion unique de s'intégrer au Proche-Orient en échangeant les territoires conquis en 1967 contre la paix. Si cette fenêtre
sur la paix se referme, il n'est pas certain qu'une telle occasion se représente jamais.
 
7. Courrier International du jeudi 23 novembre 2000
Les combats des députés palestiniens à la Knesset
par Amal Shehadé in "Al Wasat" (quotidien arabe publié à Londres)
Qui sont les douze députés arabes qui siègent au Parlement israélien ? Comment peuvent-ils soutenir l’Intifada et la cause nationale palestinienne ? L’analyse d’"Al Wasat".
Les députés arabes à la Knesset doivent livrer une rude bataille depuis plusieurs mois, à la fois contre les autorités israéliennes et contre l’extrême droite. Le conflit s’est particulièrement envenimé depuis le déclenchement de la nouvelle Intifada, il y a deux mois. Il est difficile d’imaginer que la bataille puisse vraiment se solder par la victoire de l’un des deux camps, et certainement pas par la défaite des députés arabes. Mais, au niveau politique, une certitude s’est dégagée : la démocratie israélienne a encore échoué à son examen de passage et a de nouveau démontré qu’elle est avant tout destinée aux seuls citoyens juifs. Un exemple criant de cette discrimination est l’enquête ouverte par la police israélienne à l’encontre des députés Mohammed Baraka [deux enquêtes ouvertes en moins de quinze jours en raison de propos considérés comme tombant sous la loi antiterroriste] et Abdelmalik Dahamshé.
On trouve au sein de la Knesset 13 députés arabes (sur 120), appartenant à 8 partis différents :
* Cinq d’entre eux représentent le Parti arabe unifié, une alliance de trois formations : le Mouvement islamique, qui compte dans ses rangs Abdelmalik Dahamshé et Tawfiq al-Khatib ; le Parti démocratique arabe, auquel sont affiliés Talab al-Sanie et Mohammed Hassan Kanaan ; enfin, le Front national et son député Hashem Mahamid.
* Deux députés appartiennent au Front démocratique pour la paix et l’égalité, un parti arabe regroupant aussi quelques communistes juifs et qui est représenté à la Knesset par les deux Arabes Mohammed Baraka et Issam Makhoul (auxquels il faut ajouter la députée juive Tamar Gojansky).
* Le président du Rassemblement national démocratique, le Dr Azmi Bishara.
* Le président du Mouvement arabe pour le changement, Ahmed Tibi.
* Deux députés travaillistes arabes, Nawaf Masalha, vice-ministre des Affaires étrangères, et Saleh Tarif, président de la commission d’organisation interne à la Knesset.
* Une députée arabe du parti de gauche Meretz, Hosniyyé Jabbara.
* Un député arabe appartenant au Likoud, Ayoub Qorra.
Si le député arabe du Likoud représente à lui seul une option antinationale, on peut distinguer parmi les douze autres, qui tous soutiennent les causes nationales arabe et palestinienne, quatre courants : les islamistes, représentés par les deux députés du Mouvement islamique ; les nationalistes arabes du Rassemblement national démocratique, du Mouvement pour le changement et du Front national ; un pôle socialiste-internationaliste, avec les deux députés du Front démocratique, prônant une coopération entre Arabes et Juifs de gauche pour lutter dans le sens d’une évolution de la société israélienne ; enfin, un courant libéral, représenté par des députés arabes affiliés à des partis sionistes. Ces derniers ont espoir de faire évoluer ces partis de gouvernement de l’intérieur, en travaillant dans l’intérêt des préoccupations quotidiennes des Arabes israéliens et en solidarité avec les Palestiniens.
Ces douze députés collaborent sur la plupart des dossiers concernant les Arabes, en premier lieu sur les négociations de paix et l’obtention de l’égalité avec les Juifs au sein de l’Etat israélien.
Les députés arabes, et particulièrement les neuf d’entre eux qui représentent des partis arabes, se sont lancés ces dernières années dans de grandes batailles politiques :
* Les négociations de paix. Ils soutiennent tous la direction palestinienne dans son combat pour mettre fin à l’occupation israélienne, pour la création d’un Etat palestinien indépendant et pour une paix juste, durable avec tous les Etats arabes.
* L’égalité civile. Les Arabes d’Israël souffrent encore de discriminations et livrent un rude combat pour combler le fossé entre Juifs et Arabes et pour parvenir à une égalité de traitement.
* Le problème de la terre - 80 % des terres arabes en Israël ayant été confisquées. Les députés arabes ne luttent pas simplement pour leur restitution, mais aussi pour empêcher que ne se perpétuent ces confiscations et éviter que le gouvernement ne détruise les maisons qui se trouvent sur ces terres ; 10 000 demeures arabes sont menacées de démolition en Israël sous prétexte qu’elles ont été construites sans permis.
* Des causes diverses, telles que l’enseignement dans les quartiers arabes (les députés accusent le gouvernement de poursuivre une politique visant à éduquer les enfants arabes au rabais) ; les lieux saints musulmans et chrétiens, qui sont continuellement la cible d’attaques de la part de groupes extrémistes juifs ; sans parler de la confiscation des waqf [biens de mainmorte].
Les difficultés et l’importance des problèmes auxquels se heurtent les députés arabes à la Knesset les placent en situation de guerre permanente. Mais la dernière bataille a pris une coloration plus violente alors que les Arabes d’Israël engageaient la lutte par une série de manifestations populaires et de grèves. Or le gouvernement israélien n’entend pas traiter avec ces manifestations arabes comme avec leurs équivalents juifs et s’applique à les disperser par la force, n’hésitant pas à recourir à la confrontation physique. Beaucoup de policiers et d’officiers ont été surpris en train d’attaquer des membres arabes de la Knesset, ne faisant aucun cas de leur immunité parlementaire. De telles violences ont touché les neuf membres des partis nationalistes.
Le mois dernier, une bataille a opposé des citoyens arabes israéliens à la police au cours d’une confrontation d’une ampleur inégalée depuis la grève du premier jour de la Terre, en mars 1976, quand six manifestants étaient tombés sous les balles de la police. Au coeur de cette bataille, les forces de droite et le pouvoir ont soulevé l’opinion israélienne contre les députés arabes, les accusant d’être une cinquième colonne. Le président de la cour d’appel a décidé de nouvelles poursuites contre Mohammed Baraka - à la suite de l’une de ses déclarations dans laquelle il annonçait sa participation à cette nouvelle Intifada, et ce jusqu’à la libération des territoires occupés par Israël depuis 1967 -, ainsi que contre Abdelmalek Dahamshé, qui avait déclaré : “Quiconque vient détruire une maison arabe mérite que nous répliquions en lui brisant les pieds et les mains, qu’il s’agisse d’un policier ou de toute autre personne.”
Les députés de droite ont alors manifesté pour que leurs collègues arabes soient déchus de leur mandat et de leurs droits civiques. Cette campagne a été menée par Evigor Lieberman, qui a exploité chaque séance parlementaire pour attaquer les députés arabes en ces termes : “Si nous étions en Russie, on vous aurait déjà pendus.” Cette campagne menée contre les parlementaires arabes a provoqué une large opposition et des critiques sévères au sein de la gauche et des libéraux israéliens. Ehoud Barak, à la suite de nombreuses pressions et d’une longue bataille menée par les leaders des Arabes israéliens, a finalement consenti à la création d’une commission d’enquête sur la mort de douze manifestants arabes lors de la nouvelle Intifada, ainsi qu’à celle d’un budget spécial destiné à combler le fossé opposant Juifs et Arabes, dans l’espoir de parvenir à une réelle égalité de traitement dans les cinq ans à venir. Mais les Arabes d’Israël attendent davantage.

8. Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 22 novembre 2000
Euromed . Envoyé spécial de l'Union Européenne (UE) au Proche-Orient, Miguel Angel Moratinos évalue les résultats de la 4e conférence ministérielle euro-méditerranéenne, tenue à Marseille mercredi et jeudi derniers propos recueillis
par Khaled Saad Zaghloul
Il faut rétablir la confiance dans le processus de paix 
Al-Ahram Hebdo : Les résultats de la conférence ministérielle euro-méditerranéenne ont été jugés décevants par les Etats arabes, en raison de la neutralité des Etats européens et de leur refus de condamner Israël pour les atrocités commises contre les civils palestiniens. Partagez-vous ce sentiment ?
Miguel Angel Moratinos : Nous avons eu lors des deux jours de la conférence ministérielle euro-méditerranéenne des réunions très constructives parfois très difficiles, mais elles avaient toutes pour but d'engager des actions pour sortir le processus de paix de la crise. Je crois qu'après la conférence de Marseille on peut s'attendre à ce qu'il y ait des améliorations sur le terrain.
— Vous étiez récemment au Proche-Orient. Pourriez-vous nous dire quelles étaient vos démarches pour parvenir à une solution à la crise entre Palestiniens et Israéliens ? Comment voyez-vous la situation, vu la poursuite des affrontements ?
— Je viens de la région où j'ai fait pendant les trois dernières semaines une navette continue. Sur le terrain, la situation telle que je la vois, est qu'on a évité le pire. Mais nous ne sommes pas encore sortis de cette situation de crise profonde et on essaye maintenant de créer des mesures de confiance qui puissent nous aider à reprendre les négociations politiques qui sont pour nous tous, tous les participants à cette conférence de Marseille, l'objectif principal et prioritaire de notre action.
— Le premier ministre israélien, Ehud Barak, avait récemment annoncé que le processus de paix était « cliniquement mort ». Qu'en pensez-vous ?
— Non, le processus de paix n'est pas mort, mais il est vrai que nous sommes dans une nouvelle phase et même dans la crise la plus grave et la plus sérieuse depuis la conférence de Madrid. Cela, il faut le constater et il ne faut pas avoir peur de le dire. Jamais on avait assisté à une rupture de confiance, à une cassure et fracture totale dans les esprits, dans les mentalités, dans les actions politiques et même dans les actions sur le terrain. Tout cela, il faut le rétablir. Il faut rétablir la confiance et la foi, l'espérance dans le processus de paix, pas seulement au niveau des leaders mais aussi au niveau des populations.
— Mais la population palestinienne est désespérée et ne croit plus ni aux promesses israéliennes non tenues ni aux rencontres diplomatiques qui n'aboutissent finalement à rien ...
— Cela est malheureusement vrai. Les populations ne croient plus au processus de paix, ni aux rencontres diplomatiques. Il faut leur donner le sentiment que la nouvelle phase des négociations relatives au processus de paix peut aboutir à de meilleurs résultats et à des propositions sérieuses pour mettre fin à la situation actuelle et parvenir à un projet final de paix.
— Les pays arabes accusent les Européens d'être trop passifs et de ne pas vouloir s'impliquer davantage dans le conflit au Proche-Orient. Pensez-vous que l'Union européenne prendra prochainement des mesures concrètes et ne se contentera pas seulement de belles paroles ?
— Bien sûr, nous avons eu une longue discussion formelle autour de la table à Marseille. C'était un échange de points de vue très utile. L'Union européenne a tiré beaucoup de leçons. On a proposé toutes les actions à long, moyen et court termes. C'est Javier Solana qui a fait cette proposition finale, qui a été bien accueillie par les Palestiniens, les Israéliens et les Egyptiens. Je crois qu'avec la présidence française, on va pouvoir faire une réflexion à quinze. Nous devons maintenant tirer les leçons de Marseille et voir ce qu'on peut mettre immédiatement sur place pour faire sortir cette situation de l'impasse.
— Les Etats-Unis sont absents maintenant et le seront pendant quelque temps de la scène proche-orientale en raison des élections présidentielles. Que fera l'Union européenne pour combler le vide et plus précisément, quelles seront vos prochaines démarches ?
— L'Europe s'engage politiquement. Je repars dans la région à nouveau. On fera un suivi des actions à court terme, c'est-à-dire l'application des accords de Charm Al-Cheikh, à savoir l'arrêt des violences, le retrait des troupes et des armements lourds israéliens, la fin du bouclage des territoires palestiniens, la mise en place d'une commission d'enquête dont Javier Solana (le représentant de la diplomatie européenne) est membre et qui va commencer ces travaux le 26 novembre. En plus, on prépare la reprise des négociations. On attend ce que le président Bill Clinton va faire. L'Europe a montré sa disponibilité à aider à la reprise des négociations. On verra comment les choses vont se développer. Mais il faut de façon rapide appliquer les accords de Charm Al-Cheikh et ceux de Gaza, et créer des mesures de confiance pour arrêter les tueries qui affectent quotidiennement la population palestinienne. 

9. Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 22 novembre 2000
Les Territoires asphyxiés
par Hicham Mourad
Face à la poursuite de l’Intifada, Israël a décidé d’intensifier l’utilisation de l’arme économique contre la population palestinienne. Jeudi, le premier ministre Ehud Barak a entrepris de couper les vivres à l'Autorité palestinienne en gelant le transfert des fonds qui lui sont dus. Dans une interview à la radio publique, M. Barak a annoncé qu'Israël avait gelé « ces derniers jours » et jusqu'à nouvel ordre le transfert des fonds dus à l'Autorité en vertu des accords d'autonomie. A Gaza, le président palestinien Yasser Arafat a réagi à cette mesure en affirmant à la presse que cela faisait « partie de la guerre contre nous de la part de Barak, qui est aussi une guerre de roquettes, d'avions et de tanks ». Il a aussi déclaré que cette mesure, qui était en fait entrée en vigueur « il y a plusieurs mois », mettait les territoires palestiniens « dans une situation économique critique ».
La mesure israélienne est intervenue avant l’appel lancé vendredi par M. Arafat pour une cessation des tirs à partir des secteurs sous contrôle de l’Autorité palestinienne. Un appel considéré comme un geste à l’adresse de l’Etat hébreu. Si les affrontements ont quelque peu baissé d’intensité, la tension reste grande dans les territoires palestiniens et le bilan de la nouvelle Intifada ne cesse d’augmenter. Deux Palestiniens ont trouvé la mort dimanche, amenant à près de 250 le nombre de décès depuis le début du soulèvement palestinien, le 28 septembre dernier. De surcroît, la situation a connu de nouveaux développements avec la multiplication des actions anti-israéliennes, ce qui prouve la volonté des Palestiniens de poursuivre l'Intifada, malgré l’appel de leur président.
Pour faire preuve de bonne volonté, l'Autorité palestinienne, qui a nié toute implication dans l'attentat à la bombe contre un bus scolaire israélien perpétré lundi matin et qui a fait deux morts, a décidé d'ouvrir une enquête à ce sujet. « L'Autorité condamne les actes de violence, quels qu'en soient les auteurs », a déclaré un responsable palestinien qui a requis l’anonymat. De son côté, l’armée israélienne a évidemment tenu l’Autorité pour « responsable » de l’attaque de lundi, pour avoir « relâché les terroristes de prison », dans une référence à la libération le mois dernier de plusieurs dizaines de membres du Hamas et du Djihad islamique. Plus encore, un porte-parole militaire a carrément interprété l’appel du président palestinien comme « un feu vert » pour commettre des attentats. « C'est exactement la signification de l'annonce de la direction palestinienne », a lancé le commandant Yarden Vitakay. Cet ordre, a-t-il dit, revient à « perpétrer des attaques terroristes en dehors des zones A (zones placées entièrement sous contrôle palestinien) ». Une interprétation on ne peut plus fantaisiste et qui révèle avant tout la mauvaise foi israélienne. L'Autorité palestinienne avait également ordonné samedi, pour la première fois depuis le début des violences, l'ouverture d'une enquête sur l'attaque menée par un Palestinien qui a tué un soldat israélien avant d'être abattu.
Mais rien ne semble suffire aux Israéliens. Vendredi déjà, après l’ordre donné par Arafat, le premier ministre israélien Ehud Barak déclarait : « Nous jugerons sur le terrain, et pas seulement sur des déclarations (...), la baisse des actions terroristes, de la violence et de l'incitation à la violence ».
Le chef d'état-major de l'armée israélienne, le général Shaoul Mofaz, a lui aussi estimé que « les résultats de la pression (israélienne) ne sont pas encore satisfaisants » et que les Palestiniens « n'ont pas encore reçu d'ordre » de cessez-le-feu global. Il s’était pourtant réjoui de la baisse relative de « la violence », l’imputant au succès de la stratégie de l'armée israélienne et à une « certaine usure » chez les Palestiniens, après près de huit semaines d'affrontements. « Les actions de Tsahal (l'armée israélienne) leur ont fait comprendre qu'ils risquent de ne tirer qu'un très faible avantage de la violence », avait-il fièrement lancé, avant l’attentat de lundi. Et même si le premier ministre Ehud Barak avait laissé entendre qu'Israël ne lancerait pas de riposte militaire d'envergure contre les Palestiniens, l’attaque de lundi laisse présager le pire. D’autant plus que le premier ministre israélien est à nouveau en très mauvaise posture, le Shass ayant annoncé lundi qu’il retirerait la semaine prochaine son soutien parlementaire à Barak, qui ne dispose plus de majorité depuis déjà plusieurs mois. Ce qui pousserait éventuellement Barak à prendre des mesures encore plus draconiennes contre les Palestiniens pour tenter de regagner la sympathie de l’extrême droite.
De même, la force de protection réclamée par Arafat ne risque pas de voir le jour. Dans une nouvelle tentative, le président palestinien a écrit aux présidents américain, français et sud-africain pour leur demander une protection internationale des Palestiniens, à laquelle Israël s'oppose avec force.
Pouparlers compromis
Dans cet état des lieux, une relance de la paix semble peu envisageable, même si l'ancien président israélien Ezer Weizmann et le président égyptien Hosni Moubarak l’ont envisagée dans leur rencontre dimanche à Charm Al-Cheikh. Le président américain Bill Clinton a du reste réaffirmé dimanche qu'il devait y avoir « une baisse considérable » de la violence avant que Palestiniens et Israéliens puissent reprendre leurs pourparlers de paix. « Il n'est pas nécessaire d'arrêter toutes les manifestations (de violence), mais il faut une baisse considérable de la violence avant que les parties puissent discuter à nouveau et prendre de nouveaux engagements qui pourraient constituer un accord de paix », a-t-il déclaré dans une interview à la chaîne CNN depuis Hô-Chi-Minh-Ville (Vietnam).
Les propos du président américain intervenaient alors qu'un porte-parole de l'ambassade américaine en Israël a déclaré dimanche que l'émissaire américain pour le Proche-Orient, Dennis Ross, pourrait revenir dans la région pour tenter de renouer le dialogue. Sa mission la semaine dernière n’avait abouti à rien.
Du côté des Palestiniens, Marwan Barghouthi, chef du Fatah (mouvement de Yasser Arafat) en Cisjordanie, a exigé dimanche la démission des négociateurs palestiniens avec Israël. Selon lui, « toute la structure des pourparlers doit être modifiée ». Il a également estimé que « l'arbitrage des Américains n'est plus recevable », et affirmé qu’« il faut s'opposer à toute demande visant à stopper l'Intifada pendant les négociations ». 
 
10. Dépêche de l'Agence de Presse Anatolie (Turquie) du mercredi 22 novembre 2000
Quarante sept Palestiniens blessés hospitalisés en Turquie [traduit par Marcel Charbonnier]

La Turquie a assuré, mercredi dernier, le transport sanitaire et l'hospitalisation, à Ankara, de quarante sept personnes blessées au cours des affrontements entre Palestiniens et armée israélienne. Firuz Kiris, attaché à la Sécurité auprès du Premier Ministre de Turquie a déclaré aux journalistes, à l'aéroport Esenboga d'Ankara, qu'un avion spécialement affrêté, appartenant aux Turkish Airlines, venait d'acheminer quarante-sept blessés palestiniens depuis la ville égyptienne d'Al-Arish. "L'équipe médicale qui s'est rendue d'Al-Arish, ville égyptienne située à environ 35 kilomètres de la frontière avec la bande de Gaza, à Gaza, afin d'y prendre en charge les blessés, a été retenue très longtemps par la Sécurité israélienne. Nous avions quitté Ankara avec quatre médecins et sept infirmières à bord et deux médecins palestiniens, ainsi que trois infirmières palestiniennes sont venus avec nous", a déclaré M. Kiris, qui a ajouté que "l'un des blessés est dans un état critique, et six d'entre eux sont des enfants". L'ambassadeur de Palestine en Turquie, M. Fouad Yasin, et le gouverneur d'Ankara, M. Yahya Gur ont accueilli les blessés palestiniens à l'aéroport Esenboga d'Ankara. Mentionnons que dix-sept autres personnes sont venues par ce même avion : ce sont des proches des blessés, qui les accompagnent. Vingt-quatre de ces blessés ont été admis à l'hôpital Numune, les vingt-trois restants l'ont été à l'hôpital Gata. Ces deux établissements sont situés à Ankara.
 
11. Jérusalem Post (édition hebdomadaire française) du mercredi 22 novembre 2000
"Si je t'oublie Jérusalem"

A l'initiative du grand rabbin de France, Joseph Sitruk, le Consistoire central et le Consistoire de Marseille ont organisé un voyage de soutien, le 17 novembre dernier, réunissant un total de 400 personnes, venues réchauffer le cœur des Israéliens. Durant ce Shabbat, le grand rabbin de France a montré une fois de plus ses qualités d'organisateur et de " berger ", entraînant ses fidèles, de conférences en réjouissances, vers une intensité et une joie spirituelle que beaucoup d'entre eux n'avaient jamais connus. De nombreuses personnalités israéliennes telles que Binyamin Netanyahou, Amnon Lipkin-Shahak, le maire de Jérusalem Ehoud Olmert, le rabbin Lau, le rabbin Bakshi-Doron, le rav Ovadia Yossef et l'ancien ministre du travail Eli Yishaï, pour ne citer qu'elles, sont venues remercier la délégation de France. Samedi soir, les participants, rejoints par quelques 3000 personnes, se sont rendus au Kotel pour un événement sans précédent, organisé par Benny Boreh et l'ABSI-Keren Or (association française de soutien aux soldats de Tsahal), à la demande d'Aleph Ledoroth, l'association du rav Yaacov Sitruk. Entre autres moments forts de la soirée, une autorisation des services de police avait été obtenue pour disposer des pierres jetées depuis l'esplanade des mosquées par les Palestiniens sur des Juifs venus prier au Mur durant la fête de Souccot 1996. Ces pierres ont servi cette fois-ci à écrire un message de paix sur le parvis du Kotel. Un écran improvisé monté par 50 Talith surplombait l'estrade. Enfin, de nombreux chanteurs et intervenants se sont succédés à la tribune pour faire de cette soirée un moment inoubliable qui restera gravé dans la mémoire des Juifs de France et d'Israël. Parmi les photographies accompagnant l'article : le grand rabbin de France, Joseph Sitruk et le président du Consistoire de Marseille, M. Tzvi Amar encadrant le rav Ovadia Yossef lors des réjouissances.
 
12. Le Monde du mardi 21 novembre 2000
Jérusalem : de la division au partage ?
par Mouna Naïm
MALGRÉ LA CRISE aiguë que traverse le processus de paix, Palestiniens et Israéliens peuvent-ils envisager de « vivre ensemble » à Jérusalem ? Oui, mais à la condition que soit respectée la légalité internationale, a répondu Elias Sanbar, historien et rédacteur en chef de la Revue d´études palestiniennes. Oui, mais les Palestiniens doivent prendre en compte « les différentes sensibilités » israéliennes, a dit Maurice Kriegel-Valrimont, directeur du centre d´études juives à l´Ecole des hautes études en sciences sociales, lors d´une rencontre-débat organisée le 8 novembre au Sénat par l´Association pour Jérusalem – essentiellement composée de sénateurs.
Lorsque les Palestiniens revendiquent la souveraineté sur Jérusalem-Est, a plaidé M. Sanbar, ils ne préconisent pas de « séparation ou de division » de la ville. Jérusalem, qui « aujourd´hui est divisée », peut être « partagée » entre deux capitales et doit donc être « ouverte », a-t-il dit ; mais il faut pour cela que soient d´abord appliquées les résolutions des Nations unies relatives à l´évacuation des territoires occupés par Israël en 1967 et sur la base desquelles a été lancé le processus de paix en 1991. Jérusalem-Est, Vieille Ville incluse, fait partie de ces territoires et, pour les Palestiniens, il s´agit de négocier « toute la paix en échange de tous les territoires » et non, comme le veulent les Israéliens, sur la base du principe selon lequel « ce qui est à nous est à nous et ce qui est à vous on le partage ».
Loin de chercher à « faire l´impasse sur le caractère exceptionnel » de la Vieille Ville – du fait de l´existence des Lieux saints des trois grandes religions –, M. Sanbar a rappelé que la négociation « porte sur la souveraineté et est donc politique ». « Cette ville ne peut être négociée sur la base d´un mélange de souveraineté et de religiosité, a-t-il dit. Non seulement cela complique les choses, mais c´est dangereux. »La liberté de culte doit faire l´objet d´une négociation spécifique, mais celle-ci « ne peut se faire qu´entre deux entités souveraines », a-t-il ajouté, écartant l´éventuelle acceptation par les Palestiniens d´un lieu qui serait un substitut à Jérusalem et auquel serait attribuée l´appellation El Qods.
Pour Maurice Kriegel-Valrimont, il est essentiel que chacune des deux parties « respecte les traditions de l´autre » au sein de la cité. A ses yeux, la question de Jérusalem « est à la fois plus difficile et plus facile à régler aujourd´hui qu´auparavant ». Retraçant l´histoire récente de la ville, M. Kriegel-Valrimont a notamment rappelé que, lorsque Jérusalem-Ouest a été proclamée capitale d´Israël en 1950, il n´y a pas eu de protestation populaire parce que l´Est était exclu. Dans les années 70, la société israélienne a connu une « retraditionalisation partielle » qui a entraîné, a-t-il indiqué, une revalorisation de Jérusalem. Mais c´est en 1996 que le premier ministre israélien de droite, Benyamin Nétanyahou, a cherché à se positionner en « faisant de la défense de Jérusalem son cheval de bataille, pour montrer que c´est cela qui le différencie de ses prédécesseurs ». Cette prise de position a eu une « influence au-delà de l´électorat »de M. Nétanyahou. C´est cela, a-t-il dit, qui rend les choses « plus difficiles ».
Elles sont « aussi plus faciles », parce que « la société israélienne, a dit M. Kriegel-Valrimont, est une société très sécularisée » et que « pour l´immense majorité de la population israélienne, il n´y a pas d´attachement irrationnel à Jérusalem ». Mais il a admis dans le même temps que c´est « une société profondément divisée ». Les Palestiniens, a-t-il estimé, « devraient tenir compte de ces deux éléments », des « sensibilités israéliennes »et du fait que « le gouvernement israélien est fragilisé » et risque « l´effondrement » à cause de la crise actuelle.
DROITS FONDAMENTAUX
Pour Monique Chemillier-Gendreau, professeur à l´université Paris VII, la référence au droit international est incontournable et, s´il est vrai que les procédures de ce droit ne sont « pas toujours très rigoureuses », le corpus des valeurs dont on dispose est clair : interdiction de l´acquisition des territoires par la force, droit des peuples à disposer d´eux-mêmes, conventions de Genève, etc. Les Israéliens, a-t-elle dit, sont en train de « négocier des entorses au droit » et la négociation a échoué « parce qu´on est parti de la violation du droit ». « C´est dur pour les Israéliens, mais les gouvernements » des différents pays doivent « leur rappeler que c´est de cela même que dépend leur propre sécurité ». « Le démantèlement des colonies de peuplement, le retrait [des territoires palestiniens], le retour des réfugiés, a-t-elle précisé, sont des droits fondamentaux » et ne sont pas à négocier.
Quant au sommet israélo-palestinien de Camp David, il a abouti à une « impasse totale », a assuré M. Sanbar, qui a rappelé que l´unique récit détaillé qui en a été fait dès la fin juillet par l´un des négociateurs palestiniens, Akram Haniyé (publié dans sa quasi-intégralité par la Revue d´études palestiniennes), n´a pas été démenti par l´administration américaine. Tandis que M. Kriegel-Valrimont s´est borné à indiquer à ce sujet qu´un « compte rendu indirect » du sommet a été récemment fait par le ministre israélien des affaires étrangères, Shlomo Ben Ami, au quotidien israélien Haaretz, Yves Aubin de la Messuzière, directeur Afrique du Nord-Moyen-Orient au ministère des affaires étrangères, a estimé que « de réels progrès »ont été faits à Camp David.
Pour la première fois, a-t-il dit, des questions de fond ont été abordées, « le tabou de Jérusalem est tombé » du côté israélien et « plusieurs pistes » ont été explorées. « Peut-être est-on allé trop vite », a-t-il concédé. Il pense que plusieurs « scénarios sont envisageables »actuellement : une reprise des négociations sur la base des « acquis » de Camp David ; un accord-cadre partiel « qui laisserait de côté Jérusalem ou le seul site saint » ; ou alors – et ce serait, a-t-il dit, le pire – des initiatives unilatérales telles que « la séparation », dont on parle en Israël, ou « la proclamation de l´Etat palestinien ».
 
13. Le Monde du mardi 21 novembre 2000
Père Emile Shoufani, prêtre melkite et "curé" de Nazareth : "Jamais la police n'avait ainsi tiré sur des Arabes citoyens d'Israël" propos recueillis par Henri Tincq
Emile Shoufani, prêtre melkite de Nazareth, est connu pour ses efforts en faveur du dialogue entre juifs et arabes, chrétiens et musulmans. Le « curé de Nazareth », selon le titre du livre paru en France en 1998 (Albin Michel), s'interroge sur les répercussions des affrontements dans la communauté arabe (1,3 million de personnes) citoyenne d'Israël.
- La révolte des Arabes israéliens, dans le nord du pays, a surpris. Ils ont compté des morts. Comment interprétez-vous ce qui s'est passé ?
- Treize Arabes israéliens, dont trois à Nazareth, sont morts au début des événements, en octobre. La disproportion entre la colère de la rue – qui n'est pas rare dans nos villages arabes – et la brutalité des forces de l'ordre a surpris toute la population. C'est la première fois qu'une telle tragédie a lieu depuis les six morts de la première « Journée de la terre » [contre les expropriations] qui avait dégénéré en 1976 . Depuis, même aux pires heures de l'Intifada, et en dépit des grèves générales et des manifestations – nombreuses à l'époque du gouvernement Netanyahou – ni l'armée, ni la police n'avaient ainsi tiré sur des Arabes citoyens d'Israël. J'y ai vu une volonté de frapper fort et sans délai pour éviter que la nouvelle Intifada ne s'étende sur le territoire d'Israël. Pourtant, les Arabes en Israël n'ont jamais cessé de se dire Israéliens.
- Est-ce que cet état d'esprit risque de changer ?
- Pour la première fois, la guerre a lieu en Israël même. Autrefois, on se battait au Sinaï, en Syrie, au Liban. Cette fois, c'est dans les villes du pays, rue par rue, maison par maison, que des combats ont lieu. Cela a créé une peur inouïe qui a dépassé tout le monde. La peur des Arabes israéliens n'est pas différente de celle des juifs israéliens. Nous aussi nous avons peur pour notre appartenance et pour notre identité. Les conséquences sont catastrophiques. Pour la première fois, j'entends des voix arabes qui clament : « Nous sommes une minorité ethniquement persécutée ». (…) L'extrémisme s'étend. Je crois encore au dialogue, mais je regrette de ne plus entendre nos interlocuteurs habituels de la gauche israélienne et du camp de la paix. Nous avons la chance de vivre ensemble, juifs et arabes, dans un Etat de droit et il ne faut pas perdre les acquis d'une telle convivialité.
- Comment le prêtre que vous êtes explique-t-il une telle explosion ?
- Je mets en cause l'élément religieux. C'est lui qui a donné le signal de l'embrasement. Depuis des années, le slogan « La mosquée el-Aqsa est en danger ! » fait des ravages en milieu musulman. Chaque année en octobre, près de Nazareth, à Oum el Fahem, plus de 50 000 personnes se rassemblent autour de ce slogan. J'ai vu des centaines d'enfants défiler dans les rues et crier qu'ils étaient prêts à mourir pour el-Aqsa. Les esprits étaient donc déjà largement échauffés quand la visite d'Ariel Sharon à l'esplanade des mosquées a mis le feu. Quand l'absolu religieux entre ainsi en jeu, il n'y a plus de discours politique qui soit audible. La mosquée el-Aqsa de Jérusalem est plus qu'un lieu saint. C'est une donnée coranique. C'est à cet endroit précis et inviolable que le Prophète est monté au ciel. Pour le chrétien, il est toujours possible d'aller prier un peu plus loin que l'endroit où il a l'habitude de prier. Dans l'islam, c'est inimaginable.
- Les chrétiens arabes en Israël ont-ils des réactions différentes des musulmans ?
- Pas du tout. Il y a chez les Arabes israéliens – qu'ils soient chrétiens ou musulmans – un consensus total pour dire que, quelle que soit l'issue des discussions sur Jérusalem, il ne faut surtout pas toucher aux lieux saints. Les chrétiens et les musulmans en Israël sont également unis par la même solidarité à l'égard des Palestiniens et par la même impatience de voir aboutir leur revendication en vue d'un Etat palestinien.»
 
14. Libération du mardi 21 novembre 2000
Déluge de feu sur la bande de Gaza
par Didier François
Après l'attentat meurtrier contre un bus d'enfants de colons, Tsahal a pilonné le territoire.
Gaza envoyé spécial
Venant du large, une noria d'hélicoptères, invisibles dans la nuit, a fondu sur Gaza. Alertées par le bruit sourd des rotors, les rares personnes qui traînaient encore dans les rues ont rapidement regagné leur appartement. A 18 h pile, les appareils israéliens tiraient leurs premières roquettes sur la ville. Fusant dans le ciel, les longues traînées orange ont filé vers les cibles choisies dans l'après-midi par le Conseil de sécurité d'Israël, réuni en urgence pour mettre au point les détails des représailles.
Après l'attentat du matin, contre un bus transportant des écoliers des colonies de Kfar Darom et de Gush Qatif, les frappes ne faisaient aucun doute. En fin d'après-midi, toutes les casernes des forces de sécurité palestiniennes avaient été évacuées... Les policiers prenant position par petits groupes au pied des arbres, le long des mosquées. La riposte fut d'une extrême dureté.
Noir total. Dessinant les immeubles en ombre chinoise sur la mer, les boules de feu ont illuminé le centre de Gaza pendant plus d'une heure, alors que l'écho des explosions retentissait dans les avenues vides. A la première détonation, un imam lançait, du haut de son minaret, un retentissant «Allah Akbar». A la deuxième frappe, l'électricité était coupée, plongeant la ville dans le noir total alors que le réseau de téléphones mobiles croulait sous les appels des familles apeurées. Longeant la plage, les hélicoptères ont poursuivi leur matraquage, visant tour à tour les bureaux de la Sécurité préventive, le contre-espionnage palestinien, la caserne Saraia, centre de commandement de la gendarmerie et des renseignements militaires, les baraquements de la Force 17, unité de protection de Yasser Arafat, située à quelques dizaines de mètres du palais présidentiel.
Au nombre des bâtiments touchés au cours de cette première vague, les locaux centraux du Fatah, le parti gouvernemental et les studios de la télévision. Cette dernière cible ne saurait être assimilée à un objectif militaire. Sa destruction indique clairement la volonté israélienne de punir en tant que telle l'Autorité palestinienne, tenue politiquement responsable de l'attentat. A 18 h 30, les canons de navires mouillant près des côtes ouvraient à leur tour le feu sur le sud de la bande de Gaza. A 19 h 45, une seconde escadrille d'hélicoptères reprenait son pilonnage. Moins intense toutefois.
«Les bombardements risquent de se poursuivre toute la nuit, prédit Ahmed Sabbawi, porte-parole de la Sécurité préventive. Ce genre d'attaque va détruire totalement le processus de paix. Alors que Yasser Arafat avait déclaré qu'aucune des forces sous son contrôle n'avait de responsabilité dans l'attentat, Israël a décidé de déclencher une opération qui n'est en rien un acte d'individus isolés mais une agression militaire menée par un Etat puissant contre l'Autorité palestinienne. Les Israéliens ont choisi de recourir à toute la force de leurs armes alors que nous n'avons pas les moyens de riposter. Comment voulez-vous, désormais, que nos dirigeants puissent imposer un cessez-le-feu aux francs-tireurs?»
«Zone grise». Dans l'après-midi, les responsables de l'Autorité tentaient encore de relativiser les conséquences de l'attentat. «Yasser Arafat a donné l'ordre de ne plus ouvrir le feu depuis les territoires relevant de son autorité», rappelait Nabil Abou Rudaineh, porte-parole du Parlement. «D'évidence, des initiatives diplomatiques sont en cours, expliquait pour sa part Mahmoud Khalafawi, le secrétaire général adjoint du gouvernement. Ces derniers jours, Yasser Arafat a clairement entrepris de limiter les actions militaires. Mais il est impossible de tout arrêter brutalement. Les règles du jeu ont changé depuis le début de l'Intifada. Le temps est passé des décisions individuelles. Le Président doit prendre en compte les sentiments de tous les courants qui s'expriment au sein du Fatah. Tant qu'une solution globale n'aura pas émergé qui permette de sortir les négociations de l'impasse, il ne pourra appeler à un cessez-le-feu général. Et les commandants des groupes actifs sur le terrain profitent de cette zone grise.» Dans les villages palestiniens, autour des colonies israéliennes, l'attentat ne semblait avoir surpris personne. «Ce bus quitte la colonie tous les matins à 7 h 30, escorté par deux Jeep, explique Sami, sergent des Forces de sécurité nationales, l'embryon de l'armée palestinienne, dont le poste fait face aux casemates israéliennes de Ksar Darom. Nous étions en train de préparer du café quand nous avons entendu une énorme explosion, au passage de la première Jeep. Le sol a tremblé et nous avons vu des flammes à l'arrière du car qui a poursuivi sa route sur 300 mètres pour s'arrêter devant le fortin qui protège l'entrée de la colonie de Gush Qatif.» Si les policiers palestiniens jurent n'avoir pris aucune part à l'attentat, ils ne considèrent pas devoir interdire l'action des groupes clandestins. «Tant que les Israéliens tireront sur des civils palestiniens, la résistance sera légitime, estime Sami, mais les ordres sont très clairs. Nous devons nous contrôler. Il nous est interdit d'ouvrir le feu, même lorsque des soldats viennent provoquer avec leurs chars devant notre poste. Arafat cherche la paix, il est chef des armées et nous devons lui obéir.»
Plantations rasées. Dans les minutes suivant l'explosion, les soldats israéliens ont fermé la route principale de Gaza, interdisant tout passage entre le nord et le sud de la bande. Les voies habituelles de contournement, chemins de terre courant entre les champs, étaient également scellés. Aux environs immédiats du lieu de l'attentat, les blindés de Tsahal ont entrepris de raser les plantations bordant la colonie de Kfar Darom. Propriétaire de ces terres, Mahmoud Mohammed Shahine assiste impuissant à l'abattage. «Les arbres ne tirent pas», grommelle le vieux fellah à barbe blanche alors que les bulldozers du génie déracinent sa palmeraie. Et si on lui fait tout de même remarquer que le commando a profité de leur couvert pour monter son embuscade, sa réponse se fait cinglante. «Les Israéliens occupent notre pays, tuent nos enfants, détruisent nos récoltes, pourquoi les Palestiniens devraient-ils s'interdire d'attaquer les colons? J'irais faire le coup de feu moi-même si j'étais un peu plus jeune.»
 
15. Al Qod's (quotidien palestinien) du lundi 20 novembre 2000
C'est bientôt fini, l'ère de la gesticulation politicarde, de la normalisation cultureuse et de la reprise en main morale ? par Muta' Safadi [traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
Trois sommets en moins d'un mois ! Arabe, islamique, méditerranéen. Nous nous réveillons et allons nous coucher sur les nouvelles en boucle des planeurs en stratosphère, c'est la saison des sommets et des ailes brisées sur les pics acérés de la logorrhée diplomatique, tandis que des flots de sang palestinien se déversent dans les rues, les quartiers et les villes aux noms, aux pierres et aux monuments volés. Mais les voleurs de pays n'ont pas réussi à enterrer leurs citoyens ou à les domestiquer à vie...
En effet, le peuple originel lutte contre le peuple prétendu, le vol sans limite n'a pas permis de déguiser ses crimes collectifs des oripeaux fallacieux de la négociation, des pactes et des traités. Le jeune homme combattant ne meurt pas à tempérament, il ne verse pas son martyre au compte-goutte : il donne sa vie à une patrie toute entière, à une cause dans sa plénitude. Aussi le temps est-il venu de redéfinir les concepts véridiques qui animent cette intifada, et qui en constituent la différence décisive, qui la concerne seule. Sans doute peut-elle être expliquée par ses causes directes, mais il faut que nous les comprenions sur la base de leur lien organique profond avec les racines de la cause palestinienne, voire aussi, arabe. Sans ce lien organique profond, les générations arabes n'y auraient pas répondu, de cette manière, par delà les places fortes des régimes en place.
En effet, le révolutionnaire arabe latent se rapproprie le nom de Palestinien comme emblème de sa propre personnalité opprimée. La pierre qui s'échappe de la main palestinienne ne vise pas que la tête israélienne, loin de là, autant la pierre est arabe, sont arabes la main qui la lance, le but, les champs des escarmouches dans le dédale des rues palestiniennes, et ils sont à même de réveiller un jour le marais des cités arabes couchées et silencieuses. Un jour viendra peut-être où l'intifada quittera le terrain des combats pierres contre balles pour retourner aux profondeurs de l'identité palestinienne, y récupérer et en extraire une lecture du nouvel héroïsme humain du plus modeste des symboles duquel l'homme arabe anesthésié, écrasé sous le poids de ses soucis quotidiens insurmontables,  a bien failli être exclu.
L'intifada a permis au peuple palestinien de sortir du fond du décor pour rejoindre le devant de la scène. Les générations nouvelles de l'intifada ont pris en main les rênes de la négociation par le seul langage que l'ennemi comprenne : la force, la violence révolutionnaire directe. On peut dire que, de même que la défaite de Beyrouth et le départ de l'OLP, en 1982, ont donné au peuple palestinien, à l'intérieur même de son pays occupé, les rênes de l'initiative, lui permettant de créer un mode d'insurrection inouï dans l'histoire du conflit arabo-israélien, l'échec des négociation, au cours des années quatre-vingt dix, la révélation du scandale des accords d'Oslo en tant que marchandage pervers destiné à permettre à la direction palestinienne de signer de sa propre main la fermeture définitive du dossier "Palestine", la reprise de la voie insurrectionnelle actuelle ont redonné à la cause palestinienne l'acmé de son lustre originel,  tiré la base populaire des bas-fonds de la relégation et de l'effacement délibéré, pour la placer au sommet de l'auto-direction autonome directe. Ainsi, la dernière manoeuvre israélienne s'est axée autour de l'évitement des conséquences structurelles et politiques découlant de cette mutation radicale réalisée par le pôle palestinien à travers la reconquête de la justification de la violence populaire authentique, en tant que principal acquis objectif permettant un dialogue d'une autre nature avec l'ennemi historique qui a tout tenté afin d'y échapper et, cela, dès la nakba (défaite arabe de 1948, NdT), il y a un demi-siècle.
L'insurrection continue impose à Israël l'obligation de reconnaître le peuple palestinien lui-même, alors qu'Oslo avait forgé une reconnaissance récupératrice autour de l'équipe d'Arafat, dans le cadre de l'autorité nationale et de son concept fondateur en tant que protectorat, et même sous le nom de l'état-croupion dont Israël avait déchiré rageusement par avance les cartes, avec tout ce qui en découle en fait d'institutions présentes et à venir faites sur mesures pour ses appareils de domination, assagis depuis des lustres.  
L'instant présent, avec sa tentative de reprendre la négociation, et avec tout ce qu'elle comporte en matière de modes de blocus du territoire palestinien, de menaces de conquête militaire du coeur même des villes, de destruction de réalisations urbanistiques de l'indépendance, de prises en chasse de certains jeunes leaders, ne fait que jeter une lumière crue sur un désir impérieux de séparer l'intifada de ses résultats structurels et politiques, dont les prémices incontournables ont été enregistrées dans la réalité de l'authentique révolution et de son énorme coût humain. L'intifada a mis un terme à toute une période caractérisée par la détermination israélienne à substituer une poignée de dirigeants au peuple palestinien lui-même et à rendre ces dirigeants prisonniers d'une certaine logique de négociation et de dialogue, propre à dissoudre l'un après l'autre les axes de la cause originelle, et à extirper les racines de ces dirigeants du terreau de leur base populaire, de les transformer pratiquement en associés, en concessionnaires du pôle adverse.
Mais la rupture de la ligne de la docilité directionnelle juste avant l'apposition du dernier tampon sur la décision de refermer le dossier "Palestine", et avant l'écroulement inopiné du sommet de Camp David II, a permis toutefois de mettre en place un plan visant à falsifier l'indépendance nationale avant même qu'elle ne voit le jour. C'est alors qu'intervient le rôle renouvelé de l'intifada dans la production de l'histoire de la nakba, depuis ses origines existentielles, dans son exposition, avec la richesse de ses signifiés et de ses vérités, aussi, aux yeux de son peuple, de sa nation (arabe : umma, NdT) et aux yeux du monde entier. Cette image, originelle, de la Palestine, a été détruite en ces jours où on en a tiré des clichés maquillés, que l'on a fait circuler sur le marché d'une contrebande politique irresponsable.
Nous pensons que la reprise de différentes formes de pressions locales, arabes et internationales, visant à étouffer la voix de l'héroïque rue palestinienne, avant que l'intifada ne dispose des moyens lui permettant de trouver une traduction politique sereine, est l'indice clair de la peur d'avoir à admettre le tournant qualitatif et authentiquement historique que permettrait une reprise en main par le peuple des rênes de l'initiative, dans la paix comme dans la lutte.
Ce tournant qualitatif peut, à juste titre, être qualifié d'existentiel, tant il est vrai que tout l'enjeu de la nakba originelle était, et n'a pas cessé d'être, la destruction de la Palestine, son effacement de toute carte. Par le passé, la nation sioniste israélienne, américaine, voire occidentale dans son ensemble, a réussi à effacer la mémoire de la Palestine comme entité, et à lui substituer des images de guerre psychologique, variées et multiples, tout au long du demi-siècle écoulé, à classer dans toutes sortes de rubriques, allant des guerres aux coups d'état. Le passé arabe n'avait, quant à lui, droit qu'à un unique chapitre géographique, durant la plus grande partie du vingtième siècle, et non pas seulement la deuxième moitié de ce dernier : le chapitre de la Palestine. Autant le colonialisme occidental multipliait ses modes opératoires et ses avatars, autant il concentrait ses efforts, de manière obsessionnelle, à créer Israël, puis à en assurer la survie, et à faire opposition à tout retour de la Palestine à son territoire, à son positionnement dans la géographie du monde arabe, et à son rôle central de lien dans le continuum historique arabe contemporain.
Cette mémoire - à la fois proche et lointaine - des constituants du problème palestinien et de son antithèse pérenne, le sionisme israélien, ne doit à aucun moment échapper à la conscience arabe, et surtout pas dans ces moments où se dessine une nouvelle configuration de ses séquences événementielles successives, telle le tournant actuel de la révolution des pierres. Ce qu'il y a de plus durable, sans doute, dans cette mémoire, au franchissement de chaque tournant (historique), c'est le fait qu'aucune politique définie aux niveaux régional (qutriyy) ou national-arabe (qawmiyy) ne saurait entrer dans l'histoire si ce n'est par la porte de la géographie palestinienne et de son antithèse israélienne. Qu'en est-il alors, si cette politique concerne au premier chef le devenir de la Palestine, en tant que pays et en tant que peuple, pour les décennies, voire les siècles, à venir ?... Et c'est vraiment de cela qu'il est question, c'est de cela dont doivent décider soit l'intifada en cours, soit ses ennemis israéloïdes de tout acabit, affiché ou masqué. L'issue - succès ou échec - de l'opération d'élimination de la Palestine en tant que mémoire existentielle (avant tout, et intrinsèquement) et ceci, peut-être, pour la dernière fois (dans l'histoire), est totalement suspendue à la garantie du substitut politique que l'intifada réussirait à constituer avant de jeter ses armes populaires d'action directe et d'entreprendre de fourbir son armement "négociateur".
C'est ce qu'Israël et ses alliés dans la région et au-delà de l'Atlantique ont commencé à comprendre : ils essaient d'esquiver l'affrontement avec ce devant quoi ils ont toujours fui depuis la fondation d'Israël : la confrontation aigue avec le peuple palestinien, avec sa présence effective imbriquée dans les périphéries de l'espace vital israélien et de ses propagules démographiques originels, au-delà des limites de l'état-croupion hébreu labile. Ceci signifie que l'armée sioniste doit mener une guerre civile sui generis à l'intérieur-même de sa propre société fissurée par de multiples fractures (ethniques, religieuses et de classes) latentes jusqu'à l'heure H de l'explosion des haines multilatérales confinées.
Peut-être, ce choc - le déclenchement de la guerre totale contre les Palestiniens - est-il l'occasion attendue qui permettra de distribuer les différentes sortes de brandons pour enflammer les différentes bottes de paille que représentent chacun des problèmes structurels attaquant comme autant d'incendies un tissu social fusé et racomodé au moyen d'un état militaire artificiel. Et il n'est nul besoin, pour cela, d'une quelconque parité matérielle entre l'agresseur et l'agressé. En effet, il n'y aura pas de guerre opposant un (ou plusieurs) front(s) bien délimité(s), une armée régulière à une révolution populaire tumultueuse. Un peuple en lutte peut résister à un siège visant à l'affamer. Mais Israël ne pourra pas soutenir l'épuisement d'une guerre d'usure, qui se transformera rapidement en une remise en cause effective de la légende de sa "sécurité", avec ses multiples facettes tant policières qu'économiques et sociétales. Jusqu'au jour où l'intifada a éclaté, la Palestine allait se coucher et se réveillait avec le vieux cauchemar de l'occupation et de ses répercussions ramifiées, allant jusqu'à la paralysie de la prétendue autonomie, accompagnée de ses multiples symptômes schizophréniques empirant, tandis qu'Israël jouissait pour lui-même, à son avantage exclusif, de tous les fruits de la "paix". Israël avait, d'un seul coup,  remporté deux prix d'excellence incompatibles entre eux : l'obtention de la neutralité des Arabes, avec le début de leur exploitation économique, d'une part et la certitude sereine de pouvoir faire de la Palestine un protectorat administratif, tout en continuant à employer sa population comme main-d'oeuvre de deuxième et troisième catégories, d'autre part...
Tout allait, comme sur des roulettes, dans le sens de la victoire : Israël devait décrocher ces deux timbales en même temps, en déployant un minimum d'efforts tacticiens : pas plus qu'un peu de démagogie de marchands de tapis politicards, et quelques campagnes de publicité. A un point tel, qu'il semblait que non seulement les Palestiniens, mais les Arabes dans leur ensemble, se contentaient de leur sort de troupeau de moutons confiés au grand éleveur américain et à son concessionnaire régional israélien, ainsi qu'à la cour des épigones de l'ordre arabe fondé sur les sables (mouvants) de la "Tempête du Désert" (la guerre du Golfe, NdT). Tout au long de la décennie écoulée, de triste mémoire, l'idéologie du moindre mal a régné en maître. Nous avons assisté à l'intensification d'une concurrence acharnée, pour s'y engager en tant que volontaires, entre certaines élites cultureuses et certains leaderships politicaillons ou nés de la dernière pluie, et de leurs petits mondes de trafiquants d'argent mondialisé ou d'influence politique qui, tous, ont tenté de s'emparer des rênes des Etats et des factions, tandis qu'était projeté en continu le film de la gesticulation triomphant des différentes forces vives sérieuses, si bien que les gens se sont noyés dans des cataractes de congrès, de séminaires, de tables rondes sur tout et n'importe quoi.
Il y avait, ainsi, un processus de dissolution des élites dans le tourbillon gesticulatoire dominant, de destruction des différents niveaux de la vie quotidienne des populations, de relégation aux limites de la misère et de la famine, afin de les écarter définitivement de toute participation à la vie collective, de neutraliser leur contrôle spontané et sincère. Ce qui se passait allait beaucoup plus loin que les simples normalisation et asservissement : il s'agissait d'une trituration de restes, de déchets et de parasites en tous genres, en guise de matière première destinée à l'édification d'un modèle pour des sociétés "négociatrices" anonymes, informes et incolores, toutes bâties sur le modèle de la société gesticulatoire, divisée entre la coterie des amuseurs publics et des cohortes de spectateurs hypnotisés, aux ventres et aux poches vides.
L'intifada n'a pas produit de miracle, pas encore. Mais elle a montré du doigt la vacuité de ce qui se passait avant, elle a mis en pièce une gesticulation politique parmi les plus catastrophiques de l'histoire de la cause palestinienne, et de l'histoire arabe, d'une manière générale. Et la mutation ne fait que commencer.
 
16. Al-Hayat (quotidient arabe publié à Londres) le lundi 6 novembre 2000
Conséquences du sommet
par Muhammad Awad [traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier]
(Muhammad Awad est rédacteur du quotidien égyptien Akhbar Al-Yom au Le Caire)
Le temps est sans doute venu de faire une pause, de cesser un moment de suivre le dialogue de sourds, au niveau des médias arabes et d'évaluer le résultat réel du dernier sommet arabe du Caire. Si nous sommes confrontés à un dialogue de sourds, c'est parce que manquent les bases communes, nécessaires à tout dialogue, si l'on veut qu'il s'agisse d'un échange réel, non de paroles en l'air, et si l'on veut que ce dialogue soit l'expression d'une coexistence positive et non pas, d'une guerre civile inter arabe.
Tout d'abord, ce dialogue présuppose que Le Caire ne soit pas tenu responsable du sommet sous le simple prétexte qu'il se réunit dans ses murs et, à son invitation. L'Egypte a sa propre position, bien définie, en-dehors du sommet, et en tant que partie prenante, position avec laquelle il est loisible d'être d'accord, ou non. Mais, dans le cadre du sommet, l'Egypte est une voix parmi vingt-deux voix parties prenantes, sur un pied d'égalité, à la nature et au contenu du communiqué final adopté. Dans toute action collective de ce type, se déroulent inévitablement des tractations entre les chaînons les plus faibles de la chaîne et les chaînons les plus forts. Ces limites étant rappelées, la chose la plus remarquable a, sans doute, été que le consensus du sommet, s'il n'a jamais décroché de la flambée de colère qui s'est emparée de l'opinion publique arabe, est apparu, en revanche, comme plusieurs degrés en-deçà des positions de certains des épigones actifs de l'ordre arabe. Ici, il y a renversement de situation. Mais ce n'est pas la seule anomalie que nous pouvons relever dans tout ce qui se passe actuellement.
Le paradoxe est, ici, que les positions de l'Arabie, de la Syrie et de l'Egypte, par exemple, peuvent être déduites des discours de leurs représentants plus que du communiqué final lui-même. Et, même si les débats ont tourné essentiellement autour de la concrétisation des propositions du prince saoudien Abullah, le sommet apparaît, in fine, plus comme une expression d'un consensus arabe dans les circonstances présentes. Après le sommet, le ministre égyptien des affaires étrangères, Amr Moussa, a déclaré que le processus de paix tel que nous le connaissons était terminé, que personne n'était prêt à retourner à la table des négociations dans les mêmes conditions que par le passé et que le monde arabe doit définir un nouveau cadre, définitif, pour un règlement acceptable de son point de vue. Si cette vision des choses est aussi celle qui a présidé aux discussions au sommet, celui-ci s'est conclu sur des résolutions entièrement étrangères au débat. La même chose vaut aussi pour la Syrie.
Tandis que l'Arabie Saoudite demandait au sommet "l'arrêt de toute nouvelle relation avec Israël et la suppression de toutes relations et rapports engagés dans le cadre du processus de paix avec ce pays" et faisait porter aux Etats-Unis la plus grande part de responsabilité dans l'effondrement de ce dernier, Yasser Arafat - entre mille - exprimait toute son estime et sa gratitude au président Bill Clinton. Par ailleurs, Arafat n'a demandé au sommet aucune initiative - déclarée ou suggérée - ressemblant, de près ou de loin, à une rupture des relations avec Israël ou à la remise en vigueur du boycott économique arabe à son encontre. Ni même, ne serait-ce qu'une réévaluation de la pantomime des négociations qui se déroulent sous nos yeux depuis sept années - sans entracte - depuis l'accord d'Oslo et son funeste enchaînement de catastrophes.
Tout ce qu'Arafat a présenté au dernier sommet arabe, c'est une vision selon laquelle "la vague de violence haineuse dont est victime notre peuple palestinien a commencé lorsque les pieds de Sharon ont souillé le sol sacré de la noble esplanade des Mosquées et de la sainte mosquée al-Aqsa."... Vision inexacte et subjective. En effet, la visite (armée) de Sharon sur l'esplanade des Mosquées, le 27 septembre, n'a été que l'événement qui a servi de détonateur à l'explosion de l'intifada palestinienne actuelle. Mais cette visite ne saurait, en aucun cas, en être considérée la cause. Cette intifada est dirigée, fondamentalement, contre l'occupation israélienne sous tous ses aspects. Mais, d'un autre côté, elle est dirigée, également, contre l'ensemble de l'administration (on devrait dire : de l'absence d'administration) négociatrice pilotée par Arafat Yasser en personne et la clique des profiteurs des accords d'Oslo et  codicilles.
Voilà déjà sept ans d'illusions, au cours desquelles on a rabâché devant les caméras que le peuple palestinien était maintenant doté d'une autorité "nationale"... avec hymne, garde d'honneur, cour de flagorneurs se dénommant eux-mêmes "ministres" de l'Autorité, et un conseil législatif dont on dit qu'il contrôle surtout le fonctionnement de l'Autorité elle-même, les timbres poste, les passeports, l'aéroport et les territoires "libérés", reconquis par le Saladin des temps modernes sur l'occupant ("Que cela plaise, ou non"). Mais le peuple, sous occupation, continuait à vivre les vérités exposées à leurs yeux dans toute leur nudité obscène, quotidiennement. Il voyait la colonisation israélienne, tandis qu'elle s'accroissait de cinquante pour cent sur la période, et il voyait le comportement de la "police nationale palestinienne" transformée en simple vitrine destinée à camoufler cette même colonisation. Il voyait des villes palestiniennes isolées les unes des autres, il voyait le casino et les villas opulentes de la bande de ceux qu'il appelle les "Tunisiens", entrant en violent contraste avec sa pauvreté absolue et les rapports de l'"Union européenne" sur la déperdition dans des trous sans fond des sommes qu'elle donnait à l'Autorité, sans pouvoir déceler dans quelles poches elles atterrissaient.
Quand les choses ont commencé à se gâter, le peuple palestinien - sous occupation, il faut quand même le rappeler - a pu aussi constater qu'un simple coup de fil d'un sous-fifre de la sécurité israélienne a suffi à faire fermer l'aéroport de Gaza, tandis qu'Israël, dans le même temps, se répandait pour informer le monde entier du fait que, dans son immense générosité, il avait excepté le seul avion personnel d'Arafat de cette fermeture. Pendant ce temps, même la lichette de territoires dont on nous avait répété pendant des années qu'elle avait été "libérée" a vu revenir les blindés israéliens, en un clin d'oeil.
Ce peuple sous occupation a donc fini par se soulever, certainement pas à l'instigation de l'Autorité autonome mais, bien au contraire, à son corps défendant. L'allégation, par la suite, qui voudrait que la milice du Fatah se trouverait à la tête de l'insurrection ne tient pas et elle annonce la répétition de la déconvenue de la première Intifada, commencée en décembre 1987, qui avait surpris Arafat à Tunis, mais qu'il avait quand même réussi à vendre sur le marché aux puces arabe, contre argent comptant, et sans reçu. Lorsque les Palestiniens de nationalité israélienne sont entrés en scène, en solidarité avec l'intifada du 28 septembre 2000, était-ce aussi à l'instigation du Fatah, d'Arafat, de l'Autorité de son autonomie sur les ruelles de Bethléem et les camps de Gaza ?
Il y a une situation grave, qu'il faut examiner sérieusement. Il y a une immense prison, appelée "Accords d'Oslo", dans laquelle on a interné la cause palestinienne. Depuis ce jour là, les tractations avec l'occupation israélienne tournent autour d'une rue ici, d'une venelle là. Il y a une usure catastrophique du soutien international à la cause palestinienne : nous pouvons le constater sur la scène mondiale, de la Chine à l'Union européenne, en passant par l'Inde. Il y a des engagements (publics ou secrets) arrachés par Israël, très tôt, grâce aux accords d'Oslo et ses codicilles, à "mettre un terme à la violence", ce qui se traduit sur le terrain par :  "renoncer d'avance au droit légitime du peuple palestinien de résister à l'occupation israélienne". Il y a aussi un projet de marchandage, proposé à Camp David au mois de juillet, dont les négociateurs palestiniens eux-mêmes ont affirmé qu'il était déjà conclu à quatre-vingt pour cent, reconnaissant qu'il n'en restait plus que vingt pour cent à négocier.
Un préliminaire sérieux au sommet arabe du Caire aurait été, en premier - avant tout - la prise de connaissance précise des attendus de ce marchandage de Camp David. La réponse toute trouvée sera ici que le Négociateur palestinien est responsable devant Son peuple... Admettons... Toutefois, lorsque ce négociateur vient demander à un sommet arabe appui et soutien, il est légitime que les responsables (arabes) réunis sachent d'avance - et avec précision - ce qu'on leur demande de soutenir et d'appuyer. Tous les Arabes - et, au premier chef, le peuple palestinien - ont payé suffisamment cher la politique des "chèques en blanc" généreusement distribués par les chefs d'état arabes par le passé. Aujourd'hui, le temps est venu des comptes, de l'évaluation, du contrôle et du sérieux. Même si le simple bradage
- comme ça, au passage - du droit au retour des réfugiés palestiniens ou de leur indemnisation entraîne automatiquement un prix exorbitant à payer pour les pays arabes. Voire, la catastrophe, pour un petit pays comme, par exemple, le Liban.
Ce sont les partenaires absents du sommet arabe du Caire qui ont exprimé le plus clairement et précisément leurs demandes. Ainsi, Israël réclamait ce qu'il appelle "la prévalence de la raison et de la sagesse" sur le sommet. C'est d'ailleurs ce pour quoi Israël lui a exprimé ses remerciements, une fois le rideau retombé... Pour adopter ensuite, bien entendu, un tout autre ton. Les Etats-Unis, eux aussi, ont été très explicites dans leurs attentes : que, surtout, le sommet du Caire ne condamne pas les engagements sécuritaires pris par Arafat à Sharm al-Shaykh, qu'il ne formule aucune résolution exécutoire de boycottage d'Israël ou de rupture des relations avec ce pays, et qu'il se garde bien sagement d'imposer une quelconque limitation politique à la totale liberté de mouvement d'Arafat en matière de négociation sur les développements futurs...
Enfin, dernier point. C'est le plus grave, et c'est la plus grande victoire américaine. A ce propos, inutile de rouler les mécaniques en prétendant que l'Amérique ne peut exercer de pression sur nous. Ca, c'est de la forfanterie suicidaire, c'est parler d'une société internationale qui n'a rien à voir avec celle où nous vivons. L'Amérique fait pression même sur ses alliés, c'est dire ! Elle fait pression sur la France, sur l'Allemagne, sur le Japon, par exemple, alors nous (!!?)... Ces pays, à leur tour, font pression sur nous, avec un succès mitigé. Une politique intelligente pour tout pays, quel qu'il soit, petit ou grand, est constituée de pressions et de rétributions. Sans ces éléments, fussent-ils triviaux, toute politique ne tarde pas à perdre crédibilité et efficacité.
L'opinion publique exerce, elle aussi, une certaine pression. Cela ne saurait en rien humilier un quelconque de nos chefs d'Etat de reconnaître qu'il est confronté à la pression de l'opinion publique, dont il doit tenir compte, qui donne une certaine orientation à ses décisions et qui lui fixent des lignes rouges qu'il ne saurait franchir sans dommage. Israël joue à merveille ce jeu, et les Etats-Unis se joignent à la partie. Pourquoi les Etats-Unis peuvent-ils supposer que nos élites - et nos élites seulement, à la différence de celles du monde entier - n'ont pas d'opinion publique en face d'elles ?
La prise en compte de l'opinion publique ne saurait rien avoir en commun avec les surenchères de marchand forain d'un Saddam Husseïn invitant à ouvrir des listes d'enrôlement pour les volontaires prêts à voler au secours de la Palestine. Le problème de la Palestine n'est pas - n'a jamais été - le manque d'hommes prêts à se battre. Ecouter l'opinion publique, cela ne signifie pas non plus se se livrer à une sorte de vente de charité de boy-scouts pour savoir qui versera le plus d'argent, sans compter, et sans contrôle... Ceux qui sont sortis dans les rues, en fin de compte, sont les mêmes qu'en 1987 : il ne s'agit pas d'individualités, il ne s'agit pas de partis, il ne s'agit pas de confessions : il s'agit du tissu social palestinien, avec toutes ses fibres. Le soutien arabe exprimé par le sommet du Caire n'est pas le soutien à une personne, ni à une cour, ni à des trafiquants : c'est le soutien à une cause.
Désormais, après le sommet du Caire, une conclusion précise et nette s'impose : si les chefs d'état arabes veulent que l'opinion publique admette et comprenne ce qui leur lie les mains, ils doivent nécessairement faire preuve de compréhension face à sa colère... et faire la confidence aux Etats-Unis que ce sont des peuples qu'ils dirigent... et pas des troupeaux de moutons. Ce n'est que lorsque les Etats-Unis les auront pris au sérieux que la position américaine commencera à changer. Mais ce n'est pas pour tout de suite.